La centrale nucléaire de Beznau n’est pas protégée contre les séismes

Lancement d’une procédure judiciaire

20 août 2015

Source Greenpeace Suisse.  http://www.greenpeace.org/switzerland/fr/publications/actualites/energie/Beznau-securite-sismique/

Actualité – 20 août, 2015
La centrale nucléaire de Beznau ne résisterait pas à un séisme puissant. Elle reste en activité uniquement parce que l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) applique des normes erronées en matière de radioprotection. L’Association Trinationale de Protection Nucléaire (ATPN), Greenpeace et la Fondation Suisse de l’énergie (SES) ont mis en lumière ce grave défaut de sécurité lors d’une conférence de presse qui s’est tenue ce matin à Berne. Ces organisations lancent une procédure judiciaire, conjointement avec des riverains de la centrale. Ensemble, ils exigent une mise hors service définitive de l’installation.
La centrale nucléaire de Beznau ne résisterait pas à un séisme puissant.Suite au déclenchement de la catastrophe de Fukushima en 2011, Axpo, l’exploitant de la centrale, a dû procéder à des vérifications concernant le risque sismique. L’analyse effectuée a montré que des quantités inadmissibles de radioactivité s’échapperaient des réacteurs si un tel incident devait se produire. « Dans le cas d’un séisme d’importance, la population serait exposée à un niveau de radiation dangereux. Les bases légales sont claires: Beznau doit être mise hors service sans délais », déclare l’ingénieur Markus Kühni, qui a réalisé l’analyse technique pour les plaignants.

Comme l’IFSN applique systématiquement des prescriptions de radioprotection erronées, elle autorise la centrale de Beznau à rester en activité, ce depuis juillet 2012. Si l’autorité de surveillance appliquait les bases légales correctes, la centrale devrait être immédiatement mise à l’arrêt. « Les conclusions de nos recherches sont effrayantes », déclare Rudolf Rechsteiner, vice-président de l’Association Trinationale de Protection Nucléaire (ATPN). « L’IFSN protège les exploitants des centrales, pas la population. »

Appliquer les bonnes prescriptions de radioprotection
Une quinzaine de riverains de la centrale lancent aujourd’hui une procédure judiciaire, avec le soutien des trois organisations environnementales. Ils exigent que l’IFSN revienne sur sa décision et applique les bonnes valeurs en matière de radioprotection. Ce qui doit aboutir à la mise à l’arrêt de Beznau.

Les travaux préliminaires au lancement de cette procédure (expertise technique et juridique) ont été financés par TRAS / ATPN, Greenpeace et la SES. L’association « Beznau Verfahren » a été fondée pour soutenir la procédure et afin que chaque personne intéressée dans et hors du Canton d’Argovie puisse soutenir financièrement les étapes juridiques. Sa présidente, Irène Kälin, députée écologiste au Grand Conseil argovien déclare: « La plus vieille centrale nucléaire encore en service sur la planète se trouve donc en Argovie, bien protégée par les autorités du canton et l’IFSN, basée à Brugg. La population doit se défendre et exiger le respect de son droit à la sécurité. »

Le défaut de sécurité présenté ce matin n’a rien à voir avec les défauts détectés récemment dans la cuve de pression du réacteur 1 de Beznau. Il s’ajoute toutefois à la longue liste de problèmes observés dans la centrale argovienne. Florian Kasser, expert des questions nucléaires pour Greenpeace Suisse s’interroge. « Que faut-il de plus pour que cette centrale hors d’âge soit mise définitivement hors service? »

Les étapes de la procédure
Le 19 août 2015, les plaignants ont demandé par courrier à l’IFSN de corriger sa décision de juillet 2012 et d’ordonner l’arrêt de la centrale de Beznau. Cette demande se base sur l’article 25a de la Loi sur la procédure administrative (PA). Cette disposition permet aux personnes concernées d’inviter une autorité à abroger une décision illégale et de remédier à ses diverses conséquences.
Si l’IFSN maintient sa position actuelle et ne revient pas sur sa décision concernant Beznau, elle doit publier une décision correspondante. Les plaignants peuvent ensuite recourir auprès du Tribunal administratif fédéral et ensuite, si nécessaire, au Tribunal fédéral contre la décision de l’IFSN.

1 commentaire

Classé dans en français, Suisse

70ème anniversaire des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki

La bombe atomique couverte par un brevet français ?

Extrait du livre de Roger et Bella Belbéoch Tchernobyl une catastrophe, Editions Allia, Paris, 1993, 220 pages

(Texte repris de infonucleaire@altern.org 3 août 2015)

 

L’énergie atomique se manifesta publiquement pour la première fois le 6 août 1945: destruction à peu près complète et instantanée d’Hiroshima. La « performance » fut répétée trois jours plus tard sur Nagasaki avec le même succès. Si la surprise fut grande dans l’opinion publique, parmi les savants il n’en fut rien car ils envisageaient ce développement scientifique depuis 1939. Contrairement à ce qui a été écrit plusieurs années plus tard, ces destructions de masse ne traumatisèrent ni le milieu scientifique ni l’opinion publique. Elles furent perçues comme le début d’une ère nouvelle, « l’âge atomique » confirmant la fiabilité de cette nouvelle source d’énergie.

 

Le mercredi 8 août 1945, on put lire à la une du journal Le Monde : « Une révolution scientifique: Les Américains lancent leur première bombe atomique sur le japon ». L’unanimité fut assez parfaite dans l’ensemble de la presse. L’ampleur du désastre, ces êtres humains qui, en quelques millionièmes de seconde, furent « volatilisés » et ne laissèrent qu’une ombre sur les murs, loin de déclencher horreur et indignation, fut reçue comme la preuve objective d’un avenir radieux pour une humanité qui allait enfin être débarrassée à tout jamais des contraintes du travail. La matière se révélait source inépuisable d’énergie, qu’il serait possible d’utiliser partout sans limite, sans effort, sans danger.

 

D’invraisemblables projets étaient présentés sérieusement comme à notre portée dans un avenir très proche. On parlait de faire fondre la glace des pôles par bombardement atomique pour produire un climat tempéré sur la terre entière, d’araser le Mont Blanc ou de combler la Méditerranée pour irriguer le Sahara (Joliot), etc.

 

Le délire scientiste n’a plus jamais atteint de tels sommets. Les explosions sur le japon furent glorifiées et bénies par tout ce que l’establishment scientifique avait de disponible: à l’époque cela s’appelait « les savants ». La mobilisation fut spontanée pour nous initier à cet avenir que les prix Nobel du « Projet Manhattan » nous avaient soigneusement préparé. Hiroshima devait ouvrir à l’humanité une ère de liberté, on entrait dans la modernité libératrice.

