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J'essaie de placer un article et il me semble que Wordpress est en panne, en tout cas suivant : “Le domaine worldpeacethreatened.me expirera dans un jour. Il peut être renouvelé par l’utilisateur Ivo Rens (rensivo).” Mercredi 27 septembre, avec l'aide d'un ami informaticien, nous avons procédé au renouvellement de mon abonnement à WorldPress relatif su blog en question. WorldPress n'aurait-elle pas reçu ma demande de renouvellement ou bien le montant de l'abonnement ? Je prie WorldPressde vérifier la chose et de m'expliquer clairement par un courriel (ivo.rens@unige.ch)ce qu'il en est et ce que je dois faire pour que mon abonnement soit effectivement renouvelé sans avoir été interrompu. Je ne suis pas un tricheur ! Ivo RENS, Professeur honoraire, Faculté de droit, Université de Genève. Tél. 0041 22 786 35 02 et/ou 04 50 39 28 23.

Relance du Nucléaire en France ?

par Ivo Rens

décembre 2023

Le 10 février 2022, le Président Macron prononça un discours sur la politique énergétique de la France qui se voulait fondateur car il visait à repenser cette problématique et à relancer l’électronucléaire français alors que la plupart des États de l’Union européenne, à commencer par l’Allemagne, ont renoncé aux centrales nucléaires à la suite des accidents de Tchernobyl (1986) et Fukushima (2011).

Ce n’est pas hasard que Macron choisit Belfort pour prononcer ce discours car cette ville et le territoire de Belfort sont le siège d’une activité clé dans la filière nucléaire, à savoir la construction des turbines Arabelle, qui avait été vendue en 2014 par la firme française Alstom à la firme étatsunienne General Electric, mais qui venait d’être rachetée à cette dernière par EDF. Malheureusement pour EDF, la survenue du conflit russo-ukrainien le 22 février 2022, ou plutôt celle du régime des sanctions internationales suscité par ce conflit a porté un coup à cette transaction, toujours en suspens compte tenu de la collaboration franco-russe dans la construction de centrales nucléaires en Égypte, en Hongrie et en Turquie.[1]

Citons le premier des deux passages centraux relatifs au nucléaire de ce discours :

“Je souhaite que six EPR2[2] soient construits et que nous lancions les études sur la construction de 8 EPR2 additionnels. Nous avancerons ainsi par pallier. Concrètement, nous allons engager dès les semaines à venir les chantiers préparatoires : finalisation des études de conception, saisine de la commission nationale du débat public, définition des lieux d’implantation des trois paires, montée en charge de la filière. Une large concertation du public aura lieu au second semestre 2022 sur l’énergie, puis des discussions parlementaires se tiendront en 2023 pour réviser la programmation pluriannuelle de l’énergie. Nous visons le début du chantier à l’horizon 2028, pour une mise en service du premier réacteur à l’horizon 2035. Ce délai de mise en œuvre justifie aussi la nécessité de prolonger nos réacteurs actuels et de développer les énergies renouvelables. Ce choix nous devons le faire aujourd’hui pour donner à EDF et à toute la filière la visibilité qui s’impose et là-aussi, pour tirer toutes les leçons du passé. Car quand des ruptures arrivent, quand la visibilité n’est plus là c’est à ce moment qu’il y a des ruptures de charge, c’est à ce moment qu’il y a des pertes de compétences, c’est à ce moment que nous prenons des risques. Par ce choix de la Nation au long cours nous nous donnons aussi les moyens de préserver nos compétences nos savoir-faire ; chez EDF bien sûr mais dans toute la filière, dans toute la filière pour garantir l’excellence qu’est la nôtre, dont nous avons en partie d’ailleurs dû rebâtir ces dernières années.”[3]

Pareille prospective paraît euphorique quand on connaît tant soit peu les déboires enregistrés par EDF avec l’EPR de Flamanville, dont la construction fut lancée au printemps 2007 et qui devait entrer en service en 2012. On nous promet actuellement qu’elle entrera en service en 2024. A l’origine, le chantier était devisé à 3,3 milliards d’euros. “Il devrait finalement durer au moins dix-sept ans, pour une facture désormais estimée à 19,1 milliards.”[4]

Et voici le second passage central du discours du Président Macron.

“À côté de ces EPR, un appel à projets sera soutenu à hauteur d’un milliard d’euros par France 2030 et sera lancé pour faire émerger des petits réacteurs modulaires mais aussi des réacteurs innovants permettant de fermer le cycle du combustible et de produire moins de déchets. Pour 500 millions d’euros, ce seront des projets portés par EDF NUWARD – qui était évoqué – tout à l’heure par le président d’EDF et il y aura aussi 500 millions d’euros pour des projets ouverts sur les réacteurs innovants que j’évoquais à l’instant.”[1]

Quand on connaît les incertitudes qui affectent les nombreux projets et les rares prototypes de ces petits réacteurs modulables, miser sur eux paraît tout aussi hasardeux que de miser sur les EPR.

Comment le mouvement antinucléaire française pourra-t-il convaincre les citoyens français, qui ont toujours été habilement court-circuités par Paris, d’avoir à s’opposer à ces deux mégaprojets jupitériens ?

Peut-être la solution viendra-t-elle de là où le mouvement antinucléaire ne l’attendait pas. En effet, il semble que les milieux financiers internationaux, sur lesquels compte le Président Macron, ne partagent guère la foi nucléaire de ce dernier et que les méga-investissements jupitériens requis par leur mise en œuvre ne soient pas près d’être rassemblés. C’est du moins la conclusion provisoire à laquelle parvient une spécialiste en la matière, Aurélie Barbaux dans son article “La relance du nucléaire dans le monde suspendue à la question du financement”.[2]

Mais il y a plus grave : depuis le 24 février 2022, et plus encore depuis le 7 octobre 2024, l’actualité internationale devrait inciter tout citoyen à méditer sur la vulnérabilité inhérente à l’industrie nucléaire dans un monde où sévit le terrorisme et où les conflits militaires se multiplient. Comment imaginer que, dans les années à venir, les jeunes rescapés du massacre en cours à Gaza ne seront pas tentés par le terrorisme ? 

[1] Article GEAST de Wikipedia. https://fr.wikipedia.org/wiki/GEAST

[2] Jusque tout récemment, EPR était l’acronyme de European Pressurized Reactor, ce qui signifiait Réacteur européen à eau pressurisée, mais depuis peu et peut-être eu égard au manque d’enthousiasme européen pour ces réacteurs, EPR2 serait l’acronyme de Evolutionary Pressurized Reactor, le chiffre 2 signifierait que sa conception est bien postérieure à celle de Flamanville.

[3] Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, sur la politique de l’énergie, Belfort, Vie publique, 10 février 2022.

[4] Pierre Breteau, « Les dérapages de l’EPR de Flamanville en graphiques : le coût multiplié par 5, la durée du chantier par 4 », Le Monde, 24 juin 2019

5. Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, sur la politique de l’énergie, idem.

6. [1] Aurélie Barbaux, « La relance du nucléaire dans le monde suspendue à la question du financement », L’usine nouvelle, 19 octobre 2023.

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Plongée aux racines du mouvement antinucléaire français,de mai 68 au Rainbow Warrior, en passant par Creys-Malville

par  Barnabé Binctin

3 janvier 2019 

Source : https://basta.media/De-mai-68-au-Rainbow-warrior-en-passant-par-Creys-Malville-plongee-aux-racines

Remarques liminaires de l’éditeur de l’APAG2

Bien qu’il soit daté de janvier 2019 et qu’il soit donc dépassé par ce qui est intervenu depuis lors et surtout par la relance de l’électro-nucléaire annoncée par le Président Macron dans son discours de Belfort en date du 10 février 2022, le présent document donne un éclairage précieux de l’histoire du mouvement antinucléaire en France. IR

Le gouvernement a confirmé le report à 2035 de la réduction de la part du nucléaire dans la production électrique nationale. Le projet de construire de nouveaux EPR demeure, pour l’instant, en suspens, alors que se pose la question du remplacement des centrales vieillissantes et du mode de production d’électricité qui leur succédera. Dans ce contexte, où en est le mouvement anti-nucléaire français ? Basta! revient sur l’histoire de cette lutte aussi singulière que l’histoire de l’atome français.

Au royaume de la production énergétique française, son trône vacille, mais le nucléaire est toujours roi. Initialement prévue pour 2025, la réduction à 50% (au lieu de 72%) de la part d’électricité issue de l’atome a été reportée par le gouvernement à 2035. Lors de la présentation de sa Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) le 27 novembre, l’exécutif a annoncé la fermeture d’ici cette date de 14 des 58 réacteurs du pays, qui compte le plus important parc nucléaire du monde au regard de sa population [1]. Les deux réacteurs de Fessenheim fermeront en 2020, mais il faudra ensuite attendre, au plus tôt, 2025 pour voir l’arrêt de tranches supplémentaires. Potentiellement, deux quinquennats successifs pourraient s’écouler sans mises à l’arrêt autres que Fessenheim, souligne le Réseau action climat (RAC), qui regroupe en France les ONG investies sur la question climatique.

Le calendrier pose aussi la question du devenir des 44 autres réacteurs, qui auront en 2035 près de 50 années d’âge moyen… Le gouvernement entend-t-il les remplacer par de nouveaux réacteurs EPR, malgré des coûts qui explosent – près de 11 milliards d’euros pour la construction de l’EPR de Flamanville et des déboires techniques qui s’accumulent [2] ? La question reste en suspens… Pour le mouvement anti-nucléaire, l’objectif de réduction à 50% constituait un pas en avant dans la mise en cause de la toute-puissance de l’atome français, empêtré dans une série de difficultés, telles le vieillissement et la sureté des centrales, les retards et surcoûts liés à l’EPR, ou encore l’épineuse et décisive question des déchets. Les derniers reculs montrent néanmoins que leur lutte, qui plonge ses racines au cœur des bouillonnantes années 60 et 70, est loin d’être achevée.

Les opposants au nucléaire sont habitués à devoir vider l’océan à la petite cuillère. « Le nucléaire a été un rouleau-compresseur en France, on a été écrasé militairement, à Creys-Malville comme à bien d’autres endroits » se souvient Jean-Luc Thierry, un historique du mouvement antinucléaire, animateur du Comité contre Superphénix devenu par la suite animateur de campagnes chez Greenpeace. De là à compter plus de défaites que de victoires ? « Dans les grandes lignes, le combat initial est plutôt un échec. Le plan Messmer, par lequel les choses ont démarré, avait une dimension massive qui était difficile à combattre. Mais il ne faut pas oublier que d’autres centrales étaient prévues, dans les Pyrénées, en Bourgogne ou en Bretagne… On est parvenu à limiter la casse, tout de même » [3].

A l’origine, une critique qui est d’abord l’affaire de spécialistes

Le 6 mars 1974, le contexte est bien différent lorsque Pierre Messmer, alors Premier ministre de Georges Pompidou, annonce officiellement la construction de 13 centrales de 1000 MW chacune. Sous le coup du choc pétrolier, la France, encore bercée par l’idéal gaulliste, croit dur comme fer à la possibilité de l’indépendance énergétique avec l’atome [4]. En sus, le gouvernement envisage la création de quatre à six réacteurs supplémentaires par an d’ici 1985 – soit un objectif total de près de 80 unités. Le plan Messmer consacre une véritable révolution : « Jusque-là, on n’avait jamais travaillé sur l’énergie nucléaire de manière industrielle », se souvient Monique Sené, physicienne du nucléaire qui signe alors « l’Appel des 400 », du nom de ces 400 scientifiques s’inquiétant publiquement de cette orientation majeure.

L’année suivante, elle fonde, en compagnie de son mari Raymond Sené, professeur au Collège de France, le Groupement de scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire (GSIEN), qu’elle préside toujours. A l’époque, la critique est essentiellement une affaire de spécialistes. C’est que la production d’électricité issue de l’atome reste encore marginale : à peine plus de 10 TW en 1973 – pour 400 TW environ de nos jours. « Le 1erkWh d’électricité nucléaire date de 1963, à la centrale de Chinon, la première à vocation de production d’énergie civile », resitue Charlotte Mijeon, du réseau Sortir du nucléaire (SDN).

Des opposants à « la monoculture nucléaire »

Certes, les intentions ne sont pas nouvelles : la commission Peon (Commission pour la production d’électricité d’origine nucléaire) est lancée dès 1955, année qui voit aussi la création du site de Marcoule, où seront menées les premières recherches sur le cycle du combustible et sur les projets de réacteurs. Mais c’est bien le plan Messmer qui marque l’accélération de ce qui deviendra « la monoculture nucléaire ». Avec l’avènement du programme civil naît sa propre force d’opposition, composée de celles et ceux qu’on appelle toujours aujourd’hui les « antinucléaires ».

