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Un îlot de vérité dans l’océan nucléocratique français LA CRIIRAD

La naissance de cette vaillante institution a été provoquée par le Service Central de Protection contre les Rayonnements Ionisants (SCPRI) peu après l’explosion d’un réacteur à Tchernobyl, le 26 avril 1986. Alors qu’à l’unisson, les médias assuraient que le territoire français avait été totalement épargné par les retombées radioactives et recommandaient à la population de ne rien changer à ses habitudes alimentaires, ceux des pays riverains se montraient beaucoup plus prudents. Etonnés par ce décalage, un groupe d’Ardèchois et de Drômois firent analyser des prélèvements (eau, lait, salades, etc.) au laboratoire de l’Institut de physique nucléaire de Lyon. Le résultat révélait que la France était contaminée à des niveaux qui imposaient des mesures de protection adaptées. Ce que les médias s’empressèrent de diffuser largement.

Le 10 mai 1986, le Prof. PELLERIN, fondateur et directeur du SCPRI et du Centre international de référence pour la radioactivité de l’OMS, reconnaissait sur TF1 que la contamination de l’air se trouvait multipliée par 100, voire 400 par endroits. Ce qui était encore bien inférieur à la réalité – d’un facteur 100 à 1000 – et que les services officiels finirent par admettre, mais 20 ans plus tard !

Le 22 mai 1986, la Commission de Recherche et d’Information Indépendante sur la Radioactivité tenait sa première assemblée générale réunissant plus de 400 personnes d’horizons professionnels très divers, mais unies par la même révolte et le même projet.

La CRIIRAD sera une association à but non lucratif. Installée à Valence (F) et présidée de 1986 à 1997 par Michèle RIVASI (actuellement députée européenne) puis par Roland DESBORDES, professeur de physique, qui préside en outre le conseil d’administration de 13 membres, l’association emploie aujourd’hui 13 salariés et compte quelque 6’500 adhérents. Totalement indépendante de l’Etat, des exploitants du nucléaire et du monde politique, elle mène ses propres investigations et ses actions d’intérêts général en matière d’information, de radioprotection et de préservation de l’environnement.

La CRIIRAD est un laboratoire agréé par le ministère de la Santé et spécialisé dans les analyses de radioactivité.

Depuis sa création, il a effectué plus de 30 000 analyses et des centaines d’études radioécologiques et de contre-expertises pour des particuliers, associations, industriels et tribunaux. Ce laboratoire dispose de tous les agréments exigés pour ses interventions en France comme à l’international : Europe (Belgique, Bulgarie, Ecosse, Espagne, Finlande, Italie, Lituanie, Pays-Bas), Outre-mer (Polynésie française), Ex-URSS (Biélorussie, Ukraine, Russie), Afrique (Algérie, Gabon, Malawi, Mali, Namibie, Niger), Asie (Japon), Amérique (USA, Brésil). La responsabilité du laboratoire de la CRIIRAD est assumée depuis sa création par Bruno CHAREYRON, ingénieur en physique nucléaire.

La triple mission de la CRIIRAD : Contrôler – Informer – Protéger. Avec son matériel performant sur le terrain comme au laboratoire, la CRIIRAD peut détecter les contaminations de l’environnement, des aliments et des matériaux, en vue de dénoncer les pollutions et permettre à la réglementation d’être appliquée et d’évoluer. Depuis sa création, l’information au public a été l’une des missions essentielles de la CRIIRAD. Elle consiste à décrypter les informations officielles, souvent incomplètes ou mensongères. A dénoncer les conflits d’intérêts « d’experts » ou d’autorités autoproclamées « indépendantes » qui désinforment sans scrupule. La CRIIRAD est présente dans de nombreuses foires et salons afin de rencontrer un public souvent préoccupé par un environnement de plus en plus menacé. Pour répondre à la demande et face à la désinformation officielle chronique, elle a publié en 2002 un atlas des contaminations du territoire français et européen, suite aux retombées de Tchernobyl.

La protection des populations et des travailleurs contre le danger croissant des rayonnements ionisants est une préoccupation constante à la CRIIRAD. Les sources de radioactivité – invisibles, inodores, silencieuses – sont multiples : anciennes mines d’uranium, gaz radon dans l’eau potable et les bâtiments, aliments contaminés, transports de matériaux radioactifs, etc, etc. La santé humaine ne semble pas préoccuper particulièrement ceux qui devraient pourtant la protéger. La CRIIRAD est intervenue entre 2004 et 2007 contre des projets de la Commission Internationale de Protection Radiologique (CIPR) et le Codex Alimentarius qui visaient à autoriser des aliments contaminés mais qui n’atteignaient pas certains « seuils » de tolérance. L’association a estimé que la norme devait rester l’absence de radioactivité. Appuyée par 180 000 signatures, elle a obtenu que les autorités internationales revoient leur copie.

Fukushima a confronté la CRIIRAD a une situation accidentelle grave. Toute sa structure s’est investie sans compter.

La situation au Japon était suivie en permanence et les contrôles atmosphériques renforcés. Sur place, un partenariat scientifique a été organisé afin de pouvoir disposer d’une dizaine de centres de contrôle fiables de la radioactivité.

Les populations continuent de vivre stoïquement en essayant de se protéger quand s’est possible. Un chercheur du CNRS vivant au Japon résume ainsi leur situation : « On nous apprend à creuser notre tombe ».

On ne peut qu’être admiratif devant les innombrables activités conçues, réalisées, développées et assumées par une si modeste structure, qui trouve encore le moyen de pouvoir assurer son indispensable indépendance financière.

Et lorsqu’on réalise que sa mission consiste essentiellement à se confronter au puissant lobby planétaire du nucléaire et aux instances qui le défendent comme AREVA, EDF, AIEA et IRSN, on se met à croire au miracle …

Paul Bonny

(Article à paraître dans L’Essor, La-Chaux-de-Fonds, février 2014)

CRIIRAD Cours Manuel de Falla  26000 VALENCE (France)  0033 475 41 82 50  contact@criirad.org  http://www.criirad.org

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Réponse du Président de la Confédération suisse

Réponse du Président de la Confédération suisse

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par | novembre 18, 2013 · 6:08

Réponse du Conseil d’Etat (Gouvernement) de Genève

Réponse du Conseil d'Etat(Gouvernement) de Genève

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par | novembre 18, 2013 · 6:01

Eclaircissements sur l’exemplarité du Japon dans le désastre de Fukushima

Lors de ce désastre, le Japon a arrêté immédiatement toute son industrie électronucléaire. Ce faisant il a démontré qu’un tel arrêt est possible. C’est tout ce que déclare l’Appel de Genève 2.

Pour nous, l’exemplarité du Japon se limite à cet arrêt immédiat. Elle n’englobe nullement ses modalités, en particulier son recours à la production massive d’électricité par la combustion d’hydrocarbures.

Les initiateurs de l’Appel de Genève 2  et l’Association pour l’Appel de Genève 2 sont conscients des perspectives alarmantes du réchauffement climatique et ce serait leur faire un mauvais procès que de leur imputer l’option japonaise improvisée dans l’urgence, ainsi que la gestion actuelle du désastre.

Il n’est pas question de choisir entre la peste et le choléra. Il faut refuser l’une et l’autre. C’est non seulement possible, mais nécessaire.

Ivo Rens

5 novembre 2013.

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Classé dans Actualité, Catastrophes, en français, Problématiques énergétiques

Astrid, le surgénérateur qui renaît de ses cendres

J.P.Petit, Physicien des plasmas, Ancien directeur de recherche au CNRS

Jppetit1937@yahoo.fr

Le 31 juillet 1977, soixante mille manifestants, Français, Italiens, Suisses, s’étaient rassemblés, convergeant vers le terrain où le gouvernement français avait prévu de construire Superphénix, un surgénérateur à neutrons rapides. Face à eux, le préfet a déployé des moyens importants : 5 000 CRS, gendarmes et gardes mobiles, des hélicoptères, des véhicules amphibies, des ponts mobiles, un régiment de gendarmes parachutistes et des membres des brigades anti-émeutes pour leur en interdire l’accès. Pourtant ça n’est qu’un terrain. Il n’y a rien à détruire, à endommager, pas d’engins de chantier, rien. Mais ce terrain est un symbole.

Le symbole de ce qui a toujours existé en France : une symbiose totale entre le pouvoir nucléocratique, le pouvoir politique et le pouvoir policier. L’affrontement est extrêmement violent. Les “forces de l’ordre” font usage de grenades offensives et répliquent aux jets de pierres par des tirs tendus. Un manifestant de 31 ans, Michalon, est atteint. Une grenade offensive, tirée à bout portant, le touche et lui explose les poumons. Il décédera peu après. L’assaut des forces de l’ordre fait plusieurs dizaines de blessés. L’un perdra une main, l’autre un pied. Le préfet, questionné sur un plateau de télévision le soir même, déclare qu’il assume complètement ces événements, précisant que le rôle des forces de l’ordre est de veiller à la sécurité “des personnes et des biens”.

Quatre décennies plus tard, que sont devenues ces luttes ?

Il n’y a plus rien que des pantomimes ridicules, des gens qui “font des chaînes” en se tenant par la main. Les associations qui sont censées “mener le combat antinucléaire” ont totalement perdu leurs cibles de vue. Quant aux scientifiques, ils se soucient de ces choses comme d’une guigne, et la plupart du temps n’y entendent pas plus que le péquin moyen.

Les machines de mort ont changé de nom, et personne ne semble s’en apercevoir. Six semaines après son élection, le président français François Hollande a machinalement signé l’autorisation de lancement du projet ASTRID, baptisé “réacteur de IV° génération”. Une décision passée pratiquement inaperçue, au point que cet événement essentiel n’a même pas été cité lors de la diffusion sur France 3 d’une émission intitulée “Nucléaire, l’exception française”.

Vu à travers cette émission, l’exception, c’est le nombre des réacteurs, cinquante-huit, que tout le monde connaît. La France est le pays le plus nucléarisé du monde, par tête d’habitant. Mais le pire est à venir. Le 17 novembre 2011, le nucléo-député Christian Bataille, dirigeait une session de l’OPECST, Office Parlementaire d’Etude des Choix Scientifiques et Techniques. Ces exposés et débats ont été enregistrés. Il est assisté par Bruno Sido, sénateur et Président du Conseil Général de Haute Marne, région où, précisément, se situe le projet CIGEO, axé sur le stockage profond des déchets à vie longue. Ayant téléchargé ces enregistrements, j’ai pu les revisionner en en notant chaque détail.

Thème de cette réunion : “ L’avenir du nucléaire français après la catastrophe de Fukushima”.

