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Professeur honoraire de l'Université de Genève

Dans le sud de la France, la fronde s’organise contre un site d’Areva qui traite des déchets radioactifs

par Emmanuel Riondé

Le Courrier de Genève

Mercredi 10 janvier 2018

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“LE NUCLÉAIRE TUE L’AVENIR”

 

Nucléaire X L’usine d’Areva Malvési, dans l’Aude en France, voit passer près du quart de l’uranium mondial. Celui-ci y est transformé en combustible pour les centrales nucléaires. L’opération produit des déchets nitratés, qui s’accumulent sur place depuis plusieurs dizaines d’années. Pour les détruire, Areva a conçu un projet d’incinérateur, récemment autorisé par les pouvoirs publics. Une véritable déclaration de guerre pour un collectif d’associations locales, qui dénoncent les risques de pollution et comptent «entrer en résistance» pour em- pêcher sa réalisation.

En novembre dernier, un arrêté préfectoral autorisait l’exploitation par l’usine Areva Malvési d’une «unité complémentaire dénommée TDN (traitement des nitrates)». Depuis de long mois, plusieurs organisations de la société civile locales s’opposent au projet. Egalement appelé Thor – pour «thermal organic reduction» –, celui-ci doit permettre de réduire les stocks d’effluents liquides de Malvési en détruisant les nitrates par combustion et en captant les éléments radioactifs résiduels dans de l’argile.

Déchets stockés depuis cinquante ans
Un procédé polluant, énergivore et encore mal maîtrisé, jugent les opposants. Le 5 novembre, près de 3000 manifestants descendent dans les rues de Narbonne pour manifester leur refus. Une semaine plus tard, une association locale – Transparence des canaux de la narbonnaise (TCNA) – appelle à «la résistance citoyenne». Une vaste banderole est déployée sur les remparts de la cité de Carcassonne: «Le nucléaire tue l’avenir.»

Il faut remonter de quelques décennies pour comprendre l’histoire dans laquelle s’enracine cette défiance. Le site d’Areva Malvési est inauguré en 1959 par Charles de Gaulle. Implantée sur une ancienne carrière de souffre, l’usine voit pas- ser chaque année près d’un quart de l’uranium mondial. Il entre sous forme de concentré d’uranium et ressort en tétrafluorure d’uranium (UF4), l’élément de base du combustible des centrales nucléaires. La transformation s’opère à l’aide d’acide nitrique concentré et produit des déchets nitratés, stockés dans des bassins à ciel ouvert.

Des restrictions
à respecter
«Tous les déchets produits depuis l’ouverture de l’usine sont encore là», explique André Bories, chercheur retraité en sciences de l’environnement et président de l’association Rubresus (pour la sauvegarde des Basses Plaines de l’Aude). «Malvési est avant tout une immense décharge, c’est un fait.» «Des centaines de milliers de tonnes de boues sont stockées à l’air libre dans ces bassins sans étanchéité construits dans les anciens terrils de la mine. Depuis cinquante ans, à chaque pluie, ils laissent filtrer dans le sol des éléments chimiques et radioactifs», dénonce le chercheur.

Certains espaces de stockage servent à la décantation des boues ou à l’évaporation des effluents liquides. Ces derniers sont concernés par le projet Thor, l’industrie nucléaire estimant désormais urgent de retraiter ces stocks d’effluents, bien qu’il reste près de 120 000 m3 de capacité de remplissage. Une situation qui, selon les opposants au projet, laissait le temps de plancher sur une autre solution pour retraiter les effluents de Malvési.

«Le principal problème posé par Thor, ce sont les rejets atmosphériques», souligne Mariette Gerber, médecin épidémiologiste et ex-chercheuse à l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche). «Il rejette du dioxyde d’azote et des particules fines. Or, comme notre région est ensoleillée, le dioxyde d’azote est transformé en ozone, soit le cocktail magique de la pollution de l’air.» De fait, l’une des raisons pour lesquelles l’usine et ses bassins à ciel ouvert ont été implantés dans la région est le climat méditerranéen qui y règne: du soleil pour accélérer l’évaporation, du vent pour disperser les effluves. Mariette Gerber alerte

«Malvési est avant tout une immense décharge, c’est un fait»

André Bories

aussi sur la présence de benzène et de phtalate DEHP, un perturbateur endocrinien tristement réputé. «Nous avons été en partie entendus, nuance-t-elle. Le préfet a exigé des restrictions sur les émissions de dioxyde d’azote et de composés organiques volatiles. C’est positif. Mais il va falloir se donner les moyens de s’assurer que ces restrictions seront respectées par Areva.»

Charles Sultan, professeur en endocrinologie pédiatrique à Montpellier, est moins conciliant. Il appelle à «s’élever contre la décision d’autoriser TDN, au motif que les concentrations de phtalates et de dioxines ne sont pas dangereuses». Selon lui, c’est bien «l’accumulation pendant des années qui représente

un risque par la superposition des sources».

Un procédé expérimental

«Unité de traitement» pour Areva, Thor est considéré comme un «incinérateur» par les opposants au projet: «Areva refuse de parler de combustion et d’incinération mais le procé- dé est bien celui d’un four transformant, à 850° C, le charbon en gaz, explique André Bories. Il s’agit de brûler 5700 tonnes de charbon par an, pour réduire les effluents à l’état de cendre. Et c’est donc bien un incinérateur.»

L’association TCNA a documenté l’expérience inquiétante de deux sites situés aux Etats- Unis ayant adopté la technique Thor pour gérer des déchets nucléaires ou issus de la transformation de l’uranium. Pour Fabrice Hurtado, président de TCNA, la cause est entendue: «Ce projet industriel expérimental sacrifie l’avenir de la population locale sur l’autel du retraitement des déchets.»

Des précédents inquiétants
Un sentiment renforcé par le passé de Malvési. En 2004, 30 000 m3 de boues polluées s’écoulent dans le périmètre alentour. En 2006, des bassins débordent. Les relevés effectués par la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) à la suite de ces accidents indiquent que les effluents stockés contiennent aussi des éléments radioactifs. «De 1960 à 1983, l’usine Malvési a accueilli discrètement de l’uranium de retraitement, indique Hervé Loquais, du collectif Sortir du Nucléaire de l’Aude. Des éléments radioactifs ont été mélangés avec le reste.»

En plus de la sécurité des bassins, il y a celle de l’acheminement des produits. Le 10 mars 2001, deux wagons remplis de 100 tonnes d’acide fluorhydrique déraillent en gare de Narbonne. Leur relevage nécessite l’évacuation partielle de la population.

Face à ses opposants, la communication d’Areva met en avant son strict respect des procédures – commission de suivi, enquête publique, expertises – et vante une «empreinte environnementale réduite». «Nous avons réalisé des investissements pour sécuriser la zone lagunaire, conforté les digues des bassins», ajoute Nathalie Bonnefoy, directrice communication de la business unit Chimie-Enrichissement d’Areva. «Les deux expertises demandées par la Préfecture, celles du professeur Bernier et de l’IRSN (l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), ont conclu à l’absence d’impact environne- mental et nous considérons que Thor a plus d’avantages que d’inconvénients par rapport aux solutions alternatives. Nous nous engageons à respecter les nouvelles prescriptions émises par la Préfecture.»

Le puissant lobby d’Areva

Si quelques élus locaux s’opposent au projet, d’autres le soutiennent. Didier Codorniou, premier vice-président (Parti radical de gauche) de la région Occitanie, a salué «la décision responsable du préfet de l’Aude». «Il a mesuré tous les enjeux de ce dossier et trouvé un juste mi- lieu entre la demande de l’industriel et les remarques des associations écologiques», a-t-il déclaré mi-novembre.

Après s’être exprimé contre TDN, le maire de Narbonne, Didier Mouly (divers droite), reste silencieux depuis l’autorisation de la Préfecture, à l’image de nombreux élus préférant rester discrets. Un positionnement que Fabrice Hurtado, de TCNA, explique en partie par le poids

d’Areva dans l’économie locale: «Ils soutiennent le club de rugby, financent le festival Charles Trenet. Ils savent se fondre dans la population.» Areva Malvési met en avant ses 220 salariés dont «près de 75% habitent dans les communes du grand Narbonne» ainsi que 100 emplois «induits auprès d’entreprises sous-traitantes» et «plus de 10 millions d’achats réalisés chaque année dans la région». André Bories y voit surtout «la force du lobby nucléaire». «Dans l’économie locale, le tourisme ou la filière vinicole génèrent bien plus de ressources que l’usine Malvési, mais chaque fois que nous avons rencontré les élus, Areva était déjà passée, et ils avaient tous en main des dossiers avec des chiffres rectifiés.»

Selon Areva, Thor devrait être opérationnel in 2019. Pour André Bories, c’est une occasion manquée: «En ce moment, le recyclage a le vent en poupe. Il y avait la possibilité d’enclencher une dynamique vertueuse en adoptant d’autres solutions, par exemple l’extraction du nitrate pour le transformer en acide nitrique et le réutiliser, plutôt que le détruire. Là, on choisit le procédé le plus polluant et le plus consommateur d’énergie. Alors que l’on multi- plie les exigences auprès des citoyens, on donne quitus aux industriels pour polluer!»

Pour Fabrice Hurtado, de TCNA, la guerre est déclarée: «Qu’allons-nous léguer à nos enfants? Des cancers? A un moment, il faut dire non. Nous entrons désormais en résistance: nous allons réfléchir à une action en justice, à un référendum régional… Et s’il le faut, nous irons jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme.» La course contre la montre est lancée. BASTA!

Cet article est à retrouver en intégralité sur le site bastamag.net

 

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Macron en Chine : combien de milliards la vente d’une usine nucléaire va-t-elle COÛTER à la France ?

 

Observatoire du nucléaire
http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article347
10 janvier 2018

Incorrigibles, de nombreux médias célèbrent la prétendue vente à la Chine par Areva – et surtout par son VRP Emmanuel Macron – d’une usine de traitement de déchets nucléaires, alors que le passé a montré que ce genre d’annonce n’est suivi d’aucune concrétisation… ou alors de lourdes pertes financières pour la France !