Pourtant, dans sa thèse de sociologie consacrée à l’essor du mouvement en France [5], Mikaël Chambru fait remonter sa genèse plus tôt dans le temps, en 1962 précisément : « Un mouvement social ne naît jamais de rien ni de nulle part : pour comprendre le mouvement anti-nucléaire, il faut prendre en compte les premières formes d’organisation et de réflexion qui l’ont nourries » explique l’auteur, qui évoque par exemple la manifestation organisée en 1960 par le commandant Cousteau, aux côtés du Prince Rainier de Monaco, pour dénoncer l’immersion de déchets radioactifs en pleine Méditerranée. « Cela peut être considérée comme l’une des premières mobilisations dans l’espace publique contre l’énergie nucléaire en France ».

« On n’imaginait absolument pas le développement du nucléaire à d’autres fins que militaires »

Ce sont deux autres structures aux combats bien différents qui vont élever en premier la voix contre le nucléaire dans l’hexagone. En 1962, Jean Pignero fonde l’Association de protection contre les rayonnements ionisants (Apri), qui, comme son nom l’indique, s’inquiète d’abord de la radioactivité : « En tant qu’enseignant, on devait effectuer une radioscopie pour prouver que nous n’avions pas la tuberculose. Or, cet examen nous irradiait 50 à 60 fois plus qu’une radiographie ! Mais à cette époque, c’était considéré comme un crime de s’opposer à la radioscopie… », témoigne Jean-Jacques Rettig, qui s’engage dans ce combat en 1967 en Alsace, avant de devenir, quelques années plus tard, l’un des principaux animateurs de la lutte contre la centrale de Fessenheim. « Bien qu’elle soit restée assez isolée, l’Apri est la première structure organisée à s’opposer à l’énergie électro-nucléaire, la première à fournir une base de critique à partir de connaissances techniques », atteste de son côté Mikaël Chambru.

A cette préoccupation d’ordre sanitaire s’ajoute la lutte contre l’arme nucléaire, incarnée notamment par le Mouvement contre l’armement atomique (MCAA), créé l’année suivante, en 1963, sous l’égide notamment du biologiste Jean Rostand. « On est très loin des enjeux énergétiques, cela reste surtout une question de géopolitique internationale, notamment portée par le Parti communiste, très investi dans le mouvement contre la bombe atomique », décrypte Mikaël Chambru.

Sur fond de guerre du Vietnam, plusieurs personnalités s’opposent publiquement à l’utilisation du plutonium comme arme de guerre, à l’image de Lanza del Vasto. De fait, dans les années 60, nucléaire rime presque exclusivement avec militaire : « On n’imaginait absolument pas le développement du nucléaire à d’autres fins que militaires ! » admet aujourd’hui Didier Anger, opposant historique à l’usine de retraitement La Hague. Une usine qui symbolise parfaitement cette transformation : lorsque sa construction est lancée par le Commissariat pour l’énergie atomique (CEA), en 1962, La Hague n’a vocation à extraire du plutonium qu’à des fins militaires.

Mai 68, parent oublié des anti-nucléaires

C’est d’ailleurs dans cette période de contestation, notamment anti-militariste, que germent les « événements » de 68. Or, si l’événement est rarement associé dans l’Histoire à la lutte anti-nucléaire – et pour cause, cette source d’énergie étant alors elle-même marginale – Mai 68 constitue pourtant un « virage », selon les mots de Bernard Laponche. Figure scientifique de la critique du nucléaire en France, cet ancien polytechnicien travaillait alors au CEA, qui vit pleinement la mobilisation générale. Il détaille son propre cheminement personnel : « Jusque-là, j’étais syndiqué, mais de façon assez passive. Mais en 1968, le mouvement est très puissant à Saclay, tout est en grève au CEA. Il y a des élections de conseil partout, à tous les échelons. J’étais très impliqué. Mai 68, c’était des questions à caractère social, les droits des travailleurs, la différence entre cadres et non-cadres, etc. Mais il n’a pas été question de nucléaire, ça n’a pas été un sujet : à cette époque, cette question était peu relayée en France… »

Bernard Laponche poursuit : « C’est avec Mai 68 que je suis devenu militant. Et les premières interrogations sur le nucléaire sont arrivées peu de temps après, avec le changement de technologie : la fin du graphite gaz et le choix des réacteurs à eau ordinaire. C’est ainsi que je découvre les risques du nucléaire pour les travailleurs et les populations » [6]. C’est à la suite de cela qu’il rédige, aux côtés de son collègue à la CFDT Jean-Claude Zerbib, la première grande somme sur l’atome : L’électronucléaire en Francesigné par le syndicat et édité au Seuil en 1975. Une référence : « Ce fut la Bible du mouvement anti-nucléaire, et elle reste toujours d’actualité » assure Monique Sené.

Critique scientifique, contestation démocratique

De fait, Mai 68 a joué un rôle, indirect et discret mais néanmoins fondamental, dans la constitution d’un mouvement de réflexion et d’opposition au nucléaire : « On ne peut pas établir une filiation directe, mais Mai 68 a une influence culturelle considérable sur toute une génération de militants. S’il n’est pas le déclic, il le prépare en toile de fond », résume Mikaël Chambru. Une influence que détaille elle-même cette fameuse génération : « Mai 68 est une critique irrévérente de l’autorité, y compris scientifique : il y a cette idée que la science ne peut plus être un « absolu » incontesté, se souvient Jean-Luc Thierry, alors étudiant au lycée. C’est un véritable choc intellectuel : on ébranle toutes les certitudes, tout devient questionnable. C’est de ce doute instillé que naît véritablement le mouvement nucléaire ».

Quelques mois plus tard, ce dernier deviendra objecteur de conscience et assumera son insoumission à l’armée. Même son de cloche chez Didier Anger, qui voit dans cette émotion collective un déclencheur plus profond : « Mai 68 convertit en quelques sortes la contestation marginale du nucléaire, essentiellement réduite à son utilisation militaire, en un sujet beaucoup plus global. En tant qu’énergie centralisée, dans laquelle le citoyen est tenu très loin des circuits de décision, le nucléaire entre en contradiction avec les revendications montantes d’autogestion et de démocratie participative. La critique d’abord scientifique du nucléaire, rencontre un bruit de fond plus général, une atmosphère propice à la défense d’un autre type de société ».

En 1971, une grande marche devant la centrale du Bugey

De ce terreau fertile, plusieurs penseurs émergent pour questionner le modèle de société soumis par l’industrie nucléaire. Jean-Luc Thierry cite par exemple Herbert Marcuse [7] – « penseur fétiche de Mai 68 dont la critique de la société de consommation va insuffler un état d’esprit qui s’est propagé à tous les secteurs de la société » – mais également Alain Touraine, sociologue qui co-écrit en 1980 le livre La prophétie anti-nucléaire. Ce sont deux autres figures qui aident considérablement à la visibilité et à l’engagement dans la lutte contre le développement de l’énergie nucléaire. Alexandre Grothendieck d’abord. Le célèbre mathématicien sera, par le biais de son association « Vivre et survivre », l’un des premiers grands lanceurs d’alerte sur le sujet.

« À Saclay, la section syndicale CFDT a organisé une assemblée générale à laquelle Grothendieck fut invité, au début des années 1970. La salle était pleine. Grothendieck a fait un discours expliquant que les déchets, c’était dangereux, qu’il y en avait à côté de Saclay qui étaient mal gérés, qu’il y avait des fuites radioactives… Un discours très alarmiste, et très antinucléaire. La hiérarchie était venue – parce que c’était M. Grothendieck, un grand mathématicien – et ils étaient fous de rage, se remémore Bernard Laponche. C’était la première fois qu’il y avait, in situ, dans le temple du nucléaire, une AG avec un scientifique très respecté qui en expliquait les dangers. Cela a fait scandale ».

Ensuite, Pierre Fournier, journaliste et dessinateur passé notamment par Hara-kiri et Charlie hebdooù il fait entrer ce sujet dans le paysage médiatique. Considéré comme un précurseur du mouvement écologiste [8], il fonde La Gueule ouverte en 1972, et en fait un porte-voix actif de la lutte naissante contre le nucléaire. « Il était à nos côtés à la toute première manifestation contre la centrale de Fessenheim, au printemps 1971, se rappelle ainsi Jean-Jacques Rettig. Puis il fut à l’initiative de la grande manifestation à Bugey, quelques semaines plus tard ». Avec 15 000 à 20 000 personnes réunies le 10 juillet 1971, la grande marche devant la centrale de Bugey fait définitivement entrer le sujet à l’agenda politique. « Pierre Fournier est un personnage central, menant à la fois un gros travail de vulgarisation scientifique et en même temps, un vrai plaidoyer pour médiatiser les enjeux », analyse Mikaël Chambru.

Plogoff, une victoire en trompe-l’œil

C’est dans cette dynamique « post-soixante-huitarde » que le mouvement anti-nucléaire s’amplifie, simultanément à l’avènement du nucléaire civil. Les années 70 voient fleurir d’autres penseurs, tel Ivan Illich, qui prennent le relais. D’autres lieux de luttes émergent également, qui enracinent l’existence du mouvement, mais avec des fortunes diverses : en 1977, Vital Michalon, 31 ans, est tué lors de la tragique manifestation de Creys-Malville, tandis qu’en 1981, François Mitterrand offre une victoire symbolique au mouvement en abandonnant le projet de centrale nucléaire de Plogoff. Une décision politique en trompe-l’œil, rappelle au passage Charlotte Mijeon : « L’emblème de Plogoff ne doit pas faire oublier que le programme nucléaire a connu une accélération sans précédent sous le quinquennat de Mitterrand : plusieurs réacteurs ont ouvert, à un rythme très soutenu, dans les années 80 ».

Sans compter le drame du Rainbow warrior, le navire de Greenpeace coulé en juillet 1985 le long des côtes de Nouvelle-Zélande par les services secrets français, alors qu’il protestait contre les essais nucléaires menés par Paris dans le Pacifique… Bien qu’il s’agisse là d’un enjeu lié au nucléaire militaire, les conséquences sont lourdes pour le mouvement : « Cet événement a marqué un véritable coup d’arrêt. On a semé le doute et jeté l’opprobre avec des rumeurs en tous genres. Pendant plusieurs années, un mouvement comme Greenpeace n’a plus souhaité communiquer sur le nucléaire », rappelle Jean-Luc Thierry.

Bure, nouvel épicentre de la lutte anti-nucléaire ?

A la différence de l’industrie qu’elle combat, le mouvement antinucléaire est resté longtemps décentralisé – d’aucuns diraient désorganisé – sans grande articulation principale au niveau national : le réseau national Sortir du nucléaire n’est créé qu’en 1997. « Le mouvement antinucléaire n’a jamais été quelque chose d’unifié. Il a toujours été constitué de différentes poches de résistance au niveau local, agrégeant différentes cultures politiques », observe Charlotte Mijeon. La conséquence logique d’une certaine vision du monde, qui sous-tend la lutte contre l’industrie de l’atome, souligne Jean-Jacques Rettig : « Mai 68 a appris à déconstruire l’État pyramidal, ultra-centralisé et centraliste, et on y a opposé une certaine idée du régionalisme. Il faut croire que cette critique des structures paternalistes établies garde toute sa pertinence à l’heure de Macron-Jupiter… ».

Qu’en est-il de ce vaste mouvement, un demi-siècle plus tard ? L’inventaire est forcément périlleux. Le mouvement est fatigué, miné par le manque de victoires, des conflits en interne et un renouvellement des forces vives qui n’est pas toujours assuré [9]. « Ce n’est pas tout à fait la même chose de lutter contre l’ouverture d’une centrale, que contre sa prolongation… », remet en perspective Mikaël Chambru.

D’autres luttes, à l’image de l’opposition au projet de centre d’enfouissement de déchets radioactifs Cigeo, à Bure, ont pris le relais et continuent de porter le flambeau de la lutte antinucléaire. Peut-être faut-il chercher l’héritage du mouvement un peu plus loin, hors du seul cadre nucléaire ? « Le nucléaire a servi d’ouvre-boîte à d’autres luttes, par exemple à celle contre les OGM. Toutes les questions de risque global ont été fondamentalement influencées par le mouvement anti-nucléaire, analyse Jean-Luc Thierry. Et quand je vois l’opposition aux « grands projets inutiles et imposés » aujourd’hui, qui mobilise différents acteurs autour d’un même territoire, je me dis que la convergence des luttes a encore du sens… ». Ce sont aussi des employés et techniciens d’EDF au sein des centrales, ou des cheminots impliqués dans le transport de matières radioactives, qui n’hésitent pas à alerter sur les défaillances et les risques (lire nos enquêtes sur le sujet, notamment : « C’est incroyable qu’on n’ait pas encore fondu un cœur de réacteur » : des techniciens EDF s’inquiètent). Reste à prendre la mesure d’un nouveau contexte politique, marqué par la criminalisation sans précédent du mouvement d’opposition à Bure.

