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Professeur honoraire de l'Université de Genève

Les investissements de la BNS dans l’armement nucléaire sont indignes de la Suisse

par Liliane Held-Khawam

Économie Suisse 27 janvier 2016

 

 

La BNS investit dans les armes nucléaires! Elle a même doublé en 2015 ses positions dans ce secteur!

BNS n’est plus du tout en phase avec la culture et les attentes des citoyens qui la financent.

Après le gaz de schiste et autres hydrocarbures, le nucléaire lui-même est honni par une bonne partie de la population suisse.

Alors l’armement nucléaire est simplement une abomination qui n’a aucune place dans les actifs d’une banque centrale propre d’un pays dit à ce jour neutre!

Cette information fait écho à notre publication sur « Qui dirige la BNS? »

Force est de constater que cette institution supposée soumise à la Constitution fédérale est totalement en phase avec la stratégie et les besoins des deux grandes banques UBS et CS instrumentalisées elles-mêmes par les puissants lobbies de la planète.

UBS et CS sont aux manettes directement ou indirectement-de la politique financière et monétaire via une série de constructions d’entités privées ou décentralisées de l’administration fédérale.

Nous avons vu dans l’article « Qui dirige la BNS? » que ces deux banques pilotaient toute l’infrastructure de la place financière suisse à l’intérieur ou à l’extérieur du pays.

Il est temps de dire STOP!

Nous attendons aujourd’hui plus qu’hier que des élus se lèvent et remettent en question l’indépendance de la stratégie de la BNS tant sur le plan technique qu’éthique.

Liliane Held-Khawam | janvier 27, 2016

Note :

On me signale que la fracturation du schiste et le forage en profondeur dans les mers -off shore-  nécessitent des armes nucléaires!

(Cette information est à vérifier. Merci pour tout renseignement supplémentaire) Source de l’image (ici)

 

La BNS investit dans les armes nucléaires

La fondation PAX publie chaque année un rapport des acteurs économiques investissant dans la fabrication des armes nucléaires. La publication, du nom de «Don’t Bank on the Bomb» (Ne misez par sur la bombe) avait cité UBS et Credit Suisse comme des investisseurs mais c’est sa récente mise à jour qui a intéressé la Tages-Anzeiger.

Il apparaît en effet que la BNS détient des participations pour plus de 600 millions dans quatorze entreprises de ce type en 2015, dont Northrop Grumman et Raytheon. La BNS n’a pas voulu commenter le choix de ses investissements.

Loin derrière UBS et le Credit Suisse

Le rapport, qui est repris par le Groupe pour une Suisse sans Armée (GSsA) et par la Campagne Internationale pour l’Abolition des Armes Nucléaires (ICAN) témoigne d’une augmentation des participations de la BNS dans ce secteur. La Schweiz am Sonntag estimait ces investissements à 250 millions de francs en 2014 et la NZZ évoquait un montant de 550 millions pour 2015.

Ce montant reste encore loin des 5,1 milliards de dollars investis par UBS et 1,4 milliard de dollars par Credit Suisse dans ce secteur controversé, comme le relève le rapport. Les banques privées Edmond de Rothschild et Pictet ont investi respectivement 50 et 43 millions de dollars, rappelle ICAN Suisse.

Fin de non-recevoir

Ces investissements ne sont pas illégaux mais les auteurs de l’étude reprochent à la BNS d’enfreindre sa propre ligne de conduite qui refuse d’investir dans les fabricants d’armes. «Nous aimerions savoir qui à la BNS définit les critères d’exception et comment elle les décide», interpelle Lewin Lempert au GSsA.

La BNS a répondu à une missive du groupe en novembre par une fin de non-recevoir. Elle s’est contentée de rappeler qu’elle basait ses investissement sur des analyses de sociétés-conseil mais n’a pas voulu dire lesquelles ni les critères qui s’appliquaient.

La BNS fait des choix

La BNS a investi environ 90 milliards de francs dans des entreprises étrangères, des participations qu’elle gère passivement. Les parts dans ces groupes contestés ont augmenté ces derniers mois en raison de l’accroissement des volumes d’investissements.

Mais la BNS a également réduit son exposition dans des banques globales ou des entreprises impliquées dans de graves dommages environnementaux et de violations des droits de l’homme. Mais pas dans les groupes participant à la fabrication d’armes nucléaires. (nxp)

 

Source: https://lilianeheldkhawam.wordpress.com/2016/01/27/les-investissements-de-la-bns-dans-larmement-nucleaire-sont-indignes-liliane-held-khawam/

 

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Accident à Bure : L’Observatoire du nucléaire exige l’abandon immédiat du projet et un plan urgent de fin du nucléaire

Source : http://www.observatoire-du-nucleaire.org

26 janvier 2016

 

Un accident gravissime s’est produit ce jour dans le site souterrain de Bure (Meuse) où l’Agence pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), composante du lobby nucléaire, prépare l’enfouissement des déchets nucléaires les plus radioactifs.

Cet éboulement, qui a malheureusement tué une personne, démontre de façon dramatique l’incompétence et l’irresponsabilité des industriels du nucléaire et des organismes comme l’Andra : ils prétendent garantir la « sûreté » de l’enfouissement des déchets nucléaire pendant des milliers d’années or un éboulement gravissime s’est produit avant même la mise en service du site !

Il est d’ailleurs préférable, tout en regrettant le décès survenu, qu’un tel accident se soit produit avant que les déchets nucléaires ne soient enfouis. Cette affaire illustre l’irresponsabilité des industriels du nucléaire et des politiciens qui les soutiennent aveuglément en France depuis 50 ans.

L’abandon immédiat du site de Bure, et de tout projet d’enfouissement des déchets radioactifs, est indispensable. Mais plus généralement, si l’on prend aussi en compte les chantiers catastrophiques des réacteurs EPR (fission nucléaire) et Iter (fusion nucléaire), c’est l’ensemble des projets atomiques qui doivent être immédiatement stoppés en France.

De même, avant qu’un Fukushima français ne se produise, il faut lancer immédiatement un plan de fermeture rapide des réacteurs nucléaires qui, faut-il le rappeler, sont vieillissants, plus dangereux que jamais, et exploités par des industriels irresponsables.

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Défauts de la cuve de l’EPR : l’Observatoire du nucléaire dénonce un arrêté ministériel « sur-mesure » pour EDF

(Source Observatoire du nucléaire, 7 janvier 2016,

http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article307)

 

Le 3 janvier 2016, le Journal officiel de la République Française a publié un arrêté ministériel (*) taillé sur mesure pour permettre la validation de la cuve du réacteur nucléaire EPR de Flamanville malgré ses graves défauts.

 

La cuve de l’EPR présente de très graves défauts

Pour mémoire, la cuve du réacteur EPR de Flamanville, tout comme les deux cuves livrées aux Chinois pour la centrale nucléaire de Taishan, présente de très graves malfaçons.

Ainsi, alors que la résistance doit être partout de 60 Joules minimum, diverses zones de la cuve présentent des résistances nettement inférieures, descendant jusqu’à 36 Joules seulement.

Alors que la cuve de l’EPR de Flamanville devrait d’ores et déjà être interdite d’utilisation par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), celle-ci a au contraire engagé une irresponsable « procédure dérogatoire d’autorisation » (**).

L’arrêté publié le 3 janvier 2016 vient compléter le projet des autorités françaises (pouvoir politique et ASN) d’autoriser EDF à utiliser cette cuve malgré ses graves défauts.

Cet arrêté précise explicitement que « l’Autorité de sûreté nucléaire peut (…) autoriser l’installation, la mise en service, l’utilisation et le transfert d’un équipement sous pression nucléaire ou d’un ensemble nucléaire n’ayant pas satisfait à l’ensemble des exigences règlementaires« . Il s’agit clairement d’une mesure prise pour permettre la validation de la cuve de l’EPR.

Il est nécessaire de rappeler que les règles de sûreté du réacteur EPR prévoient que « la rupture de la cuve est exclue« , ce qui signifie que, contrairement à d’autres situations accidentelles, rien n’est prévu en cas d’une telle rupture.

Celle-ci ne doit donc surtout pas se produire, ce qui rend encore plus irresponsable les manoeuvres engagées sous la pression d’EDF pour autoriser l’utilisation de la cuve malgré ses graves malfaçons, préparant délibérément une catastrophe comparable à celle de Fukushima.

(*) http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000031742222&dateTexte=&categorieLien=id

(**) http://www.actu-environnement.com/ae/news/ouverture-procedure-derogatoire-autorisation-cuve-EPR-25908.php4

 

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Incompétence et irresponsabilité dans le nucléaire II

Interview de Jean-Pierre Petit, physicien des plasmas

Ancien Directeur de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique

Décembre 2015

Deuxième partie

 

APAG2 : Quel est votre point de vue sur la politique française actuelle en matière de nucléaire ?

 

J.-P. PETIT: Vous vous rappelez les propos de Sarkozy : “c’est le nucléaire ou le retour à la bougie”. Je m’inscris totalement en faux vis-à-vis d’une telle position. C’est nier tout progrès scientifique. Ceux qui ont lu ce que j’écrivais dans mon site savent qu’il y a d’autres voies, par exemple celle de la fusion aneutronique, devenue envisageable quand en 2005 une température de plus de trois milliards de degrés a été obtenue au laboratoire Sandia, aux Etats-Unis. Tout à fait par hasard d’ailleurs.

 

APAG2 : Le hasard joue un rôle dans la plupart des grandes avancées scientifiques. Mais revenons à ma question.

 

J.-P. PETIT: Il ne s’agit pas que de la politique française dans ce domaine. C’est une remise en cause totale de l’électronucléaire en général. Actuellement vous savez que la Chine a d’énormes problèmes en matière de pollution de l’air. Ce pays tire principalement son énergie du charbon, comme l’Allemagne, du reste. Or, le charbon chinois est d’une qualité médiocre et sa combustion, très incomplète, génère un maximum de déchets. Donc l’électronucléaire apparaît à la Chine comme une solution incontournable, étant donné l’urgence des besoins de la Chine. Dans des villes comme Pékin, la pollution atteint les limites du supportable. Malheureusement, pour la Chine aussi, le nucléaire n’est qu’un palliatif temporaire; les problèmes, repoussés dans le temps constitueront l’héritage empoisonné des générations à venir.

 

APAG2 : Vous voulez parler des déchets.

 

J.-P. PETIT: C’est un problème immense, pour lequel on propose des solutions aberrantes, centrées sur l’enfouissement.

 

APAG2 : Ce qui revient à reléguer cet héritage beaucoup plus loin encore dans le temps.

 

J.-P. PETIT: Fondamentalement, il n’y a pas, dans l’état actuel de la science, de nucléaire sans déchets. L’ennui, c’est que la gestion de ces derniers pose des problèmes insolubles.

 

APAG2 : Il n’y a pas de bonnes solutions ?

 

J.-P. PETIT: Non. Cela fait penser, dans le domaine financier, aux “Pyramides de Ponzi”, appelées aussi “traites de cavalerie”, système dans lequel les revenus versés aux investisseurs sont prélevés sur les capitaux confiés par les nouveaux déposants. Dans le domaine du nucléaire, l’électricité fournie a comme contrepartie camouflée des déchets qui devront impérativement être gérés pendant des milliers d’années, sous peine d’empoisonnement létal de l’environnement. De toute manière, aujourd’hui l’essor industriel se traduit par un problème de santé publique, dans de multiples domaines. Je cite un exemple. Tous les pays produisent et utilisent des objets en matière plastique. Ceux-ci ne se dégradent pas avec le temps. Le métal, le bois, si. Mais une simple bouteille de plastique peut cheminer pendant des décennies, entraînée dans le monde entier par les courants océaniques. Alors le rayonnement ultra-violet rend ce plastique cassant. Ainsi les débris de plastique sont-ils transformés en une masse de mini-débris, dont beaucoup ne sont même pas visibles à l’œil nu. Ils seront donc totalement intégrés à la chaîne alimentaire, y compris à partir du zooplancton et, de fait, se retrouveront dans nos assiettes, avec tous leurs composants cancérigènes.

