Après le séisme du 11 novembre en Ardèche, qu’en est-il du nucléaire régional ?

par Pierre Péguin,

physicien

le 14 novembre 2019, Pierre Péguin, du Collectif Halte Aux Nucléaires Gard (CHANG).

Lundi 11 en fin de matinée, un séisme d’une magnitude de 5,4 sur l’echelle de Richter a gravement touché la ville du Teil en Ardèche (en face de Montélimar à une dizaine de kms des réacteurs de Cruas, à une trentaine de ceux du Tricastin, et à une quarantaine du site nucléaire de Marcoule qui, facteur aggravant, y reçoit et conditionne le plutonium destiné aux réacteurs « moxés » (1)). C’est le séisme le plus important survenu en France en seize ans. Au delà des victimes (1 mort et des blessés) les habitants de la région se sont immédiatement inquiété du risque de catastrophe atomique et de l’état des centrales nucléaires.

Rappels sur le risque sismique

La région du bas Rhône est une zone de risque sismique important. Sous la pression de la plaque tectonique Afrique sur la plaque Europe, la région est très ssurée avec trois grandes failles qui partent de la Méditerranée vers le nord de l’Europe, et de nombreuses failles transversales. Il en résulte un grand risque sismique illustré par le séisme dévastateur de 1909 de Lambesc, en Provence, de magnitude 6,2. Notons aussi Le séisme de Clansayes en juin 1772 (à 14km de Tricastin) dont les répliques durèrent longtemps.

En remontant sur des milliers et des dizaines de milliers d’années, la paléosismologie a révélé l’existence de tremblements de terre d’intensité ou de magnitude très supérieures à celles révélées sur la séquence historique. Nous ne sommes donc pas à l’abri de secousses bien plus fortes que celles prévues.

Les raisons légitimes de l’inquiétude de la population

Les réacteurs de Cruas et Tricastin ont été construits sur la base d’un risque sismique d’une magnitude de 4,7 avec une majoration de sécurité, de magnitude 5,2. Cela nous paraît tout à fait insuffisant, la vallée du Rhône étant particulièrement exposée.

– A la vétusté des équipements , aussi bien à Cruas qu’au Tricastin, s’ajoute de graves défauts déjà identifiés tels que les fissures des cœurs de réacteur, les soudures des échangeurs de chaleur, la corrosion des circuits, ou même le risque d’indisponibilité des groupes électrogènes de secours. Tout cela inquiète légitimement sur les possibles dégradations dues au tremblement de terre.

– Il n’y a pas que les bâtiments et les équipements des réacteurs qui peuvent être atteints par un séisme et mettre en danger leur fonctionnement. La rupture de barrage en amont, la rupture de la digue le long du Rhône qui protège le Tricastin peuvent avoir pour conséquence l’inondation des installations comme cela s’est produit à Fukushima. Cela a d’ailleurs été dénoncé par l’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire).

Comment est gérée l’activité du nucléaire suite au seisme (3).

La centrale de Cruas comprend quatre réacteurs (915 MW chacun) et représente environ 5% de la production nucléaire française, EDF doit désormais procéder à son

examen. Cruas 1 avait été stoppé début septembre pour des travaux de maintenance. Cruas 2, 3 et 4 ont été arrêtés dès lundi soir, avec l’intention de les redémarrer dès vendredi soir. Mais EDF a averti ensuite que le redémarrage pourrait être retardé, en raison « de la durée du processus de contrôle en cours ». « EDF devra vérifier, entre autres, l’absence de fissures, de fuites au niveau des joints, voir si les ancrages ont été endommagés ou si les équipements ont besoin de nouveaux essais ». Nous apprenons ce jour qu’EDF a prolongé les arrêts des quatre réacteurs et en prévoit les redémarrages échelonnés entre le 2 et 19 décembre.

Deux réacteurs de Tricastin sur les quatre sont également arrêtés:

https://www.services-rte.com/fr/visualisez-les-donnees-publiees-par-rte/production- realisee-par-groupe.html, tandis que l’usine d’enrichissement GB2 n’est pas en fonctionnement.

Questions et commentaires. Si au premier abord la magnitude de 5,4 dépasse la marge de sécurité fixée à 5,2, l’exploitant prétend qu’il ne faut considérer que les ondes de surface qui n’auraient atteint que la magnitude de 4,5. Attendons à ce sujet d’en savoir plus.

Dès l’annonce du séisme, la CRIIRAD (2) en situation de vigilance renforcée a confirmé que ses balises de surveillance en continu de la radioactivité atmosphérique en Vallée du Rhône (Valence, Montélimar, Saint-Marcel d’Ardèche, Avignon) n’ont mis en évidence aucune contamination ou élévation anormale du rayonnement ambiant.

Mais on peut se poser des questions sur ce qui a été annoncé jusqu’à présent, ou pas, par EDF et l’ASN :

– Pourquoi le dépassement de seuil n’a été détecté que par un seul des cinq capteurs du site de Cruas? Quelle est la valeur détectée par ce capteur et par les autres ?

– Pourquoi les réacteurs en fonctionnement au moment du séisme n’ont pas été arrêtés instantanément, alors qu’un dépassement de seuil avait été détecté ; est-ce conforme aux règles de sûreté qu’un dépassement de seuil mesuré par un capteur sismique n’entraîne pas la mise à l’arrêt automatique des réacteurs du site ?

– Et la gestion du réacteur Cruas 4 pose question. IL a fonctionné à puissance réduite (360 à 420 MW) depuis le 13 octobre avec des oscillations de puissance irrégulières. Le 9 novembre, entre 3h et 5h du matin, le réacteur a été mis à l’arrêt (4) jusqu’au 10 novembre pour remonter en puissance jusqu’à 400 MW environ. Le 11 novembre, à 17h, il a été arrêté progressivement.

Que s’est-il réellement passé pendant près d’un mois pour que le réacteur N°4 fonctionne à puissance réduite avec cet arrêt en urgence? EDF faisait-elle des essais? Est-ce « normal » et autorisé par l’ASN de faire fonctionner un réacteur de 900 MW au tiers de sa puissance pendant une période aussi longue ? L’ASN était-elle au courant ?

ON ne peut donc, décemment, se contenter du message rassurant de ces dernières heures « aucune incidence n’est à craindre, ni sur la production d’électricité ni sur la sûreté des installations des centrales du Tricastin et de Cruas ».

Tout cela nous montre une fois de plus qu’on frôle le risque de catastrophe atomique! Jusque là nous avons eu de la chance, mais jusqu’à quand ?

Quand les décideurs comprendront-ils qu’ils n’ont pas le droit d’exposer les populations à de tels dangers. Ces dangers imposés sans débat démocratique, ne se justifient pas. Ils imposent l’arrêt des vieux réacteurs de notre région en extrême urgence, pendant qu’il en est encore temps.

(1) une bonne partie des plus vieux réacteurs, ceux de 900MW peuvent utiliser un « combustible » conditionné à Marcoule appelé MOX, mélange d’oxydes d’uranium dit « appauvri » et de plutonium, ce qui les rend plus dangereux.

(2) CRIIRAD, Communiqué du 12 novembre 2019 13H, Site http://www.criirad.org

communiqué de presse STOP nucléaire Drôme Ardèche (collectif ADN) – 11 novembre 2019 18h

(3) La consultation du site internet de RTE indique en temps réel l’état de fonctionnement de l’ensemble des moyens de production d’électricité en France : https://www.services- rte.com/fr/visualisez-les-donnees-publiees-par-rte/production-realisee-par-groupe.html

(4)Le CAN du Sud Est indique sur son site internet qu’il y a eu un arrêt en urgence du réacteur N°4 le 9 novembre : http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php? post/2019/11/10/Centrale-atomique-de-Cruas-%3A-arr%C3%AAt-d-urgence-d-un-r %C3%A9acteur-nucl%C3%A9aire

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EPR: nouveau rapport accablant, l’Etat attend d’EDF un plan d’action

Source : La Croix

afp, le 28/10/2019 à 10:46 , Modifié le 28/10/2019 à 14:35

https://www.la-croix.com/Economie/EPR-rapport-etrille-chantier-Flamanville-gouvernement-demande-plan-action-2019-10-28-1301057042

 

«Echec pour EDF» et la filière nucléaire française: le gouvernement a exigé lundi d’EDF un «plan d’action» sous un mois, après un rapport d’audit sur les déboires de l’EPR de Flamanville (Manche) qui dresse un bilan noir de ce chantier emblématique.

Lancé en 2006, et devant initialement entrer en service en 2012 pour un coût de 3,3 milliards d’euros, la construction à Flamanville du premier réacteur français de troisième génération a multiplié les déboires. Son démarrage est désormais prévu fin 2022 et son coût a été réévalué à 12,4 milliards d’euros.