Notes

[1] Estimation issue de la Sfen (Société française d’énergie nucléaire), lobby scientifique pro-nucléaire : lire ici.

[2] Voir les révélations du Journal du Dimanche en date du 28 octobre 2018, consultables ici

[3] Voir la bataille contre le projet de centrale nucléaire à Port-Vendres, que raconte cet ancien article du Monde datant de 1980.

[4] Revoir les images de l’époque dans ces archives de l’INA.

[5« Communication, délibération et mouvements sociaux : l’espace public à l’épreuve du phénomène antinucléaire en France (1962-2012) » par Mikaël Chambru, à découvrir ici.

[6] Pour approfondir, lire le grand entretien biographique accordé à la revue Mouvementsdont ce témoignage est extrait dans une forme aménagée

[7] Relire à ce sujet une interview accordée au Nouvel Observateur en 1972, dans le cadre d’un dossier intitulé « Écologie et Révolution », et dont l’archive est disponible ici.

[8] Lire le livre qui lui est consacré à ce sujet : Fournier, précurseur de l’écologie.

[9] A ce sujet, on peut lire la tribune de Gaspard d’Allens et la réponse qu’elle a suscité, publiées sur Reporterre].

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Réflexions sur le “Plan France 2030”

par xxx

décembre 2021

– A la mi-octobre 2021, le président de notre République vient d’annoncer un programme électro-nucléaire quantitativement et qualitativement délirant, le « Plan France 2030 », qui nous impose un patchwork énergétique dont les éléments semblent tirés d’un chapeau par un clown ignare et hors sol, car rien de ce qu’il faudrait connaître pour maîtriser la question n’est enseigné sur les bancs de l’ENA ou pris en considération dans les couloirs des Banques.

– Une telle ignorance ou incompréhension simultanées de l’ENERGIE étant partagées par le Français dit moyen, Emmanuel Macron (et son entourage nucléophile) va pourtant convaincre aisément l’opinion publique, vu la manière dont on a longtemps enseigné cette discipline dans nos collèges et dans nos lycées. Quant aux échecs plus que patents, financiers et chronologiques, avec dans les deux cas multiplication par le vieux nombre pi (dit encore coefficient de McNamara, conseiller de John Kennedy) de notre filière des EPR, ils sont passés sous silence (ou aux profits et pertes ?). On propose, ou plutôt on impose le remplacement des deux plus vieilles centrales de Fessenheim ou de Bugey par des EPR, dont six ont été fourgués à l’Angleterre, où EdF a raflé la mise avec ses RPE (= Réacteur Pressurisé Européen, sic !). Pourtant, au 31 juin 2019, la dette brute de EdF s’élevait à 63,5 milliards d’€uros, dont on se contente de verser aux banques les intérêts annuels, à défaut du capital ; mais ça peut durer longtemps, car l’Etat (c’est à dire le contribuable) sera toujours solvable.

– En ce qui concerne la sûreté électro-nucléaire, deux organismes co-existent, la SFEN (Société française d’électro-nucléaire), dotée d’une très habile porte-parole, selon laquelle le kWh français est le moins coûteux au Monde, en négligeant les émissions de gaz carbonique par les engins de travaux au niveau des mines uranifères, au Niger et au Kazakhstan, et en oubliant le problème de l’enfouissement et de la maintenance de déchets radioactifs pendant des milliers d’années. Le second organisme est l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire), dont l’avis, contrairement au celui du précédent, est juridiquement incontournable, si bien que son constat des fissures dans des cuves de réacteurs forgés par Framatome Creusot (Saône-et-Loire) a pesé très lourd dans le calendrier électro-nucléaire de notre pays, le plus important de la planète, notamment à Flamanville mais aussi en Finlande.

– Dans ce dernier pays, où le réacteur Olkiluoto 3, géré par AREVA, organisme financé à 86 % par l’Etat français et le CEA (Commissariat à l’Energie Atomique), dont Siemens s’est désengagé, le chantier a débuté en 2005 et devait se terminer en 2009, pour un coût de 3 milliards d’€uros. Retardée à plusieurs reprises, la fin des travaux est aujourd’hui envisagée pour janvier 2022 (?). Des indemnités seront versées à la Finlande, payées par la COFACE, organisme abondé par les finances publiques, en fin de compte (sic !) par les citoyens…

– Mais c’est bien dans l’espoir de masquer les fissures (présidentielles, présentielles, virtuelles ou réelles), que le « Plan France 2030 » passe de la peinture en créant le concept des « mini-réacteurs », soit disant peu coûteux, plus rapides à construire et moins polluants en cas de problèmes : ce sont les SMR (Small modular reactor), « réacteurs modulaires de nouvelle génération », « mini-centrales » fabriquées en usine puis implantées çà et là en fonction de la demande. D’où un moindre coût et plus de souplesse espérés, puisque 3 fois moins puissantes que les EPR, meilleure acceptabilité sociétale et rayon plus faible d’impact, de pollution  ou de contestation en cas d’accident…

– A  ce point, on ne peut conclure que par un traitement « politique ». Mais le pessimisme s’accroît encore : face à un Emmanuel Macron, à une Marine Le Pen et un Eric Zemmour, sans parler d’une Gauche et d’une Droite unanimement pro-nucléaires, comment exprimer notre cri d’alarme ? En fait, notre société court droit à l’abîme  car le seul espoir, celui de la sobriété réfléchie, sera refusé par quasiment tous, qui n’accepteront pas le moindre changement de comportement individuel ou collectif. La démarche est néanmoins nécessaire pour éviter le suicide de notre espèce, pourtant présumée sapiens

– Voltaire (Candide, et candide) avait vu juste: avant de disparaître, vox clamentis in deserto, contentons-nous au mieux de « cultiver notre jardin », si possible sans glyphosate.

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Nucléaire. Questions et mensonges

par Pierre Péguin

décembre 2021

Ce message ne s’adresse pas à ceux d’entre vous qui êtes engagés dans la lutte contre le nucléaire, mais à ceux qui suivent ces questions de plus loin et qui sont perturbés par les annonces contradictoires le concernant. L’ambition du texte ci-dessous est de faire un point sur les polémiques actuelles, à partir de données classées par thème permettant à chacun de piocher des informations en fonction de questionnements ou de réponses à apporter face à l’argumentation des tenants du nucléaire présenté comme indispensable à la lutte contre le réchauffement climatique, immense mensonge, comme celui concernant la sortie du nucléaire en Allemagne.

Face à l’offensive médiatique pour relancer du nucléaire revenu en grâce, avons-nous perdu la bataille idéologique ?

La bataille idéologique autour du nucléaire est relancée depuis peu autour de la problématique du climat qui mobilise beaucoup de jeunes et de militants écologiques. Pour le lobby du nucléaire affronté à de multiples difficultés et au bord de la faillite, c’est inespéré et il mobilise ses réseaux pour prétendre que sa production électrique est « décarbonée », que l’arrêt du nucléaire en Allemagne s’accompagne de l’augmentation de la consommation de charbon, et que les énergies renouvelables posent trop de problèmes.

Le spectacle a de quoi déconcerter. Alors que le mouvement écologiste s’est construit dans les années 1970 en France contre l’essor de l’industrie nucléaire, nous voyons cette dernière tenter aujourd’hui d’investir nos terrains de lutte. L’offensive est générale. Elle se fait à grands coups de campagnes publicitaires avec le soutien d’élus, et d’influenceurs tels que Jancovici de Shift Project, dans le but de convaincre l’opinion publique d’accepter la construction de nouveaux réacteurs.

Le combat est particulièrement intense auprès de la Commission européenne et du Parlement européen. L’enjeu est de taille, il s’agit pour le gouvernement français d’obtenir que l’Europe classe le nucléaire comme une énergie « verte », car prétendument « décarbonée ». Pour cela E. Macron s’allie à certains Etats contestés tels que la Hongrie, la Pologne et la Tchéquie, et pour avoir leur soutien s’engage à soutenir que le gaz naturel soit aussi qualifié de « vert », et à fermer les yeux sur le charbon polonais !

Le sujet s’infiltre dans la campagne présidentielle, entre les pro nucléaire (le PC, toute la droite et l’extrème droite) et les rares anti (NPA, FI, EELV) qui n’appellent qu’à un arrêt progressif calqué sur le scénario Negawatt. L’opposition radicale appelant à l’arrêt au plus vite pour nous épargner d’avoir à subir une catastrophe atomique est donc absente des débats de la prochaine élection…. Et si deux des six scénarios présentés par le réseau de transport d’électricité RTE montrent bien que nous pourrions produire une électricité 100% renouvelable sans recourir au nucléaire, il n’est question bien sûr que de construire de nouveaux réacteurs que réclame même la Cour des Comptes !

Dans le même temps en France, les déclarations se succèdent annonçant l’imminence de la décision de construire de nouveaux EPR, et même de lancer une filière de petits réacteurs, tandis qu’en sous-main et sans attendre les autorisations officielles, EDF passe déjà ses commandes. Le fiasco des projets en cours, les difficultés financières d’EDF et d’Orano/Areva sauvés de la faillite par les contribuables n’empêchent pas nos dirigeants de foncer dans le mur….

Non le nucléaire ne sauvera pas le climat, c’est un mensonge que de le prétendre décarboné, de plus il contribue au réchauffement climatique, tout en répandant dans l’environnement de dangereux éléments radioactifs.

S’il est vrai que le fonctionnement d’un réacteur n’émet pratiquement pas de gaz carbonique, par contre tant l’amont que l’aval consomment beaucoup d’énergie fossile, nécessitent beaucoup d’extraction, et génèrent énormément de pollution : Béton et acier de la construction du réacteur, extraction du minerai d’uranium abandonnant aux populations locales démunies des stériles radioactifs, transport jusqu’à Malvesi (Narbonne) où est affiné chimiquement, enrichissement au Tricastin, élaboration des barres de combustibles à Marcoule, Romans, livraisons aux centrales, etc. .

Et en aval, une fois « usés » les combustibles sont transportés à la Hague pour y être retraités et stockés dans des piscines déjà saturées. Les plus dangereux d’entre eux devront être gérés pendant des centaines de milliers d’années avec un coût énergétique carboné incalculable et des installations gigantesques nécessitant d’énormes travaux….Ainsi la création contestée d’un immense centre de stockage souterrain (Cigéo), à Bure dans la Meuse, nécessiterait des travaux pharaoniques pendant des dizaines d’années. Enfin le démantèlement à venir des centrales nécessitera des travaux importants qui poseront des problèmes difficiles à résoudre.

Tous comptes faits prétendre que le nucléaire fournit une énergie décarbonée est un immense mensonge !

ET les centrales réchauffent leur environnement. Les centrales thermiques n’ont pas un bon rendement thermodynamique à part celles au gaz , tandis que celles à l’uranium plafonnent à un tiers, ce qui signifie que lorsqu’un réacteur fonctionne par exemple à sa puissance électrique de 950MW , il émet deux fois plus de mégawatt dissipés en chaleur qui réchauffe ou évapore de l’eau, perturbant l’environnement. Cette chaleur est inutilisable car il est beaucoup trop dangereux de mettre du nucléaire près des villes, c’est pourquoi elle ne sert qu’à développer des élevages ridicules de crocodiles….

Le nucléaire ne sauvera donc pas le climat, il en subira plutôt les conséquences,

Les centrales atomiques sont vulnérables aux événements climatiques (inondations, sécheresse), et aux séismes imprévisibles. Tandis que les renouvelables, très dispersés dans le pays, ne peuvent subir que des dégâts localisés.

L’industrie nucléaire est un danger pour les populations par les rejets réguliers, dans l’eau et l’air, de contaminants radioactifs qui affectent leur santé. Quant au risque croissant de catastrophe on en imagine mal les conséquences qui affecteraient toute l’Europe occidentale et au-delà. Par ailleurs elle génère des déchets d’extrême dangerosité qu’on ne sait pas gérer.

Enfin la société nucléarisée est incompatible avec un fonctionnement démocratique : Il y a-t-il jamais eu en France un débat national, un referendum, une décision de l’Assemblée à ce sujet ?

Pour Bernard Laponche, de Global Chance « L’énergie nucléaire ne répond pas au défi climatique ». https://www.la-croix.com/Debats/Lenergie-nucleaire-repond-pas-defi-climatique-2021-10-18-1201181087 et « Le nucléaire est la plus mauvaise méthode pour faire bouillir de l’eau » .

