ITER : chronique d’une faillite annoncée

Interview de Jean-Pierre Petit, Physicien des plasmas,
ancien directeur de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique français,
par Pierre Bonhomme, journaliste.

Un physicien des plasmas décide de mener son enquête

  • PB : Jean-Pierre Petit, vous avez mis sur votre compte Youtube cinq vidéos1 où vous présentez, avec les talents de vulgarisateur qui sont les vôtres, les principes de fonctionnement d’ITER, en donnant à vos lecteurs la possibilité de se faire leur propre idée sur la question2. Quant à votre conclusion personnelle elle est très négative. Depuis combien de temps vous être vous intéressé à ce sujet ITER, et pourquoi ?
  • JPP : C’est relativement récent, de même que mon intérêt pour le nucléaire en général. Il se trouve que j’habite à 20 km de Cadarache, où se trouve le site d’ITER. Il y a deux choses qui m’ont interpellé. La première a été la catastrophe de Fukushima, et la seconde le triplement du budget d’ITER, en 2011. A ce sujet une délégation du Parlement Européen était descendue à Aix-en-Provence à cette époque pour entendre des explications fournies par ITER-ORGANIZATION. Là, il m’a été assez facile de réaliser que ces parlementaires n’avaient pas la moindre idée de ce qu’était ce projet, et que les discours qui leur étaient servis n’étaient autre que de la simple propagande, qui ne dépassait pas ce qu’on trouvait sur le net : “ le Soleil dans une bouteille, etc…”. J’ai aussi été en contact avec des “anti-nucléaires traditionnels”, suffisamment pour me rendre compte qu’ils ne savaient rien non plus, rien de plus que ce qui était servi au public dans des vidéos. Enfin, subsidiairement, j’ai pu constater que j’étais tout simplement le seul scientifique présent, et même concerné, et qu’en règle générale la communauté scientifique n’avait guère porté d’attention à la question du nucléaire, qu’elle ne connaissait pratiquement pas. Mais j’aurais eu du mal à lui jeter la pierre, vu que jusqu’en 2011 cela avait été aussi mon cas.
  • PB : Vous avez alors voulu en savoir plus ?
  • JPP : Tout à fait, à la fois par curiosité scientifique et parce que ce gonflement délirant du budget d’ITER, véritable ogre, menaçait toute l’activité scientifique française. Je n’étais pas spécialiste des plasmas chauds, thermonucléaires. J’avais simplement une bonne expérience de théoricien et d’expérimentateur dans le domaine de ce qu’on appelle des “plasmas froids”, par opposition au plasmas thermonucléaires qui sont à des centaines de millions de degrés.
  • PB : Qu’appelle-t-on “ un plasma froid “ ?
  • JPP : Tout type de plasma qui n’est pas le siège potentiel de réactions thermonucléaires, qui se situent à des températures inférieures, attendu que 100 millions de degrés, c’est la température minimale pour obtenu une réaction de fusion, en l’occurrence celle d’un mélange de deux isotope de l’hydrogène, le deutérium et le tritium. Un tube fluorescent en fonctionnement contient un “plasma froid”. Mais la couronne solaire, qui est à un million de degrés, est aussi “un plasma froid”. Personnellement j’ai mené des recherches en utilisant une sorte de générateur de gaz chaud qui crachait de l’argon à 10.000° Mais c’était encore un “plasma froid”. Ces connaissances que j’avais m’ont permis en dix huit mois d’assimiler tout ce qui avait trait aux plasmas de fusion, de manière très approfondie.

La loi du silence dans le monde scientifique

  • PB : Comment avez-vous acquis ces connaissances ? En autodidacte ?
  • JPP : Pas exactement. J’ai été très efficacement guidé et aidé par des spécialistes des plasmas chauds, travaillant au CNRS.
  • PB : Qui, par exemple ?
  • JPP : Je me suis engagé à ne citer aucun nom. En effet, dans la communauté scientifique française, tout chercheur qui formulerait un avis défavorable vis à vis de projets comme ITER ou Megajoule le payerait immédiatement très cher.
  • PB : Très cher, comment ?
  • JPP : Suppression de crédits, difficulté ou même impossibilité d’obtenir des postes, des bourses de thèse, des crédits de mission, mutation, etc. Tout l’attirail de ce qui peut être utilisé pour réprimer efficacement un chercheur. En France le lobby nucléaire est extrêmement puissant, et fait sa loi dans le monde de la recherche.
  • PB : Donc vous avez pris des engagements de confidentialité.
  • JPP : Ce qui a permis une collaboration étroite et très intense pendant 18 mois. Ces gens avaient, de toute façon, une idée personnelle très négative du projet ITER et m’ont très efficacement aidé à éclairer le public, ce qui s’est traduit par ces cinq vidéos mises en ligne sur Youtube.
  • PB : Pouvez-vous nous résumer, si possible de manière accessible, ce qui a émergé de cette étude ?

Iter protégé par sa complexité

  • JPP : ITER a été protégé par sa complexité, dès le départ. Ces machines, les tokamaks (et ITER est un tokamak géant), fonctionnant avec des plasmas chauds, sont extrêmement complexes, à la fois au plan de l’ingénierie et au plan scientifique. J’ai fait de mon mieux pour en exposer les principes et les difficultés afférentes dans ces cinq vidéos. Cela représente 2 heures d’écoute. Dans cet ensemble, tout y est : je pense qu’on ne peut pas exposer ITER en dix minutes. Tous les internautes qui ont fait l’effort de suivre ces 5 vidéos du début jusqu’à la fin en ont retiré une compréhension complète et pertinente, non superficielle de la machine et de ses défauts.
  • PB : Cette machine est-elle dangereuse ?
  • JPP : En s’axant sur la dangerosité, les écologistes ont fait fausse route. Il y a effectivement un problème avec la manipulation du tritium, qui est un isotope de l’hydrogène, qui se décompose en 12,5 ans. Cet hydrogène peut prendre la place de l’hydrogène ordinaire dans n’importe quelle structure biologique et créer des désordres dans l’architecture des êtres vivants, par décomposition radioactive. C’est un fait.

Le plus fantastique gâchis scientifique de tous les temps.

