Faut-il craindre le black-out électrique ?

par Erwin Weiss

Source : Contratom, No 145,

Genève, décembre 2021

Notre conseiller fédéral, M. Parmelin (*) a annoncé une pénurie d’électricité vers 2025. Ce n’est pas la première fois qu’on annonce des pénuries d’électricité en Suisse, mais cette fois, cela nous arrange un peu (même si je doute de la réalité de cette prédiction). Nous espérons que cette annonce va enfin pousser la politique et la finance à investir dans les énergies renouvelables.

Pourquoi le Conseil fédéral anticipe-t-il un risque de pénurie ?

Le peuple suisse a décidé de sortir du nucléaire, mais les investissements dans les énergies renouvelables restent très faibles. Actuellement on construit des nouvelles maisons avec seulement quelques panneaux photovoltaïques sur le toit (le minimum prescrit par la loi) plutôt que d’équiper le toit entier. On pourrait tripler ou quadrupler l’équipement à moindre frais. Il faudrait, malheureusement, obliger les gens à faire le maximum par une loi, parce que la volonté individuelle ne suffit pas (liberté??!).

Pour évaluer le risque de pénurie, il faut comprendre un peu le fonctionnement de l’énergie électrique et de son réseau. C’est une énergie de transformation qui n’existe pas dans la nature et qui est difficile à stocker (batteries, pompage-turbinage, etc). De ce fait, il faut toujours produire la même quantité d’électricité que celle qui est consommée. Si vous allumez une lampe, il faut quelque part une machine qui produise l’équivalence de cette consommation; dès que vous éteignez la lampe, il faut réduire la production d’une machine.

La production d’électricité en Suisse se répartit actuellement en gros de la façon suivante: 60 % hydraulique, 30 % nucléaire et le reste photovoltaïque, éoliennes, biogaz, couplage chaleur-force et usines d’incinération. Une partie de cette production est quasiment non-modulable comme les éoliennes, le photovoltaïque, les turbines hydrauliques au fil de l’eau (installation sur des rivières) et les centrales nucléaires (une centrale nucléaire a besoin de plusieurs heures pour démarrer) .

La stratégie énergétique 2050, acceptée par le peuple en 2017, avait prévu de produire plus de 4 TWh (térawattheures) par le photovoltaïque en 2020, mais nous ne sommes même pas arrivé à la moitié ! Pour 2050 nous devrions arriver à 34 TWh, c’est-à-dire 17 fois la production de 2020. Le bilan est encore moins satisfaisant pour les éoliennes et pourtant on a besoin de celles-ci parce qu’elles produisent surtout en hiver, là où l’énergie électrique manque.

Le réseau électrique, le nœud du problème.

Une bonne stabilité du réseau est obtenue par des installations à réaction rapide comme des turbines hydroélectriques, et par une assez grande quantité d’énergie de réserve. Le réseau doit avoir une capacité de production plus grande que la consommation, mais on compte sur le fait que seulement une partie de la consommation est demandée en même temps.

Au niveau du réseau on différencie trois catégories de réglage :

  • primaire = intervention immédiate dès les premières 30 secondes
  • secondaire = intervention en 5 minutes
  • tertiaire = disponible en 15 minutes

Ces trois catégories sont mises sur le marché par les producteurs, et une bourse d’énergie électrique gère ce produit selon les règles du marché libre. Les entreprises de distribution (par exemple SIG) achètent des quantités selon leurs besoins (consommation) au prix minima et, depuis quelques années, si possible certifiées. Cette bourse est internationale, mais doit respecter quelques règles. Ces règles ou accords posent actuellement des problèmes parce qu’ils définissent les entraides entre les différents réseaux et pays. La Suisse échange énormément d’énergie électrique avec ses voisins, environ 50 % de la production journalière, mais la différence entre import et export est seulement de 20 % (amplitude annuelle d’environ +/-10%). Même en hiver nous exportons de l’électricité, bien que le bilan hivernal soit négatif. Nous avons les connaissances nécessaires pour assurer un réseau stable, mais nous n’avons, jusqu’à présent, regardé que le court terme et misé sur les profits financiers de l’échange avec nos voisins (gain de 293 millions de CHF en 2020 avec l’import/export de l’énergie électrique). La stabilité de notre réseau repose donc sur une stratégie économique (profit à court terme), alors qu’elle aurait besoin d’un engagement politique pour soutenir les énergies vertes.

Il faut différencier au niveau du réseau électrique la pénurie et le black-out. Un black-out peut arriver à n’importe quel moment, mais, en Suisse, seulement localement (incendie d’un transformateur, avarie d’une ligne électrique, etc) et pour une courte durée. Le black-out du réseau des CFF le 22 juin 2005 quand tous les trains en Suisse étaient arrêtés pendant 3 à 4 heures était une exception. Une pénurie arrive au moment où la consommation est plus grande que la production alors que les réserves sont déjà utilisées. Cela finit par un black-out.

Pour faire face à ce problème, il y a quatre possibilités :

  • augmenter les réserves de production en investissant dans les énergies renouvelables
  • réduire ou planifier la consommation des grands consommateurs à court terme
  • économiser globalement de l’énergie électrique
  • optimiser autrement l’utilisation des réservoirs de nos grands barrages en priorisant l’énergie à la place de l’économie (profit financier), éventuellement par une subvention de la confédération.

Il faut oublier l’aide de nos voisins parce qu’ils ont les mêmes problèmes.

Que faire à l’avenir pour éviter les difficultés ?

A mon avis, il faut commencer par économiser l’électricité, maintenant, tout de suite.(C’est aussi ce que préconise Christian Brunier, directeur général des SIG, dans une récente interview à la Tribune de Genève (18/11/2021) : il assure qu’il est possible d’économiser 30% de la consommation électrique et ainsi éviter le black-out tout en restant sur le modèle d’énergie dénucléarisée en vigueur dans le canton de Genève).

Pour ce faire, chacun doit y mettre du sien.

Pour avoir une idée de la possibilité d’économie d’électricité personnelle, je vous propose de prendre votre facture d’électricité et de relever votre consommation annuelle en kWh. Pour information, la consommation moyenne d’un ménage de 4 personnes en Suisse est d’environ 5000 kWh/an (3550 kWh/an pour un ménage à 2 personnes), mais cette consommation dépend de l’équipement de base du ménage (chauffage, cuisinière, etc). Pour réduire votre consommation, il faut vous donner un but, par exemple de réduire de 2 % la consommation annuelle. Vous commencerez par faire un inventaire de vos appareils électriques. Beaucoup d’appareils consomment de l’électricité à l’arrêt (stand-by). Ces appareils sont à brancher si possible sur une multiprise avec interrupteur et il ne faut les enclencher qu’en cas de besoin (par exemple un ordinateur ou un téléviseur est utilisé 2 à 4 heures par jour et le reste du temps il est en stand-by ; avec une consommation de seulement 10 Watt en stand-by, cela fait 73 kWh/a = 1.4 % de la consommation moyenne). En plus vous pouvez éliminer certains appareils inutiles en opérant manuellement. Les grands consommateurs dans un ménage sont la cuisinière électrique (le gaz est sur un autre compte), les machines à laver, le lave-vaisselle, le chauffage électrique (aussi les pompes à chaleur) et la somme des multitudes d’écrans. Les téléphones portables consomment peu en direct (il y a plus de 10 millions de téléphones portables en Suisse et cela représente environ 3 % de la consommation électrique), mais ils consomment ailleurs par internet (le Web est un très grand consommateur d’électricité par le nombre d’utilisateur; la transmission des photos et surtout des petits films consomment énormément). Après il y a aussi l’efficacité des appareils, mais sur ce point il ne faut pas oublier l’énergie grise (= besoin d’énergie pour la fabrication).

Le nucléaire n’est pas une solution

Le lobby du nucléaire voudrait profiter de la peur du black-out évoquée par Guy Parmelin pour continuer à exploiter nos centrales nucléaires, toujours aussi peu sûres. Une étude, commandée par la fondation suisse pour l’énergie (SES) à la TH (haute école technique) de Brandenbourg en Allemagne, au sujet la sécurité de la centrale nucléaire de Leibstadt, montre de grandes lacunes dans la gestion de cette centrale (fin août 2021, www.energiestiftung.ch, en allemand). Elle compare les exigences de IAEA  (International Atomic Energy Agency), de  WENRA (Western European Nuclear Regulators Association), les règles de l’art (ou l’état des connaissances) avec les réalités de la centrale. Il en ressort que Leibstadt a énormément de problèmes et que le personnel est mal formé. L’IFSN (Inspection fédérale de sécurité nucléaire) fait quelques remarques, mais elle laisse faire (par exemple le manque de culture de sécurité traîne depuis 2016, alors qu’il revient régulièrement dans les rapports). En plus, il y a des adaptations à faire qui sont laissées de côté parce que trop coûteuses. C’est pourtant la plus jeune centrale nucléaire de la Suisse. Nous continuons d’exploiter nos vieilles centrales nucléaires avec beaucoup de risques et des coûts de production plus élevés que les énergies renouvelables.

On en revient donc toujours au même slogan…

Le nucléaire ne sauvera pas le climat! Il est trop tard pour des nouvelles centrales, il y a trop de risques avec nos vieilles centrales, et le problème des déchets n’est pas résolu.

(*) Le Conseil fédéral composé de sept membres élus par les deux chambres du Parlement suisse est tout à la fois le Gouvernement et le Chef d’Etat de la Confédération suisse. Et M. Parmelin a été élu Président du Conseil fédéral pour l’année 2021.

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Réflexions sur le “Plan France 2030”

par xxx

décembre 2021

– A la mi-octobre 2021, le président de notre République vient d’annoncer un programme électro-nucléaire quantitativement et qualitativement délirant, le « Plan France 2030 », qui nous impose un patchwork énergétique dont les éléments semblent tirés d’un chapeau par un clown ignare et hors sol, car rien de ce qu’il faudrait connaître pour maîtriser la question n’est enseigné sur les bancs de l’ENA ou pris en considération dans les couloirs des Banques.

– Une telle ignorance ou incompréhension simultanées de l’ENERGIE étant partagées par le Français dit moyen, Emmanuel Macron (et son entourage nucléophile) va pourtant convaincre aisément l’opinion publique, vu la manière dont on a longtemps enseigné cette discipline dans nos collèges et dans nos lycées. Quant aux échecs plus que patents, financiers et chronologiques, avec dans les deux cas multiplication par le vieux nombre pi (dit encore coefficient de McNamara, conseiller de John Kennedy) de notre filière des EPR, ils sont passés sous silence (ou aux profits et pertes ?). On propose, ou plutôt on impose le remplacement des deux plus vieilles centrales de Fessenheim ou de Bugey par des EPR, dont six ont été fourgués à l’Angleterre, où EdF a raflé la mise avec ses RPE (= Réacteur Pressurisé Européen, sic !). Pourtant, au 31 juin 2019, la dette brute de EdF s’élevait à 63,5 milliards d’€uros, dont on se contente de verser aux banques les intérêts annuels, à défaut du capital ; mais ça peut durer longtemps, car l’Etat (c’est à dire le contribuable) sera toujours solvable.

– En ce qui concerne la sûreté électro-nucléaire, deux organismes co-existent, la SFEN (Société française d’électro-nucléaire), dotée d’une très habile porte-parole, selon laquelle le kWh français est le moins coûteux au Monde, en négligeant les émissions de gaz carbonique par les engins de travaux au niveau des mines uranifères, au Niger et au Kazakhstan, et en oubliant le problème de l’enfouissement et de la maintenance de déchets radioactifs pendant des milliers d’années. Le second organisme est l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire), dont l’avis, contrairement au celui du précédent, est juridiquement incontournable, si bien que son constat des fissures dans des cuves de réacteurs forgés par Framatome Creusot (Saône-et-Loire) a pesé très lourd dans le calendrier électro-nucléaire de notre pays, le plus important de la planète, notamment à Flamanville mais aussi en Finlande.