Voir également ce texte collectif : https://www.politis.fr/articles/2021/06/le-nucleaire-ne-sauvera-pas-le-climat-43234/, « le nucléaire ne sauvera pas le climat »

Le grand mensonge à propos de la politique énergétique controversée de l’Allemagne :
https://www.revolution-energetique.com/lallemagne-et-son-charbon-mythes-et-realites/,

Après la catastrophe de Fukushima en 2011, l’Allemagne a décrété la sortie du nucléaire et décidé de miser sur le développement des énergies renouvelables. Sur les 17 centrales existantes, onze sont déjà fermées, les six dernières le seront très prochainement. Une décision fort critiquée en France. Nos voisins germains sont accusés d’accroître leur consommation de charbon, ce qui entraînerait une augmentation de leurs émissions de CO2. Ainsi P. Thevenot porte parole d’En Marche a pu annoncer « prôner la fin du nucléaire permettra simplement de rallumer des centrales à charbon comme cela a été fait en Allemagne ».

En réalité, rien n’est plus faux. La production électrique des centrales nucléaires et au charbon ont baissé radicalement, tandis que celle des renouvelables a pris le dessus. Ainsi en 2014 le charbon contribuait pour 45% à l’électricité produite, il n’en fournit plus que 24% aujourd’hui. La part du nucléaire est passée de 27% à 11% en 2020. Mais ce sont les énergies renouvelables qui ont largement compensé cette baisse. Leur part dans la production d’électricité a atteint 44% en 2020 et le nouveau gouvernement annonce vouloir accélérer cette transition.

Il est vrai qu’une nouvelle centrale à charbon a été mise en service en 2020, mais leur nombre global a bien baissé, passant de 84 en 2010 à 63 aujourd’hui. Certes, la part de l’électricité produite par les centrales à gaz (energie fossile la moins polluante et la plus efficace) a un peu augmenté, passant de 12% à 16%, mais au final ce sont bien les énergies renouvelables qui ont couvert le recul du charbon et de l’uranium, devenant, et de loin, la source d’électricité la plus importante.

Évidemment, les émissions allemandes de gaz à effet de serre sont encore plus élevées que celles de la plupart des autres pays européens, du fait de sa tradition du charbon et de l’importance de son industrie, mais ce n’est pas la décision de sortie du nucléaire qui en est la cause, et encore moins la forte progression des renouvelables.

Notons que l’Allemagne reste le 2ème exportateur mondial d’électricité, en particulier à prix élevé vers la France aux heures de pointe. Celle-ci reste 1er exportateur d’électricité, mais à prix cassé car il s’agit de la surproduction nucléaire en heures creuses…..

Une enquête menée cette année à l’occasion des 10 ans de cette sortie du nucléaire montre que trois quarts des Allemands saluent cette décision et jugent sévèrement ses voisins français dont le risque de catastrophe de l’un de ses vieux équipements menace toute l’Europe occidentale.
https://www.francetvinfo.fr/internet/reseaux-sociaux/desintox-allemagne-la-transition-nucleaire-ne-s-est-pas-accompagnee-de-l-ouverture-de-centrales-a-charbon_4848105.html#xtor=RSS-3-%5B%5D,

Les « petits réacteurs modulaires » un mirage de plus? https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/10/14/energie-s-ils-voient-le-jour-les-petits-reacteurs-nucleaires-modulaires-produiront-une-electricite-ruineuse_6098306_3232.html,

https://www.can-ouest.org/la-france-nucleaire-apres-les-maxi-les-mini/,

Pour les défenseurs du nucléaire, ces réacteurs de plus petite taille (ou « SMR ») seraient plus sûrs et plus facilement acceptés par la population. Pourtant, il ne s’agit pas de réacteurs « de poche » ! Avec 170 MWe, Nuward, le projet français dans les cartons, représente 40% de la puissance du réacteur 1 de Fukushima, ce qui est loin d’être dérisoire.

Si des réacteurs plus puissants sont effectivement plus difficiles à construire et à gérer, multiplier les installations de petite taille soulève d’autres problèmes : encore plus de sites nucléaires et des transports radioactifs potentiellement plus nombreux, qui accroissent la vulnérabilité du territoire français face au risque d’accident et au risque terroriste.

Et malgré leur petite taille, ces nouveaux réacteurs continueront à générer des déchets radioactifs tout aussi ingérables. Ils relâcheront des radioélément dans l’environnement et seront toujours une menace de catastrophe atomique. Enfin Ils perpétueront la pollution des mines d’uranium et la dépendance de la France envers les pays producteurs de minerais.

Leur prix est annoncé comme élevé, et le coût de leur électricité serait deux fois supérieur à celui des grands réacteurs. Les retards et surcoûts rencontrés par les deux seuls SMR actuellement connus dans le monde montrent qu’au delà de l’effet d’annonce et de mode, l’urgence climatique peut attendre…..

Cette volonté de développer les SMR apparaît comme une ultime tentative pour sauver une industrie en difficultés techniques et financières, avec l’espoir de vendre et d’exporter cette technologie. Mais leur commercialisation ne se fera pas avant une douzaine d’années ! Le coût prévisionnel par MW installé serait triple de celui de l’éolien, sans compter les dérives possibles. Y investissent néanmoins actuellement, entre autres, le constructeur de moteurs d’avions britannique Rolls-Royce, et Bill Gates !

Peut-on arrêter quasi immédiatement la production d’électricité nucléaire du pays ? La question est-elle bien posée. Prenons l’exemple d’un immeuble dont on s’aperçoit qu’il menace de s’effondrer. On l’évacue immédiatement, ou on attend d’avoir trouvé des conditions d’accueil des habitants à reloger au moins aussi bonnes que dans leur ancien logement ?.

Ne sommes-nous pas dans la même situation pour le nucléaire ? Tout le monde sait que nous sommes menacés d’une catastrophe majeure, l’État s’y est préparé, il a fixé les procédures réglementaires : L’armée est prête à assumer la gestion des flux de population à évacuer ou au contraire à bloquer chez eux ; il est déjà décidé que le seuil de radioactivité artificielle subi par la population sera multiplié par 20 (augmentant d’autant le nombre de victimes de la radioactivité); il est même prévu par l’Europe que la France pourra continuer à exporter son blé contaminé (sauvant ainsi l’agriculture industrielle du pays au détriment de la santé des consommateurs…), etc.

Tout est prêt, car tous les responsables savent que nous pouvons subir cet effondrement d’un jour à l’autre.
https://reporterre.net/Au-milieu-du-chaos-climatique-le-risque-d-un-desastre-atomique,

Alors pourquoi ne pas arrêter dès maintenant cette technologie mortifère quelles qu’en soient les conséquences et les difficultés rencontrées ?

Et nous sommes là au cœur du problème, la « grandeur de la France », la poursuite de l’armement atomique, les intérêts économiques et politiques, la quasi religion du nucléaire dont les grands prêtres sont souvent issus (formatés?) de Polytechnique-Corps des mines, concourent à imposer à la population le risque majeur d’avoir à subir cette terrifiante épreuve !

Enfin nous savons que l’Arrêt quasi immédiat du nucléaire est possible,
http://collectif-adn.fr/2019/arret-immediat-europe.html,
Les installations de production d’électricité européennes sont actuellement surdimensionnées, et nous pouvons nous appuyer provisoirement sur elles, quitte à ce que certaines consomment des énergies fossiles, le temps que nous mettions en pratique une politique de sobriété et que nous développions à notre tour suffisamment de renouvelables. Cela ne serait-il pas préférable à cette menace de catastrophe permanente que fait peser sur nous cette énergie du passé ?

Qu’avons-nous à gagner à la « concurrence » entre les catastrophes climatiques et nucléaires conduisant à un véritable négationnisme du péril nucléaire ? https://apag2.wordpress.com/2019/06/18/negationnisme-nucleaire-et-climat-concurrence-des-catastrophismes/,
On peut combattre les deux par une politique de sobriété …. dont on ne prend pas le chemin.

Macron l’a dit, « sans nucléaire civil pas de nucléaire militaire et inversement », http://collectif-adn.fr/2020/macron-au-creusot.html. Il faut se débarrasser des deux.

Les victimes du nucléaire.
La Commission Internationale de Protection contre les Radiations (CERI) a publié un rapport alarmant en 2003, https://apag2.wordpress.com/2019/11/29/et-si-le-nucleaire-etait-encore-beaucoup-plus-mortifere-quon-ne-limagine/
Il apparaît qu’une véritable épidémie de cancers, leucémies et autres pathologies s’est développée à partir des années 70 liée aux multiples explosions de bombes atomiques (plus de 2000 dans le monde) qui ont entraîné la dispersion de radioéléments sur l’ensemble de la planète. Ceux-ci ont été terriblement préjudiciables à la santé non seulement dans les zones d’essai, mais aussi partout dans le monde et l’ADN de tout le vivant a été touché. Les résultats de l’étude sont impressionnants : De 1945 à 2002, 60 millions de morts, le double de cancers, les mortalités enfantines et autres. Combien aujourd’hui ?

La France a contribué à ce carnage par ses 210 essais de bombes atomiques dans le sud-algérien et en Polynésie, elle laisse aux populations autochtones maladies et morts prématurées dont elle résiste à en reconnaître la responsabilité.

L’uranium appauvri. Mais ce n’est pas tout, la France exporte des armes équipées d’uranium (dit « appauvri »). Très lourd, habillant les têtes de projectiles, il est efficace pour transpercer les parois des blindages, des tanks, de béton. Leur explosion libère de grandes quantités d’aérosols radioactifs d’uranium qui contaminent éternellement l’environnement. C’est criminel pour les populations qui en sont victimes. http://arretsurinfo.ch/category/international/europe/france/page/6/,

Quant aux personnels qui ont à gérer l’armement nucléaire leur sort est peu enviable. D’après une étude portant sur les années de 1970 à 1996, ceux qui ont manipulé des têtes nucléaires sur la base sous-marine de Brest (presqu’île de l’Ile-Longue) n’avaient aucune protection contre la radioactivité dont les dangers leur ont été dissimulés. Un quart d’entre eux était mort à 62 ans, et il y a eu nombre de cancers parmi le autres. Les familles se battent pour que l’armée reconnaisse ses fautes. https://www.asso-henri-pezerat.org/brest/.
Qu’en est-il sur la base de Toulon ou à Valduc là où sont fabriqués les missiles ?

Face à la barbarie du nucléaire militaire, il faut appeler à signer le traité d’interdiction des armes nucléaire (TIAN ) de l’ONU déjà ratifié par plus de 50 Etats et approuvé par 122 pays. Ce traité équivalent à celui d’interdiction des armes chimiques est l’avancée la plus importante de ces dernières années car il permet à un Etat comme la France de renoncer à l’arme nucléaire sans attendre que les autres puissances nucléaires fassent de même. Nous avons à condamner la menace que représente l’armement nucléaire français, sans attendre que les autres pays fassent de même.

Peut-on au moins compter sur la protection des organismes officiels de protection contre les rayonnements ? En fait, nationaux ou internationaux, ils font tout pour cacher la gravité des dégâts humains de cette technologie et en nier le nombre de victimes. Ils ont d’abord pour rôle de protéger l’industrie de l’atome plutôt que la santé des populations. Ils vont jusqu’à prétendre que les pathologies liées aux contaminations radioactives sont dues pour l’essentiel à la « nucléophobie »! Ils obligent les populations biélorusses à vivre dans le « jardin nucléaire », en application du programme Ethos-Core, et vont jusqu’à supprimer les cures de pectines pouvant alléger les souffrances des enfants contaminés!
http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2016/11/07/Vivre-dans-le-jardin-nucleaire-avec-Ethos-un-crime-contre-l- humanite,

Cela montre ce qui nous attend en cas de catastrophe en France, soyons sûrs que les autorités prétendront que « la situation est sous controle » après avoir muselé les voix discordantes et neutralisé la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité) pour que ne soit pas diffusées les mesures réelles de radioactivité ambiante…. htps://fr.wikipedia.org/wiki/Commission_de_recherche_et_d%27information_ind%C3%A9tpendantes_sur_la_radioactivit%C3%A9,

Il ne faut pas hésiter à qualifier les activités nucléaires aussi bien militaires que civiles de criminelles.

Et dans le monde, La fin programmée de l’énergie nucléaire ?
La nouvelle édition du « World Nuclear Industry Status Report » sur la situation du nucléaire civil dans le monde vient de sortir. Ce rapport présente chaque année un panorama du parc nucléaire mondial. Bien que maintenu à flot par la Chine, il ne couvre que 10 % de l’électricité mondiale produite, soit 2 % seulement de l’énergie totale consommée sur la planète.. Il n’est guère optimiste pour l’avenir…
https://www.worldnuclearreport.org/Energie-La-filiere-nucleaire-stagne-dans-le-monde…

Un déclin irréversible ? Tandis que le plus grand constructeur de l’histoire du nucléaire Westinghouse a fait faillite en 2017, Areva techniquement en faillite a été sauvée par l’État et restructurée, devenant Orano pour une part de ses activités.

