CRIIRAD, Contamination légale des aliments en cas d’accident nucléaire

Communiqué CRIIRAD 21 mai 2015 (version courte)

CONTAMINATION LEGALE DES ALIMENTS EN CAS D’ACCIDENT NUCLEAIRE

La CRIIRAD dénonce le travail scandaleux des experts Euratom et appelle à une mobilisation massive contre le projet de la Commission européenne !

Le projet de règlement européen

La Commission européenne a élaboré un projet de règlement fixant les Niveaux Maximaux Admissibles (NMA) de contamination radioactive qui seront appliqués aux aliments en cas d’accident nucléaire. Ce projet est en cours d’examen par le Parlement (pour avis) et par le Conseil de l’Union européenne (pour décision). Les limites sont fixées pour 4 groupes de radionucléides et 5 catégories d’aliments, eau potable incluse. Aucune modification n’a été apportée aux valeurs établies en 1987-1989. Si les niveaux de contamination mesurés dans les aliments n’excèdent pas les NMA, ils pourront être librement commercialisés au sein de l’UE ou à partir de pays tiers.

Des niveaux de risque inacceptables

Si l’on en croit la Commission européenne, le projet garantit le respect de la limite maximale de dose efficace de 1 mSv/an (une limite qui correspond à un niveau de risque déjà élevé). Cette affirmation est totalement fausse. Les vérifications conduites par la CRIIRAD font apparaître des doses de l’ordre de 10 fois supérieures (et jusqu’à 100 fois pour des scénarios pénalisants) et montrent que les enfants paieront le tribut le plus élevé.

Une accumulation d’anomalies gravissimes et orientées

La CRIIRAD a procédé à l’analyse du rapport scientifique qui valide le choix de Niveaux Maximaux Admissibles de contamination radioactive. Daté de 1998, ce document a été rédigé par les experts officiels de la Commission (experts dits Euratom car membre du groupe d’experts établi en application de l’article 31 du traité Euratom).

L’analyse critique a permis à la CRIIRAD d’identifier toute une série d’erreurs, d’incohérences et d’irrégularités. Elles sont graves et vont TOUTES dans le même sens : minimiser les risques et aboutir à la fixation de limites de contamination excessivement élevées. Les dysfonctionnements les plus marquants sont détaillés dans la version longue du communiqué. Un seul exemple est développé ci-après mais il s’agit d’une incohérence majeure, rédhibitoire, entre la conception des limites et le champ d’application du règlement qui les édicte.

En effet, de l’aveu même des experts, les Niveaux Maximaux Admissibles du règlement européen ont été définis pour l’impact d’un accident lointain, survenant à plus de 1 000 km des frontières de l’Union européenne. Partant de ce postulat, les experts ont considéré que la contamination ne toucherait qu’une faible part de la ration alimen- taire des consommateurs européens (10% des aliments solides, 1% de l’eau potable). Problème : le règlement s’applique à tous les accidents nucléaires majeurs et en premier lieu à ceux qui surviendraient en Europe ! Mais dans ce cas, les hypothèses de calcul ne tiennent plus : le pourcentage d’aliments contaminés serait bien plus élevé ce qui impose des limites beaucoup plus basses ! Il faut : soit revoir à la baisse, et de façon drastique, les NMA ; soit rédiger un second règlement applicable aux accidents susceptibles d’affecter fortement les Etats membres de l’UE. C’est urgent : plus de 42% des 438 réacteurs électronucléaires en fonctionnement dans le monde sont implantés en Europe. La probabilité que le prochain accident nous concerne est donc très élevée.

Vu le nombre et la gravité des anomalies identifiées, il importe que toutes les responsabilités soient établies, tant au niveau des experts, que de la Commission, tant au niveau des élus que des Etats membres. Un courrier a été adressé au Commissaire européen en charge de la santé publique et de la sécurité alimentaire, afin d’obtenir communication des coordonnées des experts Euratom à l’origine de l’expertise de 1998 et de l’avis favorable de 2012. Diverses actions sont également en préparation, en premier lieu en direction du Parlement européen, le vote de la commission ENVI devant intervenir le 26 mai prochain.

Appel à mobilisation

La CRIIRAD appelle tous les citoyens européens à se mobiliser pour défendre leur santé et celle de leurs enfants. Elle les invite à s’informer et à signer, et diffuser, la pétition demandant une refonte complète, transparente et démocratique de la réglementation applicable en cas d’accident.
Signature en ligne à : http://criirad-protegeonsnotrealimentation.wesign.it/fr

 

Plainte contre la Commission européenne n°940/2015/CK

Valence, le 17 juillet 2015

Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la radioactivité
29 cours Manuel de Falla / 26000 Valence Tel. 33 (0)4 75 41 82 50

Contact : corinne.castanier@criirad.org

Madame O’REILLY
Médiatrice européenne EUROMBUDSMAN
1 avenue du Pdt Robert Schuman CS 30403

67001 Strasbourg Cedex

Objet : plainte contre la commission européenne n°940/2015/CK
Refus de communication des noms et références professionnelles des experts Euratom

À l’attention de : Mme Christina KARAKOSTA

Madame la Médiatrice,

Le 4 juin 2015, notre association1 déposait plainte contre la Commission européenne pour défaut de réponse à notre courriel du 21 avril demandant transmission des noms et références professionnelles des membres du Groupe d’Experts Euratom2 auteurs : 1/ du rapport Radiation Protection 105 de 1998 et 2/ de l’avis du 21 novembre 2012. Ces deux documents servent en effet de validation scientifique à un projet de règlement européen3 fixant les niveaux maximaux admissibles de contamination radioactive applicables aux aliments en cas d’accident nucléaire. Notre demande de communication était motivée par le nombre et la gravité des anomalies que nous avons relevées dans ces documents.

Nousavonsreçu,le17juindernier,laréponsedelaCommissioneuropéenne(courrierde M.Massimo GARRIBBA4 daté du 12/06/2015). Une dizaine de jours plus tard, Mme KARAKOSTA, juriste en charge de notre plainte, nous transmettait ce même document. Le message d’accompagnement précisait que, si nous souhaitions formuler des observations sur cette réponse, nous devions vous les faire parvenir avant le 30 juillet 2015, faute de quoi vous pouviez clôturer l’affaire par une décision fondée sur les informations que nous avions déjà fournies et sur la réponse de la Commission.

La réponse de la Commission européenne étant négative, nous souhaitons par la présente : 1/ confirmer notre plainte, 2/ préciser qu’elle ne porte plus sur un défaut de réponse mais sur un refus explicite de communication et 3/ exposer ci-après les arguments que nous souhaitons faire valoir en réponse aux motifs avancés par la Commission européenne à l’appui de son refus. Ce courrier résume et complète la réponse argumentée adressée le 24 juin dernier à la Commission et restée à ce jour sans réponse. Nous vous la transmettons en pièce jointe et vous prions de l’inclure à notre dossier de plainte.

1 La CRIIRAD – Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité – est une association à but non lucratif créée en 1986, au lendemain de l’accident de Tchernobyl, en réaction contre le défaut d’information et de protection qui a marqué la gestion de la crise par les autorités françaises. L’association dispose de son propre laboratoire d’analyse, agréé par l’Autorité de Sûreté Nucléaire pour différents types de mesures de radioactivité dans l’environnement.

2 Ce groupe d’experts est constitué en application de l’article 31 du Traité Euratom : « Les normes de base sont élaborées par la Commission, après avis d’un groupe de personnalités désignées par le comité scien- tifique et technique parmi les experts scientifiques des États membres, notamment parmi les experts en matière de santé publique. »

3 Proposition de règlement du Conseil référencée COM(2013)946.
4 M. GARRIBBA dirige la Direction sûreté nucléaire et cycle du combustible (D4) à la Direction Générale de

l’Energie (DG-ENER) de la Commission européenne.

Valence, le 17 juillet 2015

Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la radioactivité
29 cours Manuel de Falla / 26000 Valence FRANCE  33 (0)4 75 41 82 50 corinne.castanier@criirad.org

MEDIATRICE CASTANIER – CRIIRAD 1 / 5

Les motifs invoqués par la Commission et les arguments en réponse de la CRIIRAD

Dans son courrier du 12 juin dernier, M. GARRIBBA considère que les données que nous sollicitons constituent des « données personnelles » auxquelles s’appliquent les dispositions de l’article 8(b) du règlement CE 45/2001. Dès lors, 2 conditions doivent être réunies pour que le transfert puisse se faire :

1/ le destinataire doit démontrer la nécessité du transfert des données,
2/ il n’existe aucune raison de penser que ce transfert pourrait porter atteinte aux intérêts légitimes de

la personne concernée.