– Dans ce dernier pays, où le réacteur Olkiluoto 3, géré par AREVA, organisme financé à 86 % par l’Etat français et le CEA (Commissariat à l’Energie Atomique), dont Siemens s’est désengagé, le chantier a débuté en 2005 et devait se terminer en 2009, pour un coût de 3 milliards d’€uros. Retardée à plusieurs reprises, la fin des travaux est aujourd’hui envisagée pour janvier 2022 (?). Des indemnités seront versées à la Finlande, payées par la COFACE, organisme abondé par les finances publiques, en fin de compte (sic !) par les citoyens…

– Mais c’est bien dans l’espoir de masquer les fissures (présidentielles, présentielles, virtuelles ou réelles), que le « Plan France 2030 » passe de la peinture en créant le concept des « mini-réacteurs », soit disant peu coûteux, plus rapides à construire et moins polluants en cas de problèmes : ce sont les SMR (Small modular reactor), « réacteurs modulaires de nouvelle génération », « mini-centrales » fabriquées en usine puis implantées çà et là en fonction de la demande. D’où un moindre coût et plus de souplesse espérés, puisque 3 fois moins puissantes que les EPR, meilleure acceptabilité sociétale et rayon plus faible d’impact, de pollution  ou de contestation en cas d’accident…

– A  ce point, on ne peut conclure que par un traitement « politique ». Mais le pessimisme s’accroît encore : face à un Emmanuel Macron, à une Marine Le Pen et un Eric Zemmour, sans parler d’une Gauche et d’une Droite unanimement pro-nucléaires, comment exprimer notre cri d’alarme ? En fait, notre société court droit à l’abîme  car le seul espoir, celui de la sobriété réfléchie, sera refusé par quasiment tous, qui n’accepteront pas le moindre changement de comportement individuel ou collectif. La démarche est néanmoins nécessaire pour éviter le suicide de notre espèce, pourtant présumée sapiens

– Voltaire (Candide, et candide) avait vu juste: avant de disparaître, vox clamentis in deserto, contentons-nous au mieux de « cultiver notre jardin », si possible sans glyphosate.

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Nucléaire. Questions et mensonges

par Pierre Péguin

décembre 2021

Ce message ne s’adresse pas à ceux d’entre vous qui êtes engagés dans la lutte contre le nucléaire, mais à ceux qui suivent ces questions de plus loin et qui sont perturbés par les annonces contradictoires le concernant. L’ambition du texte ci-dessous est de faire un point sur les polémiques actuelles, à partir de données classées par thème permettant à chacun de piocher des informations en fonction de questionnements ou de réponses à apporter face à l’argumentation des tenants du nucléaire présenté comme indispensable à la lutte contre le réchauffement climatique, immense mensonge, comme celui concernant la sortie du nucléaire en Allemagne.

Face à l’offensive médiatique pour relancer du nucléaire revenu en grâce, avons-nous perdu la bataille idéologique ?

La bataille idéologique autour du nucléaire est relancée depuis peu autour de la problématique du climat qui mobilise beaucoup de jeunes et de militants écologiques. Pour le lobby du nucléaire affronté à de multiples difficultés et au bord de la faillite, c’est inespéré et il mobilise ses réseaux pour prétendre que sa production électrique est « décarbonée », que l’arrêt du nucléaire en Allemagne s’accompagne de l’augmentation de la consommation de charbon, et que les énergies renouvelables posent trop de problèmes.

Le spectacle a de quoi déconcerter. Alors que le mouvement écologiste s’est construit dans les années 1970 en France contre l’essor de l’industrie nucléaire, nous voyons cette dernière tenter aujourd’hui d’investir nos terrains de lutte. L’offensive est générale. Elle se fait à grands coups de campagnes publicitaires avec le soutien d’élus, et d’influenceurs tels que Jancovici de Shift Project, dans le but de convaincre l’opinion publique d’accepter la construction de nouveaux réacteurs.

Le combat est particulièrement intense auprès de la Commission européenne et du Parlement européen. L’enjeu est de taille, il s’agit pour le gouvernement français d’obtenir que l’Europe classe le nucléaire comme une énergie « verte », car prétendument « décarbonée ». Pour cela E. Macron s’allie à certains Etats contestés tels que la Hongrie, la Pologne et la Tchéquie, et pour avoir leur soutien s’engage à soutenir que le gaz naturel soit aussi qualifié de « vert », et à fermer les yeux sur le charbon polonais !

Le sujet s’infiltre dans la campagne présidentielle, entre les pro nucléaire (le PC, toute la droite et l’extrème droite) et les rares anti (NPA, FI, EELV) qui n’appellent qu’à un arrêt progressif calqué sur le scénario Negawatt. L’opposition radicale appelant à l’arrêt au plus vite pour nous épargner d’avoir à subir une catastrophe atomique est donc absente des débats de la prochaine élection…. Et si deux des six scénarios présentés par le réseau de transport d’électricité RTE montrent bien que nous pourrions produire une électricité 100% renouvelable sans recourir au nucléaire, il n’est question bien sûr que de construire de nouveaux réacteurs que réclame même la Cour des Comptes !

Dans le même temps en France, les déclarations se succèdent annonçant l’imminence de la décision de construire de nouveaux EPR, et même de lancer une filière de petits réacteurs, tandis qu’en sous-main et sans attendre les autorisations officielles, EDF passe déjà ses commandes. Le fiasco des projets en cours, les difficultés financières d’EDF et d’Orano/Areva sauvés de la faillite par les contribuables n’empêchent pas nos dirigeants de foncer dans le mur….

Non le nucléaire ne sauvera pas le climat, c’est un mensonge que de le prétendre décarboné, de plus il contribue au réchauffement climatique, tout en répandant dans l’environnement de dangereux éléments radioactifs.

S’il est vrai que le fonctionnement d’un réacteur n’émet pratiquement pas de gaz carbonique, par contre tant l’amont que l’aval consomment beaucoup d’énergie fossile, nécessitent beaucoup d’extraction, et génèrent énormément de pollution : Béton et acier de la construction du réacteur, extraction du minerai d’uranium abandonnant aux populations locales démunies des stériles radioactifs, transport jusqu’à Malvesi (Narbonne) où est affiné chimiquement, enrichissement au Tricastin, élaboration des barres de combustibles à Marcoule, Romans, livraisons aux centrales, etc. .

Et en aval, une fois « usés » les combustibles sont transportés à la Hague pour y être retraités et stockés dans des piscines déjà saturées. Les plus dangereux d’entre eux devront être gérés pendant des centaines de milliers d’années avec un coût énergétique carboné incalculable et des installations gigantesques nécessitant d’énormes travaux….Ainsi la création contestée d’un immense centre de stockage souterrain (Cigéo), à Bure dans la Meuse, nécessiterait des travaux pharaoniques pendant des dizaines d’années. Enfin le démantèlement à venir des centrales nécessitera des travaux importants qui poseront des problèmes difficiles à résoudre.

Tous comptes faits prétendre que le nucléaire fournit une énergie décarbonée est un immense mensonge !

ET les centrales réchauffent leur environnement. Les centrales thermiques n’ont pas un bon rendement thermodynamique à part celles au gaz , tandis que celles à l’uranium plafonnent à un tiers, ce qui signifie que lorsqu’un réacteur fonctionne par exemple à sa puissance électrique de 950MW , il émet deux fois plus de mégawatt dissipés en chaleur qui réchauffe ou évapore de l’eau, perturbant l’environnement. Cette chaleur est inutilisable car il est beaucoup trop dangereux de mettre du nucléaire près des villes, c’est pourquoi elle ne sert qu’à développer des élevages ridicules de crocodiles….

Le nucléaire ne sauvera donc pas le climat, il en subira plutôt les conséquences,

Les centrales atomiques sont vulnérables aux événements climatiques (inondations, sécheresse), et aux séismes imprévisibles. Tandis que les renouvelables, très dispersés dans le pays, ne peuvent subir que des dégâts localisés.

L’industrie nucléaire est un danger pour les populations par les rejets réguliers, dans l’eau et l’air, de contaminants radioactifs qui affectent leur santé. Quant au risque croissant de catastrophe on en imagine mal les conséquences qui affecteraient toute l’Europe occidentale et au-delà. Par ailleurs elle génère des déchets d’extrême dangerosité qu’on ne sait pas gérer.

Enfin la société nucléarisée est incompatible avec un fonctionnement démocratique : Il y a-t-il jamais eu en France un débat national, un referendum, une décision de l’Assemblée à ce sujet ?

Pour Bernard Laponche, de Global Chance « L’énergie nucléaire ne répond pas au défi climatique ». https://www.la-croix.com/Debats/Lenergie-nucleaire-repond-pas-defi-climatique-2021-10-18-1201181087 et « Le nucléaire est la plus mauvaise méthode pour faire bouillir de l’eau » .

Voir également ce texte collectif : https://www.politis.fr/articles/2021/06/le-nucleaire-ne-sauvera-pas-le-climat-43234/, « le nucléaire ne sauvera pas le climat »

Le grand mensonge à propos de la politique énergétique controversée de l’Allemagne :
https://www.revolution-energetique.com/lallemagne-et-son-charbon-mythes-et-realites/,

Après la catastrophe de Fukushima en 2011, l’Allemagne a décrété la sortie du nucléaire et décidé de miser sur le développement des énergies renouvelables. Sur les 17 centrales existantes, onze sont déjà fermées, les six dernières le seront très prochainement. Une décision fort critiquée en France. Nos voisins germains sont accusés d’accroître leur consommation de charbon, ce qui entraînerait une augmentation de leurs émissions de CO2. Ainsi P. Thevenot porte parole d’En Marche a pu annoncer « prôner la fin du nucléaire permettra simplement de rallumer des centrales à charbon comme cela a été fait en Allemagne ».

En réalité, rien n’est plus faux. La production électrique des centrales nucléaires et au charbon ont baissé radicalement, tandis que celle des renouvelables a pris le dessus. Ainsi en 2014 le charbon contribuait pour 45% à l’électricité produite, il n’en fournit plus que 24% aujourd’hui. La part du nucléaire est passée de 27% à 11% en 2020. Mais ce sont les énergies renouvelables qui ont largement compensé cette baisse. Leur part dans la production d’électricité a atteint 44% en 2020 et le nouveau gouvernement annonce vouloir accélérer cette transition.

Il est vrai qu’une nouvelle centrale à charbon a été mise en service en 2020, mais leur nombre global a bien baissé, passant de 84 en 2010 à 63 aujourd’hui. Certes, la part de l’électricité produite par les centrales à gaz (energie fossile la moins polluante et la plus efficace) a un peu augmenté, passant de 12% à 16%, mais au final ce sont bien les énergies renouvelables qui ont couvert le recul du charbon et de l’uranium, devenant, et de loin, la source d’électricité la plus importante.

Évidemment, les émissions allemandes de gaz à effet de serre sont encore plus élevées que celles de la plupart des autres pays européens, du fait de sa tradition du charbon et de l’importance de son industrie, mais ce n’est pas la décision de sortie du nucléaire qui en est la cause, et encore moins la forte progression des renouvelables.

Notons que l’Allemagne reste le 2ème exportateur mondial d’électricité, en particulier à prix élevé vers la France aux heures de pointe. Celle-ci reste 1er exportateur d’électricité, mais à prix cassé car il s’agit de la surproduction nucléaire en heures creuses…..

Une enquête menée cette année à l’occasion des 10 ans de cette sortie du nucléaire montre que trois quarts des Allemands saluent cette décision et jugent sévèrement ses voisins français dont le risque de catastrophe de l’un de ses vieux équipements menace toute l’Europe occidentale.
https://www.francetvinfo.fr/internet/reseaux-sociaux/desintox-allemagne-la-transition-nucleaire-ne-s-est-pas-accompagnee-de-l-ouverture-de-centrales-a-charbon_4848105.html#xtor=RSS-3-%5B%5D,

Les « petits réacteurs modulaires » un mirage de plus? https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/10/14/energie-s-ils-voient-le-jour-les-petits-reacteurs-nucleaires-modulaires-produiront-une-electricite-ruineuse_6098306_3232.html,

https://www.can-ouest.org/la-france-nucleaire-apres-les-maxi-les-mini/,

Pour les défenseurs du nucléaire, ces réacteurs de plus petite taille (ou « SMR ») seraient plus sûrs et plus facilement acceptés par la population. Pourtant, il ne s’agit pas de réacteurs « de poche » ! Avec 170 MWe, Nuward, le projet français dans les cartons, représente 40% de la puissance du réacteur 1 de Fukushima, ce qui est loin d’être dérisoire.

Si des réacteurs plus puissants sont effectivement plus difficiles à construire et à gérer, multiplier les installations de petite taille soulève d’autres problèmes : encore plus de sites nucléaires et des transports radioactifs potentiellement plus nombreux, qui accroissent la vulnérabilité du territoire français face au risque d’accident et au risque terroriste.

Et malgré leur petite taille, ces nouveaux réacteurs continueront à générer des déchets radioactifs tout aussi ingérables. Ils relâcheront des radioélément dans l’environnement et seront toujours une menace de catastrophe atomique. Enfin Ils perpétueront la pollution des mines d’uranium et la dépendance de la France envers les pays producteurs de minerais.

Leur prix est annoncé comme élevé, et le coût de leur électricité serait deux fois supérieur à celui des grands réacteurs. Les retards et surcoûts rencontrés par les deux seuls SMR actuellement connus dans le monde montrent qu’au delà de l’effet d’annonce et de mode, l’urgence climatique peut attendre…..

Cette volonté de développer les SMR apparaît comme une ultime tentative pour sauver une industrie en difficultés techniques et financières, avec l’espoir de vendre et d’exporter cette technologie. Mais leur commercialisation ne se fera pas avant une douzaine d’années ! Le coût prévisionnel par MW installé serait triple de celui de l’éolien, sans compter les dérives possibles. Y investissent néanmoins actuellement, entre autres, le constructeur de moteurs d’avions britannique Rolls-Royce, et Bill Gates !

