Appel de scientifiques contre un nouveau programme nucléaire 

juin 2023

Source : Gazette nucléaire, No 301 de décembre 2023

(A l’initiative de membres du Groupement de Scientifiques pour l’Information sur l’Energie Nucléaire (GSIEN) et de Global Chance, de médecins, d’enseignantes et d’enseignants, d’ingénieures et d’ingénieurs, d’universitaires et de chercheurs, est lancé cet appel à refuser tout nouveau programme nucléaire, imposé et qui engagerait l’avenir de notre pays sur le très long terme.)

Le 11 Février 1975 dans les colonnes du Monde, 400 scientifiques invitaient la population française à refuser l’installation des centrales nucléaires « tant qu’elle n’aura pas une claire conscience des risques et des conséquences ». Rappelant le caractère potentiellement effroyable d’un accident nucléaire, ils constataient que « le problème des déchets est traité avec légèreté », et que : « systématiquement, on minimise les risques, on cache les conséquences possibles, on rassure ». 

La pertinence de cet appel, qui pourrait être repris quasiment mot pour mot aujourd’hui, a été largement confirmée dans les dernières décennies : 

  • Présentés à l’époque comme impossibles, les accidents graves ou majeurs se sont multipliés, entraînant des rejets massifs de matières radioactives. Ils ont touché aussi bien des cœurs de réacteurs (Three Mile Island, Tchernobyl, Fukushima) que des dépôts de déchets radioactifs ou des usines de combustible (Mayak, Tokaimura, WIPP, Asse). 
  • De vastes zones géographiques ont été ainsi rendues toxiques pour tous les êtres vivants et les irradiations et les contaminations radioactives continuent de faire de nombreuses victimes, y compris autour des installations en fonctionnement « normal ». 
  • L’industrie du nucléaire a officiellement accumulé en France plus de 2 millions de tonnes de déchets radioactifs, dont 200 000 tonnes dangereuses sur de longues périodes, un volume très sous estimé qui ne comptabilise ni les stériles et déchets miniers abandonnés à l’étranger, ni les «matières» destinées à un hypothétique réemploi (combustibles usés, uranium appauvri, uranium de retraitement…). 
  • Le démantèlement et la dépollution des sites déjà contaminés sont à peine engagés, s’annoncent excessivement longs et coûteux, et vont encore aggraver le bilan des déchets. 

Force est de constater qu’après un demi-siècle de développement industriel, nous ne maîtrisons toujours pas les dangers de l’atome, et n’avons fait que repousser des problèmes annoncés de longue date. 

Pourtant, hors de tout débat démocratique, et sans avoir procédé à un réel bilan des choix passés et des options qui s’offrent aujourd’hui, nos gouvernants s’apprêtent à relancer un nouveau programme électronucléaire. Sous prétexte d’urgence climatique, et sur la base d’arguments tronqués, simplistes, voire lourdement erronés, des lobbyistes disposant d’importants relais médiatiques s’emploient à organiser l’amnésie. 

Rappelons que, pour stocker une fraction seulement des déchets les plus dangereux produits à ce jour en France, déchets qui selon certains « tiendraient dans une piscine olympique », on s’apprête à creuser 300 km de galeries sous un site de 29 km2, pour un coût provisoirement estimé entre 25 et 35 milliards d’euros, et ce sans certitude sur la durabilité de ce stockage aux échelles géologiques requises, de l’ordre d’au moins 100 000 ans. 

Rappelons que les conséquences d’accidents majeurs tels que Tchernobyl et Fukushima ne peuvent se réduire à un petit nombre de morts « officiels ». Le fait qu’un bilan sanitaire et économique sérieux du drame de Tchernobyl ne soit toujours pas établi devrait interpeller tout esprit scientifique. Un large éventail de morbidités affecte les habitants des territoires contaminés : conditions de vie dégradées, paupérisation et stigmatisation seront leur lot pour des siècles. 

Deux faits majeurs de notre actualité devraient plus que jamais nous alerter : le dérèglement climatique qui s’accélère, et la guerre en Ukraine. La raréfaction de l’eau douce et la réduction du débit des fleuves liés à une sécheresse bientôt chronique en France, tout autant que les risques de submersion des zones côtières dûs à l’élévation du niveau des océans et à la multiplication d’évènements climatiques extrêmes vont rendre très problématique l’exploitation des installations nucléaires. Miser sur de nouveaux réacteurs dont le premier serait au mieux mis en service en 2037 ne permettra en rien de réduire dès aujourd’hui et drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre, comme l’urgence climatique l’exige. Par ailleurs, au-delà des horreurs de la guerre, la vulnérabilité de la centrale de Zaporijia menace l’Europe entière. Dans un tel contexte d’instabilité géopolitique, comment allons nous garantir la paix éternelle requise par le nucléaire ? 

Dans l’immédiat, l’effort industriel et financier que représenterait ce nouveau programme détournerait pour longtemps les moyens nécessaires pour affronter les défis conjugués de la crise climatique, de l’effondrement du vivant, des pollutions généralisées et de l’épuisement des ressources. Le système électronucléaire est au contraire indissociable d’un modèle économique basé sur le productivisme et le gaspillage, qui doit prioritairement être revu. 

Aujourd’hui, toute critique de la technologie nucléaire, soumise au double secret industriel et militaire, est devenue extrêmement difficile au sein des écoles, laboratoires et instituts qui lui sont liés. Mais les sciences de l’ingénieur n’ont le monopole ni du savoir ni de la légitimité pour décider de notre avenir. Les sciences de la terre et du vivant, de la santé, les sciences sociales et économiques, les humanités et les lettres produisent des enquêtes, des analyses et des contre-récits sans lesquels nous ne saurions rien aujourd’hui des véritables conséquences de l’atome sur les sociétés, les milieux de vie et les populations, humaines et autres qu’humaines. 

C’est pourquoi nous, femmes et hommes scientifiques, médecins,enseignants, ingénieurs, universitaires et chercheurs lançons cet appel à refuser tout nouveau programme nucléaire. A un choix imposé qui engagerait notre avenir sur le très long terme, nous opposons la nécessité d’élaborer démocratiquement et de manière décentralisée, à partir des territoires et des besoins, des propositions de rupture pour des politiques de sobriété, de transition énergétique, et de justice écologique. 

Pour signer l’appel : 

https://appel-de-scientifiques-contre-un-nouveau-programme-nucleaire.org

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Nucléaire, radioactivité, et santé

par Annie et Pierre Péguin 

décembre 2023 

Le nucléaire est présenté comme une énergie pouvant pallier les hydrocarbures dans la lutte contre le réchauffement climatique. C’est vite oublier les dégâts sur la santé que cette technologie engendre que ce soit dans ses utilisations militaires ou civiles.


Historique

Dès le début de la découverte des rayons x et du radium, les scientifiques sont confrontés au danger : spasmes, pertes de cheveux, graves brûlures et tumeurs. Mais l’énergie qui peut en être tirée et les applications médicales sont étonnantes. En même temps on évoque les propriétés mutagènes et teratogènes des radiations : le Pr Muller les étudie dés 1925 (Il sera reconnu par un prix Nobel en 1946). En 36, à Hambourg on rend hommage à 169 médecins et techniciens morts de « nécrose de tissu ». 

Puis c’est la guerre, le projet Manhattan pour la mise au point de la bombe atomique. L’aménagement d’une région entière consacrée à sa fabrication, en particulier autour de Los Alamos, les scientifiques relèvent déjà l’extrême dangerosité du plutonium, on en injecte même à des cobayes humains. 
Les victimes des bombes d’Hiroshima et Nagasaki, en particulier celles qui agonisent petit à petit sont soigneusement observées par les spécialistes américains.

Les résultats de toutes ces expérimentations ont été censurés, couverts par le secret-défense, il fallait taire les effets à long terme de la radioactivité et éviter que les US soient menacés d’être responsables de crime contre l’humanité. 

Ainsi ces précieuses connaissances ont été perdues pour la protection des travailleurs et des victimes du nucléaire. Les quelques chercheurs qui ont essayé de creuser la question ont été ostracisés ; ceux restant sous la coupe des militaires et du gouvernement sont financés pour justifier l’existence d’une « dose tolérable ».
De plus, n’est pris en compte que l’irradiation externe, pas du tout la contamination interne de l’organisme. Il sera même prétendu que les problèmes de santé induits par la radioactivité sont provoqués par des fantasmes irrationnels pathologiques. 
Au moment de Tchernobyl les experts français vont abuser de cet argument, de même après la catastrophe de Fukushima, la « nucléophobie » est la seule responsable ! Quant aux observations des médecins de terrain elles seront négligées par les structures internationales de sécurité du nucléaire. 

Des événements vont nourrir le doute

– L’Organisation mondiale de la Santé a déclaré en 1957 que « tout rayonnement artificiel doit être considéré comme nocif pour l’homme du point de vue génétique » et que « le bien-être des descendants de la génération actuelle est menacé par l’évolution de l’utilisation de l’énergie nucléaire et des sources de rayonnements ». Aucune preuve scientifique n’est apparue depuis pour contredire cette position. Au contraire, des études ultérieures indiquent que les dangers ont été sous-estimés. Un demi-siècle plus tard, la Terre baigne dans la contamination radioactive. Les activités nucléaires, industrielles et militaires, ont endommagé pour des dizaines de milliers d’années et, irrévocablement, le patrimoine génétique de tout le vivant.

– Dès 1958, Alice Stewart porte à la connaissance de la communauté scientifique le fait que de très faibles doses de rayonnements ionisants sont cancérigènes pour le fœtus pendant la grossesse.

– L’accident atomique de Three MILE Island (1979) vasonner le glas du développementde l’énergie nucléaire pacifique aux EU. 

– D’après la CIPR (Commission Internationale de Protection Radiologique) en 1990
Il n’y a pas de seuil de dose en dessous duquel il n’y a aucun effet. Toute dose de rayonnement comporte un risque cancérigène et génétique. La probabilité d’apparition d’un cancer radio-induit mortel est directement proportionnelle à la dose reçue. 
La CIPR préconise une limite de dose annuelle de 1 mSv/an pour le public, ce qui n’implique pas qu’en dessous les rayonnements soient inoffensifs. La France s’y est conformée tardivement et prévoit de la porter à 20mSv en cas de catastrophe atomique, soit la même valeur que celle autorisée pour les travailleurs du nucléaire.

– Les travaux de Youri Bandazhevsky et Vassili Nesterenko sur la santé des enfants contaminés en Biélorussie (fondation de l’institut Belrad) qui ne sont pas reconnus par les instances internationales. Celles-ci n’admettent que 32 décès directs et 2000 cancers de la thyroïde. La France joue un rôle important pour que soit niée les dégâts de la catastrophe avec le projet Ethos.
Mais une publication de l’Académie des sciences de N.Y. en 2010 fondée sur des travaux scientifiques russes, biélorusses et ukrainiens annonce que Tchernobyl a fait un million de victimes et en fera d’autres puisque les atteinte s génétiques se transmettent. 
Chernobyl: Consequences of the catastrophe for people and the environment.Annals of the NYAS, Vol 1181, Wiley, New York, February 2010.

Les vétérans militaires US ayant subi les retombées des essais nucléaires ainsi que ceux ayant utilisé des armes à tête d’uranium (en Irak par exemple) demandent à être reconnus comme victimes du nucléaire..

Le CERI. Autour des années 2000 la création par le Parlement européen d’un groupe de scientifique le CERI chargé d’étudier les conséquences de la radioactivité en tenant compte de la sensibilité des différents organes et de l’immunité, des effets de la contamination interne (par l’alimentation et la respiration), y compris sous faibles doses, contrairement aux évaluations officielles antérieures qui ne prenaient en compte que l’irradiation directe supérieure aux seuils fixés. 
http://www.dissident-media.org/infonucleaire/millions.html,
D’après le CERI, dès 2003, le nucléaire est responsable de 61,6 millions de morts par cancers depuis 1945, contre 1,1 million selon les sources officielles, le nombre de cancers est pour sa part évalué à 123 millions contre 2,3 et l’étude estime en outre que les radiations ont induit une importante mortalité infantile et foetale (3,4 millions). 

– Les Actes du forum 2014 Scientifique et citoyen sur les effets génétiques des Rayonnements ionisants organisé par le Collectif Independent WHO « Santé et nucléaire » sont publiés.
http://independentwho.org/fr/2015/11/05/actes-forum-2014/

Quelques compléments : 
Lire entre autres :  Kate Brown,  Tchernobyl par la preuve – vivre avec le désastre et après , Actes Sud, 2021. 
– Thiery Gadault et Hugues Demeude,  Nucléaire danger immédiat et Et ça se passera près de chez vous, Flammarion, 2018. 
– Yves Lenoir, La Comédie atomique. L’histoire occultée des dangers des radiations. Editions La Découverte, 2016. 
– Jean-Marc Royer, Le monde comme projet Manhattan, Le Passager Clandestin, 2017. 
De faibles radiations induisent des cancers d’après l’OMS
http://sante.lefigaro.fr/actualite/2015/11/06/24290-faibles-radiations-induisent-cancersUne étude de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) sur plus de 300.000 travailleurs de l’industrie nucléaire démontre l’effet néfaste des rayonnements, même à des doses très réduites.Le nucléaire tue… même à faible dose. C’est la conclusion de cette étude scientifique effectuée par des chercheurs espagnols, britanniques, américains et français, dont ceux de l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), et coordonnée par le Centre international de recherche sur le cancer à Lyon (CIRC). Travaux publiés par le British Medical Journal (2015).
https://www.bmj.com/content/bmj/351/bmj.h5359.full.pdf
«Notre étude démontre qu’il n’y a pas de seuil minimum en dessous duquel l’exposition aux rayonnements ionisants serait inoffensive», assure le Dr Isabelle Thierry-Chef, du Circ. Plus grave, «même pour des doses comparables à la radioactivité naturelle » complète Ausrele Kesminiene, directrice de recherche au CIRC et coordonnatrice de l’étude. 
L’ampleur de cette étude est sans précédent. Elle porte sur 308.297 travailleurs du nucléaire aux États-Unis, en France et en Grande-Bretagne, entre 1943 et 2005, dont ceux qui ont travaillé dans l’Hexagone pour Areva, EDF et l’IRSN. 

