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Professeur honoraire de l'Université de Genève

Bruno Retailleau veut « stopper le financement des renouvelables »

Source : Reporterre 3 juillet 2025

Mercredi 2 juillet, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau a demandé l’arrêt des subventions publiques à l’éolien et au photovoltaïque. Dans une tribune coécrite avec les Républicains François-Xavier Bellamy et Julien Aubert publiée dans Le Figaro, il estime que ces énergies « n’apportent au mix énergétique français qu’une intermittence coûteuse à gérer. Il n’y a donc aucune raison de continuer de les financer par des subventions publiques ».

Il envoie ainsi un signal aux députés du Rassemblement national, qui avaient tenté de faire voter un moratoire sur les renouvelables à l’Assemblée nationale en juin dernier.

La tribune de Bruno Retailleau a scandalisé la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher. Sur France Info, elle a dénoncé des propos « irresponsables », symboles d’« une forme de populisme le plus basique ».

Même Gabriel Attal, le secrétaire général de Renaissance, l’a critiqué sur le réseau social X, dénonçant « un retour d’une forme de climatoscepticisme antiscience très inquiétant »« alors que nous subissons une vague de chaleur inédite ».

Puisque vous êtes là…

… nous avons un petit service à vous demander.
Entre la présence d’un climatosceptique à la tête de la première puissance mondiale, un gouvernement français qui flirte avec l’extrême-droite, et les catastrophes climatiques qui s’enchainent… Faire vivre l’écologie dans le débat public est un enjeu crucial.

Personne ne modifie ce que nous publions. Média à but non lucratif, nous n’avons ni actionnaire, ni propriétaire milliardaire — seulement une équipe d’irréductibles journalistes, pleine de détermination.

Nous avons la conviction que l’urgence écologique est l’enjeu majeur de notre époque. Et comme plus de 2 millions de lectrices et lecteurs chaque mois, vous partagez sans doute cette conviction…
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Anne Lauvergeon sur France-Inter : l’indécence d’une coupable radioactive… et la faillite de la radio de service public 

Stéphane Lhomme

Directeur de l’Observatoire du nucléaire

Jeudi 24 avril 2025

Source : https://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article416

L’Observatoire du nucléaire saisit l’Arcom pour dénoncer le traitement malhonnête de la question du nucléaire par France-Inter, en violation de ses obligations. 

Mercredi 23 avril 2025, France-Inter a littéralement offert son antenne à Mme Lauvergeon pour qu’elle puisse, pendant une dizaine de minutes, non seulement faire de la publicité gratuitement pour son livre, mais aussi promouvoir sans contradiction l’énergie nucléaire et enfin se comporter en indécente donneuse de leçon.

Commençons par quelques remarques à propos de France inter qui est censée se comporter de façon exemplaire en tant que radio de service public. Or, le 16 janvier 2023 (*) et le 16 février 2024 (**), deux émissions de l’emblématique « Téléphone sonne » ont été organisées avec exclusivement des invités favorables à l’atome. La partialité la plus honteuse n’est clairement plus l’apanage de RMC et d’Europe1.

Revenons-en à Mme Lauvergeon, invitée d’honneur de France-Inter. Pour mémoire, entre autres « exploits » pendant son mandat (2001-2011) à la tête d’Areva, cette dame a bradé en 2003 à la Finlande un réacteur EPR à 3 milliards alors que sa construction a coûté aux français aux environs de 20 milliards. France inter n’en ayant pas parlé, il faut rappeler que, préfigurant le désastre du chantier EPR d’EDF à Flamanville, la construction du même réacteur par Areva en Finlande a multiplié les retards et malfaçons, et est péniblement entré en service en 2003 avec 14 ans de retard. 

Par ailleurs, Mme Lauvergeon se permet de donner des leçons à la Terre entière alors que, la rédaction de France-Inter ne semble pas non plus en être informée, elle a mené Areva à la faillite, son successeur Luc Oursel n’ayant pu redresser la situation dramatique dans laquelle il avait trouvé l’entreprise en 2011.

Faut-il aussi rappeler que, même si selon la formule usuelle elle est « présumée innocente », la dame est depuis de longues années mise en examen et poursuivie en justice pour des faits de corruption, en particulier dansl’affaire Uramin : avec l’argent des citoyens français, la PDG avait fait acheter par Areva, au prix fort, des mines d’uranium… sans uranium ! 

Hélas, curieusement, le dossier de l’affaire semble avoir été enfoui dans les sous-sols des palais de justice (et de la rédaction de France-Inter). Il se dit que Mme Lauvergeon possède des dossiers compromettants sur de nombreuses personnalités, ce qui expliquerait que les procédures en justice la concernant n’aboutissent jamais.

En revanche, rien n’explique que France-Inter laisse son antenne à cette personne – avec des « questions » lénifiantes revenant objectivement à lui dérouler le tapis rouge – et ne se préoccupe ni de rappeler ses lourds échecs ni d’enquêter sur les curieuses manoeuvres de Mme Lauvergeon à la tête d’Areva, mais aussi sur celles de son bras droit de l’époque, un certain Édouard Philippe, dont on peut se demander s’il ne bénéficiait pas d’un emploi fictif (contrairement à son généreux salaire) vu que personne ne sait ce qu’il a pu bien faire dans le sillage de sa patronne. 

Terminons par une donnée sur le fond du dossier : la part du nucléaire dans la production mondiale d’électricité est passée de 17,1% en 2001 à 9,1% à ce jour, un véritable effondrement qui est totalement inconnu des citoyens de France du fait de la désinformation qui sévit sur ce sujet sur les médias privés… et sur France inter.

D’ailleurs, l’Observatoire du nucléaire saisit ce jour l’Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) afin qu’elle applique à France-Inter les mêmes sanctions que celles prises contre certains médias de l’empire Bolloré. En effet, depuis juillet 2024, suite d’une décision du Conseil d’Etat, le régulateur doit veiller, sur « les sujets prêtant à controverse », au « respect de l’obligation d’assurer l’expression des différents points de vue ». Une mission évidente… hélas oubliée de la principale radio de service public dès qu’il s’agit de nucléaire.

(*) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-telephone-sonne/le-telephone-sonne-du-lundi-16-janvier-2023-2048296

(**) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-18-20-le-telephone-sonne/le-18-20-le-telephone-sonne-du-vendredi-16-fevrier-2024-3940367

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Face à la relance du nucléaire, les « anti » ressortent du bois

  • AFP parue le 12 sept. 2023 – 19h18 

Face à la « peste climatique », ils ne veulent pas du « choléra nucléaire »: près d’un demi-siècle ans après la construction des premières centrales françaises, plusieurs centaines de scientifiques contestataires sont montés au créneau mardi contre la relance de l’atome voulue par l’exécutif.

« On nous propose de remplacer la peste par le choléra, la peste climatique par le choléra nucléaire », s’est insurgé mardi Marc Denis, docteur en physique atomique et moléculaire. Celui-ci était invité à présenter ses arguments, avec d’autres contempteurs de l’atome, dans une salle de l’Assemblée nationale, sous le regard de députés de la France insoumise (LFI) et de EELV qui avaient organisé la manifestation.

Un nouvel appel visant à « refuser tout nouveau programme nucléaire » met en garde contre les dangers de cette énergie et conteste sa pertinence pour limiter le changement climatique. Signé en juin par 500 scientifiques, alors que le gouvernement a décidé de relancer cette industrie et de construire dans les prochaines années six réacteurs EPR2 de nouvelle génération, avec une option pour huit supplémentaires, il revendique désormais 1.000 signatures de scientifiques.

S’il ne nie pas la nécessité de réduire urgemment les émissions de gaz à effet de serre face au désastre climatique, Bernard Laponche, physicien nucléaire et déjà signataire de l’appel de 1974, s’interroge : par rapport aux énergies renouvelables comme l’éolien ou le photovoltaïque, « pourquoi choisir la solution la plus polluante, la plus dangereuse du point de vue des accidents et la plus chère ? ».

Dans les années 70, observe-t-il, la possibilité de réduire la consommation d’énergie et de développer les renouvelables « moins dangereuses, plutôt plus favorables sur la question climatique et beaucoup moins chères » n’avait pas encore gagné les esprits, remarque-t-il.

« Déni de démocratie »

« Pour respecter l’accord de Paris » de la COP21 conclu en 2015 et réduire de 55% les émissions de CO2 par rapport à 1990 d’ici à 2030, comme s’y est engagée l’UE, Jean-Marie Brom, physicien du nucléaire et directeur de recherche émérite au CNRS, estime que « la construction de six EPR2 », qui ne pourront produire de l’électricité « au mieux qu’en 2037-2040, ne sera d’aucun secours ».

Pendant une heure, les opposants, pour la plupart des « anti » historiques, qui craignent parfois d’être moqués pour leurs tempes grisonnantes, ont également énuméré les dangers que représentent les déchets nucléaires, les risques d’accident et le coût financier. Ils ont rappelé que l’EPR de Flamanville accuse 12 ans de retard et a vu son budget exploser par rapport à l’enveloppe initiale.

A l’inverse, les partisans du nucléaire, à commencer par le gouvernement, y voient un moyen de préserver la souveraineté énergétique de la France tout en réduisant la consommation d’énergies fossiles et les émissions de CO2.

Au-delà des reproches traditionnels faits au nucléaire, quelques opposants à l’atome ralliés à la cause plus récemment, comme Jeanne Mermet, jeune activiste qui se présente comme « ingénieure déserteuse », pointent un « déni de démocratie flagrant », s’agissant de la politique énergétique du pays.

Le choix de relancer le nucléaire « doit être concerté et débattu, pas seulement sous ses aspects techniques par un petit nombre d’experts, mais dans toutes ses composantes (écologiques, sociales, économiques), avec l’ensemble de la société, en s’appuyant sur les savoirs de la communauté scientifique et dans la prise en compte de la justice sociale et climatique », a-t-elle plaidé.
Tous droits de reproduction et de représentation réservés – © Agence France-Presse 