Peut-on arrêter quasi immédiatement la production d’électricité nucléaire du pays ? La question est-elle bien posée. Prenons l’exemple d’un immeuble dont on s’aperçoit qu’il menace de s’effondrer. On l’évacue immédiatement, ou on attend d’avoir trouvé des conditions d’accueil des habitants à reloger au moins aussi bonnes que dans leur ancien logement ?.

Ne sommes-nous pas dans la même situation pour le nucléaire ? Tout le monde sait que nous sommes menacés d’une catastrophe majeure, l’État s’y est préparé, il a fixé les procédures réglementaires : L’armée est prête à assumer la gestion des flux de population à évacuer ou au contraire à bloquer chez eux ; il est déjà décidé que le seuil de radioactivité artificielle subi par la population sera multiplié par 20 (augmentant d’autant le nombre de victimes de la radioactivité); il est même prévu par l’Europe que la France pourra continuer à exporter son blé contaminé (sauvant ainsi l’agriculture industrielle du pays au détriment de la santé des consommateurs…), etc.

Tout est prêt, car tous les responsables savent que nous pouvons subir cet effondrement d’un jour à l’autre.
https://reporterre.net/Au-milieu-du-chaos-climatique-le-risque-d-un-desastre-atomique,

Alors pourquoi ne pas arrêter dès maintenant cette technologie mortifère quelles qu’en soient les conséquences et les difficultés rencontrées ?

Et nous sommes là au cœur du problème, la « grandeur de la France », la poursuite de l’armement atomique, les intérêts économiques et politiques, la quasi religion du nucléaire dont les grands prêtres sont souvent issus (formatés?) de Polytechnique-Corps des mines, concourent à imposer à la population le risque majeur d’avoir à subir cette terrifiante épreuve !

Enfin nous savons que l’Arrêt quasi immédiat du nucléaire est possible,
http://collectif-adn.fr/2019/arret-immediat-europe.html,
Les installations de production d’électricité européennes sont actuellement surdimensionnées, et nous pouvons nous appuyer provisoirement sur elles, quitte à ce que certaines consomment des énergies fossiles, le temps que nous mettions en pratique une politique de sobriété et que nous développions à notre tour suffisamment de renouvelables. Cela ne serait-il pas préférable à cette menace de catastrophe permanente que fait peser sur nous cette énergie du passé ?

Qu’avons-nous à gagner à la « concurrence » entre les catastrophes climatiques et nucléaires conduisant à un véritable négationnisme du péril nucléaire ? https://apag2.wordpress.com/2019/06/18/negationnisme-nucleaire-et-climat-concurrence-des-catastrophismes/,
On peut combattre les deux par une politique de sobriété …. dont on ne prend pas le chemin.

Macron l’a dit, « sans nucléaire civil pas de nucléaire militaire et inversement », http://collectif-adn.fr/2020/macron-au-creusot.html. Il faut se débarrasser des deux.

Les victimes du nucléaire.
La Commission Internationale de Protection contre les Radiations (CERI) a publié un rapport alarmant en 2003, https://apag2.wordpress.com/2019/11/29/et-si-le-nucleaire-etait-encore-beaucoup-plus-mortifere-quon-ne-limagine/
Il apparaît qu’une véritable épidémie de cancers, leucémies et autres pathologies s’est développée à partir des années 70 liée aux multiples explosions de bombes atomiques (plus de 2000 dans le monde) qui ont entraîné la dispersion de radioéléments sur l’ensemble de la planète. Ceux-ci ont été terriblement préjudiciables à la santé non seulement dans les zones d’essai, mais aussi partout dans le monde et l’ADN de tout le vivant a été touché. Les résultats de l’étude sont impressionnants : De 1945 à 2002, 60 millions de morts, le double de cancers, les mortalités enfantines et autres. Combien aujourd’hui ?

La France a contribué à ce carnage par ses 210 essais de bombes atomiques dans le sud-algérien et en Polynésie, elle laisse aux populations autochtones maladies et morts prématurées dont elle résiste à en reconnaître la responsabilité.

L’uranium appauvri. Mais ce n’est pas tout, la France exporte des armes équipées d’uranium (dit « appauvri »). Très lourd, habillant les têtes de projectiles, il est efficace pour transpercer les parois des blindages, des tanks, de béton. Leur explosion libère de grandes quantités d’aérosols radioactifs d’uranium qui contaminent éternellement l’environnement. C’est criminel pour les populations qui en sont victimes. http://arretsurinfo.ch/category/international/europe/france/page/6/,

Quant aux personnels qui ont à gérer l’armement nucléaire leur sort est peu enviable. D’après une étude portant sur les années de 1970 à 1996, ceux qui ont manipulé des têtes nucléaires sur la base sous-marine de Brest (presqu’île de l’Ile-Longue) n’avaient aucune protection contre la radioactivité dont les dangers leur ont été dissimulés. Un quart d’entre eux était mort à 62 ans, et il y a eu nombre de cancers parmi le autres. Les familles se battent pour que l’armée reconnaisse ses fautes. https://www.asso-henri-pezerat.org/brest/.
Qu’en est-il sur la base de Toulon ou à Valduc là où sont fabriqués les missiles ?

Face à la barbarie du nucléaire militaire, il faut appeler à signer le traité d’interdiction des armes nucléaire (TIAN ) de l’ONU déjà ratifié par plus de 50 Etats et approuvé par 122 pays. Ce traité équivalent à celui d’interdiction des armes chimiques est l’avancée la plus importante de ces dernières années car il permet à un Etat comme la France de renoncer à l’arme nucléaire sans attendre que les autres puissances nucléaires fassent de même. Nous avons à condamner la menace que représente l’armement nucléaire français, sans attendre que les autres pays fassent de même.

Peut-on au moins compter sur la protection des organismes officiels de protection contre les rayonnements ? En fait, nationaux ou internationaux, ils font tout pour cacher la gravité des dégâts humains de cette technologie et en nier le nombre de victimes. Ils ont d’abord pour rôle de protéger l’industrie de l’atome plutôt que la santé des populations. Ils vont jusqu’à prétendre que les pathologies liées aux contaminations radioactives sont dues pour l’essentiel à la « nucléophobie »! Ils obligent les populations biélorusses à vivre dans le « jardin nucléaire », en application du programme Ethos-Core, et vont jusqu’à supprimer les cures de pectines pouvant alléger les souffrances des enfants contaminés!
http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2016/11/07/Vivre-dans-le-jardin-nucleaire-avec-Ethos-un-crime-contre-l- humanite,

Cela montre ce qui nous attend en cas de catastrophe en France, soyons sûrs que les autorités prétendront que « la situation est sous controle » après avoir muselé les voix discordantes et neutralisé la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité) pour que ne soit pas diffusées les mesures réelles de radioactivité ambiante…. htps://fr.wikipedia.org/wiki/Commission_de_recherche_et_d%27information_ind%C3%A9tpendantes_sur_la_radioactivit%C3%A9,

Il ne faut pas hésiter à qualifier les activités nucléaires aussi bien militaires que civiles de criminelles.

Et dans le monde, La fin programmée de l’énergie nucléaire ?
La nouvelle édition du « World Nuclear Industry Status Report » sur la situation du nucléaire civil dans le monde vient de sortir. Ce rapport présente chaque année un panorama du parc nucléaire mondial. Bien que maintenu à flot par la Chine, il ne couvre que 10 % de l’électricité mondiale produite, soit 2 % seulement de l’énergie totale consommée sur la planète.. Il n’est guère optimiste pour l’avenir…
https://www.worldnuclearreport.org/Energie-La-filiere-nucleaire-stagne-dans-le-monde…

Un déclin irréversible ? Tandis que le plus grand constructeur de l’histoire du nucléaire Westinghouse a fait faillite en 2017, Areva techniquement en faillite a été sauvée par l’État et restructurée, devenant Orano pour une part de ses activités.

Les réacteurs vieillissants ne sont guère remplacés, tandis que les énergies renouvelables sont de plus en plus compétitives. À la mi-2021 33 pays exploitaient 415 réacteurs nucléaires, d’âge moyen de 31 ans. Par ailleurs, en 2020, la production nucléaire a diminué de 4 %, tandis que la production électrique de l’éolien et du solaire a augmenté de 13 %.

Cela s’explique notamment par la perte rapide de compétitivité de l’énergie nucléaire : entre 2009 et 2020, les coûts du solaire ont baissé de 90 % et ceux de l’éolien de 70 %, tandis que les coûts de construction des réacteurs nucléaires ont augmenté de 33 %. Ceci explique que dans l’Union européenne, les énergies renouvelables non hydroélectriques ont généré en 2020, pour la première fois, plus d’électricité que les centrales atomiques.

Un autre symptôme du déclin prévisible de l’énergie nucléaire est le faible renouvellement du parc de réacteurs. Si tous ceux qui sont en service allaient jusqu’à la fin de leur durée de fonctionnement autorisée, 120 réacteurs supplémentaires devraient être mis en service avant la fin de 2030 pour simplement maintenir le statu quo. Cela impliquerait de doubler le rythme de construction annuel de la décennie, c’est-à-dire passer de 6 à 12 unités. Or, depuis 2016, le rythme de construction a encore ralenti : moins de 5 mises en chantier par an. La capacité nucléaire globale est donc appelée à diminuer, sauf si la Chine relancait un gros programme de construction. .


En Chine, L’espoir des nucléocrates repose sur la Chine, qui a dépassé la France en tant que deuxième producteur d’électricité nucléaire au monde. Un espoir lui aussi à modérer, la production d’électricité nucléaire en Chine n’a augmenté que de 4% en 2020, tandis que celle des renouvelables a crû de 8 %.

Très récemment la Chine a annoncé un grand programme de construction de plusieurs dizaines de réacteurs nucléaires dans l’avenir. Elle promet de devenir leader des énergies nucléaire mais aussi solaire, éolienne!

Au Japon, le nucléaire est au ralenti malgré les ambitions du gouvernement. Il y avait 54 réacteurs exploitables au moment de la catastrophe de Fukushima, tous arrêtés à ce moment là. A ce jour il n’en reste plus que 33 dont seulement sept sont actuellement en service. l’énergie nucléaire représentait près d’un tiers de la production d’électricité au Japon, elle n’est plus que de 6% actuellement et le manque a été comblé essentiellement par les centrales thermiques au charbon ou au gaz et par les énergies renouvelables..

Le gouvernement japonais rêve de faire comme la France, d’après ses plans, la part de l’énergie nucléaire devrait remonter à 22% environ d’ici à 2030 .
En fait, trois réacteurs étaient entrés en construction avant le sinistre de Fukushima et 6 autres étaient en projet, mais tout a été gelé depuis cette catastrophe. De plus, la plupart des installations qui devaient permettre au Japon de maîtriser le cycle du combustible, dont une usine de retraitement, n’ont jamais fonctionné et pourraient même être démantelées sans jamais avoir été utilisées.

La France s’accroche désespérément à une industrie du passé contrairement à ses voisins (certains n’ont jamais eu recours à cette énergie, c’est le cas de l’Autriche, du Luxembourg et du Danemark, et d’autres comme la Belgique, l’Italie et l’Espagne en sortent).

Que savons-nous de l’opinion publique du pays,

Que nous apprennent les sondages quant à l’appréciation par les citoyens de la politique énergétique du pays? Des résultats contradictoires :
La comparaison entre deux sondages réalisés par Odoxa, en 2018 et en 2021, fournit des informations assez étonnantes. Les sondés tout à fait opposés au nucléaire ne seraient plus que 7% en 2021 alors qu’ils étaient 19% en 2018. On y voit que ce sont les sympathisants de droite et d’extrême droite qui sont les plus favorables au nucléaire.

Mais 50% des sondés considèrent que le nucléaire est plutôt une menace pour l’environnement à cause de la gestion des déchets nucléaires et des risques d’accidents graves qu’il présente, alors que 47% pensent que le nucléaire est plutôt une opportunité pour l’environnement car il serait la principale source d’énergie décarbonée et non polluante contrairement au charbon ou au pétrole.

Un autre sondage contredit les résultats ci-dessus notamment sur les investissements à faire :

https://fr.boell.org/fr/2020/12/09/francais-et-allemands-attendent-un-engagement-plus-fort-de-lue-et-du-tandem-franco,

https://www.lemonde.fr/economie/article/2021/10/10/les-francais-majoritairement-pour-le-nucleaire-mais-contre-de-nouvelles-centrales_6097829_3234.html,

64 % des Français estiment qu’il faut investir prioritairement dans les énergies renouvelables. Seuls 10 % estiment qu’il faut investir en priorité dans la modernisation du parc nucléaire et la prolongation de la durée de fonctionnement des centrales.

