Archives de Catégorie: Actions et Politiques

Les dossiers noirs du nucléaire français

Les dossiers noirs du nucléaire français

par Dominique Leglu, Monique Sené et Raymond Sené, Presses de la Cité, collection « Documents », Paris, 2013, 194 pages.

Par Jean-Guy Rens

 

Cet ouvrage fait le bilan sécuritaire du nucléaire français – et le tableau qu’il présente n’est pas reluisant. Depuis ses débuts, l’industrie nucléaire en France a connu toutes sortes d’incidents et d’accidents qui, dans plusieurs cas, ont frôlé à la catastrophe, mais qui ont, dans tous les cas, été étouffés avec maestria.

Des accidents en série

En effet, l’industrie nucléaire en France a pris l’habitude de se targuer d’une feuille de route sans tache : pas de Three-Mile-Island, pas de Tchernobyl, pas de Fukushima chez nous. Mais il y a eu des rejets radioactifs à la centrale franco-belge de Chooz (1967), une fusion de 50 kg d’uranium à Saint-Laurent-des-Eaux (1969), une autre fusion de 20 kg d’uranium dans la même centrale qui, cette fois, a provoqué une contamination de la Loire, une fuite du circuit de refroidissement du réacteur à l’arrêt à Civaux (1998), une inondation à la centrale du Blayais sur les bords de la Gironde (1999)… La liste compilée par les auteurs des Dossiers noirs du nucléaire français est si longue qu’elle en devient fastidieuse.

Chacun de ces accidents a été soigneusement occulté, minimisé, savamment enrobé dans la langue de bois de la fonction publique, ce qui explique que leur effet pédagogique sur la population est demeuré nul. Ce qui est plus grave, c’est que la culture du secret a interdit à l’exploitant (EDF) de faire bénéficier les opérateurs de ses propres centrales du retour d’expérience acquis à gros frais à l’occasion de tel ou tel épisode. Ainsi, les ingénieurs de Civaux ignoraient le deuxième accident de Saint-Laurent-des-Eaux et ont-ils été condamnés à revivre la même courbe d’apprentissage que leurs collègues par essais-erreurs.

À plus forte raison, les autorités régionales (mairies, conseils régionaux et même les préfectures) ont été tenues dans le noir absolu, même si elles sont les premières concernées par un accident nucléaire. Le spécialiste mondial de gestion de crise, Patrick Lagadec, a résumé ainsi cette attitude passive : « Ne faites rien, attendez les instructions. »[1]

Au-delà des accidents, les autorités ont réussi à faire oublier par l’opinion publique le fiasco économique et technologique de Crey-Malville qui a accumulé les pannes et les incidents jusqu’à contraindre son arrêt final en 1998 après huit mois d’utilisation seulement. Or, rappellent les auteurs, le plan original de l’industrie nucléaire prévoyait la construction de 50 surgénérateurs de type Crey-Malville. L’ensemble du projet aura coûté 12 milliards d’euros, ce qui est vraisemblablement sous-estimé puisque les travaux de déconstruction de la centrale ne sont pas terminés.[2]

Les deux unités à eau pressurisée (REP) de Saint-Laurent-des-Eaux, dans le val de Loire, sont en fonctionnement depuis 1983. Le site contient également les deux anciens réacteurs nucléaires de la filière graphite-gaz (UNGG) en phase de déconstruction. Ce sont eux qui ont subi les accidents mentionnés dans le texte.

Une gestion du risque déficiente

Les Dossiers noirs du nucléaire français sont divisés en deux parties : une est consacrée, comme nous venons de le voir aux accidents survenus dans les centrales; l’autre (la première, en fait) traite des mesures de sécurité en vigueur. Nous apprenons ainsi que les centrales nucléaires sont conçues pour résister aux accidents « physiquement plausibles ». Les auteurs s’insurgent contre un concept aussi réducteur qui ne tient pas compte des précédents.

Ceux-ci enseignent que les accidents se produisent à la suite d’une accumulation de défaillances techniques et d’erreurs humaines non modélisables, donc non considérées comme « physiquement plausibles ». Il n’est jusqu’au directeur de l’’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN), Jacques Repussard, qui ne se soit inquiété de ce que « l’effet de site » ne soit pas suffisamment pris en compte.

Cela signifie que les mesures de sécurité suivies par EDF, Areva et le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) sont identiques pour toutes les centrales, alors que chacune d’entre elles possède ses propres caractéristiques (sols, conformation des terrains, risque sismique…). Ces mêmes mesures de sécurité ne prévoient que des évacuations minimales de population en cas de danger : rayon de 10 km au maximum. Mais que se passerait-il si les rejets radioactifs dépassaient cette zone, comme ce fut le cas à Fukushima? Que se passerait-il si l’accident se prolongeait des semaines, voire des mois, alors que les mesures prévues ne prévoient que des évacuations ponctuelles?

Le caractère restrictif et bureaucratique des mesures de sécurité est détaillé avec une précision impitoyable. Ainsi, les réactions des autorités françaises devant l’insouciance soviétique à Tchernobyl qui n’avaient pas prévu d’enceinte de confinement, est mise en regard de la situation des réacteurs français de première génération (graphite-gaz) qui n’en avaient pas non plus, et qui fonctionnaient encore en 1986 (Chinon, Saint-Laurent, Bugey). En fait, il n’existait pas à l’époque en France de scénario d’accident basé sur une séquence accidentelle avec fusion du cœur. Comme si Saint-Laurent-des-Eaux et Three-Mile-Island n’avaient pas existé !

Encore cet ouvrage n’est-il pas complet puisqu’il précise d’emblée ne pas traiter des questions liées à la sécurité du territoire – en clair : le terrorisme. Pourtant, même dans le domaine circonscrit de la vulnérabilité systémique qui est le sien, ce que ses auteurs dévoilent est saisissant.

Ainsi, les bâtiments qui abritent les génératrices au diesel chargées de prendre la relève en cas de coupure de courant, ne sont pas conçus aux normes sismiques. Les bâtiments de sécurité qui abritent les équipes de gestion de crise non plus. Ces aberrations techniques prêteraient à sourire si elle me témoignaient de l’aveuglement d’un État soucieux de grandeur politique… et de petites économies effectuées sur le dos des gens.

En guise de conclusion: pourvu que ça ne dure pas !

Signalons enfin que Les dossiers noirs du nucléaire français est un livre écrit en langue claire et vivante, sans dramatisation, ni effet de toge, ce qui est une qualité assez rare dans ce domaine hautement technologique et tout autant polémique. Monique Sené et Raymond Sené sont deux physiciens nucléaires qui ont signé l’Appel des 400 en 1975 et contribué à créer cette même année le Groupement de scientifiques pour l’information sur l’Énergie nucléaire (GSIEN) – Monique Sené en a été la première présidente; Dominique Leglu est directrice de la rédaction de Sciences et Avenir.

Le résultat est un ouvrage solide sur le plan scientifique et lisible par le lecteur sans formation technologique. Toute personne désireuse de savoir quels sont les enjeux de l’énergie nucléaire doit lire cet ouvrage écrit sans passion autre que celle de faire sortir la vérité de l’ombre dans laquelle on a tenté trop longtemps de la contenir. Le fait que ce livre ait pu être publié dans une maison d’édition grand public (les Presses de la Cité) est un signe qui ne trompe pas : la situation évolue en France. Les catastrophes de Tchernobyl et surtout de Fukushima ont servi de « détonateurs » à une prise de conscience tardive, mais bien réelle – les anarchistes parleraient de « propagande par le fait ».

Il n’est que souhaiter que cette évolution se traduise par un démantèlement des centrales ait lieu avant qu’un accident de plus ne se traduise en catastrophe – issue qui est non pas probable, mais inéluctable si le programme nucléaire français perdure assez longtemps. —

[1] In Le Courrier des maires, N° 245, avril 2011. Cité page 21.

[2] Rapport de Cour des comptes de janvier 1997. Le chiffre avancé était de 60 milliards de francs que nous avons exprimé en euros en utilisant le convertisseur franc-euro de l’INSEE qui mesure l’érosion monétaire due à l’inflation. Il est vrai que la Cour des comptes prétendait à l’époque que Crey-Malville avait produit de l’énergie à raison de 20 milliards de francs, ce qui ne laissait « que » 40 milliards de francs de trou.

 

Poster un commentaire

Classé dans Actions et Politiques, Catastrophes, en français

LLAMAMIENTO DE GINEBRA II A LAS AUTORIDADES PÓLITICAS

Acábese AHORA con la energía nuclear !