Les mêmes scientifiques avaient effectué une étude épidémiologique sur les risques de leucémie sur la même cohorte de travailleurs du nucléaire, publiée en juillet 2015 par le Lancet Haematology . Ils arrivaient à la même conclusion sur les faibles doses et l’accroissement du risque de décès par leucémie pour les travailleurs du nucléaire. 
«La durée d’apparition et la sensibilité des organes sont différentes. On considère dans les analyses qu’une leucémie peut apparaître deux ans après l’exposition aux rayonnements, et un cancer peut se déclarer dix ans après

Incidence de la radioactivité aux alentours descentrales nucléaires. 
D’après le médecin Michel Fernex,
 il existe une augmentation statistiquement démontrée du nombre de leucémies aiguëes chez les enfants de moins de 5 ans dans un rayon de 5 km autour des centrales nucléaires en fonctionnement normal. Celles-ci sont autorisées à rejeter dans l’air et dans l’eau des particules radioactives qui contaminent durablement la région. 
Suite aux observations recueillies autour de la centrale atomique de Krümmel en Allemagne, et à une pétition avec 10’000 signatures de citoyens inquiets, une étude épidémiologique de grande envergure a alors été initiée autour de 16 centrales atomiques allemandes. Cette étude, publiée en 2007, montre que ces centrales, situées dans des environnements très différents, s’accompagnent d’une augmentation statistiquement significative du nombre de leucémies chez le jeune enfant. 

Après la catastrophe de Tchernobyl 

Tchernobyl reste un désastre : la santé publique continue de se dégrader en Biélorussie victime d’une décision prise dans le secret pour éviter de fortes retombées sur les grandes villes et les industries stratégiques de l’URSS. Pour cela la pluie a été provoquée pour précipiter la radioactivité sur des zones biélorusses.
https://enfants-tchernobyl-belarus.org/etb/documintaire/35ans.html,
L’état général de la population ne cesse de se dégrader. La morbidité chiffrée par le nombre de maladies enregistrées par an et par mille habitants est passée de 300 à 1300. Ainsi toute la population de Biélorussie reste affectée par les séquelles sanitaires de l’accident. Plusieurs millions de personnes vivent dans un environnement dangereux où leur pauvreté (mais aussi leurs traditions culinaires) les pousse à aller chercher une partie non marginale de leur alimentation dans leur voisinage immédiat (lait de vache familiale, produits du potager, champignons, baies et gibier des forêts). 

La descendance de la génération des liquidateurs a été considérablement affectée par l’enrôlement des pères à Tchernobyl. On comptait six fois plus de malformations chez leurs enfants que dans la population générale. A cela il faut ajouter des mortalités péri et néonatale, https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/250413/tchernobyl-la-mort-des-enfants-en-prime.,
Conséquences génétiques des catastrophes
www.vivre-apres-fukushima.fr/gm-documents/LIVRE_Yablokov.pdf  
A.V.Yablokov V.B.Nesterenko A.V.Nesterenko Saint-Pétersbourg « NAOUKA » 2007, 
On sait qu’à la deuxième et à la troisième génération, chez les enfants de parents survivants irradiés par les bombes atomiques au Japon en 1945, la fréquence des maladies du système lymphatique est 10,5 fois plus élevée, celle des maladies du foie 10 fois et celle du système respiratoire 3,3 fois plus élevée que la moyenne. 

Quant aux descendants des liquidateurs de Tchernobyl ils sont victimes également des altérations chromosomiques qui leur ont été transmises, à l’origine de diverses maladies. 

Cancers de la Thyroïde
L’épidémie de cancers 
de la thyroïde en France , Annie Thébaud-Mony , 2016 Giscop.

Multiplication de ce cancerhttps://www.santepubliquefrance.fr › docs › evolution-de-l-incidence-du-cancer-de-la-thyroide-en-france-metropolitaine.-bilan-sur-25-ans
Le cancer de la thyroïde était relativement rare il y a 25-30 ans, mais le nombre de diagnostics a beaucoup augmenté. 

Les malades de la thyroïde veulent en finir avec l’omerta en France
par Sophie Chapellehttps://basta.media/Tchernobyl-les-malades-de-la-thyroide-veulent-en-finir-avec-l-omerta-en-France
Palpitations, agressivité, prise de poids, fatigue constante, problèmes de libido, dépression, fausse couche… De plus en plus de citoyens français se voient diagnostiquer, après un long parcours médical, un problème thyroïdien. L’Association française des malades de la thyroïde mène un long combat pour faire reconnaître le rôle de la catastrophe de Tchernobyl dans l’augmentation de ces pathologies. 

Info sur les cancers de Thyroïde d’enfants de Fukushima (en anglais)
https://www.sciencerepository.org/area-dose-response-of-prevalent-childhood-thyroid-cancers-after-the-fukushima-nuclear-power-plant-accident_COR-2019-6-116?f

Et que se passerait-il en cas de catastrophe atomique ? 
Rappelons les quatre principales mesures qui suivraient la catastrophe : 

•  L’armée aurait à évacuer rapidement un nombre très important d’habitants, engendrant des flux de population pouvant atteindre plusieurs millions, ce qui est matériellement compliqué et peut-être impossible pour des villes comme Paris, Lyon ou Bordeaux, 

• Relèvement des seuils de contamination admissibles en les multipliant par 20 pour réduire l’évacuation des populations et les laisser vivre dans des zones contaminées, ce qui revient à reporter, dans le temps l’impact sanitaire ainsi durablement augmenté. 

• Mise en zone interdite et/ou hors activité productive d’une partie importante d’un territoire, et ce, pendant des siècles, pour cause de contamination des sols, 

• Mise en place d’une organisation de contrôle autoritaire décrite notamment dans les arrêtés et décrets publiés depuis 2003 sur la gestion de l’accident nucléaire en France. 

Quant aux conséquences sanitaires, malgré leurs dilutions dans le temps, le secret qui les entoure a toujours permis de minorer le nombre officiel de victimes, elles seraient d’une ampleur sans précédent pour notre pays. Les décès plus ou moins rapides s’accompagnerait de maladies pour un grand nombre, et de malformations pour les descendants. 

Et pour finir : Chacun de nous peut observer la multiplication de cancers depuis quelques dizaines d’années, et le développement de maladies rares. Ces effets des changements de notre environnement ne sont pas seulement dus à la chimie (pesticides de synthèse, plastiques), ou aux pollutions et aux ondes, mais aussi à la contamination radioactive généralisée.
Mais spécificité française, tout est fait pour cacher les effets de la radioactivité afin d’éviter que la population ne remette en cause l’armement atomique et l’électronucléaire…



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Relance du Nucléaire en France ?

par Ivo Rens

décembre 2023

Le 10 février 2022, le Président Macron prononça un discours sur la politique énergétique de la France qui se voulait fondateur car il visait à repenser cette problématique et à relancer l’électronucléaire français alors que la plupart des États de l’Union européenne, à commencer par l’Allemagne, ont renoncé aux centrales nucléaires à la suite des accidents de Tchernobyl (1986) et Fukushima (2011).

Ce n’est pas hasard que Macron choisit Belfort pour prononcer ce discours car cette ville et le territoire de Belfort sont le siège d’une activité clé dans la filière nucléaire, à savoir la construction des turbines Arabelle, qui avait été vendue en 2014 par la firme française Alstom à la firme étatsunienne General Electric, mais qui venait d’être rachetée à cette dernière par EDF. Malheureusement pour EDF, la survenue du conflit russo-ukrainien le 22 février 2022, ou plutôt celle du régime des sanctions internationales suscité par ce conflit a porté un coup à cette transaction, toujours en suspens compte tenu de la collaboration franco-russe dans la construction de centrales nucléaires en Égypte, en Hongrie et en Turquie.[1]

Citons le premier des deux passages centraux relatifs au nucléaire de ce discours :

“Je souhaite que six EPR2[2] soient construits et que nous lancions les études sur la construction de 8 EPR2 additionnels. Nous avancerons ainsi par pallier. Concrètement, nous allons engager dès les semaines à venir les chantiers préparatoires : finalisation des études de conception, saisine de la commission nationale du débat public, définition des lieux d’implantation des trois paires, montée en charge de la filière. Une large concertation du public aura lieu au second semestre 2022 sur l’énergie, puis des discussions parlementaires se tiendront en 2023 pour réviser la programmation pluriannuelle de l’énergie. Nous visons le début du chantier à l’horizon 2028, pour une mise en service du premier réacteur à l’horizon 2035. Ce délai de mise en œuvre justifie aussi la nécessité de prolonger nos réacteurs actuels et de développer les énergies renouvelables. Ce choix nous devons le faire aujourd’hui pour donner à EDF et à toute la filière la visibilité qui s’impose et là-aussi, pour tirer toutes les leçons du passé. Car quand des ruptures arrivent, quand la visibilité n’est plus là c’est à ce moment qu’il y a des ruptures de charge, c’est à ce moment qu’il y a des pertes de compétences, c’est à ce moment que nous prenons des risques. Par ce choix de la Nation au long cours nous nous donnons aussi les moyens de préserver nos compétences nos savoir-faire ; chez EDF bien sûr mais dans toute la filière, dans toute la filière pour garantir l’excellence qu’est la nôtre, dont nous avons en partie d’ailleurs dû rebâtir ces dernières années.”[3]

Pareille prospective paraît euphorique quand on connaît tant soit peu les déboires enregistrés par EDF avec l’EPR de Flamanville, dont la construction fut lancée au printemps 2007 et qui devait entrer en service en 2012. On nous promet actuellement qu’elle entrera en service en 2024. A l’origine, le chantier était devisé à 3,3 milliards d’euros. “Il devrait finalement durer au moins dix-sept ans, pour une facture désormais estimée à 19,1 milliards.”[4]

Et voici le second passage central du discours du Président Macron.

“À côté de ces EPR, un appel à projets sera soutenu à hauteur d’un milliard d’euros par France 2030 et sera lancé pour faire émerger des petits réacteurs modulaires mais aussi des réacteurs innovants permettant de fermer le cycle du combustible et de produire moins de déchets. Pour 500 millions d’euros, ce seront des projets portés par EDF NUWARD – qui était évoqué – tout à l’heure par le président d’EDF et il y aura aussi 500 millions d’euros pour des projets ouverts sur les réacteurs innovants que j’évoquais à l’instant.”[1]

Quand on connaît les incertitudes qui affectent les nombreux projets et les rares prototypes de ces petits réacteurs modulables, miser sur eux paraît tout aussi hasardeux que de miser sur les EPR.

Comment le mouvement antinucléaire française pourra-t-il convaincre les citoyens français, qui ont toujours été habilement court-circuités par Paris, d’avoir à s’opposer à ces deux mégaprojets jupitériens ?

Peut-être la solution viendra-t-elle de là où le mouvement antinucléaire ne l’attendait pas. En effet, il semble que les milieux financiers internationaux, sur lesquels compte le Président Macron, ne partagent guère la foi nucléaire de ce dernier et que les méga-investissements jupitériens requis par leur mise en œuvre ne soient pas près d’être rassemblés. C’est du moins la conclusion provisoire à laquelle parvient une spécialiste en la matière, Aurélie Barbaux dans son article “La relance du nucléaire dans le monde suspendue à la question du financement”.[2]

Mais il y a plus grave : depuis le 24 février 2022, et plus encore depuis le 7 octobre 2024, l’actualité internationale devrait inciter tout citoyen à méditer sur la vulnérabilité inhérente à l’industrie nucléaire dans un monde où sévit le terrorisme et où les conflits militaires se multiplient. Comment imaginer que, dans les années à venir, les jeunes rescapés du massacre en cours à Gaza ne seront pas tentés par le terrorisme ? 

[1] Article GEAST de Wikipedia. https://fr.wikipedia.org/wiki/GEAST

[2] Jusque tout récemment, EPR était l’acronyme de European Pressurized Reactor, ce qui signifiait Réacteur européen à eau pressurisée, mais depuis peu et peut-être eu égard au manque d’enthousiasme européen pour ces réacteurs, EPR2 serait l’acronyme de Evolutionary Pressurized Reactor, le chiffre 2 signifierait que sa conception est bien postérieure à celle de Flamanville.

[3] Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, sur la politique de l’énergie, Belfort, Vie publique, 10 février 2022.

[4] Pierre Breteau, « Les dérapages de l’EPR de Flamanville en graphiques : le coût multiplié par 5, la durée du chantier par 4 », Le Monde, 24 juin 2019

5. Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, sur la politique de l’énergie, idem.

6. [1] Aurélie Barbaux, « La relance du nucléaire dans le monde suspendue à la question du financement », L’usine nouvelle, 19 octobre 2023.