Et cet excellent Commentaire d' »Esperluette »
14 sept. 2023 – 10:38 
Légitime que des lanceurs d’alerte s’opposent à une énergie du monde d’avant. Ils étaient présentés à l’époque comme impossibles, et pourtant les accidents graves ou majeurs se sont multipliés, entraînant des rejets massifs de matières radioactives. Ils ont touché aussi bien des cœurs de réacteurs (Three Mile Island, Tchernobyl, Fukushima) que des dépôts de déchets radioactifs ou des usines de combustible (Mayak, Tokaimura, WIPP, Asse).
De vastes zones géographiques ont été ainsi rendues toxiques pour tous les êtres vivants et les irradiations et les contaminations radioactives continuent de faire de nombreuses victimes, y compris autour des installations en fonctionnement « normal ».
J’ajoute que l’industrie du nucléaire a officiellement accumulé en France plus de 2 millions de tonnes de déchets radioactifs, dont 200 000 tonnes dangereuses sur de longues périodes, un volume très sous-estimé qui ne comptabilise ni les stériles et déchets miniers abandonnés à l’étranger, ni les « matières » destinées à un hypothétique réemploi (combustibles usés, uranium appauvri, uranium de retraitement…).
Le démantèlement et la dépollution des sites déjà contaminés sont à peine engagés, s’annoncent excessivement longs et coûteux, et vont encore aggraver le bilan des déchets.
Pourtant, hors de tout débat démocratique, et sans avoir procédé à un réel bilan des choix passés et des options qui s’offrent aujourd’hui, nos gouvernants s’apprêtent à relancer un nouveau programme électronucléaire. Sous prétexte d’urgence climatique, et sur la base d’arguments tronqués, simplistes, voire lourdement erronés, des lobbyistes disposant d’importants relais médiatiques s’emploient à organiser l’amnésie.
Rappelons que les conséquences d’accidents majeurs tels que Tchernobyl et Fukushima ne peuvent se réduire à un petit nombre de morts « officiels ». Le fait qu’un bilan sanitaire et économique sérieux du drame de Tchernobyl ne soit toujours pas établi devrait interpeller tout esprit scientifique. Un large éventail de morbidités affecte les habitants des territoires contaminés : conditions de vie dégradées, paupérisation et stigmatisation seront leur lot pour des siècles.
Deux faits majeurs de notre actualité devraient plus que jamais nous alerter : le dérèglement climatique, qui s’accélère, et la guerre en Ukraine. La raréfaction de l’eau douce et la réduction du débit des fleuves liés à une sécheresse bientôt chronique en France, tout autant que les risques de submersion des zones côtières dus à l’élévation du niveau des océans et à la multiplication d’évènements climatiques extrêmes vont rendre très problématique l’exploitation des installations nucléaires. Miser sur de nouveaux réacteurs dont le premier serait, au mieux, mis en service en 2037 ne permettra en rien de réduire dès aujourd’hui et drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre, comme l’urgence climatique l’exige. Par ailleurs, au-delà des horreurs de la guerre, la vulnérabilité de la centrale de Zaporijia menace l’Europe entière. Dans un tel contexte d’instabilité géopolitique, comment allons-nous garantir la paix éternelle requise par le nucléaire ?
N’hésitez pas à signer l’appel ici : https://appel-de-scientifiques-contre-un-nouveau-programme-nucleaire.or…
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Nucléaire et électrification générale: l’impasse

par Stéphane Lhomme

Directeur de l’Observatoire du nucléaire

Mars 2023

Un résumé du présent article, comportant plusieurs extraits, est paru sous ce même titre

dans la revue Nature &Progrès, No 142 d’avril-mai 2023

Comme elle a tenté de le faire vainement au début des années 2000, l’industrie nucléaire essaye à nouveau d’instrumentaliser la crise climatique pour se présenter comme une solution pour « sauver la planète ». Outre le caractère absurde de cette option – on ne « sauvera » rien ni personne avec une énergie qui cause des catastrophes et produit des déchets qui vont rester dangereux pendant des millénaires – il apparait surtout qu’il s’agit d’une totale illusion qui pourra seulement faire perdre de l’argent, du temps… et de l’énergie.

Vingt ans plus tôt…

Les plus jeunes n’ont pas connu cette époque et les autres l’ont peut-être oubliée, alors faisons un petit flash-back : au début des années 2000, la grande majorité des médias ont déroulé le tapis rouge à Mme Lauvergeon, présidente du groupe nucléaire Areva. Présente sur toutes les ondes et dans tous les journaux, la dame était en train de « rénover l’atome », d’en faire une énergie « triomphante » appelée à construire des centaines voire des milliers de réacteurs partout sur Terre, et ce avec un argument principal : émettant beaucoup moins de co2 que les énergies carbonées (pétrole, gaz, charbon), le nucléaire allait purement et simplement « sauver le climat ». Les publicités d’Areva, omniprésentes, vantaient de façon parfaitement mensongère une énergie « sans co2 », et les médias célébraient le prétendu « grand retour du nucléaire » : longtemps honnie du fait de la catastrophe de Tchernobyl (débutée le 26 avril 1986), cette énergie était enfin réhabilitée et allait réaliser de véritables miracles.

Mais voilà, faire du bla-bla ne fait pas pousser les réacteurs nucléaires et, surtout, ne les finance pas. C’est ainsi que, après presque 10 ans d’efforts, Mme Lauvergeon a commencé à douter de l’efficacité de sa campagne. Le 10 septembre 2009, devant un parterre de décideurs et d’industriels lors du symposium annuel de l’Association mondiale du nucléaire (World Nuclear Association, WNA), elle lança l’alerte : « Ce n’est plus le moment de parler de la relance du nucléaire, maintenant il faut passer aux actes (…) nous devons construire des centrales et des infrastructures« .

En effet, les dirigeants des entreprises susceptibles de construire des réacteurs dans le monde se sont longtemps regardés sur le thème « Bon eh bien… qui se lance ? »… mais personne ou presque n’a souhaité investir des milliards dans l’atome. Rien à voir avec les risques et les déchets radioactifs, ces gens là s’en moquent bien et l’argent public sera toujours là pour payer les pots cassés. Non, leur problème était que les centrales étaient devenues trop difficiles à construire et que les estimations annonçaient une production d’électricité totalement ruineuse. 

Résultat : le prétendu « grand retour du nucléaire » ne s’est pas produit. Areva a bradé un EPR en 2003 à la Finlande à 3 milliards et deux EPR en 2007 à la Chine à 3,66 milliards… les deux. Aux USA, seuls deux AP1000 – le cousin américain de l’EPR – ont été mis en chantiers en Géorgie au lieu des dizaines de réacteurs annoncés un peu partout. 

Mme Lauvergeon a abattu sa dernière carte avec une ruineuse campagne publicitaire diffusée début 2011 dans des dizaines de pays dans le monde et basée en particulier sur une animation titrée « L’épopée de l’énergie » (que l’on peut voir encore en ligne, par exemple ici : https://cutt.ly/t8Fk98o ). Patatras, arrive Fukushima, la campagne est stoppée en catastrophe (c’est bien le mot !) et le prétendu « grand retour du nucléaire » disparait enfin des discours et des médias…

Vingt ans plus tard…

Nous voilà désormais au début des années 2020, donc vingt ans plus tard et12 ans après le début de la catastrophe de Fukushima : des études bidon sont publiées pour assurer que ce désastre n’a fait « aucun mort » (!) et à nouveau, comme pour Tchernobyl, on nous explique qu’il s’agit d’histoires anciennes auxquelles il ne faut plus penser. 

Et, une nouvelle fois, le climat est mis en exergue pour justifier le projet de construire des réacteurs nucléaires partout sur la planète. En majorité, les médias reprennent la nouvelle formule qui leur a été soufflée : ce n’est plus le « grand retour » comme vingt ans plus tôt, c’est « le retour en grâce » du nucléaire ! L’expression fait fureur, elle sert de titre à des dizaines d’articles, dossiers, reportages…

En France, le 10 février 2022, le Président Emmanuel Macron annonce carrément la construction de 6 à 14 réacteurs. EDF étant en très grave échec sur le chantier du réacteur EPR de Flamanville, il s’agira de réacteurs baptisés « EPR2 » : « simplifiés », bien plus « faciles à construire  » et « moins chers ». Yapluka !

Dans d’autres pays comme la Pologne, la Suède ou les Pays-Bas, des politiciens ignorants croient aux balivernes de l’industrie nucléaire et annoncent eux aussi la construction de nouveaux réacteurs. 

De « nouveaux » réacteurs impossibles à construire et à financer…

Tout comme le prétendu « grand retour du nucléaire » il y a 20 ans, l’actuel « retour en grâce du nucléaire » va se dégonfler totalement face à la réalité. Car, s’il est facile de faire du blabla avec sa bouche, autre chose est de faire réellement construire des réacteurs nucléaires, ne serait-ce déjà que d’en trouver le financement.

Ainsi, en France, EDF est en très grave échec industriel, incapable de finir l’EPR en chantier à Flamanville (Manche). Ce réacteur devait être construit en 4 ans et entrer en service en 2012, il a donc déjà 11 ans de retard, et le bout du tunnel s’éloigne au fil du temps : présentant continuellement de nouvelles et graves malfaçons, le réacteur risque encore d’attendre des années sa mise en service… qui pourrait finalement ne jamais avoir lieu.

Alors on se demande bien par quel tour de passe-passe EDF serait subitement en capacité de construire 6 à 14 nouveaux EPR dans les années à venir, d’autant que l’incompétence n’est pas le seul grave problème pour ce projet. En effet, il y a un terrible manque de personnels qualifiés (ingénieurs, techniciens, en particulier des soudeurs spécialisés, etc). EDF a déjà le plus grand mal à trouver du monde pour entretenir les réacteurs actuels et les réparer (affaire de la corrosion, voir plus bas), alors avec qui lancer de nouveaux chantiers ?

D’autre part, EDF tente avec les plus grandes difficultés de construire deux EPR en Angleterre. Rappelons déjà qu’il ne s’agit pas là d’une commande des Britanniques : EDF a d’abord racheté British energy au prix fort (16 milliards en 2008… juste avant la crise mondiale qui a vu les cours s’effondrer !). Donc c’est finalement EDF qui a commandé deux EPR à EDF ! Et tout ça avec notre argent… 

Bien sûr, comme en Finlande et à Flamanville, et malgré les belles assurances données (« nous avons tenu compte des difficultés des précédents chantiers, cette fois tout va bien se passer »), les retards se comptent d’ores et déjà en années, le budget explose et c’est encore et toujours EDF – c’est-à-dire nous – qui va tout payer… en creusant son déficit par de nouveaux milliards !

EDF est objectivement en situation de faillite, plombée par les flops des chantiers EPR et par le délabrement des réacteurs actuels. L’Etat français renfloue régulièrement l’électricien pour lui permettre de continuer à fonctionner, mais la dette est impossible à rembourser (c’est interdit par la législation européenne et, de toute façon, elle est trop lourde pour un Etat lui-même en très grave déficit). Alors comment financer de nouveaux réacteurs ?

Les suicidaires politiciens suédois annoncent vouloir commander… des EPR à EDF ! Prudents, les nucléocrates Néerlandais ne précisent pas de quels réacteurs ils rêvent. Quant aux Polonais, ils auraient choisi le concurrent américain de l’EPR, l’AP1000 : ce dernier devait être construit à des dizaines d’exemplaires aux USA mais, finalement, tous les projets ont été annulés sauf celui de Vogtle (Géorgie) où deux réacteurs sont en chantiers infinis (ils sont déjà plus de 7 ans de retard) avec un budget explosé : on se croirait à Flamanville !

Les réacteurs actuels en état de délabrement généralisé

Pour produire de l’électricité, EDF ne pourra donc pas compter sur de nouveaux réacteurs avant au moins 2045 ou 2050… et en réalité probablement jamais. Etant donné qu’aucune alternative au nucléaire n’a été sérieusement mise en œuvre – la France est le pays de l’Union européenne le plus en retard dans le développement des énergies renouvelables – la seule option qui reste à EDF est d’essayer de faire durer le plus longtemps possible les réacteurs actuels. On parle de façon irresponsable de 60 ans voire 80 ans de durée de vie : il est vrai que même un réacteur récent est dangereux, mais que dire d’un réacteur délabré prolongé au-delà de toutes limites ?