1. Concernant la première condition

La Commission estime que la nécessité du transfert des noms et références des experts Euratom n’est pas établie. Elle considère que « connaître les raisons qui ont motivé à l’époque les experts dans leur prise de décision»estunobjectif quipeut«toutaussibienêtreatteintparlalecturedesavisetrapportsémisparle groupe d’experts ». Quel paradoxe ! La Commission nous renvoie à la lecture des documents qui sont à l’origine de nos questions ! C’est l’analyse de ces avis et rapports qui nous a permis d’identifier toute une série de manquements dans le travail des experts et c’est ce constat qui nous a conduits à demander leurs noms et références professionnelles.

Le nombre et la gravité des anomalies identifiées nous ont amenés à nous interroger sur la formation, l’expérience et la compétence des experts ; l’orientation systématique des anomalies dans le sens de la minoration des doses, au détriment de la protection sanitaire des consommateurs, nous a amenés à nous interroger sur leur neutralité et sur l’existence de conflits d’intérêts qui auraient pu peser sur leur décision.

Dans un tel contexte, il nous a paru nécessaire et légitime de pouvoir consulter les curriculum vitae des experts et de solliciter des explications sur le résultat de nos analyses. Il est par ailleurs indispensable que les experts puissent s’expliquer publiquement sur le contenu de leurs expertises. La confiance des populations est à ce prix.

En conclusion, et à l’inverse de la Commission, nous considérons que la nécessité d’obtenir ces informations est démontrée.

2. Concernant la seconde condition

La Commission nous écrit qu’elle « n’est pas convaincue que la divulgation de leurs noms ne porterait pas atteinte à leurs intérêts légitimes en les exposant à des pressions injustifiées.».

Ainsi que vous le constaterez à la lecture de la réponse que nous avons adressée à la Commission, il est utile de distinguer les « intérêts » des experts de leurs « intérêts légitimes ». Il faudrait également mettre en balance les intérêts particuliers de quelques dizaines ou centaines d’experts et la protection de plus de 500 millions de consommateurs. L’enjeu du dossier est en effet de déterminer quels taux de contamination radioactive on peut autoriser dans les aliments. Les valeurs choisies correspondent à un certain niveau de risque, notamment des cancers pour les personnes exposées, et de maladies génétiques pour leur descendance. Des erreurs, des oublis peuvent avoir des conséquences extrêmement graves. On ne peut exonérer les experts de toute responsabilité personnelle au motif que leurs intérêts pourraient être exposés.

Les risques viendraient, selon la Commission, de « pressions injustifiées ». Précisons tout d’abord que les actions de notre association sont conduites en toute transparence et toute légalité. Dans le débat contradictoire que nous sollicitons, la seule véritable pression sera exercée par l’exactitude, ou pas, des arguments scientifiques échangés. La pression sera sur ceux qui auront commis les « erreurs ». S’il s’avère que nos analyses sont erronées, nous sommes prêts à en assumer les conséquences. Les citoyens sont en droit d’attendre la même chose des experts officiels. Intervenir sur les questions de santé publique impose d’engager sa responsabilité. L’anonymat conduit à l’irresponsabilité et à l’impunité qui sont sources des pires abus. Rendre compte publiquement de ses évaluations ou se confronter aux arguments de contradicteurs ne constituent pas à nos yeux des « pressions injustifiées » mais des obligations nécessaires et légitimes. Le débat et la transparence sont des garanties, des gages de pluralisme et de démocratie que la Commission devrait rechercher, et non des menaces dont elle devrait à tout prix protéger ses experts.

MEDIATRICE CASTANIER – CRIIRAD 2 / 5

Le statut des experts Euratom

Le règlement CE 45/2001 auquel se réfère la Commission nous paraît bien adapté à la protection des données personnelles d’un citoyen lambda mais les droits et devoirs des experts Euratom doivent-ils s’apprécier à la même aune ?

Gardons à l’esprit que le traité Euratom institue, aux termes de son article 31, un groupe d’experts et qu’il lui confère un quasi-monopole pour toutes les questions relatives à la radioprotection. Ce sont les membres de ce groupe, à l’exclusion de tout autre, que la Commission doit consulter pour l’élaboration des normes, directives, règlements et autres recommandations. Ses avis, conseils et expertises sont déterminants pour la protection, ou le défaut de protection, du public, des travailleurs et des patients contre les dangers des rayonnements ionisants.

De telles prérogatives ne devraient pas s’exercer sous couvert d’anonymat.

La position de la Commission européenne est d’autant plus difficile à accepter qu’elle accorde aux membres du groupe d’Experts Euratom des privilèges tout à fait atypiques par rapport au statut des autres experts.

Dans notre courrier à la Commission européenne, nous mettons en avant une contradiction manifeste : si la transmission des « données personnelles » des experts qui conseillent la Commission européenne est soumise à une double condition de justification du transfert et de protection des intérêts des experts, comment se fait- il que les noms, curriculum vitae et déclarations d’intérêts de chacun des experts des Agences sanitaires européennes soient publiés sur le site Internet de ces organismes et accessibles à tout un chacun ? Pourquoi l’obtention des « données personnelles » des experts de l’EFSA, de l’EMA, de l’ECHA … n’est-elle pas soumise aux obligations de l’article 8(b) du règlement CE 45/1000 invoqué par la Commission européenne ? Privés du rempart de l’anonymat, les experts de l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments, qui sont susceptibles d’intervenir sur des dossiers tout à fait analogues à ceux des experts Euratom, ne risquent-ils pas de subir des « pressions injustifiées », susceptibles de « porter atteinte à leurs intérêts légitimes » ?

Nous sommes d’autant plus désireux d’obtenir des éclaircissements que la Commission européenne semble avoir modifié sa stratégie de défense.

2. Les motifs invoqués par la Commission lors de la session parlementaire

Lors de la séance plénière du 9 juillet dernier, le Parlement européen s’est prononcé sur la proposition de règlement fixant les niveaux maximaux admissibles de contamination radioactive applicables aux aliments en cas d’accident nucléaire. Le vote a été précédé d’un débat au cours duquel a été évoqué le refus de communication des noms et références des experts Euratom. S’exprimant au nom de la Commission européenne, le Commissaire OETTINGER a apporté sur ce sujet aux eurodéputés une réponse très différente de celle qui nous a été adressée un mois plus tôt par courrier. Jugez-en vous-même :

« Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les Députés

Vous avez dit que le nom des experts qui travaillent avec la Commission et qui ont été désignés par les États membres sur la base du Traité Euratom, devrait être publié pour satisfaire leur objectif de responsabilité et d’indépendance. Mais ce n’est pas prévu dans le Traité. C’est pourquoi nous n’avons pas la possibilité – que vous soyez pour ou contre – de publier leur nom. Je m’en tiens au droit, je m’en tiens à la législation. (…) » 5

Ces déclarations appellent plusieurs observations de notre part :

  1. Deux hauts responsables, s’exprimant tous deux au nom de la Commission européenne, donnent, sur une même question, des explications et des références juridiques qui n’ont rien en commun. Faut-il se fier aux écrits de M. GARRIBBA ou aux déclarations de M. OETTINGER ?
  2. Nous connaissons bien le contenu du Traité Euratom : certes, ainsi que l’indique le Commissaire OETTINGER, il ne contient pas de dispositions prescrivant ou organisant la publication des noms et cursus des membres du groupe d’experts de l’article 31. Cependant, à l’inverse, il ne contient pas, non plus, de dispositions prescrivant ou organisant la confidentialité de ces données.

5 Nous avons essayé de traduire au mieux les propos de M Günther OETTINGER qui s’est exprimé en allemand. Le contenu de son intervention peut être vérifié à : http://www.europarl.europa.eu/ep-live/de/plenary/video?debate=1436425493029 (la partie concernée commence 49 minutes environ après le début de la vidéo).

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3. Si l’anonymat est une règle imposée par le Traité Euratom, elle devrait s’appliquer à tout autre groupe institué dans ce cadre. Or tel n’est pas le cas. L’article 134 du Traité Euratom institue un Comité Scientifique et Technique (CST) chargé de conseiller la Commission. Le Traité ne prévoit pour ce Comité aucune disposition particulière quant à la publication ou la non-publication de l’identité de ses membres. Sur la base des déclarations de M. OETTINGER, l’anonymat aurait dû prévaloir. Tel n’est pas le cas : contrairement au Groupe d’experts de l’article 31, le comité de l’article 134 est bien inscrit dans le « registre des groupes d’experts de la Commission » 6 , registre librement consultable sur Internet. La fiche du Comité Scientifique et Technique (onglet « membres ») donne accès aux noms et nationalités de ses 42 membres. Le fait que le Traité Euratom n’ait rien prévu en matière de publication n’a pas empêché la Commission de rendre publique la composition du Comité. Pourquoi en serait-il autrement de la composition du Groupe d’experts ? C’est d’autant plus inexplicable que les deux instances ont des missions assez comparables.