 

Rappelons d’abord qu’il est de tradition que des annonces « fracassantes » soient faites lors des déplacements présidentiels, le champion toute catégorie étant incontestablement M. Sarkozy qui a prétendument vendu des dizaines de réacteurs (y compris à M. Kadhafi en 2007) ou autres installations nucléaires partout dans le monde, pour un résultat bien heureusement égal à zéro.
Vente fictive
Rien de nouveau avec M. Macron, la « vente » d’une usine de retraitement de déchets nucléaires étant parfaitement fictive à ce jour, remplacée par la signature d’un fumeux « mémorandum pour un accord commercial ».
Les Chinois sont de gens polis qui laissent leurs invités se vanter, mais ils sont aussi parfaitement informés des terribles déconvenues et incompétences affichées par Areva et EDF ces dernières années, du flop gigantesque des EPR (en Finlande et à Flamanville) au scandale inouï des milliers de pièces défectueuses produites dans les usines Areva du Creusot… dont les deux cuves installées dans les EPR actuellement en chantier à Taïshan.
De fait, si les Chinois achètent vraiment l’usine annoncée, ce qui reste à démontrer, ce sera en imposant à Areva des conditions léonines qui feront que ce seront les Français qui couvriront les pertes financières éventuelles… ou plutôt inévitables lorsque l’on considère les « exploits » d’Areva et EDF sur tous leurs chantiers.
Centrales bradées
Pour mémoire, l’EPR a été bradé à 3 milliards aux Finlandais en 2004 pour une facture finale de plus de 10 milliards et un chantier de près de 15 ans au lieu de 4 ans et demi annoncés (!) : la France va sous peu être lourdement condamnée en justice internationale et devoir verser des milliards aux Finlandais.
Pour mémoire aussi, les deux EPR « vendus » à la Chine en 2008 ont en réalité été eux aussi totalement bradés : le montant du contrat a été annoncé à 8 milliards mais il comportait la livraison de combustible (sans qu’il soit montré en quoi Areva y aurait gagné de l’argent) : c’est en réalité à 3,66 milliards les deux que les EPR ont été bradés.
Il est évident que cette opération a coûté et coûte encore fort chez à la France, ce qui n’a pas empêché qu’elle soit qualifiée de façon dithyrambique de « marché du siècle » par de nombreux médias qui se gardent bien d’enquêter sur le résultat financier réel.
Le macronisme : de la très vieille politique
Aujourd’hui encore, se dépêchant d’oublier leurs propres errements, les mêmes voix se gargarisent à nouveau d’un prétendu « grand succès » de l’industrie nucléaire française, annonçant même qu’il va « sauver Areva ». En réalité, l’industrie nucléaire mondiale est en déconfiture générale et irréversible, comme le montrent les désengagements des groupes allemands RWE et E.ON et la faillite de l’américain Westinghouse.
Pour sa part, la France est plombée par ses boulets Areva et EDF qui sont plus que jamais en déroute industrielle et financière malgré de ruineuses recapitalisations déjà opérées… et d’autres encore à venir. Sans que leur avis soit jamais sollicité, les citoyens de France vont devoir couvrir des pertes colossales qui vont être encore aggravées par les projets absurdes de deux EPR en Grande-Bretagne et d’une usine en Chine.
Loin d’un « renouveau de la politique », le macronisme consiste à continuer et même aggraver les erreurs passées et faire payer le tout par la population en protégeant les privilégiés et les lobbies les plus nuisibles comme celui de l’atome.

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Sécurité nucléaire : le grand mensonge.

 

Auteur : Laure Noualhat
Réalisateur : Eric Guéret

Classée secret défense, la sécurité nucléaire reste aujourd’hui la zone opaque d’une industrie exposée au risque terroriste. Captivante autant qu’alarmante, cette enquête internationale révèle d’énormes failles en la matière.
Arte, la chaîne franco-allemande a eu le mérite de diffuser ce documentaire éloquent.

https://www.arte.tv/fr/videos/067856-000-A/securite-nucleaire-le-grand-mensonge/

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Nouvel accident nucléaire en Europe ?

par Pierre Fetet

12 novembre 2017

Source : http://www.fukushima-blog.com

 

Alors qu’en France, on persiste joyeusement à tout miser sur le nucléaire – enterrement par le gouvernement de l’objectif de 50 % de nucléaire à l’horizon 2025, mise en service de l’EPR en 2018 en fermant les yeux sur sa cuve défectueuse, mise en service d’un nouveau réacteur de recherche en 2019, poursuite de la création de la poubelle nucléaire à Bure – un accident nucléaire a failli passer inaperçu en Europe. Il s’est produit, selon l’IRSN, entre l’Oural et la Volga, c’est-à-dire très vraisemblablement en Russie.

 

Le sud de l’Oural, c’est un peu comme notre vallée du Rhône, il y a comme une concentration de sites nucléaires. En Russie, la plupart de ces installations sont situées dans des villes fermées dont les créations, qui remontent au temps de l’Union Soviétique, étaient liées à la fabrication d’armes atomiques. Donc pas étonnant, vu leur âge, que ça pète ou que ça fuie de temps en temps. On comprend aussi pourquoi la Russie actuelle ne peut pas reconnaître un accident nucléaire sur un site secret défense. Tchernobyl, ce n’était pas pareil, c’était une centrale nucléaire de production d’électricité et tout le monde avait été copieusement arrosé au césium-strontium-plutonium-etc., alors au bout de quelques jours, ce n’était pas possible de nier que c’était grave. En revanche, les accidents nucléaires sur des sites secrets, ça doit rester confidentiel. Par exemple, dans le passé, on a appris officiellement mais très tardivement – 33 ans plus tard ! – qu’un très grave accident nucléaire s’était produit en septembre 1957 (tiens tiens, il y a juste 60 ans, radieux anniversaire !) sur le site de Mayak. C’est encore très radioactif là-bas, c’était un accident de niveau 6 sur l’échelle INES qui en compte 7. C’était à Kychtym, dans l’oblast de Tcheliabinsk.

Justement, cet oblast et son voisin Sverdlovsk sont des bons candidats pour avoir été à nouveau victimes d’un accident nucléaire au cours de la dernière semaine du mois de septembre 2017. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est la carte que vient de diffuser l’IRSN et qui pointe la région sud de l’Oural comme la très probable origine de la contamination radioactive au ruthénium-106 que vient de subir l’Europe, dont la France.

 

Un secteur fortement nucléarisé 

Pas très loin de ce point rouge de la carte de l’IRSN qui représente une probabilité de 60 à 80 %, il n’y a pas moins de 5 sites nucléaires sensibles :

– la ville fermée de Novoouralsk, où se trouve une usine d’enrichissement d’uranium,

– la ville fermée d’Oziorsk, où se trouve une usine importante pour le traitement des déchets nucléaires civils et militaires (production de plutonium), près de laquelle se trouve le site de Mayak,

– la ville fermée de Lesnoï, spécialisée dans la fabrication des armes nucléaires : enrichissement de l’uranium et assemblage d’ogives,

– la ville fermée de Triokhgorny, spécialisée pour la fabrication de bombes atomiques (assemblage d’ogives),

– la ville fermée de Snejinsk, second site dédié au programme nucléaire russe, spécialisé dans la conception et le développement d’armements.

J’ai réalisé une carte reprenant les données de l’IRSN et positionnant les 5 sites nucléaires russes afin de mettre en évidence leur proximité du point le plus probable où aurait eu lieu l’accident. Le point rouge foncé, c’est la probabilité entre 60 et 80 %, la couleur moyenne, c’est la probabilité entre 30 et 60 %, et enfin la couleur la plus claire correspond à la probabilité entre 5 et 30 %.

Est-ce l’un de ces sites qui a eu un problème ? C’est possible, mais on ne le saura sans doute jamais. Ou alors dans 30 ans quand quelqu’un parlera, ou plus tôt si un plus gros accident se produit avant.

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Carte représentant la plausibilité de l’origine du rejet de ruthénium-106 à partir des données de l’IRSN et localisation des sites nucléaires russes du sud de l’Oural.

Des pollutions radioactives à répétition en Europe

Je me souviens, en 2012, de l’iode 131 avait été détecté en Europe sans que personne ne puisse (ou ne veuille) dire d’où le problème venait. On se demandait si ça pouvait venir de Fukushima. Il est certain que l’IRSN avait les mêmes moyens qu’aujourd’hui pour faire des simulations de provenance. Mais cet institut, qui est entre autres sous la tutelle du ministère des armées, ne dit pas tout ce qu’il sait. Cependant cette fois-ci, la pollution est tellement gigantesque – entre 100 et 300 térabécquerels de ruthénium-106 – qu’il a fait un effort de communication (Serait-ce parce que le Bureau allemand de sûreté nucléaire était sur le point de l’annoncer ?).

Et qui se souvient de la pollution radioactive au césium 137 qui a eu lieu en mai-juin 1998 ? Personne à vrai dire, car l’info a été occultée par la coupe du monde de foot. Suite à une erreur, un haut-fourneau d’Algesiras avait fait fondre une capsule de césium 137 d’origine médicale, ce qui eut pour effet de libérer dans l’atmosphère européen 2 à 3 térabecquerels de césium radioactif. Sport et nucléaire ne font pas bon ménage. Je ne peux m’empêcher de penser aux prochains JO qui se dérouleront à Tokyo et à Fukushima

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Je me souviens aussi du réacteur de production d’iode médical en Hongrie (institut de production de radioisotopes de Budapest (Izotop Intezet)) qui avait inondé l’Europe en 2011 de 0,6 térabecquerels d’iode 131.

Et puis plus récemment, ce réacteur de Halden en Norvège qui a rejeté impunément 8 térabecquerels de gaz rares radioactifs en octobre 2016 sans que personne, excepté la Criirad, ne s’inquiète de quoi que ce soit.

Et rappelez-vous encore, au début de cette année 2017, personne n’a su dire d’où provenait cet iode radioactif détecté dans de nombreux pays d’Europe.

L’homme, par les essais nucléaires passés, avait déjà rendu notre atmosphère comme « une chambre à gaz atomique ». Les nouvelles des accidents nucléaires sont donc toujours de mauvaises nouvelles, car les gaz et les nanoparticules radioactives sont produits souvent pour des dizaines d’années ou des siècles. A l’échelle d’une génération, chaque pollution nouvelle s’ajoute donc aux précédentes. On ne peut pas supprimer la radioactivité, à chaque fois qu’on la déplace, elle se remobilise dans le vent, la pluie, la poussière… et les organismes vivants.

 

Accident russe ?

Tout le monde s’accorde à dire que la pollution au ruthénium ne vient pas d’un accident de centrale nucléaire, mais plutôt d’un site de retraitement. En 2016, l’ACRO avait aussi relevé une pollution au ruthénium à côté du site de retraitement de la Hague. Il n’y a donc pas qu’en Russie que des problèmes surviennent.

Le ruthénium-106, produit de fission, a une période de plus d’un an, donc la pollution sera active durant une dizaine d’années. Pauvres riverains russes, pauvres Européens. La Criirad fait bien de dénoncer l’absence de prise de mesure pour les populations concernées. Mais la Russie dément. On se demande à quoi sert l’AIEA, soi-disant « gendarme du nucléaire », incapable de dénoncer publiquement le coupable de ce nouveau crime atomique…

____________________________

Sources : 

– Détection de ruthénium-106 en France et en Europe : résultat des investigations de l’IRSN (9/11/17)

– Contamination par le ruthénium 106 : les rejets radioactifs sont considérables et proviendraient de Russie ou de pays proches (10/11/17)

– Wikipédia, et autres sources dans le texte.

 

Non source :

– Site de l’AIEA : aucune information sur la pollution au ruthénium à ce jour

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Déchets radioactifs : Nicolas Hulot confirme sa soumission au lobby nucléaire

Observatoire du nucléairehttp://www.observatoire-du-nucleaire.org

Communiqué du 10 novembre 2017

– M. Hulot reprend le terme de « solutions » alors que n’existent que des options

– Il affirme sans preuve que l’enfouissement serait « la moins mauvaise solution »

 

Jeudi 9 novembre, au Sénat, le ministre Nicolas Hulot a définitivement prouvé, si le doute était encore permis, qu’il est totalement soumis à l’industrie nucléaire dont il reprend mot pour mot les « éléments de langage ».

En effet, M. Hulot a déclaré que l’enfouissement des déchets les plus radioactifs (à Bure, dans la Meuse), était « la moins mauvaise solution« .

Or, toute personne qui a étudié la question sait qu’il n’existe aucune solution à la question des déchets radioactifs : tout au plus peut-on parler d’options. Utiliser le terme de « solution » revient à se soumettre à la communication de l’industrie nucléaire qui tente de faire croire qu’elle peut régler les graves problèmes qu’elle cause.