 

Las catástrofes nucleares de Tchernobyl y Fukushima se han producido a 25 años de intervalo. Sin embargo, nos habían sido asegurado que tales accidentes eran casi imposibles ! Nuestros responsables políticos lo han creido y nosotros tambien. Pero en realidad es imposible calcular la probabilidad de semejante accidente. A pesar de esto se ha evaluado a una vez en cien mil años. La sinistre verdad es que ha ocurrido dos veces en veinticinco años.

Hoy en día, existen en el mundo un poco menos de 400 reactores nucleares en estado de funcionamiento. La próxima catástrofe se producirá pues en cualquier sitio, en cualquier momento. Y el estado actual de estas centrales que estan envejeciendo no puede más que acredentar la probabilidad de una nueva catastrofe.

 

El  inventario de la radioactividad provocada por estas instalaciones es aterrorizante : puede exterminar a cada habitante de nuestro planeta hasta varios millare de veces ! Bastaría que una miníma fracción de esta cantidad de materia se escape en la naturaleza para provocar una catástrofe. No nos olvidemos de que todo lo que puede ocurrir acaba por ocurrir…Tchernobyl y Fukushima son dos pruebas de ello.

 

El sólo y único medio de eliminar este riesgo es interrumpir la actividad de dichas centrales y depositar los residuos que han producido, extraer el combustible irradiado,  acondicionarlos en sitios apropiados en contenedores adecuados, y transformar dichos sitios en mausoleos. Todos estos mausoleos seran testimonios que recordaran a las generaciones futuras las consecuencias de los riesgos tecnólogicos que no se pueden dominar.

En vez de intentar hacernos olvidar de las catástrofes que se han producido ya, deberían los Estados, las instituciones internacionales y los poderes ecómomicos decidir abandonar lo nuclear para entrar en la transición hacia lo todo renovable, pues en cuanto se acabaría de obstaculizar su desarrollo, esta solución se revelaría perfectamente capaz de asumir el relevo .

 

Aún alegando el pretexto de una dudosa necesidad de electricidad, no se tiene que tomar ningún otro riesgo más -el de que ocurra un ccidente nuclear mortífero que tendrá por consecuencia que inmensos territoritorios se vuelvan inhabitables durante siglos . No nos olvidemos de que, en un no muy lejano pasado ya, se ha decidido construir centrales nucleares y que luego se planteó el problema de cómo se iba a vender la corriente que así se producía. Lo que ha llevado las compañias productores de electricidad a promover varias aberraciones energéticas tales como, entre otras, la calefacción eléctrica, el desarollo desencadenado del alumbrado público.

 

La energía nuclear no es renovable, por consiguiente es ineluctable su abandono. Cualquier atraso en hacerlo sólo aumenta el riesgo de una próxima catástrofe. Como lo constatamos, después de aquella de Fukushima, Japón a interrumpido casi todos sus reactores. Es posible entonces ! Y es la única actitud responsable. Es nuestro único medio de limitar los problemas insolubles que legarrmos a las futuras generaciones.

 

 

Ginebra, a 24 de mayo de 2013

 

(Cualquier lector de este llamamiento lo puede firmar rellenando el formulario de la página   « Sostenimiento »)

 

Lista de los Primeros signatarios

 

Pierre Lehmann, phísico nuclear, Paul Bonny, ciudanano ginebrino, Ivo Rens, Prof. honorario de la Universidad de Ginebra, Yves Lenoir, phísico , Rémy Pagani, Alcalde de Ginebra, Michèle Rivasi, fundadora de la CRIIRAD, diputada europea de Europe-Les Verts, Wladimir Tchertkoff, vice-pres. de la asociación Enfants de Tchernobyl-Bélarus, Prof. Alexey V.Yablokov, Academia de sciencias de Rusia , Anne-Cécile Reimann, Prés. ContrAtom, Ginebra, Luc Recordon, diputado del Parlamento suizo, Wataru Iwata, ciudadano japones, Prof. emérito Michel Fernex, Facultad de Medicina, Universidad de Basilea (Suiza), Roger Nordmann, diputado del Parlamento suizo , Liliane Maury Pasquier, diputada del Parlamento suizo, Bruno Barillot, laureado de Nuclear Free Future Award 2010, Polinesia francesa Philippe Lebreton, Prof. honorario, Universidad de Lyon 1, Victor Ruffy, ex- présidente del Parlamento suizo , Jean-Robert Yersin, diputado del Grand Conseil ( Parlamento del cantón deVaud, Suiza), Robert J. Parsons, periodista, Isabelle Chevalley, diputada del Parlamento suizo, Luc Breton, ex- périto responsable de radioprotección, Instituto Suizo de Investigación Experimental sobre Cancer, Epalinges (Suiza), Yves Renaud, diplomado del CNAM de Paris, Jürg Buri, director de la Fundación Suiza de Energía, Zurich, Suiza, Frédéric Radeff, ciudadano de Ginebra, François Lefort, Prof. HES, Diputado del Grand Conseil (Parlamento del cantón de Ginebra), Walter Wildi, Prof. geología. Universidad de Ginebra, Joel Jakubec, Ministro de la Iglesia protestante de Ginebra, Danielle Martinet, ciudadana de Ginebra, Ciril Mizrahi, ex-miembro de la Asamblea constituyente de Ginebra, Manuel Tornare, Diputado del Parlamento suizo, ex- Alcalde de Ginebra, Salima Moyard, Diputada del Grand Conseil (Parlamento del cantón de Ginebra), Marc Oran, Diputado del Grand Conseil (Parlamento del cantón de Vaud), Guillaume Mathelier, Alcalde de Ambilly , Francia, Edouard Dommen, especialista de Etica, Micheline Calmy-Rey, ex- Presidenta de la Confédéración suiza, Renaud Gautier, Diputado del Grand Conseil (Parlamento de Ginebra), Pierre Mercier, Prof. Honorario de la Universidad de Lausanne.

Poster un commentaire

Classé dans Actions et Politiques, APAG2, en Español

Letter sent by Hellen Caldicott to Thomas Bach, President of the IOC

(The Helen Caldicott Foundation http://akiomatsumura.com)

January 23, 2014

 

Dear Mr Bach:

 

I write to you as a physician and pediatrician who is well-versed in the medical effects of atomic radiation and the radioactive pollutants that have been released into the environment from the crippled Fukushima Daiichi nuclear power plants. (My CV can be found at helencaldicott.com)

I have a deep concern for the health and well-being of the athletes who have trained so hard and so long to be eligible to compete in the 2020 Olympics in Tokyo.

TEPCO has identified over 60 varieties of man-made radioactive pollutants from samples of contaminated water that are collected on a daily basis. Many of these pollutants — for example, radioactive varieties of caesium (Cs-137), strontium (Sr-90), and iodine (I-129) — did not exist in the natural environment before the advent of nuclear fission. Thus the natural background levels of such radioactive pollutants is zero, yet once released into the environment they will remain potentially dangerous for centuries.

This means that the athletes will be subjected to inhaling or ingesting radioactive dust emitting alpha, beta and/or gamma radiation, as well as being exposed to gamma radiation (like X rays) emanating from contamination in the soil and on the streets.

 

My concerns are listed below:

1. Parts of Tokyo itself are radioactively contaminated as a result of the fallout from the Fukushima Daiichi accident almost three years ago. Samples collected randomly from apartments, moss growing on roofs and soil from streets has been tested for various radioactive elements and has found to be very radioactive. References can be provided on request.

3. Much of the food sold in Tokyo is contaminated with radioactive pollutants, having been grown in the Fukushima prefecture at the encouragement of the Japanese government. (it is impossible to taste or smell radioactive elements in food, and monitoring every item to be consumed is not practical.)

4. Many of the fish caught on the east coast of Japan carry some burden of radioactive elements, indeed some are quite severely contaminated. This is an ongoing problem; for almost three years 300 to 400 tons of radioactively contaminated groundwater has been pouring into the Pacific Ocean every day from beneath the damaged reactors.

5. If the athletes eat radioactively contaminated food or drink radioactively contaminated tea or other liquids, some of them are likely years later to develop cancer or leukemia. The incubation time for these diseases is five to eighty years depending on the particular radionuclides and the affected organs.

6. The Japanese government is incinerating radioactive waste and some of the resulting radioactive ashes are being dumped into Tokyo Bay where the athletes are expected to row and exercise.

7. Another major worry is that between now and 2020, additional releases of radioactive pollutants could occur from the Fukushima Daiichi reactors. The buildings of Units 3 and 4 are severely damaged from the original earthquake and subsequent explosions; they could well collapse if they suffer another earthquake greater than 7 on the Richter scale. Should that happen, up to 10 times more radioactive cesium than was released at Chernobyl could be released into the air. Such an event could greatly exacerbate existing contamination problems in Tokyo and pose great dangers to the athletes.