Quelles valeurs pour l’Europe ?

Nous avons d’abord été confrontés aux déficiences du rapport d’expertise, particulièrement choquantes quand on considère que les auteurs font partie des meilleurs spécialistes européens et que leur travail est susceptible d’impacter la santé de centaines de millions d’Européens. Tout se passe comme si leur objectif n’était pas d’établir l’impact dosimétrique et sanitaire réel des différents niveaux de contamination alimentaires mais de valider, coûte que coûte, les limites définies dans le règlement.

Nous sommes désormais en butte à l’opacité de la Commission et au flou de ses argumentaires. La situation est paradoxale : alors que ce devrait être aux experts de justifier les manquements de leur expertise, c’est à nous qu’il incombe de justifier nos questions, de vérifier les textes et démonter les arguments.

La transparence est pourtant une valeur revendiquée par l’Europe et le contrôle démocratique un préalable indispensable à la confiance des citoyens.

Nous savons les efforts que vous avez déployés depuis votre élection pour un fonctionnement plus transparent des institutions européennes, pour la prévention des conflits d’intérêts, du « pantouflage » et des « portes tournantes ». L’une des premières enquêtes d’initiative que vous avez lancée portait justement sur les groupes d’experts qui conseillent la Commission européenne et jouent un rôle crucial dans l’élaboration de la législation. Vous écriviez que, compte tenu de l’importance de leur rôle, il est « de la plus haute importance pour ces groupes qu’ils soient constitués de façon équilibrée et de travailler dans la plus grande transparence possible afin que le public puisse contrôler leur travail et avoir confiance. » Soucieuse de vérifier si la composition de ces groupes garantissait une représentation équilibrée des différents intérêts, vous avez appelé la société civile à faire part de son expérience et de ses constats.

En ce qui concerne le Groupe d’Experts Euratom, une enquête de ce type est impossible : évaluer la représentativité d’un groupe, rechercher l’existence de conflits d’intérêts potentiels… tout cela suppose d’avoir accès au nom, à la formation, au cursus et aux attaches professionnelles des experts. Le secret qui entoure le groupe d’experts Euratom empêche toute réflexion sur le sujet.

Un cadre juridique défavorable

Ce groupe d’experts devrait pourtant faire l’objet, plus que tout autre, d’une vigilance scrupuleuse. Au-delà en effet des liens de dépendance susceptibles d’affecter ses membres, c’est l’existence même du groupe qui s’inscrit dans un conflit d’intérêt que l’on peut qualifier d’institutionnel.

La vocation statutaire du traité Euratom, inscrite dans son article 1, est en effet « la formation et la croissance rapides des industries nucléaires » censées contribuer à « l’élévation du niveau de vie dans les Etats membres ». Pour parvenir à cet objectif, plusieurs missions lui sont confiées : faciliter les investissements, développer la recherche, garantir l’approvisionnement en minerai d’uranium et en combustible nucléaire… mais aussi, hélas !, établir les normes de protection. Le conflit d’intérêt est manifeste et joue au bénéfice de l‘industrie nucléaire : c’est son développement, et non la protection sanitaire des personnes, qui constitue l’objet du traité. C’est ainsi que toute une série de normes, limites et prescriptions se sont développées, qui participent évidemment à la protection des personnes contre les dangers des rayonnements ionisants, mais sans faire

6 Enregistré sous le nom « Scientific and Technical Committee Euratom » et la référence « X01796 ». Fiche consultable à : http://ec.europa.eu/transparency/regexpert/index.cfm?do=groupDetail.groupDetail&groupID=1796.

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peser de contraintes trop fortes sur le développement de l’industrie nucléaire (en attestent tout particulièrement le choix des limites de dose, des autorisations de rejets radioactifs, des limites de contamination…).

Dans un tel contexte, pouvoir examiner les cursus et appartenances professionnelles des experts nous parait particulièrement justifié.

En conclusion

L’accès aux références professionnelles des experts qui jouent un rôle déterminant dans la protection sanitaire des citoyens européens devrait être de droit.

Si toutefois l’issue de notre plainte devait être liée à la nécessité de démonter l’utilité du transfert de ces données, sachez que nous sommes à votre entière disposition pour vous exposez, par écrit et par oral, le détail de nos études et vérifications, accompagné de tous les éléments de preuve dont nous disposons. Nous sommes prêts à nous déplacer à Bruxelles et à débattre avec tous les responsables et scientifiques qui accepteraient de le faire … à condition bien sûr qu’aucune clause de confidentialité ne soit posée en préalable.

Convaincus de votre attachement aux valeurs de transparence et connaissant votre détermination face aux résistances de la Commission européenne, nous vous remercions par avance de l’attention que vous porterez à notre dossier et des démarches que vous entreprendrez pour faire aboutir notre demande.

Restant dans l’attente de votre décision, nous vous prions d’agréer, Madame la Médiatrice, l’expression de notre sincère considération.

Pour la CRIIRAD,
Corinne CASTANIER
Responsable Réglementation / Radioprotection

Pièces jointes :

  •   Courrier de la commission européenne (DG-ENER) référencé ENER.D3/MH/mp, daté du 12 juin 2015,
  •   Réponse de la CRIIRAD en date du 24 juin 2015, restée à ce jour sans réponse.

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EPR Flamanville: de nouvelles et graves anomalies au cœur du réacteur

par Pascale Pascariello

Mediapart 08 juin 2015

(Extrait)

Un rapport confidentiel de l’IRSN révèle de graves dysfonctionnements de pièces importantes de l’EPR de Flamanville (Manche). Ce document, que Mediapart a pu se procurer, pointe « de multiples modes de défaillances aux conséquences graves » sur les soupapes de sûreté. Ces nouvelles anomalies viennent s’ajouter aux défauts de fabrication de la cuve du réacteur.

 

 

Le devenir du chantier de l’EPR de Flamanville tourne au cauchemar pour Areva. Quelques semaines après la révélation de problèmes sérieux sur le fond de cuve du futur réacteur nucléaire, un rapport confidentiel de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) révèle de nouveaux et graves dysfonctionnements de pièces très sensibles de l’EPR. Ce document, que Mediapart a pu se procurer, avertit sur « de multiples modes de défaillances aux conséquences graves » sur les soupapes de sûreté, équipements servant à dépressuriser le réacteur…

 

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Areva projette une mégacentrale nucléaire en Inde

Propos recueillis pat Philippe Bach

Le Courrier, Genève, 6 mai 2015

 

La population s’est mobilisée. Les manifestations ont été réprimées faisant dans un cas, en avril 2011, un mort et trente-cinq blessés par balles, relève Pradeep Indulkar (en médaillon), l’auteur du documentaire sur la centrale de Jaitapur. Source : Pradeep Indulkar/LDD

 

Un film contre le projet d’Areva d’une mégacentrale nucléaire à Jaitapur.

Pradeep Indulkar projette son documentaire sur le projet de centrale de Jaitapur (Inde). Ce soir au Grütli. Bientôt dans plusieurs villes romandes.

 

Le plus gros projet électronucléaire mondial est… indien. Il est en effet prévu d’ériger, sur le site de Jaitapur (Etat du Maharashtra), à mi-chemin entre Bombay et Goa, sur la côte indienne de la mer d’Oman, pas moins de six unités de 1650 MW (mégawatts) de puissance électrique. Des centrales de type EPR (réacteur pressurisé européen) – la nouvelle génération de centrales –, livrées clés en main par Areva. Ce soir, Pradeep Indulkar, ancien ingénieur actif dans le programme nucléaire indien et devenu depuis un lanceur d’alerte, présente au Grütli son dernier documentaire: Jaitapur Live ! Interview.

 

Ph.B.

Quelle est la taille du parc électronucléaire indien?
Pradeep Indulkar:

L’Inde compte officiellement environ vingt-deux réacteurs en service. Cela représente environ

3,5% de la production électrique de mon pays. Ce faible pourcentage est aussi lié au fait qu’il s’agit de centrales de petites tailles car anciennes.

Ph.B.

Le projet que vous combattez signifie donc une montée
en puissance?
Pradeep Indulkar:

Oui. C’est un projet gigantesque qui représente une puissance électrique installée de 9900 MW (plus de huit fois le projet de Superphenix, le surgénérateur qu’il était prévu d’implanter à Creys-Malville, ndlr). Outre les six tranches de la centrale, des indices nous laissent penser que le site accueillera aussi une usine de retraitement des déchets radioactifs. Une installation du type de celle de la Hague, en France. Ce qui présente un risque supplémentaire de pollution radioactive.

Ph. B.