Ces chiffres parlent d’eux-mêmes: «la construction de l’EPR aura accumulé tant de surcoûts et de délai qu’elle ne peut être considérée que comme un échec pour EDF», écrit l’ex-patron du constructeur automobile PSA Jean-Martin Folz, dans le rapport d’audit d’une trentaine de pages qu’il a remis lundi au gouvernement.

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Jugeant que l’audit mettait en lumière «un manque de rigueur inacceptable», le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a sommé EDF de mettre en place un «plan d’action» d’ici un mois pour remettre la filière nucléaire aux «meilleurs niveaux d’exigence». Ce plan devra être présenté au conseil d’administration du groupe, puis «validé par l’Etat», et un point d’étape sera réalisé «fin 2020» sur sa mise en oeuvre, a-t-il précisé.

Mandaté cet été pour effectuer l’audit, M. Folz a égrainé devant la presse «l’irréalisme» des estimations initiales, une perte de compétences «généralisée», de mauvaises relations entre EDF et ses sous-traitants et partenaires, notamment Areva, puis Framatome (ex-branche réacteur d’Areva revenue sous le giron d’EDF), un manque de «culture de la qualité», ou encore une gouvernance du projet «inappropriée» chez EDF.

Autant de critiques déjà régulièrement formulées par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui a demandé à plusieurs reprises à EDF de reprendre certains éléments du chantier.

  1. Folz a également pointé les évolutions de la réglementation qui ont compliqué les travaux mais aussi les «défaillances techniques et industrielles»? en particulier en matière de soudage. C’est une anomalie détectée sur des soudures qui est à l’origine d’une des dernières péripéties de l’EPR, conduisant EDF à repousser encore sa mise en service et à revoir son coût à la hausse.

– nouveaux EPR? –

Le plan d’action réclamé lundi à EDF devra se pencher en particulier sur la gouvernance des grands projets du groupe, l’amélioration de la coordination entre EDF et Framatome et du dialogue entre l’ASN et EDF, et «l’établissement des responsabilités» avec une possible «réorganisation des équipes», a détaillé Bruno Le Maire.

Le gouvernement souhaite également qu’EDF, qui a nommé il y a deux semaines un nouveau directeur du projet de l’EPR, lance «un plan de compétence de la filière nucléaire», alors que 16 ans se sont écoulés entre la construction du dernier réacteur français, à Civeaux (Vienne), et celle de l’EPR de Flamanville.

L’Etat et EDF ont en ligne de mire l’avenir du nucléaire français et la décision future sur la construction éventuelle de nouveaux réacteurs. Pour le gouvernement, la condition reste toujours d’attendre la mise en service de Flamanville, a rappelé lundi la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne.

EDF doit aussi remettre d’ici la mi-2021 au gouvernement l’ensemble des études sur l’amélioration du design et du coût de construction de l’EPR.

Également présent à cette conférence de presse, le PDG d’EDF Jean-Bernard Lévy a affirmé partager le «constat d’échec» du rapport, et a assuré que son groupe allait «redoubler d’efforts» pour retrouver le meilleur niveau de compétences d’ici à ce que le gouvernement décide de construire ou non de nouveaux EPR.

Il a rappelé qu’EDF avait déjà pris des «mesures structurelles» pour redresser la barre, notamment en matière de coordination avec les équipes de Framatome, progrès soulignés par le rapport de M. Folz.

«J’entends porter la qualité industrielle au même niveau d’exigence» que celle affichée en terme de sûreté nucléaire, a promis M. Lévy, qui espère convaincre l’Etat de lancer de nouveaux EPR.

Sur ce point, le rapport va plutôt dans son sens: l’EPR a «démontré la pertinence» de sa conception, a jugé M. Folz. Selon lui, pour redresser la qualité de la filière, il faut qu’EDF fasse un effort d’investissement et de recrutement, ce qui ne sera possible que si l’État affiche «des programmes stables à long terme de construction de nouveaux réacteurs et d’entretien du parc existant».

 

 

 

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Le nucléaire national va de plus en plus mal, le danger qui nous menace s’accroît

Pierre Péguin, septembre 2019

Les mauvaises nouvelles de l’industrie nucléaire s’accumulent et nous ne pouvons que nous en réjouir, nous qui en annonçons depuis longtemps la faillite inexorable, les dégâts avérés sur la santé des populations et des travailleurs, et qui en revendiquons l’arrêt au plus vite, avant qu’il ne soit trop tard pour une catastrophe. Mais les conséquences et les dangers liés à la gestion irresponsable du nucléaire sont de plus en plus graves.

Signe des temps, des grands médias jusque là discrets sur les difficultés du complexe électro nucléaire s’ouvrent maintenant à ses déboires qui s’ajoutent les uns aux autre : Fiasco de l’EPR de Flamanvile et de celui de Finlande qui déconsidèrent définitivement les « fleurons de notre industrie », malfaçons frauduleuses des pièces élaborées par Framatome au Creusot, quasi faillite d’EDF et d’Areva engagés dans des programmes insensés, mais sauvés par l’État à coup de milliards et de restructurations (Areva/Orano, casse d’EDF en préparation).

Ajoutons les surcoûts et retards considérables des équipements en construction à Cadarache qui sont peu médiatisés: C’est d’abord le cas d’ITER, gigantesque machine destinée à essayer de rendre crédible la fusion nucléaire (1). On pense qu’il ne sera qu’un échec de plus, après avoir englouti des sommes considérables, et provoqué tant de dégâts écologiques. Et c’est aussi le cas du réacteur Jules Horowitz (2) annoncé pour un coût d’un demi milliard, et qui en est maintenant à 4 fois plus…..

Mais la nouvelle la plus surprenante reste celle de l’abandon du projet de réacteur de 4ème génération, Astrid (3), dit « réacteur à neutrons rapides » ou « RNR ». Sa réalisation préparée par le CEA (4) était prévue à Marcoule, et près d’un milliard d’€ lui ont déjà été consacrés. Astrid s’inscrivait dans la filière des « surgénérateurs » dont on connaît les déboires, Phenix à Marcoule et Superphenix à Morestel.

Cette filière est conçue pour fonctionner avec l’uranium dit « appauvri » dont on accumule des stocks (5), et avec le plutonium, matériau de la plus haute dangerosité, extrait à la Hague (6). Sa technologie est encore plus pointue et dangereuse que celle des réacteurs actuels à eau pressurisée (7). La dangerosité est d’autant plus grande que c’est le sodium liquide qui en assure le refroidissement, alors que celui-ci brûle au contact de l’air et explose au contact de l’eau. L’abandon du projet Astrid, après l’arrêt définitif du réacteur Monju au Japon, signe la fin (provisoire?) de cette filière, c’est une excellente nouvelle pour la sécurité des populations !

Cet abandon est tout de même surprenant : En effet c’est depuis une soixantaine d’années, que le CEA travaille sur deux filières « du futur » destinées à maintenir la France au top de la technologie : La fusion nucléaire dont ITER est l’énorme avatar, et la surgénération promise à illustrer « le nucléaire durable » dont Astrid devait être le prototype, et démontrer l’excellence d’un système fonctionnant sur lui même pour produire de l’énergie à profusion.

On ne croirait donc plus en haut lieu à ce rêve de l’électricité abondante et pas chère ? Il y aurait-il perte d’influence du CEA et de ses cadres issus du Corps des Mines, face à un chef de gouvernement énarque et à EDF aux mains du Corps des Ponts? La nucléocratie en serait-elle réduite à prendre en compte la réalité économique d’une technologie devenant de plus en plus onéreuse et non compétitive face aux renouvelables dans le marché européen de l’énergie électrique (8)?

Ce qui est moins surprenant est le projet de casser EDF pour séparer les activités rentables, telles que les renouvelables dont le très rentable hydraulique, activités privatisables, de celle justement qui ne l’est pas, le nucléaire, qui nécessite des apports financiers tellement importants que seul l’État peut les couvrir et en assurer le fonctionnement. Une fois de plus nos gouvernements au service du libéralisme s’illustrent dans la privatisation de secteurs publics lucratifs (cf les autoroutes) pour ne garder que ceux qui ont besoin d’être refinancés.

Au delà de la ponction sur les impôts, les tarifs d’électricité sont appelés à augmenter sensiblement. Il y aura dans l’avenir à assurer les coûts faramineux du démantèlement des réacteurs et des usines atomiques, et celui de la gestion des déchets radioactifs pour bien longtemps. De plus aucune société d’assurance ne peut prendre en charge le risque atomique, cela ne peut rester qu’à la charge de l’État…. N’est-ce pas la démonstration de ce que le nucléaire est la plus mauvaise, la plus chère, et la plus dangereuse façon de faire bouillir l’eau nécessaire aux alternateurs produisant l’électricité ?

Mais ne chantons pas victoire trop vite, le nucléaire militaire ne baisse pas la garde et au contraire se modernise dans le cadre de la programmation militaire pluriannuelle, tandis que les menaces internationales de conflit sont de retour, Trump ayant rallumé la mèche (9).