Bataille commence par rendre compte d’un voyage de trois jours qu’il a fait au Japon, prenant note des déclarations faites par les responsables locaux. Là-bas, dit-il, il n’y a eu que deux blessés, et deux morts, par noyade, à la suite du tsunami. Des gens ont été irradiés, bien sûr, mais les doses ont toujours été inférieures aux normes, etc, etc..

Ce qui inquiète le député Bataille, qui est l’auteur d’une loi qui porte son nom et qui prône l’enfouissement profond des déchets radioactifs à vie longue, c’est le fait que le Japon, après cette catastrophe, a mis à l’arrêt tous ses réacteurs, et il cite la conclusion des experts : cet arrêt coûtera au pays deux points de PIB.

Il faut passer le temps nécessaire pour écouter, réécouter les interventions des uns et des autres. Des intervenants soigneusement choisis par Bataille : le CEA, Edf, AREVA, le CNRS, gens que le député désigne comme “des acteurs principaux de la filière”. Pas un mot sur le risque, le coût humain, les dommages environnementaux. Il serait souhaitable que ces fichiers soient téléchargés sur Youtube ou Dailymotion, car ce sont des modèles du genre. On n’y parle que de chiffres, pourcentages, filières, cycles, retours sur investissements, exportations, coût du kilowatt-heure, calendrier, R & D (recherche et développement), REP, EPR, RNR, MOX, exportations, importations, bouquet énergétique.

Tous ces gens s’entre-félicitent. Au milieu de cette foule, le député “Vert” Cochet a du mal à faire face à des gens qui ne cherchent nullement à masquer leurs sourires, en écoutant son plaidoyer en faveur des “énergies vertes”: solaire et éolien.

Je me demande ce que retiendrait un simple quidam, qui serait aussitôt étourdi par ces discours, fleuris de nombreux termes techniques. Savez-vous par exemple que les “actinides” ne sont pas des être planctoniques ou des divinités grecques, mais tout atome dont la masse dépasse celle de l’actinium qui est de 89. Donc le plutonium, l’uranium, le thorium, etc.. etc…

Ces discours montrent que rien n’a changé. Le plan français suit son cours.

Qui connaît l’essence de ce plan ? Qui en parle ?

Les choses sont pourtant limpides. Le minerai d’uranium se présente sous la forme d’un mélange de deux isotopes. La proportion est de 99,3 % d’uranium 238 contre 0,7 % d’uranium 235. Le second est fissile, le premier ne l’est pas.

La fission a fait son entrée en physique avec l’explosion de deux bombes, lâchées sur le Japon. L’une d’elle était une bombe à uranium. Pour qu’elle fonctionne, il avait fallu laborieusement enrichir ce produit à hauteur de 90 % d’uranium 235. Sinon cette bombe n’aurait pas fonctionné. Plusieurs procédés d’enrichissement ont été utilisés, et nous n’allons pas tous les décrire, en ne retenant que celui qui a été le plus médiatisé : l’enrichissement par centrifugation.

Les bombes à fission fonctionnent-elles avec de l’uranium ? La réponse est non. Cet enrichissement serait trop laborieux, trop coûteux. C’est l’Italien Enrico Fermi qui trouva le moyen de produire par transmutation une autre matière fissile, le plutonium 239, découvert en 1940, beaucoup plus commode à séparer, puisque ne possédant pas les mêmes propriétés chimiques que la substance, l’uranium 238, à partir de laquelle on le fabriquait.

Comment ? Enrico Fermi invente le “réacteur nucléaire”. Celui-ci peut fonctionner avec de l’uranium naturel, à condition d’en réunir suffisamment pour obtenir un début de “criticité”. Le schéma est simple. Les atomes d’uraniums 235 sont instables. Ils se décomposent en émettant des neutrons, plusieurs (en moyenne deux et demi). Si ces neutrons ont la chance de trouver sur leur chemin un autre atome fissile, un autre atome d’uranium 235, celui-ci se scinde à son tour, en émettant lui aussi plusieurs neutrons.

Il se produit alors une réaction en chaîne. La quantité d’énergie dégagée dépend du volume du mélange qu’on a rassemblé. S’il est trop faible, les neutrons s’échappent, quittent le réacteur, sans provoquer de réactions secondaires, ou très peu. A l’extrême limite, dans une bombe, le nombre de réactions de fission obtenu est extrêmement élevé et le dégagement d’énergie extrêmement rapide. Le milieu se comporte alors comme un explosif.

En rassemblant des barres de minerai, et en contrôlant soigneusement le régime, on peut tabler sur un certain flux de neutrons. Mais ceux-ci ne font pas que s’échapper, quitter le réacteur, qu’aller se perdre dans une couverture protectrice, ou déclencher de nouvelles fissions. Ils donnent lieu à une transmutation qui est la clé des bombes à fission :

Les neutrons émis sont capturés par les noyaux d’uranium 238, qui se transforment en plutonium 239.

Celui-ci est fissile mais son cortège électronique, qui détermine ses propriétés chimiques, diffère de deux unités, de deux électrons, de celui des isotopes de l’uranium. On peut donc extraire ce précieux explosif par voie chimique, sans centrifugeuses, sans ces multiples et coûteux systèmes d’enrichissement.

On connaît l’histoire. En 1942, Fermi fait fonctionner, sous les gradins du stade de Chicago, le premier réacteur nucléaire. Bien que la puissance d’un tel réacteur ne soit que d’un demi-watt l’émission de neutrons est mise en évidence.

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Le premier réacteur nucléaire construit à Chicago par Enrico Fermi, en 1942

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La fission de l’uranium produit les neutrons attendus

C’est la formule gagnante. Il ne reste plus qu’à construire d’immenses réacteurs, à Hanford, sur les berges de la rivière Colombia, pour se mettre à produire massivement du plutonium 239. Celui-ci n’existait pas dans la nature, car sa durée de vie est trop brève : seulement 24.000 ans.

Où sont créés les atomes dont tout est constitué, en dehors de l’hydrogène et de l’hélium, qui préexistaient avant la naissance des premières étoiles ? Au commencement du tout commencement, dirait Kipling, il n’y avait que de l’hydrogène. Quand l’univers était encore très chaud, quand sa température était de centaines de millions de degrés, il fonctionna comme un réacteur à fusion, donnant de l’hélium (quatre nucléons au lieu d’un seul pour l’hydrogène). Puis, quand l’expansion fit décroître température et densité, cette réaction s’arrêta, le processus de fusion n’ayant transformé en hélium que 10 % de l’hydrogène primitif.

L’affaire sera relancée au coeur des étoiles, toujours par fusion. Celles-ci produisent de l’hélium, puis du carbone, de l’oxygène, éléments relativement légers. C’est là qu’intervient le spore cosmique, la supernova, une étoile dont la masse dépasse huit fois celle du Soleil. On sait que sa fin est paroxystique. Elle explose en dispersant aux quatre vents du cosmos tous les noyaux possibles et imaginables, et tous leurs isotopes. Seuls subsisteront les isotopes stables, dont les durées de vie sont suffisamment importantes. Ces durées de vie sont extrêmement variables selon les noyaux créés. Certains se décomposent en une fraction de millième de seconde.

Il n’y a rien de plus radioactif que l’environnement d’une supernova. Bien sûr, celle-ci produit massivement les deux uraniums, le 238 et le 235 et du plutonium 239, tous en quantités comparables. Rien n’est stable au sein de ces atomes lourds. L’uranium 238 a une durée de vie de quatre mille milliards d’années. Quatre cent fois l’âge de l’univers. Ca laisse le temps de voir venir. Sa radioactivité est donc infime. Pour le 235, on tombe à sept cent millions d’années. Il est donc radioactif. En se décomposant, il émet des “particules alpha”, des “noyaux d’hélium”. Cette décomposition dégage de la chaleur et c’est celle-ci qui entretient la chaleur du noyau terrestre.

Le plutonium est également radioactif, émet aussi des “noyaux alpha”. Mais du fait de sa courte durée de vie, il en émet infiniment plus, trois cent mille fois plus. C’est ce qui le rend biologiquement dangereux à très faible dose. Si un individu inhale ou ingère un milligramme de plutonium, cette infime poussière ira se loger tout contre les cellules d’organes divers, y causant des désordres cancérigènes, mortels.

Les spécialistes parlent de “durée de vie biologique” pour les éléments radioactifs. Certains sont éliminés relativement rapidement dans les urines, les fèces. Mais la “durée de vie biologique” du plutonium est de quarante années. Quand vous en inhalez ou en ingérez, vous … mourrez avec, c’est aussi simple.

Avant de parler du plutonium, j’ai jugé bon d’expliquer pourquoi ce produit était hyper dangereux, infiniment plus dangereux que l’uranium 235.

L’atome entre dans l’histoire, en tant que machine à tuer. Et elle tue bien, beaucoup, longtemps. Il faudra du temps avant qu’on envisage d’exploiter l’énergie qu’il dégage, en l’exploitant sous forme thermique, afin de créer de la vapeur, de faire tourner des turbines, lesquelles actionneront des alternateurs, produisant de l’électricité. Partout, ce “nucléaire civil” n’est qu’une retombée d’un nucléaire militaire. Pour les militaires, c’est clair, les réacteurs n’ont qu’une seule fonction : servir à transmuter de l’uranium 238 pour en faire du plutonium 239. Comme pour l’uranium, le plutonium “de qualité militaire”, celui des bombes, doit contenir 90 % de 239.

Quand on envisage un nucléaire civil, électrogène, les pourcentages sont beaucoup plus faibles. On a dit que le minerai naturel d’uranium ne contenait que 0,7 % d’uranium fissile, de 235. Si on monte ce taux à 3 %, on peut faire fonctionner un réacteur nucléaire et c’est avec ce mélange de 97 % d’uranium 238 et de 3 % d’uranium 235 que sont chargés les réacteurs civils de la “première et seconde génération”.

En concentrant des “barres de ce combustibles nucléaire” dans un “coeur”, on obtient un dégagement de chaleur qui se maintient pendant plusieurs années. La chaleur produite est évacuée par de l’eau ordinaire, qui joue au passage un autre rôle. Elle “ralentit les neutrons de fission”. Il se trouve que ces neutrons, ainsi ralentis, ont plus de chance de déclencher une autre fission dans un autre noyau d’uranium 235, voisin. On peut donc, grâce à ce “modérateur”, qui joue en plus le rôle de “fluide caloporteur”, obtenir un fonctionnement rentable avec un enrichissement portant la teneur du mélange à seulement 3 % d’U235.