Dans votre documentaire, vous montrez que la population concernée n’en veut pas.
Pradeep Indulkar:

Les habitants de cette région sont très inquiets. Ils suivent attentivement les problèmes à répétition de l’EPR de Flamanville, en France. Ils craignent des atteintes à l’environnement. La pêche est une ressource très importante pour ces populations. Ces six unités relâcheront 20 000 MW de chaleur dans l’eau. La région est aussi très réputée pour ses mangues. Or ce fruit est très sensible aux variations de températures. Enfin, 750 hectares de terres arables ont déjà été soustraits à l’agriculture par la construction d’une muraille de protection autour du site, alors que de nombreux paysans refusent de vendre.

Ph. B.

La proximité de la mer fait-elle craindre le risque d’un tsunami?

Pradeep Indulkar:
Le sous-sol sur lequel il est prévu de construire cette centrale est instable. Donc, il est prévu d’abaisser tout le site de 25 mètres à7 mètres au-dessus du niveau de la mer. Cela le rend plus vulnérable à une vague géante. A cela il faut ajouter que la région est très sensible du point de vue sismologique. Il y a eu nonante-deux épisodes de tremblements de terre en vingt ans.

Ph. B.

Pourquoi avez-vous entamé cette tournée européenne?

Pradeep Indulkar:
Le projet de Jaitapur est un projet d’Areva, une entreprise franco-allemande. Je compte aussi aller dans ces deux pays. Un accord cadre a été conclu entre les autorités indiennes et cette entreprise chargée du nucléaire. Si cette déclaration d’intention débouche sur une commande en bonne et due forme, cela signifie qu’Areva livrera cette centrale clés en main. Ce qui pose des problèmes en matière de contrôle démocratique, voire de sécurité. J’essaie de sensibiliser la société civile au fait que de nombreuses entreprises sont impliquées en tant que sous-traitants ou comme financiers, comme HSBC et Paribas. En Suisse, Sulzer est un des contractants. Le but est aussi de faire pression sur cette entreprise qui a des comptes à rendre à ses actionnaires. Sept autres projets du même type existent en Inde, impliquant à chaque fois un autre acteur mondial du nucléaire, comme par exemple l’étasunien Westinghouse ou le russe Rosatom.

 

DOCUMENTAIRE

Jaitapur Live,

Un documentaire de Pradeep Indulkar, soustitré en français, trente-trois minutes.

Les projections prévues en Suisse romande:

> Genève: mercredi 6 mai, 19h30, Grütli (fonction: cinéma), rue du Général-Dufour 16.

> Martigny: Vendredi 8 mai, 19h30, salle du Vampire, rue des Petits-Epiney 7.

> Morges: mercredi 13 mai, 20h. Foyer Beausobre, av. de Vertou 2.

> Neuchâtel: lundi 18 mai, 20h., Muséum d’histoire naturelle, rue des Terreaux 14.

 

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Ce qu’il faut penser de la fausse «sortie du nucléaire»

Walter Wildi,

Géologue

Professeur honoraire

Université de Genève

(Article paru dans Le Temps du 12 mai 2015, Genève, repris de la publication trimestrielle suisse Sortir du nucléaire.)

 

En annonçant la «sortie», mais en ne la pratiquant pas, gouvernement et parlement ont trouvé un chemin politique permettant de bercer la population d’illusions et de continuer à exploiter ces centrales amorties, profitables et de plus en plus dangereuses, estime Walter Wildi

 

La «sortie du nucléaire» annoncée après Fukushima (mars 2011) n’avait pas ses origines dans cet accident, mais ce dernier a fourni l’émotion publique nécessaire pour annoncer ce qui était devenu inéluctable. Les causes 
de cette «sortie» sont plus profondes et précèdent la catastrophe japonaise.

Cantons, villes et communes suisses ont entamé le développement de leur industrie hydroélectrique dès la fin du XIXe siècle. L’après-Deuxième Guerre mondiale les a poussés dans les bras de la nouvelle industrie nucléaire quand ont été achetées des centrales nucléaires étasuniennes de série et bon marché chez Westinghouse (Beznau) et General Electric (Mühleberg).

Avec un investissement limité, en un court laps de temps et en utilisant à cette fin les grandes sociétés électriques suisses appartenant aux principales villes et cantons, on a construit un monopole d’approvisionnement en électricité, centralisé, protégé lors de votations fédérales par une liberté totale de dépenses publicitaires, assurant un déploiement de propagande très largement en faveur des sociétés électriques. Ce système d’approvisionnement électrique à crédit 
(les générations suivantes paieront) a assuré un demi-siècle de dividendes aux cantons 
et villes actionnaires principaux des grandes compagnies d’électricité.

La fin de la «rente nucléaire» des cantons s’explique par différentes raisons: l’ouverture du marché européen (fin des prix imposés) avec une baisse du prix de l’énergie, le 
développement massif des renouvelables en Allemagne, la chute du prix des renouvelables, les nouvelles centrales nucléaires de 
plus en plus chères (au moins 10 milliards 
de francs d’investissement et plus de deux décennies pour la construction d’une nouvelle centrale) rendant les énergies renouvelables compétitives.

A l’échelle de la Suisse, on ne gagne plus d’argent en produisant de l’électricité provenant de grandes installations et en vendant 
le courant sur le marché libre. Et les conséquences se font sentir de plus en plus, notamment avec la chute des sociétés électriques qui vont d’année de déficit en année de perte, ou alors qui vendent leurs bijoux de famille sous la forme de participations dans des barrages hydroélectriques. A titre d’exemple, le cours boursier de l’action Alpiq (qui intéresse particulièrement les cantons de Suisse romande) a perdu 90% de sa valeur depuis ses sommets en 2007-2008 et 50% depuis une année.

Et la réponse à cette descente ne s’est pas fait attendre, comme Peter Bodenmann 
l’a bien posé dans sa récente tribune dans L’Hebdo: pour les propriétaires des centrales (cantons et villes), il s’agit de retarder au maximum les dépenses réelles et énormes liées au démantèlement des installations 
et au ­stockage des déchets. La Confédération accorde donc aux centrales nucléaires des rallonges d’exploitation et à la Nagra [société coopérative nationale pour le stockage des déchets radioactifs, ndlr] une autre trentaine d’années pour trouver une solution à «l’élimination» des déchets. En annonçant la «sortie», mais en ne la pratiquant pas, gouvernement et parlement ont trouvé un chemin politique permettant de bercer la population d’illusions et de continuer à exploiter ces centrales amorties, profitables et de plus en plus dangereuses. Les coûts du démantèlement et de la gestion des déchets augmentent, mais la facture n’arrivera que plus tard.

Lorsque finalement les centrales seront démantelées (avant l’accident?), si les cantons et villes se déclarent insolvables, la 
Confédération et ses contribuables seront appelés à payer: l’article 80 de la loi sur 
l’énergie nucléaire stipule à l’alinéa 4: «[…] l’Assemblée fédérale décide si la Confédération participe aux frais non couverts et si oui, dans quelle mesure.» Reste la question des centrales hydroélectriques dans lesquelles 
les grandes sociétés d’électricité détiennent des parts. A voir les ambitions des cantons 
du Valais et des Grisons, ces ouvrages seront repris par les cantons alpins et leurs communes. Ce sera la fin d’un modèle économique nucléaire qui aura duré un bon demi-siècle au bénéfice financier notamment de cantons antinucléaires mais bel et bien propriétaires de ces centrales.

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OBSTINATION NUCLEAIRE FRANÇAISE

Par
Philippe Bach
Editorial du journal Le Courrier,
Genève, du vendredi 17 avril 2015.

L’EPR (réacteur européen pressurisé) de Flamanville (département de la Manche) de nouveau sur la sellette. Mercredi – mais la nouvelle est restée plutôt discrète –, l’autorité de sûreté nucléaire française (ASN, le gendarme du nucléaire) a sifflé le hors-jeu de cette centrale en construction et qui incarne l’avenir du parc électro-nucléaire hexagonal.
Des «anomalies de fabrication» ont été découvertes sur la cuve de l’installation. C’est-à- dire là même où se produit la réaction nucléaire dégageant l’énergie qui est ensuite turbinée. Le président de l’ASN a enfoncé le clou en ne présageant «d’aucune manière de la décision qui sera prise, compte tenu de l’im- portance de l’anomalie que je qualifie de sérieuse, voire de très sérieuse1». En clair: la cuve – 425 tonnes tout de même – déjà installée se révèle moins résistante que prévue. Ce qui est évidemment gravissime pour un équipement qui sera soumis à des chocs thermiques importants.
Une nouvelle tuile pour EDF et Areva, qui chapeautent le nucléaire français. Le chantier de Flamanville accumule les retards. Alors que la centrale devait entrer en fonction en 2012,
elle est loin d’être achevée. Et la facture est déjà passée de 3,3 à 8,5 milliards d’euros!
Bref, on assiste à une nouvelle fuite en avant organisée par le tout-puissant lobby de l’atome français. Et François Hollande a beau promettre une réduction de la part du nucléaire dans la production électrique française de 75% à 50% à l’horizon 2025, on sait que l’inconsistant joueur de pipeau qui prend ces jours-ci des bains de foule à Ouchy excelle dans ce genre de promesses qui rendent les fous joyeux. La loi de transition énergétique votée en octobre dernier offre toutes sortes d’échappatoires. Dans la foulée, sa ministre de l’Ecologie conditionne la fermeture des plus vieilles et plus dangereuses centrales, comme celle de Fessenheim, au démarrage de Flamanville. En attendant, les vieilles casseroles sont priées de ne pas présenter de fuites.
Tout cela tient davantage du bricolage que de la politique. Ce qui est sans doute aussi vrai d’autres aspects de l’action gouvernementale française. Mais dans le cas d’espèce, cela concerne également les pays voisins directement menacés dans leur sécurité par cette obstination nucléaire.
1 Voir Le Monde du 15 avril.