 

La seule voix discordante fut celle d’Albert Camus dans l’éditorial de Combat le 8 août 1945: « Le monde est ce qu’il est, c’est-à-dire peu de chose. C’est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d’information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique. On nous apprend, en effet, au milieu d’une foule de commentaires enthousiastes, que n’importe quelle ville d’importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d’un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l’avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. […] Il est permis de penser qu’il ya quelque indécence à célébrer une découverte qui se met d’abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l’homme ait fait preuve depuis des siècles ». Ces positions lui valurent, quelques jours plus tard, de violentes critiques.

 

Pour France-Soir, l’ère nouvelle fut inaugurée le 16 juillet 1945, date de l’essai de la première bombe atomique. Il titre le 8 novembre 1945: « Le 16 juillet 1945 à Alamogordo, par une nuit d’orage, le monde est entré dans une ère nouvelle ». L’article se poursuit ainsi: « L’espèce humaine a réussi à passer un âge nouveau: l’âge atomique ».

Ce même journal titrait un article le 9 août 1945: « L’emploi de la bombe atomique ouvre des horizons illimités ».

 

Le 10 août 1945, après la destruction de Nagasaki, France-Soir confiait ses colonnes à « un prince, académicien français et prix Nobel de physique » qui titrait son article: « L’homme pourra demain tirer plus d’énergie de quelques grammes de matière désintégrée que de la houille, de l’eau et du pétrole, par le prince Louis de Broglie, de l’Académie française ».

 

Le 8 août 1945, le journal Libération titrait en première page: « La nouvelle découverte peut bouleverser le monde. […] Charbon, essence, électricité ne seraient bientôt plus que des souvenirs ».

 

L’Humanité du 8 août 1945 titre en première page: « La bombe atomique a son histoire depuis 1938, dans tous les pays des savants s’employaient à cette tâche immense: libérer l’énergie nucléaire. Les travaux du professeur Frédéric Joliot-Curie ont été un appoint énorme dans la réalisation de cette prodigieuse conquête de la science ». Les journaux mentionnent à de nombreuses reprises la part jouée par la France dans cette prodigieuse découverte. Ainsi on trouve dans le Figaro du 9 août 1945 un communiqué de l’AFP: « Paimpol 8 août – M. Joliot-Curie fait de Paimpol la communication suivante: L’emploi de l’énergie atomique et de la bombe atomique a son origine dans les découvertes et les travaux effectués au Collège de France par MM. Joliot-Curie, Alban et Kowarski en 1939 et 1940. Des communications ont été faites et des brevets pris à cette époque« . Un de ces brevets porte sur les « Perfectionnements aux charges explosives », brevet d’invention n° 971-324, « demandé le 4 mai 1939 à 15 h 35 min à Paris » (lire: L’histoire de la protection des brevets de l’équipe Joliot).

 

Cependant, personne n’osa en 1945 réclamer au gouvernement américain des royalties, bien que finalement on affirmât que la destruction de Hiroshima était couverte par un brevet français! Seul un bénéfice moral était attendu en exigeant que l’opinion mondiale reconnût la contribution française aux massacres d’Hiroshima et de Nagasaki.

 

 

 

 

1 commentaire

Classé dans Catastrophes, en français

CRIIRAD, Contamination légale des aliments en cas d’accident nucléaire

Communiqué CRIIRAD 21 mai 2015 (version courte)

CONTAMINATION LEGALE DES ALIMENTS EN CAS D’ACCIDENT NUCLEAIRE

La CRIIRAD dénonce le travail scandaleux des experts Euratom et appelle à une mobilisation massive contre le projet de la Commission européenne !

Le projet de règlement européen

La Commission européenne a élaboré un projet de règlement fixant les Niveaux Maximaux Admissibles (NMA) de contamination radioactive qui seront appliqués aux aliments en cas d’accident nucléaire. Ce projet est en cours d’examen par le Parlement (pour avis) et par le Conseil de l’Union européenne (pour décision). Les limites sont fixées pour 4 groupes de radionucléides et 5 catégories d’aliments, eau potable incluse. Aucune modification n’a été apportée aux valeurs établies en 1987-1989. Si les niveaux de contamination mesurés dans les aliments n’excèdent pas les NMA, ils pourront être librement commercialisés au sein de l’UE ou à partir de pays tiers.

Des niveaux de risque inacceptables

Si l’on en croit la Commission européenne, le projet garantit le respect de la limite maximale de dose efficace de 1 mSv/an (une limite qui correspond à un niveau de risque déjà élevé). Cette affirmation est totalement fausse. Les vérifications conduites par la CRIIRAD font apparaître des doses de l’ordre de 10 fois supérieures (et jusqu’à 100 fois pour des scénarios pénalisants) et montrent que les enfants paieront le tribut le plus élevé.

Une accumulation d’anomalies gravissimes et orientées

La CRIIRAD a procédé à l’analyse du rapport scientifique qui valide le choix de Niveaux Maximaux Admissibles de contamination radioactive. Daté de 1998, ce document a été rédigé par les experts officiels de la Commission (experts dits Euratom car membre du groupe d’experts établi en application de l’article 31 du traité Euratom).

L’analyse critique a permis à la CRIIRAD d’identifier toute une série d’erreurs, d’incohérences et d’irrégularités. Elles sont graves et vont TOUTES dans le même sens : minimiser les risques et aboutir à la fixation de limites de contamination excessivement élevées. Les dysfonctionnements les plus marquants sont détaillés dans la version longue du communiqué. Un seul exemple est développé ci-après mais il s’agit d’une incohérence majeure, rédhibitoire, entre la conception des limites et le champ d’application du règlement qui les édicte.

En effet, de l’aveu même des experts, les Niveaux Maximaux Admissibles du règlement européen ont été définis pour l’impact d’un accident lointain, survenant à plus de 1 000 km des frontières de l’Union européenne. Partant de ce postulat, les experts ont considéré que la contamination ne toucherait qu’une faible part de la ration alimen- taire des consommateurs européens (10% des aliments solides, 1% de l’eau potable). Problème : le règlement s’applique à tous les accidents nucléaires majeurs et en premier lieu à ceux qui surviendraient en Europe ! Mais dans ce cas, les hypothèses de calcul ne tiennent plus : le pourcentage d’aliments contaminés serait bien plus élevé ce qui impose des limites beaucoup plus basses ! Il faut : soit revoir à la baisse, et de façon drastique, les NMA ; soit rédiger un second règlement applicable aux accidents susceptibles d’affecter fortement les Etats membres de l’UE. C’est urgent : plus de 42% des 438 réacteurs électronucléaires en fonctionnement dans le monde sont implantés en Europe. La probabilité que le prochain accident nous concerne est donc très élevée.

Vu le nombre et la gravité des anomalies identifiées, il importe que toutes les responsabilités soient établies, tant au niveau des experts, que de la Commission, tant au niveau des élus que des Etats membres. Un courrier a été adressé au Commissaire européen en charge de la santé publique et de la sécurité alimentaire, afin d’obtenir communication des coordonnées des experts Euratom à l’origine de l’expertise de 1998 et de l’avis favorable de 2012. Diverses actions sont également en préparation, en premier lieu en direction du Parlement européen, le vote de la commission ENVI devant intervenir le 26 mai prochain.