Quand les deux tiers de l’uranium 235 ont été “brûlés”, quand il ne reste plus que 1% de cet isotope dans le coeur, le fonctionnement cesse d’être rentable. Il faut alors arrêter le réacteur, attendre que la température de l’eau diminue, ouvrir le couvercle, sortir les barres, les transporter pour aller les plonger dans une “piscine”.

Pourquoi ne pas les mettre à l’air libre ? Pourquoi ces précautions, puisque la diminution de la densité spatiale de 235 (en changeant la géométrie du chargement et en maintenant les barres à des distances suffisantes) a supprimé tout risque de criticité ? Parce que les produits de réaction sont aussi instables et se décomposent en produisant radioactivité et chaleur. Il faudra attendre cinq ans pour que tout cela se calme, qu’on puisse sortir ces barres de l’eau, les manipuler et conditionner ces “déchets à vie longue”.

En ralentissant les neutrons émis par la fission de l’uranium 235, on a accru les chances de produire de nouvelles fissions dans les atomes de 235 voisins. On a aussi réduit l’énergie véhiculée par ces neutrons pour qu’ils aient assez de force, en percutant un noyau d’uranium 238, pour le transformer en plutonium 239.

Est-ce à dire qu’un réacteur civil ne produit pas de plutonium, à la différence des réacteurs militaires, “plutinogènes”, où on ne ralentit pas les neutrons ? Non. Même si l’eau ralentit notablement les neutrons, il en subsiste suffisamment pour transmuter l’uranium 238 en plutonium 239. Dans ce qui émerge d’un coeur à uranium, la majeure partie de ce qui était jusqu’ici considéré comme un déchet c’est … du plutonium. Un pour cent de la masse de ce coeur en fin de vie.

C’est là qu’a émergé l’idée du surgénérateur à neutrons rapides. L’idée était de produire du plutonium à des fins civiles. Pour ce faire, il était exclu d’utiliser de l’eau pour évacuer la chaleur. Celle-ci aurait ralenti les neutrons de fission. La solution a donc été de rechercher un fluide qui soit “transparent” vis à vis de ce flux de neutrons. Et ce fluide, c’était du sodium fondu, circulant à 500°C (il entre en ébullition à 900°).

Vous avez sans doute entendu parler de ce métal étrange, le zirconium. Avant que n’émerge le nucléaire, on s’en servait pour faire des bijoux ( en “zircon”). Pourquoi être allé chercher ces atomes chez les bijoutiers ? Parce qu’il est “transparent” vis-à-vis des neutrons de fission. Il les laisse passer librement. Si ça n’était pas le cas, les “gaines” contenant les “pastilles” d’oxyde d’uranium se mettraient à chauffer et fondraient, libérant leur contenu.

Mais, et ceci nous amène à évoquer la catastrophe de Fukushima, le zirconium est avide d’oxygène. A une température relativement basse, dans de la vapeur d’eau surchauffée, il “pique“ aux molécules d’eau leur oxygène, libérant leur hydrogène. C’est cette libération d’hydrogène, consécutive à l’oxydation des gaines de zirconium, qui a provoqué les explosions spectaculaire des réacteurs japonais, quand cet hydrogène est entré au contact avec l’air atmosphérique.

Doté d’un fluide caloporteur sous la forme de sodium fondu, un réacteur à fission devient un RNR, un “réacteur à neutrons rapides”, plutonigène. Il est même possible, en rendant son coeur suffisamment actif, émissif, de lui faire produire autant ou plus de matière fissile qu’il n’en consomme, sous forme de plutonium 239.

Et là naît le concept de surgénérateur à neutrons rapides, dont Superphénix fut le prototype. Dans ce cas, inutile de démarrer l’opération avec un coeur à uranium. Le chargement-type correspond à un coeur contenant 80 % d’uranium 238 et 20 % de plutonium 239. Pourquoi ce pourcentage plus élevé ? Pour que l’irradiation par les neutrons, dans une “couverture fertile” d’uranium 238 soit plus intense et la transmutation plus efficace, plus rapide. Le coeur type d’un tel surgénérateur contient alors quelque cinq tonnes de plutonium.

On a évoqué plus haut la dangerosité foncière du plutonium, liée à sa durée de vie relativement courte et à sa détestable capacité de s’intégrer de manière durable aux organismes humains, qu’il s’agisse de leur appareil respiratoire ou digestif.

Les réacteurs nucléaires français actuels, types, sont “à eau pressurisée”. Pourquoi pressurisée ? Parce que sous 150 bars l’eau reste liquide de 280° (entrée) à 320°(sortie) et peut donc emporter plus aisément la chaleur.

Mais l’examen des entrailles d’un tel réacteur reste possible, parce que l’eau a la providentielle propriété d’être transparente à la lumière. De plus, l’eau ne s’enflamme pas dans l’air. Quand la température d’un réacteur à eau a suffisamment baissé, que la pression est descendue, on peut dévisser les boulons, enlever le couvercle et aller jeter un oeil à l’intérieur, avec un simple système optique.

Avec le sodium, ces deux opérations sont impossibles. Primo le sodium est opaque. Secundo, il s’enflamme spontanément au contact de l’air. Enfin, cerise sur le gâteau, mis au contact d’eau, il explose.

Lors des assises de la commission française, de l’Office d’Evaluation des Choix Scientifiques et Techniques, en novembre 2011, on put entendre un des intervenants soulever ce problème. Un ingénieur du CEA, Christophe Béart, lui répond : “Nous travaillons sur cette question”. L’homme évoque alors une imagerie par ultrasons, mais précise qu’actuellement on ne dispose pas de sources et de capteurs d’ultrasons capables de dépasser 180°. Bref, impossible de savoir ce qui se passe à l’intérieur d’un réacteur refroidi au sodium. La solution, ajoute notre expert, est de tout prévoir de façon qu’on n’ait pas à se poser ces questions. Vous entendrez alors les mots de “modularité, de détectabilité, de réparabilité…. “

Il existe un certain nombre de surgénérateurs dans le monde, dont un au Japon, à Monju. Comme il est impossible d’ouvrir le couvercle d’un générateur fonctionnant au sodium, il faut mettre en oeuvre des techniques complètement folles pour aller manipuler ses intérieurs, à l’aveuglette. Le système de base, assurant le déchargement-rechargement du coeur s’appelle un “barillet”.

Le sodium, un alcalin, n’est pas chimiquement neutre. Les barillets sont donc des sources de disfonctionnements. Le réacteur Japonais de Monju a connu une fuite de 640 kilos de sodium, suite à la rupture de la gaine d’un capteur, liée au vibrations occasionnées par la circulation du sodium dans la cuve.

Au milieu des années soixante-dix, des gens étaient assez nombreux pour pouvoir se mobiliser massivement contre l’émergence de cette technologie suicidaire. Superphénix connut des pannes nombreuses. Citons quelques anecdotes. Le bâtiment contenant pompes, échangeurs, alternateurs avait été dessiné à Paris, où les chutes de neige sont peu importantes. Mais Superphénix était implanté dans le département de l’Isère, dans les Alpes (à proximité de la ville de Genève, de l’Italie). Le 8 décembre 1990, il tomba 80 cm de neige sur ce toit, qui s’effondra. Heureusement, ce jour-là, le réacteur était à l’arrêt.

Je tiens d’un ingénieur allemand d’autres anecdotes, moins connues. Ce réacteur était le fruit d’une collaboration franco-italo-allemande. Les Italiens avaient à charge de construire un pont roulant, pour les manipulations. Quand celui-ci fut mis en place et chargé, il … s’effondra. Quant aux Français, ils avaient prévu d’installer une piscine, d’un volume conséquent, pour entreposer des éléments du coeur, après extraction et lavage. Comme une étude du sol n’avait pas été faite en rapport avec ce projet, le poids de la piscine fit s’enfoncer le sol et le réacteur acquit un dévers de plusieurs centimètres, ce qui n’était pas sans soulever des problèmes, s’agissant de la circulation du sodium par convexion, dans la cuve (la chaleur est extraite à l’aide de tubulures contenant elles aussi du sodium, et celle-ci est emmenée vers un second échangeur et transférée à de l’eau).

Schéma_réacteur_neutrons_rapides_caloporteur_sodium

Réacteur à neutrons rapides, refroidi au sodium

Je pense que vous avez maintenant une idée schématique suffisante de ce que peut être un surgénérateur à neutrons rapides. Voici maintenant en quoi cette machine, sortie tout droit de l’enfer, est la pièce maîtresse du dispositif français concernant “l’avenir du nucléaire”.

La France possède à ce jour un peu plus de 200 cent tonnes de plutonium “civil” (le tonnage de plutonium militaire est couvert par le secret défense). Celui-ci est stocké dans un nombre incalculable de piscines, un peu partout en France mais essentiellement à la Hague, dans le Cotentin. Là se situe “l’usine de retraitement”, qui est en fait un centre de récupération du plutonium. Le but visé (rappelé lors de cette séances de novembre 2011 à l’Assemblée Nationale) est d’atteindre les 1000 tonnes. Avec un chargement type de 15 tonnes, il serait alors possible de mettre en batterie 65 réacteurs-surgénérateurs qui consommeraient … de l’uranium 238, actuellement stocké comme déchet.

D’où le mot “ Phénix “. Vous savez que cet oiseau mythique “renaissait de ses cendres”. En déployant un tel parc de surgénérateurs à neutrons rapides, la France, qui possède un stock de 200.000 tonnes d’uranium 238, issu de l’enrichissement du minerai, extrait du Limousin, puis acheté en Afrique, deviendrait ainsi indépendante énergétiquement pour les … 5000 ans à venir.

L’idée tient toujours. Tous ses avantages ont été décrits lors de cette session à l’Assemblée Nationale. Il serait hautement souhaitable que les citoyens Français, et ceux de pays voisins, connaissent la teneur de ces échanges, pour savoir à quelle sauce ils seront nucléarisés, irradiés, quel héritage mortifère nos nucléopathes envisagent de laisser aux générations à venir.

Quel est le fer de lance de cette opération ?

C’est le surgénérateur à neutrons rapides ASTRID, 600 MW, fonctionnant au sodium :

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Une remarque concernant cette famille des futurs générateurs, qui ne saute pas aux yeux de prime abord. Ceux-ci sont conçus pour offrir une moindre vulnérabilité, vis-à-vis des attaques de terroristes ou d’opérations guerrières. Leurs structures se situeront donc en dessous du niveau du sol.

Astrid est conçu comme un démonstrateur. Je vais maintenant citer des chiffres émanant de cette docte assemblée, dont les membres dépassaient le plus souvent les soixante ans (67 pour Christian Bataille, 61 pour Bruno Sido ).