8. At the Fukushima Daiichi site, there are more than 1000 huge hastily built metal tanks holding millions of gallons of extremely radioactive water, with an additional 400 tons being pumped out from the damaged reactors on a daily basis. Some of these tanks were put together by inexperienced workers and they are held together with corroding bolts, rubber sealants, plastic pipes and duct tape. Another large earthquake would likely

rupture many of these tanks thus releasing additional volumes of highly contaminated water into the Pacific Ocean just north of Tokyo.

It is for these reasons that I strongly recommend that you urge the International Olympic Committee to assemble an independent assessment team of biomedical experts, who have

no financial or other relationship with the nuclear power industry or its regulators, to carry out a diligent investigation of all relevant areas to determine the extent of radiogenic health concerns before the ambitious plans for the 2020 Tokyo Olympics are allowed to proceed too far. Furthermore it is imperative that the assessment team understand and report on the perilous current state of the reactors, their surrounding buildings, the subterranean groundwater flow problems, and the multitudinous storage tanks on the surface filled with millions of gallons of contaminated water.

 

Sincerely,

Helen Caldicott MBBS, FRACP

 

Poster un commentaire

Classé dans Actions et Politiques, in English

Lettre de Hellen Caldicott au Président du CIO

(Source Blog Fukushima et The Helen Caldicott Foundation http://akiomatsumura.com)

 

23 janvier 2014

Cher Monsieur,

Je me permets de vous écrire en tant que médecin et pédiatre connaissant bien les effets médicaux des radiations atomiques et des polluants radioactifs qui ont été relâchés dans l’environnement par les réacteurs nucléaires de la centrale dévastée de Fukushima Daiichi. (Mon CV se trouve à l’adresse suivante : helencaldicott.com)

Je suis profondément inquiète de la santé et du bien-être des athlètes qui se seront entraînés de façon intensive depuis si longtemps pour avoir le droit de participer aux Jeux olympiques de 2020 à Tokyo.
TEPCO a identifié plus de 60 variétés de polluants radioactifs produits par l’homme dans les échantillons d’eau contaminés qui sont collectés quotidiennement. Beaucoup de ces polluants, notamment les variétés radioactives du césium (Cs-137), du strontium (SR-90, et de l’iode (I-129), n’existaient pas dans notre environnement naturel avant l’invention de la fission nucléaire. Le niveau naturel de pollution de ces substances radioactives est donc nul. Mais une fois émises dans l’environnement, elles resteront potentiellement dangereuses pendant des siècles.

Voici la liste de mes sujets d’inquiétude:

1. Certaines parties de Tokyo sont contaminées par la radioactivité provenant des retombées de l’accident de Fukushima Daiichi d’il y a presque trois ans. Des échantillons récoltés au hasard dans les appartements, dans la mousse des toits et le sol des rues, ont été testés pour divers éléments radioactifs et se sont avérés hautement radioactifs. Les références peuvent être fournies sur demande.

2. Cela signifie que les athlètes seront obligés d’inhaler ou d’ingérer de la poussière radioactive qui émet des rayons alpha, bêta et/ou gamma (comme les rayons X) émanant de la contamination du sol et des rues.

3. Une grande partie de la nourriture vendue à Tokyo est contaminée par des polluants radioactifs, car, à l’instigation du gouvernement japonais, elle provient de la préfecture de Fukushima. (On ne peut pas goûter ni sentir les éléments radioactifs dans ce qu’on mange et la surveillance de chaque denrée à consommer n’est pas envisageable.

4. Une bonne partie des poissons pêchés sur la côte est du Japon sont chargés d’éléments radioactifs. De fait, certains sont assez lourdement contaminés. Le problème est permanent, car pendant près de trois ans, entre 300 et 400 tonnes d’eau radioactive se sont écoulées chaque jour du dessous les réacteurs endommagés dans l’océan pacifique.

5. Si les athlètes mangent des aliments contaminés par la radioactivité et boivent du thé ou d’autres boissons contaminées, certains d’entre eux ont toutes les chances de développer, quelques années plus tard, un cancer ou une leucémie. La période d’incubation de ces maladies varie entre cinq et quatre-vingts ans, selon les radionucléides en jeu et selon les organes affectés.

6. Le gouvernement japonais incinère des déchets radioactifs et une partie des cendres radioactives ainsi obtenues sont déversées dans la Baie de Tokyo, là où les athlètes sont appelés à faire de l’aviron et à s’entraîner.

7. Un autre grand sujet d’inquiétude est le fait que, d’ici 2020, les réacteurs de Fukushima Daiichi pourraient générer de nouvelles émissions de polluants radioactifs. Les bâtiments des unités 3 et 4 sont sévèrement endommagés depuis le séisme initial et les explosions qui ont suivi ; ils pourraient fort bien s’effondrer s’ils devaient subir un autre séisme d’une magnitude supérieure à 7 sur l’échelle de Richter. Si cela devait arriver, des quantités de césium allant jusqu’à dix fois celles de Tchernobyl pourraient être relâchées dans les airs. Un tel événement pourrait grandement aggraver la contamination existante de Tokyo et constituer un grave danger pour les athlètes.

8. Le site de Fukushima Daiichi contient plus de 1000 cuves géantes en métal qui ont été construites à la hâte et contiennent des millions de gallons d’eau extrêmement radioactive, auxquels s’ajoutent 400 tonnes sont pompées chaque jour dans les réacteurs endommagés. Certaines de ces cuves ont été montées par des ouvriers inexpérimentés et tiennent à grand renfort de boulons rouillés, de joints en caoutchouc, de tuyaux en plastique et de ruban adhésif. En cas de nouveau séisme, plusieurs de ces cuves se rompraient vraisemblablement, rejetant des volumes supplémentaires d’eau fortement contaminée dans le Pacifique juste au nord de Tokyo. C’est donc pour ces raisons que je vous demande instamment que vous exhortiez le Comité International Olympique à mettre en place une équipe d’experts en biomédecine pour procéder à une évaluation indépendante ; ces experts qui n’auraient aucun lien financier ou autre avec l’industrie nucléaire ou les organismes chargés de la réglementer mèneraient une enquête diligente partout où cela est nécessaire pour déterminer l’ampleur des effets sanitaires radioinduits, avant que les plans ambitieux envisagés pour les Jeux de Tokyo de 2020 ne soient trop avancés. 
Il est en outre impératif que l’équipe d’évaluation fasse rapport aussi sur le périlleux état existant des réacteurs et des bâtiments environnants, les problèmes de fuites d’eaux souterraines et les multiples cuves de stockage remplies de millions de gallons d’eau contaminée installées en surface sur le site.

Veuillez agréer, cher Monsieur, l’assurance de ma haute considération.

 

Helen Caldicott MBBS, FRACP

1 commentaire

Classé dans Actions et Politiques, en français

APPEL DE GENÈVE II AUX AUTORITÉS POLITIQUES Il faut abandonner le nucléaire, et maintenant !

Les catastrophes nucléaires de Tchernobyl et de Fukushima ont eu lieu à 25 ans d’intervalle. Pourtant, on nous avait assuré que de tels accidents étaient quasiment impossibles !

Nos responsables politiques l’ont cru, et nous aussi. En réalité, la probabilité d’un tel accident

est impossible à calculer. Mais elle fut estimée à une fois en cent mille ans. La triste vérité est

que ce fut deux fois en vingt-cinq ans. Aujourd’hui, un peu moins de 400 réacteurs nucléaires

sont en état de fonctionner dans le monde. La prochaine catastrophe se produira n’importe où, n’importe quand. Et l’état actuel de ces centrales viellissantes ne peut qu’augmenter la probabilité d’une nouvelle catastrophe.

L’inventaire radioactif généré par ces installations est terrifiant : il peut exterminer chaque habitant de notre planète, et cela plusieurs dizaines de milliers de fois ! Il suffit qu’une infime fraction de cet inventaire s’échappe dans la nature pour provoquer une catastrophe. N’oublions jamais que tout ce qui peut arriver, finit par arriver … Tchernobyl et Fukushima en sont la double preuve.

Le seul et unique moyen d’éliminer ce risque est d’arrêter ces centrales, d’y entreposer les déchets qu’elles ont produit, d’extraire le combustible irradié et le conditionner dans un milieu appropriéet dans des containers adéquats, puis de transformer le site en mausolée. Ces mausolées seront autant de témoignages évoquant, pour les générations futures, les conséquences des risques technologiques non maîtrisables.