  • JPP : Mais là n’est pas le danger majeur d’ITER.
  • PB : Quel est-il ?
  • JPP : Ce danger est que cette machine ne marchera pas, ne donnera jamais ce qu’on attend d’elle. Elle sera le plus fantastique gâchis scientifique de tous les temps, laissant derrière lui celui des célèbres avions renifleurs de notre président Giscard d’Estaing. C’est un tokamak géant, et les tokamaks sont des machines foncièrement instables. Les instabilités les plus dommageables s’appellent des disruptions. Dès 2011, quand j’ai commencé à me plonger dans ce dossier j’ai étudié la thèse d’un jeune chercheur nommé Cédric Reux, soutenue au CEA en 2010. Celle-ci ne relève pas du secret défense et on peut se la procurer sans problème. J’ai trouvé ce document de départ si important que j’ai fait en sorte qu’il soit téléchargeable à partir de mon propre site :

http://www.jp-petit.org/NUCLEAIRE/ITER/These_Cedric_Reux.pdf

  • PB : Vous recommanderiez donc à nos lecteurs de télécharger ce document et de se plonger dedans ?

  • JPP : Je n’ai jamais dit cela ! Mais, qu’il s’agisse de l’introduction ou des conclusions, s’il le télécharge, il pourra lire, par exemple dans le Résumé de la thèse, au tout début :

Les disruptions des plasmas de tokamak sont des phénomènes menant à la perte totale du confinement du plasma en quelques millisecondes. Elles peuvent provoquer des dégâts considérables sur les structures des machines, par des dépôts thermiques localisés, des forces de Laplace dans les structures et par la génération d’électrons de haute énergie dits découplés pouvant perforer les éléments internes. Leur évitement n’étant pas toujours possible, il apparaît nécessaire d’amoindrir leur conséquences, tout spécialement pour les futurs tokamaks dont la densité de puissance sera un de à deux ordres de grandeurs plus importante quand dans les machines actuelles.

Les colères d’ITER : les disruptions.

  • PB : Que sont ces disruptions ?

  • JPP : Avant que je n’emploie ce mot le public, et les politiques, en ignoraient totalement l’existence. En peu de mot, on vous a dit pendant des années et même des décennies « qu’ITER, c’était le soleil dans une bouteille ». Le Soleil est « une machine à créer de l’énergie par fusion ». Mais le Soleil est périodiquement le siège d’éruptions solaires d’une puissance phénoménale.

  • PB : Et-ce qu’on peut comparer ces deux milieux ?

  • JPP : Tout à fait. Une machine à fusion comme ITER, si elle fonctionnait, produirait des dizaines de mégawatts d’énergie par mètre carré de sa surface, sous forme radiative, comme le Soleil. Et c’est aussi l’ordre de grandeur de ce que produit le Soleil. Si on fournissait aux hommes assez de matériel pour enfermer le Soleil dans une enceinte, en évacuant à l’aide de pompes de taille … astronomique l’énergie dégagée, la chose serait au moins conceptuellement envisageable, sauf ….

  • PB : Sauf ?

  • JPP : Sauf si une éruption solaire se produisait. Alors toute l’installation serait immédiatement démolie, volatilisée. Les disruptions sont l’équivalent complet des éruptions solaires, dans les tokamaks. Ce n’est pas moi qui suis l’auteur de cette analogie. Elle est indiquée dans le rapport de 2007 publié par l’Académie des Science, sous l’égide de Guy Laval, membre de l’Académie des Sciences de Paris. Cette étude est consacrée à l’examen de la faisabilité de production d’énergie par fusion. Dans un machine comme ITER on a calculé qu’une disruption atteindrait une intensité (je parle d’un flux d’électrons) de 11 millions d’ampères. Cela figure dans les documents officiels d’ITER ORGANIZATION. Mais ce n’est pas le pire. Ces électrons sont relativistes, se trouvent accélérés à une vitesse proche de la vitesse de la lumière, exactement comme les jets de plasma émanant du Soleil.

  • PB : Pourquoi cette accélération ?

  • JPP : La surface du Soleil est à 6000°. Or les éruptions solaires, ces « disruptions solaires », fonctionnent comme des accélérateurs de particules naturels, qui accélèrent les particules à des vitesses relativistes. C’est tout simplement ce mécanisme qui permet au Soleil de porter sa couronne solaire, l’atmosphère de plasma qui l’environne, à un million de degrés, c’est à dire à une température 200 fois supérieure à celle de sa propre surface.

  • PB : Et dans les disruptions ?

  • JPP : Il se produit le même phénomène. Ces électrons relativistes endommageront la « première paroi », pourront la transpercer.

  • PB : On ne peut les éviter ?

  • JPP : Non. Le mécanisme exact qui leur donne naissance n’est pas connu. Il y autant de gens qui pensent qu’elles trouvent leur origine au cœur du plasma, que de gens qui pensent que ce sont des phénomènes superficiels qui en sont la cause. Ce phénomène est extrêmement brutal : il se développe en un millième de seconde.

  • PB : Est-ce qu’il y a une solution ?

  • JPP : Primo, cette rapidité exclut d’avoir le temps de mettre en œuvre quoi que ce soit à temps. Secundo la solution préconisée est celle du « pompier ». Elle consiste à inonder la chambre de gaz froid. On appelle cela une tentative de « mitigation  du plasma », par analogie avec les « mitigeurs » de nos salles de bain qui permettent de tiédir de l’eau brûlante en la mélangeant avec de l’eau froide. Mais cela ne fonctionne pas. C’est avéré. Le phénomène du confinement magnétique se retourne contre « les pompiers ». En effet, si ce champ magnétique a pour fonction d’empêcher le plasma de s’évader, il empêche également le flux de gaz froid injecté (de l’argon ou de l’hélium, qui s’ionise immédiatement) de pénétrer ! On alors envisagé de tirer des glaçons, solides, d’une taille millimétriques. Mais, pour une raison qu’on ne comprend pas, ceux-ci accroissent l’instabilité en créant «  des électrons relativistes ».

Un projet sous le signe de l’empirisme le plus complet.

  • PB : A vous entendre il semble que l’on soit dans l’empirisme le plus complet, Ce que vous nous dites, c’est que ces phénomènes ne sont pas du tout maîtrisés par les théoriciens.