Le projet final, c’est le déploiement des surgénérateurs, qui débuterait en 2060 pour s’achever en 2100 (non, vous ne rêvez pas !).

L’EPR (European Pressurized Reactor, réacteur à eau pressurisée ) aurait pour fonction d’assurer la transition. Alors que les surgénérateurs à sodium sont rebaptisés “réacteurs de IV° génération”, les EPR constituraient la III° et les actuels REP (réacteurs à eau pressurisée) la seconde.

Quelle différence entre un EPR et un REP ?

Cela fait déjà des années que les Français ont commencé à utiliser le plutonium récupéré dans les opérations de retraitement menées dans leur usine de la Hague comme combustible, en produisant des mélanges contenant 93 % d’uranium 238 , et 7% de plutonium. La France exporte ce combustible, en particulier au Japon.

L’EPR est un réacteur refroidi à l’eau (qui donc ralentit les neutrons), mais il est conçu pour fonctionner avec 100 % de MOX (MOX pour mixed oxydes, c’est à dire un mélange d’oxydes d’uranium 238 et de plutonium 239).

EPR

Les actuels réacteurs à eau pressurisée (ou à eau bouillante, comme ceux des Japonais et des Américains) ne peuvent fonctionner avec 100 % de combustible MOX. En France, comme au Japon, la moitié des réacteurs fonctionnent avec un chargement du coeur comprenant par moitié du combustible uranium, et par moitié du MOX, donc du combustible au plutonium.

Pour qui sait voir, lire et entendre, l’EPR n’est là que pour assurer la transition vers ce déploiement des surgénérateurs au sodium, rebaptisés “réacteurs de IVème génération” et dont ASTRID est le prototype, des réacteurs où le pourcentage de plutonium sera monté à 20%.

Dites-vous bien une chose : Je ne suis pas sûr que des gens comme François Hollande, ou Geneviève Fioraso, sa ministre de la recherche et des universités sauraient expliquer au contribuable ce que je viens de décrire ici. Mais, quand on est élu, on signe quotidiennement tant de choses, sans même savoir ce que cela implique !

Le contenu des débats et les conclusions publiées par l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technique est téléchargeable sur le site de l’Assemblée Nationale à cette adresse :

http://www.assemblee-nationale.fr/13/cr-oecst/rapport-final-surete-nucleaire-20111215.pdf

. Vous y trouverez cette courbe, qualifiée de “trajectoire raisonnée” en matière de nucléaire. Elle parle d’elle-même. Ainsi cette vingtaine “d’experts”, retraités ou à peu d’années de la retraite, ont tracé le futur des générations à venir. Aucun d’entre eux ne sera, statistiquement parlant, encore vivant quand commencera le déploiement des “générateurs de génération IV”, en … 2060.

Trajec

Notons au passage que cette courbe “raisonnée” se fonde sur l’idée que notre physique n’aura pas changé d’un atome dans les 87 années qui viendront.

Parmi ces exposés, le plus remarquable est celui d’un certain Jean Claude Duplessis, membre de l’Académie des Sciences, 72 ans, président de la Commission Nationale d’Evaluation (CNE), qui produisit une courbe chiffrant la quantité de plutonium qui aura pu être “mise de côté” en 2150 selon les différentes formules retenues : REB, EPR ou RNR.

150 ans

Voilà donc un septuagénaire qui spécule sur les différentes formules du nucléaire français pour les 137 années à venir.

Ce serait drôle si ça n’était pas si tragique.

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ITER : chronique d’une faillite annoncée

Interview de Jean-Pierre Petit, Physicien des plasmas,
ancien directeur de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique français,
par Pierre Bonhomme, journaliste.

Un physicien des plasmas décide de mener son enquête

  • PB : Jean-Pierre Petit, vous avez mis sur votre compte Youtube cinq vidéos1 où vous présentez, avec les talents de vulgarisateur qui sont les vôtres, les principes de fonctionnement d’ITER, en donnant à vos lecteurs la possibilité de se faire leur propre idée sur la question2. Quant à votre conclusion personnelle elle est très négative. Depuis combien de temps vous être vous intéressé à ce sujet ITER, et pourquoi ?
  • JPP : C’est relativement récent, de même que mon intérêt pour le nucléaire en général. Il se trouve que j’habite à 20 km de Cadarache, où se trouve le site d’ITER. Il y a deux choses qui m’ont interpellé. La première a été la catastrophe de Fukushima, et la seconde le triplement du budget d’ITER, en 2011. A ce sujet une délégation du Parlement Européen était descendue à Aix-en-Provence à cette époque pour entendre des explications fournies par ITER-ORGANIZATION. Là, il m’a été assez facile de réaliser que ces parlementaires n’avaient pas la moindre idée de ce qu’était ce projet, et que les discours qui leur étaient servis n’étaient autre que de la simple propagande, qui ne dépassait pas ce qu’on trouvait sur le net : “ le Soleil dans une bouteille, etc…”. J’ai aussi été en contact avec des “anti-nucléaires traditionnels”, suffisamment pour me rendre compte qu’ils ne savaient rien non plus, rien de plus que ce qui était servi au public dans des vidéos. Enfin, subsidiairement, j’ai pu constater que j’étais tout simplement le seul scientifique présent, et même concerné, et qu’en règle générale la communauté scientifique n’avait guère porté d’attention à la question du nucléaire, qu’elle ne connaissait pratiquement pas. Mais j’aurais eu du mal à lui jeter la pierre, vu que jusqu’en 2011 cela avait été aussi mon cas.
  • PB : Vous avez alors voulu en savoir plus ?
  • JPP : Tout à fait, à la fois par curiosité scientifique et parce que ce gonflement délirant du budget d’ITER, véritable ogre, menaçait toute l’activité scientifique française. Je n’étais pas spécialiste des plasmas chauds, thermonucléaires. J’avais simplement une bonne expérience de théoricien et d’expérimentateur dans le domaine de ce qu’on appelle des “plasmas froids”, par opposition au plasmas thermonucléaires qui sont à des centaines de millions de degrés.
  • PB : Qu’appelle-t-on “ un plasma froid “ ?
  • JPP : Tout type de plasma qui n’est pas le siège potentiel de réactions thermonucléaires, qui se situent à des températures inférieures, attendu que 100 millions de degrés, c’est la température minimale pour obtenu une réaction de fusion, en l’occurrence celle d’un mélange de deux isotope de l’hydrogène, le deutérium et le tritium. Un tube fluorescent en fonctionnement contient un “plasma froid”. Mais la couronne solaire, qui est à un million de degrés, est aussi “un plasma froid”. Personnellement j’ai mené des recherches en utilisant une sorte de générateur de gaz chaud qui crachait de l’argon à 10.000° Mais c’était encore un “plasma froid”. Ces connaissances que j’avais m’ont permis en dix huit mois d’assimiler tout ce qui avait trait aux plasmas de fusion, de manière très approfondie.

La loi du silence dans le monde scientifique

  • PB : Comment avez-vous acquis ces connaissances ? En autodidacte ?
  • JPP : Pas exactement. J’ai été très efficacement guidé et aidé par des spécialistes des plasmas chauds, travaillant au CNRS.
  • PB : Qui, par exemple ?
  • JPP : Je me suis engagé à ne citer aucun nom. En effet, dans la communauté scientifique française, tout chercheur qui formulerait un avis défavorable vis à vis de projets comme ITER ou Megajoule le payerait immédiatement très cher.
  • PB : Très cher, comment ?
  • JPP : Suppression de crédits, difficulté ou même impossibilité d’obtenir des postes, des bourses de thèse, des crédits de mission, mutation, etc. Tout l’attirail de ce qui peut être utilisé pour réprimer efficacement un chercheur. En France le lobby nucléaire est extrêmement puissant, et fait sa loi dans le monde de la recherche.
  • PB : Donc vous avez pris des engagements de confidentialité.
  • JPP : Ce qui a permis une collaboration étroite et très intense pendant 18 mois. Ces gens avaient, de toute façon, une idée personnelle très négative du projet ITER et m’ont très efficacement aidé à éclairer le public, ce qui s’est traduit par ces cinq vidéos mises en ligne sur Youtube.
  • PB : Pouvez-vous nous résumer, si possible de manière accessible, ce qui a émergé de cette étude ?

Iter protégé par sa complexité

  • JPP : ITER a été protégé par sa complexité, dès le départ. Ces machines, les tokamaks (et ITER est un tokamak géant), fonctionnant avec des plasmas chauds, sont extrêmement complexes, à la fois au plan de l’ingénierie et au plan scientifique. J’ai fait de mon mieux pour en exposer les principes et les difficultés afférentes dans ces cinq vidéos. Cela représente 2 heures d’écoute. Dans cet ensemble, tout y est : je pense qu’on ne peut pas exposer ITER en dix minutes. Tous les internautes qui ont fait l’effort de suivre ces 5 vidéos du début jusqu’à la fin en ont retiré une compréhension complète et pertinente, non superficielle de la machine et de ses défauts.
  • PB : Cette machine est-elle dangereuse ?
  • JPP : En s’axant sur la dangerosité, les écologistes ont fait fausse route. Il y a effectivement un problème avec la manipulation du tritium, qui est un isotope de l’hydrogène, qui se décompose en 12,5 ans. Cet hydrogène peut prendre la place de l’hydrogène ordinaire dans n’importe quelle structure biologique et créer des désordres dans l’architecture des êtres vivants, par décomposition radioactive. C’est un fait.

Le plus fantastique gâchis scientifique de tous les temps.

  • JPP : Mais là n’est pas le danger majeur d’ITER.
  • PB : Quel est-il ?
  • JPP : Ce danger est que cette machine ne marchera pas, ne donnera jamais ce qu’on attend d’elle. Elle sera le plus fantastique gâchis scientifique de tous les temps, laissant derrière lui celui des célèbres avions renifleurs de notre président Giscard d’Estaing. C’est un tokamak géant, et les tokamaks sont des machines foncièrement instables. Les instabilités les plus dommageables s’appellent des disruptions. Dès 2011, quand j’ai commencé à me plonger dans ce dossier j’ai étudié la thèse d’un jeune chercheur nommé Cédric Reux, soutenue au CEA en 2010. Celle-ci ne relève pas du secret défense et on peut se la procurer sans problème. J’ai trouvé ce document de départ si important que j’ai fait en sorte qu’il soit téléchargeable à partir de mon propre site :

http://www.jp-petit.org/NUCLEAIRE/ITER/These_Cedric_Reux.pdf

  • PB : Vous recommanderiez donc à nos lecteurs de télécharger ce document et de se plonger dedans ?