Mais en réalité on se demande bien comment la vie de ces réacteurs pourrait être prolongée alors qu’ils sont d’ores et déjà frappés par des défaillances de plus en plus graves. En 2022 est ainsi apparue l’affaire de la « corrosion sous contrainte » : des fissures sur des systèmes de sûreté très importants ont été découvertes sur au moins 16 réacteurs sur 56). De façon une fois de plus irresponsable, la prétendue « autorité de prétendue « sûreté » nucléaire (ASN) a laissé à EDF jusqu’à 2025 pour vérifier la présence de corrosion sur tous les réacteurs dont certains vont donc continuer à fonctionner avec une incertitude majeure sur la disponibilité de leurs systèmes de sûreté.

Et début mars 2023, une nouvelle affaire très grave est avouée par EDF concernant le réacteur 1 de la centrale nucléaire de Penly : une fissure dans un endroit inattendu, d’une profondeur de 23 mm pour un tuyau d’une épaisseur de 27 mm : il ne restait plus que 4 mm avant la rupture ! Dès le lendemain, deux nouvelles fissures sont découvertes dans les centrales de Penly et Cattenom. Il est clair que le parc nucléaire actuel est dans un état de délabrement avancé qui va entrainer des arrêts de réacteurs de plus en plus nombreux et fréquents (sans parler du risque d’accident nucléaire) et maintenir la France en état de dépendance vis-à-vis de ses voisins et en particuliers de l’Allemagne qui, depuis longtemps déjà, alimente massivement la France en électricité.

La part du nucléaire dans l’énergie mondiale est infime et en déclin

Le nucléaire produisait 17,1% de l’électricité mondiale en 2001 or, aujourd’hui, cette part n’est plus que de 9,5% : il ne s’agit pas d’une simple baisse mais d’un véritable effondrement, commencé d’ailleurs bien avant le désastre de Fukushima. 

Ce phénomène va d’ailleurs continuer et s’accélérer : sur les quelques 400 réacteurs nucléaires encore en service sur Terre, la grande majorité est en fin de vie. Certes, les autorités de sûreté accordent (de façon insensée) des prolongations de durée de vie mais cela ne fait que retarder un peu l’inéluctable. Dans tous les cas, dans les 20 ans à venir, ce sont entre 100 et 200 réacteurs qui vont fermer définitivement, les autres suivant de près.

Les tenants de l’atome tentent de sauver la face en rappelant qu’une cinquantaine de réacteurs est en construction dans le monde (essentiellement en Chine d’ailleurs) mais, si c’est évidement regrettable du point de vue antinucléaire, cela ne fera que freiner un peu la suite de la chute rapide du nucléaire. 

Notons enfin que la part de l’électricité dans la consommation mondiale d’énergie est d’un peu moins de 20%. De fait, le nucléaire couvre moins de 2% de la consommation mondiale d’énergie, une part infime et en déclin : les gens qui prétendent que le nucléaire, émettant peu de co2 (ils disent même qu’il n’en émet pas du tout, ce qui est un mensonge), est à même de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, et carrément de « sauver le climat », sont des imposteurs. 

L’impossible électrification générale de la société mondiale

L’électricité couvrant moins de 20% de la consommation mondiale d’énergie, et le nucléaire moins de 10% de l’électricité mondiale, les adorateurs de l’atome ont « la » solution : il « suffit » d’électrifier massivement l’économie mondiale et, tant qu’on y est, de faire du nucléaire la source la plus importante de production d’électricité dans le monde.

Il ne s’agit là que de bavardages qui n’ont aucune chance de se réaliser, même partiellement. Comme déjà vu, la part du nucléaire dans le monde ne cesse de décliner, phénomène qui va continuer de façon inéluctable. Dans ses scenarios les plus fous, l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) imagine la construction sur Terre de centaines de nouveaux réacteurs, portant leurs nombre jusqu’à mille (contre 400 actuellement), tout ça pour seulement parvenir… à maintenir la part du nucléaire à environ 10% de l’électricité mondiale, et donc à 2 ou 3% de la consommation mondiale d’énergie.

Il faut déjà comprendre que l’électrification générale de la société mondiale est un doux rêve. Le seul projet de remplacer à marche forcée les voitures thermiques par des voitures électriques se heurte à des réalités matérielles et financières incontournables. D’ailleurs, la décision prise au niveau de l’Union européenne d’interdire la commercialisation de voitures thermiques à partir de 2035 est en voie d’être annulée, non pas sous la pression d’un implacable « lobby des moteurs thermique et du pétrole » (même si ce lobby existe) mais tout simplement parce que tous ceux qui travaillent sur ces questions savant qu’une telle bascule est totalement impossible sur les plans industriels et financiers.

Et à supposer que, d’un incroyable coup de baguette magique, des centaines de millions de voitures thermiques (sur un total de 1,4 milliard sur Terre) soient remplacées par des voitures électriques, personne ne sait comment celles-ci pourraient être rechargées. Au « mieux » par d’innombrables centrales électriques alimentées au charbon (!), qui peuvent être construites en peu de temps et à moindre frais, mais dans ce cas on ne voit pas l’intérêt de rouler l’électrique (sachant de plus que la fabrication des batteries d’une voiture électrique émet à elle seule, en co2, l’équivalent de l’utilisation d’une voiture thermique pendant 10 à 15 ans !)

De toute façon, à supposer qu’une électricité « propre » et en grande quantité apparaisse subitement sur Terre (ce qui est impossible), électrifier l’ensemble ou du moins une bonne partie du monde (transports, industrie, chauffages des habitations, etc) demanderait des investissements pharaoniques pendant des décennies, probablement un siècle. On est dans la totale illusion, et de toute façon ce serait bien trop tard pour lutter contre le changement climatique, qui nous frappe d’ores et déjà.

Astrid, Thorium, Fusion : le bal des illusions nucléaires

Les adorateurs de l’atome n’ont plus, pour soutenir leurs rêves radioactifs fous, que la foi dans des technologies « miraculeuses ». Il est par exemple question du projet Astrid, abandonné d’ailleurs par la Commissariat à l’énergie atomique. Il s’agit en réalité d’un successeur du surgénérateur Superphénix qui n’a jamais correctement fonctionné en France. Les autres pays nucléarisés ont tous échoué dans cette voie : le surgénérateur allemand de Kalkar a fermé sans jamais avoir pu être mis en service, celui de Monju au Japon a connu une suite ininterrompue d’incident dont un terrible incendie avant d’être fermé à son tour, les USA ont abandonné leurs projets similaires. Seuls les Russes parviennent à faire hoqueter tant bien que mal leur BN800… qui ne réalise pour autant aucun des « prodiges » attendus, en particulier le fait de « produire plus de matières fissiles qu’il n’en consomme ».

On voit aussi ressortir régulièrement sur les forums ou dans les médias la « solution » de la filière thorium : au lieu de l’uranium, il « suffit » d’utiliser du thorium, option qui ne comporterait « que des avantages » : abondance sur Terre, pas de production utilisable à des fins militaires, etc. Seul petit « détail » : les réacteurs « au thorium » (qui n’existent que sur le papier) sont eux aussi des surgénérateurs, comme Superphenix, Kalkar, Monju : retour à la case échec !

Il ne reste plus aux atomistes que la foi en la fusion nucléaire, dont les physiciens eux-mêmes disent « C’est une énergie d’avenir, le problème est qu’elle le restera toujours ! ». A Cadarache, en Provence, est en construction depuis près de 20 ans l’installation Iter qui regroupe toutes les grandes puissances nucléaires du monde (USA, Russie, Chine, Japon, Corée du Sud, Inde, Union européenne) et qui est d’ores et déjà un échec total et un puits financier sans fond qui engloutit des dizaines de milliards. Fin 2022, on a appris qu’il fallait même détruire une partie de ce qui a été péniblement construit pour en extraire des pièces gigantesques qui présentent de graves malfaçons et tenter de les réparer, ce qui prendra des années… sans certitude de pouvoir y parvenir.

Que ce soit à propos d’Iter ou de quelques autres installations dans le monde (le NIF aux USA, le Mégajoule en France, etc), la fusion fait depuis 40 ans l’objet de communications fracassantes annonçant « une avancé e décisive vers la maîtrise de la fusion nucléaire » (cf par exemple Le Monde du 12 novembre 1991). Cela permet aux physiciens de décrocher de nouveaux budgets pour faire des recherches assurément passionnantes pour eux… mais qui n’aboutissent et n’aboutiront jamais à rien.

Conclusion

A force de communication massive dans les médias (qui appartiennent pour la plupart à des groupes industriels ou à l’Etat, donc à des structures pro-atome), l’industrie nucléaire française va peut-être obtenir le lancement de quelques chantiers de nouveaux réacteurs « EPR2 », par exemple à Penly (Seine-Maritime), qui ne manqueront pas de tourner au désastre industriel et financier comme les premiers EPR. Cela ne permettra évidement pas de donner une nouvelle vie à l’énergie nucléaire, laquelle est en déclin irréversible sur Terre, mais cela promet de coûter une nouvelles fois des dizaines de milliards qui seraient tellement utiles pour les plans d’économies d’énergie, de développement des renouvelables, ou pour tout autre investissement utile à la société (santé, éducation, culture, etc). Sans même parler des catastrophes déjà survenues (en particulier Tchernobyl et Fukushima) et de celles malheureusement très possibles à l’avenir, ni de la question insoluble et dramatique des déchets radioactifs, le nucléaire est par nature une calamité pour la planète et pour les êtres vivants. 

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Vers l’emploi de l’arme nucléaire en Europe ? 

par Jean-Marc Royer,

Carnets de Guerre #4 Extraits 

30 septembre 2022

Dossier GSIEN – Nucléaire militaire

Source : La Gazette nucléaire 298/299

« La porte du feu nucléaire est ouverte depuis le 24 février 2022 en Europe et à ce jour, elle n’a pas été refermée ». 

Des élargissements de l’Otan aux manœuvres guerrières de part et d’autre
Le 9 février 1990 à Moscou, dans une phrase devenue célèbre depuis, le secrétaire d’état James Baker avait dit à Gorbatchev que : « les discussions entre les deux Allemagnes et les quatre forces d’occupation doivent garantir que l’Otan n’ira pas plus loin : sa juridiction militaire actuelle ne s’étendra pas d’un pouce vers l’est ». Le lendemain, Helmut Kohl, affirmait à son tour : « Nous 

pensons que l’Otan ne devrait pas élargir sa portée ». Neuf ans plus tard, fin avril 1999, le plan d’action pour l’adhésion de nouveaux membres était adopté lors de son 15e sommet à Washington. La Pologne, la Hongrie, la République Tchèque rejoignaient l’organisation militaire et à partir de 2004, onze nouveaux membres étaient successivement intégrés. 

Lors de la conférence de Munich sur la sécurité en 2007, Poutine avait publiquement et clairement indiqué qu’il considérait l’élargissement de l’alliance Atlantique comme une provocation sérieuse qui réduisait le niveau de confiance mutuelle. C’est un fait, l’Otan s’est rapprochée de 1 200 kilomètres des frontières occidentales de la Russie depuis la fin de la guerre froide et la frontière lettone est à moins de 600 km de sa capitale. 