Appel à mobilisation

La CRIIRAD appelle tous les citoyens européens à se mobiliser pour défendre leur santé et celle de leurs enfants. Elle les invite à s’informer et à signer, et diffuser, la pétition demandant une refonte complète, transparente et démocratique de la réglementation applicable en cas d’accident.
Signature en ligne à : http://criirad-protegeonsnotrealimentation.wesign.it/fr

 

Plainte contre la Commission européenne n°940/2015/CK

Valence, le 17 juillet 2015

Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la radioactivité
29 cours Manuel de Falla / 26000 Valence Tel. 33 (0)4 75 41 82 50

Contact : corinne.castanier@criirad.org

Madame O’REILLY
Médiatrice européenne EUROMBUDSMAN
1 avenue du Pdt Robert Schuman CS 30403

67001 Strasbourg Cedex

Objet : plainte contre la commission européenne n°940/2015/CK
Refus de communication des noms et références professionnelles des experts Euratom

À l’attention de : Mme Christina KARAKOSTA

Madame la Médiatrice,

Le 4 juin 2015, notre association1 déposait plainte contre la Commission européenne pour défaut de réponse à notre courriel du 21 avril demandant transmission des noms et références professionnelles des membres du Groupe d’Experts Euratom2 auteurs : 1/ du rapport Radiation Protection 105 de 1998 et 2/ de l’avis du 21 novembre 2012. Ces deux documents servent en effet de validation scientifique à un projet de règlement européen3 fixant les niveaux maximaux admissibles de contamination radioactive applicables aux aliments en cas d’accident nucléaire. Notre demande de communication était motivée par le nombre et la gravité des anomalies que nous avons relevées dans ces documents.

Nousavonsreçu,le17juindernier,laréponsedelaCommissioneuropéenne(courrierde M.Massimo GARRIBBA4 daté du 12/06/2015). Une dizaine de jours plus tard, Mme KARAKOSTA, juriste en charge de notre plainte, nous transmettait ce même document. Le message d’accompagnement précisait que, si nous souhaitions formuler des observations sur cette réponse, nous devions vous les faire parvenir avant le 30 juillet 2015, faute de quoi vous pouviez clôturer l’affaire par une décision fondée sur les informations que nous avions déjà fournies et sur la réponse de la Commission.

La réponse de la Commission européenne étant négative, nous souhaitons par la présente : 1/ confirmer notre plainte, 2/ préciser qu’elle ne porte plus sur un défaut de réponse mais sur un refus explicite de communication et 3/ exposer ci-après les arguments que nous souhaitons faire valoir en réponse aux motifs avancés par la Commission européenne à l’appui de son refus. Ce courrier résume et complète la réponse argumentée adressée le 24 juin dernier à la Commission et restée à ce jour sans réponse. Nous vous la transmettons en pièce jointe et vous prions de l’inclure à notre dossier de plainte.

1 La CRIIRAD – Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité – est une association à but non lucratif créée en 1986, au lendemain de l’accident de Tchernobyl, en réaction contre le défaut d’information et de protection qui a marqué la gestion de la crise par les autorités françaises. L’association dispose de son propre laboratoire d’analyse, agréé par l’Autorité de Sûreté Nucléaire pour différents types de mesures de radioactivité dans l’environnement.

2 Ce groupe d’experts est constitué en application de l’article 31 du Traité Euratom : « Les normes de base sont élaborées par la Commission, après avis d’un groupe de personnalités désignées par le comité scien- tifique et technique parmi les experts scientifiques des États membres, notamment parmi les experts en matière de santé publique. »

3 Proposition de règlement du Conseil référencée COM(2013)946.
4 M. GARRIBBA dirige la Direction sûreté nucléaire et cycle du combustible (D4) à la Direction Générale de

l’Energie (DG-ENER) de la Commission européenne.

Valence, le 17 juillet 2015

Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la radioactivité
29 cours Manuel de Falla / 26000 Valence FRANCE  33 (0)4 75 41 82 50 corinne.castanier@criirad.org

MEDIATRICE CASTANIER – CRIIRAD 1 / 5

Les motifs invoqués par la Commission et les arguments en réponse de la CRIIRAD

Dans son courrier du 12 juin dernier, M. GARRIBBA considère que les données que nous sollicitons constituent des « données personnelles » auxquelles s’appliquent les dispositions de l’article 8(b) du règlement CE 45/2001. Dès lors, 2 conditions doivent être réunies pour que le transfert puisse se faire :

1/ le destinataire doit démontrer la nécessité du transfert des données,
2/ il n’existe aucune raison de penser que ce transfert pourrait porter atteinte aux intérêts légitimes de

la personne concernée.

1. Concernant la première condition

La Commission estime que la nécessité du transfert des noms et références des experts Euratom n’est pas établie. Elle considère que « connaître les raisons qui ont motivé à l’époque les experts dans leur prise de décision»estunobjectif quipeut«toutaussibienêtreatteintparlalecturedesavisetrapportsémisparle groupe d’experts ». Quel paradoxe ! La Commission nous renvoie à la lecture des documents qui sont à l’origine de nos questions ! C’est l’analyse de ces avis et rapports qui nous a permis d’identifier toute une série de manquements dans le travail des experts et c’est ce constat qui nous a conduits à demander leurs noms et références professionnelles.

Le nombre et la gravité des anomalies identifiées nous ont amenés à nous interroger sur la formation, l’expérience et la compétence des experts ; l’orientation systématique des anomalies dans le sens de la minoration des doses, au détriment de la protection sanitaire des consommateurs, nous a amenés à nous interroger sur leur neutralité et sur l’existence de conflits d’intérêts qui auraient pu peser sur leur décision.

Dans un tel contexte, il nous a paru nécessaire et légitime de pouvoir consulter les curriculum vitae des experts et de solliciter des explications sur le résultat de nos analyses. Il est par ailleurs indispensable que les experts puissent s’expliquer publiquement sur le contenu de leurs expertises. La confiance des populations est à ce prix.

En conclusion, et à l’inverse de la Commission, nous considérons que la nécessité d’obtenir ces informations est démontrée.

2. Concernant la seconde condition

La Commission nous écrit qu’elle « n’est pas convaincue que la divulgation de leurs noms ne porterait pas atteinte à leurs intérêts légitimes en les exposant à des pressions injustifiées.».

Ainsi que vous le constaterez à la lecture de la réponse que nous avons adressée à la Commission, il est utile de distinguer les « intérêts » des experts de leurs « intérêts légitimes ». Il faudrait également mettre en balance les intérêts particuliers de quelques dizaines ou centaines d’experts et la protection de plus de 500 millions de consommateurs. L’enjeu du dossier est en effet de déterminer quels taux de contamination radioactive on peut autoriser dans les aliments. Les valeurs choisies correspondent à un certain niveau de risque, notamment des cancers pour les personnes exposées, et de maladies génétiques pour leur descendance. Des erreurs, des oublis peuvent avoir des conséquences extrêmement graves. On ne peut exonérer les experts de toute responsabilité personnelle au motif que leurs intérêts pourraient être exposés.