  • JPP : Je n’ai jamais dit cela ! Mais, qu’il s’agisse de l’introduction ou des conclusions, s’il le télécharge, il pourra lire, par exemple dans le Résumé de la thèse, au tout début :

Les disruptions des plasmas de tokamak sont des phénomènes menant à la perte totale du confinement du plasma en quelques millisecondes. Elles peuvent provoquer des dégâts considérables sur les structures des machines, par des dépôts thermiques localisés, des forces de Laplace dans les structures et par la génération d’électrons de haute énergie dits découplés pouvant perforer les éléments internes. Leur évitement n’étant pas toujours possible, il apparaît nécessaire d’amoindrir leur conséquences, tout spécialement pour les futurs tokamaks dont la densité de puissance sera un de à deux ordres de grandeurs plus importante quand dans les machines actuelles.

Les colères d’ITER : les disruptions.

  • PB : Que sont ces disruptions ?

  • JPP : Avant que je n’emploie ce mot le public, et les politiques, en ignoraient totalement l’existence. En peu de mot, on vous a dit pendant des années et même des décennies « qu’ITER, c’était le soleil dans une bouteille ». Le Soleil est « une machine à créer de l’énergie par fusion ». Mais le Soleil est périodiquement le siège d’éruptions solaires d’une puissance phénoménale.

  • PB : Et-ce qu’on peut comparer ces deux milieux ?

  • JPP : Tout à fait. Une machine à fusion comme ITER, si elle fonctionnait, produirait des dizaines de mégawatts d’énergie par mètre carré de sa surface, sous forme radiative, comme le Soleil. Et c’est aussi l’ordre de grandeur de ce que produit le Soleil. Si on fournissait aux hommes assez de matériel pour enfermer le Soleil dans une enceinte, en évacuant à l’aide de pompes de taille … astronomique l’énergie dégagée, la chose serait au moins conceptuellement envisageable, sauf ….

  • PB : Sauf ?

  • JPP : Sauf si une éruption solaire se produisait. Alors toute l’installation serait immédiatement démolie, volatilisée. Les disruptions sont l’équivalent complet des éruptions solaires, dans les tokamaks. Ce n’est pas moi qui suis l’auteur de cette analogie. Elle est indiquée dans le rapport de 2007 publié par l’Académie des Science, sous l’égide de Guy Laval, membre de l’Académie des Sciences de Paris. Cette étude est consacrée à l’examen de la faisabilité de production d’énergie par fusion. Dans un machine comme ITER on a calculé qu’une disruption atteindrait une intensité (je parle d’un flux d’électrons) de 11 millions d’ampères. Cela figure dans les documents officiels d’ITER ORGANIZATION. Mais ce n’est pas le pire. Ces électrons sont relativistes, se trouvent accélérés à une vitesse proche de la vitesse de la lumière, exactement comme les jets de plasma émanant du Soleil.

  • PB : Pourquoi cette accélération ?

  • JPP : La surface du Soleil est à 6000°. Or les éruptions solaires, ces « disruptions solaires », fonctionnent comme des accélérateurs de particules naturels, qui accélèrent les particules à des vitesses relativistes. C’est tout simplement ce mécanisme qui permet au Soleil de porter sa couronne solaire, l’atmosphère de plasma qui l’environne, à un million de degrés, c’est à dire à une température 200 fois supérieure à celle de sa propre surface.

  • PB : Et dans les disruptions ?

  • JPP : Il se produit le même phénomène. Ces électrons relativistes endommageront la « première paroi », pourront la transpercer.

  • PB : On ne peut les éviter ?

  • JPP : Non. Le mécanisme exact qui leur donne naissance n’est pas connu. Il y autant de gens qui pensent qu’elles trouvent leur origine au cœur du plasma, que de gens qui pensent que ce sont des phénomènes superficiels qui en sont la cause. Ce phénomène est extrêmement brutal : il se développe en un millième de seconde.

  • PB : Est-ce qu’il y a une solution ?

  • JPP : Primo, cette rapidité exclut d’avoir le temps de mettre en œuvre quoi que ce soit à temps. Secundo la solution préconisée est celle du « pompier ». Elle consiste à inonder la chambre de gaz froid. On appelle cela une tentative de « mitigation  du plasma », par analogie avec les « mitigeurs » de nos salles de bain qui permettent de tiédir de l’eau brûlante en la mélangeant avec de l’eau froide. Mais cela ne fonctionne pas. C’est avéré. Le phénomène du confinement magnétique se retourne contre « les pompiers ». En effet, si ce champ magnétique a pour fonction d’empêcher le plasma de s’évader, il empêche également le flux de gaz froid injecté (de l’argon ou de l’hélium, qui s’ionise immédiatement) de pénétrer ! On alors envisagé de tirer des glaçons, solides, d’une taille millimétriques. Mais, pour une raison qu’on ne comprend pas, ceux-ci accroissent l’instabilité en créant «  des électrons relativistes ».

Un projet sous le signe de l’empirisme le plus complet.

  • PB : A vous entendre il semble que l’on soit dans l’empirisme le plus complet, Ce que vous nous dites, c’est que ces phénomènes ne sont pas du tout maîtrisés par les théoriciens.

  • JPP : Absolument. En donnant écho à la thèse de Cédric Reux, en 2011, j’ai levé le lièvre. Pour le CEA, ce qui a été grave, c’est que je l’ai fait à travers un document d’une vingtaine de pages, intitulé «  ITER, chronique d’une faillite annoncée » que la députée Michèle Rivasi a diffusé au sein de la commission du budget du Parlement Européen.

  • PB : Comment le CEA a-t-il réagi ?

  • JPP : Le service juridique du CEA a d’abord « piloté » le jeune Cédric Reux en lui faisant écrire une lettre où il m’accusait d’avoir détourné des parties de sa thèse. J’ai aussitôt répliqué en mettant en ligne dans mon site un texte où ce citais cette fois 170 phrases de cette même thèse ! Entre temps j’avais trouvé la thèse d’un Anglais nommé Andrew Thorton, soutenue en 2011, qui disait exactement les mêmes choses. Michèle Rivasi a proposé à Cédric Reux de débattre, face à moi, dans un bureau de l’Assemblée Nationale. Le pauvre garçon a aussitôt souhaité être « assisté » par Bernard Bigot, Administrateur Général du CEA, lequel comptait amener avec lui l’actuel directeur de l’Institut de recherche sur la Fusion Magnétique (IRFM), sis à Cadarache, un certain Bécoulet. Sur ce nous avons exigé que ce débat soit filmé et rendu public.

  • PB : Et alors ?

  • JPP : Madame Rivasi et moi, nous nous sommes retrouvés seuls. Le CEA a déclaré forfait, parce que la rencontre aurait été filmée et aussitôt diffusée sur le net et qu’elle risquait de se solder par la déroute des partisans d’ITER. Mais des « anonymes » de la maison ont installé sur le site du CEA un texte, en Français et en Anglais, de 10 pages, réfutant mes arguments3.

  • PB : Qui avait écrit ce texte ?

  • JPP : On n’a jamais pu le savoir. Questionné, le CEA a répondu qu’il s’agissait de gens qui ne tenaient pas à communiquer leurs noms. Je n’ai, quant à moi, pas pu obtenir de droit de réponse pour démonter à mon tour un texte qui est un tissu d’âneries. Les « experts » du CEA et de l’IRFM continuent fai9re des conférences, mais leurs discours ne sont que de la propagande, pas de la science, ni même simplement de la technique. Ils le font parce que jusqu’ici il ne s’était trouvé personne pour les battre sur leur propre terrain.

Cela ne se produira pas.

  • JPP : Je fais par exemple référence à une conférence donnée par Jérôme Pamela, de Cadarache, le directeur de l’agence ITER-France, un des principaux responsables du projet ITER. Quand on évoque devant lui la question des disruptions, il répond … que cela ne se produira pas. Ce qu’on appelle une « disruption majeure » est en effet si dommageable qu’elle mettrait aussitôt la machine hors service, très probablement définitivement.

  • PB : Mais, une machine, ça se répare ?

  • JPP : Il existe sur le site du CEA une vidéo, une animation, qui montre comment seront assemblées les principaux composants de la machine, avec une précision extrême. Un système robotisé positionne des pièces d’une masse impressionnante. Les éléments du bobinage supraconducteur, par exemple, pèsent le poids d’un Boeing 747. On n’a jamais construit, à ce jour, d’éléments supraconducteurs aussi grands.

  • PB : Ce sont ces immenses bobinages supraconducteurs, baignant dans de l’hélium liquide, à une température proche du zéro absolu, qui créeront le champ magnétique censé assurer le confinement magnétique. C’est la fameuse « bouteille magnétique » ?

  • JPP : Exactement.

  • PB : Mais c’est la technologie standard de toutes les machines à fusion ?

  • JPP : Certes, mais à chaque fois qu’on change d’échelle, des problèmes surviennent. Par exemple, Tore Supra, machine française, a été le premier tokamak doté d’enroulements supraconducteurs d’un diamètre important, de l’ordre du mètre. La particularité des enroulements supraconducteurs est qu’ils sont tout d’une pièce. Si l’un d’eux claque, et c’est immédiatement arrivé au premier essai de Tore Supra, il faut tout démonter. Ca a arrêté la machine pendant plus d’une année. Lorsque Jérôme Pamela est venu donner une conférence à Aix en Provence, à l’Ecole des Arts et Métiers, au printemps 2013 je lui ai demandé ce qui était prévu si d’aventure une des bobines d’ITER claquait, ce qui n’est pas inenvisageable (et même fort probable) quand on opère un tel changement d’échelle. Or, si vous avez regardé la vidéo, vous aurez vu qu’ITER est simplement indémontable, d’autant plus que, très vite, à cause de la radioactivité, ces opérations devraient être faites de manière robotisée.

  • PB : Et quelle a été sa réponse ?

  • JPP : Il a seulement dit. que ça n’arrivera pas.

  • PB : C’est donc le type de réponse qu’ITER ORGANIZATION fournit ?

  • JPP : Dans tous les domaines. Encore faut-il pouvoir avoir l’opportunité de poser ces questions. Lors de cette conférence, je n’ai pu poser que ces deux-là. Après, le « meneur de jeu » m’a dit « qu’il fallait laisser la parole aux autres ».

La mafia du nucléaire français.