D’autre part, c’est avec la plus grande légèreté que Nicolas Hulot a prétendu que l’enfouissement serait « la moins mauvaise » de ces « solutions ».

Sur quelles bases M. Hulot, qui ne s’est jamais préoccupé de la question du nucléaire, a-t-il fait cette affirmation ? A-t-il étudié en détail l’ensemble des hypothèses ? Non : il s’est contenté de répéter les mots attendus par l’industrie nucléaire mais aussi par les entreprises comme Bouygues et Vinci qui attendent de gagner beaucoup d’argent avec le projet Cigeo d’enfouissement des déchets radioactifs.

Quelques jours après avoir reporté aux calendes grecques l’hypothèse d’une réduction de la part du nucléaire dans la production française d’électricité, Nicolas Hulot prouve définitivement – pour ceux qui nourrissaient encore quelques illusions – qu’il n’est qu’un jouet aux mains de l’industrie nucléaire, à commencer par le Premier ministre (directement issu d’Areva) et le Président de la république, pronucléaire forcené.

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Forum Social Mondial Antinucléaire à Paris, du 2 au 4 novembre 2017

par Pierre Péguin

27 octobre 2017

3ème Forum Social Mondial Antinucléaire à Paris, du 2 au 4 novembre 2017.En route vers un monde sans nucléaire, ni civil ni militaire

Depuis la première session qui a eu lieu à Porto Alegre en 2001, la dynamique du Forum Social Mondial (FSM) s’est amplifiée et le premier Forum Social Anti-nucléaire s’est tenu au printemps 2016 à Tokyo, puis un second Forum Antinucléaire a eu lieu en 2016 à l’occasion du FSM de Montréal. Cette année c’est la France (pays le plus nucléarisé au monde par habitant) qui accueille la rencontre internationale  » Forum Social Mondial Antinucléaire » pour un monde sans nucléaire, ni civil ni militaire. Un foisonnement de thèmes en débat.

J’y animerai avec Bernard Laplonche l’atelier proposé par le Collectif Halte Aux Nucléaires Gard (CHANG) « la relance de la filière plutonium par le projet de construction du réacteur Astrid à Marcoule ».
Pour plus de détails sur cet évènement dont le programme est ci-dessous, voir la P.J. diffusée par la Coordination Antinucléaire Sud-Est

Le programme

Jeudi, 2 Novembre
à partir de 9 heures : Accueil à la Bourse du Travail au 29 Boulevard du Temple (Paris 3ème – Métro Répubique ). Trois salles accueilleront ensuite les participants : 3 rue du Chateau d’Eau, 67 rue de Turbigo et 29 Boulevard du Temple

9:45-12 heures : Plénière d’Ouverture avec Chico Whitaker (membre fondateur du FSM – Historique du Forum Social Mondial), Naoto Kan (ancien premier ministre) en vidéo avec un message au FSMAN « pourquoi je suis devenu anti-nucléaire », Dr. Hisako Sakiyama (membre de la commission parlementaire japonaise) à propos de la situation de Fukushima, présentations du nucléaire civil en France et du nucléaire militaire en France

12:00-14:00 : Animation sur le nucléaire, Place de la République (proposé par SDN 19)

14:00-16:15 : Ateliers

. « Abolition des armes nucléaires » (Atomwaffenfrei/Trident Ploughshares/IPPNW-France) avec Cameras politiques et le film « La bombe et nous » (Xavier Marie-Bonnot 2017, 80′, VOSTF) suivi d’un débat sur le nucléaire militaire (la première partie) Interprètation français-anglais

. « Le désastre de l’EPR » (CAN-Ouest, CRILAN, Stop Hinkley, Women Against Nuclear Power – Finland et Beyond Nuclear) Interprètation français-anglais

. « Arrêt immédiat du nucléaire : c’est indispensable et c’est possible ! » (CCOA, Décroissance Idf, ADN73)

. « Industrie nucléaire et contaminations radioactives : renforcer les capacités de mesure des ONG » (Criirad)

. « Ethos à Fukushima, stratégie de l’ignorance et mainmise du lobby nucléaire international » (Echo-Echanges) Interprètation français-anglais

. « Le nucléaire dans le monde et les coûts du nucléaire » (Global Chance) Interprètation français-anglais
Observatoire des armements – Quelle action pour les victimes des essais nucléaires ?

16:45-19:00 Ateliers :

. « Abolition des armes nucléaires » (Atomwaffenfrei/Trident Ploughshares/IPPNW-France) et « Les actions de désobéissances civiles en Europe contre le nucléaire militaire » (la deuxième partie) Interprètation français-anglais

. « Inde : extension de l’électronucléaire et réduction des espaces démocratiques » (ADN Lot, DiaNuke) Cameras politiques : film «Jaitapur Live » (Pradeep Indulkar, 2013, 33′, VOSTF en présence du cinéaste et d’André Larrivière, traducteur des dialogues)

. « Impact des mines d’uranium » (Anti-Nuclear Alliance of Western Australia-ANAWA, Collectif Mines Uranium-CMU) et Cameras politiques : film «Uranium » (Magnus Isacsson, 1990, 48′, doublage en français) Interprètation français-anglais

. « Nucléaire et finance : le pouvoir des lobbies contre la démocratie » (Attac)

. « Les travailleurs nucléaires en France » (Réseau Sortir du nucléaire) et Cameras politiques : film « Condamnés à réussir » (François Jacquemain, 1976, 60′, VOSTF, en présence du cinéaste)

. « Atelier théâtre » pour préparer l’action théâtrale du Samedi, 4 Novembre (LACSE première partie)

19h15-21h30

. Film spécial : « Couvercle du soleil » de Futoshi Sato (2016, 132, VOSTF); première présentation publique en France, en présence du producteur Tamiyoshi Tachibana. Bourse du Travail, 29, boulevard du Temple , 75011 Paris.

 

Arret-Nucleaire_drapeaux_internationaux.jpg Vendredi, 3 Novembre

9:45-12:00 Ateliers

. « Quelle stratégie pour en finir avec le nucléaire civil et militaire ? » (ACDN, Mouvement Utopia et Sortir du nucléaire Suisse romande) Interprètation français-anglais

. « Armes atomiques » (Agir pour la paix-Belgique et ICAN)

. « Relance de la filière plutonium par le projet de construction à Marcoule du réacteur à neutrons rapides Astrid » (CHANG)

. « Les déchets radioactifs » (FNE et Nuclear Heritage Network) Interprètation français-anglais

. « Vers un mouvement européen anti-nucléaire » (MIA, Nuclear Heritage Network et PLAGE) Interprètation français-anglais

. « Les enjeux de la gestion de l’eau dans le nucléaire. Bassin fluvial, bassin de luttes? » (SDN Loire et Vienne et CRIIRARD)

.  » Fukushima 2011-2017: Etat des lieux : la multiplication du cancer de la thyroïde chez les enfants » (Yosomono-net)

12:00-14:00

. Animation sur le nucléaire, Place de la République (proposé par SDN 19)

14:00-16:15 Ateliers

. « Libérer l’ONU du nucléaire » (Fin du nucléaire Belgique, l’Assemblée des Citoyens du Monde et la Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté) et Cameras politiques : film « Controverses Nucléaires » de Wladimir Tchertko (2003, 50’, VOSTF, extraits)

. « Les mouvements antinucléares. Bilan critique et perspectives ouvertes par la crise de l’industrie nucléaire » (CCOA, Décroissance IdF avec MIA, Nuclear Heritage Network et PLAGE) . Interprètation français-anglais

. « Démantèlement des centrales nucléaires » (CRIIRAD, Global Chance et RSDN)

.  » Comment préserver l’histoire du mouvement anti-nucléaire? » (Laka Foundation) Interprètation français-anglais

. « Santé et nucléaire : De l’invisibilité des travailleurs irradiés au mythe de la radioactivité quasi-inoffensive » (RSDN et IndependentWHO)

. « Rosatom: la situation de l’énergie nucléaire en Russie et les activités d’exportation du nucléaire Russes » (Russian Social-Ecological Union, Radwaste Program) Interprètation français-anglais

. « Atelier chorale » pour préparer l’action théâtrale du Samedi, 4 Novembre (LACSE, deuxième partie)

16:45-19:00

. Plénière témoignages : Sonali Huria (Inde), Nadezda Kutepova (Russie), Minoru IKEDA (Japon), Oleg Veklenko (Ukraine), Pinar Demircan (Turquie), Philippe Billard (France), Leona Morgan (Navajo, USA), Almoustapha Alhacen (Niger)

16:45-19:30

. Cameras politiques : Documentaire « Iitaté : Chroniques d’un village contaminé » de DOI Toshikuni (2013, 119 min, VOSTF), débat animé par Kolin Kobayashi, Echo-Echanges (Salle municipale Jean Dame, 17 rue Léopold Bellan, Paris 2ème, métro Bourse)

20:00

Soirée Conviviale au Restaurant Bio « Grand Bréguet » 17, rue Bréguet, 75011 Paris [repas 10-15€]

 

Arret-Nucleaire_drapeaux_internationaux.jpg Samedi, 4 Novembre

9:45-12:00 Ateliers :

. « Quelles actions pour Arrêter le Nucléaire? » (ADN, NAH-HAGUE et Réactions en Chaîne Humaine)

.  » Abandonner le nucléaire et répondre au défi climatique » (Attac) Interprètation français-anglais

. « Retour sur le désastre de Mayak et l’action de Belrad auprès des enfants touchés par Tchernobyl » (ETB)

. « Stratégies de lutte antinucléaire Nord-Sud » (FUNAM et Campus Cordoba Right Livelihood College-RLC)

. « Sortir du nucléaire : une chance pour les travailleurs et pour l’emploi ! » (RSDN et NTEWJ)

. « Effets des radiations ionisantes sur la santé et sur les droits de l’homme » (IPPNW Suisse et CIDCE) Interprètation français-anglais

. « Bure-La bataille du nucléaire : présentation du livre » (RSDN) Interprètation français-anglais

10:00-13:00

. Atelier pour préparer l’action théâtrale (LACSE troisième partie)

12:00-14:00

. « Animation sur le nucléaire », Place de la République (SDN 19)

13:00

. Action théâtrale Place de la République (LACSE)

14:00-16:15

. Plénière de clôture  » Science, société et nucléaire » avec Bertrand Méheust, philosophe/sociologue

. Synthèse des débats, Sur la construction d’un réseau international

. Suite à donner au Forum social antinucléaire

 

Arret-Nucleaire_drapeaux_internationaux.jpg Dimanche, 5 Novembre

. Visite à Bure : Départ (par bus) 7:00 devant l’hôtel Crowne Plaza, 10 Place de la République, 75011 Paris; retour 21:00

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Plusieurs organisations françaises et internationales participent aux différentes étapes de la construction du Forum, au sein du Comité de Facilitation, de l’Assemblée Permanente, et de l’Assemblée Internationale.

