Sortir du nucléaire: Accorder la priorité à la baisse de consommation d’électricité

Jean-Philippe Scalbert, Ing.Dipl. Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich

 

La sortie du nucléaire : oui mais quand ?

Une grande partie de la population Suisse se sent menacée par un danger imminent, car elle estime que l’accident nucléaire peut arriver demain, aussi bien en Suisse qu’en Ukraine ou au Japon. L’autre partie de la population ne ressent pas cette angoisse, car elle a confiance dans la capacité des responsables Suisses (et Français ?) à éliminer totalement le risque d’un accident nucléaire majeur sur notre territoire. Le conflit autour des centrales nucléaires est celui de deux croyances opposées donc à la base, presque une guerre de religions.

Actuellement les défenseurs du nucléaire imposent leur «religion» et soumettent leurs adversaires à un sentiment d’insécurité latent.

Et pourtant le peuple a décidé de préserver sa propre sécurité en votant pour la sortie du nucléaire en 2012. Mais les défenseurs du nucléaire ont repris les rennes en main :l’effet Fukushima s’estompe déjà, et autour du débat sur la Stratégie Energétique 2050, le gouvernement et les chambres fédérales semblent plus soucieux de prolonger la vie des centrales vieillissantes, de soutenir les modes de productions d’énergie renouvelables et même de promouvoir des produits très gourmands en électricité comme la pompe à chaleur ou la voiture électrique rechargeable (plug-in) que de se focaliser sur ce qui est vraiment l’essentiel : réduire la consommation.

 

La population se trouve dans la situation du fumeur qui sait qu’il se fait du mal, mais n’est pas en mesure d’arrêter de consommer. Si de nouveaux produits électriques s’imposent dans notre vie courante, la dépendance à l’électricité actuelle et celle du futur, sont telles qu’il ne sera pas possible de renoncer au nucléaire dans les délais fixés. Donc le peuple qui souhaite en majorité se libérer de son angoisse, n’arrive pas à agir en conséquence, tel le fumeur qui, en continuant à fumer, ne peut se départir de son angoisse de cancer du poumon.

Il faut donc définir une stratégie efficace, pour réduire la consommation dans les délais les plus courts et il faut expliquer cette stratégie de façon transparente et crédible jusqu’à ce que le peuple et ses représentants politiques soient prêts à se doter des moyens nécessaires.

 

Conflit d’intérêt entre la sortie du nucléaire et le CO2

Il est un fait indéniable que certaines stratégies de sortie du nucléaire (par exemple les centrales à gaz ou le couplage chaleur force) ont pour conséquence une augmentation de la production de CO2. D’autre part certaines stratégies de diminution des émissions de CO2 (par exemple pompes à chaleur et voitures électriques rechargeables) ont pour effet de retarder la sortie du nucléaire. Que faire face à ce conflit d’intérêt?

Les centrales nucléaires suisses étant situées sur notre territoire et l’accident nucléaire pouvant arriver demain, sortir du nucléaire est une décision souveraine, destinée à nous protéger d’un danger peut-être imminent. Par contre la production de CO2, elle, est globale, elle évolue lentement, et surtout, sa réduction ne dépend pas seulement de nous. Même des efforts drastiques en Suisse n’empêcheront pas les autres Etats de continuer ou non à produire leur quote-part de CO2 et l’effet de serre ne sera que très peu ralenti par nos efforts. Cette analyse montre donc clairement que la priorité est à accorder à la sortie du nucléaire, sans pour autant négliger les efforts de réduction des émissions de CO2. Et les solutions qui sont en mesure de contourner ou d’éviter le conflit d’intérêt entre sortie du nucléaire et réduction du CO2 sont, bien sûr, à favoriser.

 

Chercher une alternative à la production nucléaire, oui mais…

Lorsque le soleil ne brille pas et en l’absence de vent la production de courant solaire et éolien est quasiment nulle. S’il fait froid et sombre, il faut pourtant du courant électrique pour alimenter les chauffages électriques, y compris les pompes à chaleur, et également pour l’éclairage. Si les conditions climatiques sont défavorables, il n’est donc pas possible de renoncer au nucléaire pour couvrir les pointes de consommation! L’opinion publique n’est absolument pas consciente de ce fait.

Le stockage de l’énergie solaire et de l’éolien, est une condition incontournable pour assurer que ces techniques dépendantes des conditions climatiques contribuent vraiment à la diminution de la puissance de production nécessaire pour couvrir les pointes de consommation, Ce stockage doit donc être l’objet d’une recherche intense et centralisée et non pas d’initiatives plus ou moins isolées, comme à l’heure actuelle.

Et dans l’immédiat, il faut faire comprendre à la population que la photovoltaïque et l’éolien ne contribuent pour l’instant que très peu à la sortie du nucléaire et qu’il faut donc se focaliser de façon urgentissime sur les économies de courant. Chaque kWh non consommé est un risque de moins, échappe au conflit d’intérêt avec le réchauffement climatique, et rendra effectivement le nucléaire obsolète.

 

 

 

Réduction de la consommation : des paroles mais peu d’actes

Même la Confédération est ambiguë : il y a trente ans, elle a lancé le programme « RAVEL » (Rationelle Verwendung der Elektrizität) qui se concentrait sur les méthodes de réduction de la consommation électrique. Ce programme est plus ou moins retourné dans les tiroirs et le gouvernement et le parlement semblent se concentrer maintenant plutôt sur les problèmes de la production électrique que sur ceux de la consommation.

On se demande comment les objectifs d’économie de courant confirmés à la suite des débats du Conseils National sur la Stratégie Energétique 2050 de 3% jusqu’en 2020 et de 13% jusqu’en 2035 nous mènerons à substituer les 37% d’énergie électrique fournie actuellement par les centrales nucléaires ! Et le Conseil Fédéral délègue la responsabilité de ces économies non seulement aux Cantons mais en plus aux distributeurs de courant qui doivent baisser leur chiffre d’affaire pour bénéficier d’un bonus…

Le chauffage à résistance est remis en question à l’échelon cantonal, mais avec « des pincettes ». Par contre, personne ne met le doigt sur le gros consommateurs de courant électrique que sont les pompes à chaleur, déjà très répandues, et les voitures électriques, en passe de s’imposer sur nos routes.

Certaines industries extrêmement gourmandes en électricité passent au travers de mesures d’assainissement pour des raisons économiques. C’est le cas par exemple de l’industrie du ciment.

Le commerce en grandes surfaces n’est que rarement montré du doigt: Coop, Migros, Manor, Jumbo, Aldi et les autres s’équipent d’enseignes lumineuses rutilantes qui éclairent la lanterne des insomniaques. En été il règne dans les magasins des températures si basses qu’il faut prendre une veste pour y faire ses emplettes.

Les pouvoirs publics n’investissent que très peu dans les mesures de réduction de consommation électrique des bâtiments, de l’éclairage et des transports publics. Les statistiques cantonales, lorsqu’elles existent, le prouvent.

 

Le financement des mesures d’économie

On voit à quel point il est difficile à l’échelon cantonal de faire interdire les chauffages électriques à résistance. Tout ce qui tend à mettre un frein à la liberté individuelle et au commerce de produits utiles mais gourmands en électricité est mal accepté.

Mais l’Etat, tout libéral qu’il soit, sait parfois prendre ses responsabilités et devenir très dirigiste : il engage sur le dos du contribuable des sommes faramineuses pour des financements, dont on se demande s’ils seraient approuvés par le peuple, si le gouvernement et les chambres n’en avaient pas les compétences nécessaires.

C’est le cas notamment du nucléaire, par exemple pour distribuer des pastilles d’iode, pour les recherches sur le démantèlement des centrales, sur la prolongation de leur durée de vie, sur l’enfouissement des déchets. C’est aussi le cas pour d’autres domaines comme celui de la politique monétaire et financière de la Confédération. Citons-là le sauvetage des banques « too big to fail » ou le maintien de la parité du franc suisse. Dans le domaine de la santé également, de grosses sommes sont allouées aux subsides pour les primes d’assurance maladie ou pour distribuer des vaccins à la population. Toutes ces « mannes » sont distribuées dans un consensus à peu près général.

Et finalement, dans le domaine de l’approvisionnement en électricité, la production d’énergie renouvelable bénéficie de la rétribution à prix coûtant (RPC).

La Confédération ne devrait-elle pas pouvoir investir des sommes équivalentes dans le financement de mesures de réduction de consommation d’électricité sur l’ensemble du territoire et pour l’ensemble des usagers? Une baisse substantielle de la demande en électricité est la condition nécessaire et le chemin le plus rapide pour la sortie du nucléaire qui, rappelons-le, a été décidée pour protéger le peuple suisse contre un accident nucléaire. Or la protection de la population contre les catastrophes est une responsabilité nationale et ne doit pas être déléguée aux cantons et encore moins à des fournisseurs d’électricité.

 

Quelques propositions concrètes :

 

Remplacer les chauffages électriques et les pompes à chaleur par des chaudières à pellets

C’est bien ne dire que la moitié de la vérité que de taire que la pompe à chaleur est un chauffage électrique. Il suffit de faire le calcul suivant : un ménage de 2 personnes consomme par an en moyenne de 3 à 4000 kWh de courant électrique. Pour le chauffage d’une maison de 150 m2 aux normes actuelles, il faut 10 à 12000 kWh par an. Si le chauffage s’effectue avec une pompe à chaleur qui « pompe » 2/3 de cette énergie à l’environnement, elle aura besoin de 3 à 4000 kWh supplémentaires pour entraîner le compresseur électrique de la pompe à chaleur. Donc la consommation du ménage sera doublée… Même en admettant qu’elle soit alimentée uniquement par du solaire on aura un statu quo, et non une diminution. Si ce ménage prend sur lui l’équipement de panneaux solaire, c’est à l’éclairage et aux appareils ménagers et multimédias qu’il doit le consacrer, pas à une pompe à chaleur, si l’on veut diminuer vraiment la consommation. De manière générale l’électricité doit être réservée à l’alimentation d’installations qui ne peuvent fonctionner autrement qu’avec du courant électrique. Il faut donc le plus rapidement possible réduire le parc de pompes à chaleur, et décréter un moratoire pour leur installation dans des centrales de chauffages neuves, ou leur remplacement lorsqu’elles ont atteint leur durée de vie.

Il existe pour cela une solution de substitution vraiment efficace et neutre sur le plan de l’effet de serre : le chauffage au bois. Les chaudières à pellets ont atteint aujourd’hui un degré de maturité équivalent à celui des chaudières à combustibles fossiles et n’émettent pratiquement plus de poussières, contrairement à l’idée reçue. De plus le bois étant un combustible neutre quant à l’effet de serre, il permet de contourner le conflit d’intérêt cité plus haut.

 

Reprendre, actualiser et forcer le programme RAVEL et en subventionner les mesures

Pour les particuliers propriétaires de maison existantes, les mesures à appliquer et à subventionner seraient par exemple :

  • Remplacement de toutes les lampes à incandescences et halogènes par du LED ou de la basse consommation.
  • Redimensionnement des pompes de circulation de l’eau de chauffage
  • Remplacement accéléré de tous les appareils ménagers anciens par des produits économes

 

Pour le commerce, en plus:

  • Elever les températures dans les grandes surfaces et les centres commerciaux en été. Se limiter aux produits frais et ne pas descendre à plus de 6° en dessous de la température extérieure
  • Repenser les durées et les quantités d’air de ventilation
  • Equiper les enseignes lumineuses de lampes LED ou à basse consommation, rester un peu modeste dans les dimensions et les éteindre la nuit

 

Ce genre de mesures s’applique bien sûr à l’ensemble des bâtiments publics.

Le potentiel technique d’économies doit être exploité dans les installations techniques gérées par les pouvoirs publics, dans les transports publics ainsi que dans les entreprises du tertiaire, de l’artisanat et de l’industrie. Pour cela des études spécifiques et ciblées sont à initier dans les plus brefs délais et la réalisation des mesures techniques à mettre en œuvre en première priorité.

 

Il est indispensable et urgent de réfléchir sur la dimension du chantier, donc sur les besoins en ressources humaines et en financement, que représenterait la réalisation exhaustive et rapide de telles mesures d’économie d’électricité ! En ce qui concerne le financement, pourquoi ne pas étendre le RPC aux mesures d’économie qui mènent à une « non consommation de courant » (ce qui revient à une production renouvelable) ? C’est à dire subventionner le remplacement prématuré d’un réfrigérateur gourmand par un appareil AA+++, de lampes halogènes ou à incandescence par des LED ou des lampes économiques, ou celui d’une pompe à chaleur par une chaudière à bois, de la même manière que l’isolation de façades ou les fenêtres à triple vitrage sont aujourd’hui subventionnées?

 

Stopper la promotion de la voiture électrique

Tant que la question du stockage n’est pas résolue, il faut s’abstenir de promouvoir la voiture électrique. Les quantités de courant que celle-ci sollicitera sont énormes et enrayeront tout effort de sortir du nucléaire. La aussi un petit calcul montrerait que notre ménage triplerait sa consommation avec une voiture électrique même en ne l’utilisant que 6000 km par an ! La voiture électrique comme la pompe à chaleur ne sont admissibles que si le courant qui l’alimente est solaire ou éolien, et si les économies ont déjà conduit à la sortie du nucléaire.

 

Repenser les techniques de climatisation

La climatisation est un « gouffre » d’électricité. Avec une gestion parcimonieuse des systèmes de ventilation et des seuils de températures il y a un énorme potentiel de réduction à exploiter. Dans bien des cas il est possible de rafraichir des bâtiments en été et de préchauffer l’air dans des systèmes d’échangeurs thermiques sol/air du type puits canadien ou apparentés et de faire 90% d’économie de courant par rapport à la climatisation avec compresseurs électriques.

 

Promouvoir les systèmes domotiques

La domotique est au goût du jour. Et elle permet de gérer le chauffage, l’éclairage et la climatisation de manière optimale et d’adapter la consommation aux besoins réels. Il est donc opportun de promouvoir cette branche qui dispose encore de très peu de capacités en ressources humaines.

 

Stratégie à court terme

Faire des mesures pour sortir du nucléaire un immense moteur économique

Sortir du nucléaire implique des abandons d’activités donc d’emplois en certains domaines (industrie nucléaire, commerce de pompes à chaleur et de voitures électrique), mais pour atteindre cet objectif il faut mobiliser une multitude de corps de métiers. Il est vraisemblable que le bilan quant à l’emploi et les retombées économique soit positif.

 

Promouvoir les métiers de la branche

Malheureusement nos jeunes boudent souvent la carrière d’ingénieur et les métiers de la technique du bâtiment. Les grands défis technologiques n’ont à leurs yeux plus d’attractivité.

Sur ce plan il y a à mener un travail pédagogique et médiatique visant à donner auprès des jeunes l’image d’un désengagement nucléaire qui ne se contente pas de dénoncer et de protester mais qui inclue la dimension d’une profession d’avenir et pleine de sens.

 

Lancer des campagnes nationales de sensibilisation

L’objectif d’économiser suffisamment d’électricité pour pouvoir vraiment se passer de centrales nucléaires est une entreprise nationale ! Avec des campagnes nationales de la dimension de la campagne contre le SIDA il serait possible de faire changer l’opinion publique et les choix politiques. L’heure n’est plus à la mesure et au compromis helvétique, il faut des coups de gueule et des coups de poings médiatiques !

Dans ces campagnes, il faut aussi être clair sur la moitié de la vérité qui n’est pas dite concernant le prix réel des centrales nucléaires en tenant compte de leur démantèlement, de l’enfouissement des déchets et de montrer que les mesures décrites ci-dessus ne seront pas plus chères que l’absurde prolongement de la vie des centrales vieillissantes.

Le désengagement nucléaire est souvent associé à l’idée d’un mode de vie alternatif, voire marginal. Les messages anti-nucléaires s’adressent quant à eux trop souvent à des groupes de personnes déjà convaincues et manquent de crédibilité auprès de la majorité de la population, qui craint que la sortie du nucléaire ne signifie un renoncement au confort que l’électricité lui procure. Le message sur la sortie du nucléaire doit donc être crédible et rassurant sur ce point.

 

Créer un mouvement politique massif

Les campagnes de sensibilisation sont nécessaires pour forger l’opinion publique, mais sans un profond mouvement politique rien ne sera possible. Les décisions à prendre sont tellement difficiles à accepter, qu’il faudra aller même jusqu’à choquer dans un premier temps, mais sans omettre de faire simultanément les propositions qui permettront d’atténuer l’impact du choc et de le transformer en un mouvement constructif et dynamique vers l’avenir.

Les phases suivantes sont à envisager :

  • Créer un noyau fort, reconnu et crédible
  • Former des multiplicateurs qui répandront la volonté politique d’agir rapidement
  • Utiliser les réseaux sociaux
  • S’associer à d’autres associations, entre autres l’observatoire du nucléaire (Stéphane Lhomme), Greenpeace, WWF, etc.
  • Lancer une campagne couvrant la Suisse de slogans clairs et crédibles

 

Se doter des lois et ordonnances nécessaires

Sans interventionnisme il sera impossible d’accélérer la sortie du nucléaire, ni même de l’atteindre. Par exemple :

  • Il faut non seulement interdire les chauffages à résistance mais aussi décréter un moratoire sur les pompes à chaleur et les autres produits pouvant être alimentés autrement qu’avec de l’électricité
  • Il faut stopper pour le moment l’introduction à grande échelle de la voiture électrique

 

Ce genre de mesures absolument discriminatoires du point de vue de la liberté du marché n’est applicable qu’avec un consensus politique. Est-ce une utopie ?

 

Assurer le financement des mesures à court terme

Si le législateur oblige l’utilisateur à remplacer des installations à très court terme, il doit en assurer pratiquement la totalité de l’investissement. Il doit également soutenir les branches économiques lésées par de telles mesures, et assurer l’étude de mesures de réduction de consommation dans l’industrie et le commerce. Et il lui faut aussi trouver des accords financiers pour leur réalisation à court terme. Il doit donc être muni des compétences et des ressources humaines qui lui permettront d’agir rapidement.

 

Là aussi, on peut se demander si on se trouve dans le domaine de l’utopie mais il n’y a pas d’autres voie pour aller vite, et – rappelons le – il s’agit ici de se donner les moyens non seulement de respecter mais d’accélérer les délais fixés pour une sortie du nucléaire, qui sur le principe est déjà décidée.