 

APAG2 : On en revient à un problème écologique.

 

J.-P. PETIT: Encore aujourd’hui le mot écologie évoque encore souvent dans le public une population d’idéalistes complètement hors des réalités alors que c’est le problème fondamental, central, de l’humanité, le problème de sa qualité de vie, lié à la dégradation de son environnement. Le nucléaire est une des composantes du problème, mais il risque fort de devenir un jour sa composante essentielle.

 

APAG2 : Il implique les risques d’accidents majeurs, l’impossibilité de démanteler les installations existantes et le problème insoluble des déchets.

 

J.-P. PETIT: Un centre industriel nucléaire est foncièrement différent d’un complexe de l’industrie chimique. Si on veut arrêter et démanteler une installation industrielle mettant en oeuvre la chimie, c’est toujours plus ou moins faisable, en y mettant le prix. In fine, les substances chimiques les plus toxiques peuvent être décomposées en les portant à haute température. Bien sûr, certains composants de base, comme des métaux lourds, subsisteront dans les résidus. Les déchets nucléaires diffèrent des déchets chimiques en premier lieu par ce qu’ils sont systématiquement agressifs. On ne peut pas s’en approcher, à cause du rayonnement qu’ils émettent. En second lieu, ils diffèrent des déchets chimiques par la durée de leur dangerosité qui excède celle de l’histoire humaine que l’on estime à 6’000 ans. Enfin ces déchets se révèlent mortels à l’échelle d’infimes poussières qu’on peut inhaler ou ingérer, l’exemple type étant le plutonium. Le troisième aspect que l’on doit prendre en compte est le fait que ces effets mortifères peuvent n’apparaître que bien des années après que l’agent cancérigène a été intégré au corps humain. Enfin il existe un quatrième aspect. Il y a des situations, et le premier exemple est celui de Fukushima, où les hommes se sont avérés totalement incapables de circonscrire les effets d’un accident nucléaire en matière de diffusion des déchets, dans les nappes aquifères et l’océan.

 

APAG2 : Un phénomène issu de la fusion des cœurs. C’est le syndrome chinois.

 

J.-P. PETIT: J’y reviendrai plus loin. Les deux derniers points se réfèrent au caractère diffus et insidieux de cet empoisonnement à échelle planétaire.

 

APAG2 : Le caractère différé de la contamination radiologique permet de masquer ses effets thanatogènes en niant toute implication d’une pollution issue du nucléaire.

 

J.-P. PETIT: Un certain nombre des lecteurs de ces lignes ont peut-être été confrontés au développement d’un cancer. C’est une maladie aux conséquences souvent atroces, dont la détection peut se révéler très tardive. Aux ardents partisans du nucléaire on devrait poser la question “êtes-vous favorables, sans réserve, à une technologie pouvant entraîner chez les êtres humains, vos contemporaines ou vos descendants, pareilles souffrances ?”.

 

APAG2 : Le refus de se poser cette question a permis un développement anarchique de cette technologie.

 

J.-P. PETIT: Au départ, cette pollution était liée aux expérimentations d’armes atomiques dans l’atmosphère. Il a fallu du temps avant que des hommes aient un sursaut de lucidité. Je vais donner deux exemples. A la fin des années cinquante les Américains avaient une certaine avance sur les Soviétiques en matière d’armes nucléaires. Les Russes envisagèrent de rattraper ce retard en créant l’arme thermonucléaire la plus puissante qui puisse être livrée sur sa cible par avion. On confia cette tache au physicien Andréi Sakharov.

 

 

Sakharov

Andréi Sakharov

 

 

 

Celui-ci, qui avait déjà conçu la première bombe thermonucléaire soviétique, conçut et réalisa ce nouvel engin en seulement quatre mois. Cela donna naissance à ce qu’on appela plus tard la Tsar Bomba. Le principe était celui d’une bombe dit “FFF”, ce qui signifie fission-fusion-fission. Un engin à trois étages.

 

 

 

2683269 08/23/2015 A model of the Tsar Bomba hydrogen bomb tested on October 30, 1961 was delivered from Sarov Nuclear Center to the Manezh Central Exhibition Hall for the cultural and historical exhibition marking the 70th anniversary of the Russian nuclear industry. Mikhail Voskresenskiy/RIA Novosti

La Tsar Bomba russe. 27 tonnes, 57 mégatonnes de TNT (1961)

 

APAG2 : Rappelez-nous ce principe.

 

J.-P. PETIT: Au cœur de ce dispositif il y avait un engin à fission, une sphère creuse de plutonium 239 , d’une quinzaine de kilos, qu’on faisait imploser sous l’action d’explosifs disposés en périphérie. Le fort rayonnement X émis provoquait alors la fusion au sein d’une charge constituée par de l’hydrure de lithium, à l’état solide. Cette fusion s’accompagnait d’une forte émission de neutrons qui attaquaient alors une enveloppe constituée par de l’uranium 238, non fissile. La capture de ces neutrons transformait alors celui-ci en plutonium 239, et la fission de celui-ci s’accompagnait d’un nouveau dégagement massif d’énergie. Sakharov dimensionna d’abord cet engin de manière à ce que sa puissance pût théoriquement atteindre 100 mégatonnes. D’un poids de 27 tonnes celui-ci fut largué au-dessus de la Nouvelle-Zemble, dans l’arctique, par un bombardier quadrimoteur Tupolev Tu-95 “Bear”, volant à 13’000 mètres d’altitude.

 

 tsar bomba2

La bombe de 27 tonnes et le bombardier Tupolev qui l’emporte

 

La bombe, un véritable monstre, d’un poids de 27 tonnes et longue de huit mètres descendit, freinée par un parachute et sa mise à feu se déclencha à 3500 mètres d’altitude.

 

 

 tsar bomba3

Le monstrueux champignon de la Tsar Bomba
se déploie dans la stratosphère jusqu’à 70 km d’altitude

 

 

La boule de feu mesurait 7 km de diamètre (contre 150 mètres pour celle d’Hiroshima). L’éclair de l’explosion put être observé à 1000 km de distance. Le champignon se développa jusqu’à une altitude de 70 km, c’est à dire en dehors de l’atmosphère terrestre et atteignit une envergure de 25 kilomètres.

 

 

tsar bomba4

Puissances de trois bombes H comparées à celles des deux premières bombes atomiques. Mike, 1er novembre 1952, 10,4 MGT de TNT. Bravo, 1er mars 1954, 15 MGT de TNT, Tzar Bomba, 30 octobre 1961, 57 MGT de TNT. Trinity, 16 juillet 1945, 21 KT de TNT. Hiroshima, 6 août 1945, 14 KT de TNT.

 

 

Sakharov obtint que la puissance de la bombe soit bridée en remplaçant l’enveloppe extérieure, de Pu 238, par du plomb. Ainsi sa puissance, mesurée, fut-elle limitée à 57 tonnes d’équivalent TNT.

 

APAG2 : Cela reste, aujourd’hui, l’engin le plus puissant essayé à ce jours.

 

J.-P. PETIT: On sait que, immédiatement après, Andréi Sakharov décida de ne plus contribuer à doter son pays d’armes, de toute nature. Plus précisément il indique dans ses mémoires qu’il fit à l’époque le calcul du nombre de cancers qui résulteraient de la dispersion des débris de cet engin ; il se chiffrait en centaines de milliers. Et il écrivit “Contribuer à la défense de mon pays : oui, détruire l’humanité : non”.

 

APAG2 : Cet essai fut suivi par le tir Castle Bravo américain.

 

J.-P. PETIT: Une explosion qui montre l’absence de maîtrise des scientifiques dans les applications de cette techno-science. La charge de fusion était constituée par du deutérure de lithium, c’est à dire un hydrure de lithium où l’atome Li H d’hydrogène est son isotope à deux nucléons qu’on appelle le deutérium . Le lithium existe sous la forme de deux isotopes, le lithium six Li6 et le lithium sept Li7. La charge explosive de l’engin américain incluait 70 % de lithium 7 et 30% de lithium 6. En tablant sur la fusion du deutérium et du lithium six, donnant deux atomes d’hélium, les scientifiques américains pensaient que le second isotope se comporterait de manière totalement passive. Or il s’avéra qu’à travers une cascade de réactions ce second isotope produisait également une réaction de fusion, multipliant la puissance de la bombe par trois ! Ainsi, alors que la puissance calculée était de 5 mégatonnes, l’engin en développa le triple, soit 15 mégatonnes. De plus un vent en altitude, en direction inverse de celui mesuré dans les basses couches entraîna les retombées vers l’est, où elle s’abattirent sur un navire de pêche japonais, entraînant la mort immédiate d’un membre de l’équipage, et par la suite, celle différée de plusieurs autres, par cancers.

 

APAG2 : Tel est l’aspect spectaculaire, immédiat, des retombées du nucléaire.

 

J.-P. PETIT : L’issue est toujours la même, si on excepte l’incidence immédiate des affections radio-induites. Les sujets absorbent, d’une manière ou d’une autre, les substances produites et décèdent par cancers, parfois au bout de délais importants, dépassant la dizaine d’années.

 

APAG2 : En dehors de ces activités militaires il faut aussi compter avec les accidents du nucléaire civil.

 

J.-P. PETIT : Après l’affaire de l’essai Castle Bravo, les populations s’insurgèrent contre la poursuite d’essais nucléaires aériens et les nouveaux engins firent désormais l’objet d’essais nucléaires souterrains. Aux USA les Américains testèrent leurs nouvelles bombes dans un site situé au Nevada. Les Anglais firent de même en Australie, les Français en Polynésie, dans le site de l’atoll de Moruroa. Le site Russe se situait dans les steppes du Kazhakstan. Mais qui s’insurge contre l’éventualité inexorable d’accidents liés à la prolifération d’installations nucléaires civiles ? Il y a une chose dont le public ne se rend absolument pas compte, c’est le fait que le cœur de chacune de nos centrales nucléaires contient, en quantité de matière fissile l’équivalent de mille Hiroshima. La documentation AREVA[1] indique que la charge-type d’un réacteur de 900 MW correspond à 72 tonnes d’uranium enrichi. Tel qu’il est extrait sous forme de minerai le pourcentage d’uranium 235, fissile est de 0,7 % . L’enrichissement, par des procédés divers, amène ce taux à 10% ce qui fait que ce réacteur contient 7 tonnes de cet uranium fissile. Cette charge passe à 12 à 15 tonnes pour un réacteur de 1500 MW. Quand on sait que la quantité de matière fissiles dans une bombe à uranium tourne autour de la dizaine de kilos on voit que le chargement de nos réacteurs civils équivaut à celui de mille bombes du type Hiroshima. C’est la raison pour lesquelles les accidents de réacteurs civils, s’ils sont moins spectaculaires que les explosions des bombes, restent extrêmement dommageables pour l’environnement et la santé des hommes. Mais tout se joue dans le mental du public. On peut s’étonner que les réactions à l’échelle de la planète aient pu être vives après l’explosion de Castle Bravo à Bikini, alors qu’elles sont quasi inexistantes quand l’humanité est confrontée à la problématique du déploiement de l’électronucléaire à travers le monde.