  • PB : Donc, résumons. On pourrait dire, par curiosité d’intellectuel et de scientifique vous décidez de mettre le nez dans le dossier ITER. Et vous découvrez un projet qui, selon vos conclusions, et celles, dites vous, d’autres scientifiques français qui préfèrent rester à couvert, qui ne tient pas debout, ni scientifiquement, ni techniquement.

  • JPP : C’est exactement ça. Les projets français, en matière de nucléaire, sont initiés et gérés par des gens que je qualifierais d’irresponsables. Des gens qui ne tiennent nullement à affronter la critique, lors de débats publics.

  • PB : On dirait … que vous leur faites peur !

  • JPP : Personnellement, je serais prêt à débattre n’importe où, n’importe quand. Je possède maintenant ce dossier sur le bout des doigts, après avoir lu 1500 pages de thèses, d’articles, de rapports, et avoir aussi été beaucoup éclairé par des spécialistes, bâillonnés par leurs institutions. Mais ITER, qui n’a jamais fait l’objet d’un audit scientifique international en bonne et due forme et ne possède pas de responsable scientifique désigné, n’est qu’une facette de cette irresponsabilité du nucléaire, qui est généralisée.

A la première disruption majeure, la machine sera endommagée et irréparable.

  • Je fais peur à ces gens, parce que je leur oppose leurs propres études et leurs propres résultats, que je sais, moi, lire et décoder. Je vais vous donner un exemple. Quand les grandes colloques internationaux sur la physique des plasmas, comme celui qui s’est tenu début octobre au prestigieux PPPL (Plasma Physics Princeton Laboratory) le laboratoire de Princeton, New Jersey, USA, le plus grand laboratoire de physique des plasmas su monde. Richard Pitts est le responsable du groupe chargé, dans le département science d’ITER, des question concernant l’interaction entre le plasma et la paroi. Ce sont évidemment des questions cruciales. Ci-après vous trouverez une planche correspondant à sa présentation récente :

ITER-1-graph1

  • PB : Il faut être un spécialiste pour comprendre ce que contient ce tableau.

  • JPP : Ca n’est pas si difficile que cela en a l’air. Colonne de gauche, la valeur du courant plasma Ip », ce qui circule dans le plasma lorsque ITER sera en fonctionnement normal, c’est à dire 15 millions d’ampères. Le « mode » correspond à une configuration magnétique. L pour « Low confinement », confinement magnétique faible, H pour High confinement, confinement magnétique élevé. L’appareil ne pourra fonctionner qu’en mode « H ». La colonne suivante indique la puissance injectée, en mégawatts, qui correspond encore à un fonctionnement « nominal ». Colonne suivante la quantité d’énergie stockée dans le plasma, en mégajoules. Colonne suivante : la quantité d’énergie qui serait convertie en disruption. En haut, W est le signe du tungstène dans la table de Mendeleïev. On ne connaît pas de matériau ayant un point de fusion plus élevé (3000°). Il est donc prévu de protéger avec ce métal les parties les plus exposées de la machine, qui se situent en bas, dans ce qu’on appelle le « divertor ». La phrase « W melts at e  50 »   signifie que quand le paramètre e atteint une valeur de 50, le tungstène fond, se vaporise. Regardez maintenant la dernière colonne, à droite, qui donne l’évaluation de ce paramètre e et les chiffres en rouge. La dernière ligne se réfère à un fonctionnement « actif », où de l’énergie par fusion du D-T, du mélange deutérium-tritium est opéré. On voit que la « fourchette » de valeur se situe entre 105 et 1984. C’est en rouge, c’est à dire que c’est d’emblée supérieur à ce qui serait supportable. En bas, la conclusion de Pitts : « Les disruptions majeures qui ne seront pas atténuées feront fondre le tungstène ».

  • PB : Et cela signifie ?

  • JPP : On ne sait pas actuellement « atténuer » ces disruptions (le geste du « pompier », évoqué plus haut). Si la couverture de tungstène fond « modérément », de la vapeur métallique se redépose n’importe où et flanque en particulier tout le coûteux dispositif de pompage de la machine en l’air. Si cette fusion est importante, la section correspondante du divertor peut être gravement endommagée. Sa réparation prendra au mieux des mois ou sera, au pire s’avérera impossible.

  • PB : Et quelle est l’attitude des gens d’ITER face à de telles conclusions ?

  • JPP : Le discours reste inchangé. C’est comme pour un disfonctionnement d’une des bobines supraconductrice, évoqué plus haut : « comme un tel accident est impossible à envisager, ça n’arrivera tout simplement pas ».

  • PB : Comment ?

  • JPP : Ca, ça n’est pas dit dans la chanson, mais je viens de commenter un des tous derniers documents, présenté dans un grand colloque international, émanant des gens d’ITER. Face à des collègues étrangers qui connaissent bien la question, les gens d’ITER ne peuvent évidemment pas truquer leurs chiffres, présenter des valeurs inférieures.

  • PB : Ces disruptions sont des phénomènes qui apparaissent dans les tokamaks géants ?

  • JPP : Pas du tout. Ils apparaissent dans n’importe quel tokamak, quel que soit sa taille et on connait le phénomène depuis des dizaines d’années. Cela fait des dizaines d’années que ces « impacts de foudre thermonucléaire » endommagent des parois, volatilisent des revêtements. Tous les spécialistes savaient qu’en accroissant la taille de la machine, ces impacts atteindraient des puissances beaucoup plus importantes. C’est écrit noir sur blanc dans les thèses de Cédric Reux et d’Andrew Thornton.

Comment le projet ITER a-t-il été lancé et pourquoi.

  • PB : Mais on a quand même lancé le projet ITER.

  • JPP : Sans que des problèmes cruciaux ne soient maîtrisés, technologiquement, ou même scientifiquement. Ce phénomène a une signification physique simple, et vous comprendrez au passage l’analogie avec l’éruption solaire. Le Soleil produit de l’énergie en son centre, et en l’absence d’éruptions, cette énergie monte lentement vers la surface de l’astre. Sous la surface du Soleil se trouve une « couche convective », qui traduit un bouillonnement. C’est ce qui se traduit par cette surface porteuse de « grains de riz » (chacun ayant la surface de la France). Chacun de ces « grains de riz » marque l’aboutissement d’une colonne ascendante de plasma chaud. L’éruption solaire est une façon plus brutale, plus expéditive de transporter l’énergie vers l’extérieur. De même, la disruption expédie brutalement le contenu énergétique du plasma vers l’extérieur.

  • PB : on a lancé le projet en s’imaginant qu’on pourrait, chemin faisant, résoudre ce problème.

  • JPP : Des problèmes, il y en a beaucoup d’autres, même si celui-là était résolu. On ignore si la première paroi, en béryllium, résistera au flux de neutrons. Au départ il avait été envisagé de tapisser l’intérieur de la chambre de tuiles de carbone, analogues à celles dont on tapisse les ailes et le fuselage de la navette spatiale. Mais les expériences menées sur Tore Supra ont montré que ces tuiles absorbaient l’hydrogène comme des éponges. Et comme à terme cet hydrogène contiendrait par moitié du tritium, elles deviendraient radioactives ! De plus ce carbone est abrasé par le plasma. Des atomes de carbone envahissent la chambre en se combinant à l’hydrogène en donnant des carbures, également radioactifs, susceptible de se déposer partout. On a donc abandonné le carbone.

  • PB : Tout ceci n’avait pas été envisagé ?

  • JPP : Non.

  • PB : On ne peut pas lancer un projet industriel avec de tels aléas.

  • JPP : ITER n’est pas un projet industriel. C’est un projet politique, né dans la tête de deux grands physiciens qui se sont rencontrés en 1985 à Genève : Ronald Reagan et Michaïl Gorbatchev. En cette époque de dégel, ils ont recherché un projet nucléaire « pacifique « . Ils ont alors demandé aux scientifiques si ceux-ci avaient quelque chose qui pourrait faire l’affaire, et ceux-ci leur ont « vendu » le tokamak, qui n’a jamais été et ne sera jamais qu’une machine de recherche. Pour les spécialistes réellement honnêtes le maquillage de cet instrument de recherche en futur générateur d’électricité fut une aberration. Il arrive et il arrivera ce que tous les opposants avaient prévu et décrit.

  • PB : Pour le moment l’addition se monte à 30 milliards d’euros.

Le nucléaire : un festival de gâchis.

  • JPP : Avec ITER on ne fera que gâcher des dizaines de milliards d’euros. Même chose avec Megajoule, qui est un dossier que je connais aussi sur le bout des doigts. Comme le NIF américain ( National Ignition Facility, son équivalent outre Atlantique) est un échec patent, après la campagne d’essais de 2010-212 la logique voudrait de mettre immédiatement en stand by le projet français Megajoule (174 lasers contre 192 pour l’installation américaine). Le New York Times, en 2012, avait même rebaptisé l’installation californienne le NAIF (National Almost Ignition Facility : l’installation nationale où la fusion sera « presque » réalisée). On économiserait ainsi les 17 milliards d’euros de sa construction, ce qui correspond à la somme correspondant aux récentes augmentations d’impôts opérées par François Hollande. Mais cela ne se fera pas. L’activité de nos nucléocrates échappe à tout contrôle parlementaire ou politique.

Quand Superphénix renaît de ses cendres

  • JPP : Notons qu’en signant l’autorisation de construction du réacteur expérimental ASTRID, Hollande permet à nos nucléopathes de démarrer un projet suicidaire, en reprenant un projet de surgénérateur à neutrons rapides, refroidi au sodium. Et aucune revue de vulgarisation scientifique, aucune presse n’a signalé cela.

  • PB : Superphénix n’était-il pas basé sur cette même technologie ?

  • JPP : Exactement. Et vous savez qu’on ne parvient même pas à le démanteler, à extraire les 5000 tonnes de sodium radioactif qu’il contient, par exemple. Ce qu’il y a derrière tout cela est un projet sur du long terme, qui est de la démence pure et simple, projet dont les députés Bataille et Vido assurent la promotion, avec la complicité du CNRS. La France récupère les déchets que lui envoient les pays étrangers, pour les « retraiter » dans son usine de la Hague. En fait celle-ci permet de récupérer le plutonium. Le but est d’arriver à un stock de 3000 tonnes (la France en est presque au tiers) pour entreprendre le déploiement de surgénérateurs à neutrons rapides, rebaptisés « réacteurs de IV° génération ». Alors, dans ces surgénérateurs, on pourra utiliser les 300.000 tonnes du stock d’uranium 238, non fissile, qu’on possède, résidu d’un demi siècle d’enrichissement isotopique. Et la France deviendrait indépendante au plan énergétique pour les … siècles à venir. Ce déploiement (voir les discours des députés Bataille et Vido) devrait nous occuper jusqu’à la fin du siècle. Mais ces réacteurs sont hyper dangereux. C’est carrément du suicide. Je passe sur le fait qu’on est incapable de gérer les déchets, à la fois ceux-là et ceux du nucléaire en général.