 

Conclusion

Ce n’est pas avec des demi-mesures et des bonnes paroles que l’objectif de sortir du nucléaire rapidement est atteignable. Dénoncer les dangers et les coûts liés aux centrales vieillissantes ne suffit pas non plus. Les réflexions et les mesures proposées ici peuvent paraître démesurées mais face à la débauche de moyens engagés pour promouvoir le nucléaire, et à faire oublier Fukushima et les problèmes liés à l’enfouissement de déchets radioactifs, il n’est pas suffisant d’opposer un compromis helvétique !

 

 

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L’âge des réacteurs en Europe

Nuclear power stations in the EU – operating reactors       
source: IAEA PRIS database – http://www.iaea.org/pris

Greenpeace / Jan Haverkamp
06/11/2014

Color code:
————————————————–

X = less than three years from its original technical design life-time
X = older than its original technical design life-time

Age  on 6 November 2014:

  > 40 years
  35 – 40 years
  30 – 35 years

—————————————————

country power station type reactor reference unit power starting date age (years)   average age per country (years)
BE Doel 1 PWR 433 28/08/1974 40 X 34
  Doel 2 PWR 433 21/08/1975 39 X  
  Doel 3 PWR 1006 23/06/1982 32    
  Doel 4 PWR 1039 08/04/1985 29    
  Tihange 1 PWR 962 07/03/1975 39 X  
  Tihange 2 PWR 1008 13/10/1982 32    
  Tihange 3 PWR 1046 15/06/1985 29    
BG Kozloduy 5 PWR 953 29/11/1987 26 X 25
  Kozloduy 6 PWR 953 02/08/1991 23    
CZ Dukovany 1 PWR 471 24/02/1985 29 X 23
  Dukovany 2 PWR 427 30/01/1986 28 X  
  Dukovany 3 PWR 471 14/11/1986 27 X  
  Dukovany 4 PWR 471 11/06/1987 27 X  
  Temelín 1 PWR 963 21/12/2000 13    
  Temelín 2 PWR 963 29/12/2002 11    
FI Loviisa 1 PWR 495 08/02/1977 37 X 35
  Loviisa 2 PWR 495 04/11/1980 34    
  Olkiluoto 1 BWR 880 02/09/1978 36 X  
  Olkiluoto 2 BWR 880 18/02/1980 34    
FR Belleville 1 PWR 1310 14/10/1987 27 X 29
  Belleville 2 PWR 1310 06/07/1988 26    
  Blayais 1 PWR 910 12/06/1981 33    
  Blayais 2 PWR 910 17/07/1982 32    
  Blayais 3 PWR 910 17/08/1983 31    
  Blayais 4 PWR 910 16/05/1983 31    
  Bugey 2 PWR 910 10/05/1978 36    
  Bugey 3 PWR 910 21/09/1978 36    
  Bugey 4 PWR 880 08/03/1979 35    
  Bugey 5 PWR 880 31/07/1979 35    
  Cattenom 1 PWR 1300 13/11/1986 27 X  
  Cattenom 2 PWR 1300 17/09/1987 27 X  
  Cattenom 3 PWR 1300 06/07/1990 24    
  Cattenom 4 PWR 1300 27/05/1991 23    
  Chinon B1 PWR 905 30/11/1982 31    
  Chinon B2 PWR 905 29/11/1983 30    
  Chinon B3 PWR 905 20/10/1986 28 X  
  Chinon B4 PWR 905 14/11/1987 26 X  
  Chooz B1 PWR 1500 30/08/1996 18    
  Chooz B2 PWR 1500 10/04/1997 17    
  Civaux 1 PWR 1495 24/12/1997 16    
  Civaux 2 PWR 1495 24/12/1999 14    
  Cruas 1 PWR 915 29/04/1983 31    
  Cruas 2 PWR 915 06/09/1984 30 X  
  Cruas 3 PWR 915 14/05/1984 30 X  
  Cruas 4 PWR 915 27/10/1984 30 X  
  Dampierre 1 PWR 890 23/03/1980 34    
  Dampierre 2 PWR 890 10/12/1980 33    
  Dampierre 3 PWR 890 30/01/1981 33    
  Dampierre 4 PWR 890 18/08/1981 33    
  Fessenheim 1 PWR 880 06/04/1977 37 X  
  Fessenheim 2 PWR 880 07/10/1977 37 X  
  Flamanville 1 PWR 1330 04/12/1985 28 X  
  Flamanville 2 PWR 1330 08/08/1986 28 X  
  Golfech 1 PWR 1310 07/06/1990 24    
  Golfech 2 PWR 1310 18/06/1993 21    
  Gravelines 1 PWR 910 13/03/1980 34    
  Gravelines 2 PWR 910 26/08/1980 34    
  Gravelines 3 PWR 910 12/12/1980 33    
  Gravelines 4 PWR 910 14/06/1981 33    
  Gravelines 5 PWR 910 28/08/1984 30 X  
  Gravelines 6 PWR 910 01/08/1985 29 X  
  Nogent 1 PWR 1310 21/10/1987 27 X  
  Nogent 2 PWR 1310 14/12/1988 25 X  
  Paluel 1 PWR 1330 22/06/1984 30 X  
  Paluel 2 PWR 1330 14/09/1984 30 X  
  Paluel 3 PWR 1330 30/09/1985 29 X  
  Paluel 4 PWR 1330 11/04/1986 28 X  
  Penly 1 PWR 1330 04/05/1990 24    
  Penly 2 PWR 1330 04/02/1992 22    
  St. Alban 1 PWR 1335 30/08/1985 29 X  
  St. Alban 2 PWR 1335 03/07/1986 28 X  
  St. Laurent B1 PWR 915 21/01/1981 33    
  St. Laurent B2 PWR 915 01/06/1981 33    
  Tricastin 1 PWR 915 31/05/1980 34    
  Tricastin 2 PWR 915 07/08/1980 34    
  Tricastin 3 PWR 915 10/02/1981 33    
  Tricastin 4 PWR 915 12/06/1981 33    
DE Brockdorf PWR 1410 14/10/1986 28 X 28
  Emsland PWR 1329 09/04/1988 26    
  Grafenrheinfeld PWR 1275 30/12/1981 32 X  
  Grohnde PWR 1360 05/09/1984 30 X  
  Grundremmingen B BWR 1284 16/03/1984 30 X  
  Grundremmingen C BWR 1288 02/11/1984 30 X  
  Isar 2 PWR 1410 22/01/1988 26    
  Neckarwestheim 2 PWR 1310 03/01/1989 25    
  Phillipsburg 2 PWR 1402 17/12/1984 29 X  
ES Almaraz 1 PWR 1004 01/05/1981 33   31
  Almaraz 2 PWR 1006 08/10/1983 31    
  Asco 1 PWR 995 13/08/1983 31    
  Asco 2 PWR 997 23/10/1985 29 X  
  Cofrentes BWR 1064 14/10/1984 30 X  
  Santa Maria de Garona BWR 446 02/03/1971 43 X  
  Trillo 1 PWR 1003 23/05/1988 26    
  Vandellos 2 PWR 1045 12/12/1987 26 X  
HU Paks 1 PWR 470 28/12/1982 31 X 29
  Paks 2 PWR 473 06/09/1984 30 X  
  Paks 3 PWR 473 28/09/1986 28 X  
  Paks 4 PWR 473 16/08/1987 27 X  
NL Borssele PWR 482 04/07/1973 41 X 41
RO Cernavoda 1 PHWR 650 11/07/1996 18   13
  Cernavoda 2 PHWR 650 07/08/2007 7    
SK Bohunice 3 PWR 472 20/08/1984 30 X 22
  Bohunice 4 PWR 472 09/08/1985 29 X  
  Mochovce 1 PWR 436 04/07/1998 16    
  Mochovce 2 PWR 436 20/12/1999 14    
SI Krsko PWR 688 02/10/1981 33   33
SE Forsmark 1 BWR 984 06/06/1980 34   35
  Forsmark 2 BWR 996 26/01/1981 33    
  Forsmark 3 BWR 1170 05/03/1985 29 X  
  Oskarshamn 1 BWR 473 19/08/1971 43 X  
  Oskarshamn 2 BWR 638 02/10/1974 40 X  
  Oskarshamn 3 BWR 1400 03/03/1985 29 X  
  Ringhals 1 BWR 865 14/10/1974 40 X  
  Ringhals 2 PWR 865 17/08/1974 40 X  
  Ringhals 3 PWR 1064 07/09/1980 34    
  Ringhals 4 PWR 940 23/06/1982 32    
UK Dungeness B1 GCR 520 03/04/1983 31 X 31
  Dungeness B2 GCR 520 29/12/1985 28 X  
  Hartlepool A1 GCR 595 01/08/1983 31 X  
  Hartlepool A2 GCR 595 31/10/1984 30 X  
  Heysham A1 GCR 585 09/07/1983 31 X  
  Heysham A2 GCR 575 11/10/1984 30 X  
  Heysham B1 GCR 620 12/07/1988 26    
  Heysham B2 GCR 620 11/11/1988 25    
  Hinkley Point B1 GCR 435 30/10/1976 38 X  
  Hinkley Point B2 GCR 435 05/02/1976 38 X  
  Hunterston B1 GCR 430 06/02/1976 38 X  
  Hunterston B2 GCR 430 31/03/1977 37 X  
  Sizewell B PWR 1188 14/02/1995 19    
  Torness 1 GCR 600 25/05/1988 26    
  Torness 2 GCR 605 03/02/1989 25    
  Wylfa 1 GCR 490 24/01/1971 43 X  
             

Near EU countries participating in the stress tests:

CH Beznau 1 PWR 365 17/07/1969 45 X 39
  Beznau 2 PWR 265 23/10/1971 43 X  
  Goesgen PWR 970 02/02/1979 35    
  Leibstadt BWR 1190 24/05/1984 30 X  
  Muehleberg BWR 373 01/07/1971 43 X  
             
UA Khmelnitski 1 PWR 950 31/12/1987 26 X 25
  Khmelnitski 2 PWR 950 07/08/2004 10    
  Rovno 1 PWR 381 31/12/1980 33 X  
  Rovno 2 PWR 376 30/12/1981 32 X  
  Rovno 3 PWR 950 21/12/1986 27 X  
  Rovno 4 PWR 950 10/10/2004 10    
  South Ukraine 1 PWR 950 31/12/1982 31 X  
  South Ukraine 2 PWR 950 06/01/1985 29 X  
  South Ukraine 3 PWR 950 20/09/1989 25    
  Zaporozhe 1 PWR 950 10/12/1984 29 X  
  Zaporozhe 2 PWR 950 22/07/1985 29 X  
  Zaporozhe 3 PWR 950 10/12/1986 27 X  
  Zaporozhe 4 PWR 950 18/12/1987 26 X  
  Zaporozhe 5 PWR 950 14/08/1989 25    
  Zaporozhe 6 PWR 950 19/10/1995 19    
             

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L’Espagne, bastion du Lobby nucléaire

Santiago Vilanova *
Traduit d’espagnol en français par
Ivo Rens

 Prisonnier d’UNESA, l’association patronale des compagnies d’électricité, le Gouvernement du Premier ministre Rajoy prétend étendre jusqu’à 60 ans la vie utile des six centrales nucléaires.

Le général Franco, dictateur, et la Junte de l’Energie Nucléaire (JEN) créée en 1951 et contrôlée par des généraux putschistes, avaient prévu de construire 38 reéacteurs sur tout le territoire national. Leur objectif était de faire de l’Espagne l’une des grandes puissances nucléaires de la planète, de disposer de grandes quantités de plutonium militaire et d’entrer dans le club atomique (avec la permission du Pentagone). Pour le Etatsuniens, c’était là une bonne affaire : on vendait la technologie PWR (Pressurized Water Reactor) de la Westinghouse et la technologie BWR (Boiling Water Reactor) de la General Electric, on plaçait des crédits en dollars de la Chase Manhattan Bank et de la Eximbank et on offrait la maintenace scientifique et technologique. Au surplus, la Chevron se chargerait d’exploiter les gisements d’uranium localisés dans différentes régions d’Espagne (objectif entrepreneurial qui ne put aboutir grâce à l’opposition populaire et à celle des municipalités visées). Cette ambition du franquisme comportait, dans une certaine mesure, une cession de souveraineté au travers d’accords bilatéraux, du Traité d’amitié et de coopération et de l’installation de bases étatsuniennes sur le territoire espagnol.

Le Lobby nucléaire, héritier du franquisme.

 En dépit de la forte répression des antinucléaires et de la censure exercée sur les moyens de communication, ce plan nucléaire pharaonique – bien cararctéristique du mégalomane qu’était Franco, fasciné par l’impact des bombes atomiques sur Hisroshima et Nagasaki – ne put être mené à bien dans sa totalité. Au Pays basque (Euzkadi), la mobilisation des associations telles le Comité de défense d’une côte basque non nucléaire et l’action du groupe armé ETA empêchèrent l’entreprise électrique Iberduera de construire les centrales de Lemoniz, de Ea et de Deva. En Catalogne, les confréries de pêcheurs et d’agriculteurs parvinrent à freiner l’installation de deux réateurs à Ametlla de Mar, un des villages de pêcheurs les plus florissants du littoral de Tarragone, mais elles ne purent éviter la construction, à peu de distance de là, de la Centrale de Vandellos dans le golfe de San Jordi et de celle d’Ascó, sur l’abondant fleuve Ebro. Il y eut aussi une opposition aux projets nucléaires en Estrémadure, en Andalousie, en Navarre, en Galice et en Cantabrique. La lutte antinucléaire compta une victime, l’écopacifiste basque Galdys del Estal abattue par les tirs d’un garde civil le 3 juin 1979, lors d’une journée consacrée à la dénucléarisation d’Euskadi qui avait été organisée à Tudela, en Navarre.

La Junte de l’Energie Nucléaire et le Gouvernement de Carrero Blanco, dominée pendant les années 1960 par les technocrates de l’Opus Dei, se contentèrent d’imposer sept centrales nucléaires et un total de dix réacteurs : la Centrale de José Cabrera, à Zorita, province de Guadalajara, avec un PWR d’une puissance de 150 MW (le premier à être inauguré par Franco le 12 décembre 1968, et qui fut arrêté en 2006) ; la Centrale de Santa María de Garoña, dans la province de Burgos, avec un BWR de 466 MW, arrêté en 2013, mais qui pourrait être réactivé en 2015 ; la Centrale d’Almaraz, dans la province de Cáceres, avec deux réacteurs PWR de 980 et 984 MW ; la Centrale d’Ascó, dans la province de Tarragone, avec deux réacteurs PWR, respectivement de 1’032 et 1’027 MW, la Centrale de Cofrentes, dans la province de Valence, avec un réacteur BWR de 1’092 MW ; la Centrale de Vandellós, dans la province de Tarragone, avec un réacteur graphite-gaz de 450 MW, le seul représentant de la technologie française (arrêté en 1989 à la suite d’un grave incendie) et un PWR de 1’087 MW ; enfin, la Centrale de Trillo, dans la province de Guadalajara, avec un PWR de 1’066 MW.

Le coût financier brutal du plan énergétique initial et les grands besoins en uranium freinèrent les délires atomiques de l’Amiral Carrero Blanco. Néanmoins, le Lieutenant général Juan Vigón, directeur de l’Ecole supérieure de l’Armée et ministre de l’air des troisième et quatrième gouvernements de Franco, ainsi que le Général de division Eduardo Hernández Vidal et le Contramiral José María Otero Navascués (lequel présida la JEN de 1958 à 1974) considérèrent que le parc nucléaire civil était suffisamment important pour pouvoir disposer d’uranium enrichi et de plutonium dans les laboratoires spéciaux prévus dans un grand complexe qui serait construit à Cubo de la Solana (province de Soria). Pour camoufler le développement de l’arme nucléaire, on créa le Comité de recherches atomiques et la société secrète intitulée Etudes et patentes d’alliages spéciaux (EPALE). Au premiers rangs des scientifiques qui conseillèrent les militaires franquistes pour obtenir du plutonium figurèrent le professeur Paul Scherer, de l’Institut de physique de l’Université de Zurich (qui sera l’un des créateurs du CERN), Werner Heisenberg et Karl Wirtz de l’Institut Max Planck de Göttingen. Furent également en contact avec ces militaires, Samuel K. Allison, de l’Université de Chicago, et Bertrand Goldschmidt auquel le Général avait confié le soin d’isoler les premiers miligrammes de plutonium. (1)

L’ami américain

 La stratégie énergétique du franquisme pour contrer l’isolement international de la dictature fut d’ouvrir l’Espagne au marché nucléaire nord-américain en créant des entreprises électriques et des banques (Central, Banesto, Urquijo, Hispano-Americano…) dont les conseils d’administration étaient dans les mains de financiers qui avaient appuyé le coup d’Etat fasciste contre la République (comme le magnat Juan March qui domina la compagnie électrique FECSA – Forces Electriques de Catalogne – ou José María Oriol y Urquijo qui présida les sociétés Hidroelectrica Española et UNESA). L’appui du FMI, de la Banque mondiale et du Groupe Rockefeller à l’admission de l’Espagne au Nations Unies, le 14 décembre 1955, avait comme contrepartie une colonisation sans précédent (Accords hispano-nordaméricains ou Pacte de Madrid en 1953 et 1955 ; installations de bases étatsuniennes à Rota, Morón et Torrejón de Ardoz ; crédits pour la construction de centrales nucléaires et achat d’armements ; domination des secteurs énergétique et agricole par des succursales bancaires et des multinationales nordaméricaines)

Néanmoins, quand fut venue l’heure de la vérité, le Pentagone s’opposa brutalement à ce que l’Espagne accède au “Club atomique“ bien qu’elle eût investi des millions de dollars pour obtenir du plutonium. L’Amiral Luis Carrero Blanco, qui était destiné à succéder à Franco, aspirait à construire des sous-marins atomiques et, par conséquent, il se refusait à signer le Traité de non-prolifétaion nucléaire (TNP). La chose fut rapportée à Henry Kissinger, lors de la visite qu’il fit à Madrid le 19 décembre 1973, le jour précédant celui du décès de l’Amiral dans un attentat perpétré par l’ETA, attentat dans lequel certains analystes virent la main noire de la CIA. Se refusa également à signer le TNP le Président du Gouvernement dit “de transition démocratique“ (1976-1981) Adolfo Suárez qui, jusqu’en 1981, souhaitait doter la Force aérienne espagnole de bombes atomiques tactiques. (2)

Les pressions du Pentagone sur le Gouvernement socialiste de Felipe Gonzalez (qui opta pour l’adhésion à l’OTAN) aboutirent finalement, le 10 avril 1987, à ce que l’Espagne souscrive au TNP et renonce à son rêve atomique.

A l’époque, le modèle énergétique espagnol était déjà profondément dépendant de l’énergie nucléaire, surtout la Catalogne qui génère 17% du PIB espagnol et qui consomme 50% de l’énergie électrique produite dans les Centrales de Ascó et Vandellós.