Selon l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) 53 % des Français considèrent que cette énergie a été une bonne chose pour la France, mais ils seraient 45 % à s’opposer à la construction de nouvelles centrales.

Une large majorité de Français favorables à l’éolien ,
https://www.lemondedelenergie.com/francais-favorables-eolien-sondage/2021/10/08/,
Les Français ont en majorité une image favorable de l’énergie éolienne, et cette adhésion est encore plus marquée chez ceux vivant à moins de 10 km d’un parc éolien, selon un sondage publié cet été, commandé à Harris Interactive par l’Ademe (Agence pour la transition écologique) et le ministère de la transition écologique. Commentaire d’Arnaud Leroy, le PDG de l’Ademe « Depuis plusieurs mois, les énergies renouvelables, en particulier les éoliennes, font l’objet de vifs débats, voire sont les cibles de virulentes controverses. Ce sondage nous montre que la relation entre les Français et l’énergie éolienne n’est pas aussi polarisée qu’il n’y paraît« , relevant au contraire « une adhésion pour faire face au dérèglement climatique« .

Dans cette enquête, 73% des sondés disent avoir une bonne image de l’éolien, 27% une mauvaise image. D’une façon surprenante l’avis favorable est plus élevé chez 80% des personnes possédant une résidence à moins de 10 km d’un champ éolien, et chez 88% de moins de 35 ans. Notons que les associations qui se soulèvent contre les projets d’éolien son souvent animées par des anciens du CEA ou d’EDF…..

Près de 9 personnes sur 10 considèrent que le développement des énergies renouvelables en France est nécessaire face au dérèglement climatique. Mais il faudrait que l’État comme nos voisins espagnols et allemands impose des systèmes solaires sur les bâtiments neufs !

Quant à la polémique « éolien ou nucléaire » le gestionnaire du réseau électrique RTE a planché sur le mix entièrement décarboné du futur, et a proposé cet automne six scénarios pour une électricité zéro carbone en 2050, allant du 100% énergies renouvelables à une puissante relance du programme nucléaire français. Mais bien sûr c’est la relance du nucléaire que choisit le pouvoir!
https://www.liberation.fr/economie/eolien-ou-nucleaire-six-scenarios-pour-une-electricite-zero-carbone-en-2050-20210608_EIGRA7GZKJHAHNQSZ4GTQOF4EA/.

Bilan électrique français, que retenir de 2020 ?

Le Réseau de Transport d’Electricité (RTE) vient de publier son bilan électrique pour 2020 :
https://assets.rte-france.com/prod/public/2021-03/Bilan%20electrique%202020.pdf

Par rapport à 2019 la consommation d’électricité a diminué de 5 %. Elle avait déjà diminué de 1 % l’année précédente, avant le covid. La consommation électrique de l’activité industrielle a baissé, drastiquement de 10 %, tandis que celle du secteur résidentiel est restée plutôt stable à 38 % de la consommation totale, elle est donc relativement stable depuis 2010.

La production d’électricité d’origine nucléaire est en baisse, à 67% de la production totale d’électricité en France. Cette baisse n’est pas due à la fermeture de la centrale de Fessenheim qui aurait dû être arrêtée de toutes façons pour d’importantes révisions, mais par une moins bonne disponibilité des centrales.

Les renouvelables ont couvert 25,5 % de la consommation, dont l’hydraulique 13 %, et l’éolien devenant la 3ième source d’électricité 7,9 %. Le solaire quant à lui est à 2,5 %.

Les centrales thermiques, tous fossiles confondus, en fournissant 7,5 %, dont principalement le gaz à 6,9 %. Cela permet à EDF de prétendre à la fourniture d’électricité décarbonée à 92 % …. Dans la mesure où l’électronucléaire est effectivement décarboné…

Précisons enfin que la France a exporté 2 fois plus d’électricité qu’elle en a importé, sauf que les ventes ont lieu plutôt en heures creuses à prix cassé (le nucléaire fonctionnant en base), et les achats aux heures de pointe au prix fort ! La fiabilité financière d’EDF est ébranlée. Les agences de notation ont dégradé en juin 2020 sa note notamment en raison d’une « disponibilité des réacteurs nucléaires plus faible que prévu ». Quant à la filiale britannique d’EDF, EDF Energy, elle a été rétrogradée à une catégorie très inférieure.

Parcours parmi les multiples difficultés de l’industrie nucléaire française.

– C’est un mode de production d’électricité dont le faible rendement thermodynamique (à peine plus de 30%) conduit à des pertes de chaleur considérables. Compter sur une industrie ayant d’aussi piètres performances, pour atténuer le réchauffement climatique en faisant mine d’ignorer qu’elle en est un des facteurs importants, est à tout le moins déraisonnable. De plus le nucléaire continue à produire des désordres sanitaires, environnementaux, économiques et politiques, en plus des catastrophes majeures.

Pour ces raisons la contribution de l’énergie nucléaire à l’approvisionnement énergétique mondial n’est que de l’ordre de 2%, et ne peut pas vraiment augmenter.

Que faire des combustibles usés qui s’accumulent ? Il n’existe pas de solution à la gestion des combustibles nucléaires usés et des déchets radioactifs, ni en France ni ailleurs. Lancer un nouveau parc nécessiterait de redimensionner l’usine de retraitement de La Hague, de prévoir de nouveaux sites d’entreposage et d’avoir la garantie que le centre d’enfouissement des déchets radioactifs Cigéo soit mis en service un jour. Sur ce dernier point, le 23 novembre, l’Autorité environnementale a souligné un manque d’information sur les coûts environnementaux et économiques de ces différentes installations.

Les piscines d’entreposage des combustibles usés sont bientôt saturées. Les parades envisagées par EDF et Orano, sont la construction d’une nouvelle piscine à la Hague, un moxage accru des réacteurs de 900 MWe et un entreposage à sec des combustibles usés. Cela explique sans doute pourquoi EDF cherche à acheter des terrains autour des centrales nucléaires existantes.

La Hague. L’usine de retraitement de déchets radioactifs de la Hague est l’un des centres atomiques les plus polluants en fonctionnement « normal ». Selon l’association Robin des bois, la Hague polluerait autant qu’une porcherie industrielle de 100 000 porcs. Chaque année, elle rejette 2 000 tonnes de nitrates directement dans la Manche issues de l’acide nitrique utilisé pour dissoudre les combustibles irradiés et pour séparer le plutonium, l’uranium et les produits de fission.… »
https://yonnelautre.fr/spip.php?article3603#forum160607,

S’y ajoute d’après le Groupe radioécologie du Nord Cotentin 100 tonnes de nitrite, 2 900 tonnes de phosphore, les métaux lourds tels que plomb et mercure, sans compter évidemment les innombrables rejets de substances radioactives qui contaminent la Manche…..

De plus l’un des 2 évaporateurs concentrateurs de produits de fission de La Hague, dont les équipements vieillissent, a atteint un niveau de corrosion qui le fragilise. L’arrêt  de cet évaporateur entraînera une diminution embarrassante de la capacité de retraitement.

A l’usine Melox de Marcoule qui fabrique le combustible MOX (mélange d’oxydes d’uranium et de plutonium) destiné aux réacteurs de moyenne puissance, les difficultés ne manquent pas avec un nouveau procédé de production. EDF à dû alors réduire le nombre d’assemblages MOX fabriqués, ce qui entraîne une moindre consommation du plutonium qui s’accumule à La Hague (le plutonium destiné au départ à la bombe est la pire substance jamais élaborée par l’humanité, par sa terrible toxicité aussi bien chimique que radioactive ; et sa durée de vie est éternelle à notre échelle).

Les centrales du Bugey et du Tricastin sont désormais les plus anciennes de France, depuis la fermeture de celle de Fessenheim. Elles approchent des cinquante ans et n’ont jamais été conçue pour cette durée. Elles vieillissent mal, elles subissent de multiples dysfonctionnements inquiétants, et il est avéré que les coeurs de celles du Tricastin sont fissurées !

Au Tricastin justement, un scandale a éclaté en novembre dernier, un cadre de l’entreprise a révélé la dissimulation des incidents de sûreté. Il a déposé plainte contre EDF, accusant sa hiérarchie de l’avoir « placardisé » pour avoir dénoncé une « politique de dissimulation » d’incidents de sûreté. Cela nous autorise à nous poser des questions sur le rôle de l’autorité de sûreté du nucléaire (ASN),
https://www.linfo.buzz/centrale-nucleaire-de-tricastin-des-dissimulations-en-cascade/,

La filière EPR en question. La France montre de graves signes de déclin technologique et industriels, notamment avec son incapacité à terminer la construction d’un EPR en Finlande, et celui de Flamanville en Normandie, dont les coûts et les délais du contrat initial ont été multipliés par quatre! Le premier EPR, mis en fonctionnement à Taïshan en Chine en 2018, est aujourd’hui à l’arrêt, suite à une grave défaillance qui paraît due à un défaut générique qui concernerait toute la filière.

Sous traitance danger. EDF sous-traite désormais 80% de la maintenance de ses centrales, malgré une précarisation sans cesse dénoncée. Les « nomades du nucléaire » mal payés, exposés aux rayonnements, mal formés, pressés par le temps réduit d’intervention ne peuvent garantir un travail de qualité garantissant la sûreté des réacteurs.

Démantèlement, la France ne maitrise toujours pas le démantelement d’une centrale nucléaire, alors que la question devient d’actualité. La centrale de Brennilis en Bretagne, mise à l’arrêt en 1985 devait être une vitrine des capacités de démantèlement. 35 ans plus tard, elle n’est toujours pas démantelée.

EDF en quasi faillite. EDF est lourdement endettée à hauteur d’une cinquantaine de milliards d’euros, auquel s’ajoute 100 milliards d’euros pour le rafistolage des réacteurs de plus de 40 ans, ainsi que 35 milliards d’euros du projet d’enfouissement des déchets nucléaires CIGEO à Bure. Pour les 6 nouveaux EPR à la sûreté au rabais , il faudrait trouver au minimum 60 milliards. La Cour des Comptes a jugé en 2020 qu’ EDF n’en avait pas les moyens. Quant au chantier d’Hinkley Point en Angleterre, il prend le chemin du fiasco de Flamanville avec retards, malfaçons et inflation des coûts.

En conclusion, le grand et dangereux mensonge,

L’État a engagé une grande campagne de promotion du nucléaire au nom de la lutte contre le bouleversement climatique. Son but est bien sûr de préparer l’opinion aux décisions de construire de nouvelles centrales atomiques.

Nous affirmons que cette campagne s’appuie sur un énorme mensonge, celui de la production propre et décarbonée d’électricité nucléaire. En effet tout l’amont et l’aval du fonctionnement d’un réacteur impliquent d’énormes consommations de matériaux, d’énergies fossiles, entrainant d’importantes contaminations radioactives et pollutions de toutes sortes.

Par ailleurs, face à l’urgence climatique, comment prétendre construire rapidement de nouveaux réacteurs quand on sait le fiasco de ceux en construction en Finlande et à Flamanville, et que l’un des deux seuls en fonctionnement en Chine a été mis à l’arrêt révélant déja un grave défaut générique qui remet en cause la fiabilité de la filière.

Comme dans les pays voisins, il faut appeler à l’arrêt du nucléaire, et à la promotion de la sobriété énergétique en même temps que des énergies renouvelables. A l’inverse les décisions de l’Etat, enrobées de beaux discours, nous engagent vers une société gourmande en électricité et en énergie. La surenchère dans le soutien au nucléaire de la majeure partie des candidat.e.s à la présidentielle, Emmanuel Macron compris, est tout simplement lamentable. Les générations futures méritent mieux que ces propositions d’un autre âge.

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Collection Stratégies Energétiques, Biosphère et Société (SEBES).

Rectification

Créée en 1990 par l’Association pour l’Appel de Genève (APAG), cette Collection a été dirigée dès 1995 par la Fondation Stratégies Energétiques, Biosphère et Société (FBS) issue de l’APAG. Depuis lors, elle a toujours été dirigée collectivement par le Conseil de ladite Fondation in corpore.
Contrairement à l’annonce que l’on trouve sur le Web, jamais cette Collection des Editions Georg n’a été dirigée par M. Hervé Lethier (*), Consultant international ès environnements. Ce dernier n’a pris aucune part, directement ou indirectement, à la direction ou au contenu de cette Collection ni d’aucune de ses publications.

Professeur Ivo Rens, Faculté de droit, Université de Genève, 22 novembre 2021.

Ivo Rens et Philippe Lebreton éd., Le soleil pour un développement durable, Georg, Genève 1995177 pages. http://www.akademia.ch/sebes/

Ivo Rens et Joel Jakubec éd.  Le droit international face à l’éthique et à la politique de l’environnement, Georg, Genève 1996270 pages. http://www.akademia.ch/sebes/

Ivo Rens et Joel Jakubec éd., Radioprotection et droit nucléaire, Georg, Genève, 1998411 pages. http://www.akademia.ch/sebes/

Jean-Paul Bozonnet et Joel Jakubec éd.,  L’écologisme à l’aube du XXIe siècle, de la rupture à la banalisation ? Georg, Genève, 2000. 254 pages.