 

APAG2 : L’accident récent de Fukushima aurait du constituer une leçon salutaire.

 

J.-P. PETIT : Visiblement, il n’en est rien. Encore une fois la cupidité irresponsable semble près de gagner la partie. Fukushima a représenté une nouveauté en regard de l’accident de Tchernobyl. Dans ce dernier, le cœur avait explosé. La pollution qui en était résultée s’était uniquement propagée par voie aérienne. Rappelez-vous que, suite à la fusion du cœur, les Russes se montrèrent très préoccupés par cette masse de métal fondu, constituant ce qu’on a appelé le corium, mélange d’uranium 235 et 238, de produits de fission, de transuraniens dont le plutonium, et d’éléments métalliques de structure, comme le zirconium entourant cette charge. La fusion d’un cœur de réacteur implique la concentration incontrôlable du matériau fissile et son entrée en criticité. La quantité de chaleur dégagée dépend exponentiellement de la concentration. Par ailleurs cette chaleur ne peut plus être évacuée. Un corium peut donc attaquer son support. D’abord la paroi d’acier de la cuve. Dans les réacteurs à eau pressurisée celle-ci a une forme hémisphérique, qui impliquera le confinement du cœur fondu selon l’axe du réacteur, à sa partie basse.

 

APAG2 : Puis le corium attaque le radier en béton.

 

J.-P. PETIT : Puisque ces interviews illustrent l’incompétence des gens du nucléaire il convient de rappeler une anecdote. Au moment de la catastrophe de Fukushima, quand les gens craignaient la fusion du cœur, le responsable de l’Autorité de Sureté Nucléaire française (ASN) déclara : “il ne faut pas dramatiser. Sous la cuve il y a quand même une dalle de béton de 8 mètres d’épaisseur!”. Visiblement cet homme ignorait tout de la capacité du béton à résister à la température. Ce matériau est issu de l’hydratation de composants solides. Dans le béton standard il y a 30% d’eau, en volume. Quand le béton est chauffé, il se décompose et relâche son eau sous forme de vapeur. Ceci se produit quand la température dépasse 1400°C, ce qui est vite atteint avec un corium moyennement actif. L’attaque est plus importante au centre le la flaque de corium.

 

APAG2 : A quoi ressemble un béton attaqué par le corium ? Probablement est-il bien difficile d’assister au phénomène, à cause de sa radioactivité.

 

J.-P. PETIT : Le Commissariat à l’Energie Atomique français ( CEA ) a réalisé, en 2009, pour le compte de l’Institut de Recherche sur la Sûreté Nucléaire (IRSN), des essais en simulation l’activité du corium[2]. Pour ce faire une masse d’uranium 238, non fissile, mélangé à du zirconium et autres débris a été chauffé par induction à 2000° . On voit alors apparaître des bulles de vapeur, au centre de cette masse. Ce sont les expériences “Vulcano”. Il faut regarder cette vidéo pour pouvoir observer le dégazage issu de la décomposition du béton.

 

 

 décomposition béton

Extrait de la vidéo “ Vulcano”
Décomposition du béton, sous le corium en fusion

 

APAG2 : Combien de temps un radier de béton peut-il résister à l’attaque par un cœur fondu ?

 

J.-P. PETIT : A Fukushima il y a eu fusion de trois cœurs. Après rapide perforation des cuves, en moins de dix heures, le corium a attaqué le béton. Moins d’une douzaine d’heures plus tard le radier était perforé. Ensuite ce corium a commencé à s’enfoncer dans le sol.

 

APAG2 : Et aujourd’hui, à quelle profondeur se trouvent ces cœurs ?

 

J.-P. ETIT : Personne n’en a la plus petite idée. A Fukushima il n’y a pas de nappe phréatique à proprement parler. Le sol contient de l’humidité, comme le permafrost sibérien. Comment s’effectue alors la circulation de l’eau dans ce milieu ? On ne le sait pas non plus, mais l’eau de l’Océan Pacifique est à quelques dizaines de mètres des cuves. Les Japonais ont donc commencé par installer un mur de protection, en béton. Mais il est vite apparu que cette mesure ne se révélait pas suffisante. La solution mise en œuvre a donc été de creuser des tranchées en aval des réacteurs sinistrés et d’y installer dans ces trous des systèmes de réfrigération, dans le but d’utiliser le sol lui-même, pour faire barrage, en le gelant.

 

APAG2 : C’est complètement fou.

 

J.-P. PETIT : Il faut ajouter que quand les Japonais arrosent leurs réacteurs, l’eau de ruissellement se charge de substances radioactives. Une eau qu’ils stockent alors dans un grand nombre de cuves, et qu’ils finissent au bout du compte par relâcher dans le Pacifique. Mais l’opinion internationale semble s’habituer à ces folies qui se succèdent les uns aux autres. C’est ça qui est vertigineux. Les hommes sombrent dans un état d’apathie face à ces problèmes. S’il n’y a pas quelque chose de spectaculaire, comme une explosion, ou la retombée de “neige atomique”, entraînant la mort d’individus en quelques jours, ces questions quittent les pages d’actualité des journaux. Au Japon un premier réacteur a été remis en marche à Sendaï, le 11 août 2015[3]. D’autres redémarrages suivront alors que tous ces réacteurs sont sujets aux tremblements de terre et que la plupart d’entre eux ont “les pieds dans l’eau” et sont vulnérables aux Tsunamis.

 

APAG2 : C’est désespérant.

 

J.-P. PETIT : Il en est ainsi pour toutes les œuvres humaines susceptibles de se révéler dommageables pour la santé. Pensez à l’époque où existait un moratoire contre l’utilisation des OGM. Même cela est tombé dans l’oubli. La norme évolue au fil des années. Prenez par exemple cette histoire de fusion des cœurs. Si cette masse de métal fondu tombe sur une radier de béton incliné et s’épand, on a quelques chances de voir cette expansion du cœur fondu contrarier son entrée en criticité. C’est ce qui s’est passé à Tchernobyl. On a même maintenant des photos de ce cœur fondu du réacteur qui a pris une forme de “pied d’éléphant”.

 

 

corium Tchernobyl

Photo du corium de Tchernobyl, par un robot

 

Mais le cas de Tchernobyl est trompeur. On croit souvent qu’un cœur de réacteur, après fusion, devrait se calmer au bout de quelques années, au point qu’on pourrait alors s’en approcher et le photographier. Mais à Tchernobyl, après que le réacteur eut explosé, les Soviétiques déversèrent des tonnes de sable, par hélicoptère. Ce qui s’est enfoncé dans le sol n’est pas le cœur du réacteur mais un mélange comportant 10 % d’uranium et 90% de sable, mélange qui était de ce fait beaucoup moins actif que ne l’aurait été une masse d’uranium fondu. Mais ça n’a pas empêché cette masse de passer au travers de plusieurs planchers de béton. Quatre cent ouvriers mineurs, partant de l’abri constitué par le réacteur voisin, ont creusé en toute hâte un tunnel de 150 mètres pour pouvoir intervenir sous le réacteur. Il avait été envisagé d’y installer un système de réfrigération à l’azote liquide. Un ouvrier se sacrifia pour aller ouvrir une vanne permettant d’inonder les locaux où le corium brulant était descendu, ce qui eut pour effet de refroidir celui-ci. Par la suite les mineurs coulèrent du béton dans le sous-sol du réacteur.

 

APAG2 : L’affaire de Tchernobyl est loin d’être close.

 

J.-P. PETIT: Ce qui est hallucinant c’est le comportement des Japonais. Tandis que persiste la pollution du site de Fukushima et que se poursuit celle du Pacifique par les radioéléments issus des cœurs fondus, les dirigeants Japonais se permettent de redémarrer leurs réacteurs ! Et face à cela que trouve-t-on ? Une bien timide manifestation de la population.

 

APAG2 : On est bien loin des manifestations qui avaient eu lieu lors de l’implantation, au nord du département de l’Isère, du surgénérateur Superphénix, lors desquelles il y eut même un mort.

 

J.-P. PETIT: Il y a deux choses qui brident la réaction des populations. La première c’est de ne pas avoir accès à l’information. La seconde est au contraire d’être submergé par celle-ci, déboulant de tous les côtés. Trop d’information tue l’information. Les gens sont saturés, anesthésiés. Ceux qui auraient pu s’ériger en porte-parole des populations grugées, les leaders des formations politiques se réclamant de l’écologie se sont montrés pitoyables. Primo, ils ignorent tant les aspects scientifiques et techniques du problème que ses dimensions écologiques et sanitaires. Secondo, ils se comportent comme des politiques soucieux des sièges à conserver ou à conquérir et non comme les garants du vivant et de sa durabilité. Tertio, au lieu de guider l’opinion publique vers une société moins hostile à la nature, ils n’ont pour toute boussole qu’un doigt mouillé en l’air. Avant l’élection de François Hollande, les dirigeants écologistes “avaient passé des accords” avec lui. On sait ce qu’il en advint. La première chose que fit Hollande après son élection fut de donner le feu vert au démarrage du projet de surgénérateur à neutrons rapides Astrid, le successeur du Super-Phénix; comme si la dilapidation des quelque neuf milliards d’euros qu’avait coûtés cette folie technologique, pour reprendre l’estimation assurément conservatrice du Rapport de la Cour des comptes de 1997, n’avait pas suffi à prémunir les dirigeants français contre pareil délire technocratique. Nul n’entendit de protestations solennelles des dirigeants prétendus écologistes. Même silence chez les scientifiques français.

 

APAG2 : Quelle démission !

 

J.-P. PETIT: Personnellement j’avais demandé à Michèle Rivasi “la passionnaria des Verts” de cosigner avec moi un livre sur ces questions. Après avoir donné son accord elle s’est proprement défilée, il n’y a pas d’autre mot. L’associations française Sortir du Nucléaire (SDN) est quant à elle inaudible. Tandis que dans les années soixante-dix, des milliers de Français, Suisses, Italiens et Allemands manifestèrent à Crey-Malville, à présent, cette malheureuse SDN organise des “défilés de bisounours”, pour reprendre l’expression d’un militant désabusé, défilés d’une prodigieuse inefficacité.

 

 

APAG2 : Et personne ne se hasarde à désigner les véritables responsables, ceux qui ont créé une telle situation.

 

J.-P. PETIT: Il n’y a pas si longtemps le Président Valéry Giscard d’Estaing disait que sa fierté avait été que le programme nucléaire français ait pris son essor sous son mandat, relayé par son Premier Ministre Jacques Chirac.

 

Giscard

Giscard d’Estaing : le nucléaire, la dette française, le Constitution européenne

 

 

On lui doit aussi le parrainage du projet des “avions renifleurs”.

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_des_avions_renifleurs

 

Une histoire complètement abarcadabrante où l’Etat dilapida des sommes importantes, payées par le contribuable. Un soi-disant inventeur italien, réparateur de postes de télévision, avec la complicité d’un aristocrate belge, monta une arnaque grossière grâce à laquelle un appareil de son invention qui, embarqué à bord d’un “avion renifleur“, était censé pouvoir détecter des nappes pétrolifères. Cette détection était signalée par des taches sur des images vidéos qui défilaient sur un écran. En fait le prétendu inventeur déclenchait l’apparition du “signal” convenu en actionnant, du fond de sa poche, la préfiguration des télécommandes de téléviseurs.

 

La personnalité d’un homme comme Giscard d’Estaing représente un concentré de ce que peut représenter une carrière politique « optimisée ». Il entre d’abord à l’Ecole Polytechnique française. Là, chaque année, 300 jeunes gens s’entendent dire pendant leurs deux années d’école qu’ils sont avant tout l’élite de la nation et qu’ils devront jouer leur rôle de guides.