Les risques viendraient, selon la Commission, de « pressions injustifiées ». Précisons tout d’abord que les actions de notre association sont conduites en toute transparence et toute légalité. Dans le débat contradictoire que nous sollicitons, la seule véritable pression sera exercée par l’exactitude, ou pas, des arguments scientifiques échangés. La pression sera sur ceux qui auront commis les « erreurs ». S’il s’avère que nos analyses sont erronées, nous sommes prêts à en assumer les conséquences. Les citoyens sont en droit d’attendre la même chose des experts officiels. Intervenir sur les questions de santé publique impose d’engager sa responsabilité. L’anonymat conduit à l’irresponsabilité et à l’impunité qui sont sources des pires abus. Rendre compte publiquement de ses évaluations ou se confronter aux arguments de contradicteurs ne constituent pas à nos yeux des « pressions injustifiées » mais des obligations nécessaires et légitimes. Le débat et la transparence sont des garanties, des gages de pluralisme et de démocratie que la Commission devrait rechercher, et non des menaces dont elle devrait à tout prix protéger ses experts.

MEDIATRICE CASTANIER – CRIIRAD 2 / 5

Le statut des experts Euratom

Le règlement CE 45/2001 auquel se réfère la Commission nous paraît bien adapté à la protection des données personnelles d’un citoyen lambda mais les droits et devoirs des experts Euratom doivent-ils s’apprécier à la même aune ?

Gardons à l’esprit que le traité Euratom institue, aux termes de son article 31, un groupe d’experts et qu’il lui confère un quasi-monopole pour toutes les questions relatives à la radioprotection. Ce sont les membres de ce groupe, à l’exclusion de tout autre, que la Commission doit consulter pour l’élaboration des normes, directives, règlements et autres recommandations. Ses avis, conseils et expertises sont déterminants pour la protection, ou le défaut de protection, du public, des travailleurs et des patients contre les dangers des rayonnements ionisants.

De telles prérogatives ne devraient pas s’exercer sous couvert d’anonymat.

La position de la Commission européenne est d’autant plus difficile à accepter qu’elle accorde aux membres du groupe d’Experts Euratom des privilèges tout à fait atypiques par rapport au statut des autres experts.

Dans notre courrier à la Commission européenne, nous mettons en avant une contradiction manifeste : si la transmission des « données personnelles » des experts qui conseillent la Commission européenne est soumise à une double condition de justification du transfert et de protection des intérêts des experts, comment se fait- il que les noms, curriculum vitae et déclarations d’intérêts de chacun des experts des Agences sanitaires européennes soient publiés sur le site Internet de ces organismes et accessibles à tout un chacun ? Pourquoi l’obtention des « données personnelles » des experts de l’EFSA, de l’EMA, de l’ECHA … n’est-elle pas soumise aux obligations de l’article 8(b) du règlement CE 45/1000 invoqué par la Commission européenne ? Privés du rempart de l’anonymat, les experts de l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments, qui sont susceptibles d’intervenir sur des dossiers tout à fait analogues à ceux des experts Euratom, ne risquent-ils pas de subir des « pressions injustifiées », susceptibles de « porter atteinte à leurs intérêts légitimes » ?

Nous sommes d’autant plus désireux d’obtenir des éclaircissements que la Commission européenne semble avoir modifié sa stratégie de défense.

2. Les motifs invoqués par la Commission lors de la session parlementaire

Lors de la séance plénière du 9 juillet dernier, le Parlement européen s’est prononcé sur la proposition de règlement fixant les niveaux maximaux admissibles de contamination radioactive applicables aux aliments en cas d’accident nucléaire. Le vote a été précédé d’un débat au cours duquel a été évoqué le refus de communication des noms et références des experts Euratom. S’exprimant au nom de la Commission européenne, le Commissaire OETTINGER a apporté sur ce sujet aux eurodéputés une réponse très différente de celle qui nous a été adressée un mois plus tôt par courrier. Jugez-en vous-même :

« Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les Députés

Vous avez dit que le nom des experts qui travaillent avec la Commission et qui ont été désignés par les États membres sur la base du Traité Euratom, devrait être publié pour satisfaire leur objectif de responsabilité et d’indépendance. Mais ce n’est pas prévu dans le Traité. C’est pourquoi nous n’avons pas la possibilité – que vous soyez pour ou contre – de publier leur nom. Je m’en tiens au droit, je m’en tiens à la législation. (…) » 5

Ces déclarations appellent plusieurs observations de notre part :

  1. Deux hauts responsables, s’exprimant tous deux au nom de la Commission européenne, donnent, sur une même question, des explications et des références juridiques qui n’ont rien en commun. Faut-il se fier aux écrits de M. GARRIBBA ou aux déclarations de M. OETTINGER ?
  2. Nous connaissons bien le contenu du Traité Euratom : certes, ainsi que l’indique le Commissaire OETTINGER, il ne contient pas de dispositions prescrivant ou organisant la publication des noms et cursus des membres du groupe d’experts de l’article 31. Cependant, à l’inverse, il ne contient pas, non plus, de dispositions prescrivant ou organisant la confidentialité de ces données.

5 Nous avons essayé de traduire au mieux les propos de M Günther OETTINGER qui s’est exprimé en allemand. Le contenu de son intervention peut être vérifié à : http://www.europarl.europa.eu/ep-live/de/plenary/video?debate=1436425493029 (la partie concernée commence 49 minutes environ après le début de la vidéo).

MEDIATRICE CASTANIER – CRIIRAD 3 / 5

3. Si l’anonymat est une règle imposée par le Traité Euratom, elle devrait s’appliquer à tout autre groupe institué dans ce cadre. Or tel n’est pas le cas. L’article 134 du Traité Euratom institue un Comité Scientifique et Technique (CST) chargé de conseiller la Commission. Le Traité ne prévoit pour ce Comité aucune disposition particulière quant à la publication ou la non-publication de l’identité de ses membres. Sur la base des déclarations de M. OETTINGER, l’anonymat aurait dû prévaloir. Tel n’est pas le cas : contrairement au Groupe d’experts de l’article 31, le comité de l’article 134 est bien inscrit dans le « registre des groupes d’experts de la Commission » 6 , registre librement consultable sur Internet. La fiche du Comité Scientifique et Technique (onglet « membres ») donne accès aux noms et nationalités de ses 42 membres. Le fait que le Traité Euratom n’ait rien prévu en matière de publication n’a pas empêché la Commission de rendre publique la composition du Comité. Pourquoi en serait-il autrement de la composition du Groupe d’experts ? C’est d’autant plus inexplicable que les deux instances ont des missions assez comparables.