Joel Jakubec éd., Le développement durable, un bilan multisectoriel provisoire, Georg, Genève, 2004.126 pages.

Benoît Lambert, Cyclopolis, ville nouvelle, contribution à l’écologie politique, Georg, Genève, 2005. 285 pages.

Jacques Grinevald, La Biosphère de l’Anthropocène – climat et pétrole, la double menace – repères transdiciplinaires (1824-2007), Georg, Genève, 2007. 293 pages.

Ivo Rens, Entretiens sur l’écologie, de la science au politique, Georg, Genève, 2017. 227 pages.

Font en outre partie de SEBES les publications suivantes accessibles en ligne sur le site des Classiques des sciences sociales http://classiques.uqac.ca

Ivo Rens éd.,Le nucléaire contre l’effet de serre? Gazette de l’APAG (**), Genève 1990. 64 pages.

Ivo Rens et Philippe Lebreton éd., La radioactivité et le vivant,Gazette de l’APAG(**), Genève 1991. 128 pages.

Ivo Rens éd.,Utilisation rationnelle de l’énergie I, Gazette de l’APAG (**), Genève 1992 108 pages.

Ivo Rens éd.,Utilisation rationnelle de l’énergie II, Gazette de l’APAG (**), Genève 1993119 pages.

Ivo Rens éd.,  Explosion démographique contre développement durable,Genève, 1994154 pages.

Philippe Lebreton, Le futur a-t-il un avenir?  Pour une responsabilité socio-écologique, Le sang de la Terre, Paris, 2012. 378 pages.

(*) Président de la Fondation Biosphère et Société depuis 2018.

(**) Titre d’une publication périodique de l’APAG qui préexistait à SEBES.

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Stratégies Énergétiques, Biosphère et Société

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Lancée en 1990 par un groupe d’universitaires suisses et français, Stratégies énergétiques, Biosphère et Société (SEBES) était une revue, en principe annuelle. En 1996, SEBES s’est transformée en une collection des Editions Georg. La série SEBES est parrainée par la Fondation Biosphère et Société, à Genève.
    La collection est dirigée par M. Hervé Lethier, consultant international, Philippe Lebreton, professeur émérite de biologie végétale, Université Claude Bernard Lyon 1, Ivo Rens, professeur honoraire de la Faculté de droit de l’Université de Genève.

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NON à la construction de nouveaux réacteurs nucléaires en France

Pétition lancée par l’Observatoire du nucléaire

Adressée à : tous les citoyens de France et d’Europe

Pétition lancée par l’Observatoire du nucléaire

Adressée à : tous les citoyens de France et d’Europe

Le fiasco des chantiers de construction des réacteurs EPR est total : Areva (qui a depuis fait faillite, en partie du fait de cet échec) et EDF ont respectivement commencé leurs chantiers en 2005 et 2008, les réacteurs devaient entrer en service en 2009 et 2012 or, à ce jour, ils ne sont pas terminés et présentent de graves malfaçons. De plus, annoncé au prix unitaire de 2,8 milliards (1), un EPR coûte en réalité pratiquement 20 milliards selon la Cour des comptes.

De fait, le lancement de nouveaux chantiers de réacteurs EPR ne pourrait que se solder par un désastre industriel et financier, achevant de ruiner EDF… et la France.

Bien sûr, EDF prétend être en mesure de tirer les enseignements des fiascos en cours pour ne pas connaître les mêmes mésaventures. Mais c’est déjà ce que disait EDF à propos du chantier de Finlande : on allait voir la différence à Flamanville… or c’est le même désastre.

Deux EPR ont ensuite été construits par les Chinois à Taïshan (Chine), avec certes un retard moins important mais se comptant néanmoins en années. Mais ce ne sont pas les Chinois qui vont venir faire des EPR en France où EDF a perdu toute maîtrise de ce genre de chantiers.

Et, surtout, la centrale de Taïshan connait de graves problèmes : le réacteur numéro 2 a dû être arrêté en juillet 2021 à cause de fuites radioactives importantes (2) : il apparait que c’est la conception même de l’EPR qui est en cause.

Si jamais les EPR de Finlande et de Flamanville entrent un jour en service, ainsi que d’éventuels autres EPR, il est certain qu’ils rencontreront les mêmes graves problèmes.

Pour mémoire, la cuve de l’EPR de Flamanville est défectueuse mais, suite à de terribles pressions de la part d’EDF, l’Autorité de sûreté nucléaire a fini par la valider en bafouant ses propres préconisations (3). Or, en cas de rupture de la cuve, aucune parade n’est possible et ce sera une catastrophe comparable à celles de Tchernobyl et Fukushima, avec la contamination de la France et d’une bonne partie de l’Europe.

Alors que l’on peut encore lire ici ou là que la France est « à la pointe de la technologie nucléaire » et qu’elle fait preuve d’un « savoir-faire que le monde entier nous envie », il faut rappeler que EDF et Areva ne se sont pas seulement ridiculisées sur les chantiers d’EPR mais aussi avec un des pires scandales industriels au monde : la fabrication de milliers de pièces défectueuses dans les usines Areva du Creusot, accompagnée de la falsification de milliers de documents de sûreté. (4)

Notons à ce sujet que cela fait plus de cinq ans que la justice a été saisie et qu’elle ne semble pas pressée de faire la vérité dans cette affaire pourtant de la plus grande gravité. (5)

Aujourd’hui encore, EDF trompe l’Autorité de sûreté nucléaire avec « une politique de dissimulation des incidents », dénoncée par un courageux cadre lanceur d’alerte (6).

A l’opposé d’une légende entretenue par les supporters de l’atome, l’Autorité de sûreté nucléaire français n’est absolument pas « la plus stricte et la plus compétente du monde », bien au contraire : ce n’est pas elle qui a découvert la défectuosité de la cuve de l’EPR (7) et elle en est réduite à attendre les révélations des lanceurs d’alerte.

Notons enfin que, contrairement à ce qui est prétendu ces temps-ci, le nucléaire ne peut absolument pas « sauver le climat » : la part du nucléaire dans l’électricité mondiale s’est effondrée de 17,1% en 2001 à 10,4% à ce jour, alors que la part des énergies renouvelables, en plein essor, en est déjà à 25,5% : plus du double du nucléaire ! (8)

Pour toutes ces raisons et bien d’autres (risques de catastrophe, aucune solution pour les déchets radioactifs, rejets massifs de produits radioactifs et chimiques des centrales dans les rivières, etc), nous affirmons qu’il ne faut surtout pas construire de nouveaux réacteurs nucléaires en France et, au contraire, fermer dès que possible les réacteurs actuels, de plus en plus délabrés et dangereux. Le nucléaire est une énergie du siècle dernier, choisissons plutôt l’avenir !

Stéphane Lhomme, Directeur de l’Observatoire du nucléaire

http://www.observatoire-du-nucleaire.org

(1) et non 3,3 milliards comme écrit ici ou là, cf :

http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article41

http://www.observatoire-du-nucleaire.org/IMG/pdf/edf-promo-epr-2005.pdf

(2) https://www.20minutes.fr/monde/3094279-20210730-chine-reacteur-finalement-mis-arret-apres-incident-epr-taishan

(3) http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article341

(4) https://www.lepoint.fr/environnement/areva-le-creusot-des-anomalies-s-apparentent-a-des-falsifications-25-10-2016-2078544_1927.php

(5) https://www.connaissancedesenergies.org/afp/areva-lobservatoire-du-nucleaire-depose-plainte-pour-faux-et-mise-en-danger-dautrui-160504

(6) https://www.francetvinfo.fr/societe/nucleaire/centrale-nucleaire-du-tricastin-un-cadre-denonce-une-politique-de-dissimulation-des-incidents-et-porte-plainte-contre-edf_4842217.html

(7) http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article336

(8) https://www.connaissancedesenergies.org/sites/default/files/pdf-pt-vue/KeyWorldEnergyStatistics2021.pdf, page 30

Auteur : Stéphane Lhomme

https://www.leslignesbougent.org/petitions/non-a-la-construction-de-nouveaux-reacteurs-nucleaires-en-france-4879/

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Les solutions écologiques françaises

Source : Le Temps, quotidien, Genève, 13 octobre 2021.

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S’ils voient le jour, les petits réacteurs nucléaires…

Stéphane Lhomme
Directeur de l’Observatoire du nucléaire
http://www.observatoire-du-nucleaire.org

« S’ils voient le jour, les petits réacteurs nucléaires modulaires produiront une électricité ruineuse »

Avec un parc vieillissant et le désastre de l’EPR, industriels et politiques misent sur les petits réacteurs modulaires. Une illusion, selon Stéphane Lhomme, directeur de l’Observatoire du nucléaire.

Tribune. Vous avez probablement vu les images saisissantes de poulets dont la tête a été coupée et qui continuent à courir pendant quelques instants de façon erratique. Eh bien cette image est une assez bonne illustration de l’état de l’industrie nucléaire et de ses plus fervents partisans comme Emmanuel Macron.

Un jour, ils assurent que l’avenir est aux « mastodontes » comme le fameux EPR (en anglais european pressurized reactor) d’une puissance de 1 650 mégawatts (MW), et ce malgré les incroyables déconvenues des chantiers de Finlande et de Flamanville qui devaient respectivement entrer en service en 2009 et 2012, qui ne sont toujours pas terminés et dont les surcoûts insensés ont largement contribué à placer leurs opérateurs dans la panade : Areva a carrément fait faillite, et EDF est dans une situation financière critique.

Le lendemain, voilà subitement que la solution passerait par les SMR, c’est-à-dire en anglais small modular reactors et en français petits réacteurs modulaires (PMR) dont la puissance est comprise entre 10 et 300 MW. EDF aurait d’ailleurs déjà en projet son SMR de 170 MW, baptisé « Nuward ». La panique qui s’empare ainsi des tenants de l’atome s’explique par une donnée incontournable : les réacteurs actuels sont en fin de vie et la plupart vont être définitivement arrêtés dans les dix à vingt ans, c’est-à-dire, lorsque l’on parle d’énergie, demain matin.

Un parc pléthorique de réacteurs délabrés

Les prolongations de durée de fonctionnement, accordées de façon inconsidérée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), et les travaux ruineux que doit faire EDF (programme dit du « grand carénage » et mesures post-Fukushima) vont seulement permettre de gagner un peu de temps – tout en augmentant encore le risque de catastrophe comparable à celle de Fukushima.

Il faut aussi prendre en compte une donnée cruciale : dans les années 1970 et 1980, la construction en peu de temps d’une bonne cinquantaine de réacteurs nous a été présentée comme un gigantesque exploit, ce qui est d’ailleurs effectivement le cas sur le strict plan industriel. Mais il s’agissait surtout d’une terrible erreur stratégique : tous ces réacteurs vont de fait arriver en fin de vie quasiment en même temps.

Si EDF a finalement accepté de fermer ses deux plus vieux réacteurs, ceux de Fessenheim, c’est parce que l’électricien se sait totalement incapable de continuer à entretenir un parc pléthorique de près de 60 réacteurs passablement délabrés. C’est aussi pour cela que la fermeture d’au moins quatorze autres réacteurs est actée.

Le désastre de Flamanville

Si EDF se dit publiquement opposée à ces fermetures, c’est pour ne pas perdre la face : il est plus facile de prétendre qu’il s’agit de « décisions idéologiques » prises « sous la pression des antinucléaires » – lesquels ignoraient qu’ils avaient tant d’influence ! – que de se reconnaître incapable de maintenir le parc nucléaire.

Mais, contrairement à ce que prétendent divers candidats à l’élection présidentielle, ce ne sont assurément pas de nouveaux réacteurs nucléaires qui pourront prendre le relais du parc actuel, même si la construction de six EPR est envisagée : comment croire qu’EDF, incapable de construire l’EPR de Flamanville, pourrait en fabriquer plusieurs autres ?

Il est certes prétendu que les enseignements tirés des précédents déboires permettront enfin de réussir les prochains chantiers, mais c’est déjà ce qu’avait assuré EDF à propos de l’EPR finlandais… ce qui n’a pas empêché le désastre de Flamanville.

Pas de filière industrielle pour les SMR

C’est alors que l’industrie nucléaire et son premier VRP, Emmanuel Macron, sortent du chapeau une « solution » miraculeuse : les SMR. Mais si la communication de la macronie peut enfumer l’opinion sur tel ou tel sujet, elle se révèle incapable de faire pousser des réacteurs nucléaires, fussent-ils petits et modulaires.