En 1999 également, durant la guerre du Kosovo, l’Otan a participé au conflit par des bombardements massifs (trois cents par jour durant quatre mois !), sans avoir l’approbation du Conseil de sécurité et en violation des articles 5 et 6 de ses statuts qui précisent qu’elle n’est pas une structure offensive, mais défensive. D’autre part, depuis la fin de l’année 2001, l’organisation Atlantique a mené des opérations très largement en dehors de ses périmètres géographiques et légaux d’intervention, à savoir : en Afghanistan, en Mer Rouge, dans le golfe d’Aden, en Océan Indien et en Lybie. 

De son côté, Poutine allait mener huit guerres entre la fin de 1999 et 2022. Pour le récapituler rapidement, il intègre l’administration présidentielle en mars 1997, juste après la première guerre contre la Tchétchénie. Pendant la période où il est chef du FSB – de juillet 1998 à décembre 1999 – se produisent les cinq attentats qui serviront de prétexte au déclenchement de la seconde guerre tchétchène afin de «laver l’affront » de la défaite précédente. Il devient président de la Russie fin 1999, pendant le siège de Grozny. Les combats dévastèrent la capitale tchétchène au point qu’en 2003, les Nations unies la qualifièrent de « ville la plus détruite sur Terre ». En 2008, Poutine a mené une guerre éclair contre la Géorgie. En 2014, le Donbass et la Crimée étaient envahis, causant la mort de 18 000 personnes en huit années. À partir du 30 septembre 2015, l’État russe a commencé à se déployer militairement en Syrie[vi] afin de soutenir Bachar Al Assad et ses propres intérêts au Moyen- Orient. En 2016, après Grozny et avant Marioupol, Alep était réduite à un champ de ruines. En septembre 2020 une intervention de « maintien de la paix » dans le Haut- Karabakh avait lieu et en janvier 2022, l’armée russe est intervenue au Kazakhstan. 

Les traités de limitation des armes nucléaires sont devenus caducs
En fait, après avoir promulgué le « Patriot Act » à la fin du mois d’octobre 2001, l’administration états-unienne commençait à mettre en œuvre ce qui fut par la suite théorisé comme le « continuum de sécurité globale ». Le 13 décembre suivant, les États-Unis se retirèrent unilatéralement du traité ABM (Anti Balistique Missile) qui limitait drastiquement l’emploi de ces armes nucléaires. George W Bush présenta ce retrait comme une première étape vers la mise au point et le déploiement d’un bouclier de défense anti-missiles destiné, selon lui, à protéger les États-Unis et ses alliés, dont la Russie ( ! ), d’une attaque 

de missiles tirés par des « États voyous », mentionnant notamment l’Iran, la Corée du Nord ou la Somalie… De fait, les anciens traités de maîtrise des armements nucléaires issus de la guerre froide et l’accord de Ciel ouvert entré en vigueur en 2002 ont été remis en cause. Il ne reste à présent que le traité New Start. 

Le 2 août 2019, les États-Unis sortaient officiellement du traité de limitation des Forces Nucléaires à portée Intermédiaire (INF en anglais) conclus en 1987, suivis par la Russie quelques mois plus tard. La route était libre pour une relance de la course aux armements. Dès le lendemain du retrait, le Pentagone publiait la photo du tir d’un nouveau missile Tomahawk suivi de deux autres essais de missiles sol/sol – l’ATACMS « upgraded » et le « Precise Strike Missile ». Un peu plus tard, cette même année, le Pentagone signalait le déploiement du Sous-marin Nucléaire Lanceurs d’Engins « USS Tennessee » avec des missiles Mer-Sol Balistique à tête nucléaire de 5 à 7 Kilotonnes de puissance, tandis que Poutine annonçait la mise au point par la Russie d’une panoplie de nouvelles armes stratégiques toutes réputées quasi impossibles à intercepter, et capables de frapper en n’importe quel point duglobe. 

(…) 

En 2013, Poutine s’engouffre dans la porte ouverte… 

En août 2012, un mois après que le régime de Bachar el Assad ait reconnu posséder des armes chimiques, Barack Obama déclarait que l’utilisation de telles armes constituait « une ligne rouge » à ne pas franchir sous peine « d’énormes conséquences ». Lorsqu’en août 2013, 1 400 personnes dont 426 enfants décédaient suite à l’usage de gaz toxiques lors d’attaques dans la banlieue de Damas, Obama reculait piteusement. Poutine a ainsi trouvé la voie ouverte à une présence impériale en Syrie. Et Bachar a donc continué à se servir du chlore, ce qui fut le cas au moins à trois reprises en 2014 et 2015, sur des localités de la province d’Idleb, ce qu’une commission d’enquête de l’ONU a ensuite confirmé. On ne peut évidemment s’empêcher de rapprocher la reculade d’Obama – et de ses terribles suites pour les populations locales – de la spectaculaire défaite des Etats-Unis en Afghanistan en août 2021, laquelle fut contemporaine des préparatifs militaires d’invasion de l’Ukraine par Poutine. 

L’invasion de l’Ukraine en 2014 et les implantations de missiles US en 2016
Lorsque George W. Bush avait annoncé la sortie du traité ABM au profit d’un « bouclier anti-missiles » dont les premiers éléments devaient être déployés en Pologne et en République tchèque, cela fut assez vite contesté par la fédération de Russie qui y vit une invalidation de sa propre dissuasion nucléaire. En effet, ces missiles pouvaient tout aussi bien permettre des tirs défensifs sol-air – le « bouclier » de G. W. Bush – que des tirs offensifs sol-sol de missiles nucléaires vers le territoire russe. De fait, cela constituait une remise en cause de « sa capacité de frappe en second » et invalidait du même coup la stratégie dite de « dissuasion nucléaire » de la Russie. Les implantations de missiles du « bouclier » devaient finalement se concrétiser, d’abord en Roumanie en mai 2016, puis en 2018 en Pologne. Pour y répondre, les russes déployèrent alors leur système sol-sol Iskander dans l’enclave de Kaliningrad. 

Gazette nucléaire – Janvier 2023 – Page 33 

L’invasion du Donbass et l’annexion de la Crimée en 2014 furent un « coup de poker » minutieusement mis au point par le clan Poutine. Ceci dit, cette blitzkrieg fut d’autant plus facile à réaliser que les Européens ont détourné les yeux et se sont bouchés les oreilles afin de « sécuriser » leurs gigantesques investissements en Russie. Devant les opinions, ils ont continué à justifier leur attentisme par un dogme vieux de deux siècles : « continuons à faire du commerce avec les russes, ils progresseront vers notre modèle libéral ». 

Ce vieux credo raciste a particulièrement sévi en Allemagne depuis 1990, car ce capital voue une reconnaissance éternelle au pouvoir de Gorby (un sobriquet affectif particulièrement en vogue outre-Rhin) pour l’avoir laissé faire le casse du siècle en RDA, un Anschluss plus connu sous le nom de « réunification ». C’est également ce qui explique que, malgré les renseignements concordants et les images satellites à profusion, les européens ne voulaient toujours pas croire à l’invasion de l’Ukraine quelques jours avant qu’elle se produise. « Il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir » (dicton populaire). 

Tout s’accélère à partir de juin 2019 

Le nucléaire dans la nouvelle stratégie militaire des USA
Le 11 juin 2019, l’état-major US publie un document intitulé “Nuclear Operations Joint Publication 3-72” qui précise le mode d’emploi de l’arme nucléaire dite tactique: « Integration of nuclear weapons employment with conventional and special operations forces is essential to the success of any mission or operation ». Cette nouvelle conception intègre d’emblée dans la confrontation militaire une dimension nucléaire conçue comme un « continuum de l’engagement conventionnel » avec l’emploi possible de charges nucléaires de faible puissance sur la ligne de front. Ce qui signifie que le nucléaire peut s’utiliser comme n’importe quelle arme dès lors que la cible est militaire et qu’obtenir la victoire l’impose, une évolution qui sera aussi celle de Moscou l’année suivante. Face aux armées chinoise ou russe, ce type d’engagement provoquerait vraisemblablement une riposte du même o

Autrement dit, si l’on rapproche cette nouvelle stratégie militaire des manœuvres annuelles de l’Otan et de ses implantations de missiles, on peut avancer qu’au moins depuis 2016, les Etats-Unis préparent, organisent et accoutument de facto les européens à l’éventualité d’une « bataille nucléaire de l’avant » contre la Russie – pour reprendre la terminologie de la guerre froide – sauf qu’à présent « le glacis » séparant l’Europe de l’Ouest de la Russie est réduit à l’Ukraine. 

En outre, il ne faudrait pas négliger ceci : durant la « guerre froide », les affrontements entre blocs ne se sont pas déroulés en Europe pour de multiples raisons, mais ailleurs, sur ce qui fut alors appelé « des terrains secondaires ». Il se trouve qu’aujourd’hui l’affrontement principal est celui qui se joue entre les États-Unis et la Chine en Asie-pacifique et que l’Europe est justement devenue une sorte de « terrain 

secondaire » dans ce face à face, de tous les points de vue : militaire, économique, politique. 

Last but not least, du point de vue de la « dissuasion », la nouvelle stratégie états-unienne (puis russe, un an après) rend en grande partie caduque l’activation d’un « ultime avertissement unique » dont se prévalaient et se prévalent encore des pays dotés de l’arme nucléaire… Exit donc tous les arguments militaires qui soutenaient ladite « dissuasion nucléaire » depuis plus d’un demi-siècle. 

La nouvelle stratégie nucléaire de la Russie 

Le texte de 2020, listant les « conditions déterminant la possibilité d’emploi de l’arme nucléaire » (point 19), prévoit quatre circonstances : 

– l’obtention « d’informations fiables sur le lancement de missiles balistiques attaquant le territoire russe et (ou) celui de ses alliés » ;
– la réalisation par l’adversaire « d’actes contre des sites étatiques ou militaires d’importance critique de la Fédération de Russie dont la mise hors de fonctionnement conduirait à compromettre la riposte des forces nucléaires » ;

– « l’emploi par l’adversaire d’armes nucléaires ou d’autres types d’armes de destruction massive contre le territoire de la Fédération de Russie et (ou) de ses alliés » ;
– « une agression contre la Fédération de Russie engageant des armements conventionnels, quand l’existence même de l’État est menacée ». 

Le 3 juillet 2021, durant ce qui s’est avéré être des préparatifs de guerre, Poutine a également signé une nouvelle stratégie de sécurité nationale qui se substitue à celle qui était en vigueur depuis 2015, laquelle envisageait encore comme possible le rétablissement d’une relation constructive avec les États-Unis et leurs alliés… Ce n’est plus le cas ici : la confrontation avec l’Occident serait appelée à durer, car ces pays seraient déterminés à affaiblir la Russie aux niveaux militaire, technologique, économique et « spirituel ». Une tentative « d’occidentalisation de la Russie », présentée comme en passe de réussir, serait en jeu. Il y est explicitement indiqué que des forces étrangères tenteront d’exploiter les difficultés internes de la Russie. En outre, à la différence du texte de 2015, l’UE n’est plus mentionnée dans ce texte, ce que les propositions de traité et d’accord de décembre 2021 – uniquement et ostensiblement adressés aux Etats-Unis et à l’Otan – viendront entériner. En d’autres termes, le clan Poutine ne considère pas l’UE comme une puissance militaire, ce qui renforce malheureusement la possibilité de considérer l’Europe comme un « terrain secondaire d’affrontements », et que les Ukrainiens sont en train de vivre dans leur chair. 