  • JPP : Absolument. En donnant écho à la thèse de Cédric Reux, en 2011, j’ai levé le lièvre. Pour le CEA, ce qui a été grave, c’est que je l’ai fait à travers un document d’une vingtaine de pages, intitulé «  ITER, chronique d’une faillite annoncée » que la députée Michèle Rivasi a diffusé au sein de la commission du budget du Parlement Européen.

  • PB : Comment le CEA a-t-il réagi ?

  • JPP : Le service juridique du CEA a d’abord « piloté » le jeune Cédric Reux en lui faisant écrire une lettre où il m’accusait d’avoir détourné des parties de sa thèse. J’ai aussitôt répliqué en mettant en ligne dans mon site un texte où ce citais cette fois 170 phrases de cette même thèse ! Entre temps j’avais trouvé la thèse d’un Anglais nommé Andrew Thorton, soutenue en 2011, qui disait exactement les mêmes choses. Michèle Rivasi a proposé à Cédric Reux de débattre, face à moi, dans un bureau de l’Assemblée Nationale. Le pauvre garçon a aussitôt souhaité être « assisté » par Bernard Bigot, Administrateur Général du CEA, lequel comptait amener avec lui l’actuel directeur de l’Institut de recherche sur la Fusion Magnétique (IRFM), sis à Cadarache, un certain Bécoulet. Sur ce nous avons exigé que ce débat soit filmé et rendu public.

  • PB : Et alors ?

  • JPP : Madame Rivasi et moi, nous nous sommes retrouvés seuls. Le CEA a déclaré forfait, parce que la rencontre aurait été filmée et aussitôt diffusée sur le net et qu’elle risquait de se solder par la déroute des partisans d’ITER. Mais des « anonymes » de la maison ont installé sur le site du CEA un texte, en Français et en Anglais, de 10 pages, réfutant mes arguments3.

  • PB : Qui avait écrit ce texte ?

  • JPP : On n’a jamais pu le savoir. Questionné, le CEA a répondu qu’il s’agissait de gens qui ne tenaient pas à communiquer leurs noms. Je n’ai, quant à moi, pas pu obtenir de droit de réponse pour démonter à mon tour un texte qui est un tissu d’âneries. Les « experts » du CEA et de l’IRFM continuent fai9re des conférences, mais leurs discours ne sont que de la propagande, pas de la science, ni même simplement de la technique. Ils le font parce que jusqu’ici il ne s’était trouvé personne pour les battre sur leur propre terrain.

Cela ne se produira pas.

  • JPP : Je fais par exemple référence à une conférence donnée par Jérôme Pamela, de Cadarache, le directeur de l’agence ITER-France, un des principaux responsables du projet ITER. Quand on évoque devant lui la question des disruptions, il répond … que cela ne se produira pas. Ce qu’on appelle une « disruption majeure » est en effet si dommageable qu’elle mettrait aussitôt la machine hors service, très probablement définitivement.

  • PB : Mais, une machine, ça se répare ?

  • JPP : Il existe sur le site du CEA une vidéo, une animation, qui montre comment seront assemblées les principaux composants de la machine, avec une précision extrême. Un système robotisé positionne des pièces d’une masse impressionnante. Les éléments du bobinage supraconducteur, par exemple, pèsent le poids d’un Boeing 747. On n’a jamais construit, à ce jour, d’éléments supraconducteurs aussi grands.

  • PB : Ce sont ces immenses bobinages supraconducteurs, baignant dans de l’hélium liquide, à une température proche du zéro absolu, qui créeront le champ magnétique censé assurer le confinement magnétique. C’est la fameuse « bouteille magnétique » ?

  • JPP : Exactement.

  • PB : Mais c’est la technologie standard de toutes les machines à fusion ?

  • JPP : Certes, mais à chaque fois qu’on change d’échelle, des problèmes surviennent. Par exemple, Tore Supra, machine française, a été le premier tokamak doté d’enroulements supraconducteurs d’un diamètre important, de l’ordre du mètre. La particularité des enroulements supraconducteurs est qu’ils sont tout d’une pièce. Si l’un d’eux claque, et c’est immédiatement arrivé au premier essai de Tore Supra, il faut tout démonter. Ca a arrêté la machine pendant plus d’une année. Lorsque Jérôme Pamela est venu donner une conférence à Aix en Provence, à l’Ecole des Arts et Métiers, au printemps 2013 je lui ai demandé ce qui était prévu si d’aventure une des bobines d’ITER claquait, ce qui n’est pas inenvisageable (et même fort probable) quand on opère un tel changement d’échelle. Or, si vous avez regardé la vidéo, vous aurez vu qu’ITER est simplement indémontable, d’autant plus que, très vite, à cause de la radioactivité, ces opérations devraient être faites de manière robotisée.

  • PB : Et quelle a été sa réponse ?

  • JPP : Il a seulement dit. que ça n’arrivera pas.

  • PB : C’est donc le type de réponse qu’ITER ORGANIZATION fournit ?

  • JPP : Dans tous les domaines. Encore faut-il pouvoir avoir l’opportunité de poser ces questions. Lors de cette conférence, je n’ai pu poser que ces deux-là. Après, le « meneur de jeu » m’a dit « qu’il fallait laisser la parole aux autres ».

La mafia du nucléaire français.

  • PB : Donc, résumons. On pourrait dire, par curiosité d’intellectuel et de scientifique vous décidez de mettre le nez dans le dossier ITER. Et vous découvrez un projet qui, selon vos conclusions, et celles, dites vous, d’autres scientifiques français qui préfèrent rester à couvert, qui ne tient pas debout, ni scientifiquement, ni techniquement.

  • JPP : C’est exactement ça. Les projets français, en matière de nucléaire, sont initiés et gérés par des gens que je qualifierais d’irresponsables. Des gens qui ne tiennent nullement à affronter la critique, lors de débats publics.

  • PB : On dirait … que vous leur faites peur !

  • JPP : Personnellement, je serais prêt à débattre n’importe où, n’importe quand. Je possède maintenant ce dossier sur le bout des doigts, après avoir lu 1500 pages de thèses, d’articles, de rapports, et avoir aussi été beaucoup éclairé par des spécialistes, bâillonnés par leurs institutions. Mais ITER, qui n’a jamais fait l’objet d’un audit scientifique international en bonne et due forme et ne possède pas de responsable scientifique désigné, n’est qu’une facette de cette irresponsabilité du nucléaire, qui est généralisée.