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Plongée aux racines du mouvement antinucléaire français,de mai 68 au Rainbow Warrior, en passant par Creys-Malville

par  Barnabé Binctin

3 janvier 2019 

Source : https://basta.media/De-mai-68-au-Rainbow-warrior-en-passant-par-Creys-Malville-plongee-aux-racines

Remarques liminaires de l’éditeur de l’APAG2

Bien qu’il soit daté de janvier 2019 et qu’il soit donc dépassé par ce qui est intervenu depuis lors et surtout par la relance de l’électro-nucléaire annoncée par le Président Macron dans son discours de Belfort en date du 10 février 2022, le présent document donne un éclairage précieux de l’histoire du mouvement antinucléaire en France. IR

Le gouvernement a confirmé le report à 2035 de la réduction de la part du nucléaire dans la production électrique nationale. Le projet de construire de nouveaux EPR demeure, pour l’instant, en suspens, alors que se pose la question du remplacement des centrales vieillissantes et du mode de production d’électricité qui leur succédera. Dans ce contexte, où en est le mouvement anti-nucléaire français ? Basta! revient sur l’histoire de cette lutte aussi singulière que l’histoire de l’atome français.

Au royaume de la production énergétique française, son trône vacille, mais le nucléaire est toujours roi. Initialement prévue pour 2025, la réduction à 50% (au lieu de 72%) de la part d’électricité issue de l’atome a été reportée par le gouvernement à 2035. Lors de la présentation de sa Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) le 27 novembre, l’exécutif a annoncé la fermeture d’ici cette date de 14 des 58 réacteurs du pays, qui compte le plus important parc nucléaire du monde au regard de sa population [1]. Les deux réacteurs de Fessenheim fermeront en 2020, mais il faudra ensuite attendre, au plus tôt, 2025 pour voir l’arrêt de tranches supplémentaires. Potentiellement, deux quinquennats successifs pourraient s’écouler sans mises à l’arrêt autres que Fessenheim, souligne le Réseau action climat (RAC), qui regroupe en France les ONG investies sur la question climatique.

Le calendrier pose aussi la question du devenir des 44 autres réacteurs, qui auront en 2035 près de 50 années d’âge moyen… Le gouvernement entend-t-il les remplacer par de nouveaux réacteurs EPR, malgré des coûts qui explosent – près de 11 milliards d’euros pour la construction de l’EPR de Flamanville et des déboires techniques qui s’accumulent [2] ? La question reste en suspens… Pour le mouvement anti-nucléaire, l’objectif de réduction à 50% constituait un pas en avant dans la mise en cause de la toute-puissance de l’atome français, empêtré dans une série de difficultés, telles le vieillissement et la sureté des centrales, les retards et surcoûts liés à l’EPR, ou encore l’épineuse et décisive question des déchets. Les derniers reculs montrent néanmoins que leur lutte, qui plonge ses racines au cœur des bouillonnantes années 60 et 70, est loin d’être achevée.

Les opposants au nucléaire sont habitués à devoir vider l’océan à la petite cuillère. « Le nucléaire a été un rouleau-compresseur en France, on a été écrasé militairement, à Creys-Malville comme à bien d’autres endroits » se souvient Jean-Luc Thierry, un historique du mouvement antinucléaire, animateur du Comité contre Superphénix devenu par la suite animateur de campagnes chez Greenpeace. De là à compter plus de défaites que de victoires ? « Dans les grandes lignes, le combat initial est plutôt un échec. Le plan Messmer, par lequel les choses ont démarré, avait une dimension massive qui était difficile à combattre. Mais il ne faut pas oublier que d’autres centrales étaient prévues, dans les Pyrénées, en Bourgogne ou en Bretagne… On est parvenu à limiter la casse, tout de même » [3].

A l’origine, une critique qui est d’abord l’affaire de spécialistes

Le 6 mars 1974, le contexte est bien différent lorsque Pierre Messmer, alors Premier ministre de Georges Pompidou, annonce officiellement la construction de 13 centrales de 1000 MW chacune. Sous le coup du choc pétrolier, la France, encore bercée par l’idéal gaulliste, croit dur comme fer à la possibilité de l’indépendance énergétique avec l’atome [4]. En sus, le gouvernement envisage la création de quatre à six réacteurs supplémentaires par an d’ici 1985 – soit un objectif total de près de 80 unités. Le plan Messmer consacre une véritable révolution : « Jusque-là, on n’avait jamais travaillé sur l’énergie nucléaire de manière industrielle », se souvient Monique Sené, physicienne du nucléaire qui signe alors « l’Appel des 400 », du nom de ces 400 scientifiques s’inquiétant publiquement de cette orientation majeure.

L’année suivante, elle fonde, en compagnie de son mari Raymond Sené, professeur au Collège de France, le Groupement de scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire (GSIEN), qu’elle préside toujours. A l’époque, la critique est essentiellement une affaire de spécialistes. C’est que la production d’électricité issue de l’atome reste encore marginale : à peine plus de 10 TW en 1973 – pour 400 TW environ de nos jours. « Le 1erkWh d’électricité nucléaire date de 1963, à la centrale de Chinon, la première à vocation de production d’énergie civile », resitue Charlotte Mijeon, du réseau Sortir du nucléaire (SDN).

Des opposants à « la monoculture nucléaire »

Certes, les intentions ne sont pas nouvelles : la commission Peon (Commission pour la production d’électricité d’origine nucléaire) est lancée dès 1955, année qui voit aussi la création du site de Marcoule, où seront menées les premières recherches sur le cycle du combustible et sur les projets de réacteurs. Mais c’est bien le plan Messmer qui marque l’accélération de ce qui deviendra « la monoculture nucléaire ». Avec l’avènement du programme civil naît sa propre force d’opposition, composée de celles et ceux qu’on appelle toujours aujourd’hui les « antinucléaires ».

Pourtant, dans sa thèse de sociologie consacrée à l’essor du mouvement en France [5], Mikaël Chambru fait remonter sa genèse plus tôt dans le temps, en 1962 précisément : « Un mouvement social ne naît jamais de rien ni de nulle part : pour comprendre le mouvement anti-nucléaire, il faut prendre en compte les premières formes d’organisation et de réflexion qui l’ont nourries » explique l’auteur, qui évoque par exemple la manifestation organisée en 1960 par le commandant Cousteau, aux côtés du Prince Rainier de Monaco, pour dénoncer l’immersion de déchets radioactifs en pleine Méditerranée. « Cela peut être considérée comme l’une des premières mobilisations dans l’espace publique contre l’énergie nucléaire en France ».

« On n’imaginait absolument pas le développement du nucléaire à d’autres fins que militaires »

Ce sont deux autres structures aux combats bien différents qui vont élever en premier la voix contre le nucléaire dans l’hexagone. En 1962, Jean Pignero fonde l’Association de protection contre les rayonnements ionisants (Apri), qui, comme son nom l’indique, s’inquiète d’abord de la radioactivité : « En tant qu’enseignant, on devait effectuer une radioscopie pour prouver que nous n’avions pas la tuberculose. Or, cet examen nous irradiait 50 à 60 fois plus qu’une radiographie ! Mais à cette époque, c’était considéré comme un crime de s’opposer à la radioscopie… », témoigne Jean-Jacques Rettig, qui s’engage dans ce combat en 1967 en Alsace, avant de devenir, quelques années plus tard, l’un des principaux animateurs de la lutte contre la centrale de Fessenheim. « Bien qu’elle soit restée assez isolée, l’Apri est la première structure organisée à s’opposer à l’énergie électro-nucléaire, la première à fournir une base de critique à partir de connaissances techniques », atteste de son côté Mikaël Chambru.

A cette préoccupation d’ordre sanitaire s’ajoute la lutte contre l’arme nucléaire, incarnée notamment par le Mouvement contre l’armement atomique (MCAA), créé l’année suivante, en 1963, sous l’égide notamment du biologiste Jean Rostand. « On est très loin des enjeux énergétiques, cela reste surtout une question de géopolitique internationale, notamment portée par le Parti communiste, très investi dans le mouvement contre la bombe atomique », décrypte Mikaël Chambru.

Sur fond de guerre du Vietnam, plusieurs personnalités s’opposent publiquement à l’utilisation du plutonium comme arme de guerre, à l’image de Lanza del Vasto. De fait, dans les années 60, nucléaire rime presque exclusivement avec militaire : « On n’imaginait absolument pas le développement du nucléaire à d’autres fins que militaires ! » admet aujourd’hui Didier Anger, opposant historique à l’usine de retraitement La Hague. Une usine qui symbolise parfaitement cette transformation : lorsque sa construction est lancée par le Commissariat pour l’énergie atomique (CEA), en 1962, La Hague n’a vocation à extraire du plutonium qu’à des fins militaires.

Mai 68, parent oublié des anti-nucléaires

C’est d’ailleurs dans cette période de contestation, notamment anti-militariste, que germent les « événements » de 68. Or, si l’événement est rarement associé dans l’Histoire à la lutte anti-nucléaire – et pour cause, cette source d’énergie étant alors elle-même marginale – Mai 68 constitue pourtant un « virage », selon les mots de Bernard Laponche. Figure scientifique de la critique du nucléaire en France, cet ancien polytechnicien travaillait alors au CEA, qui vit pleinement la mobilisation générale. Il détaille son propre cheminement personnel : « Jusque-là, j’étais syndiqué, mais de façon assez passive. Mais en 1968, le mouvement est très puissant à Saclay, tout est en grève au CEA. Il y a des élections de conseil partout, à tous les échelons. J’étais très impliqué. Mai 68, c’était des questions à caractère social, les droits des travailleurs, la différence entre cadres et non-cadres, etc. Mais il n’a pas été question de nucléaire, ça n’a pas été un sujet : à cette époque, cette question était peu relayée en France… »

Bernard Laponche poursuit : « C’est avec Mai 68 que je suis devenu militant. Et les premières interrogations sur le nucléaire sont arrivées peu de temps après, avec le changement de technologie : la fin du graphite gaz et le choix des réacteurs à eau ordinaire. C’est ainsi que je découvre les risques du nucléaire pour les travailleurs et les populations » [6]. C’est à la suite de cela qu’il rédige, aux côtés de son collègue à la CFDT Jean-Claude Zerbib, la première grande somme sur l’atome : L’électronucléaire en Francesigné par le syndicat et édité au Seuil en 1975. Une référence : « Ce fut la Bible du mouvement anti-nucléaire, et elle reste toujours d’actualité » assure Monique Sené.

Critique scientifique, contestation démocratique

De fait, Mai 68 a joué un rôle, indirect et discret mais néanmoins fondamental, dans la constitution d’un mouvement de réflexion et d’opposition au nucléaire : « On ne peut pas établir une filiation directe, mais Mai 68 a une influence culturelle considérable sur toute une génération de militants. S’il n’est pas le déclic, il le prépare en toile de fond », résume Mikaël Chambru. Une influence que détaille elle-même cette fameuse génération : « Mai 68 est une critique irrévérente de l’autorité, y compris scientifique : il y a cette idée que la science ne peut plus être un « absolu » incontesté, se souvient Jean-Luc Thierry, alors étudiant au lycée. C’est un véritable choc intellectuel : on ébranle toutes les certitudes, tout devient questionnable. C’est de ce doute instillé que naît véritablement le mouvement nucléaire ».

Quelques mois plus tard, ce dernier deviendra objecteur de conscience et assumera son insoumission à l’armée. Même son de cloche chez Didier Anger, qui voit dans cette émotion collective un déclencheur plus profond : « Mai 68 convertit en quelques sortes la contestation marginale du nucléaire, essentiellement réduite à son utilisation militaire, en un sujet beaucoup plus global. En tant qu’énergie centralisée, dans laquelle le citoyen est tenu très loin des circuits de décision, le nucléaire entre en contradiction avec les revendications montantes d’autogestion et de démocratie participative. La critique d’abord scientifique du nucléaire, rencontre un bruit de fond plus général, une atmosphère propice à la défense d’un autre type de société ».

En 1971, une grande marche devant la centrale du Bugey

De ce terreau fertile, plusieurs penseurs émergent pour questionner le modèle de société soumis par l’industrie nucléaire. Jean-Luc Thierry cite par exemple Herbert Marcuse [7] – « penseur fétiche de Mai 68 dont la critique de la société de consommation va insuffler un état d’esprit qui s’est propagé à tous les secteurs de la société » – mais également Alain Touraine, sociologue qui co-écrit en 1980 le livre La prophétie anti-nucléaire. Ce sont deux autres figures qui aident considérablement à la visibilité et à l’engagement dans la lutte contre le développement de l’énergie nucléaire. Alexandre Grothendieck d’abord. Le célèbre mathématicien sera, par le biais de son association « Vivre et survivre », l’un des premiers grands lanceurs d’alerte sur le sujet.

« À Saclay, la section syndicale CFDT a organisé une assemblée générale à laquelle Grothendieck fut invité, au début des années 1970. La salle était pleine. Grothendieck a fait un discours expliquant que les déchets, c’était dangereux, qu’il y en avait à côté de Saclay qui étaient mal gérés, qu’il y avait des fuites radioactives… Un discours très alarmiste, et très antinucléaire. La hiérarchie était venue – parce que c’était M. Grothendieck, un grand mathématicien – et ils étaient fous de rage, se remémore Bernard Laponche. C’était la première fois qu’il y avait, in situ, dans le temple du nucléaire, une AG avec un scientifique très respecté qui en expliquait les dangers. Cela a fait scandale ».

Ensuite, Pierre Fournier, journaliste et dessinateur passé notamment par Hara-kiri et Charlie hebdooù il fait entrer ce sujet dans le paysage médiatique. Considéré comme un précurseur du mouvement écologiste [8], il fonde La Gueule ouverte en 1972, et en fait un porte-voix actif de la lutte naissante contre le nucléaire. « Il était à nos côtés à la toute première manifestation contre la centrale de Fessenheim, au printemps 1971, se rappelle ainsi Jean-Jacques Rettig. Puis il fut à l’initiative de la grande manifestation à Bugey, quelques semaines plus tard ». Avec 15 000 à 20 000 personnes réunies le 10 juillet 1971, la grande marche devant la centrale de Bugey fait définitivement entrer le sujet à l’agenda politique. « Pierre Fournier est un personnage central, menant à la fois un gros travail de vulgarisation scientifique et en même temps, un vrai plaidoyer pour médiatiser les enjeux », analyse Mikaël Chambru.