Au lieu de tenter de nous faire oublier les catastrophes déjà subies, les Etats, les institutions internationales et les pouvoirs économiques devraient décider l’abandon du nucléaire pour aborder la transition vers le tout renouvelable, parfaitement en mesure d’assurer la relève, à condition que l’on cesse d’entraver son développement.

On ne peut pas prendre encore le risque d’un accident nucléaire meurtrier qui rendra inhabitable d’immenses territoires pendant des siècles, sous prétexte d’un besoin douteux en électricité. N’oublions pas que l’on a décidé de construire des centrales nucléaires pour ensuite se demander comment vendre le courant ainsi produit. Ce qui a conduit les compagnies d’électricité à promouvoir diverses aberrations énergétiques telles que le chauffage électrique, le développement inconsidéré de l’éclairage public, notamment.

Le nucléaire n’est pas une énergie renouvelable; son abandon est donc inéluctable.

Tout retard ne fait qu’augmenter le risque d’une prochaine catastrophe. Après Fukushima, leJapon a bien arrêté la quasi totalité de ses réacteurs : c’est donc possible !

C’est la seule attitude responsable. C’est notre seul moyen de limiter les problèmes insolubles que nous léguerons aux générations futures.

 

Liste des premiers signataires

Pierre Lehmann, physicien nucléaire • Paul Bonny, citoyen genevois • Ivo Rens, Prof. honoraire de l’Université de Genève • Yves Lenoir, physicien ­­• Rémy Pagani, Maire de Genève • Michèle Rivasi, fondatrice de la CRIIRAD, députée européenne •Wladimir Tchertkoff, vice-prés. Enfants de Tchernobyl-Bélarus • Prof. Alexey V.Yablokov, Académie des sciences de Russie •Anne-Cécile Reimann, Prés. ContrAtom, Genève • Luc Recordon, député au Parlement suisse Wataru Iwata, citoyen japonais •Prof. émérite Michel Fernex, Faculté de Médecine, Bâle (Suisse) • Roger Nordmann, député au Parlement suisse • Liliane Maury Pasquier, députée au Parlement suisse • Bruno Barillot, lauréat du Nuclear Free Future Award 2010, Polynésie française • Philippe Lebreton, Prof. honoraire, Université Lyon 1• Victor Ruffy, anc. président du Conseil national (Suisse) • Jean-Robert Yersin, député au Grand Conseil (VD) • Robert J. Parsons, journaliste • Isabelle Chevalley, députée au Parlement suisse • Luc Breton, anc. expert responsable en radioprotection, Institut Suisse de Recherche Expérimentale sur le Cancer, Epalinges • Yves Renaud, diplômé du CNAM de Paris • Jürg Buri, directeur Fondation Suisse de l’Energie, Zurich • Frédéric Radeff, Citoyen de Genève • François Lefort, Prof. HES, Député au Grand Conseil (GE) • Walter Wildi, Prof géologie. Université de Genève • Joel Jakubec, Pasteur de l’Eglise protestante de Genève • Danielle Martinet, Citoyenne de Genève • Ciril Mizrahi, ancien constituant (GE) • Manuel Tornare, Député au Parlement suisse, ancien Maire de Genève • Salima Moyard, Dépotée au Grand Conseil (GE) • Marc Oran, Député au Grand Conseil (VD) • Guillaume Mathelier, Maire d’Ambilly • Edouard Dommen, Ethicien • Micheline Calmy-Rey, anc. Présidente de la Confédération suisse • Renaud Gautier, Député au Grand Conseil (GE) • Pierre Mercier, Prof. Honoraire de l’Université de Lausanne.

 

 

 

Nel 1978, un gruppo nato in seno all’Università di Ginevra lancia un appello ai rappresentanti politici dell’Europa, come pure al Parlamento Europeo, con lo scopo di trovare una soluzione alternativa al generatore di Super-Phénix a Creys-Malville (Francia) e alla società del plutonio. È l’Appello di Ginevra.

 

 

35 anni più tardi, alcuni amici, sensibilizzati dai problemi crescenti posti dal nucleare, esprimono preoccupazione di fronte alla disinformazione cronica osservata nel Giappone sinistrato e contaminato. I “nucleocrati” nutrono forse la speranza che il mondo dimentichi rapidamente questo «incidente» affinché possano vendere il loro progetto di nuovi centrali al mondo intero?

 

 

Dopo diverse consultazioni,  un testo destinato a risvegliare le coscienze è allora redatto da militanti del primo Appello di Ginevra: è l’APPELLO DI GINEVRA II

 

 

Questo testo dovrebbe essere capillarmente diffuso da ogni destinatario, presso persone di propria scelta, nelle reti informatiche, al fine di provocare delle prese di coscienza e di incoraggiare iniziative, pubblicazioni, azioni che inducano le autorità ad assumere le loro responsabilità di fronte al pericolo rappresentato da questa energia eminentemente ostile all’essere vivente.

 

 

Non disponiamo né delle strutture né delle possibilità per gestire un’operazione su scala planetaria, ma nutriamo il desiderio di contribuire, con il nostri modesti mezzi, a sensibilizzare l’opinione pubblica affinché si abbandoni al più presto un’energia a forte rischio e si acceleri il passaggio alle energie rinnovabili e prive di pericoli.

 

Per firmare questo Appello, accedete alla pagina «Sostegno»

 

E per ogni informazione: appel2genève@gmail.com

Poster un commentaire

Classé dans Actions et Politiques, APAG2, en français

APPELLO DI GINEVRA II ALLE AUTORITÀ POLITICHE Bisogna abbandonare il nucleare, e subito!

Le catastrofi nucleari di Tchernobyl e di Fukushima sono avvenute a 25 anni di distanza. Eppure, ci avevano assicurato che tali incidenti erano quasi impossibili!

I nostri responsabili politici l’hanno creduto, e pure noi. In realtà, la probabilità che un tale incidente avvenga è impossibile da calcolare ; tuttavia essa fu stimata a una volta in centomila anni. La triste verità è che ciò si è verificato due volte in venticinque anni. Oggi, quasi 400 reattori nucleari sono in grado di funzionare nel mondo. La prossima catastrofe potrà verificarsi in qualsiasi luogo, in qualsiasi momento. E lo stato attuale di queste centrali, che stanno invecchiando, non può che aumentare la probabilità di una nuova catastrofe.

La quantità di materiale radioattivo generato da queste istallazioni è terrificante: è in grado di sterminare tutti gli abitanti del nostro pianeta, e ciò per diverse dozzine di migliaia di volte! È sufficiente che una piccolissima quantità si sprigioni nella natura per provocare una catastrofe. Non dobbiamo mai dimenticare che tutto quanto può succedere, prima o poi finisce per succedere… Tchernobyl e Fukushima ne sono la prova.

Il solo e unico mezzo per eliminare questo rischio è quello di chiudere le centrali, neutralizzandone i detriti che hanno prodotto; di estrarre il combustibile irradiato, confinandolo in un ambiente appropriato e in contenitori adeguati; infine, di trasformare i vari siti in mausolei, che costituiranno altrettante testimonianze evocatrici, per le generazioni future, delle conseguenze dei rischi tecnologici non gestibili.

Invece di tentare di farci dimenticare le catastrofi già subite, gli Stati, le istituzioni internazionali e i poteri economici dovrebbero decidere l’abbandono del nucleare a favore delle energie rinnovabili, perfettamente capaci di assicurare la ripresa, a condizione che si cessi di ostacolarne il loro sviluppo.

Non si può rischiare un incidente nucleare devastante, che renderà inabitabili per secoli immensi territori, con il solo pretesto di un manco di elettricità. Non dimentichiamo che abbiamo deciso di costruire delle centrali nucleari per poi chiederci come vendere la corrente da esse prodotta. Ciò ha indotto le compagnie di elettricità a promuovere diverse aberrazioni energetiche, come ad esempio il riscaldamento elettrico o lo sviluppo sconsiderato dell’illuminazione pubblica.

Il nucleare non è un’energia rinnovabile; il suo abbandono è dunque ineluttabile.

Ogni ritardo non fa che aumentare il rischio di una prossima catastrofe. Dopo Fukushima, il Giappone ha interrotto la quasi totalità dei suoi reattori: ciò è dunque possibile !

È la sola attitudine responsabile. È il nostro solo mezzo per limitare i problemi insolubili che trasmetteremo alle generazioni future.