Et surtout nous sommes entrés dans une phase de dangers accrus pour notre sécurité. Le fonctionnement de nos équipements était déjà inquiétant, et nous avions eu la chance d’échapper jusque là à la catastrophe, mais la déliquescence actuelle du nucléaire en accroît fortement les dangers.

En quoi l’industrie nucléaire devient-elle de plus en plus dangereuse ?

Chacun sait qu’elle l’est déjà. La dispersion planétaire de multiples radioéléments par vents et eaux contribue à l’épidémie de cancers et de maladies graves qui sévit depuis quelques dizaines d’années. Ces contaminants radioactifs issus des nombreuses bombes atomiques explosées (plus de 2000), et des catastrophes et multiples difficultés de fonctionnement des réacteurs et usines nucléaires, ont touché l’ADN de tout le vivant et dont les altérations sont transmissibles.

Pour illustrer les effets de la contamination généralisée de notre environnement, un cabinet d’étude le CERI (10) a évalué, à la demande de députés écologiques européens, la mortalité liée au nucléaire depuis son origine à 61 millions de victimes, et c’était en 2003. Combien aujourd’hui car l’épidémie perdure plus que jamais.

Mais de nos jours nous avons de plus en plus à craindre une catastrophe atomique en France qui bouleverserait complètement nos vies, comme cela se passe en Biélorussie et au Japon suite à Tchernobyl et Fukushima (11). Nous avons déjà frôlé ce processus, par exemple au Blayais en 99, et avons eu la chance d’y échapper, mais jusqu’à quand ?

Les budgets consacrés à l’entretien se restreignent, les temps d’arrêts imposés aux sous-traitants pour leurs interventions dans les réacteurs se retrécissent et obligent en quelque sorte à bâcler le travail. Les travaux sont confiés aux entreprises les « moins dis-antes », voire les moins compétentes, et les moins regardantes sur les doses reçues par leurs personnels intérimaires dont le suivi médical n’est pas assuré. Quant aux agents d’EDF qui perdent en compétence et en fierté de leur travail, ne sont-ils pas menacés par le découragement et risquent-ils de manquer de vigilance ? Tout cela avec des équipements vieillissants dont une partie des éléments ont été élaborés au Creusot sans respect des normes de qualité.

Dialogue imaginaire pour répondre à un pro nucléaire, même si on n’y connaît rien mais qu’on en a compris le danger:

– Le pro-nuc : Mais on ne peut pas se passer du nucléaire,

– Et bien retournons à la caverne et à la bougie comme tous les autres pays européens voisins qui, à part la Belgique, en sont tous sortis ou finissent d’en sortir comme l’Allemagne,

– Oui, mais il va falloir brûler plus de fossiles pour compenser, bonjour l’effet de serre !

Si peu, le climat n’est qu’un prétexte (13). le nucléaire ne fournit dans le monde que 10 % de l’électricité, soit 2 % de l’énergie totale consommée, l’augmentation de 2 % de consommation d’énergie fossile peut facilement être compensée par des mesures de sobriété et par le développement des renouvelables. C’est vrai qu’en France l’État nous a mis dans une situation critique unique au monde, le nucléaire produisant près des 3/4 de l’électricité. Mais ces 3/4 d’électricité ne sont finalement que 11 % de

l’énergie totale consommée. Nous gaspillons tant d’énergie qu’il ne serait pas difficile de l’économiser autant et ainsi faire reculer le risque de catastrophe.

Peut-être, mais en tout cas cette conversion prendra du temps, ce que tu racontes n’est pas pour demain !

Bon alors prenons l’exemple d’un immeuble dont on s’aperçoit qu’il menace de s’éffondrer, comme à Marseille, doit-on attendre plusieurs années de construire de nouveaux logements bien étudiés pour évacuer ? Non bien sûr, on évacue immédiatement.

Ne sommes-nous pas dans la même situation avec le risque de catastrophe qui peut survenir dès demain ? Donc je revendique d’arrêter immédiatement.

Et à part la bougie et la caverne dont tu parlais, comment ferons-nous en France pour assurer nos besoins légitimes et le fonctionnement de la société, des hôpitaux?

Mais on sait maintenant que les capacités de production européennes d’électricité sont excédentaires, elles peuvent couvrir provisoirement nos besoins en attendant qu’une vraie politique de sobriété et de développement des renouvelables nous rendent autonomes. On en bénéficie déjà pour assurer nos pointes de consommation, ce sont l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et autres qui soutiennent notre réseau électrique, car là encore seule la France a des pointes aussi importantes tant est grand le gaspillage de consommation électrique.

Que ce dialogue possible ne nous fasse pas oublier que

– de toutes façons on ne sortira jamais du nucléaire car il faudra en assurer le démantèlement pendant des dizaines d’années, et en gérer les déchets pendant des millénaires !

– Et même après son arrêt les risques perdurent dans la gestion des déchets, et du démantèlement. En particulier les piscines de refroidissement des combustibles usés sont très fragiles face à des séismes ou des attaques, la destruction de l’une d’entre elles aurait des conséquences terribles.

– Enfin le militaire qui nous maintient au bord de cataclysmes (9) par l’existence d’armes atomiques pouvant tout détruire.

Cela montre bien que l’existence même du nucléaire est absurde, insensée ! Vouloir en faire un outil pour contenir le bouleversement climatique est un bluff (12) que nous avons à dénoncer.

Revendiquons l’arrêt du nucléaire dans notre pays le plus nucléarisé du monde par habitant, et dont la gestion de nos équipements vieillissants en aggrave dangereusement les risques. La surcapacité de production électrique européenne et l’interconnexion des réseaux rend cet arrêt possible (13).

(1) ITER, https://apag2.wordpress.com/2018/08/02/iter-tritium-danger-%e2%80%a8larnaque- mortifere-du-lobby-du-nucleaire/

(2) Réacteur Jules Horowitz, destiné à des études de matériaux devant résister aux conditions de fonctionnement des réacteurs, et à l’élaboration de radioélèments commandés par certains secteurs tels que la médecine, Cadarache.

(3) ASTRID, https://www.youtube.com/watch?v=KLbjyYfsgSA, https://apag2.wordpress.com/2018/02/08/astrid-le-cea-en-di culte/

(4) CEA, Commissariat à l’Energie Atomique dont les cadres pour l’essentiel sont issus d’X corps des Mines, tandis qu’EDF est plutôt aux mains du corps des Ponts

(5) Uranium appauvri. C’est dans l’usine d’enrichissement duTricastin qu’est préparé l’uranium « enrichi » en isotope ssible U235 destiné à être utilisé dans les réacteurs, cet enrichissement entraine la production d’uranium dit « appauvri » en U235 en grande quantité (7 fois plus).

Les stocks s’accumulent inutilisés sauf par l’armement militaire! http://coordination- antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2018/02/02/A-propos-de-l-uranium-dit-appauvri,

(6) Plutonium. C’est dans l’usine de retraitement de la Hague, haut lieu d’intense pollution radioactive, qu’est extrait le plutonium du combustible usé des réacteurs en fonctionnement. Le plutonium n’existe pratiquement pas à l’état naturel, c’est la pire substance jamais élaborée par les humains par son extrème radio- et chimico- toxicité, et par sa très longue durée de vie (période d’un peu pkus de 24,000 ans).

(7) PWR, les réacteurs en fonctionnement en France, réacteurs à eau sous pression, ont été construits sous licence Westinghouse. Signe des temps, l’entreprise Westinghouse a fait récemment faillite.

(8) « Le nucléaire trop lourd et coûteux pour sauver le climat », selon un rapport de l’agence Reuters du 24 sept 2019, et bien d’autres articles.