La frauduleuse “transition démocratique“

 Les Pactes de la Moncloa, signés à Madrid le 25 octobre 1977 entre le Gouvernement d’Adolfo Suárez et les principaux partis politiques, dont le Parti communiste (qui ne s’opposa pas au contrat de fourniture à l’Espagne d’uranium enrichi passé entre la multinationale soviétique Techsnabexport et l’Entreprise nationale de l’uranium ENUSA) (3), ne modifièrent en rien les structures énergétiques héritées du franquisme et consolidèrent l’énergie nucléaire. On fit la sourde oreille aux exigences des organisations antinucléaires et écologistes qui demandaient un audit du secteur et un moratoire. Par ailleurs, la banque nordaméricaine voulait rentrer dans ses fonds en ce qui concerne les crédits qu’elle avait accordés pour la construction des centrales nucléaires et elle souhaitait continuer à dominer de l’extérieur ce secteur éminemment stratégique. (Les Etats-Unis aussi fournissaient de l’uranium enrichi à l’Espagne.)

Au fil des années, l’Entreprise nationale de l’uranium (ENUSA), créée en 1972, ainsi que Tecnatom, créée en 1957, s’étaient renforcées en intervenant dans les transactions internationales sur le nucléaire, tant dans la gestion et l’achat d’uranium enrichi que dans la fabrication de combustible et la prestation de services à divers pays, surtout latinoaméricains, allant jusqu’à exporter 65% de la production des assemblages de combustibles issus de son usine de Juzbado, dans la province de Salamanque.

Tels sont les antécédents du secteur énergétique espagnol, dirigé aujourd’hui par une oligarchie électrique qui, grâce à la complicité du Gouvernement Rajoy, a réussi à freiner le développement des énergies du soleil, surtout les centrales solaires et les parcs éoliens, de peur de perdre, avec ses ses privilèges, le négoce dérivé de l’électricité nucléaire (dominé par Endesa et Iberdrola) ainsi que celui du gaz naturel (monopolisé par Gas Natural-Fenosa).

Après l’arrivée au pouvoir du PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol) en 1982, les programmes nucléaires ambitieux furent suspendus du fait de la pression des écologistes mobilisés par l’accident survenu dans la Centrale de Three Mile Island le 28 mars 1979 et du fait aussi de leurs coûts colossaux. Le Gouvernement de Felipe Gonzalez approuva un moratoire en 1984 puis, en 1991, le fonctionnement de sept Centrales fut paralysé. Il s’agissait des Centrales Lemoniz I et II, dans la province de Biscaye, Valdecaballeros I et II dans la povince de Badajoz, de Trillo I et II dans la province de Guadalajara, de Regodela I dans la province de Lugo et de Sáyago I dans la province de Zamora. Les pertes atteignirent 729’000 millions de pesetas de l’époque. Afin de compenser le lobby nucléaire, l’Etat introduisit en 1997, dans le cadre de son moratoire, une disposition qui permettait aux entreprises fournissant de l’électricité de répercuter sur les consommateurs les investissements consentis en prélevant, jusqu’en 2020, un pourcentage des factures d’électricité. En raison de la baisse des taux d’intérêt et du fort accroissement de la demande d’électricité qui se traduisit par l’amortissement anticipé de la dette contractée, ces prélèvements varièrent. Le pourcentage des factures d’électricité ainsi prélevé est passé de 1,72% à 0,33%, cependant que le délai d’amortissement était ramené à 2015.

Avec son moratoire, le PSOE a servi les intérêts stratégiques du lobby nucléaire ployant sous les coûts élevés que les nouvelles normes de sécurité de l’AIEA avaient imposées aux gérants des réacteurs et il a même sauvé quelques compagnies électriques qui se trouvaient au bord du gouffre.

La fermeture de la Centrale de Garoña

 Le syndrome de l’accident de Fukushima qui entraîna une réaction critique contre les centrales nucléaires dans quelques pays, comme l’Allemagne (qui décida une fermeture progressive de ses 17 centrales nucléaires jusqu’en 2022), ou comme l’Italie qui finit par tenir un referendum sur le nucléaire, sans oublier le combat écologiste des Suisses qui obtinrent la fermeture progressive de leurs réacteurs d’ici à 2034, ce syndrome donc n’eut aucun impact sur la politique énergétique de l’Espagne. L’ex-Président du Gouvernement, Felipe Gonzalez, embauché par Gas natural-Fenosa, déclara en 2006 au sujet du moratoire décrété par son Gouvernement, qu’il avait été décidé en raison des difficultés relatives au problème du stockage des déchets radioactifs ; mais, comme depuis lors, selon lui, ce stockage avait enregistré des améliorations technologique ( ?) il conclut : “Il faut reconsidérer le moratoire“. Bien que la libéralisation du secteur énergétique ne s’oppose pas à ce que les compagnies électriques puissent construire de nouvelles centrales en Espagne, ces compagnies s’en sont abstenues en raison de l’hostilité de l’opinion publique et de l’absence des incitations fiscales dont elles bénéficièrent dans le passé. Le patronat des électriciens espagnols, qui paraît réticent à appliquer à la lettre les mesures de sécurité exigées par l’Union européenne (les fameux “stress tests“) en vue de prévenir les accidents avec fusion du cœur du réacteur, comme ceux qui se sont produits à Fukushima, ce patronat donc a proposé au Gouvernement Rajoy de prolonger la vie des centrales en fonctionnement jusqu’à 60 ans, conformément aux instructions du lobby nucléaire nordaméricain et des multinationales Westinghouse et General Electric. Citons en exemple la société Nucleonor, à laquelle participent Endesa-Enel et Iberdrola, propriétaire de la Centrale de Garoña : elle a demandé au Ministère de l’industrie l’autorisation de remettre en route cette installation qui a été inaugurée il y a 43 ans et qui a cessé de produire de l’électricité fin décembre 2012. Cette société électrique souhaite prolonger la vie utile de sa Centrale jusqu’au 2 mars 2031, soit 17 ans de plus, moyennant le remplacement de son système de réfrigération.

Contrôlé par les nucléocrates, le Conseil de sécurité nucléaire est disposé à le lui permettre. Greenpeace et les organisations d’agriculteurs appréhendent les effets d’un accident grave qui contaminerait tout le bassin de l’Ebre et détruirait leurs productions vivrières. 140’000 hectares de terres irriguées seraient impactées ! Nucleonor rétorque qu’il y a, aux Etats-Unis, 23 centrales BWR semblables à celle de Garoña qui ont été autorisées à poursuivre leur production jusqu’à leur 6oe année. Si le Conseil de sécurité nucléaire espagnol suivait cet exemple, les bénéfices des sociétés électriques espagnoles dépasseraient 40’000 millions d’euros et l’Etat encaisserait 1’200 millions d’euros au titre de la taxe nucléaire.

Les pionniers du mouvement antinucléaire espagnol ont réagi en lançant un manifeste visant à fermer définitivement la Centrale de Garoña et à dénucléariser l’Espagne et l’Europe. Les signataires, dont Mario Gaviria (Navarre), José Allende (Pays basque), Pedro Costa Morata (Murcia), José Manuel Naredo (Madrid), Juan Serna (Extremadura), Josep Puig, Xavier Garcia et Santiago Vilanova (Catalogne), y font valoir, entre autres arguments, que le Consortium d’assureurs espagnols, un des plus anciens au monde, couvre certains risques nucléaires mais non point le risque d’une catastrophe nucléaire. Ils proposent aussi que l’Union Européenne suive “le modèle germano-danois fondé sur les énergies renouvelables en lieu et place du modèle nucléaire français qui est dans l’impasse.“

En Espagne, les dirigeants tant socialistes que membres de l’Alliance populaire restent attachés au lobby nucléaire. Dans l’Union Européenne, le parc nucléaire espagnol est celui qui enregistre le plus d’incidents et d’arrêts techniques, du fait surtout des Centrales d’Ascó et de Vandellos en Catalogne, responsables de 43% de tous les incidents du parc nucléaire espagnol. Le 19 octobre 1989, un grave incendie se déclara dans la Centrale de Vandellos I exploitée par la société hispano-française Hifrensa. Les combustibles usés de cette Centrale étaient envoyés en train à l’usine militaire de Marcoule (France) qui en extrayait de l’uranium hautement enrichi et du plutonium. Cet incendie aurait pu dégénérer en une catastrophe comparable à celle de Tchernobyl. Mais le cœur du réacteur ne fut pas atteint, de sorte que seule se produisit une pollution chimique due à la combustion de quinze tonnes d’huiles avec le PCB des transformateurs. En son temps, la Junte de l’Energie Nucléaire franquiste avait opté pour la filière française graphite-gaz dans le but évident de consacrer ses déchets aux applications militaires. Pere Duran Farell, l’industriel catalan qui construisit cette installation, d’entente avec le général de Gaulle, en retira pour son entreprise Hidroelectrica de Cataluña d’énormes bénéfices dus à des avantages fiscaux et à des crédits à taux très réduits. A présent, le démantèlement du réacteur est à la charge des consommateurs qui le paient sur leurs factures d’électricité et, en l’absence d’un Entrepôt Temporaire Centralisé de déchets nucléaires de haute radioactivité projeté à Villar de Cañas, dans la province de Cuenca, les déchets de Vandellos restent entreposés en France et ils coûtent à la ENRESA, l’entreprise étatique des déchets radioactifs, la somme de 65’000 euros par jour. Un incroyable gaspillage des deniers publics.

Les nucléocrates espagnols

Comme à l’époque franquiste, les media gardent le science sur les problèmes environnementaux et de sécurité du parc nucléaire espagnol. Les sociétés fournissant de l’électricité sont représentées dans les conseils d’administration des journaux les plus lus, comme La Vanguardia et El País, et elles investissent de grandes sommes dans la publicité. Il en va de même pour les télévisions publiques et privées où le débat sur le nucléaire brille par son absence. La plupart des déclarations des dirigeants antinucléaires ou écologistes sont censurées et, lorsqu’il leur arrive de publier un livre ou un essai critiquant l’énergie nucléaire, ce livre ou cet essai peine à se diffuser. Le Forum Atomique Espagnol, association financée par le patronat des sociétés fournissant de l’électricité, étend ses tentatcules dans tout l’espace médiatique. Les organisations antinucléaires n’ont d’autre choix que de recourir à Internet. Grâce à Internet, on a pu dénoncer sur les réseaux la connivence entre les grands partis politiques et l’oligarchie électrique : l’ex-Président du Gouvernement, Aznar, a été embauché par Endesa et l’ex-Président Gonzáles par le Gas naturel-Fendosa. En Catalogne, la Plateforme civique pour un nouveau modèle énergétique, coordination inter-organisations, a saisi le Ministère public anticorruption d’une dénonciation, munie de 40’000 signatures, demandant qu’une enquête soit menée sur la connivence entre les partis politiques et les principales entreprises énergétiques du pays. Quelque chose de semblable se produit au Japon depuis l’accident de Fukushima pour que l’opinion publique s’oppose au redémarrage des 48 centrales nucléaires mises à l’arrêt. Tout comme le Conseil de sécurité nucléaire espagnol, l’Autorité nipponne de régulation nucléaire (NRA) est sous le contrôle des compagnies électriques.

J’ai entendu Amory Lovins dire ironiquement : “L’énergie nucléaire est l’énergie du futur dont le temps est passé.“ Mais ni Three Mile Island, ni Tchernobyl, ni Fukushima n’ont suffi à changer le cours et l’inertie du lobby atomique mondial, étroitement lié au nucléaire militaire. L’opinion publique est clairement opposée à ce que l’on continue à utiliser la fission pour produire de l’électricité, en raison de la dimension centralisée, policière et autoritaire de l’électronucléaire et surtout en raison des risques qui lui sont inhérents, nonobstant les rapports manipulés de l’OMS sur l’impact sanitaire de Tchernobyl et de Fukushima. Mais, paradoxalement, les structures politiques des Etats nucléaires sont corrompues et difficiles à renverser. Peut-être la création de nouveaux Etats dotés de constitutions écologiques fondées sur une démocratie participative pourra-t-elle déboucher sur une politique énergétique plus raisonnable axée sur le solaire. Les écologistes espagnols ont l’habitude de revendiquer le recours à des consultations populaires, comme le font la Suisse et la Suède, sur des questions aussi fondamentales que celle du modèle énergétique. C’est aussi ce que proposent les organisations écologistes indépendantes d’Ecosse et de Catalogne, nations qui ont entamé un processus sécessionniste de nature populaire et démocratique.

Au niveau mondial, les subventions annuelles aux énergies fossiles dépassent les 400’000 millions d’euros, tandis que les énergies renouvelables ne reçoivent que 70’000 millions d’euros. L’Espagne est un pays fort ensoleillé, mais l’Allemagne la dépasse par le nombre de mètres carrés de capteurs solaires thermiques pour les habitations. En 2010, les installations éoliennes et solaires espagnoles ont épargné 45’000 millions d’euros d’importation de combustibles fossiles ! Le négoce énergétique espagnol, qui brasse annuellement de 120 à 130’000 millions d’euros, commençait à chanceler. Aussi le Gouvernement Rajoy servit-il sur un plateau aux compagnies électriques un décret qui a réduit les subventions aux énergies solaires et lourdement imposé fiscalement l’autonomie énergétique. Des milliers d’investisseurs y ont perdu leur épargne tandis que les énergies éolienne et solaire enregistrèrent un grave recul. Le gaz naturel en a été le principal bénéficiaire. Il en est résulté que la surcapacité industrielle fondée sur l’électricité et le gaz naturel permet à Endesa et à Gas Natural-Fenosa de procéder à des investissements et à des exportations de gaz excédentaire vers le Japon, la Corée du sud et l’Argentine.

En Espagne, le débat sur le nucléaire se trouve marginalisé en raison du manque de volonté politique du Gouvernement Rajoy qui masque la gravité de la situation économique et la corruption politique, problèmes aux grandes résonances médiatiques, auxquels s’ajoutent le chômage alarmant, la pénurie énergétique qui affecte des milliers de familles et le conflit relatif à la consultation sur l’indépendance de la Catalogne. A moins qu’un grave accident ne se produise dans l’une des centrales nucléaires en fonctionnement – ce que personne ne souhaite – il faut espérer que s’impose un modèle énergétique unifié à l’échelle européenne qui mise sur les énergies renouvelables et la fermeture progressive des centrales nucléaires. Toutefois, la nomination de Miguel Arias Cañete, ancien ministre du Gouvernement Rajoy, comme Commissaire européen chargé de l’énergie et du changement climatique, n’augure rien de bon car il paraît disposé à défendre l’énergie nucléaire sous le faux prétexte de freiner la dérive climatique.

Abstraction faite des circonstances politiques partisanes, l’Espagne aurait pu prendre la tête de la révolution solaire, mais elle est restée vassalisée au lobby nucléaire mondial. C’est le dictateur Franco qui l’y a attachée et bien attachée. Mais les antinucléaires, dont je suis, ne perdent pas l’espoir et nous poursuivrons notre combat pacifique pour une Europe dénucléarisée.

(*)            Journaliste et écrivain.
Président de l’Association “Una Sola Terra“.
Co-fondateur de “Els Verde-Alternativa Verda de Catalunya“.
Seul écrivain européen à avoir consacré un ouvrage à chacun des trois accidents majeurs de l’industrie électronucléaire :

El sindrome de Harrisburg, Chernóbil, el fin del mito nuclear, et Fukushima, el declive nuclear.

  • Santiago Vilanova, “La bomba atómica de Franco. Los objetivos militares de la energía nuclear en España“, Libres de l’Index, Barcelona, 2011.
  • “Espagne. Le gouvrenement sohaiterait disposer de la bombe atomique“, Le Monde, 24.08.1979.
  • L’accord entre l’Entreprise nationale de l’uranium (ENUSA) et Techsnabexport fut négocié par le président de ENUSA, Juan Basabe, et le président de la multinationale soviétique, Yeugeni Zahkov, il a été approuvé par le président de la Junte de l’énergie nucléaire espagnole, le lieutenant général Jesús Olivares Baqué. Le contrat, qui dépassait les 400 millions de dollars, fut ratifié en 1979 par le Gouvernement d’Adolfo Suárez. Il prévoyait que pour chaque 450 tonnes d’uranium naturel qu’ENDESA enverrait en URSS, la société Techsnabexport lui rendrait 75 tonnes d’uranium enrichi. C’est un article du directeur du département des pays occidentaux du Ministère du commerce extérieur de l’URSS, Vladimir Simakov, rapporté par la délégation à Moscou de l’agence EFE, qui dévoila ce contrat.
  • “J’ai pris la responsabilité du moratoire nucléaire il y a vingt et quelques années pour deux raisons : la sécurité et l’accablante responsabilité inhérente à l’impossibilité d’éliminer les déchets radioactifs. Mais les circonstances ont changé grâce à la sécurité due au perfectionnement technologique des installations et aux avancées substantielles dans la gestion des déchets. C’est pourquoi nous devons reconsidérer le moratoire.“ (El País, 21.10.2006. Déclaration de l’ancien Président du Gouvernement Felipe Gonzáles à l’Assemblée générale du Club de Madrid du 20 octobre 2006.

 

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España, Bastión del “Lobby“ Nuclear

Santiago Vilanova (*)

 

El Gobierno Rajoy se halla “secuestrado” por UNESA, la patronal eléctrica, y pretende alargar hasta 60 años la vida útil de las seis centrales nucleares.

 

 

 

El dictador general Francisco Franco y la Junta de Energía Nuclear (JEN), creada en 1951 y controlada por generales golpistas, había previsto construir 38 reactores nucleares en todo el territorio nacional. El objetivo era convertir España en una de las grandes potencias nucleares del planeta, disponer de grandes cantidades de plutonio militar y entrar en el club atómico (con permiso del Pentágono). Para los norteamericanos aquel negocio resultaba redondo: se vendía la tecnología PWR (Pressurized Water Reactor) de la Westinghouse y BWR (Boiling Water Reactor) de la General Electric; se concedían los créditos en dólares del Chase Manhattan Bank, Citicorp y Eximbank y se ofrecía asesoramiento científico y tecnológico. La Chevron se encargaría también de explotar los yacimientos de uranio localizados en diferentes regiones españolas (objetivo empresarial que no logró gracias a la oposición popular y de los ayuntamientos afectados). En cierta medida esta ambición del franquismo comportó una cesión de soberanía mediante acuerdos bilaterales, el Tratado de Amistad y Cooperación y la instalación de bases norteamericanas en territorio nacional.