Puis Giscard (qui moyennent finance obtint que « d’Estaing » fut accolé à sa nom, ce qui lui permit d’afficher ses initiales entrelacées à la grande porte en fer donnant accès à un de ses propriétés) épouse une riche héritière, une représentante des puissances d’argent. Entre temps il a, comme Hollande et nombre de politiques français, suivi l’enseignement de l’ENA, l’Ecole National d’Administration. Qu’apprend-t-on dans cette seconde école, en dehors des rouages de l’Etat Français ? Essentiellement la pratique de la langue de bois, l’art de discourir, au pied levé, sur un sujet quelconque, sans posséder la moindre compétence, ou même connaissance du sujet.

La trajectoire de Giscard se poursuit. Affligé d’une calvitie précoce il évolue en collant une longue mèche de cheveux sur le sommet de son crâne. Là encore, une ridicule obsession du paraître. Son ascension politique se poursuit. Il double Mitterrand, un autre caméléon politique, à l’aide d’une simple phrase, lâchée lors d’un débat télévisé :

 

  • Monsieur Mitterrand vous n’avez pas le monopole du cœur.

 

Parvenu à la tête de l’Etat, Giscard « innove ». Il arrive à l’Elysée à pied. Il dîne avec « des Français ». Il … joue de l’accordéon, fréquente les vedettes du spectacle, s’encanaille. Il découvre la chasse aux grands fauves, en Afrique, chez son grand ami Jean Bedel Bokassa, futur empereur, qui lui offrira un lot de diamants bruts. A part cela il est l’auteur de la « loi Giscard » de 1973[4] qui interdit à l’Etat Français de battre monnaie et le contraint à emprunter aux banque privées. Des décennies plus tard cette opération, menée au bénéfice exclusif de banques privées, créera ici comme ailleurs une dette impossible à éponger.

Après son septennat, interrogé lors d’une émission de télévision Giscard faisait le bilan en se réclamant d’avoir impulsé la politique française en matière d’électronucléaire. C’était, disait-il, son plus grand succès. Aujourd’hui on sait que, grassement payé pour ce travail, il a été un des principaux auteurs de la Constitution Européenne.

Enfin, comme il est de coutume en France dans le monde politique il cumule toutes les retraites correspondant à ses différentes fonctions. 5000 euros par-ci, 5000 euros par là. Cinq mille comme député, plus cinq mille comme président, plus cinq mille comme membre du conseil constitutionnel, plus…. 29.000 euros au total.

 

APAG2 : Est-ce qu’en France l’étiquette d’antinucléaire n’est pas aussitôt associée à un certain … folklore ?

 

J.-P. PETIT: Je vais citer un exemple. Au sein de ce collectif “Sortir du Nucléaire” on pouvait même trouver une fédération anarchiste. C’est … n’importe quoi. Très peu de gens ont réellement conscience de ce qui est en train de s’installer en France. Il existe une possibilité d’avoir accès aux archives vidéo des sessions de l’Assemblée Nationale sur différents sujets.

 

APAG2 : En somme la carrière-type d’un politique Français.

 

J.-P. Petit : Sarkozy et Hollande ne valent guère mieux. Quand on se demande ce qui motive tous ces gens, quelles sont leurs vues sur le devenir du pays, on perd facilement ce qui leur tient lieu de dénominateur comme : le bête intérêt pour l’argent.

 

APAG2 : Ne pourriez-vous pas tenter d’élucider le mystère de l’élaboration de la politique française en matière de nucléaire.

 

J.-P. PETIT: Ca sera le sujet de la troisième partie.

 

J’ai téléchargé les enregistrements des débats parlementaires au sein de l’OPCST, de l’Office Parlementaire chargé des Choix Scientifiques et Techniques, émanation conjointe du Sénat et de l’Assemblée Nationale. Ses sessions sont animées par deux personnages, le sénateur Bruno Sido et le nucléo-député Christian Bataille. Précisons que c’est sur le territoire du “roi Vido”, la Haute-Marne, que doit être implanté le site d’enfouissement des déchets nucléaires français, dans le cadre du projet CIGEO.

 

APAG2 : Je suppose que vous allez nous parler de tout cela.

 

J.-P. PETIT: Bien sûr. Mais en attendant, je mettrai des visages sur les noms susmentionnés des deux hérauts actuels de l’électronucléaire français.

 

Bataille Vido

Le nucléo député Christian Bataille et le sénateur de Haute-Marne Bruno Vido

 

 

 

 

 

[1] http://www.areva.com/mediatheque/liblocal/docs/Clients/pdf-broch-reacteurs-vf.pdf

[2] http://www.irsn.fr/FR/popup/Pages/Experience_Vulcano.aspx

[3] http://www.lemonde.fr/energies/article/2015/08/11/le-japon-relance-le-nucleaire-malgre-l-hostilite-de-sa-population_4720135_1653054.html

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_janvier_1973_sur_la_Banque_de_France

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En Ukraine, d’autres Tchernobyl en préparation ?

 

Il est difficile de trouver des informations sur l’état des centrales nucléaires en Ukraine. Nous en avons toutefois découvert dans l’article suivant de Dmitri Orlov dont nous reproduisons ci-après la partie y relative.

APAG2

31.12.2015.

 

Priez pour un hiver doux en Ukraine…

par Dmitry Orlov

Le 22 décembre 2015 – Source ClubOrlov

http://lesakerfrancophone.net/19-jour-de-noel/

 

 

…L’Ukraine avait jadis le même système éducatif de classe mondiale que la Russie, mais depuis l’indépendance, ils sont passés à l’enseignement en ukrainien (une langue construite à partir de rien) en utilisant des manuels inexistants. Les enfants ont appris une histoire bidon, hallucinée par des nationalistes ukrainiens enragés. On leur a dit que la Russie était arriérée, qu’il faut l’oublier, alors qu’eux méritent le bonheur dans l’UE. (Tout comme les Grecs ? Ouais, génial…) Mais maintenant, la population a été réduite à un niveau de pauvreté que l’on n’observe plus aujourd’hui qu’en Afrique. Les jeunes fuient, ou se tournent vers le gangstérisme et la prostitution, simplement pour survivre. Cela ne donne pas un récit culturel heureux. Qu’est-ce que cela signifie d’être Ukrainien maintenant ?

Voilà ce que cela signifie vraiment maintenant. Avec tant de choses allant de travers, l’Ukraine a été incapable d’obtenir assez de gaz naturel ou de charbon pour constituer une réserve en cas de vague de froid cet hiver. En quelques semaines de grand froid, les réserves s’épuiseront, puis les tuyaux gèleront, rendant la plupart des zones urbaines invivables (parce qu’il faut rappeler qu’il n’y a plus d’argent, ni d’industrie à proprement parler, pour réparer les dégâts). Les perspectives semblent assez mauvaises, mais nous n’en sommes pas encore là.

Voyez-vous, l’Ukraine produit plus de la moitié de son électricité à partir de centrales nucléaires. Dix-neuf réacteurs nucléaires sont en fonction, avec deux de plus en cours de construction, en principe. Et cela dans un pays dont l’économie est en chute libre et se rapproche de celle du Mali ou du Burundi ! Le combustible nucléaire pour ces réacteurs était fourni par la Russie. Une tentative de remplacement du fournisseur russe par Westinghouse [fournisseur américain, NdT] a échoué en raison de problèmes de qualité ayant provoqué un accident. Que va devenir une Ukraine en faillite, qui vient de spolier la Russie en refusant de lui rembourser une dette souveraine de $3 Mds, que va-t-elle faire quand viendra le temps de faire le plein de ces dix-neuf réacteurs ? Bonne question !

Mais il y a une question encore meilleure. Vont-ils tenir jusque-là ? Car voyez-vous, il se trouve que la maintenance préventive de ces installations nucléaires n’a pas été assurée, en raison du manque de fonds. Vous êtes probablement déjà au courant de cela, mais laissez-moi préciser, seulement au cas où : un réacteur nucléaire n’est pas une de ces choses que vous utilisez jusqu’à ce qu’il tombe en panne et que vous appeliez un mécanicien. Ce n’est pas du genre «tant que c’est pas cassé, je peux pas savoir pourquoi ça marche plus et le réparer», mais plus un scénario du style «vous avez mal suivi les consignes de réglage donc je ne vais même pas regarder». Et la façon d’empêcher une panne est de remplacer tous les éléments qui sont répertoriés sur le calendrier de remplacement au plus tard aux dates indiquées sur ce calendrier [comme sur votre voiture, en somme. NdT]. C’est ça ou sinon Patatras!. Et alors les cheveux de tout le monde vont tomber.

Quelle est la proximité d’un accident nucléaire majeur en Ukraine ? Eh bien, elle est très proche : tout récemment, il a été évité de justesse lorsque certains nazis ukrainiens ont fait sauter les lignes électriques alimentant la Crimée, déclenchant une panne d’électricité qui a duré plusieurs jours. Les Russes se sont rués pour installer une ligne depuis la Russie continentale, pour rétablir la lumière en Crimée. Mais au même moment, le sud de l’Ukraine, avec ses quatre centrales d’énergie, a aussi perdu sa connexion au réseau, et seules des actions d’experts, exécutées très rapidement par le personnel ont évité un accident nucléaire.

Je suppose que vous le savez déjà, mais, seulement au cas où, permettez-moi de le préciser à nouveau. Une des pires choses qui puisse arriver à un réacteur nucléaire est la perte de son approvisionnement en électricité. Oui, les centrales nucléaires produisent de l’électricité à la demande, mais elles doivent être alimentées en électricité tout le temps pour éviter un effondrement. C’est ce qui est arrivé à Fukushima Daiichi, qui a recouvert le sol de poussières radioactives jusqu’à Tokyo, avec une fuite radioactive toujours en cours et des rejets dans le Pacifique.

Ainsi le scénario cauchemar pour l’Ukraine est simple. La température descend en dessous de zéro et y reste pour quelques semaines. Les réserves de charbon et de gaz naturel se tarissent, entraînant l’arrêt des centrales thermiques ; l’alimentation électrique tombe ; les pompes de refroidissement des dix-neuf réacteurs nucléaires (qui, soit dit en passant, n’ont probablement pas été révisées récemment comme elles auraient dû l’être) s’arrêtent… Fonte du réacteur !

Et donc, si vous voulez dire une prière pour l’Ukraine en cette période de vacances, ne vous fatiguez pas car c’est bel et bien foutu. Mais dites une prière pour le réchauffement climatique. Si cet hiver reste très, très chaud, alors le scénario des dix-neuf Fukushima pourra être évité. Ce n’est pas impossible : nous voyons des hivers anormalement chauds, l’un après l’autre, et chaque mois qui passe établit de nouveaux records. L’avenir sera chaud, plutôt même très chaud. Prions qu’il ne soit pas aussi radioactif que chaud.

Dmitry Orlov

 

Traduit par Hervé, édité par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone

 

 

 

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Internet coûte cher à la planète

ENERGIE

Surfer sur le web est une activité désormais anodine, mais pas sans conséquences sur la consommation électrique

par Vincent Bürgy

(Source : Le Courrier du 22 décembre 2015)

 

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) seraient à l’origine, selon différentes études, de 5 à 10 % de la consommation mondiale d’électricité. Qu’il s’agisse de l’envoi d’un courriel, du visionnage d’une vidéo sur son smartphone ou de visites sur les réseaux sociaux, toutes ces activités appartenant désormais au quotidien ont un coût écologique. Une considération qui échappe le plus souvent aux internautes.