Le Forum est soutenu financièrement par les organisations suivantes : Abolition des Armes Nucléaires – Maison de Vigilance, ACDN (Action of Citizens for Nuclear Disarmament), Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs (AITEC), Attac France, Collectif Anti-Nucléaire Ouest (CANO), Collectif Arrêt du Nucléaire (ADN), Collectif contre l’ordre atomique (CCOA), Comité de réflexion, d’information et de lutte anti nucléaire (CRILAN), Confédération Paysanne, ContrAtom, Décroissants Aderoc, Décroissance Ile de France, Echo-EchangesEnfants de Tchernobyl Belarus (ETB), Fin du Nucléaire Belgique, Fondation Un Monde par Tous, France Nature Environnement (FNE), Global Chance, Greenpeace France, Independant WHO, Nucléaire Stop Kernenergie Belgique, Réseau Sortir du Nucléaire, Sortir du Nucléaire Loire et Vienne, Stop Hinkley, Union Syndicale Solidaires

Comité de Facilitation : Abolition des Armes Nucléaires – Maison de Vigilance, Appel du 26 avril, Association Des Rencontres de l’Objection de Croissance, Attac France, Brut de Béton Production, Collectif Arrêt du Nucléaire, Collectif contre l’ordre atomique, CSFR, Décroissance Ile-de-France, choEchanges, ICAN France, Independent WHO, Réseau Sortir du Nucléaire, Stop Fessenheim, Syndicat National de l’Environnement – Fédération Syndicale Unitaire, Union Syndicale Solidaires

Assemblée Permanente (en plus des membres du Comité de Facilitation, l’Assemblée Permanente comprend) : Confédération Paysanne, Coordination antinucléaire sud-ouest, Enfants de Tchernobyl-Belarus, France Nature Environnement, Collectif contre l’Enfouissement des Déchets RadioActifs (CEDRA)

Assemblée Internationale (en plus des membres de l’Assemblée Permanente, l’Assemblée Internationale comprend) : Agir pour la paix (Belgique), Attac Espagne (Espagne), Ecologistas en Acción (Espagne), Fin du nucléaire (Belgique), Friends of the Earth Australia (Australie), Fundación para la defensa del ambiente (FUNAM) (Argentine), Grup de Científics i Tècnics per un Futur No Nuclear (Espagne), International Peace Bureau (IPB), Internationales Bildungs- und Begegnungswerk (IBB) (Allemagne), Nucléaire Stop Kernenergie (Belgique), Nuclear Consulting Group (Grande Bretagne), Pressenza, Stop Hinkley (Grande Bretagne)

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Pour en savoir plus : site internet http://fsm-antinucleaire2017.nuclearfreeworld.net
contact : info@wsfnonuke.org

 

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Héritage de l’Otan: la Serbie première en Europe pour le nombre de cancéreux

 Source : http://arretsurinfo.ch/heritage-de-lotan-la-serbie-premiere-en-europe-pour-le-nombre-de-cancereux-2/

27 octobre 2017

Source originaire : https://fr.sputniknews.com/international/201503251015336847/

25.03.2015

 

Les bombardements avec des munitions à l’uranium appauvri n’ont jamais préoccupé les partis écologistes et Verts qui, comme on l’a constaté, ont soutenu et continuent de soutenir les guerres de l’Otan, sans jamais se soucier des conséquences pour l’environnement et la santé des gens. Ces partis, comme tous les autres, combattent le nucléaire mais ne condamnent pas l’usage des armes à l’uranium appauvri, qui irradient et rendent invivables des pays entiers. [ASI]

Il y a 16 ans, l’Otan commençait à bombarder la Yougoslavie

Avec 5.500 cas de cancer enregistrés pour un million d’habitants, la Serbie arrive en première position en Europe pour le nombre de décès dus au cancer.

L’opération militaire de l’Otan contre la Yougoslavie a fait jusqu’à 2.500 morts. Mais il ne s’agit là que d’un préjudice direct. Les avions de l’Otan ont largué près de 15 tonnes d’uranium appauvri sur le territoire serbe. La période radioactive de l’uranium est de 4,5 milliards d’années. Depuis les bombardements otaniens, les experts ont également découvert en Serbie des traces de plutonium dont la « longévité » atteint 24.000 ans.

Deux mois et demi après les bombardements, des spécialistes grecs ont constaté une augmentation de la radioactivité en Grèce en moyenne de 20% à 30%.

Les spécialistes serbes rappellent pour leur part que même une faible dose de radiation suffit à déclencher la transformation de cellules saines en cellules cancéreuses. Un autre risque consiste dans la mutation génétique qui entraîne la naissance d’enfants présentant des incapacités mentales et physiques.

« L’utilisation de munitions contenant de l’uranium appauvri pour bombarder la province méridionale serbe du Kosovo et les régions adjacentes a provoqué une véritable «épidémie» de lymphome et de leucémie dans la partie centrale de la Serbie. Le rapport de 2014 montrera que le nombre de malades atteints de tumeurs solides a également augmenté », a déclaré à l’agence Sputnik le professeur Slobodan Cikaric, président de l’Association serbe de lutte contre le cancer.

Selon l’Institut de santé publique de Serbie, pendant la période d’avant 2012, le nombre de malades atteints de lymphome et de leucémie a augmenté de 80% dans le pays.

« Si cette tendance se maintient, la Serbie comptera 5.500 cas de cancer enregistrés pour un million d’habitants. Par rapport à l’indice moyen (2.000 malades pour un million de personnes), ce chiffre ne manque pas d’inquiéter », a souligné le professeur Cikaric. »La Serbie occupe actuellement la première place en Europe pour le nombre de décès dus au cancer », a conclu le spécialiste serbe.

 

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Validation de la cuve défectueuse du réacteur EPR* : L’Autorité de « sûreté » nucléaire s’est soumise à EDF* La Justice peut encore éviter son humiliation par EDF* et l’ASN*

par Observatoire du nucléaire

11 0ctobre 2017

Source : http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article341

 

Comme l’a prévu de longue date l’Observatoire du nucléaire, l’Autorité de « sûreté » nucléaire (ASN) s’est finalement soumise aux exigences d’EDF et a validé l’utilisation de la cuve du réacteur EPR en construction à Flamanville (Manche) alors que cette dernière présente de graves malfaçons.

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Outre la caractère totalement irresponsable (et même criminel) de cette décision, il s’agit aussi d’une leçon donnée aux organisations pseudo écologistes qui accréditent de façon ridicule le mythe d’une ASN « intransigeante » et « indépendante », et qui participent même à de courtoises entrevues au lieu de se battre bec et ongle contre l’industrie nucléaire et ses séides et cautions comme l’est l’ASN.
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L’Observatoire du nucléaire rappelle qu’il a saisi en référé (urgence) la justice pour empêcher l’ASN de valider la cuve défectueuse : de toute évidence, l’ASN s’est précipitée pour publier sa décision avant le verdict judiciaire, qui est annoncé pour le 31 octobre.
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Pour autant, la juge des référés est encore parfaitement en capacité d’intervenir et d’ordonner par exemple une « remise en état » : sachant que les défectuosités de la cuve ne sont absolument pas réparables, cette remise en état pourrait se faire par l’exigence de remplacer la cuve défectueuse par une autre qui soit conforme aux préconisations d’EDF, Areva et de l’ASN.
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Il est en effet stupéfiant dans cette affaire de constater que, outre les industriels de l’atome (habitués de ce genre d’ »arrangements »), l’Autorité dite de « sûreté » nucléaire ne respecte même pas ses propres préconisations qui, indubitablement, exigent l’invalidation de la cuve.
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L’Observatoire du nucléaire attend avec impatience la réaction de la justice face au véritable « bras d’honneur » que lui font l’ASN et EDF, et appelle la population française et européenne à prendre conscience qu’elle court un terrible danger : un réacteur nucléaire est déjà extrêmement dangereux lorsque ses éléments sont conformes, alors que dire de l’EPR s’il est mis en service avec une cuve défaillante ?
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Pour mémoire, les règles de sûreté présupposent que la rupture de la cuve est « exclue », ce qui ne veut pas dire qu’elle est impossible mais qu’elle ne doit surtout pas se produire, sous peine d’une catastrophe au moins comparable à celle de Fukushima…
* EPR : Le réacteur pressurisé européenEPR (initialement European Pressurized Reactor, puis Evolutionary Power Reactor, aussi rebaptisé US-EPR aux États-Unis et CEPR Chinese EPR en Chine) est un projet de réacteur nucléaire de troisième génération (classification internationale), conçu et développé par Areva NPa au cours des années 1990 et 2000. Il fait partie de la filière des réacteurs à eau pressurisée. (Wikipedia)

* EDF : Électricité de France (EDF) est le premier producteur et fournisseur d’électricité en France et dans le monde. (Wikipedia)

* ASN : Autorité de sûreté nucléaire, l’autorité administrative indépendante française qui assure les missions de contrôle de la sûreté nucléaire et de la radioprotection. (Wikipedia)

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Un rapport sur le déclin irréversible de l’industrie nucléaire à l’échelle mondiale

par Annie et Pierre Péguin

 

La publication récente du rapport intitulé The World Nuclear Industry Status Report 2016 a donné lieu le 12 septembre 2017 à un débat organisé par Médiapart en vidéo mené par Jade Lindgaard avec Mycle Schneider, consultant international et coordinateur du rapport, et Juan C. Rodriguez, analyste financier, sur les bouleversements économiques et financiers à l’origine du déclin irréversible du nucléaire. Mediapart avait également invité un représentant de la direction d’EDF, ainsi que du Ministère de la transition écologique. Tous deux ont décliné.

On peut écouter ce débat très instructif sur le lien suivant :

https://www.youtube.com/watch?v=7JNUyBNToCk

Voici les commentaires que nous inspire ce débat en relation avec la situation particulière que nous vivons en France.

 

Le nucléaire mondial en déclin est en crise, ainsi :

La part du nucléaire dans la production mondiale d’électricité est passée de 17,6% en1995 à 10,7% en 2015 et ,si on parle d’énergie totale utilisée dans le monde : 2% vient du nucléaire 13% des renouvelables.

Le cours des actions des grands groupes s’effondrent. Westinghouse a déposé son bilan et mis Toshiba en difficulté, ils abandonnent leurs 2 centrales en construction aux Etats Unis. Quant à EDF et Areva la valeur dérisoire de leur cours en dit long ; EDF passe de 86€ à 11€ – et Areva de 81 à 4€….

Le nombre de réacteurs en fonctionnement diminue en 15 ans de 438 à 402 et leur âge moyen augmente (29 ans) du fait de la diminution de nouveaux projets. 58 réacteurs sont encore en construction (dont 21 en Chine), mais il n’y en a eu que 8 mis en chantier en 2016 et aucun cette année. Le temps moyen de construction est d’une dizaine d’années, mais certains d’entre eux le sont depuis plus longtemps.

Le cas de la chine est particulier, le seul pays à développer intensément le nucléaire, mais à développer encore plus les renouvelables qui dominent le nucléaire en production.

La Corée du sud ferme définitivement les centrales qui atteignent 40 ans de fonctionnement, et arrête 2 chantiers de réacteurs en cours.

En Europe occidentale, la Suisse interdit tout nouveau chantier rejoignant ainsi ses voisins, seule la France….

 

La France s’obstine

Elle dégage 8 milliards pour sauver EDF et AREVA de la faillite. Elle poursuit la construction de l’EPR malgré les malfaçons et défauts de fabrication d’Areva au Creusot. En particulier l’excès de carbone dans l’acier de parties essentielles du cœur constitue une menace de fragilisation et un risque accru.

Elle veut enfouir les déchets à Bure pour des centaines de milliers d’années, alors que notre civilisation n’a que quelques milliers d’années !

Elle avance sur les projets du CEA: Astrid à Marcoule et Iter à Cadarache.

Elle essaye de placer des EPR en Angleterre et en Inde à des prix de revient concurrencés par les renouvelables.