 

-El “lobby” nuclear, heredero del franquismo-

 

A pesar de la fuerte represión a los antinucleares y de aplicar la censura en los medio de comunicación el faraónico plan nuclear- más propio de un megalómano como era Franco impresionado por el impacto de las bombas atómicas sobre Hiroshima y Nagasaki- no pudo llevarse a cabo en su totalidad. En el País Vasco (Euskadi) la movilización de asociaciones como la Comisión de Defensa de una Costa Vasca no nuclear y la acción del grupo armado ETA impidió que la eléctrica Iberduero construyese las centrales de Lemóniz, Ea y Deva. En Cataluña las cofradías de pescadores y agricultores lograron frenar la instalación de dos reactores en la Ametlla de Mar, una de las poblaciones pesqueras más florecientes del litoral de Tarragona, pero no pudieron evitar la construcción de la central de Vandellòs en el golfo de Sant Jordi, a pocos kilómetros, y la de Ascó, a orillas del caudaloso río Ebro. Hubo también oposición antinuclear en Extremadura, Aragón, Andalucía, Navarra, Galicia y Cantabria contra otros proyectos nucleares. La lucha antinuclear se cobró una víctima, la ecopacifista vasca Gladys del Estal que murió por disparos de un guardia civil el 3 de junio de 1979 durante una jornada contra la nuclearización de Euskadi que se organizó en Tudela (Navarra).

 

La Junta de Energía Nuclear y el Gobierno de Carrero Blanco, dominado durante la década de los 60 por tecnócratas del Opus Dei, se contentaron con imponer siete centrales nucleares y un total de diez reactores: José Cabrera, en Zorita (Guadalajara),un PWR con una potencia de 150 MW (el primer que fue inaugurado por Franco el 12 de diciembre de 1968, y clausurado en el 2006); Santa María de Garoña, en Burgos, un BWR de 466 MW, clausurado en 2013 pero que podría reabrirse en el 2015; Almaraz, en Cáceres, dos reactores PWR de 980 y 984 MW; Ascó, en Tarragona, dos reactores PWR de 1.032 y 1.027 MW respectivamente; Cofrentes, en Valencia, un BWR de1.092 MW; Vandellós, en Tarragona, con un reactor de grafito-gas de 480 MW, el único de tecnología francesa (clausurado en 1989 después de un grave incendio) y otro PWR de 1.087 MW y Trillo, en Guadalajara, un PWR de 1.066 MW.

 

El brutal coste financiero del plan energético inicial y la necesidad de una gran demanda de uranio frenó los delirios atómicos del almirante Carrero Blanco. Sin embargo el teniente general Juan Vigón, director de la Escuela Superior del Ejército y Ministro del Aire del tercer y cuarto gobierno de Franco, así como el general de división Eduardo Hernández Vidal y el contralmirante José María Otero Navascués (que presidió la JEN de 1958 hasta 1974) consideraron que el parque nuclear civil ya era suficiente para lograr disponer de uranio enriquecido y plutonio en los laboratorios especiales previstos en un gran complejo que se construiría en Cubo de la Solana (Soria). La “tapadera” para desarrollar el arma nuclear fue la creación de la Junta de Investigaciones Atómicas y la sociedad secreta Estudios y Patentes de Aleaciones Especiales (EPALE). Entre los científicos que asesoraron a los militares franquistas para obtener plutonio hay que destacar al profesor Paul Scherrer, del Instituto de Física de la Universidad de Zürich (que sería impulsor del CERN); Werner Heisenberg y Karl Wirtz del Instituto Max Planck de Götingen. Otros contactos a lo largo de los primeros años fueron Samuel K. Allison, de la Universidad de Chicago, y Bertrand Goldschmidt, en quien De Gaulle había confiado para aislar los primeros miligramos de plutonio (1).

 

-El amigo americano-

 

La estrategia energética del franquismo para superar el aislamiento internacional de la Dictadura fue abrirse al mercado nuclear norteamericano y crear empresas eléctricas y bancos (Central, Banesto, Urquijo, Hispano Americano…) cuyos consejos de administración estaban regidos por militares y financieros que habían apoyado golpe fascista contra la República (como el magnate Juan March que dominó la compañía eléctrica Fecsa -Fuerzas Eléctricas de Cataluña- o José María Oriol y Urquijo que fue presidente de Hidroeléctrica Española y UNESA). El apoyo del FMI, del Banco Mundial y del grupo Rockefeller al ingreso de España en las NN.UU. el 14 de diciembre de 1955 fue a cambio de una colonización sin precedentes (acuerdos hispano-norteamericanos o Pacto de Madrid en 1953 y en 1955; instalación de las bases USA en Rota, Morón y Torrejón de Ardoz; créditos para la construcción de centrales nucleares y compra de armamento; sucursales bancarias y multinacionales norteamericanas dominando el sector energético y agrícola).

 

Sin embargo cuando llegó la hora de la verdad el Pentágono se negó rotundamente a que España ingresara en el “club atómico” a pesar de haber invertido millones de dólares en prepararse para obtener plutonio (el almirante Luis Carrero Blanco, que estaba destinado a suceder a Franco, aspiraba a construir submarinos atómicos) y en consecuencia se negaba a firmar el Tratado de No Proliferación Nuclear (TNPN). Así se lo transmitió a Henry Kissinger, durante su visita que el Secretario de Estado hizo a Madrid el 19 de diciembre de 1973, el día antes que el almirante falleciera en un atentado perpetrado por ETA (sobre el que algunos analistas vieron la mano negra de la CIA). Tampoco quiso firmar el TNPN el presidente Adolfo Suárez que antes de 1981 deseaba disponer de una bomba atómica táctica transportada por la fuerza aérea española (2).

 

Las presiones del Pentágono sobre el Gobierno socialista de Felipe González (que optó por el ingreso en la OTAN) hicieron que, finalmente, el 10 de abril de 1987 España subscribiese el TNPN y desistiera de su sueño atómico.

 

El modelo energético español estaba ya sólidamente dependiente de la energía nuclear (especialmente en Cataluña, autonomía que genera el 19% del PIB español, y consume el 50% de su energía eléctrica producida en las centrales de Ascó y Vandellós)

 

 

-La fraudulenta “Transición democrática”-

 

Los Pactos de la Moncloa firmados en Madrid el 25 de octubre de 1977 entre el Gobierno de Adolfo Suárez y los principales partidos políticos- entre ellos el Partido Comunista (que no se opuso al contrato de suministro de uranio enriquecido entre la Empresa Nacional del Uranio (ENUSA) y la multinacional soviética Techsnabexport) (3)- dejaron intactas las estructuras energéticas heredadas del franquismo y comportaron la consolidación de la energía nuclear. Las exigencias de las organizaciones antinucleares y ecologistas, que pedían una auditoría del sector y una moratoria, no fueron oídas. Por otra parte la banca norteamericana quería terminar de cobrar los créditos concedidos para la construcción de las centrales nucleares y deseaba seguir dominando desde el exterior un sector tan estratégico como el energético (los EE.UU. también suministraban a España uranio enriquecido)

 

Con los años la Empresa Nacional del Uranio (ENUSA), fundada en 1972, i Tecnatom, creada en 1957, se habían fortalecido actuando en el negocio nuclear internacional, tanto en la gestión y compra de uranio enriquecido hasta la fabricación de combustible y prestación de servicios a diversos países, especialmente latinoamericanos, exportando el 65% de la producción de elementos combustibles de su planta de Juzbado (Salamanca).

 

El sector energético español es consecuencia de estos antecedentes y de una oligarquía eléctrica que hoy, gracias a la connivencia con el Gobierno Rajoy, ha logrado frenar el desarrollo de las energías del sol (especialmente centrales solares y parques eólicos) temerosa de perder sus privilegios y el negocio derivado de la electricidad nuclear (Endesa e Iberdrola lideran el sector) y del gas natural (monopolizado por Gas Natura-Fenosa).

 

Tras la llegada al poder del PSOE en 1982 se suspendieron los ambiciosos programas nucleares por la presión ecologista (movilizada tras el accidente de la central de Three Mile Island el 28 de marzo de 1979) y por los colosales costes financieros que comportaban. El Gobierno de Felipe González aprobó una moratoria en 1984 y en 1991 se paralizaron las obras de siete centrales: Lemóniz I y II (Vizcaya), Valdecaballeros I y II (Badajoz), Trillo II (Guadalajara), Regodola I (Lugo) y Sáyago I (Zamora). Las pérdidas alcanzaron 729.000 millones de pesetas de la época. Para compensar al “lobby” nuclear el Estado aprobó en 1997 una disposición que permitía a las eléctricas cobrar hasta el 2020 un porcentaje para recuperar las inversiones a través de la factura que pagan los consumidores. Debido a la disminución de los tipos de interés y al fuerte aumento de la demanda eléctrica, en 2006 se modificaron los criterios de la moratoria, al amortizarse más rápidamente de lo previsto la deuda contraída. Así se disminuyó el porcentaje pagado en la factura eléctrica, pasando de un 1,72% a un 0,33% disminuyendo a su vez el plazo de amortización hasta el año 2015.

 

Con la moratoria el Partido Socialista Obrero Español (PSOE) sirvió los intereses estratégicos del “lobby” nuclear agobiado por los elevados costes de los reactores debido a las nuevas medidas de seguridad impuestas por la AIEA y rescató financieramente a unas compañías eléctricas que se hallaban al borde del colapso.

 

– El cierre de la central de Garoña-

 

 

El síndrome del accidente de Fukushima, que comportó una reacción crítica contra las centrales nucleares en algunos países de la Unión Europea, como Alemania (que ha optado por el cierre progresivo de sus 17 centrales nucleares hasta el 2022), o como Italia que acabó por realizar un referéndum nuclear, sin olvidar la lucha ecologista de los suizos que lograron el cierre progresivo de sus reactores hasta el 2034, no afectó a la política energética española. El ex presidente Felipe González, contratado por Gas Natural–Fenosa, ya dijo en el 2006 que la moratoria nuclear que decretó su Gobierno se debió a las dificultades de resolver el problema de los residuos radiactivos, cosa que ahora, según el líder socialista, ha mejorado tecnológicamente (?) “Hay que replantear la moratoria”, vaticinó (4). Sin embargo la liberalización del sector energético no impide que las compañías eléctricas puedan construir nuevas centrales nucleares en España, aunque con la opinión pública contraria y sin poder recibir las ayudas fiscales que tuvieron en el pasado les ha hecho desistir.

 

La patronal eléctrica española, que no parece querer aplicar a fondo las propuestas de seguridad exigidas por la UE (los llamados “test stress”) para prevenir accidentes con fusión del núcleo como los ocurridos en la central de Fukushima, ha propuesto al Gobierno Rajoy alargar la vida de las centrales que funcionan hasta 60 años, siguiendo las instrucciones del “lobby” nuclear norteamericano y de las multinacionales Westinghouse y General Electric. Un ejemplo lo tenemos en Nucleonor (participada por Endesa-Enel e Iberdrola), titular de la central de Garoña, que ha presentado al Ministerio de Industria la solicitud para renovar el permiso de funcionamiento de la planta inaugurada hacer 43 años y que dejó de producir electricidad a finales de diciembre de 2012. La eléctrica pretende ampliar la vida útil de la instalación hasta el 2 de marzo de 2031, es decir, 17 años más, cambiando todo su sistema de refrigeración.

 

El Consejo de Seguridad Nuclear, controlado por los nucleócratas, está dispuesto a darle luz verde. Greenpeace y las organizaciones de agricultores temen los efectos de un accidente grave que destruiría toda la cuenca del río Ebro y arruinaría sus cosechas. ¡140.000 hectáreas de regadíos resultarían afectadas! Nucleonor responde que hay 23 centrales BWR en Estados Unidos parecidas a la de Garoña que han logrado el permiso para seguir produciendo hasta un período de vida de 60 años. La reforma eléctrica propuesta por el Gobierno Rajoy comportará  impuestos  a hidroeléctricas y nucleares de 1.200 millones de euros al año, pero la contrapartida, la prolongación de la vida útil de las centrales nucleares hasta los 60 años, supondría un regalo de más de 40.000 millones de euros.

Los pioneros antinucleares han reaccionado lanzando un manifiesto para cerrar definitivamente Garoña y desnuclearizar España y Europa. Mario Gaviria (Navarra), José Allende (Euskadi), Pedro Costa Morata (Murcia), José Manuel Naredo (Madrid), Juan Serna (Extremadura), Josep Puig, Xavier Garcia y Santiago Vilanova (Cataluña), entre otros, recuerdan, entre sus argumentos, que el Consorcio de Seguro Español, uno de los más antiguos del mundo, cubre ciertos riegos de catástrofes nucleares, pero no cubre el riesgo de una catástrofe nuclear. También proponen para la UE “el modelo alemán-danés.nórdico basado en las energías renovables como alternativa al fracaso del modelo francés nuclearizado”.

 

En España socialistas y populares siguen atados al “lobby” nuclear. Su parque nuclear es el que registra más incidentes y paradas técnicas de la UE, especialmente las centrales de Ascó y Vandellós en Cataluña (registran el 43% de todos los incidentes del parque español). El 19 de octubre se cumplirán 25 años del grave incendio en la central de Vandellós I, explotada por la sociedad hispano-francesa Hifrensa, y cuyos residuos eran enviados en tren al centro militar de Marcoule (Francia) para obtener uranio altamente enriquecido y plutonio. El incendio pudo haber provocado una catástrofe del mismo nivel de la ocurrida en Chernóbil. Pero el núcleo no quedó afectado y únicamente se produjo una polución química debida a la quema de quince toneladas de aceites con PCB de los transformadores. La Junta de Energía Nuclear franquista había optado por la tecnología francesa de grafito-gas con la clara intención de derivar los residuos hacia la vertiente militar. El industrial catalán que pactó la instalación con el general De Gaulle, Pere Duran Farell, logró para su empresa,Hidroeléctrica de Cataluña (Hidruña), que tenía una participación de un 23% en Hifrensa, enormes beneficios fiscales y créditos a muy bajo interés. Ahora el desmantelamiento del reactor se financia con las facturas eléctricas de los consumidores y a falta de un Almacén Temporal Centralizado de residuos de alta radiactividad (proyectado en Villar de Cañas, Cuenca) los residuos de Vandellós siguen almacenados en Francia y cuestan a ENRESA, la empresa estatal de residuos radiactivos, 60.000 euros al día. Un despilfarro increíble de dinero público.

 

– Nucleócratas españoles-

 

Los problemas ambientales y de seguridad del parque nuclear español están sometidos, como en la época franquista, al silencio de los grandes medios informativos. Las eléctricas tienen presencia en los consejos de administración de los periódicos más leídos, como “La Vanguardia” y “El País”, e invierten grandes sumas de dinero en publicidad. Lo mismo ocurre en las televisiones públicas y privadas donde el debate nuclear es inexistente. Las principales voces de los líderes antinucleares y ecologistas están censuradas y cuando se llega a publicar algún libro o ensayo crítico contra la energía nuclear no recibe ninguna divulgación significativa. El Fórum Atómico Español, asociación financiada por la patronal eléctrica, extiende sus tentáculos por toda el espacio mediático. A las organizaciones antinucleares no les queda otra alternativa que acudir a Internet. Gracias a ello se ha podido denunciar en la red la connivencia entre los grandes partidos políticos y la oligarquía eléctrica (el ex presidente Aznar ha sido contratado por Endesa y el ex presidente González trabaja al servicio de Gas Natural-Fenosa). En Cataluña la coordinadora de entidades agrupadas en la Plataforma Ciudadana para un Nuevo Modelo Energético, con el apoyo de 40.000 firmas, ha presentado una denuncia ante la Fiscalía Anticorrupción para que investigue la connivencia entre los partidos políticos y las principales empresas energéticas del país. Algo parecido a lo que está ocurriendo en Japón después del accidente de Fukushima para lograr cambiar la opinión popular contra la puesta en marcha de las 48 centrales nucleares paralizadas. La Autoridad de Regulación Nuclear (NRA) nipona, como el Consejo de Seguridad Nuclear español, está bajo el control de las compañías eléctricas.

 

“La energía nuclear es la energía del futuro cuyo tiempo ya pasó”, oí decir irónicamente a Amory Lovins. Pero ni Three Mile Island, ni Chernóbil, ni Fukushima han servido para cambiar el rumbo y la inercia del “lobby” atómico mundial, estrechamente vinculado a los usos militares de la energía nuclear. La opinión pública es claramente contraria a que se siga produciendo electricidad mediante la fisión por los riegos que comporta- a pesar de los informes manipulados de la OMS del impacto sanitario de Chernóbil y Fukushima- y por su gestión centralizada, policial y autoritaria. Pero la paradoja es que las estructuras políticas de los Estados nucleares están corrompidas y son difíciles de derrumbar. Tal vez la creación de nuevos Estados, con Constituciones ecológicas basadas en una democracia participativa, puedan gestionar su política energética de forma más razonable y a favor de un modelo basado en las energías del sol. Los ecologistas españoles suelen reivindicar la fórmula de acudir a consultas populares como lo hacen Suiza y Suecia para cuestiones tan trascendentales como el modelo energético. Es lo que proponen también organizaciones ecologistas independentistas en Escocia y Cataluña, naciones donde se ha iniciado un proceso secesionista de base popular y democrática.

 

Las subvenciones a las energías fósiles a nivel mundial superan anualmente los 400.000 millones de euros mientras que las renovables sólo reciben 70.000 millones de euros. España es un país con fuerte radiación solar y sin embargo Alemania la supera en metros cuadrados de instalaciones solares térmicas en las viviendas. ¡En el 2010 las plantas eólicas y solares españolas redujeron la importación de combustibles fósiles en 45.000 millones de euros! El negocio energético español, de 120 a 130 mil millones de euros al año, empezaba a tambalearse. Y el Gobierno Rajoy sirvió en bandeja a las eléctricas un decreto que ha recortado las subvenciones a las energías del sol y creado fuertes impuestos para detener el autoconsumo. Miles de inversores han perdido sus ahorros y las energías eólica y solar han sufrido un grave retroceso. El gas natural ha sido el gran beneficiado. Tanto es así que la sobrecapacidad del sistema eléctrico y de gas natural permite el negocio de Endesa y Gas Natural-Fenosa en forma de inversiones y exportaciones de gas  sobrante a Japón , Corea del Sur y Argentina

 

El debate nuclear en España se halla aparcado debido a la falta de voluntad política del Gobierno Rajoy y a que lo enmascaran la gravedad de la situación económica y la corrupción política, problemas de gran impacto mediático a los que hay que añadir el alarmante paro, la pobreza energética que afecta a miles de famílias y el conflicto de la consulta sobre la independencia de Cataluña.