Comitato di promozione

Pierre Lehmann, physicien nucléaire • Paul Bonny, citoyen genevois • Ivo Rens, Prof. honoraire de l’Université de Genève • Yves Lenoir, physicien ­­• Rémy Pagani, Maire de Genève • Michèle Rivasi, fondatrice de la CRIIRAD, députée européenne •Wladimir Tchertkoff, vice-prés. Enfants de Tchernobyl-Bélarus • Prof. Alexey V.Yablokov, Académie des sciences de Russie •Anne-Cécile Reimann, Prés. ContrAtom, Genève • Luc Recordon, député au Parlement suisse Wataru Iwata, citoyen japonais •Prof. émérite Michel Fernex, Faculté de Médecine, Bâle (Suisse) • Roger Nordmann, député au Parlement suisse • Liliane Maury Pasquier, députée au Parlement suisse • Bruno Barillot, lauréat du Nuclear Free Future Award 2010, Polynésie française • Philippe Lebreton, Prof. honoraire, Université Lyon 1• Victor Ruffy, anc. président du Conseil national (Suisse) • Jean-Robert Yersin, député au Grand Conseil (VD) • Robert J. Parsons, journaliste • Isabelle Chevalley, députée au Parlement suisse • Luc Breton, anc. expert responsable en radioprotection, Institut Suisse de Recherche Expérimentale sur le Cancer, Epalinges • Yves Renaud, diplômé du CNAM de Paris • Jürg Buri, directeur Fondation Suisse de l’Energie, Zurich • Frédéric Radeff, Citoyen de Genève • François Lefort, Prof. HES, Député au Grand Conseil (GE) • Walter Wildi, Prof géologie. Université de Genève • Joel Jakubec, Pasteur de l’Eglise protestante de Genève • Danielle Martinet, Citoyenne de Genève • Ciril Mizrahi, ancien constituant (GE) • Manuel Tornare, Député au Parlement suisse, ancien Maire de Genève • Salima Moyard, Dépotée au Grand Conseil (GE) • Marc Oran, Député au Grand Conseil (VD) • Guillaume Mathelier, Maire d’Ambilly • Edouard Dommen, Ethicien • Micheline Calmy-Rey, anc. Présidente de la Confédération suisse • Renaud Gautier, Député au Grand Conseil (GE) • Pierre Mercier, Prof. Honoraire de l’Université de Lausanne.

Poster un commentaire

Classé dans Actions et Politiques, APAG2, in Italiano

La Ville de Genève signe l’Appel de Genève II

Image

Poster un commentaire

Classé dans Actions et Politiques, Actualité, APAG2, en français, Suisse

Jean-Pierre Dupuy, Pour un catastrophisme éclairé

Jean-Pierre Dupuy, Pour un catastrophisme éclairé, Quand l’impossible est certain, Essais, Editions du Seuil, Paris, 2002, 219 pages. (Causerie diffusée sur Radio Zones le 18 février 2014)

 

Aujourd’hui, Ivo Rens, vous nous présentez un auteur inclassable : Jean-Pierre Dupuy. En effet, c’est tout à la fois un ingénieur, un philosophe, un ancien compagnon d’Ivan Illich et probablement pas un écologiste. Qui est donc ce Jean-Pierre Dupuy qui a retenu votre attention ?

Jean-Pierre Dupuy est un philosophe et épistémologue français contemporain. Né en 1941, il a une formation d’ingénieur de l’Ecole polytechnique et l’Ecole des mines de Paris. Mais il s’est rapidement intéressé aux sciences humaines, en passant par les sciences cognitives, puis a consacré la majeure partie de son œuvre, considérable, à la philosophie sociale et politique. Plus que d’autres philosophes français, il  a été marqué par des penseurs anglo-saxons. Comme ses amis René Girard et Michel Serres, il a aussi enseigné à la prestigieuse Université de Stanford en Californie.

Je me contenterai de citer ici quelques-uns de ses livres, ceux que j’ai lus peu après leur parution : La trahison de l’opulence, écrit avec Jean Robert, paru en 1976, Le sacrifice et l’envie. Le libéralisme aux prises avec la justice sociale, paru en 1992, Pour un catastrophisme éclairé, Quand l’impossible est certain, paru également en 1992, Petite métaphysique des tsunamis, paru en 2005 et Retour de Tchernobyl, Journal d’un homme en colère, paru en 2006. C’est d’ailleurs là une liste très incomplète des ses œuvres.

La pensée de Jean-Pierre Dupuy est interdisciplinaire et donc à contre-courant de la spécialisation des sciences sociales et de la philosophie académique. Il a été marqué assurément par Henri Bergson, Hans Jonas et Ivan Illich, mais aussi par les philosophies  de Leibniz, d’Adam Smith et de Jean-Jacques Rousseau, par les économistes néo-classiques, par Popper et Hayek, mais davantage par Leonard Savage et John von Neumann qui furent, au lendemain de la IIe Guerre mondiale, les fondateurs de la théorie de la décision. Curieusement, il ne cite jamais le bioéconomiste Nicholas Georgescu-Roegen non plus que  le Rapport de Donella et Dennis Meadows sur Les limites à la croissance, paru en 1972, qui pourtant figurent parmi les pionniers de la problématique écologique mondiale.  Ultérieurement à l’ouvrage que je présente, Jean-Pierre Dupuy sera marqué aussi par le catastrophisme de Gunter Anders, l’ex-époux de Hannah Arendt qu’il présente comme le philosophe de l’âge atomique dans sa préface à Hiroshima est partout paru en 2008. L’édition originale en allemand date de 1995.

En quoi la pensée de Jean-Pierre Dupuy participe-t-elle de la prise de conscience écologique ?

En tant que collaborateur et principal diffuseur en langue française, avec Jean Robert, de la pensée iconoclaste de Ivan Illich, il contribua indéniablement dans les années 1970 à l’essor de l’écologie politique. Le concept central de l’ouvrage que je me propose de commenter – le catastrophisme – même s’il n’appartient pas en propre à la pensée écologique, relève assurément de la prise de conscience écologique, en tout cas depuis Hiroshima et Nagasaki. C’est d’ailleurs ce que Jacques Grinevald et moi avions souligné dès 1975 dans une étude intitulée “Réflexions sur le catastrophisme actuel“.

Cela dit, il est vrai que Jean-Pierre Dupuy a davantage médité sur les sciences sociales et la vertigineuse dialectique de l’équilibre de la terreur que sur la problématique de l’évolution ou sur la crise de la biodiversité. D’ailleurs il ne cite guère de biologistes et jamais les écologues, ni français, ni étrangers. Roger Dajoz, Fançois Ramade, Patrick Blandin et Philippe Lebreton, par exemple, lui sont apparemment inconnus, de même que Evelyn Hutchinson, Rachel Carson, Barry Commoner, les frères Odum, ou Paul Ehrlich, dont les réflexions sont à l’origine de l’irruption de l’écologie et de la problématique environnementale dans le débat politique à l’échelle mondiale. Quant à la question des dangers pour le vivant inhérents à l’industrie électronucléaire, elle ne s’impose véritablement à lui qu’avec son livre sur Tchernobyl paru en 2006 et donc après la parution de l’ouvrage que j’ai retenu. En revanche, l’écriture de ce livre porte la marque de l’attentat de l’hyper-terrorisme du 11 septembre 2001.

Comment s’organise donc Pour un catastrophisme éclairé ?

L’approche de Jean-Pierre Dupuy, dans cet ouvrage, est principalement épistémologique, c’est-à-dire relative aux conditions de la connaissance que nous pouvons nous faire des menaces qui pèsent sur nos sociétés industrielles, sur l’espèce humaine et, plus généralement, sur le monde vivant. Elle a aussi de fortes composantes éthique et politique et une ambition anthropologique et métaphysique. Mais elle s’organise essentiellement en fonction des réflexions de l’auteur sur la théorie de la décision.

Plutôt que de l’analyser en détail, je me concentrerai sur deux ou trois de ses idées, celle de principe de précaution, celles de catastrophe et de catastrophisme, en l’occurrence éclairé ou rationnel, puis celle du destin à conjurer, et je tenterai ensuite d’évaluer la pertinence, mais aussi les limites, de cette approche.

Exposez-nous donc l’apport de Dupuy à la notion de principe de précaution.

Jean-Pierre Dupuy consacre au principe de précaution plusieurs dizaines de pages à la lumière de la théorie de la décision qui, selon lui, n’est qu’un autre nom de la démarche économique “coût-avantage“.

Curieusement, il ne signale pas où et quand il s’est imposé – soit à la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement qui s’est tenue à Rio en 1992 – et il en fait une critique sévère en se fondant sur la seule version juridique française de ce principe – la loi Barnier de 1995 – et non sur son énoncé dans la Déclaration de Rio, et sans même mentionner que la loi française diffère substantiellement de son énoncé dans la Déclaration de Rio.