(9 ) « Le monde au bord de la crise nucléaire » par Jacques Hubert-Rodier un article des Echos Publié le 20/09/19

« L’abandon des grands traités de réduction et d’élimination des armes nucléaires conclus entre la Russie et les Etats-Unis fait peser une grave menace sur le monde. Le monde se rapproche dangereusement d’une situation de crise nucléaire, comme ce fut le cas à Cuba dans les années 1960 ou en Europe avec l’installation de missiles soviétiques SS-20 et de Pershing américains. »

(10) CERI, Comité Européen sur le Risque de l’Irradiation, recommandations 2003. * ( 11) Ethos– https://apag2.wordpress.com/2016/11/21/vivre-dans-le-jardin-nucleaire-avec-

ethos-un-crime-contre-lhumanite, (12) Blu s et mythes du nucléaire. Le prétexte du climat

Jean-Luc Pasquinet, Edition Libre et solidaire, date de parution : 17 octobre 2019. (13) L’Arrêt immédiat du nucléaire est techniquement

possible à l’échelle européenne par Élisabeth Brenière et François Vallet Arrêt du Nucléaire (ADN) http://collectif-adn.fr/2019/Arret_immediat_Europe.pdf,

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Mises en garde de l’ASN concernant l’enfouissement des déchets radioactifs et la fusion des cœurs de réacteurs

Hugues Henri

Source : Academia

https://www.academia.edu/35742843/CHRONIQUES_ANTI-NUCLEAIRES_MISES_EN_GARDE_DE_LASN_CONTRE_LENFOUISSEMENT_DES_DECHETS_RADIOACTIFS_ET_LA_FUSION_DES_COEURS_DE_REACTEURS

 

Dans un avis daté du 8 janvier et publié le 9 février (2015) sur son site Internet, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) recommande que les recherches “soient approfondies” dans les domaines du conditionnement des déchets nucléaires, de l’enfouissement en profondeur des déchets, du transport de substances radioactives et des accidents nucléaires graves. Ce document signé de la direction collégiale de l’ASN met en évidence des carences dans la gestion des déchets radioactifs, révèle des incertitudes sur la viabilité du projet Cigéo * d’enfouissement des déchets nucléaires les plus dangereux dans l’Est de la France et souligne la fragilité des réacteurs nucléaires face à un accident grave.

La gestion désordonnée des déchets nucléaires

L’ASN rappelle qu’il existe une grande variété de déchets radioactifs parmi lesquels certains sont mal répertoriés, dont on ignore le contenu radioactif et chimique et pour lesquels il n’existe pas encore d’emballage disponible. Un problème aigu qui concerne certains déchets produits par le passé. Entre 1966 et 1998, des déchets de l’usine de La Hague (Cotentin) d’Areva * ont été stockés en vrac dans sept installations nucléaires. Ces déchets mal connus doivent maintenant être repris et conditionnés. L’ASN estime que les déchets radioactifs “destinés à être stockés dans une installation de stockage encore à l’étude doivent faire l’objet de recherches sur leur comportement en stockage”. L’Autorité considère aussi que l’on en sait peu sur “le comportement à long terme des colis de déchets en conditions de stockage”, ainsi que sur “le comportement à long terme en stockage de matières radioactives qui ne sont pas aujourd’hui considérées comme des déchets”, comme les combustibles au plutonium (MOX).

Par ailleurs, l’Autorité souligne un manque de compréhension sur “le comportement des déchets de boues bitumées”, des déchets inflammables. Elle note aussi que les connaissances doivent progresser sur la production d’hydrogène – un gaz inflammable et explosif, au sein des “colis” de déchets nucléaires (et particulièrement les déchets contenant du bitume). Or le projet Cigéo * prévoit l’enfouissement à 500 mètres sous terre de dizaines de milliers de fûts de déchets radioactifs bitumineux qui présentent des risques d’incendie et d’explosion.

L’enfouissement des déchets nucléaires en question

L’ASN porte un regard sévère sur l’enfouissement des déchets nucléaires en profondeur, jugeant qu’il faut “mieux appréhender les différentes composantes de la sûreté à long terme du stockage”. Elle constate des zones d’ombre autour des “phénomènes physico-chimiques, biologiques, mécaniques et thermiques au sein d’un stockage” et demande le développement de travaux “en vue de la gestion réversible d’un stockage”. L’ASN s’interroge également sur “la transmission des compétences, des savoirs et de la mémoire sur des échelles de temps appropriées”. Beaucoup d’inconnues persistent donc sur les risques liés à l’enfouissement des déchets les plus radioactifs, que l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra)* voudrait démarrer dans dix ans, en 2025.

Fusion des cœurs de réacteurs : l’ASN confirme la vulnérabilité des réacteurs en service

En ce qui concerne les accidents nucléaires graves sur les réacteurs existants et futurs, l’ASN affirme que les données recueillies à ce jour “présentent encore de grandes incertitudes quant à la capacité à prévenir la fusion du cœur”. Des interrogations qui s’étendent à la capacité de la cuve à résister au combustible en fusion, à la tenue de l’enceinte de confinement, ainsi qu’à l’efficacité de la filtration des rejets radioactifs dans l’environnement en cas d’accident grave. L’Autorité rejoint les conclusions de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN)* sur la vulnérabilité des réacteurs lors d’un accident de fusion, auxquelles le Journal de l’énergie a récemment consacré un article.

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La situation n’évolue guère en France en ce qui concerne les réponses urgentes à rechercher et à mettre en œuvre pour les deux problèmes principaux posés par le tout nucléaire : La question primordiale du retraitement des déchets hautement radioactifs à vie longue, vis-à-vis de laquelle, la pseudo solution de l’enfouissement profond se révèle inappropriée et dangereuse y compris selon l’ASN qui prend enfin position en énonçant clairement les limites et les dangers de cet enfouissement. C’est avec circonspection et de manière nuancée que cet avis a été rendu mais sur le fond, la cause est enfin entendue, l’ASN recommande sinon l’abandon du projet de l’ANDRA, tout du moins de prendre au préalable toutes les précautions pour permettre un retour en arrière et la gestion réversible du stockage, c’est-à-dire que si cette gestion de l’enfouissement se révélait problématique pour ne pas dire désastreuse, il sera impératif de stopper net l’enfouissement et de procéder à une autre forme de retraitement ou de stockage, selon la forme et la nécessité impérative que cela prendrait.

L’autre question qu’il faut traiter impérativement, c’est la question du risque de fusion du cœur de réacteur nucléaire en cas d’arrêt de refroidissement, qui pourrait survenir dans nombre de réacteurs anciens même après le « grand carénage » promis par EDF* pour remettre les centrales françaises de plus de trente ans d’âge aux normes post-Fukushima. L’IRSN a produit un rapport démontrant que ce risque d’accident majeur existait, qu’il y avait une forte probabilité qu’il advienne à une échéance imprévisible. Là encore, l’ASN ne fait que confirmer ce que l’IRSN a déjà affirmé et cela corrobore cet état de fait dénoncé par Greenpeace et Réseau Sortir du Nucléaire: en France, l’Etat a choisi d’ignorer ce risque majeur d’une catastrophe nucléaire avec fusion du cœur du réacteur, comme cela s’est déjà produit à Three Miles Island aux USA en 1978, à Saint Laurent des Eaux en 1980, à Fukushima en 2011. Les cuves en ciment et celles en acier des réacteurs des vieilles centrales françaises à eau pressurisée ont dépassé leur durée de vie de 30 ans garantie par leur concepteur, l’américain Westinghouse. Elles ont été bombardées par des isotopes hautement radioactifs qui ont ébranlé leurs structures moléculaires, provoquant d’innombrables microfissures dans le béton et dans l’acier. On ne peut pas changer cela, c’est impossible, il faut arrêter ces réacteurs et les démanteler, puis réhabiliter les sites. C’est à cela que se sont attelés les autorités et les industriels allemands de l’énergie. Très récemment, le gouvernement allemand par la voix de sa ministre sociale démocrate de l’énergie a demandé fermement à Ségolène Royal de définir au nom du gouvernement français les dates et modalités d’arrêt et de démantèlement de la centrale nucléaire de Fessenheim dans le Bas Rhin, conformément aux engagements de François Hollande pendant la campagne présidentielle de 2012. Cette démarche sera certainement perçue par certains milieux franchouillards et chauvins comme une sorte d’incongruité malvenue et même comme une ingérence inqualifiable de la part d’un membre d’un gouvernement étranger, qui lui s’est engagé résolument dans la sortie du nucléaire. Il n’empêche que cette démarche démontrait aussi l’inquiétude des populations allemandes frontalières avec l’Alsace envers cette centrale nucléaire dont tous les voyants sont au rouge en tant que doyenne de toutes les autres centrales françaises. Il semble qu’il ne soit pas certain que malgré les engagements verbaux de ce gouvernement, Fessenheim soit bientôt arrêtée et démantelée, car Ségolène Royal s’est défaussée sur EDF pour la prise de décision qui aurait du lui revenir. Il faut que cela soit désormais tranché, quand Fessenheim sera-t-elle arrêtée et démantelée ? Quoi qu’il en soit, si un évènement tragique devait advenir dans l’une de ces centrales qui comme Fessenheim ont atteint leurs limites d’âge et de fiabilité, surtout s’il advenait un accident grave du type de la fusion d’un cœur de réacteur, ce gouvernement comme ceux qui l’ont précédé depuis 1975, date de la mise en route du “Tout nucléaire” en France métropolitaine devra en assumer toutes les conséquences. Il ne pourra, tout comme ses prédécesseurs pas échapper à sa mise en cause pour sa non prise en compte des risques majeurs générés par la perpétuation du tout nucléaire dans ce pays, ni pour celle d’avoir ignoré les mises en garde de l’IRSN et de l’ASN. Il est révélateur que les plans d’urgence pour parer à ce genre d’éventualités soit souvent dérisoires, les projections d’évacuation des populations riveraines des centrales ne concernent que des périmètres de dix kilomètres de diamètre, alors qu’ils furent étendus à plus de trente kilomètres pour Tchernobyl et Fukushima ; les stocks d’iode à distribuer en cas d’irradiation ne sont pas constitués dans les sites concernés ; les unités spécialisées dans l’intervention en milieu irradié n’existent pas encore et tout est à l’avenant. Nous sommes le pays qui détient le triste record d’avoir la plus grande densité de réacteurs nucléaires situés pour la plupart dans un rayon de moins de cent kilomètres des plus grandes agglomérations françaises et nous voyons se maintenir une situation d’enlisement dans le tout nucléaire, la part des énergies renouvelables et des “négawatts” restant inférieure dans notre pays à celle développée dans la plupart de nos voisins européens. Il ne suffit pas de proclamer une volonté toute formelle de réduire la part du nucléaire à 50% d’ici à 2025. Cette promesse n’a rien d’une certitude gravée dans le marbre quand l’on entend les atermoiements sur la question du nucléaire chez Ségolène Royal. Le dernier en date porte sur le remplacement des vieilles centrales par des nouvelles, or quand on voit les déboires de l’EPR aussi bien en Finlande qu’à Flamanville, il saute aux yeux qu’il y a un gros problème de maîtrise dans la construction de ces nouvelles centrales : maîtrise des coûts, maîtrise des délais, maîtrise des technologies. Pourquoi s’acharner encore et encore dans cette impasse en y consacrant autant d’argent, de moyens alors qu’il est évident que le nucléaire régresse chez tous nos voisins ? Tirons les bonnes conclusions au plus tôt, avant qu’il ne soit trop tard, qu’un Fukushima français arrive et irradie un ou plusieurs départements …