A la première disruption majeure, la machine sera endommagée et irréparable.

  • Je fais peur à ces gens, parce que je leur oppose leurs propres études et leurs propres résultats, que je sais, moi, lire et décoder. Je vais vous donner un exemple. Quand les grandes colloques internationaux sur la physique des plasmas, comme celui qui s’est tenu début octobre au prestigieux PPPL (Plasma Physics Princeton Laboratory) le laboratoire de Princeton, New Jersey, USA, le plus grand laboratoire de physique des plasmas su monde. Richard Pitts est le responsable du groupe chargé, dans le département science d’ITER, des question concernant l’interaction entre le plasma et la paroi. Ce sont évidemment des questions cruciales. Ci-après vous trouverez une planche correspondant à sa présentation récente :

ITER-1-graph1

  • PB : Il faut être un spécialiste pour comprendre ce que contient ce tableau.

  • JPP : Ca n’est pas si difficile que cela en a l’air. Colonne de gauche, la valeur du courant plasma Ip », ce qui circule dans le plasma lorsque ITER sera en fonctionnement normal, c’est à dire 15 millions d’ampères. Le « mode » correspond à une configuration magnétique. L pour « Low confinement », confinement magnétique faible, H pour High confinement, confinement magnétique élevé. L’appareil ne pourra fonctionner qu’en mode « H ». La colonne suivante indique la puissance injectée, en mégawatts, qui correspond encore à un fonctionnement « nominal ». Colonne suivante la quantité d’énergie stockée dans le plasma, en mégajoules. Colonne suivante : la quantité d’énergie qui serait convertie en disruption. En haut, W est le signe du tungstène dans la table de Mendeleïev. On ne connaît pas de matériau ayant un point de fusion plus élevé (3000°). Il est donc prévu de protéger avec ce métal les parties les plus exposées de la machine, qui se situent en bas, dans ce qu’on appelle le « divertor ». La phrase « W melts at e  50 »   signifie que quand le paramètre e atteint une valeur de 50, le tungstène fond, se vaporise. Regardez maintenant la dernière colonne, à droite, qui donne l’évaluation de ce paramètre e et les chiffres en rouge. La dernière ligne se réfère à un fonctionnement « actif », où de l’énergie par fusion du D-T, du mélange deutérium-tritium est opéré. On voit que la « fourchette » de valeur se situe entre 105 et 1984. C’est en rouge, c’est à dire que c’est d’emblée supérieur à ce qui serait supportable. En bas, la conclusion de Pitts : « Les disruptions majeures qui ne seront pas atténuées feront fondre le tungstène ».

  • PB : Et cela signifie ?

  • JPP : On ne sait pas actuellement « atténuer » ces disruptions (le geste du « pompier », évoqué plus haut). Si la couverture de tungstène fond « modérément », de la vapeur métallique se redépose n’importe où et flanque en particulier tout le coûteux dispositif de pompage de la machine en l’air. Si cette fusion est importante, la section correspondante du divertor peut être gravement endommagée. Sa réparation prendra au mieux des mois ou sera, au pire s’avérera impossible.

  • PB : Et quelle est l’attitude des gens d’ITER face à de telles conclusions ?

  • JPP : Le discours reste inchangé. C’est comme pour un disfonctionnement d’une des bobines supraconductrice, évoqué plus haut : « comme un tel accident est impossible à envisager, ça n’arrivera tout simplement pas ».

  • PB : Comment ?

  • JPP : Ca, ça n’est pas dit dans la chanson, mais je viens de commenter un des tous derniers documents, présenté dans un grand colloque international, émanant des gens d’ITER. Face à des collègues étrangers qui connaissent bien la question, les gens d’ITER ne peuvent évidemment pas truquer leurs chiffres, présenter des valeurs inférieures.

  • PB : Ces disruptions sont des phénomènes qui apparaissent dans les tokamaks géants ?

  • JPP : Pas du tout. Ils apparaissent dans n’importe quel tokamak, quel que soit sa taille et on connait le phénomène depuis des dizaines d’années. Cela fait des dizaines d’années que ces « impacts de foudre thermonucléaire » endommagent des parois, volatilisent des revêtements. Tous les spécialistes savaient qu’en accroissant la taille de la machine, ces impacts atteindraient des puissances beaucoup plus importantes. C’est écrit noir sur blanc dans les thèses de Cédric Reux et d’Andrew Thornton.

Comment le projet ITER a-t-il été lancé et pourquoi.

  • PB : Mais on a quand même lancé le projet ITER.

  • JPP : Sans que des problèmes cruciaux ne soient maîtrisés, technologiquement, ou même scientifiquement. Ce phénomène a une signification physique simple, et vous comprendrez au passage l’analogie avec l’éruption solaire. Le Soleil produit de l’énergie en son centre, et en l’absence d’éruptions, cette énergie monte lentement vers la surface de l’astre. Sous la surface du Soleil se trouve une « couche convective », qui traduit un bouillonnement. C’est ce qui se traduit par cette surface porteuse de « grains de riz » (chacun ayant la surface de la France). Chacun de ces « grains de riz » marque l’aboutissement d’une colonne ascendante de plasma chaud. L’éruption solaire est une façon plus brutale, plus expéditive de transporter l’énergie vers l’extérieur. De même, la disruption expédie brutalement le contenu énergétique du plasma vers l’extérieur.

  • PB : on a lancé le projet en s’imaginant qu’on pourrait, chemin faisant, résoudre ce problème.

  • JPP : Des problèmes, il y en a beaucoup d’autres, même si celui-là était résolu. On ignore si la première paroi, en béryllium, résistera au flux de neutrons. Au départ il avait été envisagé de tapisser l’intérieur de la chambre de tuiles de carbone, analogues à celles dont on tapisse les ailes et le fuselage de la navette spatiale. Mais les expériences menées sur Tore Supra ont montré que ces tuiles absorbaient l’hydrogène comme des éponges. Et comme à terme cet hydrogène contiendrait par moitié du tritium, elles deviendraient radioactives ! De plus ce carbone est abrasé par le plasma. Des atomes de carbone envahissent la chambre en se combinant à l’hydrogène en donnant des carbures, également radioactifs, susceptible de se déposer partout. On a donc abandonné le carbone.