Quelles valeurs pour l’Europe ?

Nous avons d’abord été confrontés aux déficiences du rapport d’expertise, particulièrement choquantes quand on considère que les auteurs font partie des meilleurs spécialistes européens et que leur travail est susceptible d’impacter la santé de centaines de millions d’Européens. Tout se passe comme si leur objectif n’était pas d’établir l’impact dosimétrique et sanitaire réel des différents niveaux de contamination alimentaires mais de valider, coûte que coûte, les limites définies dans le règlement.

Nous sommes désormais en butte à l’opacité de la Commission et au flou de ses argumentaires. La situation est paradoxale : alors que ce devrait être aux experts de justifier les manquements de leur expertise, c’est à nous qu’il incombe de justifier nos questions, de vérifier les textes et démonter les arguments.

La transparence est pourtant une valeur revendiquée par l’Europe et le contrôle démocratique un préalable indispensable à la confiance des citoyens.

Nous savons les efforts que vous avez déployés depuis votre élection pour un fonctionnement plus transparent des institutions européennes, pour la prévention des conflits d’intérêts, du « pantouflage » et des « portes tournantes ». L’une des premières enquêtes d’initiative que vous avez lancée portait justement sur les groupes d’experts qui conseillent la Commission européenne et jouent un rôle crucial dans l’élaboration de la législation. Vous écriviez que, compte tenu de l’importance de leur rôle, il est « de la plus haute importance pour ces groupes qu’ils soient constitués de façon équilibrée et de travailler dans la plus grande transparence possible afin que le public puisse contrôler leur travail et avoir confiance. » Soucieuse de vérifier si la composition de ces groupes garantissait une représentation équilibrée des différents intérêts, vous avez appelé la société civile à faire part de son expérience et de ses constats.

En ce qui concerne le Groupe d’Experts Euratom, une enquête de ce type est impossible : évaluer la représentativité d’un groupe, rechercher l’existence de conflits d’intérêts potentiels… tout cela suppose d’avoir accès au nom, à la formation, au cursus et aux attaches professionnelles des experts. Le secret qui entoure le groupe d’experts Euratom empêche toute réflexion sur le sujet.

Un cadre juridique défavorable

Ce groupe d’experts devrait pourtant faire l’objet, plus que tout autre, d’une vigilance scrupuleuse. Au-delà en effet des liens de dépendance susceptibles d’affecter ses membres, c’est l’existence même du groupe qui s’inscrit dans un conflit d’intérêt que l’on peut qualifier d’institutionnel.

La vocation statutaire du traité Euratom, inscrite dans son article 1, est en effet « la formation et la croissance rapides des industries nucléaires » censées contribuer à « l’élévation du niveau de vie dans les Etats membres ». Pour parvenir à cet objectif, plusieurs missions lui sont confiées : faciliter les investissements, développer la recherche, garantir l’approvisionnement en minerai d’uranium et en combustible nucléaire… mais aussi, hélas !, établir les normes de protection. Le conflit d’intérêt est manifeste et joue au bénéfice de l‘industrie nucléaire : c’est son développement, et non la protection sanitaire des personnes, qui constitue l’objet du traité. C’est ainsi que toute une série de normes, limites et prescriptions se sont développées, qui participent évidemment à la protection des personnes contre les dangers des rayonnements ionisants, mais sans faire

6 Enregistré sous le nom « Scientific and Technical Committee Euratom » et la référence « X01796 ». Fiche consultable à : http://ec.europa.eu/transparency/regexpert/index.cfm?do=groupDetail.groupDetail&groupID=1796.

MEDIATRICE CASTANIER – CRIIRAD 4 / 5

peser de contraintes trop fortes sur le développement de l’industrie nucléaire (en attestent tout particulièrement le choix des limites de dose, des autorisations de rejets radioactifs, des limites de contamination…).

Dans un tel contexte, pouvoir examiner les cursus et appartenances professionnelles des experts nous parait particulièrement justifié.

En conclusion

L’accès aux références professionnelles des experts qui jouent un rôle déterminant dans la protection sanitaire des citoyens européens devrait être de droit.

Si toutefois l’issue de notre plainte devait être liée à la nécessité de démonter l’utilité du transfert de ces données, sachez que nous sommes à votre entière disposition pour vous exposez, par écrit et par oral, le détail de nos études et vérifications, accompagné de tous les éléments de preuve dont nous disposons. Nous sommes prêts à nous déplacer à Bruxelles et à débattre avec tous les responsables et scientifiques qui accepteraient de le faire … à condition bien sûr qu’aucune clause de confidentialité ne soit posée en préalable.

Convaincus de votre attachement aux valeurs de transparence et connaissant votre détermination face aux résistances de la Commission européenne, nous vous remercions par avance de l’attention que vous porterez à notre dossier et des démarches que vous entreprendrez pour faire aboutir notre demande.

Restant dans l’attente de votre décision, nous vous prions d’agréer, Madame la Médiatrice, l’expression de notre sincère considération.

Pour la CRIIRAD,
Corinne CASTANIER
Responsable Réglementation / Radioprotection

Pièces jointes :

  •   Courrier de la commission européenne (DG-ENER) référencé ENER.D3/MH/mp, daté du 12 juin 2015,
  •   Réponse de la CRIIRAD en date du 24 juin 2015, restée à ce jour sans réponse.

MEDIATRICE CASTANIER – CRIIRAD 5 / 5

Poster un commentaire

Classé dans Catastrophes, en français

EPR Flamanville: de nouvelles et graves anomalies au cœur du réacteur

par Pascale Pascariello

Mediapart 08 juin 2015

(Extrait)

Un rapport confidentiel de l’IRSN révèle de graves dysfonctionnements de pièces importantes de l’EPR de Flamanville (Manche). Ce document, que Mediapart a pu se procurer, pointe « de multiples modes de défaillances aux conséquences graves » sur les soupapes de sûreté. Ces nouvelles anomalies viennent s’ajouter aux défauts de fabrication de la cuve du réacteur.

 

 

Le devenir du chantier de l’EPR de Flamanville tourne au cauchemar pour Areva. Quelques semaines après la révélation de problèmes sérieux sur le fond de cuve du futur réacteur nucléaire, un rapport confidentiel de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) révèle de nouveaux et graves dysfonctionnements de pièces très sensibles de l’EPR. Ce document, que Mediapart a pu se procurer, avertit sur « de multiples modes de défaillances aux conséquences graves » sur les soupapes de sûreté, équipements servant à dépressuriser le réacteur…

 

1 commentaire

Classé dans Uncategorized

Areva projette une mégacentrale nucléaire en Inde

Propos recueillis pat Philippe Bach

Le Courrier, Genève, 6 mai 2015

 

La population s’est mobilisée. Les manifestations ont été réprimées faisant dans un cas, en avril 2011, un mort et trente-cinq blessés par balles, relève Pradeep Indulkar (en médaillon), l’auteur du documentaire sur la centrale de Jaitapur. Source : Pradeep Indulkar/LDD

 

Un film contre le projet d’Areva d’une mégacentrale nucléaire à Jaitapur.