Voici ce fameux principe, tel qu’énoncé dans la Déclaration de Rio en 1992 : « En cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement. »

Et voilà la version légale française : « L’absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l’environnement à un coût économiquement acceptable ».

Il est évident que la version française introduit deux conditions qui n’existent pas dans la Déclaration de Rio. Pour que les mesures de précaution soient adoptées en France, encore faut-il qu’elles soient proportionnées et que leur coût soit économiquement acceptable. Proportionnées à quoi ? demande Dupuy. Et acceptable par qui ? – aurait-il pu ajouter.

Tout défenseur conséquent de l’environnement ne peut qu’approuver le texte onusien et rjeter sa version française.

Mais critique-t-il le principe lui-même ou sa version française ?

Comme il ne distingue pas la version française de son modèle international, on peut se poser la question.

Je pense néanmoins qu’il critique l’idée même de précaution en tant qu’elle se distinguerait de la prévention.

Invoquant le philosophe Hans Jonas, pourtant l’un des inspirateurs du principe de précaution, Dupuy affirme notre ignorance irrémédiable des conséquences possibles des applications de nos techniques toujours plus puissantes.

La notion de risques de dommages graves perd toute rigueur du moment que l’on ne peut les mesurer statistiquement, faute d’occurrences.

On est donc dans l’ignorance. Mais le principe de précaution – dans sa version française, ce qu’omet de préciser Dupuy – laisse entendre que, avec le temps, les progrès de la science pourraient y remédier.

Dupuy oppose trois arguments à cet optimisme scientiste :

1.- Du fait de leur complexité, les écosystèmes possèdent une extraordinaire stabilité et une remarquable résilience qui leur permettent de résister à quantité d’agressions. Mais, passé un certain degré d’agression, sans qu’on en connaisse le seuil, ils basculent vers des régimes différents que l’on ne connaît pas. Et qui sont même imprédictibles.

2.- Les systèmes techniques peuvent se combiner avec les systèmes naturels et former des systèmes hybrides. Or, les systèmes techniques comportent des boucles de rétroaction positives qui peuvent conférer aux systèmes hybrides des développements totalement imprévisibles.

3.- Toute prévision dépendant d’un savoir futur est rigoureusement impossible.

Du fait de sa puissance technique, et malgré toute sa science, l’humanité se trouve donc menacée de périls graves et irréversibles et de risques qu’elle ne peut ni connaître ni gérer.

Si je comprends bien, le catastrophisme éclairé de Jean-Pierre Dupuy est un autre nom de l’heuristique de la peur prônée par Hans Jonas…

Elle en est plutôt une interprétation qui se veut plus subtile et plus efficace que celle de son illustre prédécesseur car elle conteste la démarche des “gestionnaires du risques“ qui se sont imposés dans les Etats, et particulièrement en France, depuis la parution du Principe responsabilité de Hans Jonas, en allemand en 1979 et en français 1997.

Je cite Jean-Pierre Dupuy critiquant ces experts du risque :

« Le changement climatique, la pollution des océans, les dangers de l’énergie nucléaire ou du génie génétique, le déclenchement de nouvelles épidémies ou endémies : l’humanité saura bien s’en accommoder ou trouver les réponses techniques adéquates. La catastrophe a ceci de terrible que non seulement on ne croit pas qu’elle va se produire alors même qu’on a toutes les raisons de savoir qu’elle va se produire, mais qu’une fois qu’elle s’est produite elle apparaît comme relevant de l’ordre normal des choses. »

Le malheur de notre époque, selon Dupuy, c’est que l’on ne croit pas ce que pourtant l’on sait. La catastrophe est annoncée par d’éminents scientifiques, mais nous préférons croire que les experts officiels pourront nous l’éviter. Je le cite à nouveau :

« C’est cette métaphysique spontanée du temps des catastrophes qui est l’obstacle majeur à la définition d’une prudence adaptée aux temps actuels. »

Mais que faire contre cette malédiction ?

Contre cette métaphysique spontanée maléfique, Jean-Pierre Dupuy va élaborer une métaphysique qui se veut la voie étroite conduisant au salut , métaphysique que  je vais maintenant présenter synthétiquement. Dans le temps limité qui m’est imparti, je ne puis toutefois pas retracer dans tous ses détails et ses paradoxes le raisonnement de Jean-Pierre Dupuy. Ce dernier veut rendre performant, c’est-à-dire efficace, le discours du “prophète de malheur“ qu’est le “catastrophiste éclairé“.

Pour ce faire, il oppose le temps de l’histoire, qui est celui où le passé nous apparaît comme déterminé par diverses causes et où l’avenir est ouvert sur des embranchements de possibles, au temps du projet où le passé et l’avenir sont figurés en boucle de rétroaction, la représentation d’un avenir suprêmement détestable pouvant influer le présent et éviter cet avenir-là.

Nous nous retrouvons alors dans une situation voisine de celle qui exista durant la guerre froide, que l’on qualifia de destruction mutuelle assurée en cas d’agression, en anglais Mutual Assured Destruction (MAD). C’est réellement fou ! Pour cela, il suffit que l’avenir en question revête les traits de la fatalité.

Je cite une dernière fois Pour un catastrophisme éclairé :

« Le catastrophisme éclairé consiste à penser la continuation de l’expérience humaine comme résultant de la négation d’une autodestruction – une autodestruction qui serait inscrite dans un avenir figé en destin. Avec l’espoir, comme l’écrit Borges, que cet avenir, bien qu’inéluctable, n’ait pas lieu. »

Que penser de cette métaphysique ?

Il me semble tout d’abord que, contrairement à ce qu’affirme Dupuy, cette proposition ne relève pas de la métaphysique, mais de la stratégie, de la rhétorique, de l’argumentation, de la psychologie individuelle et collective, bref du discours politique au sens noble du terme. Le seul élément ressortissant à la métaphysique est sa référence sibylline à la fatalité, au destin. Au demeurant, l’intervention sur le présent des représentations négatives que l’on se fait de l’avenir est connue des penseurs de l’antiquité gréco-latine et surtout de la tradition hébraïque ou chrétienne comme l’atteste toute la littérature apocalyptique.

Pour tenter d’en évaluer l’efficacité, il me semble utile de consulter deux livres ultérieurs de cet auteur, Petite métaphysique des tsunamis, paru en 2005 et Retour de Tchernobyl, journal d’un homme en colère, paru en 2006.

Alors que Jean-Pierre Dupuy avait achevé le texte d’une conférence que lui avait demandée l’Université de Lyon II pour célébrer en 2005 le triple anniversaire du tremblement de terre de Lisbonne en 1755, de la découverte d’Auschwitz-Birkenau en janvier 1945 et des bombes atomiques lâchées en août 1945 sur Hiroshima et Nagasaki, survint le tsunami de décembre 2004 qui ravagea Sumatra et plusieurs pays riverains de l’Océan indien. C’est cette circonstance, totalement imprévisible, qui lui inspira le titre du premier de ces opuscules où affleure le catastrophisme de Günter Anders, l’auteur de L’obsolescence de l’homme, dont le premier tome parut en français en 2001, alors qu’il était paru en allemand en 1956. A l’imprévisibilité des désastres de Lisbonne et Sumatra s’oppose la prévisibilité des deux autres désastres qui n’ont pu être évités bien qu’ils eussent été prévus par certains.

Mais la responsabilité humaine est quand même tout autre pour les événements prévisibles !

Certes ! J’y viens à présent avec Retour de Tchernobyl. Cet ouvrage est constitué du journal que tint Jean-Pierre Dupuy lors du séjour qu’il fit en Ukraine et notamment à Tchernobyl en aout 2005 puis à son retour à Paris jusqu’en février 2006.

Il effectua ce déplacement pour participer (à Kiev) à une université d’été consacrée à l’analyse des conséquences de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, à l’approche du vingtième anniversaire de celle-ci, survenue le 26 avril 1986.