  • PB : Tout ceci n’avait pas été envisagé ?

  • JPP : Non.

  • PB : On ne peut pas lancer un projet industriel avec de tels aléas.

  • JPP : ITER n’est pas un projet industriel. C’est un projet politique, né dans la tête de deux grands physiciens qui se sont rencontrés en 1985 à Genève : Ronald Reagan et Michaïl Gorbatchev. En cette époque de dégel, ils ont recherché un projet nucléaire « pacifique « . Ils ont alors demandé aux scientifiques si ceux-ci avaient quelque chose qui pourrait faire l’affaire, et ceux-ci leur ont « vendu » le tokamak, qui n’a jamais été et ne sera jamais qu’une machine de recherche. Pour les spécialistes réellement honnêtes le maquillage de cet instrument de recherche en futur générateur d’électricité fut une aberration. Il arrive et il arrivera ce que tous les opposants avaient prévu et décrit.

  • PB : Pour le moment l’addition se monte à 30 milliards d’euros.

Le nucléaire : un festival de gâchis.

  • JPP : Avec ITER on ne fera que gâcher des dizaines de milliards d’euros. Même chose avec Megajoule, qui est un dossier que je connais aussi sur le bout des doigts. Comme le NIF américain ( National Ignition Facility, son équivalent outre Atlantique) est un échec patent, après la campagne d’essais de 2010-212 la logique voudrait de mettre immédiatement en stand by le projet français Megajoule (174 lasers contre 192 pour l’installation américaine). Le New York Times, en 2012, avait même rebaptisé l’installation californienne le NAIF (National Almost Ignition Facility : l’installation nationale où la fusion sera « presque » réalisée). On économiserait ainsi les 17 milliards d’euros de sa construction, ce qui correspond à la somme correspondant aux récentes augmentations d’impôts opérées par François Hollande. Mais cela ne se fera pas. L’activité de nos nucléocrates échappe à tout contrôle parlementaire ou politique.

Quand Superphénix renaît de ses cendres

  • JPP : Notons qu’en signant l’autorisation de construction du réacteur expérimental ASTRID, Hollande permet à nos nucléopathes de démarrer un projet suicidaire, en reprenant un projet de surgénérateur à neutrons rapides, refroidi au sodium. Et aucune revue de vulgarisation scientifique, aucune presse n’a signalé cela.

  • PB : Superphénix n’était-il pas basé sur cette même technologie ?

  • JPP : Exactement. Et vous savez qu’on ne parvient même pas à le démanteler, à extraire les 5000 tonnes de sodium radioactif qu’il contient, par exemple. Ce qu’il y a derrière tout cela est un projet sur du long terme, qui est de la démence pure et simple, projet dont les députés Bataille et Vido assurent la promotion, avec la complicité du CNRS. La France récupère les déchets que lui envoient les pays étrangers, pour les « retraiter » dans son usine de la Hague. En fait celle-ci permet de récupérer le plutonium. Le but est d’arriver à un stock de 3000 tonnes (la France en est presque au tiers) pour entreprendre le déploiement de surgénérateurs à neutrons rapides, rebaptisés « réacteurs de IV° génération ». Alors, dans ces surgénérateurs, on pourra utiliser les 300.000 tonnes du stock d’uranium 238, non fissile, qu’on possède, résidu d’un demi siècle d’enrichissement isotopique. Et la France deviendrait indépendante au plan énergétique pour les … siècles à venir. Ce déploiement (voir les discours des députés Bataille et Vido) devrait nous occuper jusqu’à la fin du siècle. Mais ces réacteurs sont hyper dangereux. C’est carrément du suicide. Je passe sur le fait qu’on est incapable de gérer les déchets, à la fois ceux-là et ceux du nucléaire en général.

  • PB : Encore une fois, on se lance dans une technologie non maîtrisée.

  • JPP : Et c’est en ayant fait le tour de tout ce panorama du nucléaire que j’adhère à vos conclusions. Il faut tout arrêter, pendant qu’il en est encore temps.

Que faire ?

  • PB : Alors, quelles solutions préconisez-vous en matière de production d’énergie pour le futur ?

  • JPP : Il existe tout un éventail de solutions, de tous ordres. On maîtrise aussi de longue date des techniques de transport de l’énergie électrique, sur de grandes distances, par courant continu haute tension. C’est même comme cela que les Français arrivent à revendre une partie du courant produit à Gravelines, dans le Pas de Calais, aux Anglais, par une ligne de 70 kilomètres qui traverse la Manche en diagonale. Avec un tel système l’énergie géothermique Islandaise serait par exemple à portée de pays comme l’Angleterre (3% de perte par mille kilomètres). Tout cela couterait de l’argent, impliquerait de profonds changements dans le paysage politique, économique et simplement dans le paysage lui-même. L’abandon du nucléaire est particulièrement urgent au Japon, qui possède encore nombre d’installations côtières à la merci d’un autre Tsunami. Vous savez que nous sommes en France passé à un cheveu d’une telle catastrophe lors de la tempête qui a atteint le site du Blayais, en Gironde, en 1999, qui était au ras de l’eau. Il ne s’agissait cette fois pas d’un Tsunami mais d’une bête tempête qui, en noyant l’un des deux groupes électrogènes de secours, a bien failli créer un Fukushima-bis en France, si le second groupe, également installé en sous-sol, avait été noyé. Alors les cœurs des réacteurs auraient cessé d’être refroidis. L’eau se serait évaporée, le cœurs auraient fondu. Nous avons aussi, dans le Pas de Calais un site situé aussi au ras des flots, le site de Gravelines.

  • PB : Vous pensez à un Tsunami ?

  • JPP : Un coup d’œil à l’histoire nous montre qu’en 1580 un séisme dont la magnitude à été évaluée entre 5,3 et 6,9 a frappé cette région et que son épicentre était pile sur Gravelines. Mais les nucléocrates répondront aussitôt « qu’il n’y a pas de risque zéro.

  • PB : De même que les Japonais n’avaient pas prévu à Fukushima que survienne un Tsunami d’une telle ampleur. Oubli du « principe de précaution ».