Plogoff, une victoire en trompe-l’œil

C’est dans cette dynamique « post-soixante-huitarde » que le mouvement anti-nucléaire s’amplifie, simultanément à l’avènement du nucléaire civil. Les années 70 voient fleurir d’autres penseurs, tel Ivan Illich, qui prennent le relais. D’autres lieux de luttes émergent également, qui enracinent l’existence du mouvement, mais avec des fortunes diverses : en 1977, Vital Michalon, 31 ans, est tué lors de la tragique manifestation de Creys-Malville, tandis qu’en 1981, François Mitterrand offre une victoire symbolique au mouvement en abandonnant le projet de centrale nucléaire de Plogoff. Une décision politique en trompe-l’œil, rappelle au passage Charlotte Mijeon : « L’emblème de Plogoff ne doit pas faire oublier que le programme nucléaire a connu une accélération sans précédent sous le quinquennat de Mitterrand : plusieurs réacteurs ont ouvert, à un rythme très soutenu, dans les années 80 ».

Sans compter le drame du Rainbow warrior, le navire de Greenpeace coulé en juillet 1985 le long des côtes de Nouvelle-Zélande par les services secrets français, alors qu’il protestait contre les essais nucléaires menés par Paris dans le Pacifique… Bien qu’il s’agisse là d’un enjeu lié au nucléaire militaire, les conséquences sont lourdes pour le mouvement : « Cet événement a marqué un véritable coup d’arrêt. On a semé le doute et jeté l’opprobre avec des rumeurs en tous genres. Pendant plusieurs années, un mouvement comme Greenpeace n’a plus souhaité communiquer sur le nucléaire », rappelle Jean-Luc Thierry.

Bure, nouvel épicentre de la lutte anti-nucléaire ?

A la différence de l’industrie qu’elle combat, le mouvement antinucléaire est resté longtemps décentralisé – d’aucuns diraient désorganisé – sans grande articulation principale au niveau national : le réseau national Sortir du nucléaire n’est créé qu’en 1997. « Le mouvement antinucléaire n’a jamais été quelque chose d’unifié. Il a toujours été constitué de différentes poches de résistance au niveau local, agrégeant différentes cultures politiques », observe Charlotte Mijeon. La conséquence logique d’une certaine vision du monde, qui sous-tend la lutte contre l’industrie de l’atome, souligne Jean-Jacques Rettig : « Mai 68 a appris à déconstruire l’État pyramidal, ultra-centralisé et centraliste, et on y a opposé une certaine idée du régionalisme. Il faut croire que cette critique des structures paternalistes établies garde toute sa pertinence à l’heure de Macron-Jupiter… ».

Qu’en est-il de ce vaste mouvement, un demi-siècle plus tard ? L’inventaire est forcément périlleux. Le mouvement est fatigué, miné par le manque de victoires, des conflits en interne et un renouvellement des forces vives qui n’est pas toujours assuré [9]. « Ce n’est pas tout à fait la même chose de lutter contre l’ouverture d’une centrale, que contre sa prolongation… », remet en perspective Mikaël Chambru.

D’autres luttes, à l’image de l’opposition au projet de centre d’enfouissement de déchets radioactifs Cigeo, à Bure, ont pris le relais et continuent de porter le flambeau de la lutte antinucléaire. Peut-être faut-il chercher l’héritage du mouvement un peu plus loin, hors du seul cadre nucléaire ? « Le nucléaire a servi d’ouvre-boîte à d’autres luttes, par exemple à celle contre les OGM. Toutes les questions de risque global ont été fondamentalement influencées par le mouvement anti-nucléaire, analyse Jean-Luc Thierry. Et quand je vois l’opposition aux « grands projets inutiles et imposés » aujourd’hui, qui mobilise différents acteurs autour d’un même territoire, je me dis que la convergence des luttes a encore du sens… ». Ce sont aussi des employés et techniciens d’EDF au sein des centrales, ou des cheminots impliqués dans le transport de matières radioactives, qui n’hésitent pas à alerter sur les défaillances et les risques (lire nos enquêtes sur le sujet, notamment : « C’est incroyable qu’on n’ait pas encore fondu un cœur de réacteur » : des techniciens EDF s’inquiètent). Reste à prendre la mesure d’un nouveau contexte politique, marqué par la criminalisation sans précédent du mouvement d’opposition à Bure.

Notes

[1] Estimation issue de la Sfen (Société française d’énergie nucléaire), lobby scientifique pro-nucléaire : lire ici.

[2] Voir les révélations du Journal du Dimanche en date du 28 octobre 2018, consultables ici

[3] Voir la bataille contre le projet de centrale nucléaire à Port-Vendres, que raconte cet ancien article du Monde datant de 1980.

[4] Revoir les images de l’époque dans ces archives de l’INA.

[5« Communication, délibération et mouvements sociaux : l’espace public à l’épreuve du phénomène antinucléaire en France (1962-2012) » par Mikaël Chambru, à découvrir ici.

[6] Pour approfondir, lire le grand entretien biographique accordé à la revue Mouvementsdont ce témoignage est extrait dans une forme aménagée

[7] Relire à ce sujet une interview accordée au Nouvel Observateur en 1972, dans le cadre d’un dossier intitulé « Écologie et Révolution », et dont l’archive est disponible ici.

[8] Lire le livre qui lui est consacré à ce sujet : Fournier, précurseur de l’écologie.

[9] A ce sujet, on peut lire la tribune de Gaspard d’Allens et la réponse qu’elle a suscité, publiées sur Reporterre].

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Face à la relance du nucléaire, les « anti » ressortent du bois

  • AFP parue le 12 sept. 2023 – 19h18 

Face à la « peste climatique », ils ne veulent pas du « choléra nucléaire »: près d’un demi-siècle ans après la construction des premières centrales françaises, plusieurs centaines de scientifiques contestataires sont montés au créneau mardi contre la relance de l’atome voulue par l’exécutif.

« On nous propose de remplacer la peste par le choléra, la peste climatique par le choléra nucléaire », s’est insurgé mardi Marc Denis, docteur en physique atomique et moléculaire. Celui-ci était invité à présenter ses arguments, avec d’autres contempteurs de l’atome, dans une salle de l’Assemblée nationale, sous le regard de députés de la France insoumise (LFI) et de EELV qui avaient organisé la manifestation.

Un nouvel appel visant à « refuser tout nouveau programme nucléaire » met en garde contre les dangers de cette énergie et conteste sa pertinence pour limiter le changement climatique. Signé en juin par 500 scientifiques, alors que le gouvernement a décidé de relancer cette industrie et de construire dans les prochaines années six réacteurs EPR2 de nouvelle génération, avec une option pour huit supplémentaires, il revendique désormais 1.000 signatures de scientifiques.

S’il ne nie pas la nécessité de réduire urgemment les émissions de gaz à effet de serre face au désastre climatique, Bernard Laponche, physicien nucléaire et déjà signataire de l’appel de 1974, s’interroge : par rapport aux énergies renouvelables comme l’éolien ou le photovoltaïque, « pourquoi choisir la solution la plus polluante, la plus dangereuse du point de vue des accidents et la plus chère ? ».

Dans les années 70, observe-t-il, la possibilité de réduire la consommation d’énergie et de développer les renouvelables « moins dangereuses, plutôt plus favorables sur la question climatique et beaucoup moins chères » n’avait pas encore gagné les esprits, remarque-t-il.

« Déni de démocratie »

« Pour respecter l’accord de Paris » de la COP21 conclu en 2015 et réduire de 55% les émissions de CO2 par rapport à 1990 d’ici à 2030, comme s’y est engagée l’UE, Jean-Marie Brom, physicien du nucléaire et directeur de recherche émérite au CNRS, estime que « la construction de six EPR2 », qui ne pourront produire de l’électricité « au mieux qu’en 2037-2040, ne sera d’aucun secours ».

Pendant une heure, les opposants, pour la plupart des « anti » historiques, qui craignent parfois d’être moqués pour leurs tempes grisonnantes, ont également énuméré les dangers que représentent les déchets nucléaires, les risques d’accident et le coût financier. Ils ont rappelé que l’EPR de Flamanville accuse 12 ans de retard et a vu son budget exploser par rapport à l’enveloppe initiale.

A l’inverse, les partisans du nucléaire, à commencer par le gouvernement, y voient un moyen de préserver la souveraineté énergétique de la France tout en réduisant la consommation d’énergies fossiles et les émissions de CO2.

Au-delà des reproches traditionnels faits au nucléaire, quelques opposants à l’atome ralliés à la cause plus récemment, comme Jeanne Mermet, jeune activiste qui se présente comme « ingénieure déserteuse », pointent un « déni de démocratie flagrant », s’agissant de la politique énergétique du pays.

Le choix de relancer le nucléaire « doit être concerté et débattu, pas seulement sous ses aspects techniques par un petit nombre d’experts, mais dans toutes ses composantes (écologiques, sociales, économiques), avec l’ensemble de la société, en s’appuyant sur les savoirs de la communauté scientifique et dans la prise en compte de la justice sociale et climatique », a-t-elle plaidé.
Tous droits de reproduction et de représentation réservés – © Agence France-Presse 

Et cet excellent Commentaire d' »Esperluette »
14 sept. 2023 – 10:38 
Légitime que des lanceurs d’alerte s’opposent à une énergie du monde d’avant. Ils étaient présentés à l’époque comme impossibles, et pourtant les accidents graves ou majeurs se sont multipliés, entraînant des rejets massifs de matières radioactives. Ils ont touché aussi bien des cœurs de réacteurs (Three Mile Island, Tchernobyl, Fukushima) que des dépôts de déchets radioactifs ou des usines de combustible (Mayak, Tokaimura, WIPP, Asse).
De vastes zones géographiques ont été ainsi rendues toxiques pour tous les êtres vivants et les irradiations et les contaminations radioactives continuent de faire de nombreuses victimes, y compris autour des installations en fonctionnement « normal ».
J’ajoute que l’industrie du nucléaire a officiellement accumulé en France plus de 2 millions de tonnes de déchets radioactifs, dont 200 000 tonnes dangereuses sur de longues périodes, un volume très sous-estimé qui ne comptabilise ni les stériles et déchets miniers abandonnés à l’étranger, ni les « matières » destinées à un hypothétique réemploi (combustibles usés, uranium appauvri, uranium de retraitement…).
Le démantèlement et la dépollution des sites déjà contaminés sont à peine engagés, s’annoncent excessivement longs et coûteux, et vont encore aggraver le bilan des déchets.
Pourtant, hors de tout débat démocratique, et sans avoir procédé à un réel bilan des choix passés et des options qui s’offrent aujourd’hui, nos gouvernants s’apprêtent à relancer un nouveau programme électronucléaire. Sous prétexte d’urgence climatique, et sur la base d’arguments tronqués, simplistes, voire lourdement erronés, des lobbyistes disposant d’importants relais médiatiques s’emploient à organiser l’amnésie.
Rappelons que les conséquences d’accidents majeurs tels que Tchernobyl et Fukushima ne peuvent se réduire à un petit nombre de morts « officiels ». Le fait qu’un bilan sanitaire et économique sérieux du drame de Tchernobyl ne soit toujours pas établi devrait interpeller tout esprit scientifique. Un large éventail de morbidités affecte les habitants des territoires contaminés : conditions de vie dégradées, paupérisation et stigmatisation seront leur lot pour des siècles.
Deux faits majeurs de notre actualité devraient plus que jamais nous alerter : le dérèglement climatique, qui s’accélère, et la guerre en Ukraine. La raréfaction de l’eau douce et la réduction du débit des fleuves liés à une sécheresse bientôt chronique en France, tout autant que les risques de submersion des zones côtières dus à l’élévation du niveau des océans et à la multiplication d’évènements climatiques extrêmes vont rendre très problématique l’exploitation des installations nucléaires. Miser sur de nouveaux réacteurs dont le premier serait, au mieux, mis en service en 2037 ne permettra en rien de réduire dès aujourd’hui et drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre, comme l’urgence climatique l’exige. Par ailleurs, au-delà des horreurs de la guerre, la vulnérabilité de la centrale de Zaporijia menace l’Europe entière. Dans un tel contexte d’instabilité géopolitique, comment allons-nous garantir la paix éternelle requise par le nucléaire ?
N’hésitez pas à signer l’appel ici : https://appel-de-scientifiques-contre-un-nouveau-programme-nucleaire.or…
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Nucléaire et électrification générale: l’impasse

par Stéphane Lhomme

Directeur de l’Observatoire du nucléaire

Mars 2023

Un résumé du présent article, comportant plusieurs extraits, est paru sous ce même titre

dans la revue Nature &Progrès, No 142 d’avril-mai 2023

Comme elle a tenté de le faire vainement au début des années 2000, l’industrie nucléaire essaye à nouveau d’instrumentaliser la crise climatique pour se présenter comme une solution pour « sauver la planète ». Outre le caractère absurde de cette option – on ne « sauvera » rien ni personne avec une énergie qui cause des catastrophes et produit des déchets qui vont rester dangereux pendant des millénaires – il apparait surtout qu’il s’agit d’une totale illusion qui pourra seulement faire perdre de l’argent, du temps… et de l’énergie.