La première colère que relate Dupuy dans Retour de Tchernobyl, journal d’un homme en colère, est provoquée par certains de ses interlocuteurs ukrainiens qui faisaient état de centaines de milliers de morts causés par la l’accident. Puis, sa colère se retourne contre l’évaluation du nombre des victimes par le Forum de Tchernobyl, mis en place en 2002 par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA, dont le siège est à Vienne), l’Organisation mondiale de la santé (dont il ne mentionne pas qu’elle a abdiqué ses compétences en matière nucléaire à l’AIEA) et plusieurs autres institutions des Nations Unies. Après de savantes enquêtes et évaluations, ledit Forum avance le chiffre de 4’000 morts. Nouvelle colère de Dupuy qui juge ce chiffre trompeur et retient le chiffre de 40’000 morts. Pour ma part, j’incline à penser que ce dernier chiffre est encore largement sousestimé puisque, en 2010, l’Académie des sciences de New-York devait dénombrer 985’000 vies perdues du fait de la catastrophe entre 1986 et 2004, soit tout près d’un million. J’incline donc à penser que la colère de Dupuy trouve sans doute son origine  ailleurs encore, dans des zones de sa psychè qu’il se garde de sonder.

L’initiative de l’université d’été à laquelle participa Jean-Pierre Dupuy émanait du « Laboratoire d’analyse sociologique et anthropologique des risques (LASAR) de l’Université de Caen et plus spécialement à l’un de ses chercheurs, le sociologue Frédérick Lemarchand.» (p. 20) Et il relate longuement les échanges qu’il eut avec différents membres de ce LASAR tant à Kiev et Tchernobyl qu’après son retour à Paris.

Au passage, Dupuy s’émerveille de la connaissance du français qu’ont les participants ukrainiens à cette manifestation. « Il est vrai, précise-t-il, que plusieurs des participants sont membres du projet ETHOS-CORE, dont certains des fondateurs furent des chercheurs français. Le projet, qui s’est d’abord développé en Biélorussie, le pays le plus touché par la catastrophe se déploie à présent en Ukraine. Ses objectifs ont quelque chose à voir avec la science-fiction.  « “Comment vivre le plus sainement possible après une apocalypse nucléaire ?» pourrait en être le slogan.» (p. 23,24) En réalité, les compagnons de Jean-Pierre Dupuy, membres du LASAR, étaient vraisemblablement associés à ce projet.

Si, dans ses échanges avec Lemarchand et ses collègues, Dupuy met en doute la possibilité d’apparition d’une “culture du risque“ radioactif, il semble  en revanche avoir oublié sa prévention contre les “gestionnaires du risque“ et ne s’interroge nullement sur les implications de leur projet pour la préparation de situations accidentelles ailleurs que dans la région de Tchernobyl.

Mais le projet EHOS-CORE  ne relève-t-il pas de l’humanitaire ?

Je crains que non. Voici ce qu’en pense une chercheuse française.

Dans son remarquable ouvrage La France nucléaire. L’art de gouverner une technologie contestée, paru au Seuil, en septembre 2013, Sezin Topçu, historienne et sociologue des sciences, chargée de recherche au CNRS, rappelle que les responsables français de l’électronucléaire ont longtemps affirmé qu’un accident grave, comportant des conséquences sur la santé publique, était impossible en France. Toutefois, après Tchernobyl, ils ont progressivement changé de discours. C’est ce que signale l’article paru dans Le Monde le 21 octobre 2008 sous le titre “La France se prépare aux conséquences d’un accident de type Tchernobyl sur son sol.“ (S. Topçu, op. cit. p. 242)

Selon Sezin Topçu, il semble que la genèse de cette évolution doive être recherchée du côté de deux experts français : « l’un directeur du bureau d’études Mutadis – un cabinet spécialisé dans la gestion des activités à risque -, et l’autre, sociologue-psychanalyste de l’Université de Caen, qui se sont vu confier par la Commission européenne le Programme européen pour l’évaluation des conséquences de l’accident de Tchernobyl (1991-1995). (S. Topçu, p. 225) Cette société avait été très active dans le lancement du projet Ethos visant à aider les populations d’un district de Biélorussie, déplacées ensuite de l’accident, à retourner en zone contaminée pour y apprendre à “vivre autrement“ en gérant elles-mêmes leur contamination radiologique. Cette politique aboutit à “l’individualisation des risques“ qui avaient été pris par les autorités soviétiques. Curieusement, le gouvernement suisse a accepté de cofinancer, avec la Commission européenne, une deuxième étape de ce projet. (S. Topçu, p. 226)

En 2003,  un vaste programme international nommé Core (Coopération pour la réhabilitation des conditions de vie dans les territoires contaminés de Biélorussie) a été lancé pour déployer Ethos dans d’autres districts de Biélorussie, avec à nouveau une participation financière suisse. (S. Topçu, p. 238)

Le projet EHOS-CORE serait-il alors une émanation des promoteurs français du nucléaire ?

D’après Sezin Topçu, il émane non seulement des promoteurs français du nucléaire, mais aussi des instances de l’Union européenne.

En 2002 – écrit-elle – peu avant le lancement de ce programme, un projet européen  a vu le jour qui se propose d’élaborer un guide de culture radiologique pratique à destination du grand public. Selon S. Topçu, ce programme a deux volets : « Le premier est celui d’une pédagogie de la catastrophe, l’objectif étant d’habituer les individus à l’idée d’un changement profond et irréversible de leurs conditions de vie. Et le second volet traite d’une pédagogie de la responsabilité, de la responsabilisation préalable des individus avant même que la catastrophe ne survienne pour qu’ils aient connaissance du rôle actif et permanent qu’ils seront amenés à jouer dans un contexte post-accidentel. »(S. Topçu, p. 240,1)

Et il faut savoir que les experts français d’Ethos sont bien à l’œuvre à Fukushima, comme en Biélorussie et en Ukraine, où ils accumulent un savoir en vue de notre avenir.

Mais Jean-Pierre Dupuy pouvait ne pas prévoir ces développements !

Certes ! Mais n’aurait-il pas dû se préoccuper de ce qu’était le projet ETHOS-CORE en 2005 et en rechercher la signification pour l’avenir de la France et de l’Europe ?

Pour ma part, ce Retour de Tchernobyl, m’a incité à une nouvelle lecture de Pour un catastrophisme éclairé.

Son auteur s’est-il interrogé sur la responsabilité de la France et de ses élites intellectuelles dans le risque de catastrophe inhérent à la nucléarisation exceptionnelle de son pays ?

Quelle a été sa position face au mouvement antinucléaire français et européen qui, lui, depuis maintenant quarante ans, n’a cessé de dénoncer ce risque, non point au nom du principe de précaution, mais tout simplement pour prévenir une catastrophe ?

Comment a-t-il réagi aux avertissements nombreux qui s’élevèrent dès 1976 contre la construction du surgénérateur Super-Phénix de Creys-Malville de 1200 MWé, comportant près de cinq tonnes de plutonium, l’une des substances radioactives les plus toxiques, et refroidi avec quelque 5’000 tonnes de sodium, un métal qui peut s’enflammer spontanément à l’air et explose au contact de l’eau ?

Et que pense-t-il de la récente décision des autorités françaises qui, malgré l’échec ruineux du Super-Phénix, ont décidé de construire le surgénérateur Astrid de 600 MWé, prévu lui aussi pour fonctionner avec des tonnes de plutonium et de sodium liquide ?

A ma connaissance, il ne se pose pas ces questions et, en tout cas, n’en débat-il jamais. Il n’a pas écouté les lanceurs d’alarme et, s’il les a entendus, il ne leur a répondu que par son silence. Le prophète du catastrophisme éclairé me paraît avoir  été passablement inconséquent avec ses principes.

Mais qu’aurait-il pu faire ?

Pour prévenir la catastrophe que préparent les promoteurs français du nucléaire, l’ingénieur-philosophe qu’il est  aurait dû commencer par s’interroger sur les conditions particulières qui ont permis et favorisé cette périlleuse évolution.

Il y a tout d’abord, me semble-t-il, l’héritage idéologique du saintsimonisme et du marxisme dans l’intelligentsia française, notamment dans les grandes écoles, particulièrement à l’Ecole polytechnique et à l’Ecole des mines, qui ont fourni tant de dirigeants du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et de l’électronucléaire français. Rappelons que le communiste Frédéric Joliot-Curie fut le premier patron du CEA.

Il y a l’héritage gaulliste de la volonté de grandeur qui a trouvé un exutoire dans ce domaine à haut risque, plus ou moins délaissé par les autres grandes puissances en raison de sa dangerosité.

Il y a aussi l’impécuniosité des universitaires français, parmi les moins bien payés en Europe, ce qui induit la vénalité d’une frange d’entre eux qui se laissent séduire par les promoteurs d’activités douteuses en mal de crédibilité, dont celles relatives au nucléaire.