La différence entre les différents risques et les risques de nature nucléaire est qu’on ne peut pas envisager l’existence même d’un tel risque, dans la mesure où ses conséquences s’étendent immédiatement sur des laps de temps très importants, qui se chiffrent en dizaines de milliers d’années, voire plus, et où les dommages environnementaux peuvent affecter la planète entière. Dans le cas de l’enfouissement des déchets, il s’agit là encore d’une technologie non maîtrisée. Nous pourrions, en optant pour une telle formule, rendre à terme inhabitable des régions entières. Mais les ministres de Hollande, dès leur prise de fonction, ont immédiatement annoncé la couleur. Je vous ai dit que Hollande avait délivré aussitôt l’autorisation de construction du surgénérateur Astrid. Geneviève Fioraso, son ministre de la recherche et des université a déclaré, en inaugurant ITER , a déclaré avec emphase : « Nous serions fous de passer à côté de cette opportunité qu’est ITER, grâce auquel nous allons nous lancer à la conquête du soleil ». Quant à son ministre de l’écologie, Delphine Batho, après être descendue en février 2013 au fond de l’installation pilote de Bure, elle a déclaré « que l’enfouissement était la meilleure solution ». Tout cela respire l’incompétence et l’irresponsabilité.

  • PB : Revenons à ma question concernant les solutions de rechange.

  • JPP : Si les Japonais me posaient cette question, je leur répondrais que leur île comporte 70 % de terres inhabitées, constituées par des régions accidentées, de … montagnes. En équipant un infime partie des flancs exposés au soleil, et en implantant des installations éoliennes ils pourraient largement subvenir à leurs besoin.

  • PB : Est-ce que ça a été envisagé ?

  • JPP : Les solutions alternatives sont combattues, partout. Primo parce que le nucléaire est une source de profit pour des groupes puissants. Secundo parce que personne ne veut dépenser d’argent. Le dénominateur commun de tout ce qui a été entrepris par TEPCO à Fukushima est le souci de dépenser le moins d’argent possible.

Conclusion : en l’état, j’adhère au manifeste de l’Appel de Genève II

  • PB : En Résumé, vous êtes catégoriquement contre le nucléaire, sous toutes ses formes.

  • JPP : Contre ce nucléaire-là. Depuis 2005 des expériences menées au laboratoire Sandia, aux Etats Unis, ont permis d’obtenir des températures de 3,7 milliards de degrés. Beaucoup plus sans doute aujourd’hui, dans ce qu’on appelle les Z-machines. Des installations analogues sont en construction dans différents pays, en Russie, Chine.

  • PB : Evidemment pas en France ?

  • JPP : En France les gens du CEA n’en connaissent pas le fonctionnement. Ce sont des compresseurs MHD fonctionnant de manière impulsionnelle.

  • PB : Est-ce que cette température, d’emblée vingt fois supérieure à celle visée dans ITER change la donne ?

  • JPP : Elle rend possible de recourir à une réaction Bore11 + Hydrogène 1, non neutronique.

  • PB : Qu’entendez-vous par « non-neutronique » ?

  • JPP : La réaction deutérium-tritium donne un noyau d’hélium et un neutron. C’est ce neutron qui constitue tout le problème. En se logeant dans les structures de la machine, il les fragilise et les rend radioactives, par transmutations. Il rend ces matériaux « actifs ». La réaction Bore-hydrogène ne produit pas de neutrons, ou extrêmement peu.

  • PB : Mais comment extraire cette énergie, la convertir en électricité ?

  • JPP : Par « conversion MHD « directe », avec un rendement de 70 %. Ca a été fait dès les années cinquante, essentiellement en Russie. Une installation du type Z-machine aurait un coût cent à deux cent fois inférieur à celui d’ITER et ne présenterait rien de problématique, aucun danger, aucune retombée environnementale potentielle.

  • PB : Mais quelle différence avec des machines à fusion comme ITER ?

  • JPP : C’est la différence entre la machine à vapeur et le moteur à combustion interne, où la combustion est opérée de manière impulsionnelle. A ce que je sache, le moteur de votre automobile n’est pas une machine fonctionnant à la vapeur. ITER, même s’il fonctionnait, or ça ne sera pas le cas, serait la machine à vapeur du III° millénaire. C’est comme si on envisageait de créer, en 1900, après avoir vu l’avion d’Ader, une liaison transatlantique avec des avions à vapeur.

Mais l’illogisme de la politique nucléaire à l’échelle internationale ne doit pas nous faire oublier la dangerosité foncière, inacceptable, du nucléaire d’aujourd’hui, centré sur la fission, qui implique son abandon immédiat.

3 La “réfutation” publiée par le CEA : http://www-fusion-magnetique.cea.fr/en_savoir_plus/articles/disruptions/analyse_critiquearticle_petit_nexus_vf.pdf. On y lit : “Nous sommes affligés de la légèreté avec laquelle des informations scientifiques publiées dans des revues de renommée internationale, leurs auteurs, mais également les lecteurs de l’article lui-même, y sont manipulés à des fins étrangères à la recherche et aux progrès des connaissances.Par un tel comportement intellectuellement malhonnête, Mr J.P.Petit se disqualifie lui-même ipso facto du débat, qu’ils soit scientifique ou sociétal.

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Réponse des autorités politiques suisses à l’Appel de Genève II

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Graf & Lombardi

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par | septembre 29, 2013 · 5:45

Les enfants de Tchernobyl

« Ce qui nous attend en Europe occidentale, si l’on continue… »
L’Association pour l’Appel de Genève II réédite ci-dessous
un article de Michel Hugot, Ingénieur informaticien,
daté d’octobre 2011, mis à jour le 26 septembre 2013:

Appel à financer les projets de
l’institut  de radioprotection « BELRAD »

Siège social : Résidence « Les Jardins d’Emeraude »
28 bis, rue de la République – 22770 Lancieux.
 http://enfants-tchernobyl-belarus.org

Exposé des motifs :