Vingt ans plus tôt…

Les plus jeunes n’ont pas connu cette époque et les autres l’ont peut-être oubliée, alors faisons un petit flash-back : au début des années 2000, la grande majorité des médias ont déroulé le tapis rouge à Mme Lauvergeon, présidente du groupe nucléaire Areva. Présente sur toutes les ondes et dans tous les journaux, la dame était en train de « rénover l’atome », d’en faire une énergie « triomphante » appelée à construire des centaines voire des milliers de réacteurs partout sur Terre, et ce avec un argument principal : émettant beaucoup moins de co2 que les énergies carbonées (pétrole, gaz, charbon), le nucléaire allait purement et simplement « sauver le climat ». Les publicités d’Areva, omniprésentes, vantaient de façon parfaitement mensongère une énergie « sans co2 », et les médias célébraient le prétendu « grand retour du nucléaire » : longtemps honnie du fait de la catastrophe de Tchernobyl (débutée le 26 avril 1986), cette énergie était enfin réhabilitée et allait réaliser de véritables miracles.

Mais voilà, faire du bla-bla ne fait pas pousser les réacteurs nucléaires et, surtout, ne les finance pas. C’est ainsi que, après presque 10 ans d’efforts, Mme Lauvergeon a commencé à douter de l’efficacité de sa campagne. Le 10 septembre 2009, devant un parterre de décideurs et d’industriels lors du symposium annuel de l’Association mondiale du nucléaire (World Nuclear Association, WNA), elle lança l’alerte : « Ce n’est plus le moment de parler de la relance du nucléaire, maintenant il faut passer aux actes (…) nous devons construire des centrales et des infrastructures« .

En effet, les dirigeants des entreprises susceptibles de construire des réacteurs dans le monde se sont longtemps regardés sur le thème « Bon eh bien… qui se lance ? »… mais personne ou presque n’a souhaité investir des milliards dans l’atome. Rien à voir avec les risques et les déchets radioactifs, ces gens là s’en moquent bien et l’argent public sera toujours là pour payer les pots cassés. Non, leur problème était que les centrales étaient devenues trop difficiles à construire et que les estimations annonçaient une production d’électricité totalement ruineuse. 

Résultat : le prétendu « grand retour du nucléaire » ne s’est pas produit. Areva a bradé un EPR en 2003 à la Finlande à 3 milliards et deux EPR en 2007 à la Chine à 3,66 milliards… les deux. Aux USA, seuls deux AP1000 – le cousin américain de l’EPR – ont été mis en chantiers en Géorgie au lieu des dizaines de réacteurs annoncés un peu partout. 

Mme Lauvergeon a abattu sa dernière carte avec une ruineuse campagne publicitaire diffusée début 2011 dans des dizaines de pays dans le monde et basée en particulier sur une animation titrée « L’épopée de l’énergie » (que l’on peut voir encore en ligne, par exemple ici : https://cutt.ly/t8Fk98o ). Patatras, arrive Fukushima, la campagne est stoppée en catastrophe (c’est bien le mot !) et le prétendu « grand retour du nucléaire » disparait enfin des discours et des médias…

Vingt ans plus tard…

Nous voilà désormais au début des années 2020, donc vingt ans plus tard et12 ans après le début de la catastrophe de Fukushima : des études bidon sont publiées pour assurer que ce désastre n’a fait « aucun mort » (!) et à nouveau, comme pour Tchernobyl, on nous explique qu’il s’agit d’histoires anciennes auxquelles il ne faut plus penser. 

Et, une nouvelle fois, le climat est mis en exergue pour justifier le projet de construire des réacteurs nucléaires partout sur la planète. En majorité, les médias reprennent la nouvelle formule qui leur a été soufflée : ce n’est plus le « grand retour » comme vingt ans plus tôt, c’est « le retour en grâce » du nucléaire ! L’expression fait fureur, elle sert de titre à des dizaines d’articles, dossiers, reportages…

En France, le 10 février 2022, le Président Emmanuel Macron annonce carrément la construction de 6 à 14 réacteurs. EDF étant en très grave échec sur le chantier du réacteur EPR de Flamanville, il s’agira de réacteurs baptisés « EPR2 » : « simplifiés », bien plus « faciles à construire  » et « moins chers ». Yapluka !

Dans d’autres pays comme la Pologne, la Suède ou les Pays-Bas, des politiciens ignorants croient aux balivernes de l’industrie nucléaire et annoncent eux aussi la construction de nouveaux réacteurs. 

De « nouveaux » réacteurs impossibles à construire et à financer…

Tout comme le prétendu « grand retour du nucléaire » il y a 20 ans, l’actuel « retour en grâce du nucléaire » va se dégonfler totalement face à la réalité. Car, s’il est facile de faire du blabla avec sa bouche, autre chose est de faire réellement construire des réacteurs nucléaires, ne serait-ce déjà que d’en trouver le financement.

Ainsi, en France, EDF est en très grave échec industriel, incapable de finir l’EPR en chantier à Flamanville (Manche). Ce réacteur devait être construit en 4 ans et entrer en service en 2012, il a donc déjà 11 ans de retard, et le bout du tunnel s’éloigne au fil du temps : présentant continuellement de nouvelles et graves malfaçons, le réacteur risque encore d’attendre des années sa mise en service… qui pourrait finalement ne jamais avoir lieu.

Alors on se demande bien par quel tour de passe-passe EDF serait subitement en capacité de construire 6 à 14 nouveaux EPR dans les années à venir, d’autant que l’incompétence n’est pas le seul grave problème pour ce projet. En effet, il y a un terrible manque de personnels qualifiés (ingénieurs, techniciens, en particulier des soudeurs spécialisés, etc). EDF a déjà le plus grand mal à trouver du monde pour entretenir les réacteurs actuels et les réparer (affaire de la corrosion, voir plus bas), alors avec qui lancer de nouveaux chantiers ?

D’autre part, EDF tente avec les plus grandes difficultés de construire deux EPR en Angleterre. Rappelons déjà qu’il ne s’agit pas là d’une commande des Britanniques : EDF a d’abord racheté British energy au prix fort (16 milliards en 2008… juste avant la crise mondiale qui a vu les cours s’effondrer !). Donc c’est finalement EDF qui a commandé deux EPR à EDF ! Et tout ça avec notre argent… 

Bien sûr, comme en Finlande et à Flamanville, et malgré les belles assurances données (« nous avons tenu compte des difficultés des précédents chantiers, cette fois tout va bien se passer »), les retards se comptent d’ores et déjà en années, le budget explose et c’est encore et toujours EDF – c’est-à-dire nous – qui va tout payer… en creusant son déficit par de nouveaux milliards !

EDF est objectivement en situation de faillite, plombée par les flops des chantiers EPR et par le délabrement des réacteurs actuels. L’Etat français renfloue régulièrement l’électricien pour lui permettre de continuer à fonctionner, mais la dette est impossible à rembourser (c’est interdit par la législation européenne et, de toute façon, elle est trop lourde pour un Etat lui-même en très grave déficit). Alors comment financer de nouveaux réacteurs ?

Les suicidaires politiciens suédois annoncent vouloir commander… des EPR à EDF ! Prudents, les nucléocrates Néerlandais ne précisent pas de quels réacteurs ils rêvent. Quant aux Polonais, ils auraient choisi le concurrent américain de l’EPR, l’AP1000 : ce dernier devait être construit à des dizaines d’exemplaires aux USA mais, finalement, tous les projets ont été annulés sauf celui de Vogtle (Géorgie) où deux réacteurs sont en chantiers infinis (ils sont déjà plus de 7 ans de retard) avec un budget explosé : on se croirait à Flamanville !

Les réacteurs actuels en état de délabrement généralisé

Pour produire de l’électricité, EDF ne pourra donc pas compter sur de nouveaux réacteurs avant au moins 2045 ou 2050… et en réalité probablement jamais. Etant donné qu’aucune alternative au nucléaire n’a été sérieusement mise en œuvre – la France est le pays de l’Union européenne le plus en retard dans le développement des énergies renouvelables – la seule option qui reste à EDF est d’essayer de faire durer le plus longtemps possible les réacteurs actuels. On parle de façon irresponsable de 60 ans voire 80 ans de durée de vie : il est vrai que même un réacteur récent est dangereux, mais que dire d’un réacteur délabré prolongé au-delà de toutes limites ?

Mais en réalité on se demande bien comment la vie de ces réacteurs pourrait être prolongée alors qu’ils sont d’ores et déjà frappés par des défaillances de plus en plus graves. En 2022 est ainsi apparue l’affaire de la « corrosion sous contrainte » : des fissures sur des systèmes de sûreté très importants ont été découvertes sur au moins 16 réacteurs sur 56). De façon une fois de plus irresponsable, la prétendue « autorité de prétendue « sûreté » nucléaire (ASN) a laissé à EDF jusqu’à 2025 pour vérifier la présence de corrosion sur tous les réacteurs dont certains vont donc continuer à fonctionner avec une incertitude majeure sur la disponibilité de leurs systèmes de sûreté.

Et début mars 2023, une nouvelle affaire très grave est avouée par EDF concernant le réacteur 1 de la centrale nucléaire de Penly : une fissure dans un endroit inattendu, d’une profondeur de 23 mm pour un tuyau d’une épaisseur de 27 mm : il ne restait plus que 4 mm avant la rupture ! Dès le lendemain, deux nouvelles fissures sont découvertes dans les centrales de Penly et Cattenom. Il est clair que le parc nucléaire actuel est dans un état de délabrement avancé qui va entrainer des arrêts de réacteurs de plus en plus nombreux et fréquents (sans parler du risque d’accident nucléaire) et maintenir la France en état de dépendance vis-à-vis de ses voisins et en particuliers de l’Allemagne qui, depuis longtemps déjà, alimente massivement la France en électricité.

La part du nucléaire dans l’énergie mondiale est infime et en déclin

Le nucléaire produisait 17,1% de l’électricité mondiale en 2001 or, aujourd’hui, cette part n’est plus que de 9,5% : il ne s’agit pas d’une simple baisse mais d’un véritable effondrement, commencé d’ailleurs bien avant le désastre de Fukushima. 

Ce phénomène va d’ailleurs continuer et s’accélérer : sur les quelques 400 réacteurs nucléaires encore en service sur Terre, la grande majorité est en fin de vie. Certes, les autorités de sûreté accordent (de façon insensée) des prolongations de durée de vie mais cela ne fait que retarder un peu l’inéluctable. Dans tous les cas, dans les 20 ans à venir, ce sont entre 100 et 200 réacteurs qui vont fermer définitivement, les autres suivant de près.

Les tenants de l’atome tentent de sauver la face en rappelant qu’une cinquantaine de réacteurs est en construction dans le monde (essentiellement en Chine d’ailleurs) mais, si c’est évidement regrettable du point de vue antinucléaire, cela ne fera que freiner un peu la suite de la chute rapide du nucléaire. 

Notons enfin que la part de l’électricité dans la consommation mondiale d’énergie est d’un peu moins de 20%. De fait, le nucléaire couvre moins de 2% de la consommation mondiale d’énergie, une part infime et en déclin : les gens qui prétendent que le nucléaire, émettant peu de co2 (ils disent même qu’il n’en émet pas du tout, ce qui est un mensonge), est à même de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, et carrément de « sauver le climat », sont des imposteurs. 

L’impossible électrification générale de la société mondiale

L’électricité couvrant moins de 20% de la consommation mondiale d’énergie, et le nucléaire moins de 10% de l’électricité mondiale, les adorateurs de l’atome ont « la » solution : il « suffit » d’électrifier massivement l’économie mondiale et, tant qu’on y est, de faire du nucléaire la source la plus importante de production d’électricité dans le monde.

Il ne s’agit là que de bavardages qui n’ont aucune chance de se réaliser, même partiellement. Comme déjà vu, la part du nucléaire dans le monde ne cesse de décliner, phénomène qui va continuer de façon inéluctable. Dans ses scenarios les plus fous, l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) imagine la construction sur Terre de centaines de nouveaux réacteurs, portant leurs nombre jusqu’à mille (contre 400 actuellement), tout ça pour seulement parvenir… à maintenir la part du nucléaire à environ 10% de l’électricité mondiale, et donc à 2 ou 3% de la consommation mondiale d’énergie.

Il faut déjà comprendre que l’électrification générale de la société mondiale est un doux rêve. Le seul projet de remplacer à marche forcée les voitures thermiques par des voitures électriques se heurte à des réalités matérielles et financières incontournables. D’ailleurs, la décision prise au niveau de l’Union européenne d’interdire la commercialisation de voitures thermiques à partir de 2035 est en voie d’être annulée, non pas sous la pression d’un implacable « lobby des moteurs thermique et du pétrole » (même si ce lobby existe) mais tout simplement parce que tous ceux qui travaillent sur ces questions savant qu’une telle bascule est totalement impossible sur les plans industriels et financiers.

Et à supposer que, d’un incroyable coup de baguette magique, des centaines de millions de voitures thermiques (sur un total de 1,4 milliard sur Terre) soient remplacées par des voitures électriques, personne ne sait comment celles-ci pourraient être rechargées. Au « mieux » par d’innombrables centrales électriques alimentées au charbon (!), qui peuvent être construites en peu de temps et à moindre frais, mais dans ce cas on ne voit pas l’intérêt de rouler l’électrique (sachant de plus que la fabrication des batteries d’une voiture électrique émet à elle seule, en co2, l’équivalent de l’utilisation d’une voiture thermique pendant 10 à 15 ans !)