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EPR Flamanville: une anomalie pourrait condamner le réacteur

9 avril 2015
L’anomalie signalée mardi par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) sur la cuve du réacteur nucléaire en construction à Flamanville (Manche) risque de condamner ce réacteur ainsi que deux autres EPR en chantier en Chine, affirme jeudi l’organisation écologiste Greenpeace.
« Si les tests en cours confirment l’anomalie –et il y a de fortes probabilités qu’ils la confirment– ces EPR sont condamnés à ne pas démarrer » car les cuves, dont l’acier fait l’objet de doutes, « sont a priori irremplaçables » une fois posées, a déclaré à l’AFP Yannick Rousselet, chargé des questions nucléaires à Greenpeace France.
« Jamais au monde pour le moment on a réextrait une cuve sans détruire tout ce qu’il y a autour », affirme M. Rousselet.
Interrogé par l’AFP, le service de communication d’EDF, maître d’œuvre du chantier de Flamanville, a indiqué ne faire « aucun commentaire ».
« Les enjeux sont considérables », ajoute M. Rousselet, pour qui il s’agit du plus gros problème jamais relevé sur un EPR (réacteur pressurisé européen).
Mardi, l’ASN a annoncé qu’une « anomalie » avait été détectée à Flamanville « dans la composition de l’acier du couvercle de la cuve, et du fond de cuve », deux pièces appelées calottes.
Outre Flamanville, trois réacteurs EPR sont en construction dans le monde, en Chine et en Finlande. Or « certaines calottes des cuves des réacteurs de Taïshan 1 et 2 (Chine) ont été fabriquées par Creusot Forge, filiale d’Areva, selon un procédé similaire à celui de la cuve de l’EPR de Flamanville », a précisé mercredi le gendarme du nucléaire dans un communiqué. Ce n’est pas le cas des calottes de la cuve de l’EPR d’Olkiluoto en Finlande, qui proviennent d’un autre fournisseur.
Areva doit réaliser d’ici octobre des expertises pour confirmer ou infirmer « l’anomalie » apparue au cours de « premières mesures ».

« Un couvercle de cuve, c’est des mois de fabrication, et des coûts astronomiques, donc ça pose un problème, mais c’est remplaçable. Mais les cuves c’est complètement inenvisageable », affirme le militant. Car « quand on pose une cuve, aussitôt on met une quantité d’éléments autour, y compris des éléments bétonnés pour la fixer », selon lui.
La cuve de Flamanville a été posée en janvier 2014 avant le démarrage de la centrale prévu en 2017. Celui de Taïshan 1 est annoncé pour fin 2015.
Selon Greenpeace, « la pièce étalon sur laquelle a été détectée l’anomalie est censée valider l’ensemble des calottes » fabriquées par Creusot Forge pour Flamanville et Taïshan, mais aussi pour des réacteurs qui ne sont pas encore commandés, comme Taïshan 3 et Hinkley Point (sud-ouest de l’Angleterre), pour lequel EDF n’a pas pris de décision définitive d’investissement.
Interrogée par l’AFP, Areva n’a « pas souhaité faire de commentaire ».
Selon Greenpeace, le géant du nucléaire, en difficultés financières, « a pris un risque industriel en décidant de faire une série de calottes » sur la base de ce même étalon.
« Sur le seul chantier EPR où Areva est maître d’œuvre, celui de Finlande, au lieu de faire les calottes en France, Areva les a fait faire par les Japonais et elles n’ont pas de problème », ajoute le militant de Greenpeace.
En 2014, Areva avait indiqué que la cuve de Flamanville avait été forgée à 80% chez Japan Steelworks et à 20% chez Areva au Creusot.
La cuve, qui pèse 425 tonnes et mesure 11 mètres de haut, est une pièce « particulièrement importante pour la sûreté » car elle « contient le combustible » et « participe à la seconde barrière de confinement de la radioactivité » après la gaine du combustible, selon l’ASN.

AFP

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Ecologie et libertés

par Philippe Bach
Editorial du quotidien Le Courrier, Genève, 12 mars 2015.

Un anniversaire dont on se passerait bien. Il y a quatre ans, la centrale nucléaire de Fukushima était le siège d’une catastrophe majeure, avec la fusion partielle du cœur de trois réacteurs. D’énormes quantités de radioactivité ont été et continuent d’être relâchées dans la biosphère. Hier, les milieux antinucléaires ont rappelé en plusieurs endroits du monde et en Suisse les dangers que cette industrie fait courir à la planète.
On relèvera que pour une catastrophe de cette importance –certains calculs épidémiologiques laissent envisager 1 million de cancers supplémentaires –, on en sait finalement très peu. Une nouvelle illustration du fait que nucléaire et démocratie ne font pas bon ménage. Cette technologie est si dangereuse qu’elle implique le risque d’une dérive policière de l’Etat. Et elle ne s’accommode pas de la transparence inhérente à l’Etat de droit. Une omerta qui va jusqu’à contaminer le monde scientifique. On l’a vu avec la catastrophe de Tchernobyl, où l’Organisation mondiale de la santé défend des positions si éloignées de la réalité que cela en devient risible. Explication: cette organisation onusienne est en fait soumise à la toute puissante Agence internationale pour l’énergie atomique. Elle a fait sienne pendant des années la grotesque affirmation que Tchernobyl aurait fait quelques dizaines de morts, là où sur la durée on s’approche doucement du demi-million.
Ce phénomène se vérifie aussi au Japon où le gouvernement a même fait passer une loi ad hoc qui verrouille l’information et permet de poursuivre les journalistes qui auraient la mauvaise idée de contester le discours officiel ou de poser des questions dérangeantes.
Et en Suisse, hier, l’Alliance Non au nucléaire, qui regroupe l’entier des organisations opposées à l’atome, a rappelé que la vigie qu’elle a installée devant l’IFSN (Institut fédéral de sûreté nucléaire) pour protester contre la centrale de Beznau se heurte à l’intransigeance des autorités de la commune de Brugg. Celles-ci interdisent toute manifestation de plus de six personnes et tolèrent un maximum de deux drapeaux. Une décision bureaucratique qui n’aurait pas dépareillé dans feu l’URSS. Quelque 800 recours ont été déposés contre cette entrave à la liberté de manifester et d’expression.
Au-delà de nos vies et de la préservation de la biosphère, ce sont donc aussi les fondements de la démocratie qui sont en jeu. La lutte antinucléaire est aussi un combat pour les libertés fondamentales. Elle nous concerne donc à double titre.

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Suisse Pour qui travaille l’IFSN ?

Editorial du numéro 102, mars 2015, du journal suisse Sortir du nucléaire par Marc Oran, député au Grand Conseil vaudois, membre du comité de « Sortir du nucléaire » et vice-président de l’Appel de Genève II

Est-il normal que l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN), autorité fédérale de surveillance indépendante de la Confédération pour la sécurité des installations nucléaires en Suisse, puisse fermer les yeux sur les fissures de la centrale de Mühleberg, renoncer à prendre des mesures urgentes pour la protection de l’enveloppe du cœur de la centrale ? Est-il normal que Beznau I, le plus vieux réacteur du monde encore en fonction et qui vient de fêter ses 45 ans, soit autorisé à fonctionner encore durant 15 ans, voire davantage ?

M. Hans Wanner, directeur de l’IFSN, a-t-il entendu parler de Tchernobyl et de Fukushima ou alors, enfermé dans ses bureaux de Brugg (AG), est-il si confiant qu’il ne réalise pas les risques qu’il fait prendre à la Suisse, à l’Europe ?