 

(*)

CIGEO : Centre industriel de stockage géologique.

AREVA : Ancien nom d’OURANO, spécialiste français du nucléaire.

ANDRA : Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs.

IRSN : Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire.

EDF : Electricité de France.

 

 

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Négationnisme nucléaire et climat, Concurrence des catastrophismes

par Annie Péguin, Professeur de sciences physiques retraitée

et Pierre Péguin, Docteur en physique, Maître de conférence retraité.

juin 2019

 

Deux risques catastrophiques menacent le vivant et sollicitent notre engagement. Mais, si un nombre croissant de personnes se mobilisent pour « sauver le climat et la planète », ce n’est pas le cas pour l’arrêt du nucléaire civil et militaire. Est-ce justifié ? Tout se passe comme si le risque climatique est utilisé pour faire écran au risque nucléaire dont le négationnisme se perpétue depuis son origine….

Manifestations pour le climat, grèves des élèves, communiques d’ONG, etc., il apparait que la population (et en particulier les jeunes), est de plus en plus sensible aux conséquences du bouleversement climatique attribué aux activités humaines. Dès maintenant il est rendu responsables de désordres inquiétants annonciateurs d’un «effondrement » inévitable.

Tandis que le lobby pétrolier américain dépense des sommes considérables pour jeter le doute sur les travaux du GIEC* et soutenir les « climato-sceptiques », le lobby français et international du nucléaire se frotte les mains. Il soutient bien sûr le GIEC en prétendant que l’énergie nucléaire est non seulement décarbonée mais également « propre », deux allégations bien sûr contestables.

Quant au risque terrible que fait courir l’armement atomique mondial, et la production nucléaire d’électricité, il n’en est pas vraiment question. Nous sommes donc de toutes faç̧ons manipulés et il peut être utile de prendre en compte des réflexions décalées par rapport à l’idéologie dominante.

Ainsi J.-P. Dupuy, proche de Ivan Illich, auteur de « pour un catastrophisme éclairé » Seuil, 2002, estime que l’humain a des capacités étonnantes d’adaptation aux bouleversements de ses conditions de vie, comme l’histoire l’a montré. Mais Il dénonce « l’aveuglement face à l’apocalypse » atomique (pour reprendre les termes de Günther Anders) et l’incapacité à envisager le pire engendré par la guerre nucléaire que provoqueront les migrations massives. L’auteur lie donc les deux menaces climatique et nucléaire à combattre…

(lire à ce sujet dans le mensuel « La Décroissance » N°159 de mai 2019 l’article « Ne pas oubier la bombe », interview de Jean-Pierre Dupuy).

J’y ajouterais que la catastrophe nucléaire généralisée qu’elle soit due à la guerre atomique ou à un enchaînement domino d’explosions de réacteurs est d’une autre nature que la catastrophe climatique à laquelle l’humain aura à s’adapter, fusse dans la douleur. L’apocalypse nucléaire touche au génétique du vivant et donc de l’humain, ses dégâts sont transmissibles et irréversibles à notre échelle car couvrant des centaines de milliers d’années.

Face à cela, l’aveuglement de la population est entretenu soigneusement depuis le début de l’ère nucléaire, alors que les risques pour le vivant en ont été perçus très rapidement. Mais Il fallait les cacher pour ne pas entraver le développement de cette énergie colossale source de pouvoir illimité.

Le négationnisme nucléaire

C’est dès le début du nucléaire, au lancement du projet Manhattan que le négationnisme nucléaire a été institué. Il fallait que les moyens considérables mis en œuvre aux US pour aboutir à l’arme atomique ne soient pas remis en cause par l’opinion publique nationale et internationale. Les graves conséquences de la radioactivité sur le vivant devaient être cachées, y compris les horribles injections d’uranium ou de plutonium à des patients à leur insu, ou le silence acheté des familles de travailleurs victimes de contaminations, ou encore les territoires du Nevada rendus radioactifs.

De la même manière il fallait que les US ne soient pas accusés de crimes contre l’humanité pour avoir sacrifié les populations d’Hiroshima et Nagasaki. On sait maintenant qu’il a fallu prolonger la guerre et retarder la capitulation du Japon pour avoir le temps d’expérimenter cruellement in situ l’efficacité de cette nouvelle arme montrant la supériorité des USA dans la guerre froide amorcée. L’occupant américain a interdit tout accès journalistique ou scientifique étranger sur les sites martyrs et il a confisqué tous les témoignages japonais. Il fallait prétendre qu’il n’y avait pas de dangerosité durable une fois les bombes atomiques explosées !

(voir l’excellent livre de Jean-Marc Royer « Le monde comme projet Manhattan », le Passager Clandestin 2017. L’auteur développe les racines du négationnisme nucléaire avec toutes ses horreurs telles que l’évocation des 9’000 cobayes humains, ou la gestion criminelle post Hiroshima et Nagasaki. De plus il relie cette barbarie du mépris de la vie humaine à celle qui s’est imposée à notre époque).

De nos jours la même stratégie continue. Ainsi,

– Officiellement, Tchernobyl n’aurait fait qu’un nombre limité de victimes, suivant les sources, de quelques dizaines à quelque milliers passant sous silence le calvaire des centaines de milliers de liquidateurs et la contamination des populations voisines. Mais une équipe de l’Académie de médecine de New York, compilant en 2010, quelque 5’000 documents d’URSS ont estimé à près d’un million le nombre de morts….

– A la demande de députés écologiques européens, un cabinet d’étude, le CERI,* a évalué la mortalité liée au nucléaire à 61 millions de victimes, et c’était en 2003. Combien aujourd’hui car l’épidémie de cancers et leucémies sensible depuis les années 60 et 70 perdure, épidémie liée essentiellement au nucléaire militaire et civil, et à la chimie (pesticides auxquels s’attaque le mouvement des « Coquelicots »). Dans leur travail les experts du CERI ont pris en compte non seulement la mortalité directe, mais aussi les dégâts sur la santé dus à de

faibles et même de très faibles doses de contamination et leur transmissibilité aux générations suivantes scientifiquement prouvée.

– Enfin, le public sait-il qu’après les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima, les populations sont contraintes de vivre en zone contaminée. La dangerosité étant niée, il leur est refusé que soient distribués les soins qui pourraient alléger les souffrances, celle des enfants en particulier (c’est le programme « Ethos/Core** »).

En effet pour les nucléocrates, vivre dans le « jardin nucléaire » est un
« challenge » bénéfique, c’est la peur du nucléaire, la nucléophobie, qui rend tout le monde malade! Pas question donc de soigner tous les enfants accablés de maladies de vieux (4 enfants sur 5 des zones contaminées) puisque c’est psychologique : ils ressentent l’angoisse des parents. Seuls les militants de l’institut Belrad, soutenus par l’ETB*, ayant établi un lien direct entre la contamination par le Césium 137, et les atteintes à la santé s’obstinent à proposer des cures de pectine. Mais cet institut est asphyxié, neutralisé, on lui retire les moyens de travailler, l’horreur nucléaire ne tolère pas la vérité…

A ces manœuvres on trouve nos nucléocrates investis de responsabilités nationales et internationales, Jacques Lochard récemment décédé, et Gilles Dubreuil de Mutadis Consultant. Leurs actions criminelles sont faites en notre nom.