«Il y a une forme de conscience diffuse de ces problèmes. Le public a notamment une certaine idée de la dangerosité des appareils électroniques puisqu’ils conservent chez eux une bonne partie de leurs anciens téléphones portables ou ordinateurs, sans les jeter», observe Michelle Dobré. Sociologue auprès de l’Université de Caen Normandie (France), celle-ci a cosigné plusieurs ouvrages et articles où il est notamment question de l’impact environnemental des NTIC, dont le livre «La face cachée du numérique» paru en 2013.

 

En dépit de l’importance croissante du numérique depuis les années 1990, les thèmes de la consommation énergétique de ces technologies et du traitement des déchets électroniques demeurent pourtant absents de l’espace médiatique. Michelle Dobré déclare que cela ne découle pas à proprement parler d’une négation des consommateurs ou des acteurs du domaine, mais que la réponse est à chercher ailleurs. La sociologue enchaîne: «Il y a un mythe contemporain selon lequel nous allons être sauvés par ces technologies. Une promesse qu’elles vont réparer les dégâts de la dernière ère industrielle.» Oubliées les survivances de la révolution industrielle, les nouvelles technologies se profilent même comme la clé de voûte du développement durable.

Cette doxa serait une manière d’occulter l’impact véritable de ces technologies, relève la chercheuse. En effet, rien que pour la France, les NTIC représentent 14% de la consommation électrique, soit près de sept réacteurs nucléaires, et sont à l’origine de 5% des émissions annuelles de gaz à effet de serre, indique un rapport de l’Etat français. Cette étude estime que la part croissante d’électricité utilisée par ces technologies a pour effet «d’annuler totalement les gains énergétiques obtenus sur tous les autres équipements énergétiques domestiques sur la même période».

 

Ce phénomène, nommé «effet rebond», vient également remettre en cause les supposées vertus écologiques d’internet. L’une des pierres angulaires de ce réseau, les data centers, ou centres de données sont particulièrement dans le collimateur des chercheurs. Ces «fermes de serveurs» hébergent des centaines de téraoctets de données. Celles-ci sont stockées dans d’innombrables serveurs qui constituent la partie visible d’internet. Différents services de stockage immatériel des données, des systèmes de «cloud», reposent également sur les capacités de ces serveurs. Selon certaines estimations, mais sans que cela soit confirmé, une société comme Google possèderait à elle seule entre un et deux millions de serveurs.

Le développement rapide d’internet, notamment la consommation croissante de données via mobile, explique la croissance soutenue de ce secteur ces dernières années. Cela n’est pourtant pas sans conséquences. Aujourd’hui les fermes de serveurs représentent à elles seules 4 à 8% de la consommation électrique mondiale et génèrent 3 à 8% des gaz à effet de serre de la planète, soit autant que le trafic aérien, rapporte le quotidien «Le Parisien». Des données vertigineuses, mais controversées, qui poussent certains spécialistes à soutenir l’idée d’une limitation de la vitesse d’internet pour contenir sa consommation énergétique. La balle est désormais dans le camp des géants du web.

 

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Classé dans en français, Problématiques énergétiques

Incompétence et irresponsabilité dans le nucléaire I

Interview de Jean-Pierre Petit, physicien des plasmas

Ancien Directeur de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique

Première partie

Décembre 2015

APAG2 : Jean-Pierre Petit nous attendons depuis des mois que vous puissiez installer sur le net de nouvelles vidéos concernant le nucléaire.

J.-P. Petit : Il peut sembler étrange que je ne trouve pas de temps pour faire ce travail, mais je suis terriblement pris par le travail que représente la publication de mes travaux de cosmologie.

APAG2 : Pourquoi cela représente-t-il pour vous une priorité ?

J.-P. Petit : Les lecteurs trouveront dans la vidéo ci-après une réponse à cette question.

https://www.youtube.com/watch?v=5h_yCOYnAeU

Cette vidéo faisait suite à une première vidéo sur ce sujet que j’avais mise en ligne il y a deux ans et qui a reçu à ce jour 125’000 visites. Mais je vais tenter d’aborder quelques questions touchant au nucléaire. Avant tout cela je voudrais souligner l’efficacité d’un impact à travers des vidéos. C’est beaucoup plus important que l’impact de la chose écrite. Ce qui est intéressant c’est la pérennité du message. On le voit à travers la constance de l’accroissement des visites, qui se maintient. La croissance et linéaire en fonction du temps.

APAG2 : Un effet de bouche à oreille ?

J.-P. Petit : Peut-être. Toujours est-il que ces vidéos ne sombrent pas dans l’oubli comme des articles installés dans un site Internet. C’est la raison pour laquelle, quand j’aurai le temps de le faire, je concentrerai tous mes efforts sur ce type de média. Pour bien faire il est bon d’illustrer ces vidéos avec des images et c’est cela qui prend du temps.

APAG2 : C’est ce que vous avez fait avec vos cinq vidéos sur ce tokamak international géant qu’est ITER.

https://www.youtube.com/watch?v=Fi_uurHZY-g&index=1&list=PLfdj8oy5zeoEyEgTusYRznnwptG_n-OVo

https://www.youtube.com/watch?v=JBn4lzAo5g8&list=PLfdj8oy5zeoEyEgTusYRznnwptG_n-OVo&index=2

https://www.youtube.com/watch?v=cxz8W_n-FBI&index=3&list=PLfdj8oy5zeoEyEgTusYRznnwptG_n-OVo

https://www.youtube.com/watch?v=eJJrMaJiFAI&index=4&list=PLfdj8oy5zeoEyEgTusYRznnwptG_n-OVo

https://www.youtube.com/watch?v=9vwGo2npm94&index=5&list=PLfdj8oy5zeoEyEgTusYRznnwptG_n-OVo

J.-P. Petit : Ces vidéos soulignent l’importance de la communication scientifique. Ceux qui ont regardé toutes ces vidéos ont pu se rendre compte qu’on ne pouvait pas exposer tout cela en 10 ou 20 minutes. ITER est un objet assez complexe, beaucoup plus compliqué, dans ses principes de fonctionnement, qu’un réacteur à fission.

APAG2 : C’est ce qui fait qu’ITER a été protégé par sa complexité.

J.-P. Petit : C’est pire encore. D’après les informations que nous recueillons par la bande, à part une infime partie de spécialistes je peux vous dire que nombre des personnes qui étaient impliquées dans le projet n’ont compris quels étaient ses tenants et aboutissants qu’en regardant ces vidéos.

APAG2 : C’est à ce point ?

J.-P. Petit : Vous savez peut être que, selon des clauses du contrat qui liaient les différents pays, si le site d’ITER était français, par contre les directeurs successifs devaient être japonais. Il y a donc eu deux directeurs nippons successifs, Ikeda et Motojima. Mais quand ce dernier a terminé son mandat on n’a trouvé aucun Japonais acceptant de prendre sa suite.

APAG2 : Pourquoi ?

J.-P. Petit : Pour un Japonais, devenir directeur du projet ITER peut sembler être une sinécure. On atterrit dans une région du monde la plus agréable qui soit, le salaire et les avantages doivent être conséquents, etc.

APAG2 : Mais ….

J.-P. Petit: Mais il y a tout le reste. Le directeur du projet ITER réalise vite plusieurs choses. D’abord il ne maîtrise pas du tout ce qu’il est censé diriger. Ensuite ITER n’a pas de directeur scientifique sur lequel il puisse s’appuyer.

APAG2 : C’est invraisemblable.

J.-P. Petit: Mais c’est la stricte vérité. Depuis 2011 vous n’avez jamais vu quelqu’un s’exprimer en disant “ en tant que directeur scientifique du projet …”. Un de mes amis, dînait un jour dans un restaurant d’Aix en Provence, à une table voisine de celle où Motojima était attablé avec des visiteurs. Il a pu l’entendre dire, en anglais, qu’il regrettait amèrement s’être fichu dans un tel panier de crabes.

APAG2 : Mais, qui dirige ITER ?

Bigot
Bernard Bigot

J.-P. Petit : Bernard Bigot, du CEA, a en principe pris la suite de Motojima… Dans les faits personne ne dirige ITER. C’est un bateau ivre. Un article était paru dans le New York Times il y a deux ans dont l’auteur disait qu’il avait vu Motojima à Cadarache évoluer au milieu des responsables des différents pays et de différents départements. Le Japonais bouchonnait comme il pouvait. A un moment le journaliste lui avait demandé pourquoi, confronté à deux choix techniques possibles, il n’avait pas usé de ses prérogatives de directeur pour trancher. Mais Motojima lui avait répondu : “ si je faisais cela, on m’accuserait de vouloir imposer ce choix”.

APAG2 : Autrement dit, ITER est une … démocratie.

J.-P. Petit : ITER est un énorme fromage dans lesquels croquent tous les sous-traitants. Je vais même aller plus loin : au sein du projet, personne n’y croit plus. Vis-à-vis de l’extérieur, tout relevait non d’un discours scientifiquement et technique construit, mais de l’expression du service de communication très offensif : ça a marché pendant un certain temps. Vous vous rappelez, c’était “ le soleil dans une bouteille”.

APAG2 : Mais vous avez ruiné cette politique.

J.-P. Petit : En expliquant tout simplement sur quels principes reposait ce projet. Maintenant c’est irréversible. Si vous composez ITER Youtube sur Google la première vidéo sur laquelle vous atterrissez est la mienne, avec 85’000 visites et, sur la page on trouve deux autres vidéos, extraites de la série de cinq. On peut donc considérer que parmi les internautes il y a nécessairement des ingénieurs, des journalistes, des politiques et des étrangers qui ont vu ces vidéos. Je regrette de ne pas avoir le temps de produire une version anglophone. Il y a bien un système de sous-titrage Youtube, en 37 langues, mais pour ce faire il faut se livrer à quelques manipulations. Ceci étant, je pense que maintenant celui qui a pris la suite de Motojima, Bernard Bigot, qui est chimiste de formation et est essentiellement un politique, sait dans quoi il s’est fourré.

APAG2 : Bigot a été récemment annoncé que le démarrage d’ITER serait différé de six années.

J.-P. Petit : Le projet va sûrement finir en eau de boudin, tout simplement. Les Français ont depuis cette année des problèmes d’une autre nature, politiques et de sécurité. On oubliera peut être ITER. Au passage je voudrais préciser une donnée technique qui n’est pas exposée dans les vidéos. ITER n’est pas un générateur d’électricité. Ce serait tout au plus un démonstrateur de production d’énergie par fusion, d’abord pendant un temps important, bien plus important que le temps de fonctionnement du JET, qui se limitait à quelques secondes puis.

APAG2 : Rappelez-nous ce qu’est le JET.
JET

J.-P. Petit : JET est un acronyme pour Jet European Torus. C’est une machine installée à Culham, Angleterre. Sa construction a débuté en 1979 et le début des essais se situe en 1983. Comme ITER, c’est un tokamak. On concentre l’obtention de fortes puissances issues de la fusion sur cette machine, mais une puissance comparable a été obtenue à la même époque sur la machine TFTR (Tokamak Fusion Test Reactor) de Princeton, USA. Les recherches sur cette machine ont été suspendues parce que les Américains ne croyaient pas, dès le départ, qu’on puisse un jour convertir les tokamaks en générateurs de puissance électrique.

APAG2 : Le JET a permis d’obtenir quoi au juste ?