Elle est incapable de mettre l’argent néccessaire pour « rajeunir » et sécuriser les 58 réacteurs existants et veut les prolonger ne serait-ce que pour repousser le coût exorbitant de leur démantèlement.

Elle refuse de signer tout traité d’élimination des armements nucléaires.

 

Elle réprime les opposants

Chaque manifestation donne lieu a un déploiement impressionnant de policiers utilisant des grenades qui tuent (Vital Michalon à Malville) ou qui blessent gravement (Robin Pagès dernièrement à Bure).

Elle s’introduit chez les opposants pour confisquer leurs ordinateurs et anéantir leur travail. Areva lance des plaintes en diffamation et des procès pour user les militants et les décourager (Stéphane Lhomme, Coordination antinucléaire sud-est).

Elle prend ses dispositions pour gérer les conséquences d’un accident de façon non pas à mettre vraiment à l’abri les populations menacées, mais à sauver l’industrie et l’armement atomique, comme cela se passe en Biélorussie et au Japon (programme éthos, et pour cela la contamination est niée comme la dangerosité de la radioactivité, les responsables du lobby français jouant un grand rôle dans ce véritable crime contre l’humanité).

Depuis le début du nucléaire il n’y a pas eu de débat démocratique et les contestations, même importantes, sont systématiquement réprimées.

Faudra-t-il attendre la catastrophe qui nous menace pour arrêter cette folie ?

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Le Gouvernement français s’apprête-t-il à relancer la filière des surgénérateurs au plutonium, enfant chérie du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) 1?

Pierre Péguin

Docteur ès sciences

juillet 2017

Le nucléaire francais est en difficulté. EDF et Areva ne sont sauvés de la faillite que par l’injection de milliards par l’État (nos impôts…aux dépens des services publics), la génération des PWR est dépassée, en tout cas vieille et en mauvais état au point qu’il devient moins couteux d’en arrêter une partie que de continuer à investir dans leur prolongation, la 3ème génération des EPR est plombée par les fiascos de Flamanville, de Finlande, par les malfaçons des pièces élaborées par Areva au Creusot, et par les compromissions de l’ASN.

Ne nous laissons pas pour autant endormir dans l’espoir d’un arrêt du nucléaire, l’élection d’Emmanuel Macron et la nomination d’Edouard Philippe issu d’Areva renforcent le lobby. Symbole de la « grandeur » de la France, telle que l’avait concue de Gaulle et confié aux polytechniciens (X du corps des mines) en créant le CEA , choix maintenu depuis par tous nos gouvernants, le nucléaire francais va chercher à rebondir. Reste à imaginer comment, si EDF œuvre à protéger la filière des réacteurs à eau type EPR, pour le CEA il ne peut se faire que par la relance de la filière plutonium.

C’est depuis sa création en 1945 que le CEA travaille au développement de cette filière. Les premières années c’était pour la production du plutonium de qualité militaire pour la bombe avec, à Marcoule, les premiers réacteurs plutonogènes (dits UNGG, à l’uranium naturel modérés par le graphite et refroidi par le gaz). Puis pour perpétuer cette voie, la production d’électricité a été mise en avant, avec la création de l’usine de retraitement des combustibles usés de la Hague, et la construction de Phénix à Marcoule puis de Superphenix près de Morestel. Ces réacteurs utilisent le plutonium comme élément fissile, et le sodium comme fluide caloporteur (qui s’enflamme au contact de l’air et explose avec l’eau).

Il s’agit donc de promouvoir la 4ème génération de réacteurs nucléaires, celle des RNR réacteurs dits « à neutrons rapides » (RNR) ou surgénérateurs car pouvant théoriquement produire autant ou même plus de plutonium qu’ils le consomment, et ce au moyen de la transmutation d’uranium 238 et plutonium 239. Elle est présentée de ce fait comme « durable », et constituerait une revanche sur EDF qui avait pesé en faveur des réacteurs à eau issus de Westinghouse, choix opéré par le Gouvernement de Chaban-Delmas sous la présidence de Pompidou, en novembre 1969…. Sauf que c’est une technologie encore plus difficile à mettre au point et plus dangereuse de beaucoup.

Voilà pourquoi se prépare à Marcoule, coeur avec la Hague de l’activité plutonium, la construction du réacteur Astrid, d’une puissance de 600MWé, soit quasiment un demi Superphénix, dont on peut craindre que la décision formelle de lancer les travaux soit donnée prochainement, quel qu’en soit le coût, le « rayonnement de la France »1 n’ayant pas de prix…

Ce réacteur, représenterait l’aboutissement de l’acharnement du CEA à développer une filière “française”, relativement autonome vis à vis des ressources en uranium, s’appuyant sur les stocks disponibles de plutonium à la Hague et d’uranium dit « appauvri » au Tricastin, avec la possibilité théorique de régénérer à profusion du plutonium.

Le pouvoir du CEA

Au delà du rôle que peut jouer EDF dans les débats sur la loi de la transition énergétique pour veiller à la sauvegarde du nucléaire, le vrai pouvoir dans ce domaine est assuré par le CEA sous la direction du Corps des Mines, la tradition polytechnicienne de Napoléon à de Gaulle d’asseoir la grandeur de la France sur la Technologie perdure. Et nos politiques s’en remettent à l’avis de ces experts pour se prononcer en ce domaine.

Le CEA avait perdu la bataille contre EDF avec l’abandon de la filière graphite gaz au profit de la filière Westinghouse à eau pressurisée (réacteurs PWR de la 2ème génération, et EPR de la 3ème). Cela s’était joué en 1969 et cela avait donné lieu à des grèves de protestation dans les centres et même à une grève de la faim.

Depuis, pour justifier le retraitement des combustibles usés à la Hague dont on extrait le plutonium, le CEA a obtenu (arbitrage Rocard) d’imposer le combustible au plutonium (MOX) dans une partie des réacteurs à eau (des 900MW), mais surtout son influence reste suffisamment puissante pour imposer à l’État des investissements considérables dans le développement de la 4ème génération de réacteurs nucléaires.

La stratégie du CEA

Après les difficultés de fonctionnement et les nombreuses pannes de Phénix à Marcoule, et le fiasco de Superphénix à Malville, il n’était plus possible de présenter officiellement cette filière comme celle qui assurerait l’avenir du nucléaire français. Les nucléocrates s’entêtant, ils s’appuient sur le 3ème volet de la loi “Bataille”2, c’est-à-dire celui de la “transmutation” des déchets radioactifs les plus encombrants à gérer. Ils obtiennent ainsi de l’État € 650 millions dans le cadre de l’Emprunt National de 2010 (Sarkosy-Rocard), pour l’étude d’un avant-projet de construction à Marcoule du réacteur Astrid.

 

En effet, officiellement, Astrid est destiné à montrer la capacité à “incinérer”, les actinides dits mineurs, atomes d’extrême radiotoxicité et de très longue vie (dizaines de millénaires), voisins du plutonium. On voit là la subtilité rassurante du langage, car on n’incinère pas des atomes comme des ordures : ils ne brûlent pas ! Par contre on peut les briser sous bombardement neutronique, c’est la “transmutation”, générant de ce fait de nouveaux éléments radioactifs de durée de vie moindre (dizaines de siècles), avec inévitablement de nouvelles nuisances.

Ce n’est en fait qu’une parade, le but réel étant d’aboutir au « nucléaire durable » car pouvant théoriquement fonctionner en « surgénération », c’est à dire produre autant ou même plus de plutonium qu’il n’en consomme. C’est le Graal3 !

Le défi pour le CEA consiste à convaincre les parlementaires de l’autoriser à bâtir Astrid et les équipements annexes, au nom de l’expérience de la France dans ce domaine. Le coût en a été estimé à plus de € 5 milliards, mais le coût réel final quel serait-il ?…

Dans le même temps des partenariats étrangers permettent de justifier le projet et de progresser. Un programme de recherche sur la prochaine génération de centrales, a été lancé en 2010 par le Forum International Génération 4, et le partenariat avec le Japon est acquis4.

L’ « arnaque »

Un rapport scientifique du Sénat avait déjà exprimé à la fin des années 1990 que cette voie n’était pas crédible. La multiplicité des isotopes créés par les réactions nucléaires, et leurs difficultés à capter des neutrons pour être brisés, rendent très aléatoire cette technique. Tout physicien sait que la section efficace de capture d’un neutron par un noyau instable de produit de fission est dérisoire.

La transmutation est, certes, une réalité physique, mais sa transposition à l’échelle industrielle se heurte à un obstacle économique majeur. Elle impliquerait d’adjoindre aux réacteurs à eau 7 ou 8 RNR pour “incinérer” à un coût exorbitant une petite partie des déchets, car tous ne pourraient pas être ainsi transmutés…

Cette « arnaque » destinée aux politiques a permis de justifier le projet et un financement public.

L’arnaque est dénoncée par l’Autorité de Sûreté nucléair (ASN) mais la parade est trouvée !

L’ASN a émis en date du 4 juillet 2013 un Avis n° 2013-AV-0187 sur la transmutation des éléments radioactifs à vie longue. Nous en extrayons le texte ci-après.

Ainsi, l’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire) considère que les gains espérés de la transmutation des actinides mineurs en termes de sûreté, de radioprotection et de gestion des déchets n’apparaissent pas déterminants au vu notamment des contraintes induites sur les installations du cycle du combustible, les réacteurs et les transports, qui devraient mettre en œuvre des matières fortement radioactives à toutes les étapes. (…) “En conséquence, l’ASN considère que les possibilités de séparation et de transmutation des éléments radioactifs à vie longue ne devraient pas constituer un critère déterminant pour le choix des technologies examinées dans le cadre de la quatrième génération.”

Le récent rapport de la Commission Nationale d’Evaluation (CNE) de l’application de la loi sur la gestion des déchets radioactifs (rapport d’évaluation N°8, juin 14), permet d’avoir quelques informations, et … de se faire quelques soucis sur l’obstination du lobby :

– La Commission s’inquiète : « Si la France renonce à la filière RNR, le plutonium devra être considéré comme un déchet… » En fait, cette affirmation pourrait bien avoir pour objectif d’inquiéter les décideurs, et de préparer le changement d’objectif d’Astrid. La Commission soutient toujours la « capacité » pour les RNR de transmuter l’americium qui pollue dangereusement nos déchets, mais reconnaît que ce n’est pas gagné. Aussi n’est-ce plus cela qui justifierait la construction d’une « flotte » de RNR car une parade a été trouvée.

La parade. La Commission a trouvé comment sauver Astrid et la filière, il suffit de faire fonctionner les RNR en sous-génération, pour que leur mission soit de consommer le plutonium, de « l’incinérer ». De cette façon le projet reste éligible à la loi sur les déchets, au chapitre «Transmutation ».… On peut toutefois se demander si ce nouvel objectif reste cohérent avec la destruction des actinides encombrants, mais de toutes facons ne s’agit-il pas que de prétextes pour obtenir la construction d’Astrid, dont le CEA ferait ensuite ce qu’il veut ?

Mais qu’en est-il de la sûreté ?

La France dispose de deux institutions spécialisées dans les domaines de la sûreté nucléaire et de la radioprotection : l’Agence de sûreté nucléaire (ASN) dont nous avons déjà parlé et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). L’ASN est prétendûment indépendante : ses prises de position sur les problèmes de sûreté nucléaire lient le Gouvernement tandis que l’IRSN procède surout à des contrôles de radioprotection. Ces deux institutions agissent souvent de concert, mais parfois l’une se démarque de l’autre.