Le négationisme évite la prise de conscience et voila pourquoi nous n’entendons pas davantage parler du risque de catastrophe nucléaire qu’elle soit d’origine militaire ou civile. Et pourtant nous sommes menacés par des équipements vieillissants, équipés de pièces défectueuses, entretenus avec des budgets réduits impliquant la sous-traitance.

Mais les partis de gouvernement, les grands médias, s’en remettent à nos
« experts » du Corps des Mines chargés depuis de Gaulle de promouvoir le nucléaire militaire et donc aussi son utilisation civile au nom de la « grandeur de la France», quel qu’en soit le prix et les conséquences pour la population. Ne resterait-il à la France que les industries liées à la guerre, avec aussi la vente d’armes aux dictatures ?

Il apparaît alors une grande différence entre la prise de conscience du risque climatique et celle du risque nucléaire occulté: Le risque climatique est largement médiatisé et bien pris en charge par les écologistes associatifs et politiques. Rien de comparable pour dénoncer les mensonges et les horreurs du nucléaire civil et militaire, cette tâche incombe aux groupes spécifiquement antinucléaires qui n’accèdent pas aux grands médias et peinent à toucher un large public au-delà des cercles militants.

Et pendant que l’opinion se focalise sur le climat, l’Etat peut consacrer au sauvetage du nucléaire des sommes considérables sans pour autant engager les mesures nécessaires à la réduction de la pollution atmosphérique.

Ainsi 8 milliards d’euros ont été engagés pour sauver Areva (devenue Orano) et EDF de la faillite, et ce en plus des budgets consacrés annuellement au nucléaire (force de frappe pour laquelle un plan pluriannuel vient de prévoir 35 milliards pour la rajeunir, gestion des déchets, recherches du CEA, construction d’ITER….). La « grandeur de la France » et notre siège au Conseil de Sécurité, justifient-ils ces énormes sacrifices ?

Au nom du « rayonnement de la France » (voir le livre de Gabrielle Hecht, éd. Amsterdam, 2014) seule la France s’obstine dans la politique de l’électricité nucléaire et de l’armement atomique, se gardant bien de consulter la population. Dans les pays voisins, des processus démocratiques ont permis un désengagement au bénéfice des renouvelables.

Au niveau mondial le déclin de cette technologie obsolète est largement amorcé**, elle n’assure plus que 2 % de l’énergie totale utilisée. Même la Chine développe beaucoup plus le solaire et l’éolien que le nucléaire.

Face à la barbarie du nucléaire et en dépit de son négationnisme comment sensibiliser le public et l’amener à exiger :

– L’arrêt du nucléaire civil qui ne sert finalement qu’à faire bouillir de l’eau pour produire de l’électricité,

– La destruction de l’armement nucléaire, dont l’horrible perspective de son utilisation, la guerre nucléaire est humainement insupportable.

 

* GIEC, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.

CERI, Comité Européen sur le Risque de l’Irradiation, recommandations 2003.

ETB, Enfants Tchernobyl Belarus, créé par Solange et Michel Fernex après Tchernobyl .

** – https://apag2.wordpress.com/2016/11/21/vivre-dans-le-jardin-nucleaire-avec-ethos-un- crime-contre-lhumanite/

https://apag2.wordpress.com/2017/09/26/un-rapport-sur-le-declin-irreversible-de-lindustrie- nucleaire-a-lechelle-mondiale/

 

Bibliographie sommaire :

Jean-Luc Pasquinet, Considérations sur l’arrêt de nucléaire et sur la destruction du climat, à paraître 2019.

Thierry Gadault et Hugues Demeude, Nucléaire danger immédiat, Flammarion 2018.

Erwan Benezet, Nucléaire une catastrophe francçaise, Fayard 2018.
Yves Lenoir, La comédie atomique, La découverte 2016.

A. Yablokov, V. Nesterenko, A. Nesterenko, Chernobyl: Consequences of the Catastrophe for People and the Environment, Annal of the New York Academy of Sciences, 2010.

 

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Unité 3 de Fukushima Daiichi : le transfert du combustible de la piscine a commencé

Pierre Fetet

http://www.fukushima-blog.com

27 mai 2019

(Résumé de l’article par son auteur)

 

Quand le bâtiment réacteur n°3 de Fukushima Daiichi a explosé le 14 mars 2011, il y avait 566 assemblages dans la piscine de refroidissement : 514 de combustible usé et 52 de combustible neuf. Depuis, ces 100 tonnes de combustible sont restées une menace dans un bâtiment déstructuré, malgré l’habillage récent, sans enceinte de confinement. Avec quelques années de retard par rapport aux prévisions, Tepco vient de commencer à retirer ces assemblages pour les transférer dans la piscine commune du site.

Or, malgré tous ses efforts de communication, Tepco n’a jamais expliqué la succession d’explosions qui ont eu lieu en 2011 dans ce bâtiment réacteur n°3 en provoquant l’émoi du monde entier. L’opérateur n’a pas plus montré l’état des combustibles de la piscine de refroidissement, sinon par de rares photos prises à quelques endroits de la piscine. C’est pourquoi il est intéressant de suivre l’évolution de ce transfert d’assemblages, opération qui est programmée pour durer deux ans.

 

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Russia Has Captured Two-Thirds of the International Nuclear Power Construction Market

Source : Russia Insider

https://russia-insider.com/en/russia-has-captured-two-thirds-international-nuclear-power-construction-market/ri26722?ct=t(Russia_Insider_Daily_Headlines11_21_2014)&mc_cid=7553ffb1d2&mc_eid=db7da584e6

Source originaire : Check Point Asia

https://www.checkpointasia.net/russia-has-captured-two-thirds-of-the-international-nuclear-power-construction-market/

 

Checkpoint Asia is an excellent new site which scours the media for the best Asia news with a geopolitical focus, plus 1st-class original journalism ranging from Russia to China to the Middle East. Smart, incisive, and free of globalist baloney, by a super-talented former deputy editor of ours of many years.

 

 

By Nazrin Mehdiyeva (Checkpoint Aia)

 

Russia’s Rosatom has secured more orders to build nuclear power plants abroad than all other companies in the world combined.

 

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Rosatom is a strategic, vertically integrated and fully state-owned company,which manages the assets of the Russian nuclear industry at all stages of the nuclear fuel cycleRosatom is present in all segments of the civil nuclear market: from mining uranium deposits in Russia and abroad to producing nuclear fuel commodities through conversion and enrichment, and building reactors and power plants, often with bespoke technological solutions. The company coordinates the work of a large network of engineering, infrastructure and construction companies as well as research institutes and technology parks.

The president appoints Rosatom’s director general – in 2016, Putin appointed First Deputy Minister of Economic Development Alexei Likhachev to replace Sergei Kiriyenko, who was appointed First Deputy Chief of Staff of the Presidential Administration – and members of its supervisory board.

The company’s business strategy is developed based on the goals set by the state for the civilian branch of the Russian nuclear industry and approved by the government. One of Rosatom’s key goals in the current strategy is to increase its international market share and establish itself among the top three world leaders in every segment of the global nuclear market by 2030.

Indeed, since its creation in 2007 from the Russian Atomic Energy Ministry, the company has set itself on this path, consolidating its positions as a leading international player for nuclear technologies and generating substantial overseas revenue from nuclear power plant (NPP) construction, nuclear fuel fabrication and uranium enrichment.

As part of the industry reform, the company has benefitted from the “vertical integration”, which has enhanced Russia’s competitiveness in the global nuclear market by improving coordination in the activities of over 350 enterprises and organisations that comprise Rosatom, cutting costs and creating economies of scale. At the same time, the company’s close affiliation with the Russian state has offered distinct advantages that have propelled Rosatom’sglobal expansion.

Access to state funding has been a critical asset underpinning many of Rosatom’s projects and driving its rapid international growth. Estimates suggest that Rosatom underbids its Western competitors by between 20% and 50%, in large part thanks to government subsidies.

Consequently, it has successfully secured over 60% of recent global reactor sales and 67% of the world NPP construction market (in signed contracts and intergovernmental agreements).

The financial backing from the state has allowed Rosatom to offer large long-term loans to customers who under regular circumstances would not have been able to afford the high costs of NPP construction.

Not all has been plain sailing for Rosatom in its ambitious bid for rapid expansion. In South Africa, for instance, its plans were dealt a blow in 2017 after the High Court ruled to cancel a 2014 intergovernmental agreement to build eight nuclear reactors in the country. The agreement was deemed “unconstitutional and unlawful”; and in mid-2018, despite openings from Putin in a meeting with President Cyril Ramaphosa, South Africa proceeded to cancel all plans to add nuclear power by 2030. Nuclear power has been ruled out as too expensive and the government under Ramaphosa is now opting to generate additional electricity from natural gas, wind and other energy sources. Rosatomresponded quickly to such setbacks and the changing political environment, signing in January 2018 a hydro scheme in Mpumalanga, in what became its first energy contract in South Africa.