De toute façon, à supposer qu’une électricité « propre » et en grande quantité apparaisse subitement sur Terre (ce qui est impossible), électrifier l’ensemble ou du moins une bonne partie du monde (transports, industrie, chauffages des habitations, etc) demanderait des investissements pharaoniques pendant des décennies, probablement un siècle. On est dans la totale illusion, et de toute façon ce serait bien trop tard pour lutter contre le changement climatique, qui nous frappe d’ores et déjà.

Astrid, Thorium, Fusion : le bal des illusions nucléaires

Les adorateurs de l’atome n’ont plus, pour soutenir leurs rêves radioactifs fous, que la foi dans des technologies « miraculeuses ». Il est par exemple question du projet Astrid, abandonné d’ailleurs par la Commissariat à l’énergie atomique. Il s’agit en réalité d’un successeur du surgénérateur Superphénix qui n’a jamais correctement fonctionné en France. Les autres pays nucléarisés ont tous échoué dans cette voie : le surgénérateur allemand de Kalkar a fermé sans jamais avoir pu être mis en service, celui de Monju au Japon a connu une suite ininterrompue d’incident dont un terrible incendie avant d’être fermé à son tour, les USA ont abandonné leurs projets similaires. Seuls les Russes parviennent à faire hoqueter tant bien que mal leur BN800… qui ne réalise pour autant aucun des « prodiges » attendus, en particulier le fait de « produire plus de matières fissiles qu’il n’en consomme ».

On voit aussi ressortir régulièrement sur les forums ou dans les médias la « solution » de la filière thorium : au lieu de l’uranium, il « suffit » d’utiliser du thorium, option qui ne comporterait « que des avantages » : abondance sur Terre, pas de production utilisable à des fins militaires, etc. Seul petit « détail » : les réacteurs « au thorium » (qui n’existent que sur le papier) sont eux aussi des surgénérateurs, comme Superphenix, Kalkar, Monju : retour à la case échec !

Il ne reste plus aux atomistes que la foi en la fusion nucléaire, dont les physiciens eux-mêmes disent « C’est une énergie d’avenir, le problème est qu’elle le restera toujours ! ». A Cadarache, en Provence, est en construction depuis près de 20 ans l’installation Iter qui regroupe toutes les grandes puissances nucléaires du monde (USA, Russie, Chine, Japon, Corée du Sud, Inde, Union européenne) et qui est d’ores et déjà un échec total et un puits financier sans fond qui engloutit des dizaines de milliards. Fin 2022, on a appris qu’il fallait même détruire une partie de ce qui a été péniblement construit pour en extraire des pièces gigantesques qui présentent de graves malfaçons et tenter de les réparer, ce qui prendra des années… sans certitude de pouvoir y parvenir.

Que ce soit à propos d’Iter ou de quelques autres installations dans le monde (le NIF aux USA, le Mégajoule en France, etc), la fusion fait depuis 40 ans l’objet de communications fracassantes annonçant « une avancé e décisive vers la maîtrise de la fusion nucléaire » (cf par exemple Le Monde du 12 novembre 1991). Cela permet aux physiciens de décrocher de nouveaux budgets pour faire des recherches assurément passionnantes pour eux… mais qui n’aboutissent et n’aboutiront jamais à rien.

Conclusion

A force de communication massive dans les médias (qui appartiennent pour la plupart à des groupes industriels ou à l’Etat, donc à des structures pro-atome), l’industrie nucléaire française va peut-être obtenir le lancement de quelques chantiers de nouveaux réacteurs « EPR2 », par exemple à Penly (Seine-Maritime), qui ne manqueront pas de tourner au désastre industriel et financier comme les premiers EPR. Cela ne permettra évidement pas de donner une nouvelle vie à l’énergie nucléaire, laquelle est en déclin irréversible sur Terre, mais cela promet de coûter une nouvelles fois des dizaines de milliards qui seraient tellement utiles pour les plans d’économies d’énergie, de développement des renouvelables, ou pour tout autre investissement utile à la société (santé, éducation, culture, etc). Sans même parler des catastrophes déjà survenues (en particulier Tchernobyl et Fukushima) et de celles malheureusement très possibles à l’avenir, ni de la question insoluble et dramatique des déchets radioactifs, le nucléaire est par nature une calamité pour la planète et pour les êtres vivants. 

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Vers l’emploi de l’arme nucléaire en Europe ? 

par Jean-Marc Royer,

Carnets de Guerre #4 Extraits 

30 septembre 2022

Dossier GSIEN – Nucléaire militaire

Source : La Gazette nucléaire 298/299

« La porte du feu nucléaire est ouverte depuis le 24 février 2022 en Europe et à ce jour, elle n’a pas été refermée ». 

Des élargissements de l’Otan aux manœuvres guerrières de part et d’autre
Le 9 février 1990 à Moscou, dans une phrase devenue célèbre depuis, le secrétaire d’état James Baker avait dit à Gorbatchev que : « les discussions entre les deux Allemagnes et les quatre forces d’occupation doivent garantir que l’Otan n’ira pas plus loin : sa juridiction militaire actuelle ne s’étendra pas d’un pouce vers l’est ». Le lendemain, Helmut Kohl, affirmait à son tour : « Nous 

pensons que l’Otan ne devrait pas élargir sa portée ». Neuf ans plus tard, fin avril 1999, le plan d’action pour l’adhésion de nouveaux membres était adopté lors de son 15e sommet à Washington. La Pologne, la Hongrie, la République Tchèque rejoignaient l’organisation militaire et à partir de 2004, onze nouveaux membres étaient successivement intégrés. 

Lors de la conférence de Munich sur la sécurité en 2007, Poutine avait publiquement et clairement indiqué qu’il considérait l’élargissement de l’alliance Atlantique comme une provocation sérieuse qui réduisait le niveau de confiance mutuelle. C’est un fait, l’Otan s’est rapprochée de 1 200 kilomètres des frontières occidentales de la Russie depuis la fin de la guerre froide et la frontière lettone est à moins de 600 km de sa capitale. 

En 1999 également, durant la guerre du Kosovo, l’Otan a participé au conflit par des bombardements massifs (trois cents par jour durant quatre mois !), sans avoir l’approbation du Conseil de sécurité et en violation des articles 5 et 6 de ses statuts qui précisent qu’elle n’est pas une structure offensive, mais défensive. D’autre part, depuis la fin de l’année 2001, l’organisation Atlantique a mené des opérations très largement en dehors de ses périmètres géographiques et légaux d’intervention, à savoir : en Afghanistan, en Mer Rouge, dans le golfe d’Aden, en Océan Indien et en Lybie. 

De son côté, Poutine allait mener huit guerres entre la fin de 1999 et 2022. Pour le récapituler rapidement, il intègre l’administration présidentielle en mars 1997, juste après la première guerre contre la Tchétchénie. Pendant la période où il est chef du FSB – de juillet 1998 à décembre 1999 – se produisent les cinq attentats qui serviront de prétexte au déclenchement de la seconde guerre tchétchène afin de «laver l’affront » de la défaite précédente. Il devient président de la Russie fin 1999, pendant le siège de Grozny. Les combats dévastèrent la capitale tchétchène au point qu’en 2003, les Nations unies la qualifièrent de « ville la plus détruite sur Terre ». En 2008, Poutine a mené une guerre éclair contre la Géorgie. En 2014, le Donbass et la Crimée étaient envahis, causant la mort de 18 000 personnes en huit années. À partir du 30 septembre 2015, l’État russe a commencé à se déployer militairement en Syrie[vi] afin de soutenir Bachar Al Assad et ses propres intérêts au Moyen- Orient. En 2016, après Grozny et avant Marioupol, Alep était réduite à un champ de ruines. En septembre 2020 une intervention de « maintien de la paix » dans le Haut- Karabakh avait lieu et en janvier 2022, l’armée russe est intervenue au Kazakhstan. 

Les traités de limitation des armes nucléaires sont devenus caducs
En fait, après avoir promulgué le « Patriot Act » à la fin du mois d’octobre 2001, l’administration états-unienne commençait à mettre en œuvre ce qui fut par la suite théorisé comme le « continuum de sécurité globale ». Le 13 décembre suivant, les États-Unis se retirèrent unilatéralement du traité ABM (Anti Balistique Missile) qui limitait drastiquement l’emploi de ces armes nucléaires. George W Bush présenta ce retrait comme une première étape vers la mise au point et le déploiement d’un bouclier de défense anti-missiles destiné, selon lui, à protéger les États-Unis et ses alliés, dont la Russie ( ! ), d’une attaque 

de missiles tirés par des « États voyous », mentionnant notamment l’Iran, la Corée du Nord ou la Somalie… De fait, les anciens traités de maîtrise des armements nucléaires issus de la guerre froide et l’accord de Ciel ouvert entré en vigueur en 2002 ont été remis en cause. Il ne reste à présent que le traité New Start. 

Le 2 août 2019, les États-Unis sortaient officiellement du traité de limitation des Forces Nucléaires à portée Intermédiaire (INF en anglais) conclus en 1987, suivis par la Russie quelques mois plus tard. La route était libre pour une relance de la course aux armements. Dès le lendemain du retrait, le Pentagone publiait la photo du tir d’un nouveau missile Tomahawk suivi de deux autres essais de missiles sol/sol – l’ATACMS « upgraded » et le « Precise Strike Missile ». Un peu plus tard, cette même année, le Pentagone signalait le déploiement du Sous-marin Nucléaire Lanceurs d’Engins « USS Tennessee » avec des missiles Mer-Sol Balistique à tête nucléaire de 5 à 7 Kilotonnes de puissance, tandis que Poutine annonçait la mise au point par la Russie d’une panoplie de nouvelles armes stratégiques toutes réputées quasi impossibles à intercepter, et capables de frapper en n’importe quel point duglobe. 

(…) 

En 2013, Poutine s’engouffre dans la porte ouverte… 

En août 2012, un mois après que le régime de Bachar el Assad ait reconnu posséder des armes chimiques, Barack Obama déclarait que l’utilisation de telles armes constituait « une ligne rouge » à ne pas franchir sous peine « d’énormes conséquences ». Lorsqu’en août 2013, 1 400 personnes dont 426 enfants décédaient suite à l’usage de gaz toxiques lors d’attaques dans la banlieue de Damas, Obama reculait piteusement. Poutine a ainsi trouvé la voie ouverte à une présence impériale en Syrie. Et Bachar a donc continué à se servir du chlore, ce qui fut le cas au moins à trois reprises en 2014 et 2015, sur des localités de la province d’Idleb, ce qu’une commission d’enquête de l’ONU a ensuite confirmé. On ne peut évidemment s’empêcher de rapprocher la reculade d’Obama – et de ses terribles suites pour les populations locales – de la spectaculaire défaite des Etats-Unis en Afghanistan en août 2021, laquelle fut contemporaine des préparatifs militaires d’invasion de l’Ukraine par Poutine. 

L’invasion de l’Ukraine en 2014 et les implantations de missiles US en 2016
Lorsque George W. Bush avait annoncé la sortie du traité ABM au profit d’un « bouclier anti-missiles » dont les premiers éléments devaient être déployés en Pologne et en République tchèque, cela fut assez vite contesté par la fédération de Russie qui y vit une invalidation de sa propre dissuasion nucléaire. En effet, ces missiles pouvaient tout aussi bien permettre des tirs défensifs sol-air – le « bouclier » de G. W. Bush – que des tirs offensifs sol-sol de missiles nucléaires vers le territoire russe. De fait, cela constituait une remise en cause de « sa capacité de frappe en second » et invalidait du même coup la stratégie dite de « dissuasion nucléaire » de la Russie. Les implantations de missiles du « bouclier » devaient finalement se concrétiser, d’abord en Roumanie en mai 2016, puis en 2018 en Pologne. Pour y répondre, les russes déployèrent alors leur système sol-sol Iskander dans l’enclave de Kaliningrad. 

Gazette nucléaire – Janvier 2023 – Page 33 

L’invasion du Donbass et l’annexion de la Crimée en 2014 furent un « coup de poker » minutieusement mis au point par le clan Poutine. Ceci dit, cette blitzkrieg fut d’autant plus facile à réaliser que les Européens ont détourné les yeux et se sont bouchés les oreilles afin de « sécuriser » leurs gigantesques investissements en Russie. Devant les opinions, ils ont continué à justifier leur attentisme par un dogme vieux de deux siècles : « continuons à faire du commerce avec les russes, ils progresseront vers notre modèle libéral ». 

Ce vieux credo raciste a particulièrement sévi en Allemagne depuis 1990, car ce capital voue une reconnaissance éternelle au pouvoir de Gorby (un sobriquet affectif particulièrement en vogue outre-Rhin) pour l’avoir laissé faire le casse du siècle en RDA, un Anschluss plus connu sous le nom de « réunification ». C’est également ce qui explique que, malgré les renseignements concordants et les images satellites à profusion, les européens ne voulaient toujours pas croire à l’invasion de l’Ukraine quelques jours avant qu’elle se produise. « Il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir » (dicton populaire). 

Tout s’accélère à partir de juin 2019 

Le nucléaire dans la nouvelle stratégie militaire des USA
Le 11 juin 2019, l’état-major US publie un document intitulé “Nuclear Operations Joint Publication 3-72” qui précise le mode d’emploi de l’arme nucléaire dite tactique: « Integration of nuclear weapons employment with conventional and special operations forces is essential to the success of any mission or operation ». Cette nouvelle conception intègre d’emblée dans la confrontation militaire une dimension nucléaire conçue comme un « continuum de l’engagement conventionnel » avec l’emploi possible de charges nucléaires de faible puissance sur la ligne de front. Ce qui signifie que le nucléaire peut s’utiliser comme n’importe quelle arme dès lors que la cible est militaire et qu’obtenir la victoire l’impose, une évolution qui sera aussi celle de Moscou l’année suivante. Face aux armées chinoise ou russe, ce type d’engagement provoquerait vraisemblablement une riposte du même o

Autrement dit, si l’on rapproche cette nouvelle stratégie militaire des manœuvres annuelles de l’Otan et de ses implantations de missiles, on peut avancer qu’au moins depuis 2016, les Etats-Unis préparent, organisent et accoutument de facto les européens à l’éventualité d’une « bataille nucléaire de l’avant » contre la Russie – pour reprendre la terminologie de la guerre froide – sauf qu’à présent « le glacis » séparant l’Europe de l’Ouest de la Russie est réduit à l’Ukraine. 