J.-P. Petit : Le JET est équipé de bobinages non supraconducteurs, ce qui limite la durée de fonctionnement de ceux-ci à 20 secondes, à cause du dégagement de chaleur par effet Joule. Le record détenu par cette machine est constitué par le rapport puissance produite par les réactions de fusion sur puissance injectée. Soit 15 mégawatts contre 25 mégawatts, ce qui donne un rapport Q = 0,6. C’est sur cette base qu’on a conçu le projet ITER. A pleine puissance le JET a fonctionné avec un mélange deutérium-tritium.

APAG2 : C’est le mélange pour la fusion thermonucléaire. Toutes les vidéos qui présentent la fusion commencent par cela.

J.-P. Petit : Tous les essais, à commencer par ceux du JET ont été basés sur une fusion deutérium-deutérium, lequel est facile à extraire de l’eau du robinet et n’est pas radioactif. Pour fonctionner avec ce mélange il faut simplement porter la chambre à plus haute température. Mais pour obtenir la pleine puissance dans une machine à fusion il faut passer au mélange deutérium tritium. On a toujours limité ces essais au tritium au strict minimum.

APAG2 : Pourquoi ?

J.-P. Petit : Pour deux raisons. La première est que le tritium est radioactif et qu’en utilisant ce second isotope de l’hydrogène à la place du deutérium, qui ne l’est pas, on va immanquablement contaminer des éléments du réacteur, qu’il s’agisse de la chambre ou du groupe de pompage. La seconde est qu’on ne dispose pas de réserves illimitées en tritium. Le projet ITER a été entièrement fondé sur le fait que les réacteurs qui produisaient du tritium (essentiellement les réacteurs CANDU canadiens, où le fluide de refroidissement, faisant aussi office de modérateur était de l’eau lourde) avaient permis de constituer un stock. Or vous savez peut être que la demi-vie du tritium est de 12 ans. Donc, inexorablement, tous les douze ans le stock diminue de moitié. Donc, pour maintenir ce stock il faut l’entretenir. Or tous les réacteurs canadiens sont en cours de démantèlement. Un spécialiste fusion, faisant partie d’ITER Organization a signalé ce problème lors de la réunion qui se tient chaque années au laboratoire de Princeton, USA. Il a même fixé une date limite au-delà de laquelle il n’y aurait plus assez de tritium pour assurer le bon déroulement du projet.

APAG2 : N’y a-t-il pas d’autres moyens de produire du tritium ?

J.-P. Petit : Oui, mais avec une production beaucoup plus faible. Mais dans ce cas le projet ITER aurait un terrible concurrent, immédiatement prioritaire : l’armée. En effet les têtes thermonucléaires doivent contenir une charge de tritium gazeux, sous haute pression, allant de 1 à 4 grammes, indispensable pour assurer le bon rendement des bombes. Pour les bombes à neutrons cette charge se compte en dizaines de grammes.

APAG2 : Visiblement c’est une accumulation de problèmes et de retards. Mais il y a une chose que je voudrais comprendre. A supposer qu’ITER fonctionne, on ne peut pas envisager de l’alimenter avec ce tritium produit par des réacteurs.

J.-P. Petit : Sur le plan énergétique ça serait une absurdité. Si on vise un fonctionnement axé sur la production d’énergie il faudrait que par la suite le Tokamak ITER fonctionne impérativement en surgénérateur, en produisant plus de tritium qu’il n’en consomme.

APAG2 : Quel est alors le processus ?

J.-P. Petit : Il faut utiliser des couvertures en lithium. ITER produit des neutrons. La réaction est alors neutron + lithium > tritium + hélium.

APAG2 : Il y a une chose qui m’échappe. La réaction deutérium + tritium ne produit qu’un unique neutron. Donc on ne peut pas envisager qu’ITER produise à partir de ces neutrons de fusion plus de tritium qu’il n’en consomme. Il y en a, forcément, qui vont se perdre ?

J.-P. Petit : Exact. Il faut donc une substance qui multiplie les neutrons, et c’est la couverture, la première paroi, qui est en béryllium, substance ultra toxique, et qui fond à 1280°. Si ITER fonctionne un jour il a été prévu de tester ce système de régénération de tritrium à l’aide de cellules tritigènes qui seraient installées tout autour de la chambre.On n’en installerait qu’une, mais un générateur de puissance devait en comporter 400.

WCLL

Un type de cellule tritigène

APAG2 : En supposant que cette technique soit aussi maîtrisée, ITER pourrait alors devenir un générateur, comment cela se présenterait-il .

J.-P. Petit : Il s’agirait alors de l’engin DEMO.

 

Tokamaks

DEMO 

APAG2 : DEMO est aussi un tokamak ?

J.-P. Petit : On voit sur l’image qu’il s’agirait d’une machine plus imposante. Vous avez vu plus haut que le JET avait produit 15 mégawatts d’énergie de fusion. Les concepteurs du projet ITER ont visé 500 mégawatts pendant 400 secondes. DEMO, ça serait 2000 mégawatts d’énergie produite par les réactions de fusion. Il ne s’agit pas, je tiens à le préciser de 2000 mégawatts électriques. La puissance électrique se situe au bout d’une chaine : énergie de fusion —> chaleur —> vapeur —> turbines entraînant des alternateurs. Au bout du compte, ces systèmes de transformation ayant un rendement de 35% Demo fournirait 700 mégawatts électriques, ce qui correspond à une unité modeste en matière d’électronucléaire. On lit que DEMO fonctionnerait en régime continu, mais les documents sont peu diserts sur la façon de procéder, vu qu’un tokamak ne peut pas fonctionner en régime permanent. C’est inhérent à son principe de fonctionnement.

APAG2 : Qu’entendez-vous par là ?

J.-P. Petit : Si vous avez regardé mes vidéos vous verrez qu’un Tokamak n’est pas conçu pour pouvoir fonctionner en régime permanent. Il est doté d’un aimant qui produit un champ qui monte lentement à 13 teslas. C’est cela qui crée le courant plasma, lequel crée le champ poloïdal, indispensable au confinement. Tant que le champ varie, le tokamak fonctionne. Mais après, il faut trouver quelque chose pour entretenir le courant de 15 millions d’ampères, qui se boucle dans le plasma, dans la chambre torique. Et pour cela on mettrait en jeu un système dit “current drive” où on serait censé mettre en mouvement les électrons avec un champ électromagnétique.

APAG2 : Est-ce opérationnel ?

J.-P. Petit : Non. Je dirai même qu’au sein du projet il y a une majorité de gens qui ne savent même pas qu’il existe ce problème. Si vous évoquiez cette question ceux-ci vous répondraient : “commençons d’abord par obtenir plusieurs minutes de fonctionnement. Après, on verra”. En vérité, personne dans le milieu ne croit plus au projet ITER.

APAG2 : Je note qu’on ne parle plus de DEMO.

J.-P. Petit : Bien sûr. La mise en route d’ITER est déjà suffisamment problématique. Tous ces projets ont été conçus sur le papier sur la base de nombreux choix qui ont été autant d’impasses. Il serait fastidieux de les énumérer tous. Je cite un exemple. Quand tout cela a été conçu tout le monde pensait que la première paroi, celle qui serait directement en contact avec le plasma, serait constituée par des tuiles à base de carbone. Or au moment même où le projet ITER connaissait son top départ les gens du CEA étaient arrivés à la conclusion, après des années de tests de longue durée (mais sans fusion) menées dans la machine Tore Supra que l’utilisation du carbone était à exclure parce que le carbone se révélait être une véritable éponge à hydrogène et à carbures de tous genres.

Tore-Supra

La chambre de Tore Supra

APAG2 : Et cela posait un problème ?

J.-P. Petit : Si on utilisait du tritium alors le revêtement de la chambre deviendrait radioactif.

APAG2 : Quelle a alors été la solution retenue ?

J.-P. Petit : Les tuiles à base de carbone présentaient un avantage : elles se sublimaient à 2500°. On les a remplacées par une couche de béryllium d’un centimètre d’épaisseur. Mais la température de fusion de celui-ci est nettement plus basse : 1280°.

APAG2 : Ce revêtement sera-t-il suffisant ?

J.-P. Petit : C’est très problématique. Des études ont montré que ce béryllium ne résisterait pas à l’impact d’une disruption majeure, équivalant à un coup de foudre de 11 millions d’ampères.

APAG2 : Si je comprends bien, le projet ITER a été basé sur de nombreuses hypothèses qui ont été infirmées par la suite. Quel a été l’impact de vos 5 vidéos ?

J.-P. Petit : Important, y compris à l’étranger. Je crois qu’il n’est pas exagéré peut dire qu’avec ces vidéos nous avons porté un coup fatal au projet. Quand j’avais diffusé au sein de la commission du budget de la commission européenne un rapport intitulé « ITER, chronique d’une faillite annoncée » (également publié dans la revue Nexus) le CEA avait mis en ligne sur son site en novembre 2011 un texte de 10 pages, en français et anglais, dénonçant mon incompétence. On pouvait y lire en particulier :

« Par un tel comportement intellectuellement malhonnête, Mr J.P Petit se disqualifie lui-même ipso facto du débat, qu’il soit scientifique ou sociétal ».

Le lecteur pourra constater que ce texte en décembre 2015 est toujours en ligne :

http://www-fusion-magnetique.cea.fr/en_savoir_plus/articles/disruptions/analyse_critiquearticle_petit_nexus_vf.pdf

Sa version en anglais :

Cliquer pour accéder à analyse_critiquearticle_petit_nexus_ve.pdf

Ce texte est d’un niveau lamentable, voir la mention des « lois ingénieur ». Personne au CEA n’a accepté de le cautionner ; la réponse de son service de communication ayant été « il s’agit d’un groupe de personnes qui ne tiennent pas à donner leur identité ». Logiquement, les vidéos attaquant le projet ITER aurait du provoquer une réponse cinglante. Mais ça a été le silence radio complet. Chique coupée. Les gens du CEA sont dans une situation qu’on appelle en termes échiquéens le zugzwang. C’est une position où quel que soit le choix du joueur il perd. Là, soit le texte me discréditant est maintenu, et cela détonne avec l’impact de mes écrits au niveau international, soit ils l’enlèvent et c’est reconnaître que ce texte ne tenait pas la route.

APAG2 : Vous dites au passage “nous” ?

J.-P. Petit : Je n’ai pas conçu ces documents seul. J’ai été aidé par des spécialistes fusion en particulier du CNRS. Des gens qui ont refusé de collaborer avec les deux projets français, ITER et Mégajoule, et qui ont été de ce fait “mis au placard”. Plus de crédits, plus rien. Ce gens dont les connaissances sont précieuses, ce sont des “senior researchers” qui sont condamnés à l’inactivité par manque de crédits. C’est lamentable.

 

APAG2 : Où en est le projet français Mégajoule ?

Megajoule

Mégajoule, un autre projet pharaonique

J.-P. Petit : C’est un autre projet qui n’aboutira pas. Il avait un frère jumeau, le NIF (National Ignition Fusion) américain. Tout est parti en fait de l’émergence des lasers superpuissants à Livermore, Califormie, en 1975-76. Dès cette date, ces lasers développaient, à l’unité, une puissance d’un térawatt, un million de mégawatts. Mais, ce qui est le plus important, ils apportaient une certaine énergie, en joules, sur la cible. Pendant 36 années les gens de Livermore ont poussé pour qu’un projet de fusion par laser voie le jour. L’aboutissement a été la campagne d’essai du NIF.

NIF

Un technicien dans la chambre au centre de laquelle on place la cible de 2 mm de diamètre sur laquelle se focalisent les 192 rayons laser.

 

APAG2 : Et où en est ce projet ?

J.-P. Petit : J’ai rendu compte en 2013 de son échec sur mon site, à la page :

http://www.jp-petit.org/nouv_f/NEXUS_jan_2013.html

Le NIF, projet initié en 1990, mettait en batterie 192 lasers, développant une puissance totale de 500 térawatts. Le dépôt d’énergie sur cible était de 0,18 mégajoule.