By the end of 2017, Rosatom’s 10-year portfolio of overseas orders amounted to $133.6 billion – more than the order books of all its Western competitors combined. The company expected to sign foreign contracts worth another $26 billion in 2018. In its global activities, Rosatom is focusing heavily on NPP construction: of the $133.6 billion portfolio of overseas orders, $97.6 billion are for power plant construction. Indeed, Rosatom has emerged as the undisputed market leader by the number of simultaneously implemented nuclear reactor construction projects: it is currently building (or has under contract) six reactors in Russia and 36 abroad.

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Les impasses de l’électronucléaire

Quatre articles récents sur le cas français

Source : http://biosphere.blog.lemonde.fr

 

24 mars 2019, Le nucléaire, inacceptable dans un pays démocratique

18 mars 2019, Le nucléaire, on n’en a ni les moyens, ni le besoin

17 mars 2019, Nucléaire, des risques sans alternative nucléaire

16 mars 2019, Le nucléaire a-t-il un avenir ? Certainement pas !

(une analyse du cycle de vie = de la construction aux déchets)

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Désastre à Fukushima et JO de Tokyo en 2020

par Hiroaki Koïde

23 août 2018

(traduction : Kolin Kobayashi)

Source : https://www.sortirdunucleaire.org/

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http://twitter.com/intent/tweet?text=D%C3%A9sastre %C3%A0 Fukushima et JO de Tokyo en 2020&url=https%3A%2F%2Fwww.sortirdunucleaire.org%2FDesastre-a-Fukushima-et-JO-de-Tokyo-en-2020

 

À l’approche des Jeux Olympiques qui se dérouleront au Japon en 2020, Hiroaki KOÏDE, ancien professeur adjoint à l’Institut de recherche sur les réacteurs de l’Université de Kyoto, nous alerte sur la situation réelle du Japon après la catastrophe de Fukushima, toujours en cours.

 

Le 11 mars 2011, un grave tremblement de terre frappe la région de Tōhoku au Japon, causant un tsunami d’ampleur sur la Côte pacifique de Fukushima et les préfectures de Miyagi et Iwaté, provoquant une panne d’électricité à la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi.

Comme le savent tous les scientifiques, une panne totale peut conduire à un incident potentiellement catastrophique. À Fukushima, le système de refroidissement de trois réacteurs est tombé en panne et les cœurs des réacteurs nucléaires ont fondu : une grande quantité d’éléments radioactifs ont été répandus dans l’environnement (dans la terre, dans l’eau et dans l’air). Selon le rapport remis par le gouvernement japonais à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), 1,5 x 10×16 Becquerel (une quantité de césium 137 équivalant à 168 bombes atomiques du type d’Hiroshima) ont été libérés à cause de l’accident. La bombe atomique larguée sur Hiroshima n’était qu’une seule bombe, et pourtant, elle était déjà extrêmement destructrice.

La fusion des cœurs des réacteurs 1, 2 et 3 de la centrale Fukushima-Daiichi a libéré au total 7 x 10×17 Becquerels, soit 8 000 fois de la quantité du césium 137 propagée par la bombe d’Hiroshima. En conséquence, une radioactivité égale à 168 fois la puissance de la bombe d’Hiroshima a été libérée dans l’air et versée en mer faisant un total de près de 1000 bombes d’Hiroshima relâchées dans l’environnement ! Une partie de cette radioactivité est encore présente dans certains bâtiments endommagés de la centrale.

TEPCO (Tokyo Electric Power Company Holdings), propriétaire de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, ne sait pas où se trouvent exactement les cœurs des réacteurs à présent fondus. Ils continuent de déverser d’énormes quantités d’eau dans les zones où ils estiment que le combustible fondu a le plus de chance de se trouver, pour continuer à le refroidir. L’arrosage constant implique une contamination de plusieurs centaines de tonnes d’eau par jour et la direction de TEPCO est obligée de construire des milliers de réservoirs à l’intérieur du site pour entreposer et confiner l’eau contaminée. Aujourd’hui, la quantité totale d’eau contaminée retenue dans ces réservoirs dépasse largement le million de tonnes.

À l’avenir, lorsque le nombre de réservoirs aura dépassé la limite possible, TEPCO envisagerait de déverser les eaux contaminées en mer, faute de place disponible.

Bien que le mieux à faire serait de déplacer les cœurs des réacteurs fondus dans un endroit sûr et sécurisé, TEPCO n’est ni capable de localiser exactement les coriums, ni de déterminer leur état précis : personne ne peut s’approcher du site pour y intervenir. L’approche du site implique d’exposer toute personne à qui cette tâche est confiée à un niveau de radioactivité extrêmement fort et très probablement létal.

Le gouvernement et TEPCO ont essayé d’envoyer plusieurs robots. La radioactivité est si puissante qu’elle interfère avec le circuit intégré du robot. De tous les robots qu’ils ont envoyés sur le site, aucun n’est revenu. À la fin du mois de janvier 2017, TEPCO a réussi à faire introduire une caméra de contrôle à distance, semblable à un gastro-oscilloscope, à l’intérieur du socle sur lequel repose le réacteur. L’exploitant a ainsi découvert que le cœur fuyait à travers un grand trou au niveau de la structure métallique. À cette occasion, ils ont pu mesurer le niveau de radioactivité de 20 Sv par heure dans le réacteur lorsque le maximum du seuil admissible pour les êtres humains est 8 Sv. Sur le chemin du réacteur, les rayons ont atteint leur maximum à 530 Sv ou 650 Sv.

L’endroit où les niveaux de radioactivité sont les plus élevés n’est pas à l’intérieur du piédestal en béton qui soutien la cuve, mais à l’extérieur, entre le mur du piédestal et celui de l’enceinte de la cuve.

Après l’accident, TEPCO et le gouvernement ont émis l’hypothèse que la plupart des cœurs avaient fondu dans le réacteur et s’étaient arrêtés à l’intérieur. TEPCO et le gouvernement ont avancé un scénario selon lequel les coriums s’entasseraient à l’intérieur du piédestal intact au fond du récipient de confinement, à la manière d’une boule. Cela permettrait de récupérer les cœurs fondus dans 30 à 40 ans et de les stocker ailleurs, permettant ainsi de faire une déclaration de traitement complet des catastrophes de Fukushima.

Contrairement à leur hypothèse, les coriums ne sont pas du tout en un seul morceau mais se détachent du socle, ce qui fait qu’il est impossible de les récupérer, contrairement au scénario imaginé. TEPCO et le gouvernement doivent donc changer leur « feuille de route ».

Moi-même, j’avais insisté pour que les réacteurs touchés par la catastrophe soient scellés par l’installation d’un « sarcophage » à l’instar de ce qui avait été fait par le gouvernement soviétique après la catastrophe de Tchernobyl, même si ce n’est pas la meilleure des solutions. À Tchernobyl, les couvertures du sarcophage se détériorent avec le temps et en novembre 2016, la seconde couverture du sarcophage a été remplacée. La vie de la seconde couverture est estimée à cent ans.

Personne ne sait quelle solution définitive pourra être trouvée à ce moment-là. Personne parmi les humains vivants n’aura la chance de voir la fin de l’accident de Tchernobyl. Ce serait encore pire à Fukushima. Même si on parvenait à confiner les coriums, la radioactivité ne disparaîtra pas et la situation devra être surveillée de manière permanente pendant plusieurs centaines et milliers d’années.

Le jour de la catastrophe, le gouvernement japonais a déclaré l’état d’urgence nucléaire. Tous les résidents ont été évacués, dans un rayon de 3 km de la centrale nucléaire, puis 10 km et enfin 20 km. Les procédures d’évacuation ont été si rapides que les gens n’ont été autorisés à n’apporter que ce qui était strictement nécessaire, laissant la plupart de leurs effets personnels, leur bétail et même leurs animaux domestiques, derrière eux. Itaté est l’un des villages de la préfecture de Fukushima, situé à 40 km de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi. Ses citoyens ont été informés de l’extrême contamination de leur village un mois après l’accident et ont été forcés de quitter les lieux.

Au début, ils ont été transférés dans un abri temporaire, puis dans une petite maison avec une petite pièce pour 2 personnes. Au fil des événements, ils se sont retrouvés isolés de leur ancienne communauté ; les familles ont été forcées de vivre séparément. Leur ancienne vie a été détruite et les gens, désespérés, n’ont pas ré-accédé à une existence normale. Toute la structure sociale d’une communauté a été touchée, sachant que le concept de bonheur dans la culture japonaise ne diffère d’aucune autre culture dans le monde : qu’est-ce que le bonheur ? Cela implique beaucoup de choses simples, mais pas encore accordées, comme vivre avec leurs familles, leurs amis, leurs voisins et leurs amants. Mais à Fukushima, leur bonheur a brusquement pris fin car ils ont tout perdu. Il y a des habitants qui en viennent à se suicider à force de désespoir.