Les personnes qui constituent des piquets silencieux et pacifiques devant les locaux de l’IFSN depuis la catastrophe de Fukushima du lundi au jeudi de 17h à 18h, soit depuis quelque 770 jours sont-elles de dangereux terroristes ? M. Wanner a-t-il le droit de faire appel aux forces de l’ordre pour les faire évacuer et de faire payer des amendes pouvant aller jusqu’à CHF 2’000.- aux vigies se trouvant sur le trottoir, soit sur le domaine public ? Je crois rêver ! Cela me rappelle un vieux règlement de police de la Ville de Lausanne (qui a heureusement été annulé depuis) interdisant aux automobilistes à la recherche de places de parc à la place Centrale de faire « des allées et venues inutiles » passibles d’amendes. Dans les années 70, c’était le lieu de travail des péripatéticiennes lausannoises !

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Pertes record pour le géant du nucléaire français Areva

La firme annoncera le 4 mars un trou de 4,9 milliards d’euros

Richard Werly, Paris,

Article publié dans

Le Temps, Genève, 24 février 2015

 

La filière nucléaire française doit-elle être auditée et repensée de fond en comble ? Sur le plan comptable en tout cas, l’avertissement lancé lundi par Areva d’une perte de 4,9 milliards d’euros pour 2014 semble assuré de relancer les appels au grand ménage dans ce secteur éminemment stratégique.

Contrôlé par l’Etat à 85,6%, le géant français, fort de plus de 45 000 employés et d’environ 250 filiales dans une quarantaine de pays, devrait confirmer le 4 mars ces pertes nettes, supérieures à sa capitalisation boursière et légèrement inférieures à son chiffre d’affaires 2014 de 5,5 milliards d’euros. Cette bombe financière intervient après des années d’accusations portées contre la gestion d’Anne Lauvergeon, l’ancienne conseillère diplomatique de François Mitterrand, qui dirigea l’entreprise de 1999 (Areva a remplacé la Cogema en 2001) à 2011. Cette dernière, qui exerça jusqu’en février 2014 la présidence du Conseil de surveillance du quotidien Libération, avait été remplacée par Luc Oursel, décédé le 3 décembre 2014. Ses deux principaux dirigeants, le président du conseil d’administration, Philippe Varin, et le directeur général, Philippe Knoche, semblent donc avoir opté, dès leur entrée en fonction, pour une très douloureuse opération vérité. Il s’agit de la quatrième perte consécutive pour Areva.

Dérapages des chantiers

L’origine des pertes colossales d’Areva, héritière du fameux Commissariat à l’énergie atomique, est essentiellement liée aux dérapages des principaux chantiers dans lesquels ce constructeur de centrales nucléaires est engagé en France (Flamanville), en Finlande (où elle construit un réacteur de troisième génération qui coûtera 6 milliards au lieu des 3 milliards prévus) et au Japon, où l’accident nucléaire de Fukushima a «tué» son juteux marché. La firme française avait aussi raté, en 2006, le «contrat du siècle en Chine», où la construction de quatre réacteurs de troisième génération avait été remportée par l’américain Westinghouse. Autre boulet, de loin le plus explosif: le fameux rachat pour près de 2 milliards d’euros de la société canadienne Uramin en 2007, dont les gisements d’uranium au Niger étaient un mirage.

Cet exercice désastreux devrait relancer les spéculations sur un possible rapprochement entre EDF (contrôlé par l’Etat français à hauteur de 84%) et Areva. La nécessité de regrouper les deux structures est jugée incontournable par les experts, dans un contexte de pétrole à bas prix et de contraintes réglementaires croissantes en faveur des renouvelables. Hier, l’action a perdu 2,09%.

 

 

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Atomarer Ausstieg: Die erste Priorität bei der Senkung des Stromverbrauchs setzen

Jean-Philippe Scalbert, Dipl.Ing Eidgenössische Technische Hochschule Zürich

Atomausstieg, ja aber wann?

Ein grosser Teil der Schweizer Bevölkerung fühlt sich von einer unmittelbaren Gefahr bedroht, weil er einschätzt, dass ein atomarer Unfall auch in der Schweiz und nicht nur in Ukraine oder in Japan sich bereits morgen ereignen kann. Der anderer Teil der Bevölkerung empfindet diese Angst nicht, weil er den Schweizern (und französischen?) Verantwortlichen vertraut, den atomarer Unfall mit hundertprozentiger Sicherheit vermeiden zu können. Der Konflikt um die Atomkraftwerke ist eigentlich ein Glaubenskrieg.

Gegenwärtig setzen die Atombefürworter ihre « Religion » durch, und muten ihren Gegnern ein latentes Unsicherheitsgefühl zu.

Jedoch hat das Volk beschlossen, dass er dieser Unsicherheit los werden will, und für den atomaren Ausstieg im Jahre 2012 gestimmt.

Aber die Atombefürworter haben die Lage wieder im Griff :Der „Fukushima-Effekt“ lässt bereits nach, und rund um die Debatte über die Energetische Strategie 2050 scheinen die Regierung und die Bundeskammern eher bemüht zu sein, die Lebensdauer der AKW’s zu verlängern, die erneuerbare Stromproduktion und sogar stromfressende Produkte wie die Elektrowärmepumpe oder das aufladbare Elektroauto zu fördern, als sich auf das wirklich Wesentliche zu konzentrieren: den Stromverbrauch zu senken.

 

Die Bevölkerung ist stromsüchtig: Sie befindet sich in der Lage eines Rauchers, der weiss, dass er sich selber schadet, ohne jedoch die Kraft zu finden, gegen seine eigene Sucht zu kämpfen. Wenn sich neue, elektrisch angetriebene Produkte in unserem Alltag durchsetzen, wird die heutige und zukünftige Atomstrom-Abhängigkeit so stark sein, dass es nie möglich sein wird, rechtzeitig auf die AKW’s zu verzichten. Das Schweizer Volk befindet sich in der Lage eines Rauchers, der Angst vor einem Lungenkrebs hat, aber trotzdem nicht fähig ist, aufzuhören zu rauchen.

 

Es gilt nun, eine effiziente Strategie zur raschen Senkung des Verbrauchs zu definieren. Diese Strategie muss dann auf eine transparente und glaubwürdige Art erläutert werden, bis Volk und Politik bereit sind, sich mit den nötigen finanziellen und personellen Ressourcen zu dotieren.

 

Der Interessenkonflikt zwischen Nuklearausstieg und CO2

Es ist unbestritten, dass gewisse Strategien zum Nuklearausstieg (wie Gaskraftwerke oder Blockheizkraftwerke), eine Erhöhung der CO2-Emissionen verursachen. Umgekehrt haben gewisse Strategien zur Reduktion der CO2 – Emissionen (z.B. Heizungswärmepumpen, aufladbare Elektromobile) den Atomausstieg zu verzögern. Wie soll man mit diesem Interessenkonflikt umgehen?

 

Einerseits befinden sich die Schweizer Atomkraftwerke in unserem Land, andererseits kann sich der atomare Unfall theoretisch morgen ereignen. Der nukleare Ausstieg ist deshalb ein souveräner Entscheid, der uns von einer vielleicht unmittelbaren Katastrophe schützen soll. Hingegen ist die Emission von CO2 global und entwickelt sich langsam. Zudem hängt sie nicht nur von uns ab. Selbst drastische Bemühungen werden nicht verhindern, dass andere Staaten ihren Anteil an die globalen CO2-Emissionen nicht verändern. Somit werden unsere lokale CO2 Reduktion sehr wenig zur Vermeidung vom Treibhauseffekt beitragen.

Diese Abwägung zeigt, dass der atomare Ausstieg prioritär behandelt werden muss. Die Bemühungen um die Reduktion der CO2 – Emissionen, dürfen jedoch nicht nachlassen. Sicher ist, dass alle Lösungen, die erlauben, den Interessenkonflikt zwischen atomarem Ausstieg und CO2-Emissionen umzugehen oder zu vermeiden, dringlich und mit den nötigen Mitteln realisiert werden müssen !

 

Eine Alternative zur atomaren Stromproduktion suchen, ja aber…

Wenn das Wetter kalt und bedeckt ist, produzieren die Photovoltaik – und Windanlagen kaum Strom. Ausgerechnet in dieser klimatischen Situation, braucht es aber grosse Stromleistungen, um die elektrischen Heizungen – insbesondere auch die Wärmepumpen – sowie die Beleuchtungen zu versorgen. Die Öffentliche Meinung ist dessen nicht bewusst und schenkt der erneuerbaren aber klimaabhängigen Stromproduktion als Alternative zum Atomstrom zu viel Vertrauen.

Die Speicherung der Solar- und Windenergie ist eine unabdingbare Bedingung, um sicherzustellen, dass diese klimaabhängigen Techniken wirklich zum Atomausstieg beitragen. Die Stromspeicherung muss mit den nötigen Mitteln Gegenstand eines nationalen Forschungsprojekts werden und vom Bund – nicht nur von einzelnen Initiativen mit begrenzten Mitteln – getragen werden.

Kurzfristig braucht es eine intensive Medienarbeit, um die Möglichkeiten der Solar- und Windenergie zu relativieren und die Dringlichkeit der Umsetzung von Stromsparmassnahmen zu betonen, wenn man den Atomausstieg wirklich erreichen will. Jede nicht verbrauchte Kilowattstunde ist ein vermindertes Risiko, entflieht dem Interessenkonflikt mit der Klimaerwärmung und macht den Atomstrom überflüssiger.

 

Stromsparmassnahmen : Viele Reden aber wenige Taten

Sogar der Bund ist zweideutig: Vor 30 Jahren wurde das Bundesprogramm „RAVEL“ zur Förderung von Stromsparmassnahmen in allen Verbrauchssektoren lanciert. Trotz einem Nachfolgeprogramm ist RAVEL mehr oder weniger in die Schublade verschwunden. Die Regierung und das Parlament scheinen sich nun eher auf die Probleme der Stromproduktion zu konzentrieren und delegieren diejenigen des Stromkonsums an die Kantone, welche mit ungleichen und ungenügenden Mitteln ihre Aufgabe wahrnehmen.

Die Widerstandsstromheizung zum Beispiel ist auf Kantonsebene nur mit einer gewissen Zurückhaltung in Frage gestellt. Aber niemand setzt den Finger auf grosse Stromverbraucher wie die bereits sehr verbreitete Elektrowärmepumpe oder das kommende Elektroauto des Typs „Plug In“.

Die Sanierung von grossen Industriebetrieben mit sehr hohem Stromverbrauch, zum Beispiel bei der Zementindustrie, wird im Einvernehmen mit den Behörden aus wirtschaftlichen Gründen aufgeschoben.

Die Einkaufzentren und Warenhäuser werden selten Gegenstand von Kritiken im Bezug auf ihren Stromverbrauch. Jedoch werden sie mit aufwendigen und farbigen und von weitem sichtbaren Leuchtreklamen ausgerüstet, die auch während der Nacht durchgehend leuchten. Im Sommer bei hohen Aussentemperaturen braucht es eine Jacke um die übertriebene Klimatisierung im Laden – nicht nur bei den Frischprodukten – zu ertragen.

Die meisten Staatlichen Institutionen bekennen sich offiziell zu einem sparsamen Umgang mit der Elektrizität, investieren aber wenig in Massnahmen zur Stromverbrauchsreduktion der öffentlichen Gebäude, der öffentlichen Verkehrsmittel und der technischen Betriebe. Kantonale Statistiken zeigen es, wenn sie überhaupt existieren.

 

Die Finanzierung der Stromsparmassnahmen

Man stellt fest, wie schwer das Verbot von elektrischen Widerstandsheizungen auf kantonaler Ebene durchzusetzen ist. Alles, was die individuelle Freiheit und den freien Verkauf von nützlichen aber „stromfressenden“ Produkten einschränkt, weist eine schlechte Akzeptanz auf.

Der Staat kann aber in bestimmten Fällen seine Verantwortung wahrnehmen und sehr dirigistisch werden: er kann in eigener Kompetenz sehr hohe Summen aus Steuergeldern für Finanzierungen einsetzen, die unter Umständen das Volk in einer entsprechenden Abstimmung vielleicht nicht akzeptiert hätte.

Im atomaren Bereich ist es der Fall, zum Beispiel für die Verteilung von Jodtabletten, die Forschung über die Lebensdauerverlängerung und den Zurückbau der AKW’s und für die Suche nach Lösungen für die langfristige Entsorgung von radioaktiven Abfällen. In finanziellen und monetären Bereichen greift der Staat zur Steuerkasse, sei es für die Rettung der „too big to fail“ Banken oder für die Erhaltung der Frankenparität. Im Gesundheitsbereich ist der Staat auch nicht mehr so liberal: Grosse Summen sind der Krankassenprämienhilfe oder der Verteilung von Impfstoffen gewidmet. Alle diese „Geldgeschenke“ werden in einem fast generellen Konsens verteilt!

Schlussendlich wird im Bereich der Stromversorgung die erneuerbare Produktion von Elektrizität mit einer kostendeckenden Vergütung honoriert.

Sollte nicht der Bund ähnliche Geldsummen für die Finanzierung von flächendeckenden Stromsparmassnahmen verwenden können? Die Senkung des Stromverbrauchs ist eine Voraussetzung und der schnellste Weg zum Atomausstieg. Und dieser wurde beschlossen, um die Gesamtbevölkerung vor einem atomaren Unfall zu schützen. Bevölkerungsschutz ist eine Bundesaufgabe und darf deshalb nicht den Kantonen herabdelegiert werden.

 

Einige konkrete Massnahmen

 

Widerstandselektroheizungen und Elektrowärmepumpen sollen durch Holzpelletsheizungen ersetzt werden.

Darüber zu schweigen, dass die Elektrowärmepumpe eine elektrische Heizung ist: Eine halbe Lüge oder eine halbe Wahrheit?

Machen wir eine kleine Berechnung: Ein Haushalt mit 2 Personen verbraucht jährlich etwa 3- bis 4000 kWh für Beleuchtung, elektrische Geräte und Haustechnik (ohne Beheizung). Für ein kleines, nach den heutigen Normen gebautes Haus mit einer beheizten Fläche von 150 m2, braucht es 10- bis 12’000 kWh an jährlicher Heizenergie. Wenn das Haus mit einer Elektrowärmepumpe mit einem Wirkungsgrad von 300% beheizt wird, braucht es für ihren Antrieb immer noch 3000 kWh. Demzufolge wird der Stromverbrauch dieses Haushaltes verdoppelt! Sollte die Elektrowärmepumpe mit Solarenergie angetrieben werden, bleibt der übrige Stromverbrauch unberührt. Die hier eingesetzte Sonnenenergie hat somit nichts zum Atomausstieg beigetragen. Die Elektrizitätsproduktion – ob erneuerbar oder nicht – muss für die Aufgaben „reserviert“ werden, für welche keine Alternative zum Strom besteht.

Dies bedeutet, dass die Elektrowärmepumpen nicht mehr zu Heizwecken verwendet werden sollten. Ihre Installation in neuen Heizanlagen und ihr Ersatz, nach dem Erreichen ihrer Lebensdauer muss Gegenstand eines Moratoriums werden.

Für ihren Ersatz steht eine gute Lösung zu Verfügung. Die Holzpelletsheizung ist klimaneutral und technisch ausgereift. Die Pelletskessel der letzten Generation weisen dank einer sehr vollständigen Verbrennung minimale Staubwerte auf.

 

 

 

RAVEL Programm wiederaufnehmen und Stromsparmassnahmen subventionieren

Besitzer von bestehenden Wohnhäusern sollen beispielsweise folgende Massnahmen realisieren und dafür entsprechende Subventionen beantragen können:

  • Ersatz sämtlicher Glüh- und Halogenlampen durch LED oder Sparlampen
  • Ersatz der Heizungs-Umwälzpumpen durch kleinere, korrekt dimensionierte Pumpen
  • Vorgezogener Ersatz aller Haushaltsgeräte älterer Generation durch sparsame und geprüfte Geräte

 

Im Bereich der Warenhäuser, zusätzlich:

  • Im Sommer Raumtemperaturen in Einkaufszentren und Supermärkten ausserhalb des Frischproduktbereichs erhöhen. Aussentemperatur nie um mehr als 6°C unterschreiten.
  • Luftmengen und Betriebszeiten der Ventilationsanlagen überdenken und genauer an die effektiven Bedürfnisse anpassen
  • Leuchtreklamen kleiner dimensionieren, mit LED oder Sparlampen ausrüsten und nachts abstellen.

 

Solche Massnahmen können auch flächendenkend in sämtlichen öffentlichen Gebäuden realisiert werden.

Das technische Sparpotential soll zudem in den öffentlichen Technischen- und Verkehrsbetrieben, in der Industrie und im gewerblichen Bereich aufgrund von spezifischen zielgerichteten Studien ausgeschöpft werden.

 

Soll das oben genannte Stromsparpotential flächendeckend ausgeschöpft werden, ist es unerlässlich und dringlich, über die Dimension des gesamten Vorhabens nachzudenken: Die beträchtlichen personellen und finanziellen Ressourcen müssen erfasst und bereitgestellt werden, keine kleine Aufgabe!

Für die finanzielle Mittel: warum nicht das System der kostendeckenden Einspeisevergütung um die Stromsparmassnahmen erweitern? Eine gesparte Kilowattstunde kann im Prinzip einer produzierten Kilowattstunde gleichgestellt werden. Es wäre denkbar und zielgerichtet, zum Beispiel den vorgezogenen Kühlschrankersatz, oder den Ersatz von sämtlichen Glüh- und Halogenlampen durch LED’s, oder den Ersatz einer Elektrowärmepumpe durch einen Holzpelletskessel, auf die gleiche Art und Weise wie heute dreifach verglaste Fenster oder Aussenfassadenisolationen, zu subventionieren.

 

Den Anmarsch des Elektromobils stoppen

Solange die Speicherung der klimaabhängigen, erneuerbaren Stromproduktionen nicht befriedigend realisierbar ist, wird das Elektroauto ein Mehrfaches der für die Beleuchtung und die Haushaltgeräte verwendeten Strommengen beanspruchen. In unserem obigen Berechnungsbeispiel würde ein Elektroauto mit einem realistischen Verbrauch von 6000 kWh/a den ursprünglichen Stromverbrauch des Haushaltes verdreifachen! Sollte sich das Elektroauto schnell ausbreiten, ist eine globale Senkung des Strombedarfs und somit der atomare Ausstieg unerreichbar.

Das Elektroauto darf wie die Elektropumpe nur mit Solarstrom angetrieben werden, und zwar erst nachdem die Senkung des Stromverbrauchs bereits zum atomaren Ausstieg geführt hat.

 

Klimatisierungstechnik überdenken

Die Klimatisierung ist sehr stromintensiv. Mit einer knapp dimensionierten, bedarfsabhängigen Auslegung der Luftmengen und der Temperaturschwellen kann ein beträchtliches Potential an Stromeinsparungen in den öffentlichen Bauten, im Gewerbe und in der Industrie ausgeschöpft werden.

In vielen Fällen kann die zugeführte Luft in Wärmeaustausch-systeme (Erdluftregister und ähnliche Systeme) , die ohne Wärmepumpe, das heisst praktisch ohne Stromeinsatz, einen thermischen Austausch zwischen Erdreich und Luft bewirken, im Winter vorgewärmt und im Sommer gekühlt werden.

 

Gebäudeautomation fördern

Die computergestützte Gebäudeautomation liegt im Trend, setzt sich aber aus Kostengründen nur langsam durch. Sie trägt zur sparsamen Regulierung der Heizung, des Lichtes, der Klimatisierung und des Sonnenschutzes bei, weil sie sich am besten dem reellen Bedarf anpasst und somit jeden überflüssigen Energieeinsatz verhindert. Dieser Branche fehlt es heute an Unterstützung und an personellen Ressourcen und sollte gefördert werden.

 

Kurzfristige Strategie

 

Die Realisierung der Stromsparmassnahmen ist ein Wirtschaftsmotor

Einerseits bedeutet der atomare Ausstieg die Aufgabe von Aktivitäten, das heisst von Arbeitsplätzen in bestimmten Bereichen (Kraftwerkbau, Wärmepumpen- und Elektromobilhandel). Andererseits sollten die technischen Stromsparmassnahmen ein beträchtliches Arbeitsvolumen schaffen und somit eine Vielzahl von Branchen mobilisieren und Arbeitsplätze erzeugen können.

 

Die einzusetzenden Berufsgattungen fördern

Leider hält sich unsere Jugend oft von den Karrieren in technischen Berufen fern. Den grossen Herausforderungen im Bereich der Gebäudetechnik scheint es an Attraktivität zu mangeln.

Auf dieser Ebene muss bei einem jungen Zielpublikum eine pädagogische Medienarbeit geleistet werden, die ein Bild des atomaren Ausstiegs vermittelt, das sich nicht damit begnügt, zu denunzieren und zu protestieren, sondern die Dimension eines in die Zukunft gerichteten und sinnvollen Berufs vermittelt.

 

Grossflächige nationale Sensibilisierungskampagnen

Die Aufgabe, Strom einzusparen, um die Angst vor einem atomaren Unfall zu überwinden, ist eine Volksaufgabe! Mit grossflächigen Kampagnen wie denjenigen gegen AIDS, könnte eine solche Botschaft vermittelt werden. Nur mit solchen Mitteln können die öffentliche Meinung und die Politik verstehen, wo die Logik liegt. Will man sich wirklich von dieser „Zauberlehrlingstechnologie“ entfernen, darf man nicht mehr mit gut schweizerischen Kompromissen und halben Wahrheiten, sondern muss mit beeindruckenden und überzeugenden Argumenten kommunizieren.

In diesen Medienkampagnen muss man auch Klarheit über die reellen Kosten der Atomkraftwerke schaffen, das heisst, die Kosten für ihren Rückbau und für die definitive Entsorgung der radioaktiven Abfälle berücksichtigen, und die bisherigen halben Wahrheiten deutlich und laut ergänzen. Dabei muss man auch zeigen, dass die technischen Stromsparmassnahmen nicht teurer werden als die unsinnige Lebensdauerverlängerung der bestehenden AKW’s.

Der atomare Ausstieg ist oft mit dem Bild eines alternativen, sogar marginalen Lebensstils in Verbindung gesetzt worden. Zudem wenden sich die antiatomaren Botschaften meistens an bereits überzeugte Bevölkerungsschichten. Sie mangeln an Glaubwürdigkeit bei der Mehrheit der Bevölkerung, die befürchtet, dass der atomare Ausstieg einen Verzicht auf den vielfältigen Komfort bedeutet, welchen die Elektrizität bietet. Die Botschaft des atomaren Ausstiegs muss über diesen Punkt beruhigend wirken.

 

Eine gewichtige politische Bewegung schaffen

Sensibilisierungskampagnen sind die Vorstufe einer überparteilichen politischen Bewegung, ohne welche nichts realisiert werden kann. Die bevorstehenden Entscheidungen sind so schwerwiegend, dass man zuerst eine Schockwirkung befürchten muss, die aber mit konstruktiven und glaubwürdigen Vorschlägen sofort gedämpft werden kann. So kann eine in die Zukunft gerichtete, dynamische Bewegung entstehen.

Folgende Phasen sind in Betracht zu ziehen:

  • Zuerst einen soliden und aus anerkannten Persönlichkeiten bestehenden Kern schaffen
  • Multiplikatoren ausbilden, die den Willen für eine rasche politische Aktion ausbreiten
  • Soziale Netzwerke nutzen
  • Sich mit anderen antiatomaren Bewegungen verbinden (Observatoire du nucléaire, Greenpeace, WWF usw…)
  • Eine Medienkampagne mit klaren und glaubwürdigen Slogans starten.

 

Die nötigen Gesetze und Verordnungen erlassen

Ohne staatlichen Eingriff (Interventionismus) wird es nicht möglich sein, den vorgezogenen Ausstieg zu erwirken. Zum Beispiel müssen:

  • Nicht nur elektrische Widerstandsheizungen verboten, sondern auch ein Moratorium über Elektrowärmepumpen und andere Produkte, die ihre Aufgabe mit anderen Energieformen als Strom erfüllen können, erlassen werden.
  • Die Einführung der Elektroautos gesetzlich beschränkt werden.

Diese Art von Massnahmen ist diskriminierend und in Widerspruch mit dem freien Markt. Ohne politischen Konsens können demzufolge die oben genannten Verbote nicht erlassen werden. Eine Utopie?

 

Kurzfristige Finanzierung der Stromsparmassnahmen

Wenn der Gesetzgeber die Betreiber von Anlagen zwingt, diese kurzfristig und vor dem Erreichen ihrer Lebensdauer zu ersetzen, muss er einen grossen Teil der Investitionen subventionieren. Er muss zudem die von den gesetzlichen Einschränkungen betroffenen Wirtschaftszweige unterstützen. Er muss für die Finanzierung von gezielten Studien über mögliche Stromsparmassnahmen in Industrie und Gewerbe sorgen. Und er muss über die Finanzierung der Realisierung der Massnahmen verhandeln. Er muss demzufolge sehr rasch mit den nötigen Kompetenzen und personellen Ressourcen versehen werden.

Diese Forderung kann wiederum vielleicht utopisch scheinen. Aber das ist der einzige Weg, um den Ausstiegsprozess zu beschleunigen.

 

Schlussfolgerung

 

Der atomare Ausstieg kann nicht mit schwach greifenden Stromsparmassnahmen und schönen Reden erreicht und schon gar nicht beschleunigt werden. Nur die Gefahren der veralteten AKW’s zu denunzieren, genügt noch weniger. Die obigen Überlegungen und Vorschläge scheinen vielleicht auf den ersten Blick masslos. Aber gegen den extremen Druck, den die Atomlobby ausübt, um die Nukleartechnologie zu fördern und sowohl Fukushima als auch die Probleme der Entsorgung der radioaktiven Abfälle in Vergessenheit zu bringen, genügt ein helvetischer Kompromiss sicherlich nicht!

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