  • PB : Encore une fois, on se lance dans une technologie non maîtrisée.

  • JPP : Et c’est en ayant fait le tour de tout ce panorama du nucléaire que j’adhère à vos conclusions. Il faut tout arrêter, pendant qu’il en est encore temps.

Que faire ?

  • PB : Alors, quelles solutions préconisez-vous en matière de production d’énergie pour le futur ?

  • JPP : Il existe tout un éventail de solutions, de tous ordres. On maîtrise aussi de longue date des techniques de transport de l’énergie électrique, sur de grandes distances, par courant continu haute tension. C’est même comme cela que les Français arrivent à revendre une partie du courant produit à Gravelines, dans le Pas de Calais, aux Anglais, par une ligne de 70 kilomètres qui traverse la Manche en diagonale. Avec un tel système l’énergie géothermique Islandaise serait par exemple à portée de pays comme l’Angleterre (3% de perte par mille kilomètres). Tout cela couterait de l’argent, impliquerait de profonds changements dans le paysage politique, économique et simplement dans le paysage lui-même. L’abandon du nucléaire est particulièrement urgent au Japon, qui possède encore nombre d’installations côtières à la merci d’un autre Tsunami. Vous savez que nous sommes en France passé à un cheveu d’une telle catastrophe lors de la tempête qui a atteint le site du Blayais, en Gironde, en 1999, qui était au ras de l’eau. Il ne s’agissait cette fois pas d’un Tsunami mais d’une bête tempête qui, en noyant l’un des deux groupes électrogènes de secours, a bien failli créer un Fukushima-bis en France, si le second groupe, également installé en sous-sol, avait été noyé. Alors les cœurs des réacteurs auraient cessé d’être refroidis. L’eau se serait évaporée, le cœurs auraient fondu. Nous avons aussi, dans le Pas de Calais un site situé aussi au ras des flots, le site de Gravelines.

  • PB : Vous pensez à un Tsunami ?

  • JPP : Un coup d’œil à l’histoire nous montre qu’en 1580 un séisme dont la magnitude à été évaluée entre 5,3 et 6,9 a frappé cette région et que son épicentre était pile sur Gravelines. Mais les nucléocrates répondront aussitôt « qu’il n’y a pas de risque zéro.

  • PB : De même que les Japonais n’avaient pas prévu à Fukushima que survienne un Tsunami d’une telle ampleur. Oubli du « principe de précaution ».

La différence entre les différents risques et les risques de nature nucléaire est qu’on ne peut pas envisager l’existence même d’un tel risque, dans la mesure où ses conséquences s’étendent immédiatement sur des laps de temps très importants, qui se chiffrent en dizaines de milliers d’années, voire plus, et où les dommages environnementaux peuvent affecter la planète entière. Dans le cas de l’enfouissement des déchets, il s’agit là encore d’une technologie non maîtrisée. Nous pourrions, en optant pour une telle formule, rendre à terme inhabitable des régions entières. Mais les ministres de Hollande, dès leur prise de fonction, ont immédiatement annoncé la couleur. Je vous ai dit que Hollande avait délivré aussitôt l’autorisation de construction du surgénérateur Astrid. Geneviève Fioraso, son ministre de la recherche et des université a déclaré, en inaugurant ITER , a déclaré avec emphase : « Nous serions fous de passer à côté de cette opportunité qu’est ITER, grâce auquel nous allons nous lancer à la conquête du soleil ». Quant à son ministre de l’écologie, Delphine Batho, après être descendue en février 2013 au fond de l’installation pilote de Bure, elle a déclaré « que l’enfouissement était la meilleure solution ». Tout cela respire l’incompétence et l’irresponsabilité.

  • PB : Revenons à ma question concernant les solutions de rechange.

  • JPP : Si les Japonais me posaient cette question, je leur répondrais que leur île comporte 70 % de terres inhabitées, constituées par des régions accidentées, de … montagnes. En équipant un infime partie des flancs exposés au soleil, et en implantant des installations éoliennes ils pourraient largement subvenir à leurs besoin.

  • PB : Est-ce que ça a été envisagé ?

  • JPP : Les solutions alternatives sont combattues, partout. Primo parce que le nucléaire est une source de profit pour des groupes puissants. Secundo parce que personne ne veut dépenser d’argent. Le dénominateur commun de tout ce qui a été entrepris par TEPCO à Fukushima est le souci de dépenser le moins d’argent possible.

Conclusion : en l’état, j’adhère au manifeste de l’Appel de Genève II

  • PB : En Résumé, vous êtes catégoriquement contre le nucléaire, sous toutes ses formes.

  • JPP : Contre ce nucléaire-là. Depuis 2005 des expériences menées au laboratoire Sandia, aux Etats Unis, ont permis d’obtenir des températures de 3,7 milliards de degrés. Beaucoup plus sans doute aujourd’hui, dans ce qu’on appelle les Z-machines. Des installations analogues sont en construction dans différents pays, en Russie, Chine.

  • PB : Evidemment pas en France ?

  • JPP : En France les gens du CEA n’en connaissent pas le fonctionnement. Ce sont des compresseurs MHD fonctionnant de manière impulsionnelle.

  • PB : Est-ce que cette température, d’emblée vingt fois supérieure à celle visée dans ITER change la donne ?

  • JPP : Elle rend possible de recourir à une réaction Bore11 + Hydrogène 1, non neutronique.

  • PB : Qu’entendez-vous par « non-neutronique » ?

  • JPP : La réaction deutérium-tritium donne un noyau d’hélium et un neutron. C’est ce neutron qui constitue tout le problème. En se logeant dans les structures de la machine, il les fragilise et les rend radioactives, par transmutations. Il rend ces matériaux « actifs ». La réaction Bore-hydrogène ne produit pas de neutrons, ou extrêmement peu.

  • PB : Mais comment extraire cette énergie, la convertir en électricité ?

  • JPP : Par « conversion MHD « directe », avec un rendement de 70 %. Ca a été fait dès les années cinquante, essentiellement en Russie. Une installation du type Z-machine aurait un coût cent à deux cent fois inférieur à celui d’ITER et ne présenterait rien de problématique, aucun danger, aucune retombée environnementale potentielle.

  • PB : Mais quelle différence avec des machines à fusion comme ITER ?

  • JPP : C’est la différence entre la machine à vapeur et le moteur à combustion interne, où la combustion est opérée de manière impulsionnelle. A ce que je sache, le moteur de votre automobile n’est pas une machine fonctionnant à la vapeur. ITER, même s’il fonctionnait, or ça ne sera pas le cas, serait la machine à vapeur du III° millénaire. C’est comme si on envisageait de créer, en 1900, après avoir vu l’avion d’Ader, une liaison transatlantique avec des avions à vapeur.

Mais l’illogisme de la politique nucléaire à l’échelle internationale ne doit pas nous faire oublier la dangerosité foncière, inacceptable, du nucléaire d’aujourd’hui, centré sur la fission, qui implique son abandon immédiat.

3 La “réfutation” publiée par le CEA : http://www-fusion-magnetique.cea.fr/en_savoir_plus/articles/disruptions/analyse_critiquearticle_petit_nexus_vf.pdf. On y lit : “Nous sommes affligés de la légèreté avec laquelle des informations scientifiques publiées dans des revues de renommée internationale, leurs auteurs, mais également les lecteurs de l’article lui-même, y sont manipulés à des fins étrangères à la recherche et aux progrès des connaissances.Par un tel comportement intellectuellement malhonnête, Mr J.P.Petit se disqualifie lui-même ipso facto du débat, qu’ils soit scientifique ou sociétal.

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Réponse des autorités politiques suisses à l’Appel de Genève II

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Graf & Lombardi

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par | septembre 29, 2013 · 5:45

Les enfants de Tchernobyl

« Ce qui nous attend en Europe occidentale, si l’on continue… »
L’Association pour l’Appel de Genève II réédite ci-dessous
un article de Michel Hugot, Ingénieur informaticien,
daté d’octobre 2011, mis à jour le 26 septembre 2013:

Appel à financer les projets de
l’institut  de radioprotection « BELRAD »

Siège social : Résidence « Les Jardins d’Emeraude »
28 bis, rue de la République – 22770 Lancieux.
 http://enfants-tchernobyl-belarus.org

Exposé des motifs :

Deux millions de personnes au moins, dont 500 000 enfants, vivent, en Biélorussie, sur un sol contaminé par l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Toute la chaîne alimentaire est polluée par des éléments radioactifs. Parmi ceux-ci, le Césium 137. Le sol en regorge. Pour les familles peu fortunées, il est (quasiment) impossible de ne pas en ingérer. Les populations des zones les plus contaminées dépendent d’un soutien dérisoire de l’Etat biélorusse et du travail de l’Institut « Belrad », représenté en France par l’association franco-biélorusse Enfants de Tchernobyl Bélarus (ETB), loi 1901, créée le 27 avril 2001. L’Institut indépendant « Belrad » a été créé à Minsk en 1990, avec l’aide de Sakharov et de Karpov, par le Prof. Vassili Nesterenko, un physicien nucléaire du plus haut niveau qui, après l’accident de Tchernobyl, s’est reconverti dans la radioprotection des enfants qui sont les plus gravement touchés par la contamination radioactive. On constate en effet dès la naissance :

– Des malformations
– Une grande fragilité
– Atteinte de tous les systèmes de défense contre les infections
– Maladies cardiovasculaires
– Maladies endocrines dont le diabète sucré grave
– Thyroïdites
– Atteintes neuro-psychiques et oculaires
– Lésions d’autres organes
– Cancers

L’Institut BELRAD utilise un système de mesure de la radioactivité du Cesium 137 incorporé chez chaque enfant et un traitement qui réduit la charge en césium radioactif accumulé dans les organes. Ce traitement, à base de pectine de pomme vitaminée comporte des cures pour les enfants contaminés pendant 3 semaines, les cures devant être répétées de 2 à 4 fois par an pour produire un effet significatif. Cette préparation permet d’éliminer les atomes radioactifs (Cesium, Strontium et dérivés de l’Uranium). Beaucoup de Biélorusses, ayant de faibles revenus, doivent se nourrir d’aliments produits localement, fortement contaminés, et ne peuvent financer les traitements de leurs enfants. Les équipes de l’Institut BELRAD sillonnent les villages biélorusses, en mesurant le taux de Césium 137 chez les enfants et en leur fournissant gratuitement les comprimés de Pectine.