Ce n’est pas tout. Les retombées radioactives affectent d’autres zones très vastes autour de celles évacuées. C’est ce que l’on appelle « zone irradiée contrôlée ». C’est une zone réglementée où l’entrée est strictement interdite sauf au personnel autorisé, généralement des professionnels et des ingénieurs nucléaires. Personne n’est autorisé à boire, manger, dormir à l’intérieur de la zone. Il n’y a même pas de toilettes.

Cependant, le gouvernement japonais permet à des millions de résidents de vivre dans des zones ayant les mêmes caractéristiques que la zone contrôlée sans qualifier ces zones de la même manière, au mépris de la loi précédemment applicable. Le gouvernement japonais a justifié cet écart par rapport à la loi applicable en raison de l’état d’urgence. Parmi ces habitants, on comptent des nourrissons et des enfants, contraints de vivre dans un endroit aussi contaminé que la zone contrôlée et exposés de manière quotidienne à un environnement délétère pour la santé. Certaines familles ont décidé de quitter leur emploi et de quitter Fukushima afin de protéger leurs enfants de la contamination radioactive. D’autres ont décidé de vivre séparément : l’homme reste habituellement car il est obligé de travailler à Fukushima tandis que la femme et les enfants déménagent.

Fukushima est un environnement social conservateur ; les gens y respectent les traditions et ont l’habitude de vivre ensemble, de génération en génération. Une telle séparation affectera profondément les structures familiales et sociales, à mesure que les habitants renoncent à mener une vie normale. Ce sont des conflits avec deux issues, forcément douloureuses : soit rentrer chez soi et se retrouver dans une région contaminée où ils s’exposent au risque de nuire à leur santé ; soit partir et souffrir de quitter la vie qu’ils avaient autrefois. Les habitants abandonnés survivent difficilement à des souffrances quotidiennes depuis plus de 7 ans et devront encore tenir pendant de nombreuses années.

Pour aggraver l’insulte depuis mars 2017, le gouvernement a commencé à réinstaller les réfugiés de Fukushima dans leur pays d’origine ou villes d’origine où les niveaux de radioactivité sont inférieurs à 20 mSv par an. En conséquence, toute allocation d’aide au relogement est supprimée.

La reconstruction représente la priorité numéro une pour le département de Fukushima et les personnes qui n’ont pas d’autre choix que de vivre à Fukushima suivront probablement les souhaits du gouvernement et oublieront que Fukushima est un endroit dangereux plutôt que de vivre toute leur vie dans la peur et l’anxiété. Ils pourraient même oublier la radioactivité et la contamination qui, heureusement pour l’industrie nucléaire, malheureusement pour les victimes, est invisible. Le gouvernement et le département local laissent les gens oublier de toute façon. Au contraire, si l’on parle de la contamination ou de la peur, il sera reproché d’entraver la reconstruction, de ne pas vouloir aller de l’avant.

Un facteur important pour les habitants touchés est que le gouvernement japonais, après l’accident, a revu la limite légale de doses radioactives en la faisant passer de 1m Sv/an à 20 mSv/an. Il faut dire que 20 mSv/an était auparavant la limite fixée pour les experts ou scientifiques qui travaillaient avec le rayonnement nucléaire comme je l’ai fait et qu’elle n’a jamais été appliquée à des civils ordinaires. En particulier, les nourrissons et les enfants qui sont plus sensibles aux radiations et qui n’ont aucune responsabilité non plus dans la catastrophe nucléaire de Fukushima, ni dans la politique nucléaire du Japon qui a dépassé la limite du raisonnable.

Alors, le gouvernement japonais continue de dire qu’il ne peut pas faire grand-chose à cause de la situation d’urgence nucléaire. Cette déclaration de l’état d’urgence n’a pas été reconduite par la nécessité absolue de l’urgence. Elle ne doit pas continuer sans limite mais elle est toujours en vigueur après plus de 7 ans et demi, ce qui n’est pas acceptable.

Apparemment, le gouvernement encourage activement l’oubli de la catastrophe de Fukushima et les médias sont complices. Ils omettent de rendre compte de la contamination réelle, des risques sanitaires et de la situation réelle à Fukushima sans pouvoir supprimer l’état d’urgence. La plupart des Japonais ne savent pas que Fukushima est toujours sous état d’urgence nucléaire. L’élément le plus nocif pour l’environnement et la santé est le césium 137 ; il faut 30 ans pour réduire sa quantité de moitié et il reste après 100 ans à 10% de sa valeur. En fait, dans 100 ans, le Japon sera toujours soumis à cette « déclaration d’état d’urgence » et cette radionucléides continuera de contaminer l’eau, l’air, la terre et la nourriture.

Les Jeux Olympiques ont toujours été utilisés comme outil de propagande pour promouvoir le nationalisme. Ces dernières années, construire de nombreuses structures gigantesques sans aucune perspective d’utilisation après les Jeux olympiques, c’est juste dans l’intérêt des entreprises de construction et des autres entreprises de services qui font d’énormes profits dans cette société de consommation.

Je pense que le gouvernement japonais doit faire un effort énorme et de son mieux pour résoudre l’urgence nucléaire à Fukushima dans les plus bref délais pour sauver les habitants de Fukushima qui vivront dans des situations extraordinaires, ou au moins de sauver d’abord les enfants.

Cependant, le gouvernement japonais considère que la réussite des Jeux Olympiques de Tokyo en 2020 est un objectif primordial. Ce genre de grands événements peut distraire les gens de leurs problèmes graves. Les médias font de leur mieux pour élever la « fièvre olympique » qui fait de tout opposant aux Jeux olympiques de 2020 à Tokyo un mauvais citoyen. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les médias n‘ont diffusé que des informations officielles très positives et la population japonaise a coopéré avec le gouvernement. Le « bon citoyen » a accusé ses « méchants » voisins, opposés à la politique nationaliste, pour qu’ils soient conduits en prison. Si mon pays considère que le succès des Jeux Olympiques de Tokyo en 2020 est un objectif plus important que de sauver d’innocents citoyens, je préfère être un « mauvais citoyen ».

La vérité est que le désastre de Fukushima durera plus de 100 ans et, à ma plus grande surprise, personne n’a été officiellement incriminé à ce jour, aucun représentant de TEPCO, aucun directeur, aucun ministre, aucun politicien, aucun spécialiste qui l’ait causée. Personne n’a même été accusé d’être responsable du désastre de Fukushima. Pour ajouter l’insulte à nos blessures, notre gouvernement veut redémarrer ces vieilles centrales nucléaires qui ne sont pas opérationnelles et veut exporter la construction de centrales nucléaires vers d’autres pays étrangers. Être l’hôte des Jeux Olympiques dans le pays en situation d’urgence nucléaire est absurde. Les États participants et quiconque parrainant un tel acte prennent le risque, d’une part d’être exposé à la contamination radioactive, et d’autre part d’être les complices de comportements criminels, coupables par leur silence et leur déni.

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Pétition demandant l’abrogation du traité EURATOM

Source : http://www.criirad.org

Pour en finir avec un régime d’exception, qui freine le développement

des énergies renouvelables.

13 Décembre 2018

A Mr le Président de la République Française,

La Communauté Européenne de l’Energie Atomique, dite EURATOM, a été instituée par un traité signé en 1957 par les six pays membres de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA). Fixée à l’article 1, sa mission est très claire : promouvoir le développement de l’industrie nucléaire en Europe.

La CECA a été dissoute en 2002 et intégrée à la Communauté Européenne mais, 60 après sa création, le traité EURATOM continue d’exister en dehors de l’Union Européenne. Maintenir un tel passe-droit au profit de l’énergie nucléaire est  aussi anachronique qu’anormal.

Alors qu’EURATOM est chargé de développer en Europe des industries nucléaires puissantes, c’est ce traité qui définit les normes de protection contre les dangers de la radioactivité. Le conflit  d’intérêt est criant, au détriment de la protection des populations.

EURATOM constitue également un obstacle majeur au développement des énergies renouvelables : en drainant un volume considérable d’aides financières, son existence restreint les investissements nécessaires aux solutions d’avenir que les citoyens européens plébiscitent et qui préservent les générations futures.

Sur ce constat, nous vous demandons, Mr le Président de la République, d’intervenir en tant que membre de la Commission EURATOM, pour que cette instance se réunisse dès 2019 afin de  préparer la résiliation du traité instituant la Communauté Européenne de l’Énergie Atomique EURATOM.

Signature sur le site de la CRIIRAD :

http://abrogationeuratom.wesign.it/fr

 

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