Fin 2016, si aucun n’est mis à l’arrêt définitif, leur nombre passera à 42. Plus des 2/3 de la puissance du parc français. Un total provisoire de 41 400 MW, réparti dans treize de “nos” dix-neuf centrales atomiques — Fessenheim, Bugey, Dampierre, Gravelines, Tricastin, Saint-Laurent, Blayais, Chinon, Cruas, Paluel, Saint-Alban, Flamanville et Cattenom — en attendant Belleville et Nogent-sur-Seine dès 2017.
Non que les réacteurs neufs soient sans danger, bien sûr. Le 28 mars 1979, Three Mile Island 2 était en service depuis moins de trois mois. Quant au réacteur 4 de la centrale ukrainienne Lénine, il n’alignait que deux ans d’exploitation le 26 avril 1986. Mais enfin, nonobstant les prétendues “dépenses de jouvence” d’EDF, l’âge n’a jamais amélioré la fiabilité de la plomberie, de la mécanique et de l’électronique, ni la tenue du béton et des métaux.
Depuis mars 2011, les Amis de la Terre — au nombre des 68 organisations associatives ou politiques signataires de l’appel “Nucléaire, nous voulons avoir le choix” alors lancé par le Réseau Sortir du nucléaire — sont censés exiger en France la fermeture immédiate de tout réacteur de 30 ans ou plus. Or, au-delà des bruyantes proclamations affichées de vertu anti- atomique, le peu d’empressement, affligeant mais réel, de la plupart des signataires de cet appel quant à des fermetures effectives tient surtout à l’épineux problème du remplacement.
Car, à l’évidence, les économies d’énergie et les renouvelables (ou supposées telles, les matériaux pour capter le vent et le soleil n’étant pas tous inépuisables, et encore moins écologiques, et la biomasse risquant de perdre beaucoup de son charme une fois radioactive) ne suffisent pas pour compenser, dans les délais censément voulus, la déconnexion de ces nombreux réacteurs vieillissants.
Mais d’un autre côté, qui peut imaginer qu’une catastrophe nucléaire en France, dont la probabilité augmente de semaine en semaine, vaudrait mieux, y compris pour le climat, que le remplacement transitoire de ces réacteurs par quelques dizaines de centrales au gaz, voire même au charbon ou au fioul ? Où iraient les réfugiés climatiques si la plupart des terres émergées devenaient, en plus du reste, fortement radioactives ?
Or en ces temps de pensée unique et frileuse, les Amis de la Terre sont probablement les seuls, de toutes les associations françaises soucieuses d’écologie, à pouvoir assumer d’être les premiers à le dire, avec toute la pédagogie requise, sans se discréditer et avec une chance d’entraîner l’adhésion du plus grand nombre, qui cherche désespérément une issue. Si l’écologie qui aspire à être “représentative” dans les instances officielles peut servir à quelque chose, c’est bien à cela. Mais c’est maintenant où jamais.
En août 2012, jugeant que la limite de ma patience et de mes aptitudes au grand écart était atteinte, je vous avais rendu mon tablier de référente bénévole sur le nucléaire et l’énergie faute d’avoir pu obtenir que les Amis de la Terre France sortent enfin un orteil du rang en se décidant à poser, comme condition minimale à leur participation à la Conférence environnementale sur l’énergie lancée par le nouveau président Hollande, la mise à l’arrêt préalable et effective — à 35 ans, donc, plutôt qu’à 40 — des deux réacteurs de Fessenheim.
Eu égard à leur position officielle en faveur d’une fermeture immédiate de tout réacteur ayant atteint sa trentième année (et a fortiori des 20 sur 58 qui avaient alors déjà 31 ans ou