- AFP parue le 12 sept. 2023 – 19h18
Face à la « peste climatique », ils ne veulent pas du « choléra nucléaire »: près d’un demi-siècle ans après la construction des premières centrales françaises, plusieurs centaines de scientifiques contestataires sont montés au créneau mardi contre la relance de l’atome voulue par l’exécutif.
« On nous propose de remplacer la peste par le choléra, la peste climatique par le choléra nucléaire », s’est insurgé mardi Marc Denis, docteur en physique atomique et moléculaire. Celui-ci était invité à présenter ses arguments, avec d’autres contempteurs de l’atome, dans une salle de l’Assemblée nationale, sous le regard de députés de la France insoumise (LFI) et de EELV qui avaient organisé la manifestation.
Un nouvel appel visant à « refuser tout nouveau programme nucléaire » met en garde contre les dangers de cette énergie et conteste sa pertinence pour limiter le changement climatique. Signé en juin par 500 scientifiques, alors que le gouvernement a décidé de relancer cette industrie et de construire dans les prochaines années six réacteurs EPR2 de nouvelle génération, avec une option pour huit supplémentaires, il revendique désormais 1.000 signatures de scientifiques.
S’il ne nie pas la nécessité de réduire urgemment les émissions de gaz à effet de serre face au désastre climatique, Bernard Laponche, physicien nucléaire et déjà signataire de l’appel de 1974, s’interroge : par rapport aux énergies renouvelables comme l’éolien ou le photovoltaïque, « pourquoi choisir la solution la plus polluante, la plus dangereuse du point de vue des accidents et la plus chère ? ».
Dans les années 70, observe-t-il, la possibilité de réduire la consommation d’énergie et de développer les renouvelables « moins dangereuses, plutôt plus favorables sur la question climatique et beaucoup moins chères » n’avait pas encore gagné les esprits, remarque-t-il.
« Déni de démocratie »
« Pour respecter l’accord de Paris » de la COP21 conclu en 2015 et réduire de 55% les émissions de CO2 par rapport à 1990 d’ici à 2030, comme s’y est engagée l’UE, Jean-Marie Brom, physicien du nucléaire et directeur de recherche émérite au CNRS, estime que « la construction de six EPR2 », qui ne pourront produire de l’électricité « au mieux qu’en 2037-2040, ne sera d’aucun secours ».
Pendant une heure, les opposants, pour la plupart des « anti » historiques, qui craignent parfois d’être moqués pour leurs tempes grisonnantes, ont également énuméré les dangers que représentent les déchets nucléaires, les risques d’accident et le coût financier. Ils ont rappelé que l’EPR de Flamanville accuse 12 ans de retard et a vu son budget exploser par rapport à l’enveloppe initiale.
A l’inverse, les partisans du nucléaire, à commencer par le gouvernement, y voient un moyen de préserver la souveraineté énergétique de la France tout en réduisant la consommation d’énergies fossiles et les émissions de CO2.
Au-delà des reproches traditionnels faits au nucléaire, quelques opposants à l’atome ralliés à la cause plus récemment, comme Jeanne Mermet, jeune activiste qui se présente comme « ingénieure déserteuse », pointent un « déni de démocratie flagrant », s’agissant de la politique énergétique du pays.
Le choix de relancer le nucléaire « doit être concerté et débattu, pas seulement sous ses aspects techniques par un petit nombre d’experts, mais dans toutes ses composantes (écologiques, sociales, économiques), avec l’ensemble de la société, en s’appuyant sur les savoirs de la communauté scientifique et dans la prise en compte de la justice sociale et climatique », a-t-elle plaidé.
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14 sept. 2023 – 10:38
Légitime que des lanceurs d’alerte s’opposent à une énergie du monde d’avant. Ils étaient présentés à l’époque comme impossibles, et pourtant les accidents graves ou majeurs se sont multipliés, entraînant des rejets massifs de matières radioactives. Ils ont touché aussi bien des cœurs de réacteurs (Three Mile Island, Tchernobyl, Fukushima) que des dépôts de déchets radioactifs ou des usines de combustible (Mayak, Tokaimura, WIPP, Asse).
De vastes zones géographiques ont été ainsi rendues toxiques pour tous les êtres vivants et les irradiations et les contaminations radioactives continuent de faire de nombreuses victimes, y compris autour des installations en fonctionnement « normal ».
J’ajoute que l’industrie du nucléaire a officiellement accumulé en France plus de 2 millions de tonnes de déchets radioactifs, dont 200 000 tonnes dangereuses sur de longues périodes, un volume très sous-estimé qui ne comptabilise ni les stériles et déchets miniers abandonnés à l’étranger, ni les « matières » destinées à un hypothétique réemploi (combustibles usés, uranium appauvri, uranium de retraitement…).
Le démantèlement et la dépollution des sites déjà contaminés sont à peine engagés, s’annoncent excessivement longs et coûteux, et vont encore aggraver le bilan des déchets.
Pourtant, hors de tout débat démocratique, et sans avoir procédé à un réel bilan des choix passés et des options qui s’offrent aujourd’hui, nos gouvernants s’apprêtent à relancer un nouveau programme électronucléaire. Sous prétexte d’urgence climatique, et sur la base d’arguments tronqués, simplistes, voire lourdement erronés, des lobbyistes disposant d’importants relais médiatiques s’emploient à organiser l’amnésie.
Rappelons que les conséquences d’accidents majeurs tels que Tchernobyl et Fukushima ne peuvent se réduire à un petit nombre de morts « officiels ». Le fait qu’un bilan sanitaire et économique sérieux du drame de Tchernobyl ne soit toujours pas établi devrait interpeller tout esprit scientifique. Un large éventail de morbidités affecte les habitants des territoires contaminés : conditions de vie dégradées, paupérisation et stigmatisation seront leur lot pour des siècles.
Deux faits majeurs de notre actualité devraient plus que jamais nous alerter : le dérèglement climatique, qui s’accélère, et la guerre en Ukraine. La raréfaction de l’eau douce et la réduction du débit des fleuves liés à une sécheresse bientôt chronique en France, tout autant que les risques de submersion des zones côtières dus à l’élévation du niveau des océans et à la multiplication d’évènements climatiques extrêmes vont rendre très problématique l’exploitation des installations nucléaires. Miser sur de nouveaux réacteurs dont le premier serait, au mieux, mis en service en 2037 ne permettra en rien de réduire dès aujourd’hui et drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre, comme l’urgence climatique l’exige. Par ailleurs, au-delà des horreurs de la guerre, la vulnérabilité de la centrale de Zaporijia menace l’Europe entière. Dans un tel contexte d’instabilité géopolitique, comment allons-nous garantir la paix éternelle requise par le nucléaire ?
N’hésitez pas à signer l’appel ici : https://appel-de-scientifiques-contre-un-nouveau-programme-nucleaire.or…
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