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Des leçons ont été tirées de la catastrophe de Tchernobyl, mais ce n’est pas au bénéfice des populations

 
Source :

Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD)

21 avril 2016

 

Les autorités internationales, européennes et nationales ont mis en place

un cadre juridique destiné à gérer à moindre coût les catastrophes nucléaires.

Après un accident nucléaire, la protection des populations devrait être au cœur des décisions mais les coûts d’une catastrophe sont tels qu’ils ont conduit les États mettre en place une gestion « optimisée » qui fait supporter aux victimes de la pollution la plus grande part des dommages économiques et sanitaires.

 

Les concepts que le lobby nucléaire français[1] a testé et mis au point au Bélarus ont été intégrés aux recommandations de la Commission Internationale de Protection Radiologique (CIPR). Ils  sont désormais mis en œuvre dans les territoires contaminés par les rejets de la centrale de Fukushima-Daiichi. Le « développement durable en zone contaminée » se substitue à l’obligation de relogement dans des zones exemptes de risque radiologique : il faut apprendre aux habitants des zones affectées à vivre avec la radioactivité, les équiper de radiamètres et de dosimètres afin qu’ils limitent au mieux leur niveau d’exposition, qu’ils contrôlent le niveau de contamination de leur alimentation. Les victimes doivent être résilientes et autonomes. Elles deviennent responsables de leur protection contre les risques d’irradiation et de contamination (et potentiellement coupables si au final elles tombent malades). Les photographies d’écolières, avec leur dosimètre en guise de pendentif, illustrent parfaitement combien est devenu banal, normal, une réalité qui devrait susciter l’horreur et la révolte.

 

 

Les politiques de relogement à grande échelle sont trop onéreuses, d’autant plus onéreuses que le principe pollueur-payeur ne s’applique pas à l’industrie nucléaire. Les catastrophes n’ont pas provoqué de remise en question du régime dérogatoire de la responsabilité civile du nucléaire. Si le protocole d’amendement de la convention de Paris voté en 2004 aboutit, le montant disponible pour l’indemnisation des dommages corporels et matériels atteindra 1,5 milliard d’euros, une somme totalement dérisoire en regard du coût réel d’un accident majeur que les services officiels eux-mêmes chiffrent désormais à des centaines de milliards d’euros, voire à plusieurs milliers de milliards d’€.

Dès l’origine, l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) a pris le contrôle des recherches sur les conséquences sanitaires de Tchernobyl et sa stratégie du doute a réussi à neutraliser les résultats les plus dérangeants. Malgré cela, l’évolution des connaissances scientifiques aurait dû conduire à tenir compte des effets spécifiques des faibles doses de rayonnements et à renforcer les normes de radioprotection. Au lieu de quoi :

1/ les effets génétiques ont été arbitrairement limités à leur impact sur les 2 premières générations, une décision scandaleuse et incompréhensible à la lumière des travaux sur l’instabilité génomique ;

2/ le coefficient qui divise artificiellement par 2 les effets cancérigènes n’a pas été supprimé en dépit des résultats de plusieurs études épidémiologiques de référence, en particulier sur les travailleurs ;

3/ les pathologies non cancéreuses n’ont toujours pas été pris en compte, pas même les effets cardiaques, alors que tous les systèmes physiologiques sont impactés et notamment le système immunitaire ;

4/ le principe de précaution n’est pas appliqué alors que de nombreux travaux questionnent les fondements mêmesdu système de radioprotection (effet de proximité par exemple) ;

5/ l’accident de Fukushima a relancé les discours les plus mensongers sur l’existence d’un seuil (autour de 100 mSv) en dessous duquel les doses seraient sans effet sanitaire, sur la prétendue innocuité de la radioactivité naturelle ou des examens médicaux … comme si les effets du radon n’étaient abondamment documentés, comme si aucune publication n’avait mis en évidence les risques associés aux scanners !

Dans un tel contexte, les dispositions règlementaires relatives à la gestion des phases accidentelle et post-accidentelle sont particulièrement laxistes. Pour faciliter la réinstallation, ou le maintien, des populations dans les zones contaminées, le seuil de référence applicable aux situations de contamination post-accidentelle est désormais fixé à 20 mSv/an. Il s’agit d’une valeur excessivement élevée : 20 fois la limite de 1 mSv/an qui définit le niveau de risque maximum acceptable hors situation accidentelle ! De plus, il s’agit bien d’une « référence » et non pas d’une « limite » qui serait beaucoup plus contraignante : la référence de dose peut être dépassée par une partie des personnes exposées. La « normalisation » se fera progressivement : la seule obligation est que le pourcentage des personnes exposées à plus de 20 mSv/an diminue progressivement. Aucune contrainte de temps n’est fixée ! Et cette valeur ne concerne pas la phase d’urgence au cours de laquelle les références de dose applicables sont encore plus élevées.

Les nouvelles recommandations de la CIPR sont désormais inscrites dans le droit européen : les prescriptions de ladirective Euratom 2013-59[2] doivent être transposées dans le droit national des États membres d’ici février 2018. De plus, le 15 janvier dernier a été publié le règlement Euratom n°2016-52 qui fixe les niveaux de contamination autorisés dans les aliments en cas d’accident. Il reprend sans les modifier les limites établies en 1987-1990 alors qu’entre-temps le risque cancérigène radio-induit a été multiplié par 10 et qu’il est désormais établi que le rapport d’expertise qui a servi de caution scientifique est truffé d’erreurs, de lacunes et d’incohérences ! Les limites applicables àl’iode 131 sont révoltantes, en particulier quand on songe à l’épidémie de cancers de la thyroïde qui a frappé les personnes (en particulier les enfants) exposées aux retombées de Tchernobyl. Concernant la distribution d’iode stable, destiné à saturer la thyroïde et à limiter son irradiation, la référence de dose est de 50 mSv/an alors que le bureau européen de l’OMS préconise depuis 1999 un seuil d’action de 10 mSv/an pour les enfants, les femmes enceintes et les mères qui allaitent.

Les nouvelles doctrines et limites se sont mises en place dans l’indifférence quasi-générale. Compte-tenu de la répartition et de l’âge du parc électronucléaire mondial, la probabilité que le prochain accident nucléaire majeur affecte directement l’Europe est assez élevée. Tout est prêt pour qu’il soit géré au mieux des intérêts de l’industrie nucléaire.

Créée au lendemain de l’accident de Tchernobyl, la CRIIRAD a mis au cœur de son action le combat pour l’information et la protection des populations. Elle appelle les citoyens, en France et en Europe, à s’intéresser d’urgence aux questions qui déterminent directement la protection de leur santé et l’avenir de leurs enfants. Faute de mobilisation, le prix à payer sera colossal.

La protection sanitaire des populations et des travailleurs doit être placée au centre des discussions et des décisions. Ceci concerne en tout premier lieu les risques d’accident mais également l’impact du fonctionnement normal des installations nucléaires. À titre d’exemple, la multiplication des chantiers de démantèlement des installations nucléaires produits des quantités grandissantes de déchets radioactifs dits valorisables (métaux et gravats notamment). Avec la bénédiction de la Commission européenne et de l’AIEA, plusieurs États européens pratiquent d’ores et déjà le recyclage à grande échelle de ces matériaux contaminés. En France, le pas n’est pas franchi mais les pressions sur l’Autorité de Sûreté Nucléaire se font de plus en plus fortes. Et avec le marché commun, ce qui a été recyclé en Allemagne ou en Suède est peut-être déjà présent, à notre insu, dans les objets de notre environnement quotidien.

 

 

L’équipe de la CRIIRAD

 

 

[1] Notamment le CEPN, Centre d’étude sur l’Évaluation de la Protection dans le domaine Nucléaire, une « association » qui regroupe EDF, AREVA, le CEA et l’IRSN. Son directeur est désormais vice-président de la CIPR.

[2] Directive 2013/59/Euratom du Conseil du 5 décembre 2013 fixant les normes de base relatives à la protection sanitaire contre les dangers résultant de l’exposition aux rayonnements ionisan

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Tchernobyl. Nos enfants ont été irradiés ! Les preuves (*)

Source : Soir Mag Belgique

13 avril 2016

Exclusif

par

Benoît Franchimont

et Pauline Verhelst

 

Voici la preuve de la contamination de nos enfants

 

Une étude de l’UCL démontre que le taux de cancer de la thyroïde a augmenté significativement chez les jeunes Belges.