Il n’existe en effet pas à ce jour de filière industrielle permettant l’émergence des SMR, lesquels pourraient au mieux être disponibles vers 2040 : pas de quoi répondre à l’actuelle envolée des prix de l’énergie. Et ce d’autant que, s’ils voient le jour, les SMR produiront une électricité ruineuse : il est impossible d’assurer la rentabilité de petits réacteurs, lesquels ne produiront pas assez d’électricité pour cela.

D’autre part, le choix de l’emplacement d’un SMR est insoluble. Notons d’abord qu’il est impossible de nos jours de créer une centrale nucléaire dans un nouveau site, particulièrement proche d’une agglomération : les habitants se révolteraient, à commencer d’ailleurs par les pronucléaires !

Le risque d’une impasse énergétique pour la France

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que les projets de nouveaux réacteurs sont tous dans des centrales déjà existantes, et c’est donc la seule option disponible. Mais quel intérêt de placer un SMR, par exemple, dans la centrale nucléaire du Blayais (Gironde), perdue dans les marais à 60 km de Bordeaux ? La puissance du SMR, 170 MW, serait dérisoire pour remplacer les actuels quatre réacteurs de 900 MW, soit 3 600 MW.
On entend alors dire que les SMR pourraient être construits par « grappes ». Mais la rentabilité de dix SMR serait catastrophique pour une production à peu près comparable à celle d’un seul EPR. Ce serait alors moins absurde de faire un EPR, mais l’on retombe sur l’incapacité d’EDF à construire ce modèle.

De toute façon, l’électricien national est en situation financière dramatique et est parfaitement incapable de financer un nouveau parc de réacteurs, qu’ils soient petits ou gros, modulables ou archaïques. Mais comme les alternatives au nucléaire, en particulier les énergies renouvelables, ne sont développées qu’à la marge, le plus probable est que la France se retrouve dans une totale impasse énergétique d’ici quelques années. Il ne restera alors qu’à pleurer en se remémorant les ridicules harangues pronucléaires de la plupart des candidats à l’élection présidentielle 2022…

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Déploiement d’armes à l’uranium en Afghanistan

par Frieder Wagner (*)

Horizons et débats, Zurich,

No 21 du 28 septembre 2021

En mai 2002, l’Uranium Medical Research Center (UMRC), une ONG canadienne dirigée par le professeur Asaf Durakovic, a envoyé une équipe de recherche en Afghanistan. L’équipe de l’UMRC a commencé son travail en identifiant d’abord plusieurs centaines de personnes souffrant de maladies ou de troubles médicaux reflétant les symptômes cliniques considérés comme caractéristiques d’une contamination radioactive. Afin de déterminer si ces symptômes étaient le résultat d’une maladie due aux rayonnements, des échantillons d’urine et des échantillons de sol ont été prélevés et envoyés à un laboratoire de recherche indépendant en Angleterre. 
    L’équipe de recherche de l’UMRC a donc rapidement constaté un nombre choquant de civils afghans présentant des symptômes aigus d’empoisonnement radioactif, accompagnés de symptômes chroniques de contamination interne à l’uranium, y compris des malformations chez les nouveau-nés. Les résidents locaux ont fait état de grands nuages denses de poussière et de fumée bleu-noir s’élevant à plusieurs reprises des sites d’impact lors des bombardements depuis 2001, associés à une odeur âcre suivie d’une sensation de brûlure dans les cavités nasales, la gorge et les voies respiratoires supérieures. Les victimes ont d’abord décrit des douleurs dans la partie supérieure de la colonne cervicale, la partie supérieure des épaules, la base du crâne, des douleurs dans le bas du dos, des reins, une faiblesse articulaire et musculaire, des troubles du sommeil, des maux de tête, des problèmes de mémoire et une désorientation. 
    Au total, deux groupes de recherche ont été envoyés en Afghanistan. Le premier s’est concentrée sur la région de Jalalabad. Le second a suivi quatre mois plus tard et a élargi l’étude pour inclure la capitale Kaboul et sa population s’élevant à près de 3,5 millions d’habitants. Dans la ville même, les chercheurs ont trouvé le plus grand nombre de cibles immobiles tirées pendant l’opération Enduring Freedomen 2001. L’équipe s’attendait à trouver des traces d’uranium appauvri dans les échantillons d’urine et de sol qu’elle avait prélevés. Mais l’équipe n’était pas préparée au choc engendré par les résultats: les tests effectués sur un certain nombre de personnes de Jalalabad et de Kaboul ont révélé des concentrations supérieures de 400 % à 2000 % à celles trouvées dans les populations normales – des niveaux jamais mesurés auparavant dans des études sur des civils, y compris à Tchernobyl. A Jalalabad et à Kaboul, l’uranium était à l’origine des taux élevés de maladies. 
    Contrairement à ce qui s’est passé en Irak, les tests de laboratoire effectués par l’UMRC en Afghanistan ont révélé de fortes concentrations d’uranium non appauvri – la contamination était donc beaucoup plus élevée que chez les victimes de l’uranium appauvri en Irak. En Afghanistan – selon l’UMRC – un mélange d’uranium dit «vierge» et de déchets issus des processus d’enrichissement dans les réacteurs nucléaires a été utilisé, car l’uranium 236 a également été trouvé dans tous les échantillons, et l’uranium 236, comme nous le savons maintenant, n’existe pas dans la nature et n’est produit que lors du retraitement des barres de combustible des centrales nucléaires. 
    Les habitants de Kaboul qui ont été directement exposés aux bombardements de précision américano-britanniques ont donc montré des signes extrêmes de contamination par les alliages d’uranium. Les personnes touchées par les bombardements ont également signalé des symptômes semblables à ceux de la grippe: écoulements et saignements naseaux et saignement de la muqueuse buccale. L’équipe de recherche elle-même s’est plainte de symptômes similaires pendant son séjour. La plupart de ces symptômes ont duré de quelques jours à quelques mois. En août 2002, l’équipe de l’UMRC a terminé son analyse préliminaire des résultats en provenance d’Afghanistan: sans exception, toutes les personnes ayant donné un échantillon d’urine ont été testées positives à la contamination à l’uranium. Les résultats spécifiques ont montré un niveau de contamination effrayant. Les concentrations étaient 100 à 400 fois supérieures à celles des vétérans de la guerre du Golfe testés par l’UMRC en 1999 et plus tard en 2003 avec nous en Irak. 
    Au cours de l’été 2003, l’équipe de l’UMRC est retournée en Afghanistan pour mener une enquête plus large. Cela a révélé une exposition encore plus importante que ce que l’on pensait initialement. Environ 30 % des personnes interrogées dans les zones touchées ont présenté des symptômes de maladie des rayons. Les nouveau-nés faisaient également partie des porteurs de symptômes, et les anciens du village ont signalé que plus de 25 % de tous les enfants étaient inexplicablement malades. 
    En résumé, selon l’UMRC, l’Afghanistan a servi de terrain d’essai pour une toute nouvelle génération de munitions à l’uranium et de bombes contenant de fortes concentrations de toutes sortes d’alliages d’uranium. Le professeur Mohammad Daud Miraki, un Afghan d’origine vivant aux Etats-Unis, m’a expliqué – après son voyage en Afghanistan – il avait vu et photographié des enfants gravement endommagés dans les hôpitaux de Kaboul, par exemple, qui mouraient ensuite dans d’atroces souffrances quelques jours après leur naissance. En outre toutes les personnes concernées, c’est-à-dire les médecins de ces enfants, mais aussi leurs parents, devaient craindre non seulement pour leur carrière, mais aussi pour leur vie, en cas d’une participation à des enquêtes sur des dommages liés à un passé d’armes à l’uranium. Plus précisément, le Dr Miraki a cité: «Les parents ne voulaient pas donner leurs noms et ceux de leurs enfants affligés, et les médecins ne voulaient pas participer à de telles enquêtes.»
    Il apparaît qu’à l’époque de la chasse d’une poignée de terroristes, comme Oussama ben Laden, en Afghanistan on a empoisonné un nombre énorme, encore inconnu, de civils innocents, dont un nombre disproportionné d’enfants. Les experts estiment que le nombre de ces personnes contaminées s’élève à plusieurs dizaines de milliers, et bientôt à plusieurs centaines de milliers. Des chiffres similaires s’appliquent à l’Irak, à la Bosnie et au Kosovo, où les Alliés ont également utilisé des tonnes de munitions et de bombes à l’uranium. Le gouvernement américain admet aujourd’hui avoir trouvé de l’uranium dans l’urine de ses propres soldats, mais affirme que, dans la plupart des cas, c’est trop peu pour les rendre gravement malades. Cependant, les chiffres publiés jusqu’à présent vont dans le sens inverse. 
    Entre-temps, des scientifiques neutres, dont le Prof. Dr. Asaf Durakovic, le médecin allemand Prof. Dr. Siegwart-Horst Günther, la biologiste des radiations Dr. Rosalie Bertell ainsi que le scientifique américain Dr. Leonard Dietz, mais aussi des scientifiques militaires américains ont prouvé que les armes à l’uranium sont des armes de destruction massive devant être interdites dans le monde entier. Par conséquent, l’Allemagne devrait immédiatement exiger la renonciation à cette technologie militaire en vertu du droit international. 
    Il y a quelque temps, on pouvait à nouveau lire dans la presse qu’environ 100 000 soldats allemands avaient été déployés en Afghanistan ces dernières années. Ces soldats étaient stationnés à Kunduz, Feisalabad et Massar-i-Sharif. En d’autres termes, dans des régions où le gouvernement allemand et le ministère de la défense doivent savoir que des obus et des bombes à l’uranium ont été utilisés par des avions de guerre américains à l’automne 2001 dans le cadre de l’opération «Liberté immuable». Les scientifiques et les médecins neutres, ainsi que les ONG comme l’UMRC, craignent donc que 30 % au moins de ces soldats allemands, et cela vaut pour tous les soldats déployés là-bas, aient pu être contaminés avec des nanoparticules d’uranium, avec toutes les terribles conséquences sanitaires que cela implique en termes de déficience immunitaire, de cancers, de leucémies et de modifications génétiques, également pour leurs enfants et les enfants de leurs enfants.
    Et la population afghane? Pour eux, disent les scientifiques neutres, le risque de contamination est environ 1 000 fois plus élevé car ils doivent vivre sur place. C’est pourquoi un père afghan dont l’enfant a été tué par une bombe américaine a confié amèrement au professeur Daud Miraki:

«Nous n’avons pas d’avions, mais nous avons quelque chose que les Américains n’ont pas, à savoir des principes et une éthique. Nous ne ferons jamais rien aux enfants américains qui puisse ressembler de près ou de loin à ce que les Américains ont fait à nos enfants et à nos familles. Ils peuvent gagner d’autres batailles, mais nous avons déjà gagné la grande bataille, celle du droit moral.»

Moi aussi, j’avais initialement prévu de tourner en Afghanistan pour le film «Death Dust». Lorsque j’en ai parlé en Irak avec Tedd Weyman, qui y était allé deux fois, il m’a dit qu’il me déconseillait fortement d’aller en Afghanistan parce que certaines régions y étaient beaucoup plus contaminées par les armes à l’uranium que les pires endroits en Irak. Et comme la contamination en Irak était déjà terrible, j’ai ensuite laissé tomber cette idée.

(Traduction Horizons et débats)

(*) Frieder Wagner est un journaliste et producteur de films de nationalité allemande. Cf. Wikipedia https://de.wikipedia.org/wiki/Frieder_Wagner

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Fuite radioactive dans un EPR chinois

Fuite de gaz rares dans un EPR chinois, défaut lourd de conséquences pour EDF. 

Pierre Péguin,

 août 2021

La fuite de gaz rares de l’EPR chinois met au jour un défaut générique des gaines des barres de combustibles dont la gravité est sous-estimée.
La stratégie d’EDF paraît contestable face à un problème technologique irrésolu qui touche les réacteurs les plus puissants et en particulier la filière  EPR.

Depuis la révélation par la chaîne américaine CNN de la fuite de gaz rares du réacteur EPR N°1 de Taïshan , EDF dans un communiqué du 22 juillet, a reconnu que cela vient des gaines des combustibles provenant de l’usine de Romans sur Isère. 
Sous la pression de la médiatisation du sujet, on apprend que la Chine vient d’arrêter le réacteur et qu’EDF qui restait jusque-là discret sur la fragilité des nouvelles gaines reconnaît avoir déjà rencontré ce problème dans certains réacteurs du parc!….

La Chine et la France espèrent que les choses en restent là, en minimisant l’événement jusqu’à extinction de l‘intérêt des médias.

En quoi ce problème est-il important ?

Dans les réacteurs nucléaires, trois barrières de confinement doivent empêcher que les radioéléments ne se dispersent dans l’environnement : Les gaines de combustibles, le circuit d’eau primaire de refroidissement du cœur et enfin l’enceinte de béton qui entoure le cœur du réacteur (1). La dégradation par corrosion des gaines sous l’effet du rayonnement neutronique intense est responsable de fuites de « gaz rares » vers le circuit primaire auxquels ils échappent car difficiles à piéger, contaminant l’enceinte puis l’environnement ayant ainsi franchi les barrières de confinement.