En outre, il ne faudrait pas négliger ceci : durant la « guerre froide », les affrontements entre blocs ne se sont pas déroulés en Europe pour de multiples raisons, mais ailleurs, sur ce qui fut alors appelé « des terrains secondaires ». Il se trouve qu’aujourd’hui l’affrontement principal est celui qui se joue entre les États-Unis et la Chine en Asie-pacifique et que l’Europe est justement devenue une sorte de « terrain 

secondaire » dans ce face à face, de tous les points de vue : militaire, économique, politique. 

Last but not least, du point de vue de la « dissuasion », la nouvelle stratégie états-unienne (puis russe, un an après) rend en grande partie caduque l’activation d’un « ultime avertissement unique » dont se prévalaient et se prévalent encore des pays dotés de l’arme nucléaire… Exit donc tous les arguments militaires qui soutenaient ladite « dissuasion nucléaire » depuis plus d’un demi-siècle. 

La nouvelle stratégie nucléaire de la Russie 

Le texte de 2020, listant les « conditions déterminant la possibilité d’emploi de l’arme nucléaire » (point 19), prévoit quatre circonstances : 

– l’obtention « d’informations fiables sur le lancement de missiles balistiques attaquant le territoire russe et (ou) celui de ses alliés » ;
– la réalisation par l’adversaire « d’actes contre des sites étatiques ou militaires d’importance critique de la Fédération de Russie dont la mise hors de fonctionnement conduirait à compromettre la riposte des forces nucléaires » ;

– « l’emploi par l’adversaire d’armes nucléaires ou d’autres types d’armes de destruction massive contre le territoire de la Fédération de Russie et (ou) de ses alliés » ;
– « une agression contre la Fédération de Russie engageant des armements conventionnels, quand l’existence même de l’État est menacée ». 

Le 3 juillet 2021, durant ce qui s’est avéré être des préparatifs de guerre, Poutine a également signé une nouvelle stratégie de sécurité nationale qui se substitue à celle qui était en vigueur depuis 2015, laquelle envisageait encore comme possible le rétablissement d’une relation constructive avec les États-Unis et leurs alliés… Ce n’est plus le cas ici : la confrontation avec l’Occident serait appelée à durer, car ces pays seraient déterminés à affaiblir la Russie aux niveaux militaire, technologique, économique et « spirituel ». Une tentative « d’occidentalisation de la Russie », présentée comme en passe de réussir, serait en jeu. Il y est explicitement indiqué que des forces étrangères tenteront d’exploiter les difficultés internes de la Russie. En outre, à la différence du texte de 2015, l’UE n’est plus mentionnée dans ce texte, ce que les propositions de traité et d’accord de décembre 2021 – uniquement et ostensiblement adressés aux Etats-Unis et à l’Otan – viendront entériner. En d’autres termes, le clan Poutine ne considère pas l’UE comme une puissance militaire, ce qui renforce malheureusement la possibilité de considérer l’Europe comme un « terrain secondaire d’affrontements », et que les Ukrainiens sont en train de vivre dans leur chair. 

Article complet : Carnets de Guerre #4 

Les autres carnets
Carnets de Guerre #1
Notes sur l’invasion Russe de l’Ukraine
Carnets de Guerre #2
L’anschluss de la RDA, première extension de l’OTAN en 1990
Carnets de Guerre #3
Un désastre nucléaire est d’actualité en Europe 

rdre, suivie d’une escalade nucléaire impliquant tous les membres de l’Otan, selon les implications de son article 5. 

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Nucléaire »tactique » :

le mirage de bombes moins dévastatrices

par Sébastien Seibt, France 24

Dossier GSIEN – Nucléaire militaire

France 24. 10 octobre 2022

Source : La Gazette nucléaire 298/299

Alors que la menace d’utilisation d’armes nucléaires grandit, que ce soit du côté de la Russie ou de la Corée du Nord, la discussion tourne essentiellement autour du recours aux bombes dites « tactiques ». Une famille d’armes nucléaires présentées comme « moins puissantes ». Au risque de rendre plus acceptable l’utilisation d’armes de destruction massive ?

C’est un qualificatif qui revient de plus en plus souvent pour évoquer les armes nucléaires. La Corée du Nord a affirmé, lundi 10 septembre, avoir effectué une simulation « nucléaire tactique ». La Russie a multiplié les références à son arsenal nucléaire « tactique » en guise de menace d’intensification de sa guerre en Ukraine. Même Joe Biden, le président américain, y a fait une référence directe en évoquant vendredi le risque d’un « Armageddon » nucléaire si Moscou avait recours à de telles armes sur le champ de bataille.

« Jusqu’à cet été, on parlait essentiellement d’armes nucléaires sans vraiment préciser, et puis on a commencé à recourir de plus en plus souvent au qualificatif ‘tactique' », remarque Jean-Marie Collin, expert et porte-parole de l’Ican France [Campagne internationale pour abolir l’arme nucléaire], la chapelle hexagonale de la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires.

Des armes utilisables sur le champ de bataille ?

Un glissement sémantique qui correspond avant tout à un distinguo militaire. Les armes nucléaires tactiques se différencient de leurs ainées stratégiques tout d’abord « à cause de raisons techniques liées à la physique », explique Alexandre Vautravers, expert en sécurité et en armement et rédacteur en chef de la Revue militaire suisse (RMS).

Là où un missile balistique nucléaire cherche à frapper fort sur tous les tableaux – souffle de l’explosion, impact thermique, rayonnement des radiations et des perturbations électromagnétiques –, avec l’arme dite « tactique », « on cherche à maximiser l’onde de choc et minimiser les autres effets pouvant être indésirables, si les propres troupes de l’utilisateur de l’arme ont prévu de traverser la zone battue », précise ce spécialiste.

De ce fait, elles sont considérées plus « mobiles » et peuvent être transportées plus aisément sur un champ de bataille. Rien de tel avec les missiles stratégiques, situés dans des silos, ou embarqués sur des sous-marins et des bombardiers spécialement conçus à cet effet.

Il existe une autre manière de diviser l’arsenal nucléaire, qui « tient à la fonction qu’on accorde à chaque bombe », souligne Fabian Rene Hoffmann, spécialiste des armes nucléaires pour l’Oslo Nuclear Project de l’université d’Oslo.

En théorie, les armes stratégiques « doivent pouvoir être utilisées par les États pour viser directement d’autres nations afin de les dissuader d’attaquer, tandis que ogives tactiques sont censées pouvoir être utilisées directement sur le champ de bataille pour viser des objectifs précis », résume Jana Baldus, spécialiste des questions de contrôle des armes nucléaires au Peace Research Institute de Francfort.

Les armes nucléaires tactiques sont présentées comme étant plus précises et leurs effets plus limités : « L’explosion a lieu à très basse altitude ou au niveau du sol ; l’objectif est la destruction d’une infrastructure ou d’une cible précise et les effets peuvent se limiter à un rayon de quelques centaines de mètres à quelques kilomètres », précise Alexandre Vautravers.

D’un point de vue opérationnel, c’est l’ultime recours sur le champ de bataille quand une armée fait face à un danger que les armes conventionnelles ne sont pas en mesure d’écarter efficacement, ou pour viser un objectif trop grand pour de simples missiles. Il pourrait, à ce titre, être utilisé pour détruire une colonne de chars qui s’avance vers la ligne de front ou pour viser une base aérienne militaire d’une taille importante.

La tentation de banaliser l’arme nucléaire

Mais ce sont des différences théoriques. En effet, aucune bombe nucléaire – quel que soit son type – n’a été utilisée durant un conflit depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Et « la frontière entre les deux catégories demeure très artificielle. Les États-Unis et la Russie ont débattu à de nombreuses occasions de ce qui relevait du ‘tactique’ ou du ‘stratégique’ sans réussir à se mettre vraiment d’accord », souligne Jana Baldus.

Ce flou se retrouve même dans les documents officiels de l’Otan. Leur récapitulatif de la « définition des forces nucléaires » prouve le grand écart qu’il y a entre, par exemple, la vision française des armes nucléaires stratégiques – dont la « définition tient à la doctrine de dissuasion nucléaire plutôt qu’à des spécifications techniques » – et celle de la Russie, qui remplit presque une page entière de spécifications.

En réalité, le recours de plus en plus fréquent au qualificatif « tactique » répond à « un motif très politique qui est de rendre l’arme nucléaire ‘utilisable’ dans le cadre d’un conflit », affirme Fabian Rene Hoffmann. Ce terme « introduit un biais inconscient parmi les populations : il y aurait une forme d’arme nucléaire plus acceptable qu’une autre car son utilisation serait limitée à des objectifs militaires », ajoute Jana Baldus.

Une pente très dangereuse pour Jean-Marie Collin car elle tend à faire oublier que toutes les bombes nucléaires – tactiques ou stratégiques – sont « des armes de destruction massive ». Ainsi, « il y a de fortes chances que les bombes américaines larguées sur Hiroshima ou Nagasaki soient considérées aujourd’hui comme des armes tactiques », note Jana Baldus.

En outre, la plus redoutable « des bombes conventionnelles américaines – surnommée Moab (pour ‘Massive Ordnance Air Blast bomb’ – ou bombe à effet de souffle massif) – a une puissance de destruction équivalente à 11 tonnes de TNT alors que la moins puissante des armes nucléaires dites ‘tactiques’ russes a une puissance équivalente à 300 tonnes de TNT », résume Jean-Marie Collin.

Cette obsession sémantique russe pour le nucléaire « tactique » risque aussi de relancer une course aux armements. Actuellement, la France n’a que des armes nucléaires stratégiques, tandis que les États-Unis se sont débarrassés de leur arsenal tactique au profit d’armes conventionnelles.

Mais si Moscou fait planer la menace de l’utilisation d’une telle arme tactique sur le champ de bataille, cela pourrait pousser d’autres puissances nucléaires à en acquérir. Et plus il y aura d’armes de ce type – présentées comme moins dévastatrices – en circulation, plus le risque qu’elles soient utilisées un jour grandira.

[France 24, 10/10/22]

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La dissuasion de Papa est morte…

Place à la dissémination atomique !

par Abraham Behar

membre du GSIEN

Président de l’Association des médecins français pour la prévention de la guerre nucléaire (AMFPGN)

Dossier GSIEN – Nucléaire militaire

Source : La Gazette nucléaire 298/299

Quand nous avons indiqué le consensus mondial sur la fin de la dissuasion nucléaire classique, nous savions que la nature a horreur du vide. L’article de Claude ANGELI dans le Canard Enchainé du 20/04/2022 vient confirmer_le grand remplacement par les USA : « le 12 avril, Jessica Cox, directrice de la politique nucléaire de l’OTAN, en a défini_les grandes lignes…_Une nouvelle arme nucléaire, le B61-MODELE 12, sera bientôt stockée_sur le sol européen. Les pays qui ont acheté des avions F-35 américains_pourront l’utiliser contre un agresseur, sous le strict contrôle du pentagone ».

Le B61-MODÈLE 12 : c’est quoi au juste ?

La B61-12 en développement depuis 2012 doit entrer en production en 2022.

En date de décembre 2021, ses vecteurs sont les chasseurs F-15E, F-16, Panavia Tornado et le bombardier B-2 Spirit. Il est prévu dans l’avenir que le chasseur F-35 et le bombardier B-21 Raider puissent l’employer. Le F/A-18E Super Hornet avait été également mis sur la liste en 2018 puis retiré en novembre 2021.

Spécifications_et Dimensions

La bombe pour avion B61 a un diamètre 13,3_pouces (33,78_cm), une longueur de 141_pouces (358,14_cm) et pèse entre 695 et 715_livres (de 315 à 324_kg) selon le modèle. Cette_masse_inclut la coquille aérodynamique externe, un nez déformable en forme de cône, un compartiment à parachute dans la queue, des ailes stabilisatrices, etc. Le diamètre est celui de la bombe même, sans ailes.

L’appareil qui entoure le cœur de la B61 a probablement les mêmes dimensions que la W80, qui a un diamètre de 11,8_pouces (30_cm) et une longueur de 31,4_pouces (79,8_cm)._

Certains experts dénoncent le coût prohibitif et l’inutilité du programme de modernisation de la B61 qui est, depuis les années 2000, la seule_arme nucléaire tactique_de l’arsenal des États-Unis. Sa puissance est variable, allant de 0,3_kt (tactique) à plus de 100_kt (stratégique). Sa puissance maximale est de 340_kt. Le nouveau modèle B61-12 a été classé selon ses caractéristiques comme tactique et stratégique.

Normalisation de l’arme nucléaire D’après le magazine Military Watch, « La B61-12 est une arme nucléaire tactique dotée d’une charge utile relativement faible, conçue pour des frappes de précision contre des cibles ennemies bien fortifiées et des concentrations de troupes. Selon l’éminent stratège nucléaire américain, le général James Cartwright, chef d’état-major interarmées, le fait de rendre les armes nucléaires plus petites et plus précises a pour effet de « rendre l’arme plus pensable« . Les armes nucléaires tactiques permettent des frappes nucléaires précises sans le nombre de victimes civiles et de dommages collatéraux qu’entraînerait une arme nucléaire à haut rendement. Leur développement est donc largement considéré par les analystes de la défense, y compris le général Cartwright, comme un moyen de rendre l’utilisation des armes nucléaires plus applicable et, par conséquent, potentiellement normalisée en temps de guerre ».