APAG2 : Pour obtenir la fusion, il fallait combien ?

J.-P. Petit : Le projet était aux USA chapeauté par le DOE, le Département de l’Energie. Etant donné le coût du projet, qui représentait plusieurs milliards de dollars, les responsables ont demandé à ce que des expérimentations soient menées pour déterminer ce chiffre. Cela a donné le projet ultra-secret Centurion Halite qui a été mené de 1978 à 1988 dans le site d’essais américains souterrains du Nevada. Pour ce faire on mettait à feu un engin à fission à proximité de cibles deutérium-tritium situées à des distances croissantes. Il était alors possible d’évaluer la puissance, sous forme de rayonnement X, nécessaire pour amener ce mélange à température de fusion.

APAG2 : Et le résultat a été ?

J.-P. Petit : On a obtenu le chiffre cherché : de 10 à 20 mégajoules.

APAG2 : A ce que je vois, c’est supérieur à ce que pouvaient produire ensemble ces 192 lasers.

J.-P. Petit : John Nuckolls, responsable du projet, imagina alors pour sauver celui-ci que la compression ne soit pas effectuée sur une bille de deutérium-tritium à l’état liquide, mais sur une couche de givre de DT solidifié, déposé sur la face interne d’une minuscule coque creuse.

APAG2 : Ca se compliquait.

J.-P. Petit : Et ça n’a pas marché et voici pourquoi. Il y a un fluide qui appuie sur un autre fluide et les deux ne sont pas de même densité. Se manifeste alors ce qu’on appelle l’instabilité de Raleigh-Taylor. Prenez un verre d’eau et déposez dessus un fluide plus dense. Il va donner naissance à des formations qui évoquent les villosités intestinales ou pour être plus précis les ronds de fumée qu’on peut former avec la bouche. Vous en trouverez aisément des images sur Internet.

Raleigh-Taylor

L’instabilité de Raleigh-Taylor

 Raleigh-Taylor-2

L’instabilité, simulée par ordinateur

APAG2 : Nuckolls connaissant bien le problème. L’échec du projet NIF est l’exemple parfait d’un projet entièrement fondé sur des simulations effectuées à l’aide d’ordinateurs très puissants. Nuckolls et ses collaborateurs étaient totalement convaincus que les expériences seraient conformes à ces prédictions fondées sur ces simulations. Il avait même dit, avant la campagne d’essais de 2012, que le problème se résumerait savoir quels seraient les ajustements des paramètres pilotant le programme pour que les simulations collent avec les résultats d’expérience.

APAG2 : Et alors ?

J.-P. Petit : La Nature a résolument refusé de se conformer aux prédictions issues des simulations. Les mesures ont révélé que l’instabilité de Raleigh Taylor jouait à fond et qu’il serait vain d’espérer réaliser une fusion auto-entretenue avec un tel montage.

APAG2 : Autrement dit le programme gérant les simulations n’était pas bon.

J.-P. Petit : D’autres chercheurs en étaient convaincus et demandaient à examiner celui-ci. Mais l’équipe de Nuckolls faisait barrage en invoquant le fait que ce programme relevait du secret défense. Quant à retourner à la compression d’une cible, cette fois sphérique, il fallait 55 fois plus de lasers.

APAG2 : J’imagine que c’est impossible à réaliser.

J.-P. Petit : Bien sûr. Il suffit d’aller voir, sur le net, à quoi ressemble ce banc laser comprenant 192 lasers. Vous imaginez un banc comportant mille lasers de ce genre.

APAG2 : N’est-il pas possible d’imaginer une autre façon d’obtenir la fusion par laser?

J.-P. Petit: Pas pour le moment. Ca n’a pas empêché les gens de la “com“ de nous présenter ce banc comme la préfiguration d’une centrale d’énergie basée sur la fusion par laser alors que ces lasers au néodyme ont un rendement de 1,5 %.

APAG2 : Est-ce qu’on ne pourrait pas accroître la puissance de ces lasers ?

J.-P. Petit : Avec de telles puissances c’est l’optique qui ne suit pas. Les lentilles reçoivent des puissances si importantes que l’indice de réfraction du verre en est affecté. C’est ce qu’on appelle de l’optique non linéaire.

APAG2 : Et alors ?

J.-P. Petit : Ces lentilles se brisent en mille morceaux.

APAG2 : Revenons à la France. Ce projet Mégajoule ne date pas d’hier. Les Français éteint-ils au courant ? Savaient-il que l’énergie à déposer sur la cible était au minimum de 10 mégajoules ?

J.-P. Petit : Oui, ils le savaient et ce point mérite d’être conté. Au début des années quatre-vingt un ingénieur militaire français se rend aux Etats Unis pour un colloque entre weapon designers, concepteurs d’armes, regroupant Américains, Anglais et Français. Il s’agit d’un colloque très fermé, évidemment. Et là notre gars drague une des Américaines et l’emmène dans un motel. Lui avait fait des essais de mesure de puissance émise par les engins à fission à Muroroa. Mais pas du tout dans le but de déterminer l’énergie requise pour provoquer la fusion dans une petite bille DT. La femme se méprend, croît qu’il s’occupe de l’équivalent du projet Centurion Halite, pour le France. Elle lui dit “pour la fusion, vous trouvez combien ? Nous on arrive à 10-20 mégajoules”.

APAG2 : Cette donnée était ultra secrète ?

J.-P. Petit : Absolument. Le type rentre en France et rend compte à sa hiérarchie. Cela revenait à condamner totalement le projet français de fusion par laser, le projet Mégajoule. Son supérieur lui demande :

  • Comment avez-vous eu cette information ?
  • C’est cette femme qui me l’a dit.
  • Elle vous a dit cela, dans quel contexte ?
  • Eh bien, nous étions dans ma chambre d’hôtel
  • Que faisiez vous dans cette chambre d’hôtel ?
  • C’est un peu délicat ….

 

Le supérieur en question hésite à transmettre l’information. Il demande au gars de lui rédiger un rapport, qu’il fait aussitôt classer secret défense.

 

APAG2 : Ce qui revient à l’envoyer aux oubliettes.

 

J.-P. Petit : Tout à fait. Et aujourd’hui nous nous retrouvons avec un projet à 6,6 milliards d’euros, avec 176 lasers au lieu de 192, dont on sait pertinemment qu’il n’aboutira pas.

 

APAG2 : ITER, Mégajoule, l’addition est lourde. Avec la situation de crise que connaît la France, c’est regrettable.

 

J.-P. Petit: Mais personne ne bougera, en particulier aucun scientifique en poste. De plus il faut toucher sa bille dans tous ces domaines. Vous trouverez sur le net des déclarations de gens qui, en l’occurrence ne sont pas des experts en matière de fusion. En dehors de ceux-là, dans cette sphère science il n’y a personne. Gardez aussi en tête que ce sont des projets qui s’étendent dans le temps sur plusieurs décennies. Ceux qui sont impliqués dedans savent que lorsque le bilan de l’échec devra être tiré beaucoup seront déjà … à la retraite. Bien peu ont le courage de remettre tout cela en question. A tous les niveaux de la hiérarchie on laisse courir, c’est tout.

 

APAG2 : On entend parfois des voies pour dire qu’on a trouvé telle ou telle solution miracle pour maitriser le problèmes des disruptions dans les tokamaks.

 

J.-P. Petit : Ce ne sont que des effets d’annonce. On brandit des recettes magiques qui ne sont que des vieilles lunes. A moins qu’on n’appuie des arguments sur des démonstrations s’appuyant sur des simulations

 

La prochaine fois je vous parlerai de la reprise, en France, du projet de surgénérateur et de la question du stockage des déchets nucléaires.

 

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par | décembre 17, 2015 · 10:59

La France soupçonnée d’utiliser au Mali des armes à uranium appauvri

par Thierry Lamireau

Source : Reporterre. Le quotidien de l’écologie

8 février 2013

http://www.reporterre.net/

 

L’armée française ne dément pas utiliser au Mali des obus flèche à l’uranium appauvri. Celui-ci est un déchet radioactif recyclé. Son usage militaire conduit à une contamination des zones impactées.

 

Objet : non utilisation, destruction et interdiction des armes à l’uranium « appauvri » par l’Etat français.

Monsieur le Président de la République,

Vous avez choisi, récemment, de faire intervenir les différents corps de l’armée française sur le territoire du MALI.

A cette occasion, permettez-moi de vous envoyer cette LETTRE OUVERTE.

La France utilise des armes à l’uranium « appauvri »

Réalisateur du film « URANIUM EN LIMOUSIN » et également enseignant en Haute-Savoie auprès d’enfants de la maternelle, permettez-moi de vous indiquer que je reste très sensible à tout ce qui touche aux Droits de l’Homme et plus généralement à l’intégrité humaine.

En effet, la France, les Etats-Unis et quelques autres utilisent, lors de conflits (à travers par exemple les interventions de l’OTAN, les mandats de l’ONU ou en nom propre des pays) divers, des armes dites « munitions flèches » à l’uranium « appauvri ».

Certains aéronefs (avions de chasse, hélicoptères d’attaque, certains blindés) ont ainsi envoyé ces armes sur les sols de l’ex-Yougoslavie, en Bosnie, en Serbie, au Kosovo, en Afghanistan, en Irak, en Libye, au Liban, etc.

Au Mali, en votre nom, la France a décidé d’envoyer, entre autres, des Mirage 2000, des Rafale, des hélicoptères Tigre et certains blindés.

Pour une destruction plus rapide et « efficace », ces appareils utilisent les « munitions flèches » à l’uranium « appauvri ».

Bizarrement, les médias ne peuvent témoigner des actions de l’armée française notamment dans le nord du Mali.

L’une des raisons de cette « omerta » est très certainement l’utilisation des armes à l’uranium « appauvri » par les aéronefs français.

Mon expérience de l’analyse des rares images présentées ici ou là m’amène justement à aller vers cette affirmation.

Ainsi, cette utilisation d’armes nucléaires s’est banalisée dans l’indifférence générale.

L’uranium métal inclus dans le pénétrateur de ces armes est, si l’on peut dire, l’arbalète des temps modernes.

L’uranium « appauvri » est plus dense que le plomb et, de ce fait, au lieu de traverser un char en traverse deux ou pénètre dans des bâtiments en béton à des profondeurs encore plus importantes.

Après le lancement de l’obus, le sabot s’ouvre en libérant le pénétrateur à une vitesse supersonique de 1700 mètres par seconde.

A cette vitesse, l’impact est celui d’un caillou dans l’eau, le blindage de l’objectif visé jouant le rôle de l’eau et la flèche de l’arme celui du caillou.

Environ 50 pays (dont la France) détiennent ou fabriquent (et peuvent donc utiliser) des munitions contenant de l’uranium « appauvri ».

Ces pays affirment que « l’utilisation de ces munitions se justifie sur un plan militaire car elles sont plus « efficaces » que celles au tungstène (l’autre option principale) pour pénétrer dans les blindages ou le béton » (Ministère de la Défense 2001, Memorandum : Gulf War Illnesses, présenté au Defence Select Committee de la Chambre des Communes, le 26 avril 2001, Londres, HMSO, P.37. Department of the Air Force, Headquarters United States Air Force).

Ajoutons que l’uranium “appauvri” coûte moins cher que le tungstène et qu’il est plus largement disponible.