L’institut BELRAD est, avec 430 000 mesures effectuées sur les enfants en vingt ans d’activité, le seul témoin irréfutable de la contamination radioactive toujours présente dans une grande partie du territoire de Biélorussie. Il va à l’encontre de la version rassurante diffusée par les gouvernements et les organismes internationaux sous l’égide de l’OMS et de l’AIEA qui veulent faire croire que « Tchernobyl, c’est fini ». (voir le site d’Independent Who) Loin d’aider l’institut, on s’acharne à le faire disparaître.

Il y a donc deux raisons de défendre l’institut BELRAD, que pratiquement seule l’association Enfants de Tchernobyl Bélarus finance :
1) L’aide humanitaire, qui seule permet, par l’information des familles et l’utilisation des  cures de pectine pour réduire les effets délétères du Cesium137, tout spécialement chez   l ‘ e n f a n t , b i e n p l u s vulnérable que l’adulte.
2) Renforcer le combat pour que la vérité scientifique sur les conséquences sanitaires immédiates et à long terme d’un accident tel que celui de Tchernobyl soit enfin reconnue. BELRAD nous apporte pour cela une quantité de données irremplaçables.

Historique et financements :

A l’origine, le financement de BELRAD reposait sur l’aide du premier gouvernement biélorusse. Les gros donateurs étaient des millionnaires russes, comme Karpov, puis une fondation américaine qui a arrêté son aide à la suite de l’attentat de septembre 2001. D’autres sources, en provenance d’ONG occidentales, ont rapidement diminué.
– L’institut est né quand l’URSS disparaissait : il fallait répondre d’urgence aux immenses dégâts provoqués par la catastrophe de Tchernobyl sur la santé des habitants des zones contaminées et non évacuées de Biélorussie.
– La Fondation France Libertés de Danielle Mitterrand, qui nous avait aidé généreusement les premières années, a cessé toute aide.
– L’institut ne reçoit plus aucune aide d’origine publique depuis 2005.
– L’association Enfants de Tchernobyl Belarus se bat pratiquement seule pour assurer la survie de l’institut BELRAD.

Le contexte actuel :

En réponse à l’appel d’offre européen financé par EuropeAid inspiré par un nouveau programme de l’ONU, l’Institut Belrad a présenté, en avril 2009, un projet de radioprotection incluant les cures de pectine pour les enfants contaminés. Le financement demandé sur 18 mois s’élevait à 60 000 euros. La délégation de l’Union Européenne à Kiev, en charge de l’instruction de ces dossiers, a répondu à l’Institut par une insultante fin de non recevoir : « La thématique de votre projet n’est pas d’actualité ».

Pour comprendre ce refus, il faut savoir que les quatre agences de l’ONU (AIEA, OMS, PNUD, UNICEF) sous l’égide de l’AIEA, ont déclaré le 24 avril 2009 que les territoires affectés par l’accident de 1986 ne sont plus dangereux pour les populations… ce que même le gouvernement français n’ose prétendre en déconseillant formellement aux touristes de se rendre dans le Sud-Est du Bélarus (voir page web du Ministère des affaires étrangères).

Or, trois exemples – pour ne s’en tenir qu’à ceux-ci – en provenance des pays les plus touchés par l’accident, se sont inscrits en faux de cette affirmation, en confirmant l’utilité de la radioprotection des enfants telle que la pratique l’Institut Belrad au Bélarus, en empruntant la même méthode.

D’UKRAINE:

En partenariat avec le Centre de Médecine Radioactive de l’Académie des Sciences d’Ukraine, une ONG alsacienne qui s’occupe des enfants ukrainiens (Les Enfants de Tchernobyl ) a réalisé, en 2008, une étude qui reprenait le protocole de l’Institut Belrad de Nesterenko. Des centaines d’enfants, habitant des villages contaminés du nord de l’Ukraine, ont fait l’objet d’une mesure de la contamination radioactive en césium 137 incorporé dans leur organisme, avant et après leur séjour dans l’Est de la France, mais également avant et après des cures de Vitapect2, un composé de pectine, fabriqué sous licence pour l’Institut Belrad de Minsk. Dans sa dernière édition, la très officielle Revue de l’Académie des Sciences médicales du Ministère de la santé publique d’Ukraine a consacré un article de 9 pages aux résultats obtenus à l’initiative de l’association française. On retiendra de cette publication scientifique 4 informations majeures :

1) Les organismes des enfants qui n’étaient pas nés au moment de l’explosion du réacteur nucléaire contiennent du césium 137.
2) Les enfants sont contaminés par le biais de la chaîne alimentaire.
3) Un séjour de 3 semaines en France permet de réduire de 30% en moyenne la   c o n t a m i n a t i o n
interne en césium 137 et ne plus subir la contamination externe. Ces résultats sont remarquables et prouvent l’intérêt de ces projets.
4) Une cure de pectine de 3 semaines dans leur école permet de réduire de 50% à 70% la contamination interne en césium 137.

Pour permettre à BELRAD de continuer à soulager les souffrances des milliers d’enfants contaminés par les radiations dues à la catastrophe de Tchernobyl, toutes les aides sont les bienvenues.
Merci.

P.S. : Pour info, en 2011, la France possède 58 réacteurs nucléaires répartis dans 19 centrales.
         Tchernobyl: un seul réacteur, des centaines de milliers de morts, des millions de malades !

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Stratégie de l’APAG 2

Comme chacun l’aura remarqué, les signataires de l’Appel de Genève 2 relèvent de plusieurs nationalités. De fait, l’Appel de Genève 2 ne s’adresse pas qu’à la Suisse ni qu’aux Suisses.

Ce n’est pas là l’effet du hasard, mais de notre conscience du caractère international de l’extrême dangerosité de l’industrie nucléaire et de notre intention de nous adresser successivement aux autorités politiques des divers Etats nucléarisés.

Pour l’instant, l’Appel de Genève n’est officiellement diffusé qu’en français, mais il le sera prochainement aussi en allemand et en italien, donc dans les trois langues officielles de la Suisse, ainsi qu’en anglais, en attendant de l’être en d’autres idiomes.

La vitesse avec laquelle seront franchies ces étapes dépendra de l’ampleur du mouvement. L’Appel de Genève 2 s’adresse aux citoyens des Etats nucléarisés, de toutes les orientations politiques, sans exclusive aucune. C’est dire que nous comptons sur votre engagement en faveur d’un avenir sans nucléaire.

Ivo Rens

 

 

 

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Lettre au Conseil fédéral

A Monsieur Ueli Maurer,
Président de la Confédération
Au Conseil fédéral de la
Confédération suisse

Palais fédéral
3003 Berne

Genève, ce 14 septembre 2013

Concerne : Sortie du nucléaire.

Monsieur le Président de la Confédération,
Mesdames les Conseillères fédérales,
Messieurs les Conseillers fédéraux,

Survenu après une suite d’accidents de centrales nucléaires de gravité croissante (Lucens en 1969, Three Mile Island en 1979 et Tchernobyl en 1986, pour ne citer que les plus connus), l’accident de Fukushima, désastre hors normes, toujours en cours, démontre que tant que notre pays n’aura pas renoncé à ses centrales nucléaires, les Suisses continueront d’être à la merci d’un accident ou d’un attentat nucléaires.

Il en résulte que l’industrie nucléaire est incompatible avec la sécurité et la sûreté radiologiques qui conditionnent l’habitabilité de notre pays, comme de tout autre. En cas d’accident ou d’attentat majeurs sur une de nos centrales, accident ou attentat qui comporteraient la nécessité d’évacuer une ou plusieurs de nos villes sous le vent, comment procéderait-on ?

Le stratégie du Conseil fédéral visant à faire sortir la Suisse du nucléaire est assurément une décision positive, sauf en ce qui concerne son étalement dans le temps qui laisserait subsister pendant plus de vingt ans la menace existante sur la sécurité et la sûreté radiologiques de la population de notre pays.

Pour être conséquent, il nous paraît urgent de sortir sans délai du nucléaire pour respecter  l’article 2, alinéa 1, de la Constitution fédérale qui dispose que la Confédération « assure l’indépendance et la sécurité du pays » et pour faire face à nos « responsabilités envers les générations futures » invoquées dans le Préambule de ladite Constitution.

Nous sommes conscients des difficultés et des contraintes inhérentes à une reconversion de notre économie dans l’urgence. Mais ces difficultés et contraintes sont sans commune mesure avec celles qui résulteraient d’un accident ou d’un attentat nucléaires.

A propos d’économie, on sait depuis longtemps que le problème des déchets des centrales nucléaires, qui devraient être maintenus à l’écart de la biosphère pendant des millénaires, n’est pas résolu. Le sera-t-il un jour ? Il est permis d’en douter. Le temps où la Suisse, comme d’autres nations industrialisées, s’en débarrassait dans les fosses océaniques est heureusement révolu. On sait moins que, même en fonctionnement normal, l’industrie nucléaire a pour effet d’ajouter à la radioactivité naturelle une radioactivité artificielle infiniment plus considérable et donc infiniment plus dangereuse que la naturelle, notamment sous la forme de déchets radioactifs. Les coûts cachés de ces “externaIités“, comme ceux du démantèlement, rendent complètement fallacieux tous les arguments relatifs à la prétendue compétitivité de l’énergie nucléaire.

Bien entendu, il nous semble indispensable que la Confédération s’efforce d’obtenir la fermeture des centrales et dépôts nucléaires que les Etats voisins ont installés à proximité de nos frontières. Mais, c’est en montrant l’exemple par sa renonciation immédiate à l’électronucléaire que la Suisse deviendra crédible. Alors que la Suisse va assumer la présidence de l’Organisation pour la paix et la sécurité en Europe (OSCE), notre pays pourrait ainsi ouvrir la voie que l’Europe et le monde devront emprunter tôt ou tard.

Telles sont les raisons qui nous ont conduits à lancer l’Appel de Genève II ci-annexé.

Dans l’espoir que vous voudrez bien nous entendre, nous vous adressons, Monsieur le Président de la Confédération, Mesdames et Messieurs les Conseillers fédéraux, l’assurance de notre haute considération.

Pour l’Appel de Genève II,

Ivo Rens, Professeur honoraire, Université de Genève
RémyPagani, Conseiller administratif, Ancien Maire de Genève
Paul Bonny, Citoyen de Genève

Copie aux Présidents du Conseil national, du Conseil des Etats, du Conseil d’Etat de Genève, du Grand Conseil de Genève et de la Maire de Genève.

APAG 2, Case postale 113, CH-1211 Genève 17.

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