C’est ce qui est arrivé le 30 avril 2015 lorsque l’IRSN a mis en doute, mais dans des termes équivoques, que la quatrième génération réponde aux exigences de l’ASN.

L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) y déclare « ne peut pas se prononcer, à ce stade, sur la possibilité pour un réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium d’atteindre un niveau de sûreté significativement supérieur » à celui des réacteurs à eau sous pression de 3ème génération, tel que l’EPR. Il s’emble néanmoins possible d’atteindre « un niveau de sûreté au moins équivalent« .

http://www.actu-environnement.com/ae/news/surete-nucleaire-quatrieme-generation-reacteurs-exigences-asn-irsn-24453.php4

Où en est-t’on

Ce projet avance subrepticement, en partenariat avec le Japon, ce qui souligne la relation privilégiée liant les nucléaires francais et japonais, ce dernier étant en quelque sorte sous tutelle du premier. Ainsi le 21 mars dernier, le ministre de l’Industrie Hiroshige Seko et la ministre de l’Environnement et de l’énergie Ségolène Royal ont signé un accord de collaboration pour Astrid. Pour le Japon cela compense partiellement la mise à l’arrêt définitif en décembre 2016, du surgénérateur de Monju.

Ce réacteur à neutrons rapides était censé doter le Japon d’un programme complet de gestion de son combustible nucléaire en utilisant le plutonium extrait du combustible retraité. Les avaries à répétition ont eu raison de ce projet qui aura coûté 10 milliards d’euros, et n’aura produit de l’électricité que pendant 6 mois.

Des équipes travaillent sur le projet Astrid à Lyon, Cadarache, Marcoule, Saclay. Ainsi, à Cadarache, le réacteur Jules Horowitz est en construction pour tester les matériaux et alliages qui y seront utilisés (gaines de combustibles par exemple), mais il connaît lui aussi de lourds dépassements de coûts et de délais. Le budget initial de 500 millions d’euros atteint maintenant autour de 1,5 milliard d’euros, et le démarrage prévu initialement en 2014 aura lieu, au plus tôt, fin 2019.

A Marcoule, les terrains nécessaires à la construction sont retenus sur la commune de Chusclan; de plus Atalante, institut de chimie séparative lié à l’Université de Montpellier y a été créé pour étudier la séparation du plutonium de ses voisins dits « actinides mineurs » Ce n’est pas chose facile : il s’agit de les séparer du plutonium, puis de les soumettre au bombardement neutronique pour les transmuter en radionucléides de vie moins longue (des siècles au lieu de millénaires….) et moins difficiles à gérer. Tout cela permet de faire passer « Astrid » comme « incinérateur » (!) des actinides qui, de ce fait, relèverait de la loi sur la gestion des déchets, ce qui lui permettrait d’être budgétisée, c’est-à-dire financée par l’Etat. La recherche se concentre actuellement sur la séparation de l’américium.

Comment se structure pour l’instant le projet ?

Par la loi du 28 juin 2006, le CEA s’est vu confier la maîtrise d’ouvrage du projet. Par la même occasion, son avant-projet a également bénéficié du financement au titre du programme d’investissements d’avenir (Sarkozy, Rocard). Le projet est découpé en lots d’études qui sont confiés à différents partenaires industriels, et une dizaine d’accords ont été signés avec Alsthom, Bouygues, Toshiba, EDF, et d’autres.

Astrid est conçu pour utiliser un combustible contenant 25 % de plutonium et il faut donc construire une usine pour l’élaborer, et ensuite une autre installation pour le gérer une fois usé*. La construction de ce réacteur considéré comme prototype, entraîne donc toute une nouvelle chaine de gestion !

La Commission Nationale d’Évaluation (CNE) mise en place par les lois Bataille-Revol-Birraux de 1991 et 2006 a été chargée d’aider à la tâche. Dans différents rapports, elle écrit : « La construction du réacteur Astrid doit s’accompagner de la mise en service d’un atelier de fabrication du combustible (AFC) Mox à La Hague… ». Au surplus, un atelier de retraitement du combustible Mox irradié dans Astrid est au programme ».

Et que dire de cet immense gâchis financier et de sa très grande dangerosité5,

La filière plutonium a déjà englouti des dizaines de milliards d’euros. Superphénix par exemple a, selon la Cour des Comptes, coûté 12 milliards d’euros jusqu’à 1997, donc sans compter le démantèlement en cours… Si les énormes crédits consacrés au nucléaire par l’État avaient été investis dans la maîtrise de l’énergie, l’isolation thermique des logements, le développement des renouvelables, tout cela entraînant la création de nombreux emplois, le pays ne s’en porterait-il pas mieux ? .

La combinaison de combustibles fortement chargés en plutonium et de sodium comme fluide de refroidissement fait d’Astrid et de ses descendants éventuels des machines particulièrement dangereuses. En effet, tous les isotopes du plutonium utilisé (lui-même issu du retraitement des combustibles irradiés des réacteurs actuels) sont toxiques et radioactifs. Toutes les activités de l’industrie du combustible d’un réacteur de type Astrid sont par conséquent à haut risque : il en va ainsi notamment de l’extraction du plutonium par le retraitement, du transport du plutonium et des combustibles neufs ou irradiés, de la fabrication des combustibles et de la gestion des déchets radioactifs).

Par ailleurs, le plutonium est le matériau de choix pour la réalisation d’armes nucléaires et il est clair que le développement d’une industrie du plutonium au niveau international ne ferait qu’aggraver le risque de généralisation de ces armes (la « prolifération » de l’arme nucléaire). De son côté, le sodium liquide réagit violemment avec l’eau (risque d’explosion) et brûle spontanément dans l’air.

Consacrer d’immenses ressources financières à un projet indéfendable sur les plans technologique, économique, politique et moral ne s’explique que par les fantasmes narcissiques d’une caste de technocrtates irresponsables cautionnées par quelques parlementaires qui ne le sont pas moins. Ce projet doit impérativement être abandonné : il y a mieux à faire avec l’argent public. Le réacteur surgénérateur au plutonium refroidi au sodium est de loin la technique la plus dangereuse et la plus chère que l’homme ait inventé pour faire chauffer de l’eau.

ANNEXES

Rapsodie, à l’origine des RNR français.

Voici comment Wikipedia retrace les origines de la filière surgénératrice :

Le concept de surgénérateur a été développé dès les débuts de l’énergie nucléaire. Aux États-Unis, Enrico Fermi propose le concept de surgénérateur dès 1945, et en 1946 est construit le petit réacteur rapide américain Clementine (refroidi au mercure). En 1951 se produit la première réaction nucléaire du premier réacteur américain refroidi au sodium, Experimental Breeder Reactor I (EBR1). En France, la construction de Rapsodie (20 MW thermiques) est lancée au centre de Cadarache en 1959, et ce réacteur produit sa première réaction nucléaire en 1967. Parallèlement, un autre surgénérateur Rachel est construit au centre CEA de Valduc et mis en route en 1961.”

Les surgénérateurs expérimentaux français sont conçus sur la base du prototype EBR1 susmentionné réalisé par les Etats-Unis. Commençons par Rapsodie. Le Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) a pu dès 1957 concevoir un prototype, Rapsodie, à Cadarache, démarré en 1967, et arrêté en 1983. Ce petit réacteur nucléaire est le premier en France de la filière à neutrons rapides au plutonium et au fluide caloporteur sodium. Son but est de développer une utilisation civile du plutonium . De plus, les RNR peuvent, sous certaines conditions, être surgénérateurs, c’est à dire produire du plutonium en même temps qu’ils en consomment, voire plus qu’ils n’en consomment. C’est donc un eldorado qui paraît s’ouvrir, l’énergie surabondante pour des siècles, un des plus anciens fantasmes de l’humanité : la réalisation du movement perpétuel, voire celle de l’accélération perpétuelle.

Mais le 31 mars 1994, alors qu’une équipe effectue un travail de nettoyage dans un réservoir de sodium, celui-ci explose causant la mort de l’ingénieur René Allègre et blessant quatre techniciens. Il s’agit d’une réaction chimique violente due à la dangerosité inhérente au refroidissement par le sodium.

En effet cette filière utilise comme fluide caloporteur le sodium fondu qui présente l’avantage de permettre un fonctionnement à haute température et donc un bon rendement de la transformation de la chaleur du réacteur en électricité. Mais elle présente un énorme inconvénient : le sodium explose au contact de l’eau, et brûle au contact de l’air. De plus, en cas de fuite, cela peut provoquer un emballement des réactions nucléaires du cœur, pouvant conduire au scénario catastrophe de fusion.

Quant au plutonium, matière première, c’est la pire substance jamais élaborée par l’industrie, d’une très grande toxicité chimique comme tous les métaux lourds (rappelons-nous les assassinats au polonium). Émetteur alpha en se désagrégeant, il est d’une très grande radiotoxicité en cas d’inhalation de microparticules aériennes, ou d’absorbtion par ingestion. Pour disparaître naturellement il lui faut au moins 250’000 ans, pendant lesquels les générations futures auront à le gérer, comme si nous devions gérer les déchets de l’homo erectus.… qui étaient biodégradables… et c’est précisément la raison pour laquelle ils ne nous préoccupent en aucune façon.

L’étape suivante a été Phénix, à Marcoule

Fonctionnant de 1973 à 2009, avec de multiples problèmes et pannes, d’une puissance électrique de 250 MWé, Phénix a été géré conjointement par le CEA, pour des essais de transmutation de déchets radioactifs à vie longue, et par EDF pour la production d’électricité. Son démantèlement, actuellement en cours, est particulièrement délicat du fait que, contrairement aux autres réacteurs, il ne baigne pas dans l’eau mais dans du sodium liquide.

En fait ce réacteur a souvent été à l’arrêt du fait de nombreuses difficultés dont des fuites et des « petits » feux de sodium. Entre autre, en 2002, une explosion a eu lieu dans un réservoir raccordé à une cheminée qui débouchait sur la toiture de bâtiment. Elle aurait été causée par une réaction entre le sodium résiduel présent dans ce réservoir et de l’eau qui y aurait pénêtré accidentellement suite à des pluies abondantes.

Superphénix

Ce gigantesque surgénérateur, présenté comme une générateur de pré-série industrielle, qui devait devenir le fleuron de l’industrie nucléaire française, et dont l’histoire fut émaillée d’incidents techniques et de manifestations écologistes, sera finalement arrêté en 1997 par Lionel Jospin, alors Premier ministre, après 20 ans de polémiques. Construit sur la commune de Creys-Malville, près de Morestel, dans l’Isère, en une dizaine d’années, son histoire commence par la répression violente de la manifestation de juillet 1977, organisée par les comités Malville, réunissant des dizaines de milliers d’opposants dont de nombreux étrangers, allemands, suisses, italiens, etc., et qui vit la mort de Vital Michalon et de nombreux blessés dont trois mutilés. Ce projet pharaonique, qui devait être une vitrine, a subi une contestation très forte des écologistes ; contestation également des milieux techniques et scientifiques tant français qu’étrangers du fait de son sur-dimensionnement : 1’200MWé.

