Archives mensuelles : août 2015

La centrale nucléaire de Beznau n’est pas protégée contre les séismes

Lancement d’une procédure judiciaire

20 août 2015

Source Greenpeace Suisse.  http://www.greenpeace.org/switzerland/fr/publications/actualites/energie/Beznau-securite-sismique/

Actualité – 20 août, 2015
La centrale nucléaire de Beznau ne résisterait pas à un séisme puissant. Elle reste en activité uniquement parce que l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) applique des normes erronées en matière de radioprotection. L’Association Trinationale de Protection Nucléaire (ATPN), Greenpeace et la Fondation Suisse de l’énergie (SES) ont mis en lumière ce grave défaut de sécurité lors d’une conférence de presse qui s’est tenue ce matin à Berne. Ces organisations lancent une procédure judiciaire, conjointement avec des riverains de la centrale. Ensemble, ils exigent une mise hors service définitive de l’installation.
La centrale nucléaire de Beznau ne résisterait pas à un séisme puissant.Suite au déclenchement de la catastrophe de Fukushima en 2011, Axpo, l’exploitant de la centrale, a dû procéder à des vérifications concernant le risque sismique. L’analyse effectuée a montré que des quantités inadmissibles de radioactivité s’échapperaient des réacteurs si un tel incident devait se produire. « Dans le cas d’un séisme d’importance, la population serait exposée à un niveau de radiation dangereux. Les bases légales sont claires: Beznau doit être mise hors service sans délais », déclare l’ingénieur Markus Kühni, qui a réalisé l’analyse technique pour les plaignants.

Comme l’IFSN applique systématiquement des prescriptions de radioprotection erronées, elle autorise la centrale de Beznau à rester en activité, ce depuis juillet 2012. Si l’autorité de surveillance appliquait les bases légales correctes, la centrale devrait être immédiatement mise à l’arrêt. « Les conclusions de nos recherches sont effrayantes », déclare Rudolf Rechsteiner, vice-président de l’Association Trinationale de Protection Nucléaire (ATPN). « L’IFSN protège les exploitants des centrales, pas la population. »

Appliquer les bonnes prescriptions de radioprotection
Une quinzaine de riverains de la centrale lancent aujourd’hui une procédure judiciaire, avec le soutien des trois organisations environnementales. Ils exigent que l’IFSN revienne sur sa décision et applique les bonnes valeurs en matière de radioprotection. Ce qui doit aboutir à la mise à l’arrêt de Beznau.

Les travaux préliminaires au lancement de cette procédure (expertise technique et juridique) ont été financés par TRAS / ATPN, Greenpeace et la SES. L’association « Beznau Verfahren » a été fondée pour soutenir la procédure et afin que chaque personne intéressée dans et hors du Canton d’Argovie puisse soutenir financièrement les étapes juridiques. Sa présidente, Irène Kälin, députée écologiste au Grand Conseil argovien déclare: « La plus vieille centrale nucléaire encore en service sur la planète se trouve donc en Argovie, bien protégée par les autorités du canton et l’IFSN, basée à Brugg. La population doit se défendre et exiger le respect de son droit à la sécurité. »

Le défaut de sécurité présenté ce matin n’a rien à voir avec les défauts détectés récemment dans la cuve de pression du réacteur 1 de Beznau. Il s’ajoute toutefois à la longue liste de problèmes observés dans la centrale argovienne. Florian Kasser, expert des questions nucléaires pour Greenpeace Suisse s’interroge. « Que faut-il de plus pour que cette centrale hors d’âge soit mise définitivement hors service? »

Les étapes de la procédure
Le 19 août 2015, les plaignants ont demandé par courrier à l’IFSN de corriger sa décision de juillet 2012 et d’ordonner l’arrêt de la centrale de Beznau. Cette demande se base sur l’article 25a de la Loi sur la procédure administrative (PA). Cette disposition permet aux personnes concernées d’inviter une autorité à abroger une décision illégale et de remédier à ses diverses conséquences.
Si l’IFSN maintient sa position actuelle et ne revient pas sur sa décision concernant Beznau, elle doit publier une décision correspondante. Les plaignants peuvent ensuite recourir auprès du Tribunal administratif fédéral et ensuite, si nécessaire, au Tribunal fédéral contre la décision de l’IFSN.

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70ème anniversaire des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki

La bombe atomique couverte par un brevet français ?

Extrait du livre de Roger et Bella Belbéoch Tchernobyl une catastrophe, Editions Allia, Paris, 1993, 220 pages

(Texte repris de infonucleaire@altern.org 3 août 2015)

 

L’énergie atomique se manifesta publiquement pour la première fois le 6 août 1945: destruction à peu près complète et instantanée d’Hiroshima. La « performance » fut répétée trois jours plus tard sur Nagasaki avec le même succès. Si la surprise fut grande dans l’opinion publique, parmi les savants il n’en fut rien car ils envisageaient ce développement scientifique depuis 1939Contrairement à ce qui a été écrit plusieurs années plus tard, ces destructions de masse ne traumatisèrent ni le milieu scientifique ni l’opinion publique. Elles furent perçues comme le début d’une ère nouvelle, « l’âge atomique » confirmant la fiabilité de cette nouvelle source d’énergie.