En outre, la densité et la vitesse de ces armes permettent aux pilotes qui les lancent de se trouver plus loin de la cible lorsqu’ils tirent, ce qui accroît leur sécurité (Pour une étude de l’intérêt militaire de l’uranium appauvri, voir Carnaham, 2008).

Mais ces armes possèdent d’autres effets, ceux-là, plus dévastateurs et à très longs termes.

L’entrée brutale dans la cible entraîne une surpression terrible capable de faire sauter une tourelle de char comme un bouchon de champagne. De plus, la vitesse et le contact entre les deux matériaux (celui de l’arme et de la cible) dégagent une énorme chaleur de rayonnement dont l’effet destructeur s’ajoute aux précédents.

Enfin, l’uranium est un matériau pyrophorique, c’est-à-dire qu’il prend feu dans l’air. L’uranium s’oxyde si vite qu’il prend feu en libérant in situ différentes particules radioactives ET chimiques.

Je tire ces informations d’un document de l’OTAN en date du 25 août 1992 (Document AC/258-D/425).

L’on peut lire dans ce même document :

« Un dépôt important de poussière d’uranium, de l’ordre de quelques g/m2, peut avoir un effet toxique sur les plantes et sur le bétail en pâture. Le dépôt d’uranium ’appauvri’ pourrait alors finir par être ingéré par l’homme, si la contamination se met dans la chaîne alimentaire.

Le taux de conversion de l’uranium ’appauvri’ métallique en oxyde, sous la forme de particules d’un format potentiellement respirable (très petites), est bien plus important (de 10 à 1000 fois) en cas d’explosion qu’en cas d’incendie. En outre, des éclats d’uranium ’appauvri’ en feu peuvent être projetés à des distances considérables, créant des sources secondaires de fumée d’uranium ’appauvri’ et de contamination de la surface. »

Les pays voisins des régions bombardées n’ont pas été épargnés par les retombées de particules radioactives et chimiques… comme le Koweït, l’Arabie Saoudite, l’Iran, des régions d’Albanie, de Macédoine, de Grèce, du Pakistan, pour ne citer qu’eux.

Il y a donc une pollution des sols, des eaux et de l’air pour plusieurs milliards d’années et cela provoque des problèmes importants de morbidité (nombreuses maladies induites), de mortalité et d’apparition de malformations congénitales monstrueuses puisque l’ADN est touché… il y a, de ce fait, une transmission aux générations suivantes.

Une arme radioactive

L’uranium « appauvri » est un déchet nucléaire « recyclé » par les pays utilisateurs comme une munition classique.

C’est un déchet radioactif issu de l’enrichissement de l’uranium destiné aux réacteurs nucléaires civils et militaires.

Il contient environ 0,2% d’uranium 235 et 99,75% d’uranium 238 dont la demie vie (période) est de 4,5 milliards d’années (l’âge de la terre !). On l’appelle « appauvri » parce que son activité est de 40% inférieure à celle de l’uranium naturel…ce qui ne signifie nullement qu’il est moins dangereux !

Il faut, en effet, rappeler que l’uranium « appauvri » utilisé dans l’armement est mélangé à de l’uranium issu des usines de retraitement qui contient des produits de fission hautement radioactifs comme l’uranium 236, le plutonium 238 et 239, le technétium 99 ou le ruthénium 106 qui potentialisent de fait sa nocivité.

Le mythe de la « guerre propre » a fait long feu… si je puis dire !… pour les peuples autochtones comme pour les militaires et journalistes ayant approché de trop près les pollutions de ces armes.

L’Agence Internationale de l’Energie Atomique prévoit d’ailleurs un excès d’un demi million de morts rien que pour l’Irak !

Il y a une violation des règles internationales de radioprotection.

Selon le Droit International sur le contrôle des armements, les armes à l’uranium « appauvri » sont illégales (Convention de LA HAYE de 1899 et 1907, de GENEVE de 1925 et 1949, Charte de NUREMBERG de 1945, Convention des Nations Unies du 10 octobre 1980 dite « Convention des armes inhumaines ») pour les raisons citées précédemment.

« Dans la plupart des rapports officiels, la question du respect de la réglementation et des normes de radioprotection est totalement éludée. Pareillement, le terme de « déchets radioactifs » et les prescriptions qui s’y rapportent sont tabous. C’est pourtant la terminologie appropriée pour décrire les obus et munitions à l’uranium appauvri dispersés dans l’environnement. » (Document CRIIRAD Corinne Castanier et Bruno Chareyron).

La désinformation, qui présente l’uranium « appauvri » comme un produit anodin, permet aux pays comme la France de se défausser de la prise en charge des coûts de décontamination mais surtout de banaliser dans l’indifférence générale l’usage de telles armes dans les conflits en condamnant pour « l’éternité » des populations civiles innocentes.

Arrêtons ce massacre sous couvert de l’OMS et de l’ONU !

L’utilisation de ces armes à l’uranium « appauvri » est un CRIME CONTRE L’HUMANITE !

Il y a, malheureusement, pire que la folie fanatique d’un individu comme celle, par exemple, de Mohamed MERAH… il y a la folie meurtrière des Etats comme la France et bien d’autres.

Les efforts de désarmement ont enregistré, au fil des années, des succès remarquables… même si toutes les armes devraient être interdites !

Ces initiatives n’étaient pas complètement aléatoires ; elles visaient généralement à neutraliser et à retirer de la circulation des armes pouvant enfreindre le droit des conflits armés.

Les Etats ont interdit les armes chimiques en 1993, puis les armes à laser aveuglantes en 1995 et les mines antipersonnel en 1997.

La campagne de désarmement la plus récente a conduit à l’interdiction des armes à sous-munitions (pour les pays qui adhèrent à la Convention sur les armes à sous-munitions de 2008).

Quelles armes « nouvelles » devraient faire l’objet d’un prochain traité d’interdiction ?

Nombre de personnes pensent que ce devrait être les armes à l’uranium « appauvri » !

Vous êtes le Président de la République française.

Vous avez décidé d’engager les forces françaises dans un conflit au Mali en utilisant des aéronefs qui « consomment » des munitions flèches à l’uranium « appauvri ».

Je souhaiterais donc connaître votre engagement concernant ce grave problème… bien plus important que celui d’un individu fanatique puisqu’il concerne l’engagement moral de notre Nation vis-à-vis du peuple français et des Nations de la planète comme au Mali.

Vous engagez-vous à arrêter, détruire et interdire l’usage des armes à l’uranium « appauvri » et à œuvrer sans relâche auprès des instances internationales comme l’ONU pour que ces munitions soient définitivement interdites dans tous les conflits sur la planète ?

Vous exprimant par avance ma très vive gratitude, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’hommage de mon profond respect.

 

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Rapport sur la vulnérabilité de la Suisse

Source : Sortir du nucléaire (sortirdunucleaire.ch) octobre-novembre 2015 No 104.

 

Il s’agit, avec cette étude réalisée entre janvier et aout 2015 par Frédéric-Paul Piguet, Docteur en Géosciences et environnement, de dire ce que le mouvement antinucléaire

clame depuis ses débuts, mais sous un angle nouveau. Le rapport classe les centrales nucléaires (CN) selon la vulnérabilité qu’elles sont susceptibles de créer dans le pays qui les abrite, en cas d’accident nucléaire majeur. L’étude relève l’existence d’un standard international et coutumier menant à la localisation des centrales loin des principales villes, standard observé par 156 des 194 CN dans le monde (80%). D’après les classements comparatifs, même des petits Etats comme les Pays-Bas ont réussi à éloigner les centrales des principales villes.

A l’oppose, les 4 CN suisses sont parmi les 8 premières au monde en termes de mise en danger de la population. Bâle est à l’intérieur d’un rayon de 50km de trois CN suisses, Zurich de deux CN et Berne d’une CN (à 15 km !). Cette situation de vulnérabilité exceptionnelle est doublée par des normes laxistes de sécurité, en dessous des normes auxquelles doivent répondre les centrales nucléaires neuves, pourtant interdites de construction depuis mai 2011 en raison de leur dangerosité. «L’étude sur la vulnérabilité de la Suisse en cas d’accident nucléaire majeur sur le territoire national» (70 p.) sera rendue publique lors d’une conférence de presse à Berne en octobre.

PDR

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Double faiblesse de l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) et de Beznau

par Christian van Singer

Source : Sortir du nucléaire (sortirdunucleaire.ch) octobre-novembre 2015 No 104.

 

A Beznau, le long de l’Aar, près de la frontière allemande, Axpo, groupe électrique appartenant à 9 cantons alémaniques, a construit deux réacteurs nucléaires. D’une puissance de 365 mégawatts chacun, entrés en service en 1969 et 1971 ; ils sont aujourd’hui les plus vieux au monde. Bien qu’ils soient ripolinés à la Suisse et que le propriétaire vienne d’investir 700 millions pour ce qui pouvait encore être entretenu, ils ne répondent pas aux normes de sécurité adoptées à l’échelle internationale pour les nouvelles centrales. Ils constituent de véritables bombes à retardement qui menacent la Suisse et les pays voisins.

Les antinucléaires en Suisse et à l’étranger dénoncent depuis longtemps leurs principaux défauts :

– Alimentation électrique de secours et système de refroidissement d’urgence insuffisants malgré des améliorations apportées.
– Risque en cas d’attaque terroriste aérienne, l’enveloppe extérieure et le couvercle étant trop fins.
– Protection contre les tremblements de terre et les inondations insuffisantes.
– Acier inapproprié utilisé dans les cuves des réacteurs…

De récentes révélations montrent que les réacteurs de Beznau sont encore plus dangereux qu’on ne le craignait jusqu’ici, et jettent une lumière inquiétante sur les contrôles insuffisants et la complaisance de l’IFSN, institut censé contrôler la sécurité des centrales nucléaires suisses.

Selon l’exploitant Axpo, les défauts de la cuve de Beznau 1 existaient déjà à l’époque de la construction de la centrale. Elles n’ont cependant été découvertes que maintenant vu l’amélioration des méthodes de contrôle. Mais bizarrement les documents qui permettraient de voir quelles faiblesses avaient déjà été constatées ont été déclarés égarés par Axpo. Lorsqu’on sait que l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) a déjà modifié ses rapports sur demande des exploitants des centrales (!!), il y a de quoi être inquiets… Sans compter qu’avec l’âge, les variations de température et le bombardement neutronique depuis l’intérieur des 2 cuves, les métaux deviennent plus cassants, tout comme une feuille de papier jaunit et craquelle si on l’expose aux intempéries. En cas de refroidissement d’urgence du réacteur, le choc thermique risque de provoquer la rupture de la cuve affaiblie. Un accident nucléaire majeur pourrait s’en suivre rendant inhabitable une bonne partie du plateau suisse.

En outre les centrales nucléaires de Beznau ne résisteraient pas à un séisme puissant. Mais elles ne risquent pas d’être arrêtées puisque l’IFSN applique des normes complaisantes en matière de radioprotection. Ce sont l’Association Trinationale de Protection Nucléaire (ATPN), Greenpeace et la Fondation Suisse de l’énergie (SES) qui ont mis en lumière ce grave défaut de sécurité. Le 20 août elles ont lance une procédure judiciaire, conjointement avec des riverains de la centrale exigeant une mise hors service définitive de l’installation. En ce qui concerne les dangers représentés par des inondations majeures, les calculs théoriques sur lesquels se base l’IFSN ignorent les faits historiques avérés et ne tiennent pas compte des quantités énormes de matériaux qui pourraient être charriés dans de tels cas.

Si elle était indépendante, l’autorité de surveillance IFSN, sur laquelle le Conseil fédéral se repose, devrait interdire immédiatement la poursuite de l’exploitation de Beznau 1 et 2.

 

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