Les réacteurs vieillissants ne sont guère remplacés, tandis que les énergies renouvelables sont de plus en plus compétitives. À la mi-2021 33 pays exploitaient 415 réacteurs nucléaires, d’âge moyen de 31 ans. Par ailleurs, en 2020, la production nucléaire a diminué de 4 %, tandis que la production électrique de l’éolien et du solaire a augmenté de 13 %.

Cela s’explique notamment par la perte rapide de compétitivité de l’énergie nucléaire : entre 2009 et 2020, les coûts du solaire ont baissé de 90 % et ceux de l’éolien de 70 %, tandis que les coûts de construction des réacteurs nucléaires ont augmenté de 33 %. Ceci explique que dans l’Union européenne, les énergies renouvelables non hydroélectriques ont généré en 2020, pour la première fois, plus d’électricité que les centrales atomiques.

Un autre symptôme du déclin prévisible de l’énergie nucléaire est le faible renouvellement du parc de réacteurs. Si tous ceux qui sont en service allaient jusqu’à la fin de leur durée de fonctionnement autorisée, 120 réacteurs supplémentaires devraient être mis en service avant la fin de 2030 pour simplement maintenir le statu quo. Cela impliquerait de doubler le rythme de construction annuel de la décennie, c’est-à-dire passer de 6 à 12 unités. Or, depuis 2016, le rythme de construction a encore ralenti : moins de 5 mises en chantier par an. La capacité nucléaire globale est donc appelée à diminuer, sauf si la Chine relancait un gros programme de construction. .


En Chine, L’espoir des nucléocrates repose sur la Chine, qui a dépassé la France en tant que deuxième producteur d’électricité nucléaire au monde. Un espoir lui aussi à modérer, la production d’électricité nucléaire en Chine n’a augmenté que de 4% en 2020, tandis que celle des renouvelables a crû de 8 %.

Très récemment la Chine a annoncé un grand programme de construction de plusieurs dizaines de réacteurs nucléaires dans l’avenir. Elle promet de devenir leader des énergies nucléaire mais aussi solaire, éolienne!

Au Japon, le nucléaire est au ralenti malgré les ambitions du gouvernement. Il y avait 54 réacteurs exploitables au moment de la catastrophe de Fukushima, tous arrêtés à ce moment là. A ce jour il n’en reste plus que 33 dont seulement sept sont actuellement en service. l’énergie nucléaire représentait près d’un tiers de la production d’électricité au Japon, elle n’est plus que de 6% actuellement et le manque a été comblé essentiellement par les centrales thermiques au charbon ou au gaz et par les énergies renouvelables..

Le gouvernement japonais rêve de faire comme la France, d’après ses plans, la part de l’énergie nucléaire devrait remonter à 22% environ d’ici à 2030 .
En fait, trois réacteurs étaient entrés en construction avant le sinistre de Fukushima et 6 autres étaient en projet, mais tout a été gelé depuis cette catastrophe. De plus, la plupart des installations qui devaient permettre au Japon de maîtriser le cycle du combustible, dont une usine de retraitement, n’ont jamais fonctionné et pourraient même être démantelées sans jamais avoir été utilisées.

La France s’accroche désespérément à une industrie du passé contrairement à ses voisins (certains n’ont jamais eu recours à cette énergie, c’est le cas de l’Autriche, du Luxembourg et du Danemark, et d’autres comme la Belgique, l’Italie et l’Espagne en sortent).

Que savons-nous de l’opinion publique du pays,

Que nous apprennent les sondages quant à l’appréciation par les citoyens de la politique énergétique du pays? Des résultats contradictoires :
La comparaison entre deux sondages réalisés par Odoxa, en 2018 et en 2021, fournit des informations assez étonnantes. Les sondés tout à fait opposés au nucléaire ne seraient plus que 7% en 2021 alors qu’ils étaient 19% en 2018. On y voit que ce sont les sympathisants de droite et d’extrême droite qui sont les plus favorables au nucléaire.

Mais 50% des sondés considèrent que le nucléaire est plutôt une menace pour l’environnement à cause de la gestion des déchets nucléaires et des risques d’accidents graves qu’il présente, alors que 47% pensent que le nucléaire est plutôt une opportunité pour l’environnement car il serait la principale source d’énergie décarbonée et non polluante contrairement au charbon ou au pétrole.

Un autre sondage contredit les résultats ci-dessus notamment sur les investissements à faire :

https://fr.boell.org/fr/2020/12/09/francais-et-allemands-attendent-un-engagement-plus-fort-de-lue-et-du-tandem-franco,

https://www.lemonde.fr/economie/article/2021/10/10/les-francais-majoritairement-pour-le-nucleaire-mais-contre-de-nouvelles-centrales_6097829_3234.html,

64 % des Français estiment qu’il faut investir prioritairement dans les énergies renouvelables. Seuls 10 % estiment qu’il faut investir en priorité dans la modernisation du parc nucléaire et la prolongation de la durée de fonctionnement des centrales.

Selon l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) 53 % des Français considèrent que cette énergie a été une bonne chose pour la France, mais ils seraient 45 % à s’opposer à la construction de nouvelles centrales.

Une large majorité de Français favorables à l’éolien ,
https://www.lemondedelenergie.com/francais-favorables-eolien-sondage/2021/10/08/,
Les Français ont en majorité une image favorable de l’énergie éolienne, et cette adhésion est encore plus marquée chez ceux vivant à moins de 10 km d’un parc éolien, selon un sondage publié cet été, commandé à Harris Interactive par l’Ademe (Agence pour la transition écologique) et le ministère de la transition écologique. Commentaire d’Arnaud Leroy, le PDG de l’Ademe « Depuis plusieurs mois, les énergies renouvelables, en particulier les éoliennes, font l’objet de vifs débats, voire sont les cibles de virulentes controverses. Ce sondage nous montre que la relation entre les Français et l’énergie éolienne n’est pas aussi polarisée qu’il n’y paraît« , relevant au contraire « une adhésion pour faire face au dérèglement climatique« .

Dans cette enquête, 73% des sondés disent avoir une bonne image de l’éolien, 27% une mauvaise image. D’une façon surprenante l’avis favorable est plus élevé chez 80% des personnes possédant une résidence à moins de 10 km d’un champ éolien, et chez 88% de moins de 35 ans. Notons que les associations qui se soulèvent contre les projets d’éolien son souvent animées par des anciens du CEA ou d’EDF…..

Près de 9 personnes sur 10 considèrent que le développement des énergies renouvelables en France est nécessaire face au dérèglement climatique. Mais il faudrait que l’État comme nos voisins espagnols et allemands impose des systèmes solaires sur les bâtiments neufs !

Quant à la polémique « éolien ou nucléaire » le gestionnaire du réseau électrique RTE a planché sur le mix entièrement décarboné du futur, et a proposé cet automne six scénarios pour une électricité zéro carbone en 2050, allant du 100% énergies renouvelables à une puissante relance du programme nucléaire français. Mais bien sûr c’est la relance du nucléaire que choisit le pouvoir!
https://www.liberation.fr/economie/eolien-ou-nucleaire-six-scenarios-pour-une-electricite-zero-carbone-en-2050-20210608_EIGRA7GZKJHAHNQSZ4GTQOF4EA/.

Bilan électrique français, que retenir de 2020 ?

Le Réseau de Transport d’Electricité (RTE) vient de publier son bilan électrique pour 2020 :
https://assets.rte-france.com/prod/public/2021-03/Bilan%20electrique%202020.pdf

Par rapport à 2019 la consommation d’électricité a diminué de 5 %. Elle avait déjà diminué de 1 % l’année précédente, avant le covid. La consommation électrique de l’activité industrielle a baissé, drastiquement de 10 %, tandis que celle du secteur résidentiel est restée plutôt stable à 38 % de la consommation totale, elle est donc relativement stable depuis 2010.

La production d’électricité d’origine nucléaire est en baisse, à 67% de la production totale d’électricité en France. Cette baisse n’est pas due à la fermeture de la centrale de Fessenheim qui aurait dû être arrêtée de toutes façons pour d’importantes révisions, mais par une moins bonne disponibilité des centrales.

Les renouvelables ont couvert 25,5 % de la consommation, dont l’hydraulique 13 %, et l’éolien devenant la 3ième source d’électricité 7,9 %. Le solaire quant à lui est à 2,5 %.

Les centrales thermiques, tous fossiles confondus, en fournissant 7,5 %, dont principalement le gaz à 6,9 %. Cela permet à EDF de prétendre à la fourniture d’électricité décarbonée à 92 % …. Dans la mesure où l’électronucléaire est effectivement décarboné…

Précisons enfin que la France a exporté 2 fois plus d’électricité qu’elle en a importé, sauf que les ventes ont lieu plutôt en heures creuses à prix cassé (le nucléaire fonctionnant en base), et les achats aux heures de pointe au prix fort ! La fiabilité financière d’EDF est ébranlée. Les agences de notation ont dégradé en juin 2020 sa note notamment en raison d’une « disponibilité des réacteurs nucléaires plus faible que prévu ». Quant à la filiale britannique d’EDF, EDF Energy, elle a été rétrogradée à une catégorie très inférieure.

Parcours parmi les multiples difficultés de l’industrie nucléaire française.

– C’est un mode de production d’électricité dont le faible rendement thermodynamique (à peine plus de 30%) conduit à des pertes de chaleur considérables. Compter sur une industrie ayant d’aussi piètres performances, pour atténuer le réchauffement climatique en faisant mine d’ignorer qu’elle en est un des facteurs importants, est à tout le moins déraisonnable. De plus le nucléaire continue à produire des désordres sanitaires, environnementaux, économiques et politiques, en plus des catastrophes majeures.

Pour ces raisons la contribution de l’énergie nucléaire à l’approvisionnement énergétique mondial n’est que de l’ordre de 2%, et ne peut pas vraiment augmenter.

Que faire des combustibles usés qui s’accumulent ? Il n’existe pas de solution à la gestion des combustibles nucléaires usés et des déchets radioactifs, ni en France ni ailleurs. Lancer un nouveau parc nécessiterait de redimensionner l’usine de retraitement de La Hague, de prévoir de nouveaux sites d’entreposage et d’avoir la garantie que le centre d’enfouissement des déchets radioactifs Cigéo soit mis en service un jour. Sur ce dernier point, le 23 novembre, l’Autorité environnementale a souligné un manque d’information sur les coûts environnementaux et économiques de ces différentes installations.

Les piscines d’entreposage des combustibles usés sont bientôt saturées. Les parades envisagées par EDF et Orano, sont la construction d’une nouvelle piscine à la Hague, un moxage accru des réacteurs de 900 MWe et un entreposage à sec des combustibles usés. Cela explique sans doute pourquoi EDF cherche à acheter des terrains autour des centrales nucléaires existantes.

La Hague. L’usine de retraitement de déchets radioactifs de la Hague est l’un des centres atomiques les plus polluants en fonctionnement « normal ». Selon l’association Robin des bois, la Hague polluerait autant qu’une porcherie industrielle de 100 000 porcs. Chaque année, elle rejette 2 000 tonnes de nitrates directement dans la Manche issues de l’acide nitrique utilisé pour dissoudre les combustibles irradiés et pour séparer le plutonium, l’uranium et les produits de fission.… »
https://yonnelautre.fr/spip.php?article3603#forum160607,

S’y ajoute d’après le Groupe radioécologie du Nord Cotentin 100 tonnes de nitrite, 2 900 tonnes de phosphore, les métaux lourds tels que plomb et mercure, sans compter évidemment les innombrables rejets de substances radioactives qui contaminent la Manche…..

De plus l’un des 2 évaporateurs concentrateurs de produits de fission de La Hague, dont les équipements vieillissent, a atteint un niveau de corrosion qui le fragilise. L’arrêt  de cet évaporateur entraînera une diminution embarrassante de la capacité de retraitement.

A l’usine Melox de Marcoule qui fabrique le combustible MOX (mélange d’oxydes d’uranium et de plutonium) destiné aux réacteurs de moyenne puissance, les difficultés ne manquent pas avec un nouveau procédé de production. EDF à dû alors réduire le nombre d’assemblages MOX fabriqués, ce qui entraîne une moindre consommation du plutonium qui s’accumule à La Hague (le plutonium destiné au départ à la bombe est la pire substance jamais élaborée par l’humanité, par sa terrible toxicité aussi bien chimique que radioactive ; et sa durée de vie est éternelle à notre échelle).

Les centrales du Bugey et du Tricastin sont désormais les plus anciennes de France, depuis la fermeture de celle de Fessenheim. Elles approchent des cinquante ans et n’ont jamais été conçue pour cette durée. Elles vieillissent mal, elles subissent de multiples dysfonctionnements inquiétants, et il est avéré que les coeurs de celles du Tricastin sont fissurées !