Il y a, sans doute, bien d’autres circonstances qu’un esprit aussi érudit et averti que Jean-Pierre Dupuy aurait pu détecter et qui lui auraient permis de contribuer à épargner à la France le désastre auquel ses nucléocrates ont pu impunément choisir de l’exposer, si seulement il avait eu le courage de s’émanciper de la solidarité clanique des grandes écoles et du Corps des mines, dont il est issu.

Jean-Pierre Dupuy a préféré présider le Comité d’éthique et de déontologie de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) dont la charte d’éthique et de déontologie ignore, tout simplement, le principe de précaution, même dans sa version édulcorée par le Parlement français !

Poster un commentaire

Classé dans Actions et Politiques, Catastrophes, en français, Problématiques énergétiques

Réplique du Bureau de l’APAG2 au Président de la Confédération suisse

A Monsieur Ueli Maurer,
Président de la Confédération
Au Conseil fédéral de la
Confédération suisse
Palais fédéral
3003 Berne

Concerne : Sortie du nucléaire.            Genève, ce 22 novembre 2013

Monsieur le Président de la Confédération,
Mesdames les Conseillères fédérales,
Messieurs les Conseillers fédéraux,

Nous vous remercions, Monsieur le Président de la Confédération, de votre lettre du 11 novembre répondant à notre missive du 14 septembre 2013. Nous sommes sensibles à votre affirmation selon laquelle le Conseil fédéral partage l’objectif de l’Appel de Genève II d’abandonner l’énergie nucléaire.

Il existe toutefois une différence entre notre position et celle du Conseil fédéral, c’est que nous souhaitons que cet abandon ait lieu avant que ne survienne dans nos centrales un accident nucléaire. Certes, le Conseil fédéral se veut du même avis, mais il « souhaite toutefois laisser en service les centrales existantes aussi longtemps qu’elles seront sûres » et se fie, quant à leur sécurité et à leur sûreté, à l’avis de l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN).

C’est sur ce point capital que réside notre divergence. Nous sommes d’avis que dans notre monde de violence, la sûreté des centrales nucléaires n’est jamais garantie et que, au surplus, la sécurité de nos centrales est sujette à caution parce que plusieurs d’entre elles figurent parmi les plus vieilles du monde et qu’il n’est guère contesté que la sécurité des centrales décroît avec leur vieillissement du fait du bombardement neutronique prolongé de la cuve et des autres dispositifs exposés.

Nos sommes également d’avis que l’expertise scientifique institutionnalisée aussi est sujette à caution, nonobstant la compétence et l’impartialité des experts de l’IFSN, car, du fait même de leur position officielle, ces derniers ne peuvent s’empêcher d’opérer une pesée d’intérêts entre les critères de sécurité ou de sûreté et les inconvénients pour l’économie d’un abandon immédiat. Or, nous sommes d’avis qu’une telle pesée d’intérêt est fallacieuse tant le désastre inhérent à la contamination radioactive et à l’inhabitabilité d’une partie de notre pays ensuite d’un accident grave, qui pourrait survenir demain, est incommensurable avec les inconvénients incontestables d’un abandon immédiat pour l’économie.

Nous vous serions reconnaissants, Monsieur le Président, de bien vouloir faire valoir notre position au Conseil fédéral ainsi qu’aux Chambres fédérales, car nous sommes profondément convaincus qu’il y va de l’intérêt général dont le Conseil fédéral, le Conseil national et le Conseil des Etats ont la  garde.

Dans cette attente, nous vous adressons, Monsieur le Président de la Confédération, Mesdames et Messieurs les Conseillers fédéraux, l’assurance de notre haute considération.

Pour l’Appel de Genève II,

Paul Bonny, Citoyen de Genève
Ivo Rens, Professeur honoraire,  Université de Genève
Rémy Pagani,  Conseiller administratif, Ancien Maire de Genève

Copie aux Présidents du Conseil national, du Conseil des Etats, du Conseil d’Etat de Genève, du Grand Conseil de Genève et de la Maire de Genève.

Poster un commentaire

Classé dans Actions et Politiques, en français, Suisse

Open Letter from nine Nobel Peace Laureates

Choose Renewable Energy Over Nuclear Power: Nobel Peace Laureates to World Leaders

On the twenty-fifth anniversary of the Chernobyl nuclear disaster in Ukraine–and more than two months after the massive earthquake and tsunami that devastated Japan–we the undersigned Nobel Peace Laureates ask you to invest in a safer and more peaceful future by committing to renewable energy sources.  It is time to recognize that nuclear power is not a clean, safe or affordable source of energy.

We are deeply disturbed that the lives of people in Japan are being endangered by nuclear radiation in the air, in the water and in the food as a result of the breakdown at the Fukushima nuclear plant.  We firmly believe that if the world phases out its current use of nuclear power, future generations of people everywhere–and the Japanese people who have already suffered too much–will live in greater peace and security.

“Twenty-five years after Chernobyl, some people claim things are getting better.  I disagree,” says Mykola Isaiev, a Chernobyl liquidator (a person who helped clean up the site).  “Our children are sick from eating contaminated food and our economy is destroyed.”  Isaiev says he can relate to the liquidators now working in Japan.  Like him, they probably did not question much the safety of nuclear power.

Consider the words of a shopkeeper in Kesennuma, one of the towns that bore the full force of the tsunami along the northeast coast: “That radiation thing is extremely scary.  It is beyond a tsunami. A tsunami you can see. But this you cannot see.”

The sad reality is that the nuclear radiation crisis in Japan can happen again in other countries, as it already has in Chernobyl in the former Ukraine SSR (1986), Three Mile Island in the United States (1979) and Windscale/Sellafield in the United Kingdom (1957).  Nuclear accidents can and do result from natural disasters–such as earthquakes and tsunamis–and also from human error and negligence.   People around the globe also fear the possibility of terrorist attacks on nuclear power plants.

But radiation is not just a concern in a nuclear accident.  Each link in the nuclear fuel chain releases radiation, starting with drilling for uranium; it then continues for generations because nuclear waste includes plutonium that will remain toxic for thousands of years.  Despite years of research, countries with nuclear energy programs such as the United States have failed to solve the challenge of finding safe and secure storage for “spent” nuclear fuel.  Meanwhile, every day more spent fuel is being generated.

Nuclear power advocates must confront the fact that nuclear power programs provide the ingredients to build nuclear weapons.  Indeed, this is the underlying concern with regards to Iran’s nuclear program. While the nuclear industry prefers to ignore this huge threat in pursuing nuclear energy, it does not go away simply because it is downplayed or ignored.

We must also face the harsh economic truth of nuclear energy.  Nuclear power does not compete on the open market against other energy sources, because it cannot.  Nuclear power is an exorbitantly expensive energy option that is generally paid for by the taxpayer.  The nuclear industry has received extensive government subsidies–taxpayer money–for underwriting of construction, liability caps and insurance for clean up and health costs.   We can more responsibly invest this public money in new sources of energy.

There are presently over 400 nuclear power plants in the world–many, in places at high risk for natural disaster or political upheaval.  These plants provide less than 7% of the world’s total energy supply.  As world leaders, you can work together to replace this small amount of energy from other readily available, very safe and affordable sources of energy to move us towards a carbon-free and nuclear-free future.

We can’t stop natural disasters such as those that just occurred in Japan, but together we can make better choices about our energy sources.
We can phase out fossil fuels and nuclear power and invest in a clean energy revolution. It’s already underway. Globally in the last five years there has been more new energy coming from wind and solar power than from nuclear power plants.  Global revenue from solar, wind and other renewable energy sources surged 35% in 2010. Investing in these renewable energy sources will also create jobs.

Renewable energy sources are one of the powerful keys to a peaceful future. That’s why so many people around the world–especially young people–are not waiting for governments to make the switch, but are already taking steps in that direction on their own.

Committing to a low-carbon, nuclear-free future will enable countries to partner with and expand the growing and increasingly influential global citizen’s movement that rejects nuclear proliferation and supports renewable sources of energy.  We ask you to join them and create a powerful legacy that will protect and sustain not only future generations but also our planet itself.

Sincerely,
Betty Williams, Ireland (1976)
Mairead Maguire, Ireland (1976)
Rigoberta Menchu Tum, Guatemala (1992)
Jody Williams, USA (1997)
Shirin Ebadi, Iran (2003)
Wangari Maathai, Kenya (2004)
Archbishop Desmond Tutu, South Africa (1984)
Adolfo Perez Esquivel, Argentina (1980)
President Jose Ramos Horta, East Timor (1996)

April 26, 2011

–       See more at: http://nobelwomensinitiative.org/2011/04/no-to-nuclear-power/#sthash.ZKdDrnrW.dpuf

Poster un commentaire

Classé dans Actions et Politiques, Actualité, in English