Plus grave il vient d’être constaté à Chooz que la corrosion de gaines les rendent fragiles, leur rupture pouvant avoir de très graves conséquences (2).

Ce n’est donc pas une question anodine, qu’EDF cherchait jusque-là à contourner et à camoufler, jouant une fois de plus discrètement avec la santé des travailleurs, voire des populations environnantes.

Tout d’abord qu’appelle-t-on « gaz rares »,  ce sont des gaz inertes qui n’interagissent avec rien, donc très difficiles à piéger. Ils existent en très faible proportion dans l’air. Mais ceux issus des réactions de fission nucléaire sont radioactifs et donc irradient. Il s’agit du Xénon 133, et du krypton 85.

EDF prétend que puisque les gaz rares ne sont pas métabolisés par les organismes vivants, ils n’interfèrent pas avec les tissus vivants. C’est évidemment faux puisqu’ils sont radioactifs. Ils peuvent provoquer des irradiations externes et aussi internes s’ils sont inhalés. C’est d’abord le personnel qui risque d’être touché par l’air contaminé du bâtiment réacteur, mais ça arrange le lobby de minorer la question sous prétexte que les gaz se diluent dans l’air. 

Passé sous silence le problème n’est pas nouveau,

 Mais on apprend que cette corrosion est apparue récemment dans un des deux réacteurs de la centrale de Chooz. Dans une discrète note d’information publiée le 13 juillet dernier, EDF annonce que des phénomènes de « corrosion atypique » (3) ont été observés sur le combustible de certains réacteurs du parc parmi les plus puissants, à Chooz,  Civaux et à Cattenom.

Dans tous les cas il s’agit de combustibles dont les gaines sont en alliage dit « M5 ». Il s’agit, comme ses prédécesseurs, d’un alliage à base de zirconium dont la composition est modifiée dans le but  d’accroître sa capacité à résister aux conditions extrêmes de fonctionnement des réacteurs les plus puissants (4).

L’enjeu pour EDF est essentiel. Ces combustibles aux gaines  en M5 équipent les EPR de Chine et celui de Finlande qui ne fonctionne pas encore. Ils sont en cours de livraison à l’EPR de Flamanville, fameux réacteur EPR déjà construit laborieusement avec cuve et éléments non conformes et le voila en outre alimenté en combustibles inadaptés ! S’il fonctionne un jour, ce qui n’est pas certain, ce sera en sous fonctionnement déjà rendu nécessaire par la cuve fragilisée du fait de la composition irrégulière de l’acier.  

Que sait-on du problème rencontré ? (5)

Il s’agit de phénomènes de corrosion favorisés par les conditions extrêmes de radioactivité, de température et de déformations dans les réacteurs de 1400 MWe et l’EPR chinois de 1750 MWe. Le groupe chinois CGN, principal actionnaire de ce dernier  a annoncé le 30 juillet  sa mise à l’arrêt, décision qui suit de près l’annonce par EDF le 22 juillet  que les fuites conduiraient à l’arrêt du réacteur s’il était en France.

Une fois amorcée, la corrosion ne peut qu’empirer (« inétanchéïté évolutive des crayons ») et le réacteur doit être arrêté pour vérifier les combustibles touchés.

A ce jour, du combustible à gainage en alliage M5 est présent dans 17 réacteurs de 900 MWe, trois de 1300 MWe et les quatre de 1450 Mwe. Il équipe aussi des réacteurs à l’étranger.

Plus grave : Risques de rupture  

EDF prétend que la corrosion accélérée des gaines de combustible M5 n’entraîne pas de risque de rupture des crayons et ne présente pas d’enjeu de sûreté.  Or quand EDF a voulu examiner les crayons corrodés du réacteur n°2 de Chooz, deux se sont cassés. Un événement exceptionnel et inquiétant qui montre la fragilisation des éléments de combustibles touchés par ce phénomène.

On peut alors se demander si le risque de rupture de l’un des milliers de crayons de combustible, en cours de fonctionnement du réacteur, ne serait pas possible avec de très graves conséquences difficiles à imaginer. Cela peut-il être vraiment à exclure ?

Cela n’empêche pas EDF d’annoncer son intention de recharger les deux réacteurs de la centrale de Chooz avec « certains assemblages présentant de faibles épaisseurs de corrosion » quitte à en en limiter la puissance de fonctionnement à 92 % de leur capacité. Il en sera de même pour ceux de Civaux et de Cattenom !

Quelles leçons tirer de ces évènements ?

Remarquons que les responsables de l’électronucléaire  étaient bien conscients du problème de la corrosion des gaines de combustibles avant qu’il ne soit (aimablement) médiatisé par les Etats Unis, ce qui le fit connaître du grand public et mit en lumière les trésors d’ingéniosité qu’avait déployés EDF pour le camoufler.

– Il s’agit pour EDF de disposer de gaines de combustibles résistant aux conditions de fonctionnement de réacteurs les plus puissants, ceux du parc de 1400MWe, et ceux à venir, les EPR de 1750MWe. Et il apparaît que l’alliage M5 est inadapté, qu’il ne peut garantir l’étanchéité des gaines et jouer son rôle de barrière de confinement. La rupture catastrophique d’éléments de combustibles corrodés n’est pas à exclure.

– EDF prend le risque de continuer à alimenter des réacteurs avec ce combustible gainé en M5, contraint d’adapter leur fonctionnement aux gaines défectueuses en réduisant leur puissance.

– Enfin notons que l’expérience du fiasco de superphénix en attendant celui à venir d’Iter, n’a pas servi de leçon : EDF est à nouveau victime du gigantisme promu par l’élite des nucléocrates qui s’enferrent dans des problèmes technologiques difficiles à résoudre. 

Ainsi la fuite de gaz rares de l’EPR chinois révèle la faiblesse technologique de la 1ère barrière de confinement, celle des gaines de combustibles dégradées par la corrosion des réacteurs de très grande puissance et en particulier des EPR. 
Il s’agit là d’un grave défaut générique pour lequel la seule solution actuelle est le fonctionnement à puissance réduite.

La stratégie contestable d’EDF se traduit par l’intention de charger les EPR avec ce type de combustibles, et même de recharger des éléments déjà corrodés dans certains réacteurs avec les risques que cela comporte. L’électricien ne dispose peut-être pas de solutions de rechange….

Se confirme ainsi l’échec des projets surdimensionnés impliquant d’atteindre les limites technologiques disponibles économiquement.

(1) Les assemblages de combustible nucléaires, Le cœur d’un réacteur nucléaire est composé d’assemblages de combustible (205 pour un réacteur de 1450 MW). Chaque assemblage contient 264 crayons, tubes d’alliage de zirconium (1ère barrière de confinement), de  longueur de quatre mètres et de diamètre d’un centimètre, dans lesquels sont empilées les pastilles d’uranium (et de plutonium éventuellement).
En fonctionnement, ces assemblages sont traversés de bas en haut par l’eau du circuit primaire chargée d’évacuer la chaleur vers le circuit d’eau secondaire alimentant les générateurs de vapeur.
Les assemblages et les crayons de combustible sont fabriqués en France par Framatome, filiale d’EDF, à Roman/Isère. Les pastilles de combustible sont préparées au Tricastin et à Marcoule.

(2) De graves dégâts possibles. À Chooz, lorsque des crayons de combustible oxydés ont été retirés des assemblages pour les analyser, ils se sont brisés. La première barrière de confinement peut donc être tellement altérée par l’oxydation qu’elle ne résiste plus aux manipulations. Le risque est donc une contamination de l’eau du circuit primaire par du combustible radioactif et des produits de fission !  
Rappelons que le circuit primaire est non seulement chargé d’évacuer la chaleur du coeur, mais joue aussi le rôle de deuxième barrière de confinement. Si son étanchéité n’est pas parfaite (et c’est le plus souvent le cas compte tenu des milliers de soudure), il ne reste plus que l’enceinte en béton (mur traversé par de multiples tuyaux, des canalisations et de  nombreuses ouvertures…) pour confiner la radioactivité.

(3) Observations de la corrosion : La fiabilité des crayons à gainage en alliage M5 avait déjà été mise en doute dès 2001 du fait de l’apparition de fuites au niveau des soudures entre les tubes et les bouchons.  Plus récemment des traces blanchâtres localisées sont constatées sur des assemblages et des particules de couleur blanche de quelques millimètres sont recueillies dans les dispositifs anti-débris. Il apparaît que les particules observées sont la conséquence d’une oxydation, plus importante qu’attendue, des gaines des crayons de combustible.

(4) Constitution des gaines
https://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Actualites/Documents/irsn_surete-parc-2008_gainage-combustible-M5.pdf

Les gaines sont en alliage de zirconium, métal utilisé notamment parce qu’il absorbe peu les neutrons, enrichi de différents éléments tels que chrome, fer, nickel, niobium étain, etc. L’alliage utilisé précédemment s’appelait Zircaloy4. Mais EDF met en œuvre depuis plusieurs années sur son parc de réacteurs l’alliage dit Massif 5 (M5) de composition un peu différente. Cet alliage a été développé en vue d’améliorer la résistance à la corrosion, à la déformation et à l’hydruration (ou absorption d’hydrogène) du gainage  sous l’effet de l’irradiation neutronique.

C’est dès 1988 que des essais ont commencé par le chargement de quelques crayons de combustible ainsi gainé, jusqu’à l’introduction en1999 d’une première recharge complète dans le réacteur de Nogent 2. Les gaines des crayons étaient alors en alliage M5 mais la structure des assemblages (grilles de maintien…) était toujours en zircaloy 4. Mais dès 2001 des fuites de gaines d’assemblages de combustible équipés de crayons en alliage M5 ont été observées. Ce n’est qu’en 2004 que le premier chargement d’assemblages « tout M5 » est intervenu dans la tranche 2 de la centrale de Nogent.

(5) « Corrosion atypique des gaines de quelques crayons de certains assemblages » avaitannoncé l’industriel le 13 juillet 2021. Des « traces blanchâtres » et des « particules de couleur blanche » ayant été observées sur des assemblages de combustible d’abord à Chooz, puis à Civaux et enfin à Cattenom.

EDF avait déclaré le 7 juillet , auprès de l’Autorité de sûreté nucléaire, un événement significatif de sûreté générique de niveau 0 sur l’échelle INES qui en compte 7, pour les réacteurs suivants : Chooz 2, Civaux 2, Cattenom 3. https://www.edf.fr/sites/default/files/ess_gen_niv0_k_juillet2021_0.pdf

Pour EDF la faible teneur en fer de l’alliage des gaines serait en partie responsable de leur dégradation, mais aussi la température particulièrement élevée en haut du cœur, zone où des gaines se sont détériorées dans deux réacteurs de 1450 MWe en France. Par ailleurs les opérations d’insertion des crayons dans les grilles de maintien de ces crayons peuvent créer des copeaux à l’origine de pertes d’étanchéité.

Toujours est-il que le problème n’est pas résolu !

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Décryptage de l’engouement pour la voiture électrique

Pierre Péguin, physicien,

et Ivo Rens, historien et juriste

3 mars 2021

Depuis quelques années, de par le monde, la voiture électrique qualifiée de “voiture propre”, est présentée comme la solution aux problèmes de pollution et de climat par les politiques et les médias. Elle répondrait aux exigences d’une société écologique de progrès. S’il est vrai que les véhicules restent indispensables, particulièrement dans la vie rurale, il est nécessaire de pouvoir en disposer qui soient sobres en consommation, fabriqués et recyclés en faisant le moins de dégâts écologiques et sociaux possibles.

L’achat des voitures fonctionnant à l’électricité, bien que généreusement subventionné en France et dans d’autres pays, reste onéreux et s’adresse d’abord à un public aisé s’équipant d’une voiture secondaire pour la ville. Mais est-on sûr que leur bilan complet soit réellement écologique ? Tentons d’élucider cette question qui vaudra aussi pour les voitures hybrides, mutatis mutandis.

En outre, face aux mesures mises en œuvre en France comme ailleurs dans le monde, mais aussi face à l’effet de mode et à l’engouement du public, tentons de voir ce que peut signifier cette promotion volontariste pour l’évolution de la société.

Le scandale écologique de la prime à la casse de véhicules en état de marche (1).

Alors qu’une société sobre se doit de renoncer à l’obsolescence programmée des objets fabriqués industriellement, voilà que des primes sont proposées pour mettre à la casse des voitures en état de marche. Il s’agit de les remplacer par des véhicules neufs plus lourds, fabriqués avec encore plus de matériaux, ceux des batteries électriques, et avec tous les gadgets modernes dont la fabrication énergivore est source de pollutions supplémentaires !