 

Le mercredi 8 août 1945on put lire à la une du journal Le Monde : « Une révolution scientifique: Les Américains lancent leur première bombe atomique sur le japon ». L’unanimité fut assez parfaite dans l’ensemble de la presse. L’ampleur du désastre, ces êtres humains qui, en quelques millionièmes de seconde, furent « volatilisés » et ne laissèrent qu’une ombre sur les murs, loin de déclencher horreur et indignation, fut reçue comme la preuve objective d’un avenir radieux pour une humanité qui allait enfin être débarrassée à tout jamais des contraintes du travail. La matière se révélait source inépuisable d’énergie, qu’il serait possible d’utiliser partout sans limite, sans effort, sans danger.

 

D’invraisemblables projets étaient présentés sérieusement comme à notre portée dans un avenir très proche. On parlait de faire fondre la glace des pôles par bombardement atomique pour produire un climat tempéré sur la terre entière, d’araser le Mont Blanc ou de combler la Méditerranée pour irriguer le Sahara (Joliot), etc.

 

Le délire scientiste n’a plus jamais atteint de tels sommets. Les explosions sur le japon furent glorifiées et bénies par tout ce que l’establishment scientifique avait de disponible: à l’époque cela s’appelait « les savants ». La mobilisation fut spontanée pour nous initier à cet avenir que les prix Nobel du « Projet Manhattan » nous avaient soigneusement préparé. Hiroshima devait ouvrir à l’humanité une ère de liberté, on entrait dans la modernité libératrice.

 

La seule voix discordante fut celle d’Albert Camus dans l’éditorial de Combat le 8 août 1945: « Le monde est ce qu’il est, c’est-à-dire peu de chose. C’est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d’information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique. On nous apprend, en effet, au milieu d’une foule de commentaires enthousiastes, que n’importe quelle ville d’importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d’un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l’avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. […] Il est permis de penser qu’il ya quelque indécence à célébrer une découverte qui se met d’abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l’homme ait fait preuve depuis des siècles ». Ces positions lui valurent, quelques jours plus tard, de violentes critiques.

 

Pour France-Soir, l’ère nouvelle fut inaugurée le 16 juillet 1945, date de l’essai de la première bombe atomique. Il titre le 8 novembre 1945: « Le 16 juillet 1945 à Alamogordo, par une nuit d’orage, le monde est entré dans une ère nouvelle ». L’article se poursuit ainsi: « L’espèce humaine a réussi à passer un âge nouveau: l’âge atomique ».

Ce même journal titrait un article le 9 août 1945: « L’emploi de la bombe atomique ouvre des horizons illimités ».

 

Le 10 août 1945, après la destruction de Nagasaki, France-Soir confiait ses colonnes à « un prince, académicien français et prix Nobel de physique » qui titrait son article: « L’homme pourra demain tirer plus d’énergie de quelques grammes de matière désintégrée que de la houille, de l’eau et du pétrole, par le prince Louis de Broglie, de l’Académie française ».

 

Le 8 août 1945, le journal Libération titrait en première page: « La nouvelle découverte peut bouleverser le monde. […] Charbon, essence, électricité ne seraient bientôt plus que des souvenirs ».

 

L’Humanité du 8 août 1945 titre en première page: « La bombe atomique a son histoire depuis 1938, dans tous les pays des savants s’employaient à cette tâche immense: libérer l’énergie nucléaire. Les travaux du professeur Frédéric Joliot-Curie ont été un appoint énorme dans la réalisation de cette prodigieuse conquête de la science ». Les journaux mentionnent à de nombreuses reprises la part jouée par la France dans cette prodigieuse découverte. Ainsi on trouve dans le Figaro du 9 août 1945 un communiqué de l’AFP: « Paimpol 8 août – M. Joliot-Curie fait de Paimpol la communication suivante: L’emploi de l’énergie atomique et de la bombe atomique a son origine dans les découvertes et les travaux effectués au Collège de France par MM. Joliot-Curie, Alban et Kowarski en 1939 et 1940. Des communications ont été faites et des brevets pris à cette époque« . Un de ces brevets porte sur les « Perfectionnements aux charges explosives », brevet d’invention n° 971-324, « demandé le 4 mai 1939 à 15 h 35 min à Paris » (lire: L’histoire de la protection des brevets de l’équipe Joliot).

 

Cependant, personne n’osa en 1945 réclamer au gouvernement américain des royalties, bien que finalement on affirmât que la destruction de Hiroshima était couverte par un brevet français! Seul un bénéfice moral était attendu en exigeant que l’opinion mondiale reconnût la contribution française aux massacres d’Hiroshima et de Nagasaki.

 

 

 

 

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