Souvent à l’arrêt, il a consommé bien plus d’électricité qu’il n’en a produit. Même arrêté, il fallait maintenir liquide (180°) le sodium, par chauffage électrique. Son gigantisme pharaonique est illustré par quelques chiffres : 5’500 tonnes de sodium, depuis lors inutilisables parce que contaminées, et qu’il faut, avec des précautions infinies enfermer dans du béton; 5 tonnes de plutonium, sachant qu’avec 5Kg on peut faire une bombe ; mais aussi 20’000 tonnes d’acier, pour l’essentiel contaminé, ainsi que 200’000 m3 de béton.

Les difficultés rencontrées par cette filière sont liées aux conditions extrêmes auxquelles sont soumis les matériaux : corrosion sous tension, fluage et modifications des structures cristallines sous l’effet du rayonnement et de la température. Quant au coût, selon la cours des comptes, il est de 12 milliards d’euros, non compris le démantèlement. ….

Pour ses concepteurs issus de Polytechnique ou du Corps des mines, les réacteurs à eau n’étaient envisagés que comme une étape transitoire destinée à constituer un stock initial de plutonium; le développement industriel de l’énergie nucléaire reposerait sur des réacteurs à neutrons rapides produisant eux-mêmes leur combustibles par surgénération.

 

Quelques données scientifiques

L’uranium naturel existe sous deux formes principales, l’isotope 235 (U 235) constituant 0,7% de l’uranium naturel, isotope dit fissile car pouvant se désintégrer naturellement et donc servir de “combustible” nucléaire, et l’isotope 238 (U238) dit fertile car il a la propriété de pouvoir se transmuter en plutonium (Pu 239) s’il capte un neutron émis justement par l’U 235.

C’est ainsi qu’a été conçu logiquement au Tricastin l’usine Georges Besse 1, destinée à « enrichir » l’uranium en isotope 235 de 0,7 à quelque 5%, de façon à disposer d’un combustible plus efficace pour les réacteurs à eau, et de façon aussi à fournir l’armée en uranium très enrichi, à quelque 90%, pour la bombe. L’uranium résiduel est dit «appauvri » (car il contient moins de 235, et plus de 238), il est tout aussi radiotoxique, et son utilisation en tête d’obus contamine à très long terme les zones de combat en Serbie, en Irak et ailleurs. Cette usine a consommé énormément d’électricité, celle fournie par trois réacteurs nucléaires conventionnels. L’usine Beorges Besse 1 a été arrêtée pour laisser la place à Georges Besse 2, équipée en centrifugeuses (comme en Iran…), moins gourmandes en électricité.

Il a fallu ensuite concevoir le « retraitement », destiné à extraire le plutonium formé dans le combustible usé des réacteurs conventionnels à eau. Après avoir été expérimenté à Marcoule, c’est l’usine de la Hague qui assure le retraitement des combustibles usés pour fournir tant le militaire que et le civil.

D’où vient le nom de « réacteur à neutrons rapides » ou RNR-Na?

Dans les réacteurs à eau, celle-ci joue le rôle de modérateur à neutrons, tout en refroidissant le cœur. Dans les RNR tels Phénix, Superphénix ou Astrid, n’y a pas de ralentisseur de neutrons, ils sont donc dits “rapides”. La puissance et la chaleur dégagée par un tel réacteur peut être extraite par un métal en fusion, en l’occurrence le sodium.

Le sodium (Na) a été choisi pour ses capacités neutroniques (transparence aux neutrons), ses propriétés thermiques (capacité calorifique, températures d’utilisation) et son faible coût : il est obtenu par électrolyse du sel (NaCl). En outre, à 400°C, sa viscosité est voisine de celle de l’eau, ce qui facilite l’interprétation des essais hydrauliques réalisés sur maquettes en eau. Enfin, il fond à 98°C, et bout à 880°C, ce qui offre une grande plage de fonctionnement.

Mais le sodium a aussi de graves défauts : il brûle au contact de l’air et explose au contact de l’eau…

Pourquoi le Mox et le plutonium posent-t-ils problème?

Le lobby dispose du plutonium retraité à la Hague ; faute d’avoir pu développer plus tôt la filière RNR, le CEA s’est tourné vers la fabrication du Mox à partir des années 90, à Cadarache puis à Marcoule. Il l’a imposé à EDF qui n’était pas enthousiaste, par un arbitrage gouvernemental (Rocard), afin de justifier la poursuite du retraitement des combustibles irradiés à La Hague. Actuellement, seule au monde, l’usine Melox de Marcoule en produit.

Le Mox est constitué d’un mélange d’oxydes de plutonium et d’uranium appauvri contenant 5 à 8% de plutonium. Il est utilisé actuellement dans 21 réacteurs des centrales françaises 900MW, les plus anciennes, pour un tiers de leur combustible, et l’EPR pourrait fonctionner avec du Mox (la Finlande a choisi de continuer avec le combustible classique pour le sien). L’EPR “moxé” à 100% serait susceptible de consommer trois tonnes de plutonium par an. Cela permet d’utiliser aussi les stocks d’uranium appauvri issu de l’usine d’enrichissement de Tricastin.

Le MOX est élaboré dans une usine dont on parle peu, MELOX, où est maniée de la poudre ultra-fine d’oxyde de plutonium et d’uranium pour les mettre sous forme de pastilles. C’est une autre cause de catastrophe potentielle non vraiment gérable si le confinement venait à être rompu et donc une cible potentielle pour terroristes.

Cette technologie présente d’énormes inconvénients, risques, difficultés d’exploitation et explosion des coûts. Outre son extrême dangerosité, la qualité du plutonium se dégrade dans le temps, formant d’autres isotopes moins fissiles qui rendent la conduite du réacteur plus délicate. Les pastilles de Mox sont plusieurs milliers de fois plus radioactives que celles d’uranium, rendant la fabrication, les manipulations et les transports infiniment plus dangereux. A la sortie du réacteur, il émet plus de radioactivité et de chaleur que le combustible classique, et il faudra attendre 60 à 100 ans avant de le conditionner comme déchet! Enfin, le Mox entre en fusion beaucoup plus rapidement ( ce qui est arrivé au réacteur N°3 de Fukushima alimenté en Mox par Areva, et par conséquent du plutonium a été dispersé aux alentours !).

L’arrêt de la filière du plutonium est une exigence absolue.

 

L’industie du plutonium, c’est le mal absolu

Le cœur de Superphenix comportait 20% de plutonium. On nous parle de 25 % pour le projet Astrid. La bombe au plutonium de Nagasaki contenait 5 kg de plutonium métallique. Phénix en fonctionnement, utilisait 1’800 kg d’oxyde de plutonium ; il y en avait trois fois plus dans Superphenix. Pour Astrid ce pourrait être probablement de l’ordre de 3’500 kilos d’oxyde de plutonium dans le cœur.

La filière plutonium implique le retraitement à la Hague, celle-ci en « fonctionnement normal » rejette massivement de la radioactivité dans la mer et dans l’air. Toute les cotes de la Manche, françaises, anglaises, belges et néerlandaises sont contaminées par la radioactivité artificielle issue de La Hague (tritium, iode-129, ruthenium-106, américium 241, carbone-14, antimoine 125…) C’est le cas du Rhône contaminé par Marcoule, et dont on utilise l’eau pour irriguer le Languedoc… ce qui a pollué les rizières de Camargue en 1993, lors d’inondations.

Le plutonium est transporté de La Hague à Marcoule par lots de 15 kg dans des conteneurs cylindriques qui contiennent 5 boites métalliques empilées pouvant contenir chacune jusqu’à 3 kg de plutonium sous forme de poudre d’oxyde. Dix conteneurssont placés sur un camion blindé pouvant donc contenir jusqu’à 150 kg d’oxyde de plutonium pur en poudre dans des boites scellées. Celles-ci sont conçues pour être manipulées à distance ainsi que le vissage et dévissage de leur couvercle.Ces conteneurs doivent supporter une chute de 9 m. Cela est équivalent à une vitesse de 50Kmh.

Les transports de Mox vont dans toute la France. Pour voyager, on les place dans deux assemblages logés dans des conteneurs de 5 mètres de long, pesant 5 tonnes, avec blindage neutronique. Il peuvent être disposés par 4 dans des camions blindés : 8 assemblages = 225 kg de Pu pour du Mox à 6,1% .

On imagine tous les risques de cibles terroristes que présentent ces transports !

Actinides mineurs « késako? »

L’uranium existe à l’état naturel car sa période de désintégration est tellement longue, qu’il en reste depuis la formation de la Terre. Par contre les actinides dont il est question ici sont des éléments lourds artificiels générés par les réactions nucléaires dans un réacteur, à partir de la captation par l’uranium 238, d’un neutron. Ils n’existent pas à l’état naturel. Le plus important est le plutonium 239 qu’on extrait à la Hague. Par sa dangerosité, le plutonium est une horreur, probablement ce qu’il y a de pire dans ce que l’industrie génère.

Les actinides dits « mineurs », car en plus petite quantité, sont des éléments de la fin de la classification périodique des éléments (Tableau de Mendeleïev), tels que le curium, l’américium. Ils sont extrêmement radiotoxiques (émetteurs alpha) et à vie très longue, leur disparition spontanée par désintégration se compte en centaines de milliers d’années. Ils posent d’énormes problèmes non résolus. Ils ne sont donc pas si « mineurs » que ça !

Mais ils servent au CEA pour tenter de relancer la filière plutonium en la faisant passer comme susceptible de “briser” ou encore “incinérer” (comme si on pouvait brûler des atomes!) ces atomes, en réalité les transmuter en radionucléides prétendûment plus faciles à gérer. C’est là où est l’ « arnaque » car l’efficacité de cette technologie est limitée par son faible rendement, son coût à rallonges, son extrême dangerosité, et la formation inévitable de nouveaux déchets nucléaires à gérer ! La transmutation est, certes, une réalité physique, mais sa transposition à échelle industrielle est un leurre, elle se heurte à trop obstacles. Prendre ce prétexte pour justifier la construction d’Astrid relève de la malhonnêteté intellectuelle.

 

Comment se structure pour l’instant le projet ?

Par la loi du 28 juin 2006, le CEA s’est vu confier la maîtrise de l’ouvrage en projet. Il en a également reçu le financement de l’avant-projet par le programme d’investissements d’avenir. Le pilotage du projet est assuré par la cellule projet Astrid de Cadarache.

Le projet est découpé en lots d’études que le CEA a confiés à différents partenaires industriels, et des accords ont été signés avec: EDF/SEPTEN assistance à l’équipe CEA de maîtrise de l’ouvrage, par une équipe basée à Lyon, AREVA NP ingéniérie de la chaudière nucléaire, des auxiliaires nucléaires et du contrôle-comande, ALSTOM POWER SYSTEMS, conception et construction de systèmes de conversion d’énergie, COMEX Nucléaire conception mécanique pour l’étude de différents systèmes, en particulier de robotique pour l’inspection en service du circuit primaire, conception diversifiée de mécanismes de barres, TOSHIBA, développement et la qualification de grosses pompes électromagnétiques pour les circuits secondaires de sodium, BOUYGUES, conception du génie civil de l’ensemble des bâtiments de l’îlot nucléaire (dont le bâtiment réacteur, les bâtiments auxiliaires nucléaires, les bâtiments de manutention du combustible) mais également de la salle des machines, abritant le groupe turbo-alternateur, EDF étend l’accord signé avec le SEPTEN aux activités de R&D et à l’expertise technique, JACOBS France, ingéniérie des infrastructures et des moyens communs du site, ROLLS-ROYCE, recherches d’innovation sur les échangeurs sodium-gaz et la manutention du combustible, ASTRIUM, méthodologies destinées à augmenter la disponibilité du réacteur, méthodologies issues de l’expérience des lanceurs de la fusée ARIANE et des missiles, etc.