Au Tricastin justement, un scandale a éclaté en novembre dernier, un cadre de l’entreprise a révélé la dissimulation des incidents de sûreté. Il a déposé plainte contre EDF, accusant sa hiérarchie de l’avoir « placardisé » pour avoir dénoncé une « politique de dissimulation » d’incidents de sûreté. Cela nous autorise à nous poser des questions sur le rôle de l’autorité de sûreté du nucléaire (ASN),
https://www.linfo.buzz/centrale-nucleaire-de-tricastin-des-dissimulations-en-cascade/,

La filière EPR en question. La France montre de graves signes de déclin technologique et industriels, notamment avec son incapacité à terminer la construction d’un EPR en Finlande, et celui de Flamanville en Normandie, dont les coûts et les délais du contrat initial ont été multipliés par quatre! Le premier EPR, mis en fonctionnement à Taïshan en Chine en 2018, est aujourd’hui à l’arrêt, suite à une grave défaillance qui paraît due à un défaut générique qui concernerait toute la filière.

Sous traitance danger. EDF sous-traite désormais 80% de la maintenance de ses centrales, malgré une précarisation sans cesse dénoncée. Les « nomades du nucléaire » mal payés, exposés aux rayonnements, mal formés, pressés par le temps réduit d’intervention ne peuvent garantir un travail de qualité garantissant la sûreté des réacteurs.

Démantèlement, la France ne maitrise toujours pas le démantelement d’une centrale nucléaire, alors que la question devient d’actualité. La centrale de Brennilis en Bretagne, mise à l’arrêt en 1985 devait être une vitrine des capacités de démantèlement. 35 ans plus tard, elle n’est toujours pas démantelée.

EDF en quasi faillite. EDF est lourdement endettée à hauteur d’une cinquantaine de milliards d’euros, auquel s’ajoute 100 milliards d’euros pour le rafistolage des réacteurs de plus de 40 ans, ainsi que 35 milliards d’euros du projet d’enfouissement des déchets nucléaires CIGEO à Bure. Pour les 6 nouveaux EPR à la sûreté au rabais , il faudrait trouver au minimum 60 milliards. La Cour des Comptes a jugé en 2020 qu’ EDF n’en avait pas les moyens. Quant au chantier d’Hinkley Point en Angleterre, il prend le chemin du fiasco de Flamanville avec retards, malfaçons et inflation des coûts.

En conclusion, le grand et dangereux mensonge,

L’État a engagé une grande campagne de promotion du nucléaire au nom de la lutte contre le bouleversement climatique. Son but est bien sûr de préparer l’opinion aux décisions de construire de nouvelles centrales atomiques.

Nous affirmons que cette campagne s’appuie sur un énorme mensonge, celui de la production propre et décarbonée d’électricité nucléaire. En effet tout l’amont et l’aval du fonctionnement d’un réacteur impliquent d’énormes consommations de matériaux, d’énergies fossiles, entrainant d’importantes contaminations radioactives et pollutions de toutes sortes.

Par ailleurs, face à l’urgence climatique, comment prétendre construire rapidement de nouveaux réacteurs quand on sait le fiasco de ceux en construction en Finlande et à Flamanville, et que l’un des deux seuls en fonctionnement en Chine a été mis à l’arrêt révélant déja un grave défaut générique qui remet en cause la fiabilité de la filière.

Comme dans les pays voisins, il faut appeler à l’arrêt du nucléaire, et à la promotion de la sobriété énergétique en même temps que des énergies renouvelables. A l’inverse les décisions de l’Etat, enrobées de beaux discours, nous engagent vers une société gourmande en électricité et en énergie. La surenchère dans le soutien au nucléaire de la majeure partie des candidat.e.s à la présidentielle, Emmanuel Macron compris, est tout simplement lamentable. Les générations futures méritent mieux que ces propositions d’un autre âge.

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NON à la construction de nouveaux réacteurs nucléaires en France

Pétition lancée par l’Observatoire du nucléaire

Adressée à : tous les citoyens de France et d’Europe

Pétition lancée par l’Observatoire du nucléaire

Adressée à : tous les citoyens de France et d’Europe

Le fiasco des chantiers de construction des réacteurs EPR est total : Areva (qui a depuis fait faillite, en partie du fait de cet échec) et EDF ont respectivement commencé leurs chantiers en 2005 et 2008, les réacteurs devaient entrer en service en 2009 et 2012 or, à ce jour, ils ne sont pas terminés et présentent de graves malfaçons. De plus, annoncé au prix unitaire de 2,8 milliards (1), un EPR coûte en réalité pratiquement 20 milliards selon la Cour des comptes.

De fait, le lancement de nouveaux chantiers de réacteurs EPR ne pourrait que se solder par un désastre industriel et financier, achevant de ruiner EDF… et la France.

Bien sûr, EDF prétend être en mesure de tirer les enseignements des fiascos en cours pour ne pas connaître les mêmes mésaventures. Mais c’est déjà ce que disait EDF à propos du chantier de Finlande : on allait voir la différence à Flamanville… or c’est le même désastre.

Deux EPR ont ensuite été construits par les Chinois à Taïshan (Chine), avec certes un retard moins important mais se comptant néanmoins en années. Mais ce ne sont pas les Chinois qui vont venir faire des EPR en France où EDF a perdu toute maîtrise de ce genre de chantiers.

Et, surtout, la centrale de Taïshan connait de graves problèmes : le réacteur numéro 2 a dû être arrêté en juillet 2021 à cause de fuites radioactives importantes (2) : il apparait que c’est la conception même de l’EPR qui est en cause.

Si jamais les EPR de Finlande et de Flamanville entrent un jour en service, ainsi que d’éventuels autres EPR, il est certain qu’ils rencontreront les mêmes graves problèmes.

Pour mémoire, la cuve de l’EPR de Flamanville est défectueuse mais, suite à de terribles pressions de la part d’EDF, l’Autorité de sûreté nucléaire a fini par la valider en bafouant ses propres préconisations (3). Or, en cas de rupture de la cuve, aucune parade n’est possible et ce sera une catastrophe comparable à celles de Tchernobyl et Fukushima, avec la contamination de la France et d’une bonne partie de l’Europe.

Alors que l’on peut encore lire ici ou là que la France est « à la pointe de la technologie nucléaire » et qu’elle fait preuve d’un « savoir-faire que le monde entier nous envie », il faut rappeler que EDF et Areva ne se sont pas seulement ridiculisées sur les chantiers d’EPR mais aussi avec un des pires scandales industriels au monde : la fabrication de milliers de pièces défectueuses dans les usines Areva du Creusot, accompagnée de la falsification de milliers de documents de sûreté. (4)

Notons à ce sujet que cela fait plus de cinq ans que la justice a été saisie et qu’elle ne semble pas pressée de faire la vérité dans cette affaire pourtant de la plus grande gravité. (5)

Aujourd’hui encore, EDF trompe l’Autorité de sûreté nucléaire avec « une politique de dissimulation des incidents », dénoncée par un courageux cadre lanceur d’alerte (6).

A l’opposé d’une légende entretenue par les supporters de l’atome, l’Autorité de sûreté nucléaire français n’est absolument pas « la plus stricte et la plus compétente du monde », bien au contraire : ce n’est pas elle qui a découvert la défectuosité de la cuve de l’EPR (7) et elle en est réduite à attendre les révélations des lanceurs d’alerte.

Notons enfin que, contrairement à ce qui est prétendu ces temps-ci, le nucléaire ne peut absolument pas « sauver le climat » : la part du nucléaire dans l’électricité mondiale s’est effondrée de 17,1% en 2001 à 10,4% à ce jour, alors que la part des énergies renouvelables, en plein essor, en est déjà à 25,5% : plus du double du nucléaire ! (8)

Pour toutes ces raisons et bien d’autres (risques de catastrophe, aucune solution pour les déchets radioactifs, rejets massifs de produits radioactifs et chimiques des centrales dans les rivières, etc), nous affirmons qu’il ne faut surtout pas construire de nouveaux réacteurs nucléaires en France et, au contraire, fermer dès que possible les réacteurs actuels, de plus en plus délabrés et dangereux. Le nucléaire est une énergie du siècle dernier, choisissons plutôt l’avenir !

Stéphane Lhomme, Directeur de l’Observatoire du nucléaire

http://www.observatoire-du-nucleaire.org

(1) et non 3,3 milliards comme écrit ici ou là, cf :

http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article41

http://www.observatoire-du-nucleaire.org/IMG/pdf/edf-promo-epr-2005.pdf

(2) https://www.20minutes.fr/monde/3094279-20210730-chine-reacteur-finalement-mis-arret-apres-incident-epr-taishan

(3) http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article341

(4) https://www.lepoint.fr/environnement/areva-le-creusot-des-anomalies-s-apparentent-a-des-falsifications-25-10-2016-2078544_1927.php

(5) https://www.connaissancedesenergies.org/afp/areva-lobservatoire-du-nucleaire-depose-plainte-pour-faux-et-mise-en-danger-dautrui-160504

(6) https://www.francetvinfo.fr/societe/nucleaire/centrale-nucleaire-du-tricastin-un-cadre-denonce-une-politique-de-dissimulation-des-incidents-et-porte-plainte-contre-edf_4842217.html

(7) http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article336

(8) https://www.connaissancedesenergies.org/sites/default/files/pdf-pt-vue/KeyWorldEnergyStatistics2021.pdf, page 30

Auteur : Stéphane Lhomme

https://www.leslignesbougent.org/petitions/non-a-la-construction-de-nouveaux-reacteurs-nucleaires-en-france-4879/

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Les solutions écologiques françaises

Source : Le Temps, quotidien, Genève, 13 octobre 2021.

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S’ils voient le jour, les petits réacteurs nucléaires…

Stéphane Lhomme
Directeur de l’Observatoire du nucléaire
http://www.observatoire-du-nucleaire.org

« S’ils voient le jour, les petits réacteurs nucléaires modulaires produiront une électricité ruineuse »

Avec un parc vieillissant et le désastre de l’EPR, industriels et politiques misent sur les petits réacteurs modulaires. Une illusion, selon Stéphane Lhomme, directeur de l’Observatoire du nucléaire.

Tribune. Vous avez probablement vu les images saisissantes de poulets dont la tête a été coupée et qui continuent à courir pendant quelques instants de façon erratique. Eh bien cette image est une assez bonne illustration de l’état de l’industrie nucléaire et de ses plus fervents partisans comme Emmanuel Macron.

Un jour, ils assurent que l’avenir est aux « mastodontes » comme le fameux EPR (en anglais european pressurized reactor) d’une puissance de 1 650 mégawatts (MW), et ce malgré les incroyables déconvenues des chantiers de Finlande et de Flamanville qui devaient respectivement entrer en service en 2009 et 2012, qui ne sont toujours pas terminés et dont les surcoûts insensés ont largement contribué à placer leurs opérateurs dans la panade : Areva a carrément fait faillite, et EDF est dans une situation financière critique.

Le lendemain, voilà subitement que la solution passerait par les SMR, c’est-à-dire en anglais small modular reactors et en français petits réacteurs modulaires (PMR) dont la puissance est comprise entre 10 et 300 MW. EDF aurait d’ailleurs déjà en projet son SMR de 170 MW, baptisé « Nuward ». La panique qui s’empare ainsi des tenants de l’atome s’explique par une donnée incontournable : les réacteurs actuels sont en fin de vie et la plupart vont être définitivement arrêtés dans les dix à vingt ans, c’est-à-dire, lorsque l’on parle d’énergie, demain matin.

Un parc pléthorique de réacteurs délabrés

Les prolongations de durée de fonctionnement, accordées de façon inconsidérée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), et les travaux ruineux que doit faire EDF (programme dit du « grand carénage » et mesures post-Fukushima) vont seulement permettre de gagner un peu de temps – tout en augmentant encore le risque de catastrophe comparable à celle de Fukushima.

Il faut aussi prendre en compte une donnée cruciale : dans les années 1970 et 1980, la construction en peu de temps d’une bonne cinquantaine de réacteurs nous a été présentée comme un gigantesque exploit, ce qui est d’ailleurs effectivement le cas sur le strict plan industriel. Mais il s’agissait surtout d’une terrible erreur stratégique : tous ces réacteurs vont de fait arriver en fin de vie quasiment en même temps.

Si EDF a finalement accepté de fermer ses deux plus vieux réacteurs, ceux de Fessenheim, c’est parce que l’électricien se sait totalement incapable de continuer à entretenir un parc pléthorique de près de 60 réacteurs passablement délabrés. C’est aussi pour cela que la fermeture d’au moins quatorze autres réacteurs est actée.