Le prétexte environnemental est que les voitures neuves, consomment moins que celles qu’elles remplacent. Certes les vieilles bagnoles consomment et polluent davantage, mais en continuant à rouler longtemps, entretenues ou rafistolées (comme en Afrique…), elles évitent la fabrication polluante et gourmande en matériaux à extraire, en énergie et en eau, de voitures neuves électriques.

Un autre gaspillage d’argent public réside dans l’installation, à grands frais, de bornes de recharge, avec places de stationnement, et dans le dégrèvement fiscal accordé à l’énergie électrique de recharge, aux bornes ou au domicile. Ces avantages bénéficient bien sûr aux tranches sociales assez aisées pour s’offrir ces véhicules électriques déjà généreusement subventionnés…

La voiture électrique est-elle écologique ? (2),(3), (4)

Le plus souvent, les acheteurs de voitures électriques estiment avoir fait un choix écologique, et il est bien vrai que l’utilisation de ce type de véhicules réduit la pollution de l’air dans les agglomérations. Mais leur production se révèle nettement plus énergivore, et polluante que celle des voitures thermiques. En effet la fabrication de leur batterie compte pour près de la moitié dans leur coût énergétique et requiert l’extraction de métaux rares.

Aujourd’hui, le point crucial d’une voiture électrique est sa batterie, le plus souvent produite en Chine. C’est elle qui en détermine un certain nombre de caractéristiques, dont l’autonomie et la puissance. Elle est responsable de l’accroissement important du poids du véhicule, elle en constitue aussi l’élément le plus coûteux. Mais surtout, elle est à l’origine de pollutions, de dégâts environnementaux et sanitaires provoqués par l’extraction, principalement dans le Tiers monde, de tous les matériaux nécessaires à sa fabrication. Quant aux mineurs qui sont parfois des enfants et aux autres acteurs impliqués dans cette extraction, ils sont le plus souvent embauchés pour un salaire de misère et avec des conditions de travail épouvantables. (4)

Paradoxalement, la production de voitures électriques est étroitement dépendante de l’industrie minière. En effet pour fabriquer leurs batteries on a besoin de lithium (provenant du Chili), en fonction des technologies elles contiennent du cobalt (dont plus de la moitié provient du Congo-Kinshasa), du nickel (de Nouvelle Calédonie), du manganèse (du Gabon). Ajoutons que leur fabrication requiert quatre fois plus de cuivre qu’il n’en faut aux voitures thermiques et que, pour alléger le surpoids de la voiture, il faut aussi remplacer l’acier par 3 à 4 fois plus d’aluminium dont l’élaboration est très gourmande en énergie. Est-il besoin de préciser que l’industrie minière est totalement dépendante des combustibles fossiles dont elle n’est pas précisément une petite consommatrice. Finalement, la fabrication de ces batteries, et donc des voitures électriques, est pratiquement deux fois plus polluante à produire que la voiture thermique. Et si au moins les batteries étaient recyclées comme annoncé. Malheureusement, tel n’est pas le cas, pour l’instant du moins, seuls les éléments les plus faciles à récupérer le sont.

Qu’en est-il de son bilan énergétique ?

Certes, au conducteur, la consommation énergétique du véhicule électrique paraît exemplaire : la quantité et le coût de l’électricité nécessaire pour le faire rouler sont minimes. Mais qu’en est-il alors du rendement thermodynamique de la voiture électrique comparée à celui de la voiture thermique ? D’après Philippe Lebreton (5), la voiture électrique utilise moins de 20 % de l’énergie fournie par l’uranium ou les hydrocarbures en centrale thermique du fait des rendements successifs, en cascade, de la centrale, de la batterie, et du moteur électrique. Ce faible rendement est à comparer à celui de la voiture thermique qui oscille autour de 30%. Voici ce qu’en disait Philippe Lebreton il y a un quart de siècle (5):

Pour comparer les rendements respectifs des véhicules électriques, et thermiques il faut partir des énergies primaires, d’une part pour la production d’électricité essentiellement en centrales thermiques (nucléaire et fossiles), et d’autre part du carburant tiré à la pompe.

Pour la voiture électrique, sachant que le rendement de conversion de chaleur en centrale thermique est à peu près de 30 % pour le nucléaire, meilleur pour le fuel, le charbon et surtout le gaz pour lequel on approche les 50 %. Sachant aussi que le rendement du stockage de l’électricité en batterie est de l’ordre de 65 %, à condition que la recharge ne soit pas accélérée, puis que le moteur électrique de la voiture aura un rendement de l’ordre de 85 %. On s’aperçoit finalement que seuls 15 à 16 % de l’énergie fournie par la désintégration de l’uranium ou 20 à 21 % de la combustion de fossiles est utilisée par la voiture électrique. Tout le reste est perdu en chaleur, et de plus le rendement baisse s’il faut réchauffer l’habitacle ou au contraire le climatiser.

Pour simplifier, il n’est pas pris en compte tout ce qu’implique l’extraction et la transformation de l’uranium ou du pétrole, dont les dégâts sont considérables, plus graves encore pour l’uranium que pour les hydrocarbures.

Quant à la voiture à essence ou diesel, son rendement moyen est actuellement de 30 % meilleur (ou moins mauvais!) que celui de la voiture électrique Il est susceptible de progrès dans l’avenir, sa limite théorique du fait du 2nd principe de la thermodynamique étant d’environ 60% (6) (7).

En France, l’électricité fournie aux bornes de recharge est alimentée à 70 % par la filière nucléaire qui crée d’énormes quantités de déchets radioactifs pour des milliers d’années. Cette filière a connu en un quart de siècle les accidents de Tchernobyl (1986) et de Fukushima (2011), avec des conséquences séculaires. Aussi peut-on dire des propriétaires de véhicules électriques qu’ils roulent au nucléaire, qu’ils se rendent co-responsables de risques majeurs menaçant leur pays, leur continent, voire le vivant et aussi de la formation de déchets radioactifs on ne peut plus durables dont nous confions la gestion, éminemment problématique, aux générations futures pour des dizaines de milliers d’années.

Le développement de ces voitures accroît inexorablement la demande en électricité, et permet aux gouvernants de prétendre à la nécessite de poursuivre sa production par le nucléaire. C’est d’ailleurs pour cette raison même que le chauffage électrique des immeubles continue à être promu malgré son bilan énergétique désastreux.

Il reste qu’en fonctionnement, un véhicule électrique n’émet pas de CO2 et que, au fil du temps, il pourrait compenser le surcroît de pollution engendrée par sa fabrication et celle de sa batterie. Dans beaucoup de pays, en termes de CO2, un véhicule électrique doit parcourir près de 200’000 kms pour rattraper le bilan carbone de la voiture thermique, et ce à condition que la batterie soit toujours fonctionnelle.

En revanche si, comme en Norvège, la production de l’électricité utilisée en recharge est renouvelable, il suffirait de 40’000 km pour compenser le surcroît de CO2 émis lors de sa fabrication. De même un particulier ou une collectivité produisant toute son électricité par voie photovoltaïque obtiendrait un meilleur rendement écologique, mais ce n’est bien sûr pas le cas de l’immense majorité des utilisateurs.

Quant à la pollution aux particules fines, d’après les nouvelles normes européennes de pollution, les gaz d’échappement n’en sont plus la principale source, même si ceux du diesel restent les plus toxiques. L’abrasion des pneus et des plaquettes de frein compte en effet pour 90 % de ces émissions.

Dans le cas des hybrides rechargeables, le bilan énergétique est également défavorable car le poids mort de la batterie entraîne une surconsommation énergétique permanente.

En guise de conclusion provisoire

Promu à l’échelle mondiale, sans la moindre réserve par nos dirigeants, pour des raisons écologiques mais surtout climatiques, le remplacement des voitures thermiques par des voitures électriques devait permettre de ne plus polluer l’air des villes et de limiter le réchauffement climatique. C’est pourquoi, dans différents pays, les autorités favorisent fiscalement et parfois même subventionnent directement les acquéreurs de voitures électriques. Dans certains pays, l’électrification du parc automobile est en bonne voie. L’air des grandes villes deviendra plus respirable et d’aucuns croiront avoir œuvré pour l’écologie. En réalité, la diffusion des voitures électriques n’aura fait que déplacer la pollution notamment vers les pays producteurs des minerais nécessaires à la production des batteries électriques et vers ceux exportant l’uranium destinés aux centrales nucléaires. Car, pour être scientifiquement pertinente, l’analyse de tout processus économique doit aller du berceau à la tombe et ne pas s’arrêter à mi-chemin.

En adoptant des normes restreignant drastiquement les émissions de CO2, l’Union européenne a emprunté une voie favorisant l’essor des voitures électriques adapté à une clientèle aisée, délaissant ainsi la conception de petits véhicules thermiques sobres, rustiques au coût écologique moindre, ne consommant guère plus de 3 litres aux cent kilomètres.

Dans cet ordre d’idées, on peut s’étonner que les autorités politiques non seulement européennes mais mondiales n’ont jamais même tenté de taxer le kérosène qui a permis de doper une aviation devenue pléthorique ni d’interdire l’utilisation de fuels lourds utilisés à satiété par le trafic maritime qui a puissamment contribué à polluer les mers et les océans. Et que dire de la frilosité de la plupart des Etats peu enclins à favoriser le transport ferroviaire des personnes et des marchandises ?

Mais tentons d’aller plus loin. N’y a-t-il pas lieu de s’interroger sur les conséquences sociétales du développement imposé de la voiture électrique ? Se pourrait-il que cette dernière ne constitue qu’un aspect d’une transformation en cours de la société ? Avec l’imposition en France des compteurs électriques connectés Linky, le déploiement mondial de la G5, la diffusion des objets connectés, le rêve de la voiture autonome et le mythe d’une électrification intégrale, n’assistons-nous pas à la mise en place de l’infrastructure d’une société complètement normée et surveillée évoquant le célèbre 1984 de George Orwell ? (8)

Il y a d’ores et déjà sur la planète 1,4 milliards de véhicules automobiles à quatre roues. (9) Et il semble bien que le véhicule autonome soit tout sauf exemplaire en sobriété. Pour passer d’un véhicule actuel à un véhicule capable de se conduire et de se garer tout seul, pour remplacer la perception et la conduite humaine par des algorithmes, il faut quantité d’équipements supplémentaires : caméras, radars et d’innombrables capteurs gérés par des ordinateurs. Tout cela comporte des conséquences écologiques avec encore plus d’extraction de métaux rares, plus de centrales nucléaires et aussi plus de centres de données (data centers) dont le refroidissement est gourmand en énergie électrique… et il n’est pas dit qu’ils puissent tous être déplacés ailleurs !

L’engouement actuel pour la voiture électrique n’a de justification ni thermodynamique ni écologique. Il amorce une mutation sociétale qui n’a rien de spontané. Cette mutation a vraisemblablement été conçue déjà vers la fin du siècle dernier dans les arcanes de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) en marge de réflexions sur la courbe de Keeling (10) qui mit en relation la hausse continue du CO2 dans l’atmosphère avec la consommation des énergies fossiles par les sociétés humaines. Mais son histoire reste à écrire…

Notes

 (1) « La voiture électrique et le compteur Linky : deux béquilles absurdes et vaines pour une société techniciste aux abois… » Communication de Stéphane Lhomme, décembre 2020.

(2) « Non la voiture électrique n’est pas écologique », Reporterre, Célia Izoard, 1 septembre 2020 ,

https://reporterre.net/Non-la-voiture-electrique-n-est-pas-ecologique,

(3) Challenges du 21/03/2018 « Et si la voiture électrique était un désastre écologique ? » par Nicolas Meunier. https://www.challenges.fr/automobile/dossiers/et-si-la-voiture-electrique-etait-un-desastre-ecologique_575450,

(4)« La voiture électrique cause une importante pollution minière » Reporterre, Célia Izoard, 2 septembre 2020 ,

https://reporterre.net/La-voiture-electrique-cause-une-enorme-pollution-miniere,

(5) Philippe Lebreton – « le véhicule électrique autonome : alternative écologique crédible ou gadget électropublicitaire », 1995, Stratégies Energétiques, Biosphère et Société (SEBES).

(6) Courriel de Philippe Lebreton à Ivo Rens, 26 septembre 2020.

(7) « Le moteur thermique n’a pas dit son dernier mot » Sciences et Avenir https://www.sciencesetavenir.fr/high-tech/automobile-le-moteur-thermique-n-a-pas-dit-son-dernier-mot_106708,

(8)« Derrière la voiture électrique, l’empire des Gafam » Reporterre, Célia Izoard, 3 septembre 2020

https://reporterre.net/Derriere-la-voiture-electrique-l-empire-des-Gafam,

(9) Transitions & Energies, https://www.transitionsenergies.com/combien-voitures-monde/

(10) https://fr.wikipedia.org/wiki/Courbe_de_Keeling

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