Article complet : Carnets de Guerre #4 

Les autres carnets
Carnets de Guerre #1
Notes sur l’invasion Russe de l’Ukraine
Carnets de Guerre #2
L’anschluss de la RDA, première extension de l’OTAN en 1990
Carnets de Guerre #3
Un désastre nucléaire est d’actualité en Europe 

rdre, suivie d’une escalade nucléaire impliquant tous les membres de l’Otan, selon les implications de son article 5. 

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Nucléaire »tactique » :

le mirage de bombes moins dévastatrices

par Sébastien Seibt, France 24

Dossier GSIEN – Nucléaire militaire

France 24. 10 octobre 2022

Source : La Gazette nucléaire 298/299

Alors que la menace d’utilisation d’armes nucléaires grandit, que ce soit du côté de la Russie ou de la Corée du Nord, la discussion tourne essentiellement autour du recours aux bombes dites « tactiques ». Une famille d’armes nucléaires présentées comme « moins puissantes ». Au risque de rendre plus acceptable l’utilisation d’armes de destruction massive ?

C’est un qualificatif qui revient de plus en plus souvent pour évoquer les armes nucléaires. La Corée du Nord a affirmé, lundi 10 septembre, avoir effectué une simulation « nucléaire tactique ». La Russie a multiplié les références à son arsenal nucléaire « tactique » en guise de menace d’intensification de sa guerre en Ukraine. Même Joe Biden, le président américain, y a fait une référence directe en évoquant vendredi le risque d’un « Armageddon » nucléaire si Moscou avait recours à de telles armes sur le champ de bataille.

« Jusqu’à cet été, on parlait essentiellement d’armes nucléaires sans vraiment préciser, et puis on a commencé à recourir de plus en plus souvent au qualificatif ‘tactique' », remarque Jean-Marie Collin, expert et porte-parole de l’Ican France [Campagne internationale pour abolir l’arme nucléaire], la chapelle hexagonale de la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires.

Des armes utilisables sur le champ de bataille ?

Un glissement sémantique qui correspond avant tout à un distinguo militaire. Les armes nucléaires tactiques se différencient de leurs ainées stratégiques tout d’abord « à cause de raisons techniques liées à la physique », explique Alexandre Vautravers, expert en sécurité et en armement et rédacteur en chef de la Revue militaire suisse (RMS).

Là où un missile balistique nucléaire cherche à frapper fort sur tous les tableaux – souffle de l’explosion, impact thermique, rayonnement des radiations et des perturbations électromagnétiques –, avec l’arme dite « tactique », « on cherche à maximiser l’onde de choc et minimiser les autres effets pouvant être indésirables, si les propres troupes de l’utilisateur de l’arme ont prévu de traverser la zone battue », précise ce spécialiste.

De ce fait, elles sont considérées plus « mobiles » et peuvent être transportées plus aisément sur un champ de bataille. Rien de tel avec les missiles stratégiques, situés dans des silos, ou embarqués sur des sous-marins et des bombardiers spécialement conçus à cet effet.

Il existe une autre manière de diviser l’arsenal nucléaire, qui « tient à la fonction qu’on accorde à chaque bombe », souligne Fabian Rene Hoffmann, spécialiste des armes nucléaires pour l’Oslo Nuclear Project de l’université d’Oslo.

En théorie, les armes stratégiques « doivent pouvoir être utilisées par les États pour viser directement d’autres nations afin de les dissuader d’attaquer, tandis que ogives tactiques sont censées pouvoir être utilisées directement sur le champ de bataille pour viser des objectifs précis », résume Jana Baldus, spécialiste des questions de contrôle des armes nucléaires au Peace Research Institute de Francfort.

Les armes nucléaires tactiques sont présentées comme étant plus précises et leurs effets plus limités : « L’explosion a lieu à très basse altitude ou au niveau du sol ; l’objectif est la destruction d’une infrastructure ou d’une cible précise et les effets peuvent se limiter à un rayon de quelques centaines de mètres à quelques kilomètres », précise Alexandre Vautravers.

D’un point de vue opérationnel, c’est l’ultime recours sur le champ de bataille quand une armée fait face à un danger que les armes conventionnelles ne sont pas en mesure d’écarter efficacement, ou pour viser un objectif trop grand pour de simples missiles. Il pourrait, à ce titre, être utilisé pour détruire une colonne de chars qui s’avance vers la ligne de front ou pour viser une base aérienne militaire d’une taille importante.

La tentation de banaliser l’arme nucléaire

Mais ce sont des différences théoriques. En effet, aucune bombe nucléaire – quel que soit son type – n’a été utilisée durant un conflit depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Et « la frontière entre les deux catégories demeure très artificielle. Les États-Unis et la Russie ont débattu à de nombreuses occasions de ce qui relevait du ‘tactique’ ou du ‘stratégique’ sans réussir à se mettre vraiment d’accord », souligne Jana Baldus.

Ce flou se retrouve même dans les documents officiels de l’Otan. Leur récapitulatif de la « définition des forces nucléaires » prouve le grand écart qu’il y a entre, par exemple, la vision française des armes nucléaires stratégiques – dont la « définition tient à la doctrine de dissuasion nucléaire plutôt qu’à des spécifications techniques » – et celle de la Russie, qui remplit presque une page entière de spécifications.

En réalité, le recours de plus en plus fréquent au qualificatif « tactique » répond à « un motif très politique qui est de rendre l’arme nucléaire ‘utilisable’ dans le cadre d’un conflit », affirme Fabian Rene Hoffmann. Ce terme « introduit un biais inconscient parmi les populations : il y aurait une forme d’arme nucléaire plus acceptable qu’une autre car son utilisation serait limitée à des objectifs militaires », ajoute Jana Baldus.

Une pente très dangereuse pour Jean-Marie Collin car elle tend à faire oublier que toutes les bombes nucléaires – tactiques ou stratégiques – sont « des armes de destruction massive ». Ainsi, « il y a de fortes chances que les bombes américaines larguées sur Hiroshima ou Nagasaki soient considérées aujourd’hui comme des armes tactiques », note Jana Baldus.

En outre, la plus redoutable « des bombes conventionnelles américaines – surnommée Moab (pour ‘Massive Ordnance Air Blast bomb’ – ou bombe à effet de souffle massif) – a une puissance de destruction équivalente à 11 tonnes de TNT alors que la moins puissante des armes nucléaires dites ‘tactiques’ russes a une puissance équivalente à 300 tonnes de TNT », résume Jean-Marie Collin.

Cette obsession sémantique russe pour le nucléaire « tactique » risque aussi de relancer une course aux armements. Actuellement, la France n’a que des armes nucléaires stratégiques, tandis que les États-Unis se sont débarrassés de leur arsenal tactique au profit d’armes conventionnelles.

Mais si Moscou fait planer la menace de l’utilisation d’une telle arme tactique sur le champ de bataille, cela pourrait pousser d’autres puissances nucléaires à en acquérir. Et plus il y aura d’armes de ce type – présentées comme moins dévastatrices – en circulation, plus le risque qu’elles soient utilisées un jour grandira.

[France 24, 10/10/22]

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La dissuasion de Papa est morte…

Place à la dissémination atomique !

par Abraham Behar

membre du GSIEN

Président de l’Association des médecins français pour la prévention de la guerre nucléaire (AMFPGN)

Dossier GSIEN – Nucléaire militaire

Source : La Gazette nucléaire 298/299

Quand nous avons indiqué le consensus mondial sur la fin de la dissuasion nucléaire classique, nous savions que la nature a horreur du vide. L’article de Claude ANGELI dans le Canard Enchainé du 20/04/2022 vient confirmer_le grand remplacement par les USA : « le 12 avril, Jessica Cox, directrice de la politique nucléaire de l’OTAN, en a défini_les grandes lignes…_Une nouvelle arme nucléaire, le B61-MODELE 12, sera bientôt stockée_sur le sol européen. Les pays qui ont acheté des avions F-35 américains_pourront l’utiliser contre un agresseur, sous le strict contrôle du pentagone ».

Le B61-MODÈLE 12 : c’est quoi au juste ?

La B61-12 en développement depuis 2012 doit entrer en production en 2022.

En date de décembre 2021, ses vecteurs sont les chasseurs F-15E, F-16, Panavia Tornado et le bombardier B-2 Spirit. Il est prévu dans l’avenir que le chasseur F-35 et le bombardier B-21 Raider puissent l’employer. Le F/A-18E Super Hornet avait été également mis sur la liste en 2018 puis retiré en novembre 2021.

Spécifications_et Dimensions

La bombe pour avion B61 a un diamètre 13,3_pouces (33,78_cm), une longueur de 141_pouces (358,14_cm) et pèse entre 695 et 715_livres (de 315 à 324_kg) selon le modèle. Cette_masse_inclut la coquille aérodynamique externe, un nez déformable en forme de cône, un compartiment à parachute dans la queue, des ailes stabilisatrices, etc. Le diamètre est celui de la bombe même, sans ailes.

L’appareil qui entoure le cœur de la B61 a probablement les mêmes dimensions que la W80, qui a un diamètre de 11,8_pouces (30_cm) et une longueur de 31,4_pouces (79,8_cm)._

Certains experts dénoncent le coût prohibitif et l’inutilité du programme de modernisation de la B61 qui est, depuis les années 2000, la seule_arme nucléaire tactique_de l’arsenal des États-Unis. Sa puissance est variable, allant de 0,3_kt (tactique) à plus de 100_kt (stratégique). Sa puissance maximale est de 340_kt. Le nouveau modèle B61-12 a été classé selon ses caractéristiques comme tactique et stratégique.

Normalisation de l’arme nucléaire D’après le magazine Military Watch, « La B61-12 est une arme nucléaire tactique dotée d’une charge utile relativement faible, conçue pour des frappes de précision contre des cibles ennemies bien fortifiées et des concentrations de troupes. Selon l’éminent stratège nucléaire américain, le général James Cartwright, chef d’état-major interarmées, le fait de rendre les armes nucléaires plus petites et plus précises a pour effet de « rendre l’arme plus pensable« . Les armes nucléaires tactiques permettent des frappes nucléaires précises sans le nombre de victimes civiles et de dommages collatéraux qu’entraînerait une arme nucléaire à haut rendement. Leur développement est donc largement considéré par les analystes de la défense, y compris le général Cartwright, comme un moyen de rendre l’utilisation des armes nucléaires plus applicable et, par conséquent, potentiellement normalisée en temps de guerre ».

Les fondements stratégiques de la nouvelle dissuasion_

Contrairement à la doctrine ultra concentrée de l’ancienne dissuasion, et à la maitrise directe des USA sur tout le processus d’utilisation des armes nucléaires (même pour les “TRIDENT“ Britanniques) pour les pays de l’OTAN (avec une coordination, pour une force de frappe indépendante, comme pour la France) on retourne à l’ancienne doctrine des fusées Pershing disséminées en EUROPE, mais avec une possibilité d’utilisation nationale, même si le contrôle par le PENTAGONE, est proclamé. Les premiers pays bénéficiaires sont l’Allemagne, la Belgique, l’Italie et les Pays Bas, puis ensuite tous les autres (même l’Albanie !)._

Quelle contre-attaque pour nous ?