De no producirse un accidente grave en alguna de las centrales nucleares en funcionamiento – que nadie desea- habrá que esperar la evolución que tenga un modelo energético europeo unificado que opte por las renovables y el cierre progresivo de las nucleares (aunque el nombramiento de Miguel Arias Cañete, ex ministro de Agricultura del Gobierno Rajoy, como Comisario de Energía y Cambio Climático no augura nada bueno ya que parece estar dispuesto a defender la energía nuclear con la falsa excusa de frenar el cambio climático).

 

España que, prescindiendo de coyunturas políticas partidistas, podía haber liderado la revolución solar sigue siendo un feudo del “lobby” nuclear. Como hemos visto el dictador Franco lo dejó atado y bien atado. Pero los antinucleares no perdemos la esperanza y seguiremos nuestro pacífico combate en defensa de una Europa desnuclearizada

 

(1) Santiago Vilanova, “La bomba atómica de Franco. Los objetivos militares de la energía nuclear en España”, Llibres de l´Índex, Barcelona, 2011.

 

(2) “Espagne: Le gouvernement souhaiterait disposer de la bombe atomique”, “Le Monde”, 24-VIII-1979.

 

(3) El acuerdo entre la Empresa Nacional del Uranio (ENUSA) y Techsnabexport se gestó en 1974 entre el presidente de ENUSA, Juan Basabe, y el presidente de la multinacional soviética, Yeugeni Zahkov, siendo corroborado por el presidente de la Junta de Energía Nuclear española, el teniente general Jesús Olivares Baqué. El contrato sería ratificado en 1979 por el Gobierno de Adolfo Suárez y superaba los 400 millones de dólares. En él se acordó que por cada 450 toneladas de uranio natural que ENUSA enviara a la URSS la sociedad Techsnabexport devolvería al Gobierno español 75 toneladas de uranio enriquecido. El contrato se desveló gracias a un artículo del director del departamento de países occidentales del Ministerio de Comercio Exterior de la URSS, Vladimir Simakov, recogido por la delegación de la agencia Efe en Moscú durante el verano de 1977.

 

(4) “Yo tomé la decisión de la moratoria nuclear hace veintitantos años por dos razones: la seguridad y el agobio y sobre responsabilidad que suponía la imposibilidad de eliminar los residuos radiactivos. Pero esas circunstancias han cambiado gracias a la seguridad, con la mejora tecnológica de las instalaciones, y los avances sustanciales en la gestión de los residuos por lo que debemos replantearla”. (“El País”, 21-X-2006. Declaración del ex presidente Felipe González en la Asamblea General del Club de Madrid del 20 de octubre de 2006).

 

Santiago Vilanova

 

Periodista y escritor

Presidente de la asociación Una Sola Terra

Cofundador de Els Verds-Alternativa Verda de Catalunya

Único escritor europeo que ha escrito tres ensayos sobre los tres grandes accidentes de la industria electronuclear: “El síndrome de Harrisburg”, “Chernóbil: el fin del mito nuclear” y “Fukushima, el declive nuclear”

 

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Arrêtez Fessenheim !

  • C.S.F.R. (Comité pour la Sauvegarde de Fessenheim et de la plaine du Rhin)
  • STOP FESSENHEIM
  • Alsace Nature
  • STOP TRANSPORTS – HALTE AU NUCLEAIRE
  • ALTER ALSACE ENERGIES

 

Communiqué de presse de vendredi 10 octobre 2014

 

Les deux réacteurs de la centrale nucléaire de Fessenheim sont à nouveau arrêtés simultanément !

Ne les redémarrons plus !

 

Alors que depuis le 27 septembre le réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Fessenheim est en arrêt prolongé pour rechargement de combustible, jeudi 2 octobre, le directeur de la centrale nucléaire annonçait en fin de CLIS un «arrêt programmé» très bref pour le week-end du réacteur n°2 pour une banale opération de maintenance suite à une « légère surconsommation d’eau ».  Un nouveau coup de « com » du directeur nous faisant croire à de la transparence, après avoir – lors de la CLIS du 2 octobre – débité de longues phrases «calculées et préparées» pour nous faire croire que lors de l’incident du 9 avril 2014 sur le réacteur n°1 il n’y avait eu aucune négligence humaine !

Comment une opération de remplissage d’un réservoir menée par l’équipe de conduite à un rythme bihebdomadaire peut se réaliser pendant 37 ans sans anomalie et que le 9 avril dernier, la même opération entraine une inondation interne et la nécessité d’arrêter en urgence le réacteur sans qu’il puisse y avoir une défaillance humaine ?

Toujours est-il que le très bref «arrêt programmé» sur le réacteur 2 se prolonge et qu’il n’est pas prévu un redémarrage avant le 15 octobre prochain …

Il est grand temps d’arrêter cet acharnement sur ces vieilles chaudières atomiques à bout de souffle et de plus en plus dangereuses.

De telles négligences successives dans la conduite de la centrale nous amènent à de grandes inquiétudes, car derrière tout cela « se cache le diable » qui se nourrit de l’erreur humaine, de la vétusté de l’installation et de l’enchaînement des événements non prévisibles.

Ces derniers incidents sur les très vieux réacteurs atomiques de Fessenheim, toujours sous perfusions techniques et financières, toujours inondables et vulnérables aux séismes puissants et rapprochés, rappellent, même aux incrédules et inconscients, que cette installation est toujours une source de dangers inacceptables pour tous les habitants de la région du Rhin supérieur.

Continuer à investir dans cette centrale, pour satisfaire l’orgueil et la « doctrine » de l’industrie nucléaire française et de quelques élus-marionnettes locaux, c’est jeter l’argent des Français par les fenêtres, qu’il serait bien plus judicieux d’investir dans la maîtrise de nos consommations et de l’efficacité énergétique.

En France, commencer par ne plus redémarrer les deux « très vieux » réacteurs de Fessenheim est la seule voie responsable à l’égard des générations futures.

 

Le CSFR, Stop Fessenheim, Stop Transports – Halte au Nucléaire, Alsace Nature et Alter Alsace Energies demandent que cet énième arrêt simultané des réacteurs soit enfin transformé en arrêt définitif.

 

 

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En cas d’accident nucléaire…

En cas d’accident nucléaire, l’approvisionnement en eau potable de la Suisse serait très vite menacé

 

Si une catastrophe nucléaire de l’ampleur de Fukushima se produisait à Gösgen (SO), l’eau contaminée de l’Aar mettrait une heure pour atteindre Aarau, qui puise son eau potable dans la rivière. C’est l’un des constats d’une étude mandatée par l’Association trinationale de protection nucléaire (ATPN).

De l’eau radioactive provenant de la centrale argovienne de Leibstadt atteindrait Rheinfelden dans les mêmes délais et tou- cherait Bâle après 14 heures. L’étude conduite par l’Öko-Institüt de Darmstadt (Allemagne) et présentée hier à Bâle porte sur les risques d’une catastrophe nucléaire pour l’approvisionnement en eau potable.

Les points d’eau en amont des centrales ne seraient pas épargnés. Les lacs de Zurich, de Constance et des Quatre-Cantons pourraient être contaminés par de la pluie radioactive. L’eau potable ne pourrait plus y être puisée pendant des semaines, voire des mois.

La seule solution pour une sécurité durable est de débrancher les centrales atomiques suisses, conclut l’ATPN. Ses membres sont 105 communes, dont 30 suisses, proches des centrales de Beznau (AG), Leibstadt et Fessenheim (France). ATS

 

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Electronucléaire: le poids des lobbys

Electronucléaire: le poids des lobbys
Philippe Bach
Editorial du journal Le Courrier, du 28 août 2014.

Du bon usage des annonces discrètes. La commission de l’environnement du Conseil national a voté mardi soir sur la loi sur l’énergie nucléaire que les autorités fédérales entendent modifier. Ceci pour permettre une sortie à terme de la filière électronucléaire.

Mais c’est bien à une opération consistant à vider cette réforme législative – pourtant déjà bien timide car trop étalée dans le temps – de son sens que les parlementaires se sont livrés. Cette danse du ventre visant à faire passer un blanc-seing au lobby électronucléaire pour un renforcement de la législation suisse en la matière est une catastrophe pour la population, l’environnement, le devenir économique de la Suisse et le bon fonctionnement de nos institutions.

Une majorité de parlementaires a donc cru bon de prendre une hypothèque sur la sécurité des Suisses (et des pays voisins). Plusieurs centrales helvétiques sont en bout de course. Beznau, qui soufflera sa quarante-cinquième bougie lundi, a même le douteux privilège d’être le plus vieux réacteur du monde encore en fonction. Or, dans les faits, les parlementaires proposent purement et simplement de leur accorder des durées de vie illimitées.

Ceci alors que ces installations souffrent de problèmes maintes fois dénoncés, à commencer par les microfissures sur le dôme de confinement de la centrale bernoise. Et même à Leibstadt, il a fallu six ans pour que l’autorité de surveillance se rende compte que l’enceinte de confinement avait été percée et n’était donc plus étanche – afin d’y fixer… des extincteurs ! Plus on attend, plus le risque d’une catastrophe augmente. Les coûts générés par celle de Fukushima sont d’ores et déjà évalués à près de 100 milliards de francs. (1)

La volonté de faire tourner le plus longtemps possible ces centrales nucléaires helvétiques vise évidemment à contenter les lobbys économiques toujours soucieux de pouvoir compter sur un approvisionnement électrique. Mais en refusant de tourner la page, la droite inféodée au lobby électronucléaire bloque en fait l’émergence de modes de production alternatifs. Elle hypothèque les conditions cadres de la Suisse de demain.

Enfin, on assiste une nouvelle fois à un double discours. Les partis bourgeois, qui font la pluie et le beau temps en Suisse, récusent la bouche en cœur le qualificatif de nucléocrate. Mais, au pied du mur, la vraie nature de ces cuistres affouragés par la puissante industrie de l’atome se révèle. C’est peut-être l’aspect le moins choquant ou en tous les cas le moins étonnant de ce triste spectacle.

1. Dépêche de l’AFP du mercredi 27 août.

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Lettre ouverte aux Amis de la Terre France Août 2014

Marie-Christine Gamberini
Août 2014

En octobre 2014, trente-trois réacteurs électronucléaires en France sur cinquante-huit auront 30 ans ou plus. Il y en avait vingt et un au début du mandat du président Hollande, et seulement deux au début du Grenelle de l’Environnement. Sans sursaut des écologistes antinucléaires, il risque d’y en avoir quarante-six dès novembre 2017.

Pour tâcher de s’extraire de l’impasse atomique et cesser de banaliser le désastre en cours au Japon, il faut un coup d’arrêt à la production anthropique massive de radioactivité.

Pour cela, il faut exiger enfin en France, de toute urgence et en attendant mieux, le remplacement transitoire des réacteurs nucléaires par des centrales thermiques à flamme. A gaz et même, si nécessaire, en partie au fioul et au charbon.

Ce n’est pas antagonique, bien au contraire, avec l’adaptation au changement climatique et la lutte contre son aggravation. Et c’est essentiel pour la préservation de la vie sur terre, ainsi que pour celle d’une démocratie en France.
Plus vite ça se fera, mieux ce sera. Y compris pour le climat. Il est de la responsabilité historique des Amis de la Terre de le dire, et de le faire comprendre autour d’eux.

Chers Amis de la Terre,

« Soit le nucléaire c’est dangereux, soit ce n’est pas dangereux. Si le nucléaire est dangereux, il faut fermer, il ne faut pas simplement fermer Fessenheim. »

Nicolas Sarkozy,
reprenant un argument habituel d’Anne Lauvergeon
lors du débat de la présidentielle 2012 avec François Hollande

En mars 2011, deux jours avant le début du désastre radioactif planétaire, évolutif et pérenne que l’on nomme ici “Fukushima” — tragiquement aggravé, ne l’oublions pas, par la présence de MOX français —, Fabrice Nicolino annonçait sur son blog la parution imminente de son livre Qui a tué l’écologie ?

Dans cet ouvrage, où le volet atomique était quasi absent (comme quoi il y avait déjà de quoi faire sans…), ce fin connaisseur du petit milieu de la défense de l’environnement s’en prenait frontalement aux grandes ONG écologistes que sont Greenpeace, le WWF, la fondation Hulot et la Fédération France Nature Environnement.

Les Amis de la Terre, eux, étaient relativement épargnés. Alors à juste titre, je pense. Si ma mémoire est bonne, Nicolino les avait qualifiés de “petite association digne”, ce qui, dans le contexte du naufrage prolongé que fut le Grenelle de l’Environnement, avait déjà l’immense mérite de ne pas être infamant.

1/13

Aujourd’hui, alors que les Amis de la Terre siègent dans un ronflant Conseil national de la transition écologique, et que deux ans de débats officiels sur “la” transition énergétique s’apprêtent, en matière de nucléaire et même d’écologie, à accoucher de leur prévisible souris souffreteuse, où en sommes-nous ?

Force est de constater que dans notre pays — le plus nucléarisé et le plus nucléarisant de la planète — le mouvement antinucléaire est en train de perdre.
Embourbé dans contradictions insurmontables, miné par des interprétations de plus en plus déconnectées du réel, unilatérales et parfois stupidement idéologiques du slogan “Ni nucléaire ni effet de serre”, qui avait pourtant pu sembler frappé au coin du bon sens. Des interprétations en tout cas étrangères au sens des proportions et aux véritables priorités autour desquelles il importerait de rassembler.

Ces contradictions, je ne désespère pas que vous déteniez encore les clés pour les lever, et surtout la volonté de le faire. L’héritage symbolique de longue date dont vous êtes dépositaires en matière d’écologie humaniste fait que des prises de position fermes et courageuses de votre part, tranchant avec la vulgate dominante, auraient un poids réel. Cet héritage, c’est celui des Amis de la Terre qui créèrent la première association écologiste non strictement scientifique en France, qui soutinrent en 1974 la campagne présidentielle de l’agronome René Dumont — première irruption dans le champ politique d’une écologie égalitaire et tiers-mondiste — et qui jugèrent bon de publier chez Stock en 1975 les 430 pages de L’escroquerie nucléaire, incluant les analyses d’André Gorz sur l’électrofascisme.

C’est aussi celui de ceux qui — pourtant peu suspects de climatoscepticisme — concluaient encore en 2002, dans le sous-chapitre intitulé “Le recours transitoire aux énergies fossiles” de La mort s’exporte bien (petit livre paru à l’occasion du 16e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, sur le lobbying éhonté de l’Etat français pour faire financer, au titre de la coopération internationale, le maintien en activité et la construction de contrales nucléaires dans les pays de l’Est) :

« La combustion des énergies fossiles est une des causes principales de l’effet de serre ; les centrales thermiques au charbon sont responsables d’une grande partie de la pollution dans ces régions, notamment en République tchèque. L’utilisation de ces énergies est donc loin d’être idéale sur le plan environnemental. Cependant, il convient de noter que les techniques actuelles permettent de limiter les rejets de gaz et de particules dans l’atmosphère, tout en rendant le travail des mineurs moins dangereux. Mais surtout, la pollution et les risques engendrés sur la population et les travailleurs par une utilisation améliorée des énergies fossiles sont incomparables avec ceux nés de l’exploitation de centrales nucléaires […]. Si, dans un premier temps, en attendant le développement des énergies renouvelables, un choix doit être opéré entre le nucléaire et les énergies fossiles, l’hésitation n’a pas lieu d’être. »

S’il est un endroit où il devient désormais vital d’opérer et d’assumer ce choix, pour les sept milliards de terriens d’aujourd’hui et pour ceux à venir, sous peine de cautionner maintenant et plus tard les pires crimes contre l’humanité, c’est bien la France, qui exploite en ce moment à elle toute seule plus du cinquième des 380 réacteurs nucléaires en service effectif dans le monde (dont ceux de la Belgique et du Royaume-Uni) et où, dès octobre 2014, 33 réacteurs nucléaires sur 58 auront déjà atteint ou dépassé 30 ans.

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Fin 2016, si aucun n’est mis à l’arrêt définitif, leur nombre passera à 42. Plus des 2/3 de la puissance du parc français. Un total provisoire de 41 400 MW, réparti dans treize de “nos” dix-neuf centrales atomiques — Fessenheim, Bugey, Dampierre, Gravelines, Tricastin, Saint-Laurent, Blayais, Chinon, Cruas, Paluel, Saint-Alban, Flamanville et Cattenom — en attendant Belleville et Nogent-sur-Seine dès 2017.

Non que les réacteurs neufs soient sans danger, bien sûr. Le 28 mars 1979, Three Mile Island 2 était en service depuis moins de trois mois. Quant au réacteur 4 de la centrale ukrainienne Lénine, il n’alignait que deux ans d’exploitation le 26 avril 1986. Mais enfin, nonobstant les prétendues “dépenses de jouvence” d’EDF, l’âge n’a jamais amélioré la fiabilité de la plomberie, de la mécanique et de l’électronique, ni la tenue du béton et des métaux.

Depuis mars 2011, les Amis de la Terre — au nombre des 68 organisations associatives ou politiques signataires de l’appel “Nucléaire, nous voulons avoir le choix” alors lancé par le Réseau Sortir du nucléaire — sont censés exiger en France la fermeture immédiate de tout réacteur de 30 ans ou plus. Or, au-delà des bruyantes proclamations affichées de vertu anti- atomique, le peu d’empressement, affligeant mais réel, de la plupart des signataires de cet appel quant à des fermetures effectives tient surtout à l’épineux problème du remplacement.

Car, à l’évidence, les économies d’énergie et les renouvelables (ou supposées telles, les matériaux pour capter le vent et le soleil n’étant pas tous inépuisables, et encore moins écologiques, et la biomasse risquant de perdre beaucoup de son charme une fois radioactive) ne suffisent pas pour compenser, dans les délais censément voulus, la déconnexion de ces nombreux réacteurs vieillissants.

Mais d’un autre côté, qui peut imaginer qu’une catastrophe nucléaire en France, dont la probabilité augmente de semaine en semaine, vaudrait mieux, y compris pour le climat, que le remplacement transitoire de ces réacteurs par quelques dizaines de centrales au gaz, voire même au charbon ou au fioul ? Où iraient les réfugiés climatiques si la plupart des terres émergées devenaient, en plus du reste, fortement radioactives ?

Or en ces temps de pensée unique et frileuse, les Amis de la Terre sont probablement les seuls, de toutes les associations françaises soucieuses d’écologie, à pouvoir assumer d’être les premiers à le dire, avec toute la pédagogie requise, sans se discréditer et avec une chance d’entraîner l’adhésion du plus grand nombre, qui cherche désespérément une issue. Si l’écologie qui aspire à être “représentative” dans les instances officielles peut servir à quelque chose, c’est bien à cela. Mais c’est maintenant où jamais.