Le désastre de Flamanville

Si EDF se dit publiquement opposée à ces fermetures, c’est pour ne pas perdre la face : il est plus facile de prétendre qu’il s’agit de « décisions idéologiques » prises « sous la pression des antinucléaires » – lesquels ignoraient qu’ils avaient tant d’influence ! – que de se reconnaître incapable de maintenir le parc nucléaire.

Mais, contrairement à ce que prétendent divers candidats à l’élection présidentielle, ce ne sont assurément pas de nouveaux réacteurs nucléaires qui pourront prendre le relais du parc actuel, même si la construction de six EPR est envisagée : comment croire qu’EDF, incapable de construire l’EPR de Flamanville, pourrait en fabriquer plusieurs autres ?

Il est certes prétendu que les enseignements tirés des précédents déboires permettront enfin de réussir les prochains chantiers, mais c’est déjà ce qu’avait assuré EDF à propos de l’EPR finlandais… ce qui n’a pas empêché le désastre de Flamanville.

Pas de filière industrielle pour les SMR

C’est alors que l’industrie nucléaire et son premier VRP, Emmanuel Macron, sortent du chapeau une « solution » miraculeuse : les SMR. Mais si la communication de la macronie peut enfumer l’opinion sur tel ou tel sujet, elle se révèle incapable de faire pousser des réacteurs nucléaires, fussent-ils petits et modulaires.

Il n’existe en effet pas à ce jour de filière industrielle permettant l’émergence des SMR, lesquels pourraient au mieux être disponibles vers 2040 : pas de quoi répondre à l’actuelle envolée des prix de l’énergie. Et ce d’autant que, s’ils voient le jour, les SMR produiront une électricité ruineuse : il est impossible d’assurer la rentabilité de petits réacteurs, lesquels ne produiront pas assez d’électricité pour cela.

D’autre part, le choix de l’emplacement d’un SMR est insoluble. Notons d’abord qu’il est impossible de nos jours de créer une centrale nucléaire dans un nouveau site, particulièrement proche d’une agglomération : les habitants se révolteraient, à commencer d’ailleurs par les pronucléaires !

Le risque d’une impasse énergétique pour la France

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que les projets de nouveaux réacteurs sont tous dans des centrales déjà existantes, et c’est donc la seule option disponible. Mais quel intérêt de placer un SMR, par exemple, dans la centrale nucléaire du Blayais (Gironde), perdue dans les marais à 60 km de Bordeaux ? La puissance du SMR, 170 MW, serait dérisoire pour remplacer les actuels quatre réacteurs de 900 MW, soit 3 600 MW.
On entend alors dire que les SMR pourraient être construits par « grappes ». Mais la rentabilité de dix SMR serait catastrophique pour une production à peu près comparable à celle d’un seul EPR. Ce serait alors moins absurde de faire un EPR, mais l’on retombe sur l’incapacité d’EDF à construire ce modèle.

De toute façon, l’électricien national est en situation financière dramatique et est parfaitement incapable de financer un nouveau parc de réacteurs, qu’ils soient petits ou gros, modulables ou archaïques. Mais comme les alternatives au nucléaire, en particulier les énergies renouvelables, ne sont développées qu’à la marge, le plus probable est que la France se retrouve dans une totale impasse énergétique d’ici quelques années. Il ne restera alors qu’à pleurer en se remémorant les ridicules harangues pronucléaires de la plupart des candidats à l’élection présidentielle 2022…

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Déploiement d’armes à l’uranium en Afghanistan

par Frieder Wagner (*)

Horizons et débats, Zurich,

No 21 du 28 septembre 2021

En mai 2002, l’Uranium Medical Research Center (UMRC), une ONG canadienne dirigée par le professeur Asaf Durakovic, a envoyé une équipe de recherche en Afghanistan. L’équipe de l’UMRC a commencé son travail en identifiant d’abord plusieurs centaines de personnes souffrant de maladies ou de troubles médicaux reflétant les symptômes cliniques considérés comme caractéristiques d’une contamination radioactive. Afin de déterminer si ces symptômes étaient le résultat d’une maladie due aux rayonnements, des échantillons d’urine et des échantillons de sol ont été prélevés et envoyés à un laboratoire de recherche indépendant en Angleterre. 
    L’équipe de recherche de l’UMRC a donc rapidement constaté un nombre choquant de civils afghans présentant des symptômes aigus d’empoisonnement radioactif, accompagnés de symptômes chroniques de contamination interne à l’uranium, y compris des malformations chez les nouveau-nés. Les résidents locaux ont fait état de grands nuages denses de poussière et de fumée bleu-noir s’élevant à plusieurs reprises des sites d’impact lors des bombardements depuis 2001, associés à une odeur âcre suivie d’une sensation de brûlure dans les cavités nasales, la gorge et les voies respiratoires supérieures. Les victimes ont d’abord décrit des douleurs dans la partie supérieure de la colonne cervicale, la partie supérieure des épaules, la base du crâne, des douleurs dans le bas du dos, des reins, une faiblesse articulaire et musculaire, des troubles du sommeil, des maux de tête, des problèmes de mémoire et une désorientation. 
    Au total, deux groupes de recherche ont été envoyés en Afghanistan. Le premier s’est concentrée sur la région de Jalalabad. Le second a suivi quatre mois plus tard et a élargi l’étude pour inclure la capitale Kaboul et sa population s’élevant à près de 3,5 millions d’habitants. Dans la ville même, les chercheurs ont trouvé le plus grand nombre de cibles immobiles tirées pendant l’opération Enduring Freedomen 2001. L’équipe s’attendait à trouver des traces d’uranium appauvri dans les échantillons d’urine et de sol qu’elle avait prélevés. Mais l’équipe n’était pas préparée au choc engendré par les résultats: les tests effectués sur un certain nombre de personnes de Jalalabad et de Kaboul ont révélé des concentrations supérieures de 400 % à 2000 % à celles trouvées dans les populations normales – des niveaux jamais mesurés auparavant dans des études sur des civils, y compris à Tchernobyl. A Jalalabad et à Kaboul, l’uranium était à l’origine des taux élevés de maladies. 
    Contrairement à ce qui s’est passé en Irak, les tests de laboratoire effectués par l’UMRC en Afghanistan ont révélé de fortes concentrations d’uranium non appauvri – la contamination était donc beaucoup plus élevée que chez les victimes de l’uranium appauvri en Irak. En Afghanistan – selon l’UMRC – un mélange d’uranium dit «vierge» et de déchets issus des processus d’enrichissement dans les réacteurs nucléaires a été utilisé, car l’uranium 236 a également été trouvé dans tous les échantillons, et l’uranium 236, comme nous le savons maintenant, n’existe pas dans la nature et n’est produit que lors du retraitement des barres de combustible des centrales nucléaires. 
    Les habitants de Kaboul qui ont été directement exposés aux bombardements de précision américano-britanniques ont donc montré des signes extrêmes de contamination par les alliages d’uranium. Les personnes touchées par les bombardements ont également signalé des symptômes semblables à ceux de la grippe: écoulements et saignements naseaux et saignement de la muqueuse buccale. L’équipe de recherche elle-même s’est plainte de symptômes similaires pendant son séjour. La plupart de ces symptômes ont duré de quelques jours à quelques mois. En août 2002, l’équipe de l’UMRC a terminé son analyse préliminaire des résultats en provenance d’Afghanistan: sans exception, toutes les personnes ayant donné un échantillon d’urine ont été testées positives à la contamination à l’uranium. Les résultats spécifiques ont montré un niveau de contamination effrayant. Les concentrations étaient 100 à 400 fois supérieures à celles des vétérans de la guerre du Golfe testés par l’UMRC en 1999 et plus tard en 2003 avec nous en Irak. 
    Au cours de l’été 2003, l’équipe de l’UMRC est retournée en Afghanistan pour mener une enquête plus large. Cela a révélé une exposition encore plus importante que ce que l’on pensait initialement. Environ 30 % des personnes interrogées dans les zones touchées ont présenté des symptômes de maladie des rayons. Les nouveau-nés faisaient également partie des porteurs de symptômes, et les anciens du village ont signalé que plus de 25 % de tous les enfants étaient inexplicablement malades. 
    En résumé, selon l’UMRC, l’Afghanistan a servi de terrain d’essai pour une toute nouvelle génération de munitions à l’uranium et de bombes contenant de fortes concentrations de toutes sortes d’alliages d’uranium. Le professeur Mohammad Daud Miraki, un Afghan d’origine vivant aux Etats-Unis, m’a expliqué – après son voyage en Afghanistan – il avait vu et photographié des enfants gravement endommagés dans les hôpitaux de Kaboul, par exemple, qui mouraient ensuite dans d’atroces souffrances quelques jours après leur naissance. En outre toutes les personnes concernées, c’est-à-dire les médecins de ces enfants, mais aussi leurs parents, devaient craindre non seulement pour leur carrière, mais aussi pour leur vie, en cas d’une participation à des enquêtes sur des dommages liés à un passé d’armes à l’uranium. Plus précisément, le Dr Miraki a cité: «Les parents ne voulaient pas donner leurs noms et ceux de leurs enfants affligés, et les médecins ne voulaient pas participer à de telles enquêtes.»
    Il apparaît qu’à l’époque de la chasse d’une poignée de terroristes, comme Oussama ben Laden, en Afghanistan on a empoisonné un nombre énorme, encore inconnu, de civils innocents, dont un nombre disproportionné d’enfants. Les experts estiment que le nombre de ces personnes contaminées s’élève à plusieurs dizaines de milliers, et bientôt à plusieurs centaines de milliers. Des chiffres similaires s’appliquent à l’Irak, à la Bosnie et au Kosovo, où les Alliés ont également utilisé des tonnes de munitions et de bombes à l’uranium. Le gouvernement américain admet aujourd’hui avoir trouvé de l’uranium dans l’urine de ses propres soldats, mais affirme que, dans la plupart des cas, c’est trop peu pour les rendre gravement malades. Cependant, les chiffres publiés jusqu’à présent vont dans le sens inverse. 
    Entre-temps, des scientifiques neutres, dont le Prof. Dr. Asaf Durakovic, le médecin allemand Prof. Dr. Siegwart-Horst Günther, la biologiste des radiations Dr. Rosalie Bertell ainsi que le scientifique américain Dr. Leonard Dietz, mais aussi des scientifiques militaires américains ont prouvé que les armes à l’uranium sont des armes de destruction massive devant être interdites dans le monde entier. Par conséquent, l’Allemagne devrait immédiatement exiger la renonciation à cette technologie militaire en vertu du droit international. 
    Il y a quelque temps, on pouvait à nouveau lire dans la presse qu’environ 100 000 soldats allemands avaient été déployés en Afghanistan ces dernières années. Ces soldats étaient stationnés à Kunduz, Feisalabad et Massar-i-Sharif. En d’autres termes, dans des régions où le gouvernement allemand et le ministère de la défense doivent savoir que des obus et des bombes à l’uranium ont été utilisés par des avions de guerre américains à l’automne 2001 dans le cadre de l’opération «Liberté immuable». Les scientifiques et les médecins neutres, ainsi que les ONG comme l’UMRC, craignent donc que 30 % au moins de ces soldats allemands, et cela vaut pour tous les soldats déployés là-bas, aient pu être contaminés avec des nanoparticules d’uranium, avec toutes les terribles conséquences sanitaires que cela implique en termes de déficience immunitaire, de cancers, de leucémies et de modifications génétiques, également pour leurs enfants et les enfants de leurs enfants.
    Et la population afghane? Pour eux, disent les scientifiques neutres, le risque de contamination est environ 1 000 fois plus élevé car ils doivent vivre sur place. C’est pourquoi un père afghan dont l’enfant a été tué par une bombe américaine a confié amèrement au professeur Daud Miraki:

«Nous n’avons pas d’avions, mais nous avons quelque chose que les Américains n’ont pas, à savoir des principes et une éthique. Nous ne ferons jamais rien aux enfants américains qui puisse ressembler de près ou de loin à ce que les Américains ont fait à nos enfants et à nos familles. Ils peuvent gagner d’autres batailles, mais nous avons déjà gagné la grande bataille, celle du droit moral.»

Moi aussi, j’avais initialement prévu de tourner en Afghanistan pour le film «Death Dust». Lorsque j’en ai parlé en Irak avec Tedd Weyman, qui y était allé deux fois, il m’a dit qu’il me déconseillait fortement d’aller en Afghanistan parce que certaines régions y étaient beaucoup plus contaminées par les armes à l’uranium que les pires endroits en Irak. Et comme la contamination en Irak était déjà terrible, j’ai ensuite laissé tomber cette idée.