Deux millions de personnes au moins, dont 500 000 enfants, vivent, en Biélorussie, sur un sol contaminé par l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Toute la chaîne alimentaire est polluée par des éléments radioactifs. Parmi ceux-ci, le Césium 137. Le sol en regorge. Pour les familles peu fortunées, il est (quasiment) impossible de ne pas en ingérer. Les populations des zones les plus contaminées dépendent d’un soutien dérisoire de l’Etat biélorusse et du travail de l’Institut « Belrad », représenté en France par l’association franco-biélorusse Enfants de Tchernobyl Bélarus (ETB), loi 1901, créée le 27 avril 2001. L’Institut indépendant « Belrad » a été créé à Minsk en 1990, avec l’aide de Sakharov et de Karpov, par le Prof. Vassili Nesterenko, un physicien nucléaire du plus haut niveau qui, après l’accident de Tchernobyl, s’est reconverti dans la radioprotection des enfants qui sont les plus gravement touchés par la contamination radioactive. On constate en effet dès la naissance :

– Des malformations
– Une grande fragilité
– Atteinte de tous les systèmes de défense contre les infections
– Maladies cardiovasculaires
– Maladies endocrines dont le diabète sucré grave
– Thyroïdites
– Atteintes neuro-psychiques et oculaires
– Lésions d’autres organes
– Cancers

L’Institut BELRAD utilise un système de mesure de la radioactivité du Cesium 137 incorporé chez chaque enfant et un traitement qui réduit la charge en césium radioactif accumulé dans les organes. Ce traitement, à base de pectine de pomme vitaminée comporte des cures pour les enfants contaminés pendant 3 semaines, les cures devant être répétées de 2 à 4 fois par an pour produire un effet significatif. Cette préparation permet d’éliminer les atomes radioactifs (Cesium, Strontium et dérivés de l’Uranium). Beaucoup de Biélorusses, ayant de faibles revenus, doivent se nourrir d’aliments produits localement, fortement contaminés, et ne peuvent financer les traitements de leurs enfants. Les équipes de l’Institut BELRAD sillonnent les villages biélorusses, en mesurant le taux de Césium 137 chez les enfants et en leur fournissant gratuitement les comprimés de Pectine.

L’institut BELRAD est, avec 430 000 mesures effectuées sur les enfants en vingt ans d’activité, le seul témoin irréfutable de la contamination radioactive toujours présente dans une grande partie du territoire de Biélorussie. Il va à l’encontre de la version rassurante diffusée par les gouvernements et les organismes internationaux sous l’égide de l’OMS et de l’AIEA qui veulent faire croire que « Tchernobyl, c’est fini ». (voir le site d’Independent Who) Loin d’aider l’institut, on s’acharne à le faire disparaître.

Il y a donc deux raisons de défendre l’institut BELRAD, que pratiquement seule l’association Enfants de Tchernobyl Bélarus finance :
1) L’aide humanitaire, qui seule permet, par l’information des familles et l’utilisation des  cures de pectine pour réduire les effets délétères du Cesium137, tout spécialement chez   l ‘ e n f a n t , b i e n p l u s vulnérable que l’adulte.
2) Renforcer le combat pour que la vérité scientifique sur les conséquences sanitaires immédiates et à long terme d’un accident tel que celui de Tchernobyl soit enfin reconnue. BELRAD nous apporte pour cela une quantité de données irremplaçables.

Historique et financements :

A l’origine, le financement de BELRAD reposait sur l’aide du premier gouvernement biélorusse. Les gros donateurs étaient des millionnaires russes, comme Karpov, puis une fondation américaine qui a arrêté son aide à la suite de l’attentat de septembre 2001. D’autres sources, en provenance d’ONG occidentales, ont rapidement diminué.
– L’institut est né quand l’URSS disparaissait : il fallait répondre d’urgence aux immenses dégâts provoqués par la catastrophe de Tchernobyl sur la santé des habitants des zones contaminées et non évacuées de Biélorussie.
– La Fondation France Libertés de Danielle Mitterrand, qui nous avait aidé généreusement les premières années, a cessé toute aide.
– L’institut ne reçoit plus aucune aide d’origine publique depuis 2005.
– L’association Enfants de Tchernobyl Belarus se bat pratiquement seule pour assurer la survie de l’institut BELRAD.

Le contexte actuel :

En réponse à l’appel d’offre européen financé par EuropeAid inspiré par un nouveau programme de l’ONU, l’Institut Belrad a présenté, en avril 2009, un projet de radioprotection incluant les cures de pectine pour les enfants contaminés. Le financement demandé sur 18 mois s’élevait à 60 000 euros. La délégation de l’Union Européenne à Kiev, en charge de l’instruction de ces dossiers, a répondu à l’Institut par une insultante fin de non recevoir : « La thématique de votre projet n’est pas d’actualité ».

Pour comprendre ce refus, il faut savoir que les quatre agences de l’ONU (AIEA, OMS, PNUD, UNICEF) sous l’égide de l’AIEA, ont déclaré le 24 avril 2009 que les territoires affectés par l’accident de 1986 ne sont plus dangereux pour les populations… ce que même le gouvernement français n’ose prétendre en déconseillant formellement aux touristes de se rendre dans le Sud-Est du Bélarus (voir page web du Ministère des affaires étrangères).

Or, trois exemples – pour ne s’en tenir qu’à ceux-ci – en provenance des pays les plus touchés par l’accident, se sont inscrits en faux de cette affirmation, en confirmant l’utilité de la radioprotection des enfants telle que la pratique l’Institut Belrad au Bélarus, en empruntant la même méthode.

D’UKRAINE:

En partenariat avec le Centre de Médecine Radioactive de l’Académie des Sciences d’Ukraine, une ONG alsacienne qui s’occupe des enfants ukrainiens (Les Enfants de Tchernobyl ) a réalisé, en 2008, une étude qui reprenait le protocole de l’Institut Belrad de Nesterenko. Des centaines d’enfants, habitant des villages contaminés du nord de l’Ukraine, ont fait l’objet d’une mesure de la contamination radioactive en césium 137 incorporé dans leur organisme, avant et après leur séjour dans l’Est de la France, mais également avant et après des cures de Vitapect2, un composé de pectine, fabriqué sous licence pour l’Institut Belrad de Minsk. Dans sa dernière édition, la très officielle Revue de l’Académie des Sciences médicales du Ministère de la santé publique d’Ukraine a consacré un article de 9 pages aux résultats obtenus à l’initiative de l’association française. On retiendra de cette publication scientifique 4 informations majeures :

1) Les organismes des enfants qui n’étaient pas nés au moment de l’explosion du réacteur nucléaire contiennent du césium 137.
2) Les enfants sont contaminés par le biais de la chaîne alimentaire.
3) Un séjour de 3 semaines en France permet de réduire de 30% en moyenne la   c o n t a m i n a t i o n
interne en césium 137 et ne plus subir la contamination externe. Ces résultats sont remarquables et prouvent l’intérêt de ces projets.
4) Une cure de pectine de 3 semaines dans leur école permet de réduire de 50% à 70% la contamination interne en césium 137.