En août 2012, jugeant que la limite de ma patience et de mes aptitudes au grand écart était atteinte, je vous avais rendu mon tablier de référente bénévole sur le nucléaire et l’énergie faute d’avoir pu obtenir que les Amis de la Terre France sortent enfin un orteil du rang en se décidant à poser, comme condition minimale à leur participation à la Conférence environnementale sur l’énergie lancée par le nouveau président Hollande, la mise à l’arrêt préalable et effective — à 35 ans, donc, plutôt qu’à 40 — des deux réacteurs de Fessenheim.

Eu égard à leur position officielle en faveur d’une fermeture immédiate de tout réacteur ayant atteint sa trentième année (et a fortiori des 20 sur 58 qui avaient alors déjà 31 ans ou

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plus), une prudente exigence de simple respect — en gage de bonne foi, voire de crédibilité mutuelle — d’une promesse électorale ne portant que sur deux réacteurs des plus vétustes (et ce moins de 18 mois après le choc créé par la survenue du pire cataclysme de l’histoire de l’électronucléaire à ce jour, dans un pays réputé à la pointe de la technologie…) ne semblait pourtant pas déraisonnablement excessive.

A mon sens, seules EDF et la CGT Mines-Energie pouvaient la trouver trop radicale, craignant par-dessus tout un précédent qui, vu l’âge du parc, aurait galvanisé les militants du Bugey, du Tricastin, du Blayais et d’ailleurs, en créant des perspectives d’effet domino.

Bref. Les Amis de la Terre ont choisi de se contenter du simple “calendrier de fermeture” que Yannick Jadot et d’autres préconisaient de demander. Et donc de participer à cette fameuse Conférence environnementale sans conditions spécifiques. Pour voir.

On a vu. Du coup, la fermeture de Fessenheim est désormais tout sauf acquise. Et quand bien même elle finirait par intervenir en toute fin de mandat présidentiel, il faudrait — à ce rythme ébouriffant de deux réacteurs par quinquennat — pas moins de 140 ans pour fermer les 56 réacteurs restants. Sous réserve que nul EPR n’entre en service dans l’intervalle. Est- ce bien sérieux ?

A l’automne 2007, au début du Grenelle de l’Environnement, il n’y avait pourtant en France que deux réacteurs ayant atteint 30 ans. A l’époque, la participation des ATF à ce fatiditique Grenelle ne m’enthousiasmait certes guère, mais je pouvais à la rigueur admettre que la question des OGM justifiait peut-être d’écouter Greenpeace en ne jouant pas d’emblée la carte de l’absence. D’autant que tout était censé être bouclé en quelques mois…

Quitte à faire, au sein du front commun qu’était censé être l’Alliance pour la Planète, les ATF tentèrent donc, en matière énergétique, de proposer à leurs partenaires de défendre à tout le moins, pour avancer un peu ou ne pas trop reculer, la fermeture de 25 % du parc nucléaire au cours du quinquennat.

Cela n’avait rien d’extrémiste: ce rythme aurait juste maintenu, en attendant éventuellement mieux, la possibilité pratique d’une banale “sortie” progressive en 20 ans. Le préconiser ensemble aurait au moins porté le débat dans l’espace public. Du reste, une proposition similaire parut fin janvier 2009 dans Politis, dans le cadre d’un “Appel à diversification urgente du bouquet électrique français” lancé par des syndicalistes d’EDF. C’est dire. Mais il faut croire que c’était encore trop pour nombre des ONG censées défendre la nature et l’environnement. Le WWF mit son veto. Tant pis pour les pandas de Chine, seul pays où se construisaient alors encore vraiment des réacteurs.

Le consensus se fit, comme d’habitude, pour un simple moratoire sur la construction de nouveaux réacteurs sans demander la fermeture des anciens, ce qui revenait comme toujours à avaliser la prolongation ad vitam aeternam du parc existant.

Comme le répétaient depuis longtemps les membres du comité Stop Nogent : « Une sortie différée de l’impasse nucléaire permet d’escamoter le danger nucléaire car les “anti” et les “pro” nucléaires se trouvent d’accord pour ne proposer aucune action immédiate contre ce danger […]. Les scénarios de sortie différée viennent en appoint de cette stratégie de non-action et permettent au mouvement écologiste de garder une face antinucléaire qui cependant justifie la continuation du programme nucléaire. »

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Ainsi, rappelons-nous 2003. Pour enjoliver ses bilans avant privatisation partielle d’EDF, François Roussely passa brusquement de 30 à 40 ans la durée d’amortissement des réacteurs. Alors même que le supposé “gendarme” du nucléaire n’avait encore jamais eu à se prononcer techniquement sur la moindre prolongation de réacteur au-delà de 30 ans, Fessenheim n’ayant alors “que” 26 ans. Scandale et indignation ! Et pourtant.

Nombre d’antinucléaires patentés (Greenpeace, la commission énergie des Verts, une partie du Réseau Sortir du nucléaire…) avaient déjà en pratique, quoique sans le crier sur les toits populaires, donné depuis un moment leur aval implicite aux 40 ans.

Ils l’avaient fait, entre autres, dans leurs argumentaires anti-EPR (assurant que de nouveaux réacteurs étaient “inutiles”, la durée d’exploitation des autres pouvant être prolongée sans problème, arguant même du fallacieux exemple des Etats-Unis…) ou encore en présentant la loi de sortie du nucléaire de 2003 de la Belgique comme un modèle pour la France, alors que cette loi prévoyait de ne fermer les réacteurs qu’à 40 ans révolus, et à condition que des capacités de remplacement suffisantes aient été construites dans l’intervalle…

Aujourd’hui, rebelote avec entre autres la récente campagne « Stop au rafistolage » du Réseau Sortir du nucléaire. Celle-ci, sans jamais vraiment plaider pour la fermeture immédiate des réacteurs de plus de 30 ans, feint maintenant de s’offusquer de la volonté d’EDF de les faire fonctionner jusqu’à 50 ans, voire 60.

Mais pourquoi EDF se gênerait-il quand, il y a trois ans, quantité d’antinucléaires français désireux de “positiver” félicitaient la Suisse d’avoir « tiré les leçons de Fukushima » en “décidant” de sortir du nucléaire par fermeture de son dernier réacteur en 2034… quand il aurait donc 50 ans ? Sans compter que le Conseil fédéral suisse avait déjà “décidé” dès 1998 de sortir du nucléaire en 2025, ce qui supposait déjà de prolonger la vie de ses 5 réacteurs jusqu’à 40 ans bien tassés.

Il faut sortir de ce double langage qui, à force d’attendre que la solution vienne par miracle de l’étranger au lieu de balayer devant sa porte, entérine sans cesse le fait accompli. Sinon, EDF en sera dans 20 ans à réclamer — et obtiendra — des prolongations d’exploitation jusqu’à 70 ans pour ceux de ses réacteurs qui n’auront pas encore fondu, tandis qu’un énième avatar du Réseau Sortir du nucléaire s’indignera sur cartes postales multicolores et appels à dons que l’électricien national envisage de ne fermer ses réacteurs qu’à 80 ou 90 ans.

Peut-être convient-il de rappeler à ce stade que les réacteurs nucléaires ne “brûlent” pas de la radioactivité mais en fabriquent massivement ? A raison, entre autres, de plusieurs kilos de plutonium par jour — de quoi faire une bombe A ? Et que la vie n’a pu se développer sur terre que quand les éléments les plus irradiants ou les plus radiotoxiques avaient suffisamment décru ?

L’année d’ouverture du Grenelle justement, Robert Dautray (orfèvre en la matière, puisqu’il fit sa carrière à la Direction des applications militaires du CEA), venait d’expliquer dans un rapport à l’Académie des Sciences intitulé “Sécurité et utilisation hostile du nucléaire civil. De la physique à la biologie” que : « Produire de l’énergie nucléaire de fission […] c’est multiplier la radioactivité de l’uranium qu’on a extrait du sol par un facteur de l’ordre de 2.105 pour produire l’électricité des Français […] c’est remplacer des corps radioactifs à vie longue et faible radioactivité par des corps radioactifs à vie courte et à très forte radioactivité, vus à l’échelle humaine. » Bigre.

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Mais l’occasion de 2007 fut perdue : elle ne reviendra pas. Et dès novembre 2017, on risque d’arriver à la bagatelle de 46 réacteurs sur 58 ayant atteint ou dépassé 30 ans. 44 si Fessenheim ferme d’ici là (plus peut-être un EPR). Nous sommes entre-temps censés avoir changé de président de la République… ou plutôt, nous sommes censés avoir gardé le même, puisqu’il nous concocte des programmes à l’horizon 2025.

Alors ? Doit-on en déduire qu’il est trop tard pour exiger l’arrêt immédiat des réacteurs de plus de 30 ans ? Qu’il n’y a plus qu’à se résigner à attendre qu’ils aient tous au moins 40 ans pour les arrêter, histoire d’échelonner les fermetures (ou de gagner du temps avant de s’apercevoir avec candeur que cela ne fait que repousser le problème et le rendre encore plus insoluble) ?

La seule option rationnelle est-elle de préconiser mollement — comme les scénarios négaWatt depuis 10 ans, les Verts depuis 1993, Denis Baupin encore en 2013 pour EELV, ou bien Attac il y a quelques années — une “sortie” du nucléaire en France en 20 ans ? A l’exclusion horrifiée de toute échéance plus rapide, sous prétexte de climaticide en cas de construction en France de la moindre centrale thermique à flamme d’une puissance suffisante pour remplacer réellement un ou deux réacteurs ?

Faut-il carrément plaider — comme le récent livre La transition énergétique, une énergie moins chère, un million d’emplois créés, de l’économiste Philippe Murer, qui compte désormais peaufiner ce scénario au Front national — pour une “sortie” du nucléaire en 40 ans (délai aussi suggéré en 2011 par Corinne Lepage — mais où diable seront tous ces gens dans quarante ans ?) en consacrant, pour sauver le climat et la croissance, les vingt premières années à une hypothétique sortie des fossiles grâce au vieux serpent de mer de l’électrification massive ?

En réalité, c’est tout le contraire. En matière de “sortie” du nucléaire (et même d’économies d’énergie, et de pas mal d’autres choses…), le dogme de la progressivité (supposée écologiste parce que “douce” et censée dispenser de tout recours aux fossiles) est depuis vingt ans une escroquerie politicienne, qui ne sert qu’à déguiser des reculades en avancées tout en contribuant, par son encouragement de fait au maintien du statu quo, à aggraver le changement climatique dont elle prétend faire sa priorité.

Mais examinons un peu ce qui a conduit le mouvement antinucléaire dans l’impasse actuelle, où il fait mine de réclamer des mesures qu’il refuse les moyens d’appliquer.

En 1964, pour mémoire, la “durée de vie” envisagée par la commission PEON pour ses futurs nouveaux réacteurs nucléo-électriques se situait dans une fourchette de 15 à 30 ans, avec une durée de 20 ans privilégiée dans les calculs (soit 10 ans de moins que pour les centrales à fioul de référence). Autrement dit, les réacteurs n’ont jamais été “prévus pour durer 30 ans” : il était juste escompté qu’ils tiennent 30 ans au mieux, un parc de centrales tout neuf étant censé les remplacer dans l’intervalle. En 1977 encore, dans ses hypothèses réactualisées de disponibilité des réacteurs, la même commission tablait sur «un fonctionnement en base sur 21 ans ».

Et de fait, en 1993, les premiers scénarios techniques de sortie du nucléaire élaborés par l’INESTENE — à ne pas confondre avec les scénarios Alters de non-entrée des années 70, d’autant moins directement transposables au niveau national que les consommations

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électriques ont grimpé en flèche depuis, pour cause entre autres de chauffage électrique — reposaient sur des durées d’exploitation des réacteurs d’une vingtaine d’années, aboutissant à fermer vers 2010 le dernier de ceux alors en service. Vingt ans était d’ailleurs l’âge moyen de la dizaine de réacteurs déjà à l’arrêt définitif en France.

Rappelons qu’à l’époque, les Verts, pour cause de nouvelle stratégie d’alliance avec le PS, venaient d’abjurer leur programme initial d’arrêt du nucléaire en un septennat, se bornant dès lors à réclamer une “décision” de sortie.

Indépendamment des considérations strictement politiciennes, l’enlisement qui résulta de ces scénarios de sortie en 15, puis 20, puis 25 ans, au démarrage sans cesse repoussé, reposait sur plusieurs erreurs d’analyse. Une sympathique bande dessinée coéditée en 1994 par l’INESTENE, les Verts au Parlement européen, les Verts Nord-Pas-de-Calais, le mensuel Silence et Greenpeace France en fournit quelques illustrations.

Dès la préface, Hélène Crié assure que « la nouvelle vague antinucléaire joue finement : elle ne réclame plus l’arrêt immédiat des centrales en activité, se contentant d’exiger une sécurité accrue, mais parie sur l’immense gisement d’économies d’électricité qui reste à exploiter ».

La conviction dominante chez les néo-écologistes était en effet qu’il suffisait de bien surveiller les centrales atomiques pour que la sécurité soit garantie, en attendant qu’elles finiraient par s’éteindre automatiquement, une fois un genre de date de péremption atteinte. La disparition sans heurts du parc ne dépendait donc, censément, que du refus de nouvelles constructions. Pour le reste, on pouvait s’occuper tranquillement d’autre chose…

Le refus irrationnel de prise en compte de la possibilité d’une vraie catastrophe en France et une méconnaissance des réalités biologiques et physiques de la radioactivité permettaient en outre de faire passer la chose pour un renoncement écologique au “gaspillage” (ne pas fermer des installations presque neuves…).

La commode justification à l’inaction qu’assurait cette croyance entraîna sa solidification en dogme à mesure que la date limite reculait à 25, 30, puis 40 ans (âge du réacteur 1 de Fukushima Daiichi, le premier à lâcher, dont la durée d’exploitation avait été prolongée à 50 ans quelques semaines avant le séisme). Et ainsi de suite.

Le récit de la bande dessinée brodait quant à lui sur l’idée d’un accident à Fessenheim, qui se terminait d’autant mieux que le “nuage” était aspiré vers le haut sans gros dégâts par la vallée du Rhône, que le réacteur devenait inutilisable, et que le président de la République décidait, au grand désespoir d’EDF, de sortir du nucléaire, considérant désormais cette technologie trop dangereuse, ce qui donnait aux Verts l’occasion d’exercer leurs talents en matière de solutions de remplacement.

Car, autre erreur d’analyse, les milieux écologistes se cramponnent depuis longtemps à l’espoir délirant d’une catastrophe en définitive heureuse, permettant comme par magie le dénouement bienvenu d’une situation autrement bloquée. D’où les sempiternels : « De toute façon, on ne pourra rien faire tant qu’il n’y aura pas une catastrophe en France » ou (défense de rire…) : « Ce n’est pas aux antinucléaires de proposer des scénarios de sortie immédiate, en cas de catastrophe, EDF en a forcément un dans ses tiroirs. »

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Pourtant l’Ukraine, où sévissent encore 15 réacteurs (dont neuf connectés au réseau après Tchernobyl — deux en décembre 1986, même), n’est pas sortie du nucléaire après la catastrophe. La stabilisation de la situation en dix jours, au prix du sacrifice de milliers de premiers liquidateurs soviétiques, a même permis aux trois réacteurs les plus anciens de continuer à fonctionner. Ils ne furent mis à l’arrêt, sous la pression très intéressée des Occidentaux, qu’en 1991, 1996 et 2000 respectivement. D’ailleurs, est-ce un hasard si l’Ukraine et le Belarus ont basculé dans des formes de dictature ?

Et puis, s’il est un pays où il est désormais exclu de fermer tous les réacteurs en cas de désastre, c’est bien la France, seul Etat, parmi la petite trentaine qui recourent à l’électronucléaire, à en dépendre à 75 % pour sa consommation électrique, devant la Belgique (52 % en 2013), l’Ukraine (43,5 %), la Suisse à 36,5 %, (le Japon, c’était moins de 30 %), et bien sûr loin devant les USA (19,5 %), la Russie (17,5 %) et la Chine (2 %). Encore une “exception française”.

Dans leur préface de novembre 2001 à la troisième édition de leur livre Sortir du nucléaire c’est possible, avant la catastrophe, les physiciens nucléaires Bella et Roger Belbéoch (qui, affolés par les conséquences sanitaires, génétiques et politiques de Tchernobyl, préconisaient depuis 1986 un arrêt immédiat de l’électronucléaire en France, alors techniquement possible sans black-out ni rationnements par simple remise en service temporaire des centrales à charbon existantes, en attendant la construction d’autres capacités de production moins polluantes) — écrivaient ainsi avec inquiétude :

« … il se pourrait qu’une analyse précise des données actuelles sur cette possibilité de sortie rapide qui concluait notre texte de 1998 aboutisse aujourd’hui à une conclusion un peu moins optimiste. Depuis 1996 […] EDF, pour garantir la pérennité de ses installations nucléaires, organise la mise sous cocon des centrales existantes à charbon et à fioul […]. Si cette évolution devait se poursuivre vers l’extinction du parc thermique classique, la sortie rapide du nucléaire serait difficile. Le mouvement antinucléaire, avec son tabou sur les combustibles fossiles, aurait alors une part de responsabilité non négligeable en cas d’accident grave. »

Trois fusions de réacteurs plus tard, et alors que la France commence même à importer du gaz de schiste américain, il serait aisé de démontrer que, contrairement aux apparences, la consommation d’électricité au charbon de la France n’a pas du tout baissé depuis. Bien au contraire. Elle s’est juste délocalisée en Chine, dans des conditions humaines et environnementales dont la patrie des droits de l’homme n’a vraiment pas de quoi être fière, pendant que l’Hexagone fait mine d’être vertueux en émissions de CO2 “grâce” à ses centrales nucléaires. Oui, décidément, la responsabilité des associations et partis antinucléaires français serait écrasante en cas d’accident majeur ici…

La catastrophe à laquelle pensaient les Belbéoch était bien sûr un Tchernobyl en France. Toute leur action visait à l’éviter, car ils pensaient qu’ensuite, il n’y aurait plus grand-chose à faire. Mais d’une certaine manière, on pourrait aussi considérer qu’elle a en fait déjà eu lieu en mars 2011, même si elle semble se cantonner au Japon et dans une moindre mesure à la côte ouest de l’Amérique du Nord. Parce qu’elle est loin d’être finie (aucune stabilisation réelle 41 mois plus tard), que même les plus pessimistes n’avaient jamais envisagé son ampleur, que, par les airs ou par les eaux, les énormes quantités de radioactivité en jeu se retrouveront fatalement tôt ou tard dans toute la biosphère. Et parce que l’Etat français est mouillé dedans jusqu’au cou.