Pradeep Indulkar projette son documentaire sur le projet de centrale de Jaitapur (Inde). Ce soir au Grütli. Bientôt dans plusieurs villes romandes.

 

Le plus gros projet électronucléaire mondial est… indien. Il est en effet prévu d’ériger, sur le site de Jaitapur (Etat du Maharashtra), à mi-chemin entre Bombay et Goa, sur la côte indienne de la mer d’Oman, pas moins de six unités de 1650 MW (mégawatts) de puissance électrique. Des centrales de type EPR (réacteur pressurisé européen) – la nouvelle génération de centrales –, livrées clés en main par Areva. Ce soir, Pradeep Indulkar, ancien ingénieur actif dans le programme nucléaire indien et devenu depuis un lanceur d’alerte, présente au Grütli son dernier documentaire: Jaitapur Live ! Interview.

 

Ph.B.

Quelle est la taille du parc électronucléaire indien?
Pradeep Indulkar:

L’Inde compte officiellement environ vingt-deux réacteurs en service. Cela représente environ

3,5% de la production électrique de mon pays. Ce faible pourcentage est aussi lié au fait qu’il s’agit de centrales de petites tailles car anciennes.

Ph.B.

Le projet que vous combattez signifie donc une montée
en puissance?
Pradeep Indulkar:

Oui. C’est un projet gigantesque qui représente une puissance électrique installée de 9900 MW (plus de huit fois le projet de Superphenix, le surgénérateur qu’il était prévu d’implanter à Creys-Malville, ndlr). Outre les six tranches de la centrale, des indices nous laissent penser que le site accueillera aussi une usine de retraitement des déchets radioactifs. Une installation du type de celle de la Hague, en France. Ce qui présente un risque supplémentaire de pollution radioactive.

Ph. B.

Dans votre documentaire, vous montrez que la population concernée n’en veut pas.
Pradeep Indulkar:

Les habitants de cette région sont très inquiets. Ils suivent attentivement les problèmes à répétition de l’EPR de Flamanville, en France. Ils craignent des atteintes à l’environnement. La pêche est une ressource très importante pour ces populations. Ces six unités relâcheront 20 000 MW de chaleur dans l’eau. La région est aussi très réputée pour ses mangues. Or ce fruit est très sensible aux variations de températures. Enfin, 750 hectares de terres arables ont déjà été soustraits à l’agriculture par la construction d’une muraille de protection autour du site, alors que de nombreux paysans refusent de vendre.

Ph. B.

La proximité de la mer fait-elle craindre le risque d’un tsunami?

Pradeep Indulkar:
Le sous-sol sur lequel il est prévu de construire cette centrale est instable. Donc, il est prévu d’abaisser tout le site de 25 mètres à7 mètres au-dessus du niveau de la mer. Cela le rend plus vulnérable à une vague géante. A cela il faut ajouter que la région est très sensible du point de vue sismologique. Il y a eu nonante-deux épisodes de tremblements de terre en vingt ans.

Ph. B.

Pourquoi avez-vous entamé cette tournée européenne?

Pradeep Indulkar:
Le projet de Jaitapur est un projet d’Areva, une entreprise franco-allemande. Je compte aussi aller dans ces deux pays. Un accord cadre a été conclu entre les autorités indiennes et cette entreprise chargée du nucléaire. Si cette déclaration d’intention débouche sur une commande en bonne et due forme, cela signifie qu’Areva livrera cette centrale clés en main. Ce qui pose des problèmes en matière de contrôle démocratique, voire de sécurité. J’essaie de sensibiliser la société civile au fait que de nombreuses entreprises sont impliquées en tant que sous-traitants ou comme financiers, comme HSBC et Paribas. En Suisse, Sulzer est un des contractants. Le but est aussi de faire pression sur cette entreprise qui a des comptes à rendre à ses actionnaires. Sept autres projets du même type existent en Inde, impliquant à chaque fois un autre acteur mondial du nucléaire, comme par exemple l’étasunien Westinghouse ou le russe Rosatom.

 

DOCUMENTAIRE

Jaitapur Live,

Un documentaire de Pradeep Indulkar, soustitré en français, trente-trois minutes.

Les projections prévues en Suisse romande:

> Genève: mercredi 6 mai, 19h30, Grütli (fonction: cinéma), rue du Général-Dufour 16.

> Martigny: Vendredi 8 mai, 19h30, salle du Vampire, rue des Petits-Epiney 7.

> Morges: mercredi 13 mai, 20h. Foyer Beausobre, av. de Vertou 2.

> Neuchâtel: lundi 18 mai, 20h., Muséum d’histoire naturelle, rue des Terreaux 14.

 

Poster un commentaire

Classé dans en français

Ce qu’il faut penser de la fausse «sortie du nucléaire»

Walter Wildi,

Géologue

Professeur honoraire

Université de Genève

(Article paru dans Le Temps du 12 mai 2015, Genève, repris de la publication trimestrielle suisse Sortir du nucléaire.)

 

En annonçant la «sortie», mais en ne la pratiquant pas, gouvernement et parlement ont trouvé un chemin politique permettant de bercer la population d’illusions et de continuer à exploiter ces centrales amorties, profitables et de plus en plus dangereuses, estime Walter Wildi

 

La «sortie du nucléaire» annoncée après Fukushima (mars 2011) n’avait pas ses origines dans cet accident, mais ce dernier a fourni l’émotion publique nécessaire pour annoncer ce qui était devenu inéluctable. Les causes 
de cette «sortie» sont plus profondes et précèdent la catastrophe japonaise.

Cantons, villes et communes suisses ont entamé le développement de leur industrie hydroélectrique dès la fin du XIXe siècle. L’après-Deuxième Guerre mondiale les a poussés dans les bras de la nouvelle industrie nucléaire quand ont été achetées des centrales nucléaires étasuniennes de série et bon marché chez Westinghouse (Beznau) et General Electric (Mühleberg).

Avec un investissement limité, en un court laps de temps et en utilisant à cette fin les grandes sociétés électriques suisses appartenant aux principales villes et cantons, on a construit un monopole d’approvisionnement en électricité, centralisé, protégé lors de votations fédérales par une liberté totale de dépenses publicitaires, assurant un déploiement de propagande très largement en faveur des sociétés électriques. Ce système d’approvisionnement électrique à crédit 
(les générations suivantes paieront) a assuré un demi-siècle de dividendes aux cantons 
et villes actionnaires principaux des grandes compagnies d’électricité.