Nous ne pouvons pas reprendre nos vieux slogans : “NI PERSHING, NI SS20“, car, même déguisé en “Ni stade_2 Russe ni stade_2 Américain“, ils resteraient incompréhensibles. Nous sommes condamnés_à inventer une autre forme de lutte, et trouver_un mot d’ordre immédiat.

Face à l’agression russe en Ukraine, en tant que soignants, nous nous battons pour “un cessez le feu immédiat“ compréhensible par tous. Face à cette nouvelle donne, l’urgence est dans cette recherche d’une cible simple comme : « la prolifération atomique est en Europe ».

Il faut un moratoire immédiat, « la prévention du désastre nucléaire c’est ici et maintenant ».

Bibliographie

•_« The B61 (Mk-61) Bomb », sur nuclearweaponarchive.org, 9 janvier 2007 (consulté le 9 décembre 2015).

•_National Nuclear Security Administration,_« A look at the U.S. nuclear stockpile », sur YouTube, 5 novembre 2021 (consulté le 13 novembre 2021)._

•_« L’US Air Force teste sa nouvelle bombe nucléaire B61-12 », sur_Radio-télévision belge de la Communauté française, 10 juin 2020 (consulté le 13 novembre 2021)._

•_https://fas.org/blogs/security/2021/12/fa-18_removed-from-fact-sheet/

•_AFP, « Les Etats-Unis lancés dans un programme de modernisation nucléaire controversé »,_La Libre.be,‎_6 novembre 2013.

•_ The U.S. Military’s Development and Testing of the B61-12 Tactical Nuclear Bomb; Why it is Cause for Concern in Russia and North Korea, https://militarywatchmagazine.com, 20 août 2017.

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Le nucléaire civil en France Contexte historique

Source : GSIEN, La Gazette nucléaire, No 290

Novembre 2018

Le Commissariat à l’Energie Atomique (CEA), créé en 1945 par le général de Gaulle est à l’origine des recherches et du développement du nucléaire civil et militaire en France.

La construction des premiers réacteurs électrogènes, fonctionnant à l’uranium naturel, modérés au graphite et refroidis au gaz, dits « UNGG», a débuté en 1957 dans le cadre du troisième plan quinquennal et le premier réacteur UNGG EDF1, d’une puissance de 70 MWe, a divergé à Chinon en 1962, suivi en 1963 du réacteur EDF2 d’une puissance de 210 MWe et en 1966, toujours à Chinon, du réacteur EDF3 de 480 MWe ; suivront d’autres réacteurs du même type à Saint Laurent des Eaux notamment.

Mais, en 1970, le programme nucléaire français est réorienté, la filière UNGG abandonnée, au profit de la filière américaine à uranium enrichi et eau sous pression (Réacteurs dits REP ou PWR) réputée plus performante ; il faut savoir qu’à cette époque la consommation d’électricité en France doublait tous les 10 ans et c’est pour y faire face, faute d’autres moyens de production, et dans un contexte de forte augmentation du prix du pétrole (choc pétrolier) qu’ont été mis en service dès 1978 des REP de 900 MWe puis à partir de 1990 de 1300 MWe. Il y en a 58 aujourd’hui, répartis sur 19 sites et qui produisent annuellement près de 400 térawatt/heure, soit 80 % des besoins français en électricité.

Leur combustible est de l’uranium enrichi à 3 ou 4 % ; il est produit à Pierrelatte dans la nouvelle usine qui utilise le procédé de séparation par centrifugation et qui remplace avantageusement l’ancien procédé de diffusion gazeuse : il est 20 fois moins énergivore.

Construits pour durer 30 ans, certains des 58 réacteurs du parc arrivent maintenant en fin de vie théorique et la nécessité d’une jouvence s’impose d’autant plus que croît la culture de sûreté qui fait suite aux accidents de Tchernobyl et de Fukushima  ; c’est dans ce contexte que le pouvoir politique a demandé à l’ASN d’effectuer un audit des centrales françaises ; l’ASN en a conclu que le niveau de sûreté des centrales était satisfaisant, et qu’il convenait néanmoins d’améliorer leur robustesse face à des situations extrêmes ; c’est dans ce cadre que l’EDF a décidé de lancer une série de travaux pour y faire face et pour permettre aussi de prolonger de 10 ans la durée des réacteurs ; à noter que le coût de ces améliorations, estimé à quelque 50 milliards d’euro, n’augmente le coût du KWh qui sera produit dans les 10 ans que de 1 ou 2 centimes d’euro. 

C’est en 2005 qu’il est décidé de s’orienter vers un nouveau réacteur : l’EPR. Il est à la fois plus puissant, 1650 MWH contre 1400 pour les plus puissants des REP existants, a un meilleur rendement et est programmé pour durer 60 ans. Le premier prototype est en construction à Flamanville, et sa mise en service, initialement prévue en 2012 est reportée en 2016 ; son prix, entre temps a presque triplé ! La construction d’un deuxième EPR à Penly, a, pour l’heure, été reportée.

Ce panorama serait incomplet sans l’évocation de la filière des réacteurs, dits à neutrons rapides (RNR), appelés aujourd’hui de 4ème génération et qui permettrait de brûler la quasi-totalité de l’uranium : cette filière a débuté en 1967 à Cadarache avec le réacteur Rapsodie et s’est pousuivie à Marcoule avec le réacteur Phénix de 250 MWe qui a été arrêté en 2010 après plus de 30 ans d’existence. Entre temps a été construit à Creys-Maleville en collaboration avec les Allemands et les Italiens, le réacteur Super-Phénix de 1200 MW ; il n’a que trop peu fonctionné et a été arrêté en 1998. A ce jour, la conception d’un nouveau réacteur RNR est en cours ; dénommé ASTRID (Advanced Sodium Technological Reactor for Industrial Demonstration), il doit permettre à la France de rester dans la course de la connaissance de ces réacteurs du futur ; son démarrage initialement prévu en 2020 a, d’ores et déjà, été décalé de 2 ans.

L’énergie nucléaire est une énergie du temps long.

De 1945 –1968

En septembre 1945, le général de Gaulle demande au directeur du CNRS Frédéric Joliot-Curie et à Raoul Dautry, alors ministre de la reconstruction et de l’urbanisme, de mettre en place un organisme de recherche consacré à l’énergie atomique.

Le CEA est créé le 18 octobre 1945 par Charles de Gaulle avec à sa tête Frédéric Joliot-Curie (haut-commissaire à l’énergie atomique) et Raoul Dautry (administrateur général). Cet organisme est destiné à poursuivre des recherches scientifiques et techniques en vue de l’utilisation de l’énergie nucléaire dans les domaines de la science (notamment les applications médicales), de l’industrie (électricité) et de la défense nationale. Cet organisme est placé sous l’autorité directe de la Présidence du Conseil, ses finances ne faisant l’objet que d’un contrôle a posteriori par le ministère des Finances[5].

En janvier 1946 sont désignés les premiers membres du CEA : Pierre Auger, Irène Curie, Francis Perrin et le général Paul Dassault[6], qui seront rejoints quelque mois plus tard par Lew Kowarski, Bertrand Goldschmidt, Jules Guéron et Pierre Biquard. En juillet 1946, les premiers membres du personnel du CEA prennent possession du fort de Châtillon, premier centre de recherche du CEA situé à proximité de Paris. À la même époque, le CEA s’installe aussi dans une enclave de la Poudrerie du Bouchet pour effectuer les opérations de raffinage des concentrés de minerai d’uranium qui viennent d’Afrique[7]. L’uranium purifié dans l’usine du Bouchet est utilisé dans le fort de Châtillon (Fontenay-aux-Roses) pour constituer la pile Zoé, pile atomique à eau lourde construite par l’équipe de Joliot-Curie , qui diverge en 1948. L’année suivante est extrait le premier milligramme de plutonium du combustible usé de Zoé à l’usine du Bouchet.

Joliot-Curie, qui est membre du parti communiste français, lance l’appel de Stockholm contre la bombe atomique. En avril 1950, il est révoqué de son poste de haut-commissaire par Georges Bidault. Francis Perrin le remplace.

Après le départ de Joliot-Curie, le CEA intensifie ses travaux sur les applications militaires et civiles de l’énergie atomique. Même si le gouvernement n’a pas encore pris officiellement la décision de construire une bombe atomique, tout est mis en œuvre pour se doter des moyens de la construire.

En 1952, le centre d’études nucléaires de Saclay est ouvert sur un terrain de 271 hectares en plein plateau de Saclay, où cette même année sont mis en service le successeur de Zoé, le réacteur EL2 (Eau Lourde n°2), et le premier accélérateur de particule du CEA.

À Marcoule, sont successivement construits les réacteurs G1 (1956), G2 (1959) et G3 (1960) de type Uranium Naturel-Graphite-Gaz (UNGG). Une usine pour extraire le plutonium du combustible usagé est également construite et fonctionne à partir de 1958. Grâce à ces installations, la France peut réaliser son premier essai nucléaire dans le Sahara en 1960,«Gerboise bleue», seulement deux ans après que la décision officielle ait été prise.

En 1958, l’Usine militaire de Pierrelatte est construite pour l’enrichissement de l’uranium nécessaire à la fabrication de la bombe atomique.

1960 explosion de ma première bombe française à Reggane

À Chinon, le CEA et EDF collaborent à la construction des réacteurs EDF 1 (1962, 68 MW), EDF 2 (1965, 200 MW) et EDF 3 (1967, 500 MW) de type UNGG.

De 1968 à 1981 -CHOOZ-SENA 1969 REP de 350 MWé

En 1968, la première bombe H (bombe thermonucléaire ou à hydrogène) française explose à 600 mètres au-dessus de l’atoll de Fangataufa, dans le Pacifique. Sa puissance équivaut à 170 fois celle d’Hiroshima.

La guerre des filières de réacteurs oppose le CEA et EDF : le premier est partisan de la filière française Uranium Naturel Graphite Gaz tandis que le second défend la filière des réacteurs à eau pressurisée (Pressurised Water Reactor) du constructeur américain Westinghouse. En novembre1969, le gouvernement tranche en faveur d’EDF et décide la construction d’une centrale à eau pressurisée à Fessenheim.

En 1973, la première centrale prototype réacteur nucléaire à neutrons rapides et à caloporteur sodium Phénix est mise en service à Marcoule.

En 1976, le gouvernement français passe commande de Superphénix.

En février 1979 est mis en service l’usine Georges Besse au Tricastin, afin d’enrichir l’uranium nécessaire à la production de combustible pour les réacteurs électro-nucléaires.

De 1981 à 1984 : naufrage du Mont Louis au large des côtes Belges. Transport d’UF6 en direction de l’Union soviétique

En 1985, la centrale nucléaire de Brennilis, prototype modéré par l’eau lourde, est arrêtée définitivement, tandis que le réacteur à neutrons rapides superphénix diverge après 10 années de construction

En 1985, le Rainbow Warrior, bateau de l’organisation écologique « Greenpeace », explose dans le port d’Auckland en Nouvelle-Zélande. « Greenpeace » préparait une campagne contre les essais nucléaires français dans le Pacifique.

Le 27 janvier 1996 est lancé le dernier essai nucléaire français à Fangataufa.