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Cependant, vu la sereine rapidité avec laquelle beaucoup d’écologistes et d’énergéticiens français ont métabolisé Fukushima et ses contaminations colossales sans y voir autre chose qu’un épiphénomène malheureux, prouvant juste la justesse de leurs analyses, sans mériter qu’ils bousculent trop leurs programmes et priorités, il est clair que ce n’est pas un risible petit nuage radioactif aspiré par la vallée du Rhône, et quelques barres de cœur de réacteur un peu fondues, qui risqueraient en l’état actuel de beaucoup embarrasser EDF ou un quelconque gouvernement, comparé à la menace d’un black-out électrique.

Il faut regarder les choses en face : désormais, la probabilité devient forte que le prochain accident grave, qui pourrait bien, statistiquement, arriver en France, soit moins grave et encore moins spectaculaire que Fukushima… et vire donc au non-événement médiatique.

Or, ce n’est pas quand il y aura partout des becquerels d’américium, de strontium, et des millisieverts de césium 137 qu’il sera temps de se lamenter que les seuils légalement “admissibles” de radioactivité dans les aliments, les matériaux de construction, les voitures et les produits de consommation fassent des bonds. Pire: cette banalisation des contaminations massives est en train de lever peu à peu le tabou qui pesait encore, bon an mal an, sur l’usage militaire effectif d’armes atomiques et radiologiques. Somme toute, à ce stade, quelques terabecquerels de plus d’émetteurs alpha peuvent presque passer inaperçus.

Mais revenons à notre BD de 1994, qui n’avait pas que des défauts. Une annexe technique illustrée présente « 20 technologies pour changer l’énergie », dans un réel souci de diversification des sources d’électricité et d’économies. Bien qu’aucun ordre de grandeur ne soit donné, gaz, fioul et charbon y tiennent encore une bonne place, dissimulés toutefois derrière des termes ésotériques, plus écologiquement vendeurs, comme “cycles combinés au gaz”, “cogénération tertiaire”…

Quant aux énergies renouvelables — signalons, les unités étant traîtresses, qu’il faut environ 3 MW d’éolien industriel pour produire ce que fournit 1 MW de nucléaire ou de n’importe quelle centrale thermique à flamme —, un personnage ressemblant furieusement à Alain Lipietz explique dans une bulle qu’elles « entrent en scène peu à peu mais à partir de 2010 ». Donc après la fermeture du parc nucléaire.

Vingt ans après, à force de refuser d’appeler un chat un chat ; de clamer que oui, on peut sortir du nucléaire, il suffit d’adhérer à Enercoop ; de communier dans la foi en l’efficacité magique des “réseaux intelligents” et de matraquer que le CO2 c’est le diable, la plupart des néophytes sont hélas désormais sincèrement persuadés que les seuls moyens écologiques de sortir du nucléaire sont la sobriété et l’efficacité énergétiques combinées aux énergies “renouvelables”, que celles-ci suffisent bien à la tâche, et qu’autrement, le remède serait pire que le mal.

Pourtant, non seulement l’essor des renouvelables n’a jamais constitué une garantie de sortie du nucléaire, mais cela fait plus d’un demi-siècle que tous les gouvernants de pays nucléarisés les considèrent au contraire comme complémentaires de l’atome.
Et de fait, loin de s’opposer, les deux permettent, avec leur promesse d’énergie potentiellement illimitée, d’entretenir sous deux formes différentes (yin yang ; Starsky et Hutch…) ce même imaginaire de croissance et de progrès continu sur lequel repose la bonne conscience néocoloniale de nos sociétés du spectacle de l’abondance — ce mythe que l’on peut éradiquer la faim, la misère, voire la maladie et l’inconfort, et même l’obscurantisme, en faisant croître le gâteau et en perfectionnant sans cesse sa recette, plutôt qu’en partageant tout de suite équitablement ce qu’on a et en acceptant sa finitude.

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Qui sait que le titre de la conférence désormais célèbre que Marion King Hubbert prononça en 1956 devant un aréopage de pétroliers n’était autre que Nuclear Energy and the Fossil Fuels ?
Non content de prédire le pic pétrolier états-unien du milieu des années 70, Hubbert en tirait en effet des conclusions pratiques : l’énergie nucléaire — seule source théoriquement à même de fournir, dans un volume pas trop encombrant, les quantités d’énergie illimitées nécessaires à la poursuite du développement de la civilisation moderne — devrait alors être prête à commencer à prendre la relève. La création de l’AIEA et le Price Anderson Act, en 1957, suggèrent que Hubbert fut d’emblée entendu. Quant aux renouvelables, faute de pouvoir livrer rapidement les quantités colossales d’énergie et d’électricité requises, elles étaient appelées à remplacer peu à peu les fossiles, en complément. D’abord pour des raisons d’indépendance énergétique et d’épuisement annoncé des fossiles, puis officiellement pour préserver le climat.

Des logiques et préoccupations analogues sous-tendaient encore le long avis sur « Les problèmes de l’énergie en France à moyen et long terme » adopté le 3 juillet 1974 par le Conseil économique et social — devenu depuis “environnemental” en prime. Il plaidait entre autres pour une multiplication à court terme des centrales nucléaires et la généralisation du chauffage électrique, sans négliger pour autant les multiples autres pistes technoscientifiques de diversification énergétique, hydrogène compris, autour desquelles on tourne en rond depuis quelques décennies ni même écarter, de surcroît, “l’éventualité d’un rationnement généralisé” auquel il convenait selon lui de préparer les Français.

En réalité, comme l’écrivaient encore les Belbéoch avec des accents très “décroissants” auxquels les Amis de la Terre devraient être sensibles :

« Les fantasmes sur les énergies alternatives, non dangereuses et non polluantes sont finalement un frein à la réflexion à mener sur les réels problèmes énergétiques de notre société. Ce sont des antidotes puissants contre l’utopie d’une société réellement vivable. Il y a là une conjonction assez paradoxale entre l’idéologie technico-bureaucratique fondée sur le mythe scientiste et l’idéologie écologiste qui se fonde sur les mêmes fantasmes que l’idéologie qu’elle est censée combattre ou qu’elle croit combattre. Délirer sur les capacités de production électrique des éoliennes ou des tuiles photovoltaïques ne permettra certainement pas une prise de conscience des réels problèmes énergétiques de la société. Cela laisse entendre qu’il serait possible de supprimer ces pollueurs — charbon, fioul, nucléaire — sans modifier notre façon de vivre, que ce soit dans la quotidienneté ou dans l’activité industrielle.

Il est pénible de voir qu’on tente de culpabiliser les consommateurs : remplacez vos lampes d’éclairage, remplacez vos machines à laver le linge ou la vaisselle, vos réfrigérateurs encore en état de marche par des équipements plus performants consommant moins de courant (mais dont la durée de vie est moindre, ce qu’on évite de dire) et EDF sera coincée. Cela revient à faire porter au simple consommateur la responsabilité de l’impasse nucléaire et, en fin de compte, de ses conséquences et à innocenter la technocratie nucléaire. »

Il ne s’agit pas de nier la part de responsabilité de chacun d’entre nous, mais d’éviter de la détourner des vrais problèmes. Depuis le moment où ces lignes ont été écrites, le pic annuel de puissance électrique appelée en France (qui était de 17,5 GWe en 1965 et 60 GWe en 1985) est passé de 72,5 GWe, en l’an 2000, à 93,1 GWe en 2010, puis carrément à 102 GWe en 2012. Tout ce qui a pu réussir à se construire en matière de solaire et d’éolien

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n’aura servi qu’à éponger l’hémorragie, et il en ira de même tant qu’on ne fermera pas d’abord et délibérément les réacteurs, sans attendre qu’ils s’arrêtent “tout seuls”.

Les argumentaires en termes de simple rationalité énergétique ou de grands projets inutiles et imposés sont d’autant plus trompeurs que le nucléaire sous toutes ses formes est tout sauf “inutile” à l’Etat, voire au peuple français, qui lui doit entre autres son siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU.

Il s’ensuit bien sûr que le dossier nucléaire est éminemment politique. Pas parce qu’il faudrait (variante fréquente: “suffirait”…) que des “politiques” prennent la bonne “décision”, mais parce qu’y toucher suppose une révision complète des fondamentaux de la politique étrangère et intérieure de la France (et de la totalité de ses formations politiques) depuis au moins la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Ou bien on a vraiment une autre vision du monde, d’autres modalités de coopération, d’échanges et d’alliances entre Etats, et il faut à tout prix tenter de la porter, ou bien ce n’est pas la peine de faire semblant : rien de tout cela ne peut se changer à la marge, sans réorientations drastiques qui supposent qu’un maximum de monde ait les moyens de s’emparer du problème, sur la base de valeurs claires et d’analyses sérieuses et nuancées, et non d’un catéchisme simpliste et de slogans publicitaires.

Reprenons. L’électronucléaire représente moins de 2% de l’énergie commerciale consommée sur la planète, et moins de 10 % de l’électricité, alors que les fossiles en représentent toujours plus de 80 % et que leur consommation croît en valeur absolue.

Même en remplaçant temporairement tous les réacteurs du monde par les plus rudimentaires des centrales à charbon ou au gaz ,cela ne changerait pas fondamentalement la donne en matière de climat. Les solutions, si elles existent encore, résident ailleurs (fin du culte de la mobilité, fut-elle militante, retour massif à une agriculture paysanne peu mécanisée…) Et, non, il n’est pas vrai que si l’on construit de nouvelles centrales au gaz on en prend forcément pour 60 ans : l’incitation aux économies d’énergie peut être d’autant plus forte que, contrairement à une centrale nucléaire, c’est le combustible qui coûte cher.

En revanche, l’industrie atomique, elle, encourage la fuite en avant énergivore, et menace en outre de rendre l’essentiel de la planète inhabitable bien avant la fin du siècle. Les irréversibilités sont déjà lourdes, et l’océan Pacifique n’avait vraiment pas besoin de ça. En la matière, seul l’arrêt des machines atomiques à produire de l’électricité en continu peut amener la “croissance négative” des consommations d’énergie et une plus grande égalité entre humains.

Les réacteurs sont répartis dans 31 pays, sur les 191 que comptent les Nations unies. Et avant mars 2011, les trois quarts de leur production électrique se concentraient, dans seulement 6 Etats (USA, France, Japon, Russie, Allemagne, Corée du Sud) qui font peser, comme l’a montré Fukushima, une incommensurable menace sur leurs propres populations, mais aussi sur tous les autres habitants de la planète. Cela doit cesser.

Le nucléaire ne remplacera jamais les fossiles. Et il n’y a pas de “renaissance” du nucléaire, au sens où le nombre de réacteur ne va cesser de diminuer. Ce serait toutefois une grave erreur de laisser croire que le secteur est moribond pour autant.

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Un réacteur à l’arrêt continue de coûter de l’argent à son exploitant (ne serait-ce que l’électricité pour refroidir le combustible…) mais en cas de catastrophe, les frais sont socialisés. On peut alors relancer et moderniser l’activité en fabriquant des robots, des dosimètres… voire en se réclamant d’une toute nouvelle “expertise” en matière de catastrophe, comme le font les Japonais qui tentent de vendre des réacteurs aux Vietnamiens. Par ailleurs, à l’instar du lucratif marché de “l’assainissement” de l’eau, le marché du matériel de détection, de protection, de décontamination est une manne potentielle sans fin. La radioactivité produite est avec nous pour des centaines de millénaires (240 000 ans rien que pour le plutonium 139) et, plus l’on traîne à s’emparer du sujet, moins nous aurons notre mot à dire.

Car l’absence de “renaissance” du nucléaire ne nous protège nullement de la radioactivité existante, ni de nouvelles catastrophes. Et le règne du “mensonge 137”, qui accuse tous les malades de “radiophobie” et fustige les “démoralisateurs”, est peut-être au fond désormais le pire des périls qui nous guette.

Les incohérences et atermoiements du mouvement antinucléaire rendent les véritables enjeux et priorités illisibles pour le commun des mortels. Pourquoi s’inquiéter assez pour se mobiliser en vue de fermetures de réacteurs quand les supposés contre-experts, les écologistes, disent qu’il n’y a pas urgence, voire impossibilité pour l’heure de convaincre les “décideurs” ? Quand tout, dans leur attitude, suggère que ça attendra bien l’élection suivante et témoigne d’autres priorités ? Pourquoi se fatiguer à tenter d’arracher de simples “décisions” qui ont peu de chances d’être appliquées ?

Ces atermoiements et leurs cortèges de banalisations nous livrent aussi pieds et poings liés aux diktats de la nucléocratie, notamment française, en matière de santé publique. Comme le soulignait en 2001 Solange Fernex, au nom de la Ligue des Femmes pour la Paix et la Liberté, à la 3e Conférence sur les conséquences pour la santé de l’accident de Tchernobyl qui s’est tenue à Kiev, le Comité scientifique de l’ONU sur les conséquences des émissions radioactives ne retient que les études “validées par les pairs”, c’est-à-dire… par les experts du laboratoire de Los Alamos et du Commissariat à l’Energie atomique français.

L’année de la mise en service de Fessenheim, alors que la France n’était pas encore massivement électronucléarisée, mais que nous vivions déjà dans une civilisation irrémédiablement fondée sur la boulimie d’énergie, René Dumont écrivait, dans Seule une écologie socialiste :

« Quand je fus candidat aux élections présidentielles de 1974, l’un de mes leitmotive était : “Il faut diminuer la consommation du tiers le plus riche de la population française.” Ce qui ne se limite pas à réduire les profits du capitalisme, des monopoles, des grandes sociétés […]. Le parti communiste français “lutte contre l’austérité”, mais refuse toujours de reconnaître que le niveau de vie actuel provient en bonne partie du pillage du tiers monde. La politique “d’union de la gauche et du peuple de France” du P.C.F. cherche à coaliser le maximum de mécontents contre, finalement, une très petite minorité de privilégiés […]. Pour ma part, j’estime qu’il faut attaquer tous les privilèges, et diminuer toutes les consommations somptuaires, qui gaspillent les ressources rares de la planète et insultent à la misère des plus démunis ; lesquels sont incités aussi, par imitation, à gaspiller. […] La gauche refuse de reconnaître l’importance du pillage du tiers monde, refuse de reconnaître qu’il faut envisager une reconversion industrielle très importante de la France. Il est indispensable de réduire les exportations de produits fabriqués de notre

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pays vers les pays du tiers monde ; et, en tout premier lieu, cesser de leur vendre des armes. »

On pourrait rajouter aujourd’hui la vente de technologies nucléaires. Mais pourquoi les autres n’en voudraient-ils pas — ou plus — si nous, nous n’arrêtons pas ? Pourquoi la Suisse, les Pays-Bas ou d’autres voisins renonceraient-ils à leurs quelques vieux réacteurs qui nous menacent aussi, mais qui leur garantissent une place dans le club atomique, si les Français ne manifestent pas clairement leur volonté de fermer les leurs et ne s’en donnent pas les moyens ?

En 1984, dans une interview à L’Evénement du Jeudi, Marcel Boiteux, alors à la tête d’EDF, expliquait que si la France, contrairement aux autres pays, n’avait pas réduit ses constructions de centrales nucléaires, c’était que « chez nous le nucléaire est bon marché, alors que dans les pays qui n’ont pas pu pour des raisons diverses résister aux attaques de la contestation, le nucléaire est devenu très cher ».

Trente ans plus tard, ceux qui se prétendent antinucléaires devraient méditer la leçon.

L’hypocrisie n’est plus de mise et il n’est plus temps de tergiverser. Ni nucléaire ni effet de serre peut être un beau slogan, mais si l’on veut vraiment l’appliquer, il est vital de sortir du simplisme pour articuler intelligemment et courageusement ce qu’il sous-tend.

Il est légitime, nécessaire, de se battre contre les subventions aux fossiles et contre l’extraction polluante ou énergivore des hydrocarbures de schiste. Mais que je sache, les Amis de la Terre Nigeria ne réclament pas la fin de l’extraction des hydrocarbures chez eux. Il ne s’agit pas de s’interdire d’utiliser le moindre gramme de fossiles, mais de peser soigneusement à quoi on les emploie. Difficile désormais d’imaginer en France emploi plus judicieux, et plus prioritaire, que l’arrêt du nucléaire.

Marie-Christine Gamberini

Adhérente des Amis de la Terre en Midi-Pyrénées de 1993 à 2012 Référente des AT France sur le nucléaire en 2006 Référente sur le nucléaire et l’énergie et membre du Conseil fédéral des AT de 2007 à 2012

Signataire 2012 de l’Appel des Femmes pour l’Arrêt immédiat du recours à l’énergie atomique

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Les dossiers noirs du nucléaire français

Les dossiers noirs du nucléaire français

par Dominique Leglu, Monique Sené et Raymond Sené, Presses de la Cité, collection « Documents », Paris, 2013, 194 pages.

Par Jean-Guy Rens

 

Cet ouvrage fait le bilan sécuritaire du nucléaire français – et le tableau qu’il présente n’est pas reluisant. Depuis ses débuts, l’industrie nucléaire en France a connu toutes sortes d’incidents et d’accidents qui, dans plusieurs cas, ont frôlé à la catastrophe, mais qui ont, dans tous les cas, été étouffés avec maestria.

Des accidents en série

En effet, l’industrie nucléaire en France a pris l’habitude de se targuer d’une feuille de route sans tache : pas de Three-Mile-Island, pas de Tchernobyl, pas de Fukushima chez nous. Mais il y a eu des rejets radioactifs à la centrale franco-belge de Chooz (1967), une fusion de 50 kg d’uranium à Saint-Laurent-des-Eaux (1969), une autre fusion de 20 kg d’uranium dans la même centrale qui, cette fois, a provoqué une contamination de la Loire, une fuite du circuit de refroidissement du réacteur à l’arrêt à Civaux (1998), une inondation à la centrale du Blayais sur les bords de la Gironde (1999)… La liste compilée par les auteurs des Dossiers noirs du nucléaire français est si longue qu’elle en devient fastidieuse.

Chacun de ces accidents a été soigneusement occulté, minimisé, savamment enrobé dans la langue de bois de la fonction publique, ce qui explique que leur effet pédagogique sur la population est demeuré nul. Ce qui est plus grave, c’est que la culture du secret a interdit à l’exploitant (EDF) de faire bénéficier les opérateurs de ses propres centrales du retour d’expérience acquis à gros frais à l’occasion de tel ou tel épisode. Ainsi, les ingénieurs de Civaux ignoraient le deuxième accident de Saint-Laurent-des-Eaux et ont-ils été condamnés à revivre la même courbe d’apprentissage que leurs collègues par essais-erreurs.