(Traduction Horizons et débats)

(*) Frieder Wagner est un journaliste et producteur de films de nationalité allemande. Cf. Wikipedia https://de.wikipedia.org/wiki/Frieder_Wagner

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Fuite radioactive dans un EPR chinois

Fuite de gaz rares dans un EPR chinois, défaut lourd de conséquences pour EDF. 

Pierre Péguin,

 août 2021

La fuite de gaz rares de l’EPR chinois met au jour un défaut générique des gaines des barres de combustibles dont la gravité est sous-estimée.
La stratégie d’EDF paraît contestable face à un problème technologique irrésolu qui touche les réacteurs les plus puissants et en particulier la filière  EPR.

Depuis la révélation par la chaîne américaine CNN de la fuite de gaz rares du réacteur EPR N°1 de Taïshan , EDF dans un communiqué du 22 juillet, a reconnu que cela vient des gaines des combustibles provenant de l’usine de Romans sur Isère. 
Sous la pression de la médiatisation du sujet, on apprend que la Chine vient d’arrêter le réacteur et qu’EDF qui restait jusque-là discret sur la fragilité des nouvelles gaines reconnaît avoir déjà rencontré ce problème dans certains réacteurs du parc!….

La Chine et la France espèrent que les choses en restent là, en minimisant l’événement jusqu’à extinction de l‘intérêt des médias.

En quoi ce problème est-il important ?

Dans les réacteurs nucléaires, trois barrières de confinement doivent empêcher que les radioéléments ne se dispersent dans l’environnement : Les gaines de combustibles, le circuit d’eau primaire de refroidissement du cœur et enfin l’enceinte de béton qui entoure le cœur du réacteur (1). La dégradation par corrosion des gaines sous l’effet du rayonnement neutronique intense est responsable de fuites de « gaz rares » vers le circuit primaire auxquels ils échappent car difficiles à piéger, contaminant l’enceinte puis l’environnement ayant ainsi franchi les barrières de confinement.

Plus grave il vient d’être constaté à Chooz que la corrosion de gaines les rendent fragiles, leur rupture pouvant avoir de très graves conséquences (2).

Ce n’est donc pas une question anodine, qu’EDF cherchait jusque-là à contourner et à camoufler, jouant une fois de plus discrètement avec la santé des travailleurs, voire des populations environnantes.

Tout d’abord qu’appelle-t-on « gaz rares »,  ce sont des gaz inertes qui n’interagissent avec rien, donc très difficiles à piéger. Ils existent en très faible proportion dans l’air. Mais ceux issus des réactions de fission nucléaire sont radioactifs et donc irradient. Il s’agit du Xénon 133, et du krypton 85.

EDF prétend que puisque les gaz rares ne sont pas métabolisés par les organismes vivants, ils n’interfèrent pas avec les tissus vivants. C’est évidemment faux puisqu’ils sont radioactifs. Ils peuvent provoquer des irradiations externes et aussi internes s’ils sont inhalés. C’est d’abord le personnel qui risque d’être touché par l’air contaminé du bâtiment réacteur, mais ça arrange le lobby de minorer la question sous prétexte que les gaz se diluent dans l’air. 

Passé sous silence le problème n’est pas nouveau,

 Mais on apprend que cette corrosion est apparue récemment dans un des deux réacteurs de la centrale de Chooz. Dans une discrète note d’information publiée le 13 juillet dernier, EDF annonce que des phénomènes de « corrosion atypique » (3) ont été observés sur le combustible de certains réacteurs du parc parmi les plus puissants, à Chooz,  Civaux et à Cattenom.

Dans tous les cas il s’agit de combustibles dont les gaines sont en alliage dit « M5 ». Il s’agit, comme ses prédécesseurs, d’un alliage à base de zirconium dont la composition est modifiée dans le but  d’accroître sa capacité à résister aux conditions extrêmes de fonctionnement des réacteurs les plus puissants (4).

L’enjeu pour EDF est essentiel. Ces combustibles aux gaines  en M5 équipent les EPR de Chine et celui de Finlande qui ne fonctionne pas encore. Ils sont en cours de livraison à l’EPR de Flamanville, fameux réacteur EPR déjà construit laborieusement avec cuve et éléments non conformes et le voila en outre alimenté en combustibles inadaptés ! S’il fonctionne un jour, ce qui n’est pas certain, ce sera en sous fonctionnement déjà rendu nécessaire par la cuve fragilisée du fait de la composition irrégulière de l’acier.  

Que sait-on du problème rencontré ? (5)

Il s’agit de phénomènes de corrosion favorisés par les conditions extrêmes de radioactivité, de température et de déformations dans les réacteurs de 1400 MWe et l’EPR chinois de 1750 MWe. Le groupe chinois CGN, principal actionnaire de ce dernier  a annoncé le 30 juillet  sa mise à l’arrêt, décision qui suit de près l’annonce par EDF le 22 juillet  que les fuites conduiraient à l’arrêt du réacteur s’il était en France.

Une fois amorcée, la corrosion ne peut qu’empirer (« inétanchéïté évolutive des crayons ») et le réacteur doit être arrêté pour vérifier les combustibles touchés.

A ce jour, du combustible à gainage en alliage M5 est présent dans 17 réacteurs de 900 MWe, trois de 1300 MWe et les quatre de 1450 Mwe. Il équipe aussi des réacteurs à l’étranger.

Plus grave : Risques de rupture  

EDF prétend que la corrosion accélérée des gaines de combustible M5 n’entraîne pas de risque de rupture des crayons et ne présente pas d’enjeu de sûreté.  Or quand EDF a voulu examiner les crayons corrodés du réacteur n°2 de Chooz, deux se sont cassés. Un événement exceptionnel et inquiétant qui montre la fragilisation des éléments de combustibles touchés par ce phénomène.

On peut alors se demander si le risque de rupture de l’un des milliers de crayons de combustible, en cours de fonctionnement du réacteur, ne serait pas possible avec de très graves conséquences difficiles à imaginer. Cela peut-il être vraiment à exclure ?

Cela n’empêche pas EDF d’annoncer son intention de recharger les deux réacteurs de la centrale de Chooz avec « certains assemblages présentant de faibles épaisseurs de corrosion » quitte à en en limiter la puissance de fonctionnement à 92 % de leur capacité. Il en sera de même pour ceux de Civaux et de Cattenom !

Quelles leçons tirer de ces évènements ?

Remarquons que les responsables de l’électronucléaire  étaient bien conscients du problème de la corrosion des gaines de combustibles avant qu’il ne soit (aimablement) médiatisé par les Etats Unis, ce qui le fit connaître du grand public et mit en lumière les trésors d’ingéniosité qu’avait déployés EDF pour le camoufler.

– Il s’agit pour EDF de disposer de gaines de combustibles résistant aux conditions de fonctionnement de réacteurs les plus puissants, ceux du parc de 1400MWe, et ceux à venir, les EPR de 1750MWe. Et il apparaît que l’alliage M5 est inadapté, qu’il ne peut garantir l’étanchéité des gaines et jouer son rôle de barrière de confinement. La rupture catastrophique d’éléments de combustibles corrodés n’est pas à exclure.

– EDF prend le risque de continuer à alimenter des réacteurs avec ce combustible gainé en M5, contraint d’adapter leur fonctionnement aux gaines défectueuses en réduisant leur puissance.

– Enfin notons que l’expérience du fiasco de superphénix en attendant celui à venir d’Iter, n’a pas servi de leçon : EDF est à nouveau victime du gigantisme promu par l’élite des nucléocrates qui s’enferrent dans des problèmes technologiques difficiles à résoudre. 

Ainsi la fuite de gaz rares de l’EPR chinois révèle la faiblesse technologique de la 1ère barrière de confinement, celle des gaines de combustibles dégradées par la corrosion des réacteurs de très grande puissance et en particulier des EPR. 
Il s’agit là d’un grave défaut générique pour lequel la seule solution actuelle est le fonctionnement à puissance réduite.

La stratégie contestable d’EDF se traduit par l’intention de charger les EPR avec ce type de combustibles, et même de recharger des éléments déjà corrodés dans certains réacteurs avec les risques que cela comporte. L’électricien ne dispose peut-être pas de solutions de rechange….

Se confirme ainsi l’échec des projets surdimensionnés impliquant d’atteindre les limites technologiques disponibles économiquement.

(1) Les assemblages de combustible nucléaires, Le cœur d’un réacteur nucléaire est composé d’assemblages de combustible (205 pour un réacteur de 1450 MW). Chaque assemblage contient 264 crayons, tubes d’alliage de zirconium (1ère barrière de confinement), de  longueur de quatre mètres et de diamètre d’un centimètre, dans lesquels sont empilées les pastilles d’uranium (et de plutonium éventuellement).
En fonctionnement, ces assemblages sont traversés de bas en haut par l’eau du circuit primaire chargée d’évacuer la chaleur vers le circuit d’eau secondaire alimentant les générateurs de vapeur.
Les assemblages et les crayons de combustible sont fabriqués en France par Framatome, filiale d’EDF, à Roman/Isère. Les pastilles de combustible sont préparées au Tricastin et à Marcoule.

(2) De graves dégâts possibles. À Chooz, lorsque des crayons de combustible oxydés ont été retirés des assemblages pour les analyser, ils se sont brisés. La première barrière de confinement peut donc être tellement altérée par l’oxydation qu’elle ne résiste plus aux manipulations. Le risque est donc une contamination de l’eau du circuit primaire par du combustible radioactif et des produits de fission !  
Rappelons que le circuit primaire est non seulement chargé d’évacuer la chaleur du coeur, mais joue aussi le rôle de deuxième barrière de confinement. Si son étanchéité n’est pas parfaite (et c’est le plus souvent le cas compte tenu des milliers de soudure), il ne reste plus que l’enceinte en béton (mur traversé par de multiples tuyaux, des canalisations et de  nombreuses ouvertures…) pour confiner la radioactivité.

(3) Observations de la corrosion : La fiabilité des crayons à gainage en alliage M5 avait déjà été mise en doute dès 2001 du fait de l’apparition de fuites au niveau des soudures entre les tubes et les bouchons.  Plus récemment des traces blanchâtres localisées sont constatées sur des assemblages et des particules de couleur blanche de quelques millimètres sont recueillies dans les dispositifs anti-débris. Il apparaît que les particules observées sont la conséquence d’une oxydation, plus importante qu’attendue, des gaines des crayons de combustible.

(4) Constitution des gaines
https://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Actualites/Documents/irsn_surete-parc-2008_gainage-combustible-M5.pdf

Les gaines sont en alliage de zirconium, métal utilisé notamment parce qu’il absorbe peu les neutrons, enrichi de différents éléments tels que chrome, fer, nickel, niobium étain, etc. L’alliage utilisé précédemment s’appelait Zircaloy4. Mais EDF met en œuvre depuis plusieurs années sur son parc de réacteurs l’alliage dit Massif 5 (M5) de composition un peu différente. Cet alliage a été développé en vue d’améliorer la résistance à la corrosion, à la déformation et à l’hydruration (ou absorption d’hydrogène) du gainage  sous l’effet de l’irradiation neutronique.

C’est dès 1988 que des essais ont commencé par le chargement de quelques crayons de combustible ainsi gainé, jusqu’à l’introduction en1999 d’une première recharge complète dans le réacteur de Nogent 2. Les gaines des crayons étaient alors en alliage M5 mais la structure des assemblages (grilles de maintien…) était toujours en zircaloy 4. Mais dès 2001 des fuites de gaines d’assemblages de combustible équipés de crayons en alliage M5 ont été observées. Ce n’est qu’en 2004 que le premier chargement d’assemblages « tout M5 » est intervenu dans la tranche 2 de la centrale de Nogent.

(5) « Corrosion atypique des gaines de quelques crayons de certains assemblages » avaitannoncé l’industriel le 13 juillet 2021. Des « traces blanchâtres » et des « particules de couleur blanche » ayant été observées sur des assemblages de combustible d’abord à Chooz, puis à Civaux et enfin à Cattenom.

EDF avait déclaré le 7 juillet , auprès de l’Autorité de sûreté nucléaire, un événement significatif de sûreté générique de niveau 0 sur l’échelle INES qui en compte 7, pour les réacteurs suivants : Chooz 2, Civaux 2, Cattenom 3. https://www.edf.fr/sites/default/files/ess_gen_niv0_k_juillet2021_0.pdf

Pour EDF la faible teneur en fer de l’alliage des gaines serait en partie responsable de leur dégradation, mais aussi la température particulièrement élevée en haut du cœur, zone où des gaines se sont détériorées dans deux réacteurs de 1450 MWe en France. Par ailleurs les opérations d’insertion des crayons dans les grilles de maintien de ces crayons peuvent créer des copeaux à l’origine de pertes d’étanchéité.

Toujours est-il que le problème n’est pas résolu !

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La France, toujours en tête de l’énergie nucléaire dans le monde

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par | septembre 5, 2020 · 3:34