 

A quelques jours du 30ème anniversaire de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl (le 26 avril 1986), la publication des recherches de six médecins de l’hôpital universitaire de Mont-Godinne (UCL) va faire du bruit. Ces recherchent montrent, sur un échantillon large que le nombre de cancers papillières de la thyroïde (une forme de cancer qui peut être induite par les radiations) a augmenté significativement chez les enfants belges qui avaient moins de 15 ans en avril 1986.

 

LES JEUNES PLUS TOUCHÉS

Depuis 25 ans, le professeur Luc Michel, spécialiste des glandes endocrines à l’UCL, aujourd’hui à l’éméritat, est persuadé que la catastrophe de Tchernobyl a affecté la santé de nos enfants. En 2001 déjà, il présentait des chiffres alarmants, faisant état, parmi les patients de l’hôpital de Mont-Godinne (entre Dinant et Namur), d’un nombre inhabituel de cas de cancers de cancers de la thyroïde chez les enfants nés peu avant la catastrophe nucléaire.

Aujourd’hui, l’étude va plus loin. Et confirme encore davantage ce que le médecin craignait. Les recherches ont été menées conjointement par six médecins de services de chirurgie, endocrinologie et pathologie de l’hôpital universitaire, le professeur Luc Michel et ses collègues Julian Donelder, Alain Rosière, Caroline Fervaille, Julien Lemaire et Claude Bertrand. Elle est publiée dant le journal officiel de la Société royale belge de chirurgie, « Acta Chirurgica Belgica« . L’étude porte cette fois sur trois décennies d’expérience de cette équipe chirurgicale qui traite notamment les cancers de la thyroïde.

Résultat? Entre avril 1986 et avril 2015, 2349 patients nés avant avril 1986 ont été opérés à Mont-Godinne pour des lésions de la thyroïde. Les médecins ont examiné et comparé deux groupes distincts. Parmi les 2349 patients, 2164 avaient plus de 15 ans en 1986 (groupe A) et 185 moins de 15 ans (groupe B). Dans le groupe A, celui des patients les plus âgés donc, 175 ont développé un cancer papillaire de la thyroïde, soit 8,1°/oo. Dans le groupe B, les moins de 15 ans, cette proportion est plus que doublée: elle monte à 19,5 °/oo, soit 36 sur 185 patients ayant développé ce cancer.

 

LE TAUX DE CANCER NE DIMINUE PAS

Dans le détail, ces médecins de l’UCL constatent aussi que le taux de cancer de la thyroïde augmente au fil du temps dans les deux groupes d’âge différents, mais bien plus parmi les patients les plus jeunes. La différence entre les groupes A et B persiste tout au long de trois périodes étudiées (de 1986 à 1999, de 2000 à 2010 et de 2011 à 2015). Entre les périodes 1986-1999 et 2000-2010, on constate une diminution de l’écart du taux de cancer, mais la différence augmente à nouveau fortement entre 2011 et 2015.

« Nous ne nous attendions pas à une telle différence. De nouvelles techniques de diagnostic plus précises ont été introduites depuis 2011. Nous pensions que plus le temps passerait, plus le taux de cancer diminuerait chez les plus jeunes puisque ces techniques bénéficieraient aux deux groupes de patients. Ce n’est pas le cas. Le temps de latence peut donc être très long pour le cancer de la thyroïde induit par les radiations« , analyse le Pr Michel, que nous avons interrogé sur ces résultats interpellants.

 

DES BÉBÉS ATTEINTS

Les 36 patients du groupe B qui ont présenté un cancer avaient 12 ans d’âge moyen au moment de Tchernobyl. Leur âge moyen lors de l’intervention chirurgicale était de 33 ans. « Dramatiquement, nous avons rencontrés aussi six cas de bébés contaminés in utero, au stade foetal. Dans deux cas, il y a eu cancer de la thyroïde chez l’enfant. L’iode radioactif passe à travers le placenta ou via le lait maternel« , ajoute de Pr Michel. Pour nos médecins, cette longue étude démontre que l’exposition aux radiations du fameux nuage de Tchernobyl a été bien plus importante dans nos régions que ce que les autorités ont bien voulu reconnaître jusqu’ici.

Leurs recherches prouvent que, depuis 30 ans, le taux de cancer de la thyroïde chez les enfants belges qui avaient moins de 15 ans lors de l’accident nucléaire reste plus élevé que dans le reste de la population. « Je dirais plus précisément que c’est un problème à ne pas ignorer, et encore moins à nier, dans l’ensemble de la population européenne. En Belgique, j’aimerais obtenir les résultats d’études similaires sur tout le pays. Mais elles n’existent pas. Et le Registre du cancer, créé en 2008, ne donne aucune information pertinente sur le sujet« , déplore le professeur Michel.

« Il en est de même d’un récent rapport du KCE (Centre fédéral d’expertise des soins de santé, ndlr) sur tous les types de cancer de la thyroïde, qui n’aborde pas cette question spécifique. C’est étonnant. Pour moi, la date de naissance d’un patient présentant un problème thyroïdien est devenue la première information à considérer. »

 

« ON A RENTRÉ LES VACHES, PAS LES ENFANTS »

Depuis 1990, on sait avec précision que le nuage radioactif parti de Tchernobyl est passé au-dessus de la Belgique les 1er, 2 et 3 mai 1986. Et que les retombées radioactives ont été décelées sur tout le territoire, en dose plus ou moins élevée en province de Luxembourg et dans l’est de la province de Namur. Mais en 1986, aucune mesure n’a été prise, à part pour le bétail… Il aurait suffi, rappelle le Pr Michel, de confiner les enfants, plus sensibles à l’exposition, quelques jours à l’intérieur, et de leur distribuer, comme en Pologne, des comprimés d’iode. Mais rien n’a été fait. « En Belgique, on a fait rentrer les vaches, mais pas les enfants« .

« Des instructions simples et précises pour les inspections médicales scolaires seraient également fort utiles« , répète Luc Michel. Et il ajoute: « Ce n’est que depuis peu que les périmètres d’évacuation et de distribution de comprimés d’iode autour de nos centrales nucléaires ont été revus rationnellement en cas d’accident de type Fukushima. Mais mieux vaut tard que jamais. »

(*) Le titre journalistique de l’article parle d’irradiation, mais le contenu de l’article décrit une contamination radioactive, ce qui n’est pas pareil. (IR)

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Les centrales nucléaires belges, à bout de souffle, menacent les pays voisins

par Emilie Massemin

Source : Reporterre 5 javier 2016-01-31

http://www.reporterre.net/Les-centrales-nucleaires-belges-a-bout-de-souffle-menacent-les-pays-voisins

 

Le réacteur belge Doel 1 a redémarré lundi 4 janvier, après un arrêt dû à un alternateur déficient. Cet incident est le dernier d’une longue série dans les centrales nucléaires d’outre-Quiévrain. Alors que le gouvernement prolonge la durée de fonctionnement des réacteurs, la vétusté des installations inquiète les écologistes et les pays frontaliers.

Le réacteur nucléaire n°1 de la centrale belge de Doel a redémarré ce lundi 4 janvier à 11 h, a indiqué une porte-parole de la centrale à l’agence Belga. Doel 1 s’était mis automatiquement à l’arrêt samedi 2 janvier peu après 18 h, à cause d’un alternateur défectueux situé dans la partie non-nucléaire de la centrale. Ce dernier incident survenait trois jours après la remise en service du réacteur, suite à la décision en juin du gouvernement belge de prolonger de dix ans sa durée de fonctionnement.

« Ce type de problème en zone non nucléaire peut arriver dans une grosse installation » relativise le porte-parole de l’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) belge, Sébastien Berg, joint au téléphone par Reporterre. L’arrêt automatique du réacteur s’inscrit selon lui dans la « procédure normale » : « Dans une centrale nucléaire, les risques sont élevés en cas de problème. On ne prend pas de risque, on arrête tout et on inspecte. » En l’occurrence, l’AFCN ne prévoit pas de contrôle, car « l’incident n’était pas un problème radiologique et ne mettait personne en danger ».

En décembre de nombreux incidents

Cet arrêt est le dernier d’une série de dysfonctionnements observés au mois de décembre. La Belgique compte sept réacteurs nucléaires : quatre à Doel, dans la province flamande de Flandre-Orientale, et trois à Tihange, dans la province wallonne de Liège. Ils sont exploités par Electrabel, une ancienne entreprise publique aujourd’hui détenue à 100 % par le groupe français GDF Suez, alias Engie. Doel 3 a été stoppé dans la nuit du 24 au 25 décembre, en raison d’une fuite d’eau dans un générateur de la partie non nucléaire de la centrale. Ce réacteur avait en outre été arrêté du 26 mars 2014 au 21 décembre dernier, suite à la découverte de micro-fissures dans sa cuve en acier.