La fin de la «rente nucléaire» des cantons s’explique par différentes raisons: l’ouverture du marché européen (fin des prix imposés) avec une baisse du prix de l’énergie, le 
développement massif des renouvelables en Allemagne, la chute du prix des renouvelables, les nouvelles centrales nucléaires de 
plus en plus chères (au moins 10 milliards 
de francs d’investissement et plus de deux décennies pour la construction d’une nouvelle centrale) rendant les énergies renouvelables compétitives.

A l’échelle de la Suisse, on ne gagne plus d’argent en produisant de l’électricité provenant de grandes installations et en vendant 
le courant sur le marché libre. Et les conséquences se font sentir de plus en plus, notamment avec la chute des sociétés électriques qui vont d’année de déficit en année de perte, ou alors qui vendent leurs bijoux de famille sous la forme de participations dans des barrages hydroélectriques. A titre d’exemple, le cours boursier de l’action Alpiq (qui intéresse particulièrement les cantons de Suisse romande) a perdu 90% de sa valeur depuis ses sommets en 2007-2008 et 50% depuis une année.

Et la réponse à cette descente ne s’est pas fait attendre, comme Peter Bodenmann 
l’a bien posé dans sa récente tribune dans L’Hebdo: pour les propriétaires des centrales (cantons et villes), il s’agit de retarder au maximum les dépenses réelles et énormes liées au démantèlement des installations 
et au ­stockage des déchets. La Confédération accorde donc aux centrales nucléaires des rallonges d’exploitation et à la Nagra [société coopérative nationale pour le stockage des déchets radioactifs, ndlr] une autre trentaine d’années pour trouver une solution à «l’élimination» des déchets. En annonçant la «sortie», mais en ne la pratiquant pas, gouvernement et parlement ont trouvé un chemin politique permettant de bercer la population d’illusions et de continuer à exploiter ces centrales amorties, profitables et de plus en plus dangereuses. Les coûts du démantèlement et de la gestion des déchets augmentent, mais la facture n’arrivera que plus tard.

Lorsque finalement les centrales seront démantelées (avant l’accident?), si les cantons et villes se déclarent insolvables, la 
Confédération et ses contribuables seront appelés à payer: l’article 80 de la loi sur 
l’énergie nucléaire stipule à l’alinéa 4: «[…] l’Assemblée fédérale décide si la Confédération participe aux frais non couverts et si oui, dans quelle mesure.» Reste la question des centrales hydroélectriques dans lesquelles 
les grandes sociétés d’électricité détiennent des parts. A voir les ambitions des cantons 
du Valais et des Grisons, ces ouvrages seront repris par les cantons alpins et leurs communes. Ce sera la fin d’un modèle économique nucléaire qui aura duré un bon demi-siècle au bénéfice financier notamment de cantons antinucléaires mais bel et bien propriétaires de ces centrales.

Poster un commentaire

Classé dans en français

OBSTINATION NUCLEAIRE FRANÇAISE

Par
Philippe Bach
Editorial du journal Le Courrier,
Genève, du vendredi 17 avril 2015.

L’EPR (réacteur européen pressurisé) de Flamanville (département de la Manche) de nouveau sur la sellette. Mercredi – mais la nouvelle est restée plutôt discrète –, l’autorité de sûreté nucléaire française (ASN, le gendarme du nucléaire) a sifflé le hors-jeu de cette centrale en construction et qui incarne l’avenir du parc électro-nucléaire hexagonal.
Des «anomalies de fabrication» ont été découvertes sur la cuve de l’installation. C’est-à- dire là même où se produit la réaction nucléaire dégageant l’énergie qui est ensuite turbinée. Le président de l’ASN a enfoncé le clou en ne présageant «d’aucune manière de la décision qui sera prise, compte tenu de l’im- portance de l’anomalie que je qualifie de sérieuse, voire de très sérieuse1». En clair: la cuve – 425 tonnes tout de même – déjà installée se révèle moins résistante que prévue. Ce qui est évidemment gravissime pour un équipement qui sera soumis à des chocs thermiques importants.
Une nouvelle tuile pour EDF et Areva, qui chapeautent le nucléaire français. Le chantier de Flamanville accumule les retards. Alors que la centrale devait entrer en fonction en 2012,
elle est loin d’être achevée. Et la facture est déjà passée de 3,3 à 8,5 milliards d’euros!
Bref, on assiste à une nouvelle fuite en avant organisée par le tout-puissant lobby de l’atome français. Et François Hollande a beau promettre une réduction de la part du nucléaire dans la production électrique française de 75% à 50% à l’horizon 2025, on sait que l’inconsistant joueur de pipeau qui prend ces jours-ci des bains de foule à Ouchy excelle dans ce genre de promesses qui rendent les fous joyeux. La loi de transition énergétique votée en octobre dernier offre toutes sortes d’échappatoires. Dans la foulée, sa ministre de l’Ecologie conditionne la fermeture des plus vieilles et plus dangereuses centrales, comme celle de Fessenheim, au démarrage de Flamanville. En attendant, les vieilles casseroles sont priées de ne pas présenter de fuites.
Tout cela tient davantage du bricolage que de la politique. Ce qui est sans doute aussi vrai d’autres aspects de l’action gouvernementale française. Mais dans le cas d’espèce, cela concerne également les pays voisins directement menacés dans leur sécurité par cette obstination nucléaire.
1 Voir Le Monde du 15 avril.

Poster un commentaire

Classé dans Catastrophes, en français

EPR Flamanville: une anomalie pourrait condamner le réacteur

9 avril 2015
L’anomalie signalée mardi par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) sur la cuve du réacteur nucléaire en construction à Flamanville (Manche) risque de condamner ce réacteur ainsi que deux autres EPR en chantier en Chine, affirme jeudi l’organisation écologiste Greenpeace.
« Si les tests en cours confirment l’anomalie –et il y a de fortes probabilités qu’ils la confirment– ces EPR sont condamnés à ne pas démarrer » car les cuves, dont l’acier fait l’objet de doutes, « sont a priori irremplaçables » une fois posées, a déclaré à l’AFP Yannick Rousselet, chargé des questions nucléaires à Greenpeace France.
« Jamais au monde pour le moment on a réextrait une cuve sans détruire tout ce qu’il y a autour », affirme M. Rousselet.
Interrogé par l’AFP, le service de communication d’EDF, maître d’œuvre du chantier de Flamanville, a indiqué ne faire « aucun commentaire ».
« Les enjeux sont considérables », ajoute M. Rousselet, pour qui il s’agit du plus gros problème jamais relevé sur un EPR (réacteur pressurisé européen).
Mardi, l’ASN a annoncé qu’une « anomalie » avait été détectée à Flamanville « dans la composition de l’acier du couvercle de la cuve, et du fond de cuve », deux pièces appelées calottes.
Outre Flamanville, trois réacteurs EPR sont en construction dans le monde, en Chine et en Finlande. Or « certaines calottes des cuves des réacteurs de Taïshan 1 et 2 (Chine) ont été fabriquées par Creusot Forge, filiale d’Areva, selon un procédé similaire à celui de la cuve de l’EPR de Flamanville », a précisé mercredi le gendarme du nucléaire dans un communiqué. Ce n’est pas le cas des calottes de la cuve de l’EPR d’Olkiluoto en Finlande, qui proviennent d’un autre fournisseur.
Areva doit réaliser d’ici octobre des expertises pour confirmer ou infirmer « l’anomalie » apparue au cours de « premières mesures ».