Le 24 septembre 1996, la France signe le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires et commence immédiatement à démanteler le Centre d’expérimentations du Pacifique.

En 1997, le gouvernement français annonce que Superphénix sera abandonné.

En 2001, la filiale CEA Industries fusionne avec Framatome et la Cogema pour former un nouveau groupe dénommé Areva.

En 2007, le Genoscope et le Centre national de génotypage sont rattachés au CEA au sein d’un nouvel institut dénommé Institut de génomique[8].

Début 2009, Le CEA, Intel, le GENCI et l’Université de Versailles Saint Quentin annoncent la création d’un laboratoire commun, Exascale Computing Research, dédié aux logiciels pour les supercalculateurs de prochaine génération dont la puissance devrait atteindre l’exaflops (1000 petaflops)[9].

Le 14 décembre 2009, dans son discours sur le Grand emprunt, le Président de la République Nicolas Sarkozy annonce que le CEA doit devenir le « Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives »[10] en réponse à une suggestion de la commission Juppé-Rocard qui préconisait la création d’une Agence pour les énergies renouvelables. Cette décision traduit la volonté de l’exécutif d’équilibrer les efforts de recherche entre le nucléaire et les énergies renouvelables, selon la règle affichée du « un euro pour le nucléaire, un euro pour la recherche sur les énergies renouvelables ».

 Le GSIEN 

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Pourquoi refuser l’avenir irradieux de Macron.

Annie et Pierre Péguin, décembre 2022

– Le fonctionnement des centrales génère en permanence de nouveaux radioéléments très dangereux pour la santé. 
Ces nouveaux atomes radioactifs sont métabolisés par les organismes vivants, se concentrent le long de la chaine alimentaire et nous contaminent par ingestion, pouvant s’attaquer au métabolisme de nos cellules et à leur ADN. Les conséquences n’en sont pas immédiates ; mais n’y aurait-il pas un lien avec la prolifération des cancers, leucémies, maladies diverses qui ne seraient pas seulement dues aux pollutions et produits chimiques ? Même si les liens directs sont bien difficiles à établir – sauf pour le cancer de la thyroïde que les pronucléaires ont bien été obligés de reconnaître- les victimes au voisinage des centres atomiques, en Biélorussie suite à Tchernobyl, en Polynésie depuis ls campagnes d’explosions atomiques, l’attestent. 
On sait maintenant que même les faibles doses de contamination ont des effets sur la santé, et plus grave encore sur la reproduction : les cellules sexuelles y sont particulièrement sensibles. 
Quant aux usines nucléaires, telles que Marcoule, Cadarache, Pierrelatte, surtout la Hague et d’autres, elles contribuent à la dispersion dans l’eau et dans l’air de ces éléments.

 Le fonctionnement de toute la chaîne nucléaire produit des quantités considérables de déchets d’extrême dangerosité, de durabilité infinie à l’échelle humaine et pour lesquels il n’existe pas de solution raisonnable
L’enfouissement des déchets de haute activité et de vie longue que l’on s’apprête à enfouir à 500 mètres de profondeur, à Bure dans la Meuse, sans savoir de quelles façons on pourra prévenir du danger les populations du futur, est une monstrueuse faute. La pérennité des emballages de ces déchets ne peut pas être assurée pour des centaines de milliers d’années. La seule solution raisonnable est de les gérer en surface ou près de la surface du sol pour pouvoir les reconditionner au fur et à mesure de leur dégradation. 
Et une fois les réacteurs mis à l’arrêt, comment démanteler les réacteurs, sans à nouveau en reporter la gestion sur nos successeurs, multipliant les déchets et les dangers ?

– Nous risquons en permanence la catastrophe atomique qui dévasterait pour longtemps une grande région et toucherait une nombreuse population.
la prochaine sera-t-elle chez nous, compte-tenu du grand nombre de réacteurs qui vieillissent et donc se fragilisent ? Au moins à trois reprises, nous avons frôlé la catastrophe (St Laurent des Eaux 1969 et 1980, Blayais décembre 99). Et en Ukraine la menace grandit autour de la centrale de Zaporijjia, faisant craindre le pire pour l’Europe. 
Un simple missile sur l’une de nos centrales, ou un acte terroriste contre l’un de nos multiples transport de matières radioactives peuvent provoquer un grave accident. 
Et sait-on que la sécurité de nos centrales repose en dernier ressort sur une technologie du passé ? Celle des groupes électrogènes lorsque qu’il faut de l’électricité pour refroidir le coeur du réacteur afin d’en éviter la fusion, et ils ne sont pas toujours fiables….

– La maîtrise des réactions nucléaires ouvre la possibilité de fabriquer des bombes atomiques à uranium enrichi, à Hydrogène (la bombe H), ou encore au plutonium produit par les réacteurs en fonctionnement. Leur utilisation malheureusement possible dans le climat délétère actuel aurait d’horribles conséquences. 
De plus les puissances nucléaires disposent de gros stocks d’ Uranium dit « appauvri », rebut de l’enrichissement du combustible, c’est un métal lourd dont les armées se servent en tête d’obus pour percer les blindages, largement utilisés par exemple en Irak par les USA . Il émet des rayons alpha, et les poussières disséminées et absorbées provoquent de gros dégâts chez les vétérans de l’armée et dans la population (en particulier naissances de monstres !). 

Voilà pourquoi il est criminel à nos yeux de prétendre poursuivre la production d’électricité nucléaire. 

Il y a bien d’autres raisons qui ne touchent pas à notre sécurité ni à notre santé, mais qui contribuent à rendre incompréhensible l’obstination de nos dirigeants dans cette technologie d’un autre âge. 
D’ailleurs son importance décroît au niveau mondial ne produisant plus que 2 % de l’énergie totale consommée, soit moins de 10 % de la consommation mondiale d’électricité. Les énergies renouvelables s’imposent de plus en plus, domaine dans lequel la France est très en retard. 

Tout d’abord il convient de dénoncer les mensonges qui nous sont assénés et relayés en permanence par les médias, les commentateurs bien en vue et recherchés. Rares sont les contradicteurs qui peuvent s’exprimer librement. 

– L’électricité nucléaire n’est pas une énergie décarbonée. Si on considère tous les matériaux, et tous les transports nécessaires au développement de la filière nucléaire, depuis l’extraction de l’uranium jusqu’au démantèlement des centrales et la gestion des déchets atomiques pour des temps infinis, on peut difficilement prétendre que l’électricité produite est une énergie décarbonée ! 

– Énergie prétendue pas chère. L’État subventionne depuis le début la recherche, le développement et le fonctionnement de la production d’électricité nucléaire à coups de milliards. Ce sont nos impôts qui en font une énergie apparemment bon marché. Actuellement le coût des énergies renouvelables est devenu bien moins cher, et les investissements mondiaux dans ces technologies d’avenir dépassent de loin ceux dans le nucléaire. 

– Le leurre de l’Indépendance énergétique n’est qu’un mensonge d’État. Nous sommes en fait dépendant de la Russie. En effet, Il n’y a plus d’extraction d’uranium en France, nous sommes dépendant des importations provenant du Niger, d’Ouzbékistan, et surtout du Kazakhstan contrôlé par le géant russe Rosatom pour près de la moitié de nos importations.
C’est encore à Rosatom qu’est confié le recyclage d’uranium issu du retraitement à la Hague. Les navires russes livrent donc à Dunkerque ou à Cherbourg l’uranium dont nous avons besoin. Apparemment les sanctions ne concernent pas les échanges avec la Russie dans le domaine atomique !

Et ce dont on se garde bien de parler :

– Les délais face à l’urgence climatique, la prétention de gérer cette urgence par la construction de réacteurs se heurte à des délais bien trop importants : Là où des éoliennes ou des installations solaires peuvent être mises en route en peu d’années, l’exemple des EPR de Flamanville ou de Finlande montre qu’il faut au moins attendre une quinzaine d’années. Et encore à condition que soit retrouvé un savoir faire aujourd’hui perdu ! 

– En fait, le nucléaire contribue au Réchauffement climatique. Le nucléaire est présenté comme un recours, ce qui paraît convaincre les jeunes générations ; mais en est-il vraiment un ? L’ouvrage d’Hervé Kempf “Le nucléaire n’est pas bon pour le climat” montre bien qu’il n’en est rien.
Non seulement il ne fournit pas une énergie vraiment décarbonée, mais en plus il contribue au réchauffement climatique, comme le font toutes les centrales thermiques. Le rendement des centrales étant à peine de 30 %, 70 % de l’énergie dégagée par la fission de l’uranium est dissipée en chaleur dans l’eau et dans l’air. Des estimations récentes en montrent l’importance significative par rapport aux autres causes. 

– Peut-on vraiment toujours compter sur nos voisins pour pallier les défaillances du système de production électrique français ? La défaillance de notre mode de production d’électricité, unique au monde par la proportion considérable de la part du nucléaire, rend notre pays non seulement dépendant de la Russie pour nous alimenter en uranium, mais aussi dépendant des pays voisins pour nous alimenter en électricité particulièrement en heures de pointe. C’est en effet chez nous que les pointes sont les plus importantes à force de vouloir tout électrifier. Et cela continue (voiture électrique, 5 G par exemple).
Mais nos voisins ne pourront pas toujours pallier nos besoins, et nous seront parmi les rares pays à devoir subir des restrictions.

– Et n’est-il pas trop vulnérable ? La sécheresse de ce printemps et de cet été a démontré la vulnérabilité des réacteurs au dérèglement climatique : énormes consommateurs d’eau pour leur refroidissement, ils sont dépendants du régime fluvial. EDF a dû obtenir des dérogations pour poursuivre la production de plusieurs d’entre eux malgré la température trop élevée et/ou l’étiage insuffisant de l’eau des fleuves. 
Qu’en sera-t-il des nouveaux EPR construits en bord de fleuves ?

Enfin quelle folie peut conduire ceux qui nous gouvernent à prétendre relancer la construction de réacteurs ; alors que la plupart de nos voisins européens abandonnent le nucléaire ? Ils ne s’en sortent pas plus mal, ne sont pas retournés à la caverne et à la bougie, et ce sont eux qui soutiennent notre système défaillant ! 

Par son État centralisé et fort , la France peut imposer le choix politique de son développement, assumer les coûts, en cacher les effets sanitaires et neutraliser l’opposition à cette technologie mortifère. 

Mais n’est-il pas dément que, pour assurer quelques décennies de production électrique, on fasse courir tant de risques à la population et qu’on génère de dangereux déchets pour toujours ? 

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Nucléaire, questions de bon sens

Annie et Pierre Péguin, octobre 2022

Face à la pression médiatique et politique destinée à convaincre la population de la nécessité de relancer la construction de réacteurs atomiques, il convient de rappeler quelques évidences qu’on tente de nous faire oublier, voire de nous cacher. 