Les fondements stratégiques de la nouvelle dissuasion_

Contrairement à la doctrine ultra concentrée de l’ancienne dissuasion, et à la maitrise directe des USA sur tout le processus d’utilisation des armes nucléaires (même pour les “TRIDENT“ Britanniques) pour les pays de l’OTAN (avec une coordination, pour une force de frappe indépendante, comme pour la France) on retourne à l’ancienne doctrine des fusées Pershing disséminées en EUROPE, mais avec une possibilité d’utilisation nationale, même si le contrôle par le PENTAGONE, est proclamé. Les premiers pays bénéficiaires sont l’Allemagne, la Belgique, l’Italie et les Pays Bas, puis ensuite tous les autres (même l’Albanie !)._

Quelle contre-attaque pour nous ?

Nous ne pouvons pas reprendre nos vieux slogans : “NI PERSHING, NI SS20“, car, même déguisé en “Ni stade_2 Russe ni stade_2 Américain“, ils resteraient incompréhensibles. Nous sommes condamnés_à inventer une autre forme de lutte, et trouver_un mot d’ordre immédiat.

Face à l’agression russe en Ukraine, en tant que soignants, nous nous battons pour “un cessez le feu immédiat“ compréhensible par tous. Face à cette nouvelle donne, l’urgence est dans cette recherche d’une cible simple comme : « la prolifération atomique est en Europe ».

Il faut un moratoire immédiat, « la prévention du désastre nucléaire c’est ici et maintenant ».

Bibliographie

•_« The B61 (Mk-61) Bomb », sur nuclearweaponarchive.org, 9 janvier 2007 (consulté le 9 décembre 2015).

•_National Nuclear Security Administration,_« A look at the U.S. nuclear stockpile », sur YouTube, 5 novembre 2021 (consulté le 13 novembre 2021)._

•_« L’US Air Force teste sa nouvelle bombe nucléaire B61-12 », sur_Radio-télévision belge de la Communauté française, 10 juin 2020 (consulté le 13 novembre 2021)._

•_https://fas.org/blogs/security/2021/12/fa-18_removed-from-fact-sheet/

•_AFP, « Les Etats-Unis lancés dans un programme de modernisation nucléaire controversé »,_La Libre.be,‎_6 novembre 2013.

•_ The U.S. Military’s Development and Testing of the B61-12 Tactical Nuclear Bomb; Why it is Cause for Concern in Russia and North Korea, https://militarywatchmagazine.com, 20 août 2017.

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Le nucléaire civil en France Contexte historique

Source : GSIEN, La Gazette nucléaire, No 290

Novembre 2018

Le Commissariat à l’Energie Atomique (CEA), créé en 1945 par le général de Gaulle est à l’origine des recherches et du développement du nucléaire civil et militaire en France.

La construction des premiers réacteurs électrogènes, fonctionnant à l’uranium naturel, modérés au graphite et refroidis au gaz, dits « UNGG», a débuté en 1957 dans le cadre du troisième plan quinquennal et le premier réacteur UNGG EDF1, d’une puissance de 70 MWe, a divergé à Chinon en 1962, suivi en 1963 du réacteur EDF2 d’une puissance de 210 MWe et en 1966, toujours à Chinon, du réacteur EDF3 de 480 MWe ; suivront d’autres réacteurs du même type à Saint Laurent des Eaux notamment.

Mais, en 1970, le programme nucléaire français est réorienté, la filière UNGG abandonnée, au profit de la filière américaine à uranium enrichi et eau sous pression (Réacteurs dits REP ou PWR) réputée plus performante ; il faut savoir qu’à cette époque la consommation d’électricité en France doublait tous les 10 ans et c’est pour y faire face, faute d’autres moyens de production, et dans un contexte de forte augmentation du prix du pétrole (choc pétrolier) qu’ont été mis en service dès 1978 des REP de 900 MWe puis à partir de 1990 de 1300 MWe. Il y en a 58 aujourd’hui, répartis sur 19 sites et qui produisent annuellement près de 400 térawatt/heure, soit 80 % des besoins français en électricité.

Leur combustible est de l’uranium enrichi à 3 ou 4 % ; il est produit à Pierrelatte dans la nouvelle usine qui utilise le procédé de séparation par centrifugation et qui remplace avantageusement l’ancien procédé de diffusion gazeuse : il est 20 fois moins énergivore.

Construits pour durer 30 ans, certains des 58 réacteurs du parc arrivent maintenant en fin de vie théorique et la nécessité d’une jouvence s’impose d’autant plus que croît la culture de sûreté qui fait suite aux accidents de Tchernobyl et de Fukushima  ; c’est dans ce contexte que le pouvoir politique a demandé à l’ASN d’effectuer un audit des centrales françaises ; l’ASN en a conclu que le niveau de sûreté des centrales était satisfaisant, et qu’il convenait néanmoins d’améliorer leur robustesse face à des situations extrêmes ; c’est dans ce cadre que l’EDF a décidé de lancer une série de travaux pour y faire face et pour permettre aussi de prolonger de 10 ans la durée des réacteurs ; à noter que le coût de ces améliorations, estimé à quelque 50 milliards d’euro, n’augmente le coût du KWh qui sera produit dans les 10 ans que de 1 ou 2 centimes d’euro. 

C’est en 2005 qu’il est décidé de s’orienter vers un nouveau réacteur : l’EPR. Il est à la fois plus puissant, 1650 MWH contre 1400 pour les plus puissants des REP existants, a un meilleur rendement et est programmé pour durer 60 ans. Le premier prototype est en construction à Flamanville, et sa mise en service, initialement prévue en 2012 est reportée en 2016 ; son prix, entre temps a presque triplé ! La construction d’un deuxième EPR à Penly, a, pour l’heure, été reportée.

Ce panorama serait incomplet sans l’évocation de la filière des réacteurs, dits à neutrons rapides (RNR), appelés aujourd’hui de 4ème génération et qui permettrait de brûler la quasi-totalité de l’uranium : cette filière a débuté en 1967 à Cadarache avec le réacteur Rapsodie et s’est pousuivie à Marcoule avec le réacteur Phénix de 250 MWe qui a été arrêté en 2010 après plus de 30 ans d’existence. Entre temps a été construit à Creys-Maleville en collaboration avec les Allemands et les Italiens, le réacteur Super-Phénix de 1200 MW ; il n’a que trop peu fonctionné et a été arrêté en 1998. A ce jour, la conception d’un nouveau réacteur RNR est en cours ; dénommé ASTRID (Advanced Sodium Technological Reactor for Industrial Demonstration), il doit permettre à la France de rester dans la course de la connaissance de ces réacteurs du futur ; son démarrage initialement prévu en 2020 a, d’ores et déjà, été décalé de 2 ans.

L’énergie nucléaire est une énergie du temps long.

De 1945 –1968

En septembre 1945, le général de Gaulle demande au directeur du CNRS Frédéric Joliot-Curie et à Raoul Dautry, alors ministre de la reconstruction et de l’urbanisme, de mettre en place un organisme de recherche consacré à l’énergie atomique.

Le CEA est créé le 18 octobre 1945 par Charles de Gaulle avec à sa tête Frédéric Joliot-Curie (haut-commissaire à l’énergie atomique) et Raoul Dautry (administrateur général). Cet organisme est destiné à poursuivre des recherches scientifiques et techniques en vue de l’utilisation de l’énergie nucléaire dans les domaines de la science (notamment les applications médicales), de l’industrie (électricité) et de la défense nationale. Cet organisme est placé sous l’autorité directe de la Présidence du Conseil, ses finances ne faisant l’objet que d’un contrôle a posteriori par le ministère des Finances[5].

En janvier 1946 sont désignés les premiers membres du CEA : Pierre Auger, Irène Curie, Francis Perrin et le général Paul Dassault[6], qui seront rejoints quelque mois plus tard par Lew Kowarski, Bertrand Goldschmidt, Jules Guéron et Pierre Biquard. En juillet 1946, les premiers membres du personnel du CEA prennent possession du fort de Châtillon, premier centre de recherche du CEA situé à proximité de Paris. À la même époque, le CEA s’installe aussi dans une enclave de la Poudrerie du Bouchet pour effectuer les opérations de raffinage des concentrés de minerai d’uranium qui viennent d’Afrique[7]. L’uranium purifié dans l’usine du Bouchet est utilisé dans le fort de Châtillon (Fontenay-aux-Roses) pour constituer la pile Zoé, pile atomique à eau lourde construite par l’équipe de Joliot-Curie , qui diverge en 1948. L’année suivante est extrait le premier milligramme de plutonium du combustible usé de Zoé à l’usine du Bouchet.

Joliot-Curie, qui est membre du parti communiste français, lance l’appel de Stockholm contre la bombe atomique. En avril 1950, il est révoqué de son poste de haut-commissaire par Georges Bidault. Francis Perrin le remplace.

Après le départ de Joliot-Curie, le CEA intensifie ses travaux sur les applications militaires et civiles de l’énergie atomique. Même si le gouvernement n’a pas encore pris officiellement la décision de construire une bombe atomique, tout est mis en œuvre pour se doter des moyens de la construire.

En 1952, le centre d’études nucléaires de Saclay est ouvert sur un terrain de 271 hectares en plein plateau de Saclay, où cette même année sont mis en service le successeur de Zoé, le réacteur EL2 (Eau Lourde n°2), et le premier accélérateur de particule du CEA.

À Marcoule, sont successivement construits les réacteurs G1 (1956), G2 (1959) et G3 (1960) de type Uranium Naturel-Graphite-Gaz (UNGG). Une usine pour extraire le plutonium du combustible usagé est également construite et fonctionne à partir de 1958. Grâce à ces installations, la France peut réaliser son premier essai nucléaire dans le Sahara en 1960,«Gerboise bleue», seulement deux ans après que la décision officielle ait été prise.

En 1958, l’Usine militaire de Pierrelatte est construite pour l’enrichissement de l’uranium nécessaire à la fabrication de la bombe atomique.

1960 explosion de ma première bombe française à Reggane

À Chinon, le CEA et EDF collaborent à la construction des réacteurs EDF 1 (1962, 68 MW), EDF 2 (1965, 200 MW) et EDF 3 (1967, 500 MW) de type UNGG.

De 1968 à 1981 -CHOOZ-SENA 1969 REP de 350 MWé

En 1968, la première bombe H (bombe thermonucléaire ou à hydrogène) française explose à 600 mètres au-dessus de l’atoll de Fangataufa, dans le Pacifique. Sa puissance équivaut à 170 fois celle d’Hiroshima.

La guerre des filières de réacteurs oppose le CEA et EDF : le premier est partisan de la filière française Uranium Naturel Graphite Gaz tandis que le second défend la filière des réacteurs à eau pressurisée (Pressurised Water Reactor) du constructeur américain Westinghouse. En novembre1969, le gouvernement tranche en faveur d’EDF et décide la construction d’une centrale à eau pressurisée à Fessenheim.

En 1973, la première centrale prototype réacteur nucléaire à neutrons rapides et à caloporteur sodium Phénix est mise en service à Marcoule.

En 1976, le gouvernement français passe commande de Superphénix.

En février 1979 est mis en service l’usine Georges Besse au Tricastin, afin d’enrichir l’uranium nécessaire à la production de combustible pour les réacteurs électro-nucléaires.

De 1981 à 1984 : naufrage du Mont Louis au large des côtes Belges. Transport d’UF6 en direction de l’Union soviétique

En 1985, la centrale nucléaire de Brennilis, prototype modéré par l’eau lourde, est arrêtée définitivement, tandis que le réacteur à neutrons rapides superphénix diverge après 10 années de construction

En 1985, le Rainbow Warrior, bateau de l’organisation écologique « Greenpeace », explose dans le port d’Auckland en Nouvelle-Zélande. « Greenpeace » préparait une campagne contre les essais nucléaires français dans le Pacifique.

Le 27 janvier 1996 est lancé le dernier essai nucléaire français à Fangataufa.

Le 24 septembre 1996, la France signe le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires et commence immédiatement à démanteler le Centre d’expérimentations du Pacifique.

En 1997, le gouvernement français annonce que Superphénix sera abandonné.

En 2001, la filiale CEA Industries fusionne avec Framatome et la Cogema pour former un nouveau groupe dénommé Areva.

En 2007, le Genoscope et le Centre national de génotypage sont rattachés au CEA au sein d’un nouvel institut dénommé Institut de génomique[8].

Début 2009, Le CEA, Intel, le GENCI et l’Université de Versailles Saint Quentin annoncent la création d’un laboratoire commun, Exascale Computing Research, dédié aux logiciels pour les supercalculateurs de prochaine génération dont la puissance devrait atteindre l’exaflops (1000 petaflops)[9].

Le 14 décembre 2009, dans son discours sur le Grand emprunt, le Président de la République Nicolas Sarkozy annonce que le CEA doit devenir le « Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives »[10] en réponse à une suggestion de la commission Juppé-Rocard qui préconisait la création d’une Agence pour les énergies renouvelables. Cette décision traduit la volonté de l’exécutif d’équilibrer les efforts de recherche entre le nucléaire et les énergies renouvelables, selon la règle affichée du « un euro pour le nucléaire, un euro pour la recherche sur les énergies renouvelables ».

 Le GSIEN 

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