« Un couvercle de cuve, c’est des mois de fabrication, et des coûts astronomiques, donc ça pose un problème, mais c’est remplaçable. Mais les cuves c’est complètement inenvisageable », affirme le militant. Car « quand on pose une cuve, aussitôt on met une quantité d’éléments autour, y compris des éléments bétonnés pour la fixer », selon lui.
La cuve de Flamanville a été posée en janvier 2014 avant le démarrage de la centrale prévu en 2017. Celui de Taïshan 1 est annoncé pour fin 2015.
Selon Greenpeace, « la pièce étalon sur laquelle a été détectée l’anomalie est censée valider l’ensemble des calottes » fabriquées par Creusot Forge pour Flamanville et Taïshan, mais aussi pour des réacteurs qui ne sont pas encore commandés, comme Taïshan 3 et Hinkley Point (sud-ouest de l’Angleterre), pour lequel EDF n’a pas pris de décision définitive d’investissement.
Interrogée par l’AFP, Areva n’a « pas souhaité faire de commentaire ».
Selon Greenpeace, le géant du nucléaire, en difficultés financières, « a pris un risque industriel en décidant de faire une série de calottes » sur la base de ce même étalon.
« Sur le seul chantier EPR où Areva est maître d’œuvre, celui de Finlande, au lieu de faire les calottes en France, Areva les a fait faire par les Japonais et elles n’ont pas de problème », ajoute le militant de Greenpeace.
En 2014, Areva avait indiqué que la cuve de Flamanville avait été forgée à 80% chez Japan Steelworks et à 20% chez Areva au Creusot.
La cuve, qui pèse 425 tonnes et mesure 11 mètres de haut, est une pièce « particulièrement importante pour la sûreté » car elle « contient le combustible » et « participe à la seconde barrière de confinement de la radioactivité » après la gaine du combustible, selon l’ASN.

AFP

Poster un commentaire

Classé dans en français, Technologies

Ecologie et libertés

par Philippe Bach
Editorial du quotidien Le Courrier, Genève, 12 mars 2015.

Un anniversaire dont on se passerait bien. Il y a quatre ans, la centrale nucléaire de Fukushima était le siège d’une catastrophe majeure, avec la fusion partielle du cœur de trois réacteurs. D’énormes quantités de radioactivité ont été et continuent d’être relâchées dans la biosphère. Hier, les milieux antinucléaires ont rappelé en plusieurs endroits du monde et en Suisse les dangers que cette industrie fait courir à la planète.
On relèvera que pour une catastrophe de cette importance –certains calculs épidémiologiques laissent envisager 1 million de cancers supplémentaires –, on en sait finalement très peu. Une nouvelle illustration du fait que nucléaire et démocratie ne font pas bon ménage. Cette technologie est si dangereuse qu’elle implique le risque d’une dérive policière de l’Etat. Et elle ne s’accommode pas de la transparence inhérente à l’Etat de droit. Une omerta qui va jusqu’à contaminer le monde scientifique. On l’a vu avec la catastrophe de Tchernobyl, où l’Organisation mondiale de la santé défend des positions si éloignées de la réalité que cela en devient risible. Explication: cette organisation onusienne est en fait soumise à la toute puissante Agence internationale pour l’énergie atomique. Elle a fait sienne pendant des années la grotesque affirmation que Tchernobyl aurait fait quelques dizaines de morts, là où sur la durée on s’approche doucement du demi-million.
Ce phénomène se vérifie aussi au Japon où le gouvernement a même fait passer une loi ad hoc qui verrouille l’information et permet de poursuivre les journalistes qui auraient la mauvaise idée de contester le discours officiel ou de poser des questions dérangeantes.
Et en Suisse, hier, l’Alliance Non au nucléaire, qui regroupe l’entier des organisations opposées à l’atome, a rappelé que la vigie qu’elle a installée devant l’IFSN (Institut fédéral de sûreté nucléaire) pour protester contre la centrale de Beznau se heurte à l’intransigeance des autorités de la commune de Brugg. Celles-ci interdisent toute manifestation de plus de six personnes et tolèrent un maximum de deux drapeaux. Une décision bureaucratique qui n’aurait pas dépareillé dans feu l’URSS. Quelque 800 recours ont été déposés contre cette entrave à la liberté de manifester et d’expression.
Au-delà de nos vies et de la préservation de la biosphère, ce sont donc aussi les fondements de la démocratie qui sont en jeu. La lutte antinucléaire est aussi un combat pour les libertés fondamentales. Elle nous concerne donc à double titre.

Poster un commentaire

Classé dans Catastrophes, en français

Suisse Pour qui travaille l’IFSN ?

Editorial du numéro 102, mars 2015, du journal suisse Sortir du nucléaire par Marc Oran, député au Grand Conseil vaudois, membre du comité de « Sortir du nucléaire » et vice-président de l’Appel de Genève II

Est-il normal que l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN), autorité fédérale de surveillance indépendante de la Confédération pour la sécurité des installations nucléaires en Suisse, puisse fermer les yeux sur les fissures de la centrale de Mühleberg, renoncer à prendre des mesures urgentes pour la protection de l’enveloppe du cœur de la centrale ? Est-il normal que Beznau I, le plus vieux réacteur du monde encore en fonction et qui vient de fêter ses 45 ans, soit autorisé à fonctionner encore durant 15 ans, voire davantage ?

M. Hans Wanner, directeur de l’IFSN, a-t-il entendu parler de Tchernobyl et de Fukushima ou alors, enfermé dans ses bureaux de Brugg (AG), est-il si confiant qu’il ne réalise pas les risques qu’il fait prendre à la Suisse, à l’Europe ?

Les personnes qui constituent des piquets silencieux et pacifiques devant les locaux de l’IFSN depuis la catastrophe de Fukushima du lundi au jeudi de 17h à 18h, soit depuis quelque 770 jours sont-elles de dangereux terroristes ? M. Wanner a-t-il le droit de faire appel aux forces de l’ordre pour les faire évacuer et de faire payer des amendes pouvant aller jusqu’à CHF 2’000.- aux vigies se trouvant sur le trottoir, soit sur le domaine public ? Je crois rêver ! Cela me rappelle un vieux règlement de police de la Ville de Lausanne (qui a heureusement été annulé depuis) interdisant aux automobilistes à la recherche de places de parc à la place Centrale de faire « des allées et venues inutiles » passibles d’amendes. Dans les années 70, c’était le lieu de travail des péripatéticiennes lausannoises !

Poster un commentaire

Classé dans Actions et Politiques, Actualité, Suisse