Les équipes de CEA de Cadarache, tentent d’apprivoiser le sodium, sixième élément le plus abondant sur Terre mais seulement en tant que composant d’autres minéraux, comme le sel. Pour prévenir le principal danger, à savoir l’entrée en contact du sodium et de l’eau, de nouvelles turbines alimentées au gaz sont en cours de conception.

Et qu’en est-il de la sécurité?

Alors que le prototype Astrid devrait, selon son cahier des charges, présenter une sûreté améliorée par rapport à un réacteur dit troisième génération (EPR), la liste des demandes de l’ASN à ce stade de la conception du projet est impressionnante : niveau des exigences de sûreté, prise en compte des agressions extérieures, risques liés au sodium. Et cela ne concerne que le prototype de réacteur et non les industries et activités liées au combustible.

Les principaux handicaps de sûreté sont : – Le coefficient de vide du sodium est positif dans certaines régions du cœur : dès lors tout accident d’assèchement du combustible après ébullition du sodium se traduit par une augmentation de puissance qui peut s’avérer brutale, voire explosive.

– Les grandes densités de puissance (cinq fois celle d’un REP) et la compacité du cœur le rendent très sensible aux défauts locaux de refroidissement pouvant conduire à la fusion d’un assemblage combustible.

– Contrairement à la plupart des autres types de réacteurs (REP par exemple), le cœur n’est pas dans sa configuration la plus réactive (celle qui accélère au mieux la réaction en chaîne). Cela veut dire que si, pour une raison quelconque (secousse sismique par exemple) les assemblages combustibles se rapprochaient les uns des autres ou si, à la suite d’une fusion partielle, les combustibles se rassemblaient dans une région du cœur, il y aurait une possibilité de formation de masses critiques conduisant à une accélération de la réaction en chaîne (excursion nucléaire) libérant une grande quantité d’énergie sous forme explosive. Un tel accident conduirait, en cas de rupture de l’enceinte de confinement, à la diffusion d’aérosols de plutonium hautement toxiques dans l’atmosphère, donc à une pollution radiologique durable puisque la demi-vie du plutonium est dépasse légèrement 24’000 ans.

Et le coût ?6

Les informations fournies par le CEA sur la question des coûts sont relativement brèves, mais sont estimées à 5 milliards d’euros par certains experts. Le CEA reconnaît que le coût d’investissement d’un réacteur de plus grande puissance de la filière serait nettement plus élevé que celui d’un réacteur à eau (de l’ordre de 30%, ce qui est probablement très optimiste). Mais, si l’on ajoute le coût, non évalué, des activités liées au combustible, on arrive à des estimations absolument rédhibitoires pour le coût de production du kWh.

Où en est-t-on ?

Ce projet avance subrepticement, en partenariat avec le Japon, ce qui contribue à le crédibiliser. Une relation privilégiée lie, en effet, les nucléaires francais et japonais, ce dernier étant en quelque sorte sous tutelle du premier. Signalons en passant le rôle tenu par a France dans la catastrophe de Fukushima aggravée par la présence de MOX dans l’un des réacteurs accidenté et sa participation à la gestion de la catatstophe.

Ainsi le 21 mars dernier, le ministre japonais de l’Industrie Hiroshige Seko et la ministre française de l’Environnement et de l’Energie, Ségolène Royal, ont signé un accord de collaboration pour le prototype ASTRID, qui devrait démarrer « dans les années 2030 » et  dont le seul coût de développement coûtera au bas mot 5 milliards d’euros. Pour le Japon cela compense la mise à l’arrêt définitif en décembre 2016, du surgénérateur de Monju. Ce réacteur à neutrons rapides était censé doter le Japon d’un programme complet de recyclage de son combustible nucléaire, et utilisant le plutonium extrait du combustible retraité. Les avaries à répétition ont eu raison de ce projet qui a coûté 10 milliards d’euros depuis son lancement en 1986. Il n’aura produit de l’électricité que pendant six mois. Le démantèlement du RNR de Monju, prévu pour les trente prochaines années, coûtera bien plus des 3 milliards d’euros prévus.

D’après un article paru récemment dans la Revue Générale Nucléaire, des équipes du CEA travaiellent à Lyon, Cadarache et ailleurs aux nouvelles technologies qui permettront aux futures usines du cycle du combustible de répondre à la demande d’une nouvelle génération de réacteurs nucléaires : les réacteurs à neutrons rapides (RNR). À l’avenir, ces installations intégreront l’ensemble des opérations du cycle, depuis la réception et le traitement des combustibles irradiés jusqu’à la fabrication des assemblages combustibles.7

 

ATALANTE

Tel est le nom poétique, comme celui d’Astrid, choisi pour désigner l’Institut de chimie séparative créé sur le site de Marcoule, lié à l’université de Montpellier, qui annonce travailler pour le “nucléaire durable”. But annoncé : extraction chimique des « actinides mineurs ». Il s’agit de les séparer du plutonium, afin de pouvoir les soumettre dans Astrid au bombardement neutronique pour les transmuter en radionucléides de vie moins longue et moins difficiles à gérer. Tout cela permet de faire passer « Astrid » pour un « incinérateur » (!) des actinides, et de relever ainsi de la loi sur la gestion des déchets, et donc d’être budgétisé, c’est-à-dire finacé par l’Etat.
Si actuellement l’uranium et le plutonium sont séparés industriellement à l’usine de la Hague, aucun autre procédé plus poussé de séparation des déchets n’existe sur le plan industriel. La recherche dans ce domaine a donc lieu exclusivement au sein d’ATALANTE, et elle se concentre actuellement sur la séparation de l’américium.

Le réacteur Jules Horowitz

Ce réacteur en construction à Cadarache connaît de lourds dépassements de coûts et de délais.
Areva construit pour le CEA ce réacteur de recherche de 100 mégawatts, destiné d’une part à la production de radioéléments à usage médical – il remplacera le réacteur Osiris de Saclay, qui fermera à la fin de l’année –, mais aussi à la recherche pour les RNR (essais de matériaux et de gaines de combustibles). Le budget initial de 500 millions d’euros atteint maintenant autour de 1,5 milliard d’euros, et le démarrage prévu initialement en 2014 aura lieu, au plus tôt, vers la fin 2019.

Mais ce n’est pas tout !

La mise en route d’Astrid impliquerait la construction de plusieurs nouvelles installations industrielles, comme l’expliquent les auteurs de l’article de la Revue Générale Nucléaire que nous avons cité. Pour préparer un combustible à 25 % de plutonium, il faudra disposer d’une nouvelle usine autre que MELOX. La Commission Nationale d’Évaluation (CNE), dans son rapport 2010 (annexe p. 28) explique: « La construction du réacteur Astrid doit s’accompagner de la mise en service d’un atelier de fabrication du combustible (AFC) Mox à La Hague…« . Ensuite pour gérer ce combustible irradié, le rapport 2011 de la CNE (p. 14) prévoit: « un pilote de retraitement qui permette de tester les différentes opérations liées au recyclage du plutonium et de l’américiumdémontrer que l’on maîtrise la dissolution du combustible irradié... avec des teneurs en actinides bien plus élevée que dans les combustibles REP. », et dans son rapport 2012, chapitre sur Astrid p. 13 : « Passage à la réalisation du projet… il est indispensable de conduire les actions suivantes : – Construction d’un pilote de retraitement... »; et CNE 1ère page du dernier rapport (nov. 2013) : « Dans un contexte économique tendu… Dans un second temps un atelier de retraitement du combustible Mox irradié dans Astrid« .

C’est donc toute une nouvelle chaine industrielle de fabrication puis de gestion de combustibles qui est à créer pour ces nouveaux élèments de très grande radioactivité.

 

A l’étranger

« Le réacteur du futur» russe BN-800 dans l’Oural se trouve en tête de la liste des meilleures centrales nucléaires au monde d’après le magazine américain Power. Son exploitation commerciale aurait commencé. La Russie est actuellement le seul pays à utiliser des réacteurs à neutrons rapides. Cependant, l’Inde, la Chine et la Corée du Sud y travaillent.

Le cadre international de la coopération en matière de systèmes nucléaires de 4ème génération est le GIF (Generation IV International Forum), dont l’objectif est la conduite des travaux de R&D nécessaires à la mise au point de systèmes nucléaires (réacteurs et cycle du combustible) répondant aux critères de durabilité de l’énergie nucléaire. Le Forum a sélectionné six concepts, à neutrons rapides ou à neutrons thermiques.

Pour le CEA, l’effort se concentre principalement sur les technologies de réacteurs à neutrons rapides refroidis au sodium (RNR-Na). Toutefois, il participe par ailleurs aux études sur le combustible et la sûreté d’un projet de réacteur expérimental à neutrons rapides refroidi au gaz, dénommé ALLEGRO, qui serait construit en Europe Centrale.

Comme nous l’avons déjà signalé, un accord a été signé avec le Japon sur la recherche et la conception d’Astrid. Il convient toutefoisde signaler que le Japon a « omis » de déclarer environ 640 kilogrammes de plutonium dans son rapport annuel à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pour 2012 et 2013. La quantité non déclarée pourrait suffire à fabriquer jusqu’à 80 bombes nucléaires.

En Belgique, on a assisté en 2012 aux premiers pas de Guinevere, réacteur expérimental franco-belge couplé à un accélérateur de particules destiné à la surgénérer. 8Ce prototype n’est encore qu’une maquette, mais il préfigure Myrrha, un pilote préindustriel à un milliard d’euros, qui pourrait être opérationnel en 2023, à Mol, en Belgique dans le cadre d’une coopération avec le CNRS et le CEA.

Et la Suède envisage aussi un réacteur nucléaire expérimental de 4ème génération.

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1Gabrielle Hecht, Le rayonnement de la France. Energie nucléaire et identité nationale après la seconde guerre mondiale, ed Amsterdam 2014.

2Loi de programme n° 2006-739 du 28 juin 2006 relative à la gestion durable des matières et déchets radioactifs.

3 « Nous pourrions produire de l’électricité pendant plusieurs centaines d’années sans nouvelles ressources d’uranium naturel », a prétendu Christophe Béhar, vice-président du Forum International Génération IV, également l’un des directeurs au CEA. Il persiste dans l’illusion de la transmutation en prétendant que le RNR-Na peut consommer la majeure partie des déchets radioactifs à vie longue issus de l’uranium, simplifiant la question de leur stockage sous-terrain.

4Par ailleurs la France pousse le Japon, quasiment sous tutelle, à y relancer le nucléaire, client potentiel d’Areva. Pour cela elle soutient les mensonges abominables sur les conséquences sanitaires de la catastrophe de Fukushima.

5Cf. Bernard Laponche, “Une filière à haut risque et coût exorbitant”, 25 Mars 2015, Global Chance, Une expertise indépendante dans le débat sur la transition énergétique : ://httpwww.global-chance.org/ASTRID-une-filiere-nucleaire-a-haut-risque-et-cout-exorbitant

 

6Bernard Laponche, Astrid : une filière à haut risque et coût exorbitant”, Global Chance, 25 Mars 2015.

7Laurent Paret et Emmanuel Touron , Les futures usines du cycle du combustible, Revue Générale Nucléaire, No du 4 juillet 2016, p.32-7)

http://www.sfen.org/fr/rgn/68-les-futures-usines-du-cycle-du-combustible

 

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