Les mensonges 

– L’électricité nucléaire est une énergie décarbonée. Si on considère tous les matériaux, et tous les transports nécessaires au développement de la filière nucléaire, depuis l’extraction de l’uranium jusqu’au démantèlement des centrales et la gestion des déchets atomiques pour des temps infinis, on peut difficilement prétendre que l’électricité produite est une énergie décarbonée ! (1) 

 Énergie pas chère, (2). Le coût du nucléaire est maintenant plus élevé que celui des renouvelables. c’est pourquoi les investissements mondiaux dans les énergies renouvelables dépassent de loin ceux dans le nucléaire . Ainsi le coût de l’éolien offshore est annoncé comme étant 2 fois moins cher. De ce fait l’électricité nucléaire ne couvre même pas 10 % de la consommation totale d’électricité dans le monde, soit moins que l’éolien et le solaire réunis (3).

– Indépendance énergétique. (4) L’« indépendance énergétique » acquise grâce au nucléaire n’est qu’un mensonge d’État. En effet, Il n’y a plus d’extraction d’uranium en France, nous sommes dépendant des importations provenant du Kazakhstan, du Niger, d’Ouzbékistan… 
C’est au groupe Russe Rosatom qu’est confié le recyclage d’uranium issu du retraitement à la Hague. Un navire russe vient d’en faire une livraison à Dunkerque. Apparemment les sanctions ne concernent pas les échanges avec la Russie dans le domaine atomique !… 

Ce dont on se garde bien de parler 

– Risque de catastrophe. Tchernobyl il y a 36 ans et Fukushima il y a 11 ans ont malheureusement démontré que le risque de catastrophe est réel et que les conséquences sur les êtres vivants, les cauchemars vécus par les malheureuses victimes et leurs descendants pendant des années, sur des territoires au minimum grands comme des départements et sur le budget du pays concerné, devraient en faire une énergie inacceptable.

En France, à au moins 3 reprises, la catastrophe a été frôlée (St Laurent des Eaux 1969 et 1980, Blayais décembre 1999, la prochaine aura-t-elle lieu chez nous ou en Ukraine où la menace grandit autour de la centrale de Zaporijjia, faisant craindre le pire pour l’Europe ? 

– Trop polluant. Toutes les centrales en activité rejettent de la radioactivité dans le milieu ambiant que ce soit l’air ou l’eau. Il en va de mème pour les usines qui assurent le cycle du nucléaire, telles que Malvesi, Cadarache, Marcoule, Pierrelatte, Romans, et d’autres, mais c’est surtout le cas de l’usine de retraitement de la Hague qui fait du Cotentin la région la plus touchée du pays. 
Et aucune solution satisfaisante n’a été apportée à l’accumulation des déchets radioactifs. Que ce soient ceux de la fission de l’uranium hautement radioactifs retraités à la Hague pour lesquels le projet d’enfouissement à Bure est un leurre, ou des millions de tonnes de matériaux faiblement radioactifs ainsi que des stériles des mines d’uranium.

– Contamination du vivant. La santé des espèces vivantes, humains compris, est tributaire d’un environnement ne comportant que de faibles rayonnements issus du sol ou reçu de l’espace. 
La désintégration de l’uranium et de ses descendants engendre la prolifération de multiples radioéléments qui n’existent pas à l’état naturel (5), ils s’intègrent au vivant, se concentrent le long de la chaine alimentaire, et nous contaminent par ingestion pouvant s’attaquer au métabolisme de nos cellules et à leur ADN. Les conséquences n’en sont pas immédiates, mais n’y aurait-il pas un lien avec la prolifération des cancers, leucémies, maladies diverses qui ne seraient pas seulement dues aux pollutions des produits chimiques? Même si les liens directs sont bien difficiles à établir – sauf pour le cancer de la thyroïde que les pronucléaires ont été obligés de reconnaître – les victimes déclarées dûment reconnues au voisinage des centres atomiques, en Polynésie, ou en Biélorussie l’attestent. 
On sait maintenant que même les faibles doses de contamination ont des effets sur la santé, et plus grave encore sur la reproduction: les cellules sexuelles y sont particulièrement sensibles. C’est une atteinte à notre génome pouvant provoquer des avortements, des naissances monstrueuses, ainsi que des mutations transmissibles. Depuis les débuts du nucléaire, le lobby occulte cette contamination du vivant, il ne retient que l’irradiation directe et minimise considérablement le nombre de victimes, civiles ou militaires. Mais la CIPR (Commission Internationale de Protection Radiologique) reconnaît que toute dose de radioactivité comporte les risques mutagène, cancérogène, et autres. 
De plus les puissances nucléaires disposent de gros stocks d’U 238 rebut de l’enrichissement du combustible, c’est un métal lourd que les forces armées utilisent en tête d’obus pour percer les blindages, largement utilisés en Irak par les US . Il émet des rayons alfa, et les poussières disséminées et ingérées provoquent de gros dégâts chez les vétérans et dans la population (en particulier naissances de monstres!).

– Rechauffement climatique. On s’en préoccupe à juste titre et le nucléaire est présenté comme un recours, ce qui paraît convaincre les jeunes générations, mais en est-il vraiment un ? L’ouvrage d’Hervé Kempf Le nucléaire n’est pas bon pour le climat montre bien ce qu’il n’en est rien (6). 
Non seulement il ne fournit pas une énergie vraiment décarbonée, mais en outre il contribue au réchauffement climatique, comme le font toutes les centrales thermiques. Le rendement des centrales étant à peine de 30 %, par conséquent 70 % de l’énergie dégagée par la fission de l’uranium dans les 56 réacteurs est dissipée en chaleur dans l’eau et dans l’air. Des recherches récentes en démontrent l’importance significative par rapport aux autres causes (7).

– Trop vulnérable. La sécheresse de ce printemps et de cet été a démontré la vulnérabilité des réacteurs au dérèglement climatique : énormes consommateurs d’eau pour leur refroidissement, ils sont dépendants du régime fluvial. EDF a dû obtenir des dérogations pour poursuivre la production de plusieurs d’entre eux malgré la température trop élevée et/ou l’étiage insuffisant de l’eau des fleuves. 
La tempête de l’hiver 1999 a montré la fragilité au risque d’inondation de la centrale du Blayais, et le tsunami de mars 2011 au Japon a provoqué la catastrophe de Fukushima. Qu’en sera-t-il des nouveaux EPR construits en bord de fleuves ou de la mer ?

– Le nucléaire fragilise les pays qui l’utilisent : La guerre en Ukraine, pays nucléarisé démontre les risques immenses que font courir les centrales nucléaires. Elles deviennent des cibles de guerre et possiblement de terrorisme. 

Enfin, et cela peut servir de conclusion

Quelle folie peut conduire ceux qui nous gouvernent à prétendre relancer la construction de réacteurs, alors que nos voisins européens abandonnent le nucléaire qui ne représente plus que 2 % de l’énergie globale consommée dans le monde entier ? Ils ne s’en sortent pas plus mal et ne sont pas retournés à l’ère des cavernes ni même à celle de la bougie ! 
Du fait de sa centralisation et de la concentration du pouvoir qui en résulte, la France peut imposer le choix politique de son développement, en assumer les coûts, en cacher les effets sanitaires et neutraliser l’opposition à cette technologie mortifère. 
Tandis que les humains de la préhistoires nous ont légués de magnifiques peintures rupestres, nous laissons sans honte à nos descendants des déchets toxiques et radioactifs extrêmement dangereux pour des centaines de milliers d’années. Voir l’excellente BD d’Etienne Davaudeau (8). 
D’autres solutions existent, des études, dont certaines présentées par RTE (Réseau de transport d’électricité, filiale d’EDF) démontrent la faisabilité de scénarios 100% renouvelables associés à la sobriété. 
Les énergies renouvelables ne réchauffent pas l’environnement, elles transforment les énergies reçues gratuitement du soleil en électricité. Elles ne génèrent pas de gaz à effet de serre. Le démantèlement des équipements mis en place pour les capter est infiniment plus simple que celui des réacteurs atomiques, et n’abandonne pas pour des dizaines de milliers d’années des masses de produits radioactifs. 
Elles sont une source importante d’économie financière alors que le nucléaire est un puits sans fond de sommes colossales. Comment ne pas rêver à tout ce qu’on aurait pu réaliser avec cet argent pour améliorer le bien-être de tous, à commencer par celui de l’isolation des habitats ? 
Certes elles ne doivent pas être installées n’importe où, une gestion plus démocratique de leur installation les rendrait plus acceptables. 
Pourquoi faudrait-il attendre la catastrophe pour arrêter le nucléaire (9) ? Attend-t’on qu’un immeuble s’effondre pour en évacuer les habitants? Ne serait-il pas préférable de mieux utiliser provisoirement des centrales thermiques (celles au gaz plus fiables et moins polluantes ont le meilleur rendement 50%), le temps de pouvoir les arrêter aussi? 

Références

(1) Que ce soient les mines d’uranium, le transport des minerais, l’affinage à Malvesi, le conditionnement en oxyde de l’uranium, l’enrichissement au Tricastin, l’élaboration des « crayons » de « combustible *», les transport vers les réacteurs qu’il a fallu construire, leur acheminement vers la Hague pour être « retraités », enfin le démantèlement des réacteurs et la gestion des déchets pour l’éternité ! 
*C’est à tord que le terme « combustible » est employé communèment, puisque les atomes d’uranium ne brulent pas, ils se fissurent en dégageant de la chaleur et en émettant des rayonnements dangereux
(2) D’après Fabrice Nicolino (https://fabrice-nicolino.com/?p=5553), le chiffrage total du cout de la production nucléaire d’électricité, soigneusement dissimulé, est difficile à faire. Quelques éléments montrent l’étendue du gouffre financier. En janvier 2012, la cour des comptes estime que le nucléaire a déjà coûté 228 milliards € depuis les années 50, combien depuis? S’y ajoutent les recherches 55 milliards, le démantèlement des vieilles centralesse dizaines de milliards, renationalisation EDF, dont la dette approche les 50 milliards, 10 milliards, enfouissement 8 milliards au moins de subventions accordées à Areva-Orano, 100 milliards de travaux de sécurisation des vieux réacteurs, coût de l’EPR de Flamanville qui a dépassé les 20 milliards, etc.
(3) https://reporterre.net/Dans-le-monde-l-eolien-et-le-solaire-depassent-le-nucleaire 
(4) https://reporterre.net/Non-la-France-n-est-pas-independante-grace-au-nucleaire#forums
(5) hubert Greppin « Effets des radiations ionisantes » dans « Radioprotection et droit nucléaire » ivo Rens,, ed Georg,1998.
(6) Hervé Kempf “Le nucléaire n’est pas bon pour le climat”, ed Seuil, 2022. 
(7) Francois Vallet: https://blogs.mediapart.fr/francois-vallet/blog/091121/l-energie-nucleaire-rechauffe-la-planete-et-le-climat, Les émissions de chaleur des centrales nucléaires rapportées à la surface du pays ont été de 0.26 W/m² en 2018. Les émissions totales de chaleur du pays ont été de 0,55 W/m² pour la même année. Ce qui veut dire que le nucléaire serait responsable de la moitié de la contribution du pays au rechauffement climatique, si ces calculs sont confirmés! 
(8) Etienne Davaudeau « Le droit du sol » ed Futuropolis, 2021. L’auteur a parcouru à pied les 800 kms qui séparent la grotte de Pech Merle et ses peintures supestres, à Bure où on prétend enfouir les déchets radioactifs pour des centaines de milliers d’années…. 
(9) voir le site du collectif Arrêt du Nucléaire (ADN) http://collectif-adn.fr/

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