À plus forte raison, les autorités régionales (mairies, conseils régionaux et même les préfectures) ont été tenues dans le noir absolu, même si elles sont les premières concernées par un accident nucléaire. Le spécialiste mondial de gestion de crise, Patrick Lagadec, a résumé ainsi cette attitude passive : « Ne faites rien, attendez les instructions. »[1]

Au-delà des accidents, les autorités ont réussi à faire oublier par l’opinion publique le fiasco économique et technologique de Crey-Malville qui a accumulé les pannes et les incidents jusqu’à contraindre son arrêt final en 1998 après huit mois d’utilisation seulement. Or, rappellent les auteurs, le plan original de l’industrie nucléaire prévoyait la construction de 50 surgénérateurs de type Crey-Malville. L’ensemble du projet aura coûté 12 milliards d’euros, ce qui est vraisemblablement sous-estimé puisque les travaux de déconstruction de la centrale ne sont pas terminés.[2]

Les deux unités à eau pressurisée (REP) de Saint-Laurent-des-Eaux, dans le val de Loire, sont en fonctionnement depuis 1983. Le site contient également les deux anciens réacteurs nucléaires de la filière graphite-gaz (UNGG) en phase de déconstruction. Ce sont eux qui ont subi les accidents mentionnés dans le texte.

Une gestion du risque déficiente

Les Dossiers noirs du nucléaire français sont divisés en deux parties : une est consacrée, comme nous venons de le voir aux accidents survenus dans les centrales; l’autre (la première, en fait) traite des mesures de sécurité en vigueur. Nous apprenons ainsi que les centrales nucléaires sont conçues pour résister aux accidents « physiquement plausibles ». Les auteurs s’insurgent contre un concept aussi réducteur qui ne tient pas compte des précédents.

Ceux-ci enseignent que les accidents se produisent à la suite d’une accumulation de défaillances techniques et d’erreurs humaines non modélisables, donc non considérées comme « physiquement plausibles ». Il n’est jusqu’au directeur de l’’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN), Jacques Repussard, qui ne se soit inquiété de ce que « l’effet de site » ne soit pas suffisamment pris en compte.

Cela signifie que les mesures de sécurité suivies par EDF, Areva et le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) sont identiques pour toutes les centrales, alors que chacune d’entre elles possède ses propres caractéristiques (sols, conformation des terrains, risque sismique…). Ces mêmes mesures de sécurité ne prévoient que des évacuations minimales de population en cas de danger : rayon de 10 km au maximum. Mais que se passerait-il si les rejets radioactifs dépassaient cette zone, comme ce fut le cas à Fukushima? Que se passerait-il si l’accident se prolongeait des semaines, voire des mois, alors que les mesures prévues ne prévoient que des évacuations ponctuelles?

Le caractère restrictif et bureaucratique des mesures de sécurité est détaillé avec une précision impitoyable. Ainsi, les réactions des autorités françaises devant l’insouciance soviétique à Tchernobyl qui n’avaient pas prévu d’enceinte de confinement, est mise en regard de la situation des réacteurs français de première génération (graphite-gaz) qui n’en avaient pas non plus, et qui fonctionnaient encore en 1986 (Chinon, Saint-Laurent, Bugey). En fait, il n’existait pas à l’époque en France de scénario d’accident basé sur une séquence accidentelle avec fusion du cœur. Comme si Saint-Laurent-des-Eaux et Three-Mile-Island n’avaient pas existé !

Encore cet ouvrage n’est-il pas complet puisqu’il précise d’emblée ne pas traiter des questions liées à la sécurité du territoire – en clair : le terrorisme. Pourtant, même dans le domaine circonscrit de la vulnérabilité systémique qui est le sien, ce que ses auteurs dévoilent est saisissant.

Ainsi, les bâtiments qui abritent les génératrices au diesel chargées de prendre la relève en cas de coupure de courant, ne sont pas conçus aux normes sismiques. Les bâtiments de sécurité qui abritent les équipes de gestion de crise non plus. Ces aberrations techniques prêteraient à sourire si elle me témoignaient de l’aveuglement d’un État soucieux de grandeur politique… et de petites économies effectuées sur le dos des gens.

En guise de conclusion: pourvu que ça ne dure pas !

Signalons enfin que Les dossiers noirs du nucléaire français est un livre écrit en langue claire et vivante, sans dramatisation, ni effet de toge, ce qui est une qualité assez rare dans ce domaine hautement technologique et tout autant polémique. Monique Sené et Raymond Sené sont deux physiciens nucléaires qui ont signé l’Appel des 400 en 1975 et contribué à créer cette même année le Groupement de scientifiques pour l’information sur l’Énergie nucléaire (GSIEN) – Monique Sené en a été la première présidente; Dominique Leglu est directrice de la rédaction de Sciences et Avenir.

Le résultat est un ouvrage solide sur le plan scientifique et lisible par le lecteur sans formation technologique. Toute personne désireuse de savoir quels sont les enjeux de l’énergie nucléaire doit lire cet ouvrage écrit sans passion autre que celle de faire sortir la vérité de l’ombre dans laquelle on a tenté trop longtemps de la contenir. Le fait que ce livre ait pu être publié dans une maison d’édition grand public (les Presses de la Cité) est un signe qui ne trompe pas : la situation évolue en France. Les catastrophes de Tchernobyl et surtout de Fukushima ont servi de « détonateurs » à une prise de conscience tardive, mais bien réelle – les anarchistes parleraient de « propagande par le fait ».

Il n’est que souhaiter que cette évolution se traduise par un démantèlement des centrales ait lieu avant qu’un accident de plus ne se traduise en catastrophe – issue qui est non pas probable, mais inéluctable si le programme nucléaire français perdure assez longtemps. —

[1] In Le Courrier des maires, N° 245, avril 2011. Cité page 21.

[2] Rapport de Cour des comptes de janvier 1997. Le chiffre avancé était de 60 milliards de francs que nous avons exprimé en euros en utilisant le convertisseur franc-euro de l’INSEE qui mesure l’érosion monétaire due à l’inflation. Il est vrai que la Cour des comptes prétendait à l’époque que Crey-Malville avait produit de l’énergie à raison de 20 milliards de francs, ce qui ne laissait « que » 40 milliards de francs de trou.

 

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Uranium appauvri: un tueur méconnu

Uranium appauvri: un tueur méconnu
Dernière mise à jour : octobre 2013

Nous reproduisons ci-après un article emprunté au Réseau Sortir du nucléaire (France) http://www.sortirdunucleaire.org/. Il convient toutefois d’y remplacer les termes « légal »et « illégal »par « licite » et « illicite ».

Depuis quelques décennies, plusieurs pays ont recours aux armes à l’uranium appauvri (UA). Très chimiotoxique, ce sont aussi de puissantes armes radiologiques. Malgré les dangers qu’elles représentent, leur utilisation est encore légale. Revenons sur les dangers et les impacts de ces armes terribles.

Uranium appauvri : un tueur méconnu
Les armes à l’uranium appauvri, c’est quoi ?

L’uranium appauvri (isotope U238, abréviation « UA ») est un sous-produit de l’enrichissement de l’uranium et du traitement du combustible usé. Il ne possède pas les propriétés nécessaires pour être utilisé dans un réacteur mais cela ne le rend pas moins dangereux, bien au contraire. Cette substance est très toxique. Par ailleurs, de tous les éléments radioactifs, l’uranium appauvri est celui qui reste radioactif le plus longtemps, avec une demi-vie de 4,47 milliards d’années.

L’uranium appauvri est utilisé dans l’armement pour ses propriétés physiques. Étant un métal lourd, il est d’une efficacité redoutable pour transpercer les parois des chars blindés et des tanks. Il est tellement dur qu’il ne se déforme pas lorsqu’il entre en contact avec sa cible. On peut comparer cette pénétration à celle d’un caillou dans l’eau.

Au contact de sa cible, l’uranium s’enflamme, relâchant en grande quantité de minuscules particules radioactives. Transportées par le vent, ces particules peuvent se retrouver dans l’eau, le sol, les nappes phréatiques… contaminant tout l’environnement.

L’usage de l’uranium appauvri vient une nouvelle fois contrecarrer le mythe d’une frontière imperméable entre le nucléaire militaire et le nucléaire civil. En effet, l’uranium appauvri utilisé pour la fabrication d’obus-flèches provient de la filière civile, et notamment des étapes d’enrichissement et retraitement du combustible. L’armement est un débouché bien utile pour se débarrasser de cette matière encombrante !

L’UA équipe aujourd’hui les chars Leclerc. En France, deux sites militaires accueillent les essais d’obus à l’uranium appauvri : à Bourges (Cher,) les essais se font en plein air, tandis qu’ à Gramat (Lot), les tirs d’obus ont lieu dans des cavités souterraines . La Direction Générale de l’Armement assure qu’il n’y a aucun risque de contamination de l’air et des nappes phréatiques mais le secret défense entourant ces essais ne permet pas d’en être certain.

Où ces armes ont-elles été utilisées et quand ?
Ces armes ont d’ores et déjà fait beaucoup de victimes sur la planète, ayant été utilisées dans de nombreux conflits. En Ex-Yougoslavie (Bosnie, Serbie, Kosovo), pendant le conflit qui a entraîné une intervention des forces de l’OTAN. En Irak, pendant la Guerre du Golfe de 1991 et pendant l’intervention américaine de 2003 justifiée par la prétendue présence d’ « armes de destruction massive ». On soupçonne aussi les États-Unis d’avoir utilisé des armes à l’uranium appauvri en Afghanistan.

De plus, il y a de fortes suspicions d’utilisation d’UA pendant la guerre du Liban par l’armée israélienne. On estime que 140 000 kg d’uranium appauvri auraient été utilisés dans ces conflits avant 2004.

Quels sont les impacts des armes à l’uranium appauvri ?
Les propriétés chimiques et radiologiques de l’uranium appauvri ont des impacts désastreux sur l’environnement et les êtres humains. La contamination à l’uranium appauvri se fait quasi exclusivement de manière interne, car le rayonnement émis par l’UA est de type alpha, et donc très court. Ainsi, il y a trois voies majeures de contamination, par inhalation, ingestion ou lésion cutanée. C’est l’inhalation de particules qui est la plus dangereuse pour les êtres vivants.

Étant à la fois chimiotoxique et radiotoxique, l’uranium appauvri atteint les reins, les poumons, le squelette, les organes reproducteurs, la thyroïde, les muscles, les ganglions lymphatiques ainsi que le système neurologique. Les types de pathologies observées sont principalement les cancers (dont leucémies) et les malformations congénitales. Les effets ne sont pas les mêmes selon l’intensité et la durée d’exposition, mais aussi selon la nature physique et chimique de l’uranium appauvri, qui peut varier d’un obus à l’autre. En outre, les enfants sont beaucoup plus vulnérables aux effets de l’uranium appauvri. Même une faible dose peut avoir des effets. La Commission Internationale de Protection Radiologique a été obligée d’admettre officiellement que, si le risque augmente en fonction de la dose reçue, il n’existait pas de seuil d’innocuité.

On observe ces pathologies chez les populations victimes de bombardements à l’uranium appauvri, mais aussi chez les vétérans des conflits irakiens, des Balkans ou encore d’Afghanistan.

Une arme qui ne respecte pas le Droit International Humanitaire
Malgré leur incroyable dangerosité, les armes à l’uranium appauvri sont toujours « légales », bien qu’elles ne remplissent aucun des critères du droit international humanitaire, censé définir ce qui est « acceptable » lors d’un conflit. Tout d’abord parce qu’on ne peut pas limiter les effets de l’uranium appauvri au champ de bataille. Avec le vent, les particules radioactives sont dispersées dans l’environnement et ne peuvent être circonscrites à un lieu donné. Cette dispersion peut donc atteindre des cibles dites « illégales » : les civils, voire les pays voisins qui ne sont pas en guerre.

Deuxièmement, l’UA continue d’avoir des effets sur l’environnement et la population même après la fin du conflit. Rappelons qu’il faut 4,47 milliards d’années pour qu’il perde la moitié de sa radioactivité ! Il continue donc d’agir pendant des laps de temps impossibles à se représenter à l’échelle humaine. _ En outre, procéder à un nettoyage des lieux contaminés apparaît complètement irréel au vu de la volatilité des particules, et l’UA continue à tuer, même des centaines d’années après la fin d’un conflit, quand plus aucun belligérant n’est encore en vie…

Au regard des effets de l’UA sur l’être humain, on ne peut qualifier cette arme « d’humainement acceptable ». Elle provoque des cancers, des leucémies, des fausse-couches, des malformations congénitales, des maladies des reins. Mais le plus inhumain ici vient du fait qu’en s’attaquant à l’ADN, l’uranium appauvri met en péril le capital génétique des personnes et détruit donc à petit feu des populations entières. De génération en génération, les effets s’accumulent… Son utilisation constitue un crime contre l’humanité. Enfin, les effets de l’UA sur l’environnement peuvent être considérés comme irréversibles tant ils perdurent dans le temps et sont néfastes. Les eaux, les terres agricoles, l’air et, au final, toute la chaîne alimentaire sont contaminés. Des effets pour l’éternité…

Les armes à l’uranium appauvri devraient donc être considérées comme illégales. Mais pour un arrêt définitif de leur utilisation, il faudrait que les instances internationales se saisissent du problème. Or le chemin à parcourir est encore très long. D’autant plus que cela sous-entendrait que les pays utilisateurs de ces armes doivent procéder à la décontamination des zones où ils ont utilisé l’UA et au dédommagement des victimes. Les sommes à débourser sont tellement colossales que rendre illégale l’utilisation de l’UA serait difficile à assumer financièrement pour les pays utilisateurs… Au détriment de vies humaines.

Les nouvelles révélations sur l’usage de l’uranium appauvri en Irak.
Depuis 1959, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) est liée à l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) par un accord qui lui interdit de publier des rapports qui concernent la radioactivité, sans l’aval de cette dernière. De ce fait, aucun des rapports « critiques » de l’OMS sur les armes à l’uranium appauvri n’a jamais été publié.
Pour la première fois en 2011, une prestigieuse revue médicale, l’International Journal of Environmental Research and Public Health, publiait des données sur les conséquences de l’usage d’armes chimiques par l’armée américaine en Irak, et plus particulièrement d’armes à l’uranium appauvri. Les chercheurs font le lien entre les assauts de l’armée – dont la terrible opération militaire Phantom Fury de 2004 – à Falloujah et la croissance brutale des cancers, la hausse spectaculaire des fausse-couches, des naissances prématurées, et des malformations congénitales.

Les armes utilisées dans ces combats contiennent des substances chimiques comme le phosphore, le napalm, et l’uranium appauvri. C’est sur ce dernier que se concentrent plus particulièrement les études.

Le bilan humain de ces assauts ne peut être définitif, et ne le sera jamais, l’uranium appauvri provoquant des modifications génétiques irréversibles et qui s’accumulent dans le temps. Les Irakiens vont continuer de subir les détériorations de leur patrimoine génétique au fil du temps…

Mais de nouveaux chiffres sur les effets de l’uranium appauvri sur la population irakienne ont récemment été dévoilés. Des médecins de l’hôpital de Falloujah ont observé une croissance très inquiétante du nombre de bébés naissant avec des malformations congénitales : celles-ci y concerneraient 144 naissances sur 1000, soit 14,4%. Ce taux est normalement inférieur à 2%, explique le docteur Alaani, qui étudie ce phénomène depuis de nombreuses années à Falloujah. Afin d’alerter la communauté internationale sur ces crimes, et de demander à l’Organisation Mondiale de la Santé de révéler ces nouvelles informations, elle a lancé une pétition :

« Je suis le Docteur Samira ALAANI, je suis pédiatre à l’Hôpital Général de Falloujah. Dans les années qui ont suivi les attaques des forces américaines sur notre ville, mes collègues et moi avons remarqué une augmentation horrifiante du nombre de bébés nés avec des malformations congénitales graves : spina bifida, anomalies cardiaques et des malformations auxquelles je ne peux même pas donner de nom. Beaucoup ne survivent pas. Pour ceux qui survivent, nous leur procurons des soins tant bien que mal avec le peu de ressources dont nous disposons.

Je travaille comme pédiatre à Falloujah depuis 1997, et c’est depuis 2006 que j’ai remarqué ce problème, nous avons alors commencé à enregistrer ces cas. Nous nous sommes rendus compte que sur 1000 naissances, 144 bébés présentaient des malformations. Nous sommes convaincus que, même aujourd’hui, ces cas sont liés à la contamination provenant des conflits dans notre ville il y a plus de dix ans maintenant. Ce phénomène n’est pas unique à Falloujah : les hôpitaux dans tout le Gouvernorat d’alAnbar ainsi que d’autres régions d’Irak constatent une hausse similaire. Tous les jours je vois les ravages que cette peur inculque aux futures mères et à leurs familles. La première question que l’on me pose lorsqu’un enfant naît n’est pas « Est-ce une fille ou un garçon ? » mais « Mon bébé est-il en bonne santé ? » Lorsque j’ai entendu que le Ministère de la Santé Irakien et l’Organisation Mondiale de la Santé (l’OMS) allaient faire des recherches, cela m’a donné une lueur d’espoir. Je savais que cela ne ferait que confirmer ce que nous savions déjà : que le nombre de malformations congénitales avait augmenté, mais je pensais aussi que cela pousserait l’Irak et la communauté internationale à agir.

La recherche est maintenant terminée et on nous avait promis que le rapport serait publié début 2013 ; mais nous voici six mois plus tard et l’OMS vient d’annoncer de nouveaux délais. Nous sommes inquiets que cela soit du à un problème d’ordre politique et non pas scientifique. Nous avons déjà attendu des années que la vérité éclate et mes patientes ne peuvent plus continuer comme cela. L’OMS a une autre option. Que les données soient publiées dans une revue à libre accès pour un examen indépendant par des pairs. Ce procédé serait rapide, rigoureux et transparent.

Mes patientes ont besoin de savoir la vérité, elles ont besoin de savoir pourquoi elles ont fait une fausse couche, elles ont besoin de savoir pourquoi leurs bébés sont si malades et par-dessus tout, elles ont besoin de savoir que l’on est en train de faire quelque chose pour y remédier. Le Ministère de la Santé Irakien et l’OMS se doivent de publier ces données et de nous fournir des réponses.

Je vous demande de signer cette pétition et de prouver que le reste du monde n’a pas oublié le peuple d’Irak ».

Signez la pétition sur change.org

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