Pour permettre à BELRAD de continuer à soulager les souffrances des milliers d’enfants contaminés par les radiations dues à la catastrophe de Tchernobyl, toutes les aides sont les bienvenues.
Merci.

P.S. : Pour info, en 2011, la France possède 58 réacteurs nucléaires répartis dans 19 centrales.
         Tchernobyl: un seul réacteur, des centaines de milliers de morts, des millions de malades !

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Stratégie de l’APAG 2

Comme chacun l’aura remarqué, les signataires de l’Appel de Genève 2 relèvent de plusieurs nationalités. De fait, l’Appel de Genève 2 ne s’adresse pas qu’à la Suisse ni qu’aux Suisses.

Ce n’est pas là l’effet du hasard, mais de notre conscience du caractère international de l’extrême dangerosité de l’industrie nucléaire et de notre intention de nous adresser successivement aux autorités politiques des divers Etats nucléarisés.

Pour l’instant, l’Appel de Genève n’est officiellement diffusé qu’en français, mais il le sera prochainement aussi en allemand et en italien, donc dans les trois langues officielles de la Suisse, ainsi qu’en anglais, en attendant de l’être en d’autres idiomes.

La vitesse avec laquelle seront franchies ces étapes dépendra de l’ampleur du mouvement. L’Appel de Genève 2 s’adresse aux citoyens des Etats nucléarisés, de toutes les orientations politiques, sans exclusive aucune. C’est dire que nous comptons sur votre engagement en faveur d’un avenir sans nucléaire.

Ivo Rens

 

 

 

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Lettre au Conseil fédéral

A Monsieur Ueli Maurer,
Président de la Confédération
Au Conseil fédéral de la
Confédération suisse

Palais fédéral
3003 Berne

Genève, ce 14 septembre 2013

Concerne : Sortie du nucléaire.

Monsieur le Président de la Confédération,
Mesdames les Conseillères fédérales,
Messieurs les Conseillers fédéraux,

Survenu après une suite d’accidents de centrales nucléaires de gravité croissante (Lucens en 1969, Three Mile Island en 1979 et Tchernobyl en 1986, pour ne citer que les plus connus), l’accident de Fukushima, désastre hors normes, toujours en cours, démontre que tant que notre pays n’aura pas renoncé à ses centrales nucléaires, les Suisses continueront d’être à la merci d’un accident ou d’un attentat nucléaires.

Il en résulte que l’industrie nucléaire est incompatible avec la sécurité et la sûreté radiologiques qui conditionnent l’habitabilité de notre pays, comme de tout autre. En cas d’accident ou d’attentat majeurs sur une de nos centrales, accident ou attentat qui comporteraient la nécessité d’évacuer une ou plusieurs de nos villes sous le vent, comment procéderait-on ?

Le stratégie du Conseil fédéral visant à faire sortir la Suisse du nucléaire est assurément une décision positive, sauf en ce qui concerne son étalement dans le temps qui laisserait subsister pendant plus de vingt ans la menace existante sur la sécurité et la sûreté radiologiques de la population de notre pays.

Pour être conséquent, il nous paraît urgent de sortir sans délai du nucléaire pour respecter  l’article 2, alinéa 1, de la Constitution fédérale qui dispose que la Confédération « assure l’indépendance et la sécurité du pays » et pour faire face à nos « responsabilités envers les générations futures » invoquées dans le Préambule de ladite Constitution.

Nous sommes conscients des difficultés et des contraintes inhérentes à une reconversion de notre économie dans l’urgence. Mais ces difficultés et contraintes sont sans commune mesure avec celles qui résulteraient d’un accident ou d’un attentat nucléaires.

A propos d’économie, on sait depuis longtemps que le problème des déchets des centrales nucléaires, qui devraient être maintenus à l’écart de la biosphère pendant des millénaires, n’est pas résolu. Le sera-t-il un jour ? Il est permis d’en douter. Le temps où la Suisse, comme d’autres nations industrialisées, s’en débarrassait dans les fosses océaniques est heureusement révolu. On sait moins que, même en fonctionnement normal, l’industrie nucléaire a pour effet d’ajouter à la radioactivité naturelle une radioactivité artificielle infiniment plus considérable et donc infiniment plus dangereuse que la naturelle, notamment sous la forme de déchets radioactifs. Les coûts cachés de ces “externaIités“, comme ceux du démantèlement, rendent complètement fallacieux tous les arguments relatifs à la prétendue compétitivité de l’énergie nucléaire.

Bien entendu, il nous semble indispensable que la Confédération s’efforce d’obtenir la fermeture des centrales et dépôts nucléaires que les Etats voisins ont installés à proximité de nos frontières. Mais, c’est en montrant l’exemple par sa renonciation immédiate à l’électronucléaire que la Suisse deviendra crédible. Alors que la Suisse va assumer la présidence de l’Organisation pour la paix et la sécurité en Europe (OSCE), notre pays pourrait ainsi ouvrir la voie que l’Europe et le monde devront emprunter tôt ou tard.

Telles sont les raisons qui nous ont conduits à lancer l’Appel de Genève II ci-annexé.

Dans l’espoir que vous voudrez bien nous entendre, nous vous adressons, Monsieur le Président de la Confédération, Mesdames et Messieurs les Conseillers fédéraux, l’assurance de notre haute considération.

Pour l’Appel de Genève II,

Ivo Rens, Professeur honoraire, Université de Genève
RémyPagani, Conseiller administratif, Ancien Maire de Genève
Paul Bonny, Citoyen de Genève

Copie aux Présidents du Conseil national, du Conseil des Etats, du Conseil d’Etat de Genève, du Grand Conseil de Genève et de la Maire de Genève.

APAG 2, Case postale 113, CH-1211 Genève 17.

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