 

Deux des quatre réacteurs de Doel, sur l’Escaut : des pannes répétées

De son coté, le réacteur Tihange 1 s’est arrêté automatiquement le 18 décembre, suite à un incendie dans la partie non-nucléaire de la centrale. Le réacteur a été remis en route le 26 décembre. Tihange 2 a été mis à l’arrêt de mars 2014 au 14 décembre dernier, à cause de micro-fissures dans la cuve.

Des réacteurs anciens, maintenus en fonctionnement

Ces incidents posent la question du prolongement de la durée de fonctionnement des centrales nucléaires belges. En février 2003, le secrétaire d’État Ecolo Olivier Deleuze avait obtenu l’adoption d’une loi organisant la sortie du nucléaire, entre 2015 et 2025. Le texte initial prévoyait l’arrêt en 2015 des réacteurs les plus anciens, Doel 1, Doel 2 et Tihange 1, mis en service en 1975. Les autres réacteurs devaient être fermés en 2022 et 2023.

Mais en 2013, le gouvernement, alors composé de libéraux, de démocrates et de socialistes, a modifié la loi et prolongé la durée de vie de Tihange 1 jusqu’en 2025. En juin 2015, le nouveau gouvernement, où les nationalistes ont remplacé les socialistes, a décidé de prolonger la durée de fonctionnement de Doel 1 et Doel 2 jusqu’en 2025. Pour Jean-Marc Nollet, chef de groupe Ecolo-Groen à la Chambre, contacté par Reporterre, ces décisions sont d’une grande hypocrisie : « Cela signifie qu’il faudra fermer les sept réacteurs en deux ans, au lieu de dix. C’est évidemment impossible. Nous craignons de nouvelles prolongations en 2022 ou 2025. »

Or, les réacteurs Doel 1 et 2 sont dans un état de vétusté inquiétant, estiment les écologistes. « Suite à la catastrophe de Fukushima en 2011, l’ensemble des réacteurs européens ont dû subir des stress tests. Leur niveau de sécurité a dû être relevé. Sauf les deux réacteurs de Doel, qui devaient être fermés, rappelle M. Nollet. Résultat, on a pris beaucoup de retard. Electrabel, obnubilé par sa rentabilité, n’a pas pris le temps de mettre à jour les circuits électriques. L’alternateur qui a lâché est un signe de fatigue, inhérent à des centrales à bout de souffle. »

« On joue avec le feu »

 

Mis en service à partir de 1974, deux des réacteurs de Doel ont dépassé 40 ans de fonctionnement

Une constatation partagée par Damien Ernst, professeur en électromécanique à l’Université de Liège. « Sur la partie non-nucléaire, [Electrabel] a un nombre d’incidents significativement au-delà de la normale, a fait remarquer l’enseignant au site d’information belge DH. Le problème se produit à chaque fois sur des composantes électriques. Cela est lié au fait qu’ils ne font pas une maintenance préventive suffisante. Ils ont une doctrine ’run to failure’ : ils tiennent les pièces jusqu’à la casse. » En cause, la faiblesse du prix actuel de l’électricité sur le marché de gros, qui s’élevait dimanche à 28,42 € le mégawatt/heure. « En-dessous de 30 euros, avec les 700 millions d’euros d’investissement annoncés, Doel 1 et 2 ne rapportent rien. »

Les écologistes ont donc réclamé, dimanche, la suspension des opérations de prolongation de Doel 1 jusqu’aux inspections de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), prévues pour février 2016 et 2017. « Dans le cadre des prolongations de la durée de vie des centrales, en Belgique, nous avons l’habitude de procéder à une analyse internationale, explique M. Nollet. Cela a été le cas à Tihange 1, en 2013. L’inspection avait permis de formuler sept ou huit recommandations. Les travaux avant la remise en route avaient duré deux ans. Mais pour Doel 1 et 2, tout s’est fait dans la précipitation. On joue avec le feu. »

« Nous n’avons pas besoin des résultats de nos pairs »

Les inspections de l’AIEA ne sont « pas obligatoires », prétend pour sa part M. Berg. « Nous avons fait une demande d’inspections en amont, mais l’Agence est très demandée, déclare le porte-parole de l’AFCN. Nous n’avons jamais voulu nous tenir au calendrier de l’AIEA. Nous n’avons pas besoin des résultats de nos pairs pour nous prononcer sur la réouverture d’un réacteur. »

Selon M. Berg, l’AFCN a réalisé tous les tests nécessaires. « Le gouvernement a appelé l’AFCN à se prononcer sur la sûreté en cas de prolongement de la durée de vie des réacteurs. Nous avons déterminé avec l’exploitant quelles actions préalables devaient être effectuées. Nous avons vérifié que les mesures avaient été mise en œuvre avant d’autoriser la réouverture, souligne M. Berg. En toute neutralité, nous nous sommes concentrés sur les plans techniques et scientifiques pour répondre à cette question : peut-on redémarrer le réacteur et prolonger sa vie avec des conditions de sûreté suffisantes ? »

Enorme conflit d’intérêt

  1. Nollet, lui, émet certains doutes sur l’impartialité de l’AFCN. «L’Agence est dirigée par Jan Bens, qui est l’ancien patron de la centrale de Doel, rappelle le député. Et il devrait faire des recommandations à une centrale qu’il a mal entretenue ? Le conflit d’intérêt est énorme. » En effet, M. Bens indique sur LinkedIn, un réseau social professionnel, avoir été directeur du site de Doel de septembre 2004 à octobre 2008. Il s’était alors publiquement prononcé pour une prolongation. Interviewé dans la revue interne Doel Info de fin 2004, M. Bens déclarait notamment que le réacteur de Doel 2 était « prêt pour encore trente années de service », avant même la modification de la loi sur la sortie du nucléaire. Il expliquait, en fin d’interview, qu’il « devait convaincre les politiques et le grand public que nous visons les soixante ans d’exploitation » de ces réacteurs nucléaires…

En outre, ce pro-nucléaire convaincu a déclaré dans une interview au Soir (abonnés) qu’il avait « proposé » des « enveloppes » à l’époque où il travaillait pour Electrabel au Kazakhstan. « C’est une économie de cash avec une corruption invraisemblable », expliquait-il. Avant de poursuivre en déclarant que la catastrophe de Fukushima n’avait fait que deux morts, bien en-dessous des 1 656 décès indirects recensés dans la seule province de Fukushima.

Les Pays-Bas et l’Allemagne inquiets

Le groupe PS de la Chambre a quant à lui demandé aux ministres de l’Intérieur et de l’Energie, Jan Jambon et Marie-Christine Marghem, de venir s’expliquer mercredi 6 janvier au Parlement.

Les Belges ne sont pas les seuls à s’inquiéter des incidents dans les centrales de Doel et Tihange. Plusieurs partis néerlandais d’opposition ont demandé au gouvernement de La Haye d’exiger à Bruxelles un droit de regard sur la centrale nucléaire de Doel. « Ces centrales sont si vieilles, que si quelque chose tourne mal, les problèmes ne s’arrêteront pas à la frontière », a déclaré la députée Stientje van Veldhoven au journal AD. Le SP exige carrément la fermeture de la centrale. « Les installations ont à peine été remises en route qu’elles sont immédiatement tombées en panne. Nous ne pouvons pas qualifier cela de simple incident à chaque fois », a expliqué le député Eric Smaling (SP). En Allemagne aussi, la colère gronde. « L’UE doit vérifier plus sévèrement si les règles de sécurité sont respectées », a affirmé lundi le ministre de l’Environnement du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (ouest de l’Allemagne), Johannes Remmel, au journal Rheinischen Post.

 

Source : Emilie Massemin pour Reporterre

Dessin : © Red !/Reporterre

Photos : Réacteurs de Doel : Wikipedia et Alexandre Jacquemin

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Accident à Bure : L’Observatoire du nucléaire exige l’abandon immédiat du projet et un plan urgent de fin du nucléaire

Source : http://www.observatoire-du-nucleaire.org

26 janvier 2016

 

Un accident gravissime s’est produit ce jour dans le site souterrain de Bure (Meuse) où l’Agence pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), composante du lobby nucléaire, prépare l’enfouissement des déchets nucléaires les plus radioactifs.

Cet éboulement, qui a malheureusement tué une personne, démontre de façon dramatique l’incompétence et l’irresponsabilité des industriels du nucléaire et des organismes comme l’Andra : ils prétendent garantir la « sûreté » de l’enfouissement des déchets nucléaire pendant des milliers d’années or un éboulement gravissime s’est produit avant même la mise en service du site !

Il est d’ailleurs préférable, tout en regrettant le décès survenu, qu’un tel accident se soit produit avant que les déchets nucléaires ne soient enfouis. Cette affaire illustre l’irresponsabilité des industriels du nucléaire et des politiciens qui les soutiennent aveuglément en France depuis 50 ans.

L’abandon immédiat du site de Bure, et de tout projet d’enfouissement des déchets radioactifs, est indispensable. Mais plus généralement, si l’on prend aussi en compte les chantiers catastrophiques des réacteurs EPR (fission nucléaire) et Iter (fusion nucléaire), c’est l’ensemble des projets atomiques qui doivent être immédiatement stoppés en France.

De même, avant qu’un Fukushima français ne se produise, il faut lancer immédiatement un plan de fermeture rapide des réacteurs nucléaires qui, faut-il le rappeler, sont vieillissants, plus dangereux que jamais, et exploités par des industriels irresponsables.

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Défauts de la cuve de l’EPR : l’Observatoire du nucléaire dénonce un arrêté ministériel « sur-mesure » pour EDF

(Source Observatoire du nucléaire, 7 janvier 2016,

http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article307)

 

Le 3 janvier 2016, le Journal officiel de la République Française a publié un arrêté ministériel (*) taillé sur mesure pour permettre la validation de la cuve du réacteur nucléaire EPR de Flamanville malgré ses graves défauts.

 

La cuve de l’EPR présente de très graves défauts

Pour mémoire, la cuve du réacteur EPR de Flamanville, tout comme les deux cuves livrées aux Chinois pour la centrale nucléaire de Taishan, présente de très graves malfaçons.

Ainsi, alors que la résistance doit être partout de 60 Joules minimum, diverses zones de la cuve présentent des résistances nettement inférieures, descendant jusqu’à 36 Joules seulement.

Alors que la cuve de l’EPR de Flamanville devrait d’ores et déjà être interdite d’utilisation par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), celle-ci a au contraire engagé une irresponsable « procédure dérogatoire d’autorisation » (**).

L’arrêté publié le 3 janvier 2016 vient compléter le projet des autorités françaises (pouvoir politique et ASN) d’autoriser EDF à utiliser cette cuve malgré ses graves défauts.

Cet arrêté précise explicitement que « l’Autorité de sûreté nucléaire peut (…) autoriser l’installation, la mise en service, l’utilisation et le transfert d’un équipement sous pression nucléaire ou d’un ensemble nucléaire n’ayant pas satisfait à l’ensemble des exigences règlementaires« . Il s’agit clairement d’une mesure prise pour permettre la validation de la cuve de l’EPR.

Il est nécessaire de rappeler que les règles de sûreté du réacteur EPR prévoient que « la rupture de la cuve est exclue« , ce qui signifie que, contrairement à d’autres situations accidentelles, rien n’est prévu en cas d’une telle rupture.

Celle-ci ne doit donc surtout pas se produire, ce qui rend encore plus irresponsable les manoeuvres engagées sous la pression d’EDF pour autoriser l’utilisation de la cuve malgré ses graves malfaçons, préparant délibérément une catastrophe comparable à celle de Fukushima.

(*) http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000031742222&dateTexte=&categorieLien=id

(**) http://www.actu-environnement.com/ae/news/ouverture-procedure-derogatoire-autorisation-cuve-EPR-25908.php4

 

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Incompétence et irresponsabilité dans le nucléaire II

Interview de Jean-Pierre Petit, physicien des plasmas

Ancien Directeur de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique

Décembre 2015

Deuxième partie

 

APAG2 : Quel est votre point de vue sur la politique française actuelle en matière de nucléaire ?

 

J.-P. PETIT: Vous vous rappelez les propos de Sarkozy : “c’est le nucléaire ou le retour à la bougie”. Je m’inscris totalement en faux vis-à-vis d’une telle position. C’est nier tout progrès scientifique. Ceux qui ont lu ce que j’écrivais dans mon site savent qu’il y a d’autres voies, par exemple celle de la fusion aneutronique, devenue envisageable quand en 2005 une température de plus de trois milliards de degrés a été obtenue au laboratoire Sandia, aux Etats-Unis. Tout à fait par hasard d’ailleurs.

 

APAG2 : Le hasard joue un rôle dans la plupart des grandes avancées scientifiques. Mais revenons à ma question.

 

J.-P. PETIT: Il ne s’agit pas que de la politique française dans ce domaine. C’est une remise en cause totale de l’électronucléaire en général. Actuellement vous savez que la Chine a d’énormes problèmes en matière de pollution de l’air. Ce pays tire principalement son énergie du charbon, comme l’Allemagne, du reste. Or, le charbon chinois est d’une qualité médiocre et sa combustion, très incomplète, génère un maximum de déchets. Donc l’électronucléaire apparaît à la Chine comme une solution incontournable, étant donné l’urgence des besoins de la Chine. Dans des villes comme Pékin, la pollution atteint les limites du supportable. Malheureusement, pour la Chine aussi, le nucléaire n’est qu’un palliatif temporaire; les problèmes, repoussés dans le temps constitueront l’héritage empoisonné des générations à venir.

 

APAG2 : Vous voulez parler des déchets.

 

J.-P. PETIT: C’est un problème immense, pour lequel on propose des solutions aberrantes, centrées sur l’enfouissement.

 

APAG2 : Ce qui revient à reléguer cet héritage beaucoup plus loin encore dans le temps.

 

J.-P. PETIT: Fondamentalement, il n’y a pas, dans l’état actuel de la science, de nucléaire sans déchets. L’ennui, c’est que la gestion de ces derniers pose des problèmes insolubles.

 

APAG2 : Il n’y a pas de bonnes solutions ?

 

J.-P. PETIT: Non. Cela fait penser, dans le domaine financier, aux “Pyramides de Ponzi”, appelées aussi “traites de cavalerie”, système dans lequel les revenus versés aux investisseurs sont prélevés sur les capitaux confiés par les nouveaux déposants. Dans le domaine du nucléaire, l’électricité fournie a comme contrepartie camouflée des déchets qui devront impérativement être gérés pendant des milliers d’années, sous peine d’empoisonnement létal de l’environnement. De toute manière, aujourd’hui l’essor industriel se traduit par un problème de santé publique, dans de multiples domaines. Je cite un exemple. Tous les pays produisent et utilisent des objets en matière plastique. Ceux-ci ne se dégradent pas avec le temps. Le métal, le bois, si. Mais une simple bouteille de plastique peut cheminer pendant des décennies, entraînée dans le monde entier par les courants océaniques. Alors le rayonnement ultra-violet rend ce plastique cassant. Ainsi les débris de plastique sont-ils transformés en une masse de mini-débris, dont beaucoup ne sont même pas visibles à l’œil nu. Ils seront donc totalement intégrés à la chaîne alimentaire, y compris à partir du zooplancton et, de fait, se retrouveront dans nos assiettes, avec tous leurs composants cancérigènes.

 

APAG2 : On en revient à un problème écologique.

 

J.-P. PETIT: Encore aujourd’hui le mot écologie évoque encore souvent dans le public une population d’idéalistes complètement hors des réalités alors que c’est le problème fondamental, central, de l’humanité, le problème de sa qualité de vie, lié à la dégradation de son environnement. Le nucléaire est une des composantes du problème, mais il risque fort de devenir un jour sa composante essentielle.

 

APAG2 : Il implique les risques d’accidents majeurs, l’impossibilité de démanteler les installations existantes et le problème insoluble des déchets.

 

J.-P. PETIT: Un centre industriel nucléaire est foncièrement différent d’un complexe de l’industrie chimique. Si on veut arrêter et démanteler une installation industrielle mettant en oeuvre la chimie, c’est toujours plus ou moins faisable, en y mettant le prix. In fine, les substances chimiques les plus toxiques peuvent être décomposées en les portant à haute température. Bien sûr, certains composants de base, comme des métaux lourds, subsisteront dans les résidus. Les déchets nucléaires diffèrent des déchets chimiques en premier lieu par ce qu’ils sont systématiquement agressifs. On ne peut pas s’en approcher, à cause du rayonnement qu’ils émettent. En second lieu, ils diffèrent des déchets chimiques par la durée de leur dangerosité qui excède celle de l’histoire humaine que l’on estime à 6’000 ans. Enfin ces déchets se révèlent mortels à l’échelle d’infimes poussières qu’on peut inhaler ou ingérer, l’exemple type étant le plutonium. Le troisième aspect que l’on doit prendre en compte est le fait que ces effets mortifères peuvent n’apparaître que bien des années après que l’agent cancérigène a été intégré au corps humain. Enfin il existe un quatrième aspect. Il y a des situations, et le premier exemple est celui de Fukushima, où les hommes se sont avérés totalement incapables de circonscrire les effets d’un accident nucléaire en matière de diffusion des déchets, dans les nappes aquifères et l’océan.

 

APAG2 : Un phénomène issu de la fusion des cœurs. C’est le syndrome chinois.

 

J.-P. PETIT: J’y reviendrai plus loin. Les deux derniers points se réfèrent au caractère diffus et insidieux de cet empoisonnement à échelle planétaire.

 

APAG2 : Le caractère différé de la contamination radiologique permet de masquer ses effets thanatogènes en niant toute implication d’une pollution issue du nucléaire.

 

J.-P. PETIT: Un certain nombre des lecteurs de ces lignes ont peut-être été confrontés au développement d’un cancer. C’est une maladie aux conséquences souvent atroces, dont la détection peut se révéler très tardive. Aux ardents partisans du nucléaire on devrait poser la question “êtes-vous favorables, sans réserve, à une technologie pouvant entraîner chez les êtres humains, vos contemporaines ou vos descendants, pareilles souffrances ?”.

 

APAG2 : Le refus de se poser cette question a permis un développement anarchique de cette technologie.

 

J.-P. PETIT: Au départ, cette pollution était liée aux expérimentations d’armes atomiques dans l’atmosphère. Il a fallu du temps avant que des hommes aient un sursaut de lucidité. Je vais donner deux exemples. A la fin des années cinquante les Américains avaient une certaine avance sur les Soviétiques en matière d’armes nucléaires. Les Russes envisagèrent de rattraper ce retard en créant l’arme thermonucléaire la plus puissante qui puisse être livrée sur sa cible par avion. On confia cette tache au physicien Andréi Sakharov.

 

 

Sakharov

Andréi Sakharov

 

 

 

Celui-ci, qui avait déjà conçu la première bombe thermonucléaire soviétique, conçut et réalisa ce nouvel engin en seulement quatre mois. Cela donna naissance à ce qu’on appela plus tard la Tsar Bomba. Le principe était celui d’une bombe dit “FFF”, ce qui signifie fission-fusion-fission. Un engin à trois étages.

 

 

 

2683269 08/23/2015 A model of the Tsar Bomba hydrogen bomb tested on October 30, 1961 was delivered from Sarov Nuclear Center to the Manezh Central Exhibition Hall for the cultural and historical exhibition marking the 70th anniversary of the Russian nuclear industry. Mikhail Voskresenskiy/RIA Novosti

La Tsar Bomba russe. 27 tonnes, 57 mégatonnes de TNT (1961)

 

APAG2 : Rappelez-nous ce principe.

 

J.-P. PETIT: Au cœur de ce dispositif il y avait un engin à fission, une sphère creuse de plutonium 239 , d’une quinzaine de kilos, qu’on faisait imploser sous l’action d’explosifs disposés en périphérie. Le fort rayonnement X émis provoquait alors la fusion au sein d’une charge constituée par de l’hydrure de lithium, à l’état solide. Cette fusion s’accompagnait d’une forte émission de neutrons qui attaquaient alors une enveloppe constituée par de l’uranium 238, non fissile. La capture de ces neutrons transformait alors celui-ci en plutonium 239, et la fission de celui-ci s’accompagnait d’un nouveau dégagement massif d’énergie. Sakharov dimensionna d’abord cet engin de manière à ce que sa puissance pût théoriquement atteindre 100 mégatonnes. D’un poids de 27 tonnes celui-ci fut largué au-dessus de la Nouvelle-Zemble, dans l’arctique, par un bombardier quadrimoteur Tupolev Tu-95 “Bear”, volant à 13’000 mètres d’altitude.

 

 tsar bomba2

La bombe de 27 tonnes et le bombardier Tupolev qui l’emporte

 

La bombe, un véritable monstre, d’un poids de 27 tonnes et longue de huit mètres descendit, freinée par un parachute et sa mise à feu se déclencha à 3500 mètres d’altitude.

 

 

 tsar bomba3

Le monstrueux champignon de la Tsar Bomba
se déploie dans la stratosphère jusqu’à 70 km d’altitude

 

 

La boule de feu mesurait 7 km de diamètre (contre 150 mètres pour celle d’Hiroshima). L’éclair de l’explosion put être observé à 1000 km de distance. Le champignon se développa jusqu’à une altitude de 70 km, c’est à dire en dehors de l’atmosphère terrestre et atteignit une envergure de 25 kilomètres.

 

 

tsar bomba4

Puissances de trois bombes H comparées à celles des deux premières bombes atomiques. Mike, 1er novembre 1952, 10,4 MGT de TNT. Bravo, 1er mars 1954, 15 MGT de TNT, Tzar Bomba, 30 octobre 1961, 57 MGT de TNT. Trinity, 16 juillet 1945, 21 KT de TNT. Hiroshima, 6 août 1945, 14 KT de TNT.

 

 

Sakharov obtint que la puissance de la bombe soit bridée en remplaçant l’enveloppe extérieure, de Pu 238, par du plomb. Ainsi sa puissance, mesurée, fut-elle limitée à 57 tonnes d’équivalent TNT.

 

APAG2 : Cela reste, aujourd’hui, l’engin le plus puissant essayé à ce jours.

 

J.-P. PETIT: On sait que, immédiatement après, Andréi Sakharov décida de ne plus contribuer à doter son pays d’armes, de toute nature. Plus précisément il indique dans ses mémoires qu’il fit à l’époque le calcul du nombre de cancers qui résulteraient de la dispersion des débris de cet engin ; il se chiffrait en centaines de milliers. Et il écrivit “Contribuer à la défense de mon pays : oui, détruire l’humanité : non”.

 

APAG2 : Cet essai fut suivi par le tir Castle Bravo américain.

 

J.-P. PETIT: Une explosion qui montre l’absence de maîtrise des scientifiques dans les applications de cette techno-science. La charge de fusion était constituée par du deutérure de lithium, c’est à dire un hydrure de lithium où l’atome Li H d’hydrogène est son isotope à deux nucléons qu’on appelle le deutérium . Le lithium existe sous la forme de deux isotopes, le lithium six Li6 et le lithium sept Li7. La charge explosive de l’engin américain incluait 70 % de lithium 7 et 30% de lithium 6. En tablant sur la fusion du deutérium et du lithium six, donnant deux atomes d’hélium, les scientifiques américains pensaient que le second isotope se comporterait de manière totalement passive. Or il s’avéra qu’à travers une cascade de réactions ce second isotope produisait également une réaction de fusion, multipliant la puissance de la bombe par trois ! Ainsi, alors que la puissance calculée était de 5 mégatonnes, l’engin en développa le triple, soit 15 mégatonnes. De plus un vent en altitude, en direction inverse de celui mesuré dans les basses couches entraîna les retombées vers l’est, où elle s’abattirent sur un navire de pêche japonais, entraînant la mort immédiate d’un membre de l’équipage, et par la suite, celle différée de plusieurs autres, par cancers.

 

APAG2 : Tel est l’aspect spectaculaire, immédiat, des retombées du nucléaire.

 

J.-P. PETIT : L’issue est toujours la même, si on excepte l’incidence immédiate des affections radio-induites. Les sujets absorbent, d’une manière ou d’une autre, les substances produites et décèdent par cancers, parfois au bout de délais importants, dépassant la dizaine d’années.

 

APAG2 : En dehors de ces activités militaires il faut aussi compter avec les accidents du nucléaire civil.

 

J.-P. PETIT : Après l’affaire de l’essai Castle Bravo, les populations s’insurgèrent contre la poursuite d’essais nucléaires aériens et les nouveaux engins firent désormais l’objet d’essais nucléaires souterrains. Aux USA les Américains testèrent leurs nouvelles bombes dans un site situé au Nevada. Les Anglais firent de même en Australie, les Français en Polynésie, dans le site de l’atoll de Moruroa. Le site Russe se situait dans les steppes du Kazhakstan. Mais qui s’insurge contre l’éventualité inexorable d’accidents liés à la prolifération d’installations nucléaires civiles ? Il y a une chose dont le public ne se rend absolument pas compte, c’est le fait que le cœur de chacune de nos centrales nucléaires contient, en quantité de matière fissile l’équivalent de mille Hiroshima. La documentation AREVA[1] indique que la charge-type d’un réacteur de 900 MW correspond à 72 tonnes d’uranium enrichi. Tel qu’il est extrait sous forme de minerai le pourcentage d’uranium 235, fissile est de 0,7 % . L’enrichissement, par des procédés divers, amène ce taux à 10% ce qui fait que ce réacteur contient 7 tonnes de cet uranium fissile. Cette charge passe à 12 à 15 tonnes pour un réacteur de 1500 MW. Quand on sait que la quantité de matière fissiles dans une bombe à uranium tourne autour de la dizaine de kilos on voit que le chargement de nos réacteurs civils équivaut à celui de mille bombes du type Hiroshima. C’est la raison pour lesquelles les accidents de réacteurs civils, s’ils sont moins spectaculaires que les explosions des bombes, restent extrêmement dommageables pour l’environnement et la santé des hommes. Mais tout se joue dans le mental du public. On peut s’étonner que les réactions à l’échelle de la planète aient pu être vives après l’explosion de Castle Bravo à Bikini, alors qu’elles sont quasi inexistantes quand l’humanité est confrontée à la problématique du déploiement de l’électronucléaire à travers le monde.

 

APAG2 : L’accident récent de Fukushima aurait du constituer une leçon salutaire.

 

J.-P. PETIT : Visiblement, il n’en est rien. Encore une fois la cupidité irresponsable semble près de gagner la partie. Fukushima a représenté une nouveauté en regard de l’accident de Tchernobyl. Dans ce dernier, le cœur avait explosé. La pollution qui en était résultée s’était uniquement propagée par voie aérienne. Rappelez-vous que, suite à la fusion du cœur, les Russes se montrèrent très préoccupés par cette masse de métal fondu, constituant ce qu’on a appelé le corium, mélange d’uranium 235 et 238, de produits de fission, de transuraniens dont le plutonium, et d’éléments métalliques de structure, comme le zirconium entourant cette charge. La fusion d’un cœur de réacteur implique la concentration incontrôlable du matériau fissile et son entrée en criticité. La quantité de chaleur dégagée dépend exponentiellement de la concentration. Par ailleurs cette chaleur ne peut plus être évacuée. Un corium peut donc attaquer son support. D’abord la paroi d’acier de la cuve. Dans les réacteurs à eau pressurisée celle-ci a une forme hémisphérique, qui impliquera le confinement du cœur fondu selon l’axe du réacteur, à sa partie basse.

 

APAG2 : Puis le corium attaque le radier en béton.

 

J.-P. PETIT : Puisque ces interviews illustrent l’incompétence des gens du nucléaire il convient de rappeler une anecdote. Au moment de la catastrophe de Fukushima, quand les gens craignaient la fusion du cœur, le responsable de l’Autorité de Sureté Nucléaire française (ASN) déclara : “il ne faut pas dramatiser. Sous la cuve il y a quand même une dalle de béton de 8 mètres d’épaisseur!”. Visiblement cet homme ignorait tout de la capacité du béton à résister à la température. Ce matériau est issu de l’hydratation de composants solides. Dans le béton standard il y a 30% d’eau, en volume. Quand le béton est chauffé, il se décompose et relâche son eau sous forme de vapeur. Ceci se produit quand la température dépasse 1400°C, ce qui est vite atteint avec un corium moyennement actif. L’attaque est plus importante au centre le la flaque de corium.

 

APAG2 : A quoi ressemble un béton attaqué par le corium ? Probablement est-il bien difficile d’assister au phénomène, à cause de sa radioactivité.

 

J.-P. PETIT : Le Commissariat à l’Energie Atomique français ( CEA ) a réalisé, en 2009, pour le compte de l’Institut de Recherche sur la Sûreté Nucléaire (IRSN), des essais en simulation l’activité du corium[2]. Pour ce faire une masse d’uranium 238, non fissile, mélangé à du zirconium et autres débris a été chauffé par induction à 2000° . On voit alors apparaître des bulles de vapeur, au centre de cette masse. Ce sont les expériences “Vulcano”. Il faut regarder cette vidéo pour pouvoir observer le dégazage issu de la décomposition du béton.

 

 

 décomposition béton

Extrait de la vidéo “ Vulcano”
Décomposition du béton, sous le corium en fusion

 

APAG2 : Combien de temps un radier de béton peut-il résister à l’attaque par un cœur fondu ?

 

J.-P. PETIT : A Fukushima il y a eu fusion de trois cœurs. Après rapide perforation des cuves, en moins de dix heures, le corium a attaqué le béton. Moins d’une douzaine d’heures plus tard le radier était perforé. Ensuite ce corium a commencé à s’enfoncer dans le sol.

 

APAG2 : Et aujourd’hui, à quelle profondeur se trouvent ces cœurs ?

 

J.-P. ETIT : Personne n’en a la plus petite idée. A Fukushima il n’y a pas de nappe phréatique à proprement parler. Le sol contient de l’humidité, comme le permafrost sibérien. Comment s’effectue alors la circulation de l’eau dans ce milieu ? On ne le sait pas non plus, mais l’eau de l’Océan Pacifique est à quelques dizaines de mètres des cuves. Les Japonais ont donc commencé par installer un mur de protection, en béton. Mais il est vite apparu que cette mesure ne se révélait pas suffisante. La solution mise en œuvre a donc été de creuser des tranchées en aval des réacteurs sinistrés et d’y installer dans ces trous des systèmes de réfrigération, dans le but d’utiliser le sol lui-même, pour faire barrage, en le gelant.

 

APAG2 : C’est complètement fou.

 

J.-P. PETIT : Il faut ajouter que quand les Japonais arrosent leurs réacteurs, l’eau de ruissellement se charge de substances radioactives. Une eau qu’ils stockent alors dans un grand nombre de cuves, et qu’ils finissent au bout du compte par relâcher dans le Pacifique. Mais l’opinion internationale semble s’habituer à ces folies qui se succèdent les uns aux autres. C’est ça qui est vertigineux. Les hommes sombrent dans un état d’apathie face à ces problèmes. S’il n’y a pas quelque chose de spectaculaire, comme une explosion, ou la retombée de “neige atomique”, entraînant la mort d’individus en quelques jours, ces questions quittent les pages d’actualité des journaux. Au Japon un premier réacteur a été remis en marche à Sendaï, le 11 août 2015[3]. D’autres redémarrages suivront alors que tous ces réacteurs sont sujets aux tremblements de terre et que la plupart d’entre eux ont “les pieds dans l’eau” et sont vulnérables aux Tsunamis.

 

APAG2 : C’est désespérant.

 

J.-P. PETIT : Il en est ainsi pour toutes les œuvres humaines susceptibles de se révéler dommageables pour la santé. Pensez à l’époque où existait un moratoire contre l’utilisation des OGM. Même cela est tombé dans l’oubli. La norme évolue au fil des années. Prenez par exemple cette histoire de fusion des cœurs. Si cette masse de métal fondu tombe sur une radier de béton incliné et s’épand, on a quelques chances de voir cette expansion du cœur fondu contrarier son entrée en criticité. C’est ce qui s’est passé à Tchernobyl. On a même maintenant des photos de ce cœur fondu du réacteur qui a pris une forme de “pied d’éléphant”.

 

 

corium Tchernobyl

Photo du corium de Tchernobyl, par un robot

 

Mais le cas de Tchernobyl est trompeur. On croit souvent qu’un cœur de réacteur, après fusion, devrait se calmer au bout de quelques années, au point qu’on pourrait alors s’en approcher et le photographier. Mais à Tchernobyl, après que le réacteur eut explosé, les Soviétiques déversèrent des tonnes de sable, par hélicoptère. Ce qui s’est enfoncé dans le sol n’est pas le cœur du réacteur mais un mélange comportant 10 % d’uranium et 90% de sable, mélange qui était de ce fait beaucoup moins actif que ne l’aurait été une masse d’uranium fondu. Mais ça n’a pas empêché cette masse de passer au travers de plusieurs planchers de béton. Quatre cent ouvriers mineurs, partant de l’abri constitué par le réacteur voisin, ont creusé en toute hâte un tunnel de 150 mètres pour pouvoir intervenir sous le réacteur. Il avait été envisagé d’y installer un système de réfrigération à l’azote liquide. Un ouvrier se sacrifia pour aller ouvrir une vanne permettant d’inonder les locaux où le corium brulant était descendu, ce qui eut pour effet de refroidir celui-ci. Par la suite les mineurs coulèrent du béton dans le sous-sol du réacteur.

 

APAG2 : L’affaire de Tchernobyl est loin d’être close.

 

J.-P. PETIT: Ce qui est hallucinant c’est le comportement des Japonais. Tandis que persiste la pollution du site de Fukushima et que se poursuit celle du Pacifique par les radioéléments issus des cœurs fondus, les dirigeants Japonais se permettent de redémarrer leurs réacteurs ! Et face à cela que trouve-t-on ? Une bien timide manifestation de la population.

 

APAG2 : On est bien loin des manifestations qui avaient eu lieu lors de l’implantation, au nord du département de l’Isère, du surgénérateur Superphénix, lors desquelles il y eut même un mort.

 

J.-P. PETIT: Il y a deux choses qui brident la réaction des populations. La première c’est de ne pas avoir accès à l’information. La seconde est au contraire d’être submergé par celle-ci, déboulant de tous les côtés. Trop d’information tue l’information. Les gens sont saturés, anesthésiés. Ceux qui auraient pu s’ériger en porte-parole des populations grugées, les leaders des formations politiques se réclamant de l’écologie se sont montrés pitoyables. Primo, ils ignorent tant les aspects scientifiques et techniques du problème que ses dimensions écologiques et sanitaires. Secondo, ils se comportent comme des politiques soucieux des sièges à conserver ou à conquérir et non comme les garants du vivant et de sa durabilité. Tertio, au lieu de guider l’opinion publique vers une société moins hostile à la nature, ils n’ont pour toute boussole qu’un doigt mouillé en l’air. Avant l’élection de François Hollande, les dirigeants écologistes “avaient passé des accords” avec lui. On sait ce qu’il en advint. La première chose que fit Hollande après son élection fut de donner le feu vert au démarrage du projet de surgénérateur à neutrons rapides Astrid, le successeur du Super-Phénix; comme si la dilapidation des quelque neuf milliards d’euros qu’avait coûtés cette folie technologique, pour reprendre l’estimation assurément conservatrice du Rapport de la Cour des comptes de 1997, n’avait pas suffi à prémunir les dirigeants français contre pareil délire technocratique. Nul n’entendit de protestations solennelles des dirigeants prétendus écologistes. Même silence chez les scientifiques français.

 

APAG2 : Quelle démission !

 

J.-P. PETIT: Personnellement j’avais demandé à Michèle Rivasi “la passionnaria des Verts” de cosigner avec moi un livre sur ces questions. Après avoir donné son accord elle s’est proprement défilée, il n’y a pas d’autre mot. L’associations française Sortir du Nucléaire (SDN) est quant à elle inaudible. Tandis que dans les années soixante-dix, des milliers de Français, Suisses, Italiens et Allemands manifestèrent à Crey-Malville, à présent, cette malheureuse SDN organise des “défilés de bisounours”, pour reprendre l’expression d’un militant désabusé, défilés d’une prodigieuse inefficacité.

 

 

APAG2 : Et personne ne se hasarde à désigner les véritables responsables, ceux qui ont créé une telle situation.

 

J.-P. PETIT: Il n’y a pas si longtemps le Président Valéry Giscard d’Estaing disait que sa fierté avait été que le programme nucléaire français ait pris son essor sous son mandat, relayé par son Premier Ministre Jacques Chirac.

 

Giscard

Giscard d’Estaing : le nucléaire, la dette française, le Constitution européenne

 

 

On lui doit aussi le parrainage du projet des “avions renifleurs”.

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_des_avions_renifleurs

 

Une histoire complètement abarcadabrante où l’Etat dilapida des sommes importantes, payées par le contribuable. Un soi-disant inventeur italien, réparateur de postes de télévision, avec la complicité d’un aristocrate belge, monta une arnaque grossière grâce à laquelle un appareil de son invention qui, embarqué à bord d’un “avion renifleur“, était censé pouvoir détecter des nappes pétrolifères. Cette détection était signalée par des taches sur des images vidéos qui défilaient sur un écran. En fait le prétendu inventeur déclenchait l’apparition du “signal” convenu en actionnant, du fond de sa poche, la préfiguration des télécommandes de téléviseurs.

 

La personnalité d’un homme comme Giscard d’Estaing représente un concentré de ce que peut représenter une carrière politique « optimisée ». Il entre d’abord à l’Ecole Polytechnique française. Là, chaque année, 300 jeunes gens s’entendent dire pendant leurs deux années d’école qu’ils sont avant tout l’élite de la nation et qu’ils devront jouer leur rôle de guides.

Puis Giscard (qui moyennent finance obtint que « d’Estaing » fut accolé à sa nom, ce qui lui permit d’afficher ses initiales entrelacées à la grande porte en fer donnant accès à un de ses propriétés) épouse une riche héritière, une représentante des puissances d’argent. Entre temps il a, comme Hollande et nombre de politiques français, suivi l’enseignement de l’ENA, l’Ecole National d’Administration. Qu’apprend-t-on dans cette seconde école, en dehors des rouages de l’Etat Français ? Essentiellement la pratique de la langue de bois, l’art de discourir, au pied levé, sur un sujet quelconque, sans posséder la moindre compétence, ou même connaissance du sujet.

La trajectoire de Giscard se poursuit. Affligé d’une calvitie précoce il évolue en collant une longue mèche de cheveux sur le sommet de son crâne. Là encore, une ridicule obsession du paraître. Son ascension politique se poursuit. Il double Mitterrand, un autre caméléon politique, à l’aide d’une simple phrase, lâchée lors d’un débat télévisé :

 

  • Monsieur Mitterrand vous n’avez pas le monopole du cœur.

 

Parvenu à la tête de l’Etat, Giscard « innove ». Il arrive à l’Elysée à pied. Il dîne avec « des Français ». Il … joue de l’accordéon, fréquente les vedettes du spectacle, s’encanaille. Il découvre la chasse aux grands fauves, en Afrique, chez son grand ami Jean Bedel Bokassa, futur empereur, qui lui offrira un lot de diamants bruts. A part cela il est l’auteur de la « loi Giscard » de 1973[4] qui interdit à l’Etat Français de battre monnaie et le contraint à emprunter aux banque privées. Des décennies plus tard cette opération, menée au bénéfice exclusif de banques privées, créera ici comme ailleurs une dette impossible à éponger.

Après son septennat, interrogé lors d’une émission de télévision Giscard faisait le bilan en se réclamant d’avoir impulsé la politique française en matière d’électronucléaire. C’était, disait-il, son plus grand succès. Aujourd’hui on sait que, grassement payé pour ce travail, il a été un des principaux auteurs de la Constitution Européenne.

Enfin, comme il est de coutume en France dans le monde politique il cumule toutes les retraites correspondant à ses différentes fonctions. 5000 euros par-ci, 5000 euros par là. Cinq mille comme député, plus cinq mille comme président, plus cinq mille comme membre du conseil constitutionnel, plus…. 29.000 euros au total.

 

APAG2 : Est-ce qu’en France l’étiquette d’antinucléaire n’est pas aussitôt associée à un certain … folklore ?

 

J.-P. PETIT: Je vais citer un exemple. Au sein de ce collectif “Sortir du Nucléaire” on pouvait même trouver une fédération anarchiste. C’est … n’importe quoi. Très peu de gens ont réellement conscience de ce qui est en train de s’installer en France. Il existe une possibilité d’avoir accès aux archives vidéo des sessions de l’Assemblée Nationale sur différents sujets.

 

APAG2 : En somme la carrière-type d’un politique Français.

 

J.-P. Petit : Sarkozy et Hollande ne valent guère mieux. Quand on se demande ce qui motive tous ces gens, quelles sont leurs vues sur le devenir du pays, on perd facilement ce qui leur tient lieu de dénominateur comme : le bête intérêt pour l’argent.

 

APAG2 : Ne pourriez-vous pas tenter d’élucider le mystère de l’élaboration de la politique française en matière de nucléaire.

 

J.-P. PETIT: Ca sera le sujet de la troisième partie.

 

J’ai téléchargé les enregistrements des débats parlementaires au sein de l’OPCST, de l’Office Parlementaire chargé des Choix Scientifiques et Techniques, émanation conjointe du Sénat et de l’Assemblée Nationale. Ses sessions sont animées par deux personnages, le sénateur Bruno Sido et le nucléo-député Christian Bataille. Précisons que c’est sur le territoire du “roi Vido”, la Haute-Marne, que doit être implanté le site d’enfouissement des déchets nucléaires français, dans le cadre du projet CIGEO.

 

APAG2 : Je suppose que vous allez nous parler de tout cela.

 

J.-P. PETIT: Bien sûr. Mais en attendant, je mettrai des visages sur les noms susmentionnés des deux hérauts actuels de l’électronucléaire français.

 

Bataille Vido

Le nucléo député Christian Bataille et le sénateur de Haute-Marne Bruno Vido

 

 

 

 

 

[1] http://www.areva.com/mediatheque/liblocal/docs/Clients/pdf-broch-reacteurs-vf.pdf

[2] http://www.irsn.fr/FR/popup/Pages/Experience_Vulcano.aspx

[3] http://www.lemonde.fr/energies/article/2015/08/11/le-japon-relance-le-nucleaire-malgre-l-hostilite-de-sa-population_4720135_1653054.html

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_janvier_1973_sur_la_Banque_de_France

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Classé dans Catastrophes, en français

En Ukraine, d’autres Tchernobyl en préparation ?

 

Il est difficile de trouver des informations sur l’état des centrales nucléaires en Ukraine. Nous en avons toutefois découvert dans l’article suivant de Dmitri Orlov dont nous reproduisons ci-après la partie y relative.

APAG2

31.12.2015.

 

Priez pour un hiver doux en Ukraine…

par Dmitry Orlov

Le 22 décembre 2015 – Source ClubOrlov

http://lesakerfrancophone.net/19-jour-de-noel/

 

 

…L’Ukraine avait jadis le même système éducatif de classe mondiale que la Russie, mais depuis l’indépendance, ils sont passés à l’enseignement en ukrainien (une langue construite à partir de rien) en utilisant des manuels inexistants. Les enfants ont appris une histoire bidon, hallucinée par des nationalistes ukrainiens enragés. On leur a dit que la Russie était arriérée, qu’il faut l’oublier, alors qu’eux méritent le bonheur dans l’UE. (Tout comme les Grecs ? Ouais, génial…) Mais maintenant, la population a été réduite à un niveau de pauvreté que l’on n’observe plus aujourd’hui qu’en Afrique. Les jeunes fuient, ou se tournent vers le gangstérisme et la prostitution, simplement pour survivre. Cela ne donne pas un récit culturel heureux. Qu’est-ce que cela signifie d’être Ukrainien maintenant ?

Voilà ce que cela signifie vraiment maintenant. Avec tant de choses allant de travers, l’Ukraine a été incapable d’obtenir assez de gaz naturel ou de charbon pour constituer une réserve en cas de vague de froid cet hiver. En quelques semaines de grand froid, les réserves s’épuiseront, puis les tuyaux gèleront, rendant la plupart des zones urbaines invivables (parce qu’il faut rappeler qu’il n’y a plus d’argent, ni d’industrie à proprement parler, pour réparer les dégâts). Les perspectives semblent assez mauvaises, mais nous n’en sommes pas encore là.

Voyez-vous, l’Ukraine produit plus de la moitié de son électricité à partir de centrales nucléaires. Dix-neuf réacteurs nucléaires sont en fonction, avec deux de plus en cours de construction, en principe. Et cela dans un pays dont l’économie est en chute libre et se rapproche de celle du Mali ou du Burundi ! Le combustible nucléaire pour ces réacteurs était fourni par la Russie. Une tentative de remplacement du fournisseur russe par Westinghouse [fournisseur américain, NdT] a échoué en raison de problèmes de qualité ayant provoqué un accident. Que va devenir une Ukraine en faillite, qui vient de spolier la Russie en refusant de lui rembourser une dette souveraine de $3 Mds, que va-t-elle faire quand viendra le temps de faire le plein de ces dix-neuf réacteurs ? Bonne question !

Mais il y a une question encore meilleure. Vont-ils tenir jusque-là ? Car voyez-vous, il se trouve que la maintenance préventive de ces installations nucléaires n’a pas été assurée, en raison du manque de fonds. Vous êtes probablement déjà au courant de cela, mais laissez-moi préciser, seulement au cas où : un réacteur nucléaire n’est pas une de ces choses que vous utilisez jusqu’à ce qu’il tombe en panne et que vous appeliez un mécanicien. Ce n’est pas du genre «tant que c’est pas cassé, je peux pas savoir pourquoi ça marche plus et le réparer», mais plus un scénario du style «vous avez mal suivi les consignes de réglage donc je ne vais même pas regarder». Et la façon d’empêcher une panne est de remplacer tous les éléments qui sont répertoriés sur le calendrier de remplacement au plus tard aux dates indiquées sur ce calendrier [comme sur votre voiture, en somme. NdT]. C’est ça ou sinon Patatras!. Et alors les cheveux de tout le monde vont tomber.

Quelle est la proximité d’un accident nucléaire majeur en Ukraine ? Eh bien, elle est très proche : tout récemment, il a été évité de justesse lorsque certains nazis ukrainiens ont fait sauter les lignes électriques alimentant la Crimée, déclenchant une panne d’électricité qui a duré plusieurs jours. Les Russes se sont rués pour installer une ligne depuis la Russie continentale, pour rétablir la lumière en Crimée. Mais au même moment, le sud de l’Ukraine, avec ses quatre centrales d’énergie, a aussi perdu sa connexion au réseau, et seules des actions d’experts, exécutées très rapidement par le personnel ont évité un accident nucléaire.

Je suppose que vous le savez déjà, mais, seulement au cas où, permettez-moi de le préciser à nouveau. Une des pires choses qui puisse arriver à un réacteur nucléaire est la perte de son approvisionnement en électricité. Oui, les centrales nucléaires produisent de l’électricité à la demande, mais elles doivent être alimentées en électricité tout le temps pour éviter un effondrement. C’est ce qui est arrivé à Fukushima Daiichi, qui a recouvert le sol de poussières radioactives jusqu’à Tokyo, avec une fuite radioactive toujours en cours et des rejets dans le Pacifique.

Ainsi le scénario cauchemar pour l’Ukraine est simple. La température descend en dessous de zéro et y reste pour quelques semaines. Les réserves de charbon et de gaz naturel se tarissent, entraînant l’arrêt des centrales thermiques ; l’alimentation électrique tombe ; les pompes de refroidissement des dix-neuf réacteurs nucléaires (qui, soit dit en passant, n’ont probablement pas été révisées récemment comme elles auraient dû l’être) s’arrêtent… Fonte du réacteur !

Et donc, si vous voulez dire une prière pour l’Ukraine en cette période de vacances, ne vous fatiguez pas car c’est bel et bien foutu. Mais dites une prière pour le réchauffement climatique. Si cet hiver reste très, très chaud, alors le scénario des dix-neuf Fukushima pourra être évité. Ce n’est pas impossible : nous voyons des hivers anormalement chauds, l’un après l’autre, et chaque mois qui passe établit de nouveaux records. L’avenir sera chaud, plutôt même très chaud. Prions qu’il ne soit pas aussi radioactif que chaud.

Dmitry Orlov

 

Traduit par Hervé, édité par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone

 

 

 

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La France soupçonnée d’utiliser au Mali des armes à uranium appauvri

par Thierry Lamireau

Source : Reporterre. Le quotidien de l’écologie

8 février 2013

http://www.reporterre.net/

 

L’armée française ne dément pas utiliser au Mali des obus flèche à l’uranium appauvri. Celui-ci est un déchet radioactif recyclé. Son usage militaire conduit à une contamination des zones impactées.

 

Objet : non utilisation, destruction et interdiction des armes à l’uranium « appauvri » par l’Etat français.

Monsieur le Président de la République,

Vous avez choisi, récemment, de faire intervenir les différents corps de l’armée française sur le territoire du MALI.

A cette occasion, permettez-moi de vous envoyer cette LETTRE OUVERTE.

La France utilise des armes à l’uranium « appauvri »

Réalisateur du film « URANIUM EN LIMOUSIN » et également enseignant en Haute-Savoie auprès d’enfants de la maternelle, permettez-moi de vous indiquer que je reste très sensible à tout ce qui touche aux Droits de l’Homme et plus généralement à l’intégrité humaine.

En effet, la France, les Etats-Unis et quelques autres utilisent, lors de conflits (à travers par exemple les interventions de l’OTAN, les mandats de l’ONU ou en nom propre des pays) divers, des armes dites « munitions flèches » à l’uranium « appauvri ».

Certains aéronefs (avions de chasse, hélicoptères d’attaque, certains blindés) ont ainsi envoyé ces armes sur les sols de l’ex-Yougoslavie, en Bosnie, en Serbie, au Kosovo, en Afghanistan, en Irak, en Libye, au Liban, etc.

Au Mali, en votre nom, la France a décidé d’envoyer, entre autres, des Mirage 2000, des Rafale, des hélicoptères Tigre et certains blindés.

Pour une destruction plus rapide et « efficace », ces appareils utilisent les « munitions flèches » à l’uranium « appauvri ».

Bizarrement, les médias ne peuvent témoigner des actions de l’armée française notamment dans le nord du Mali.

L’une des raisons de cette « omerta » est très certainement l’utilisation des armes à l’uranium « appauvri » par les aéronefs français.

Mon expérience de l’analyse des rares images présentées ici ou là m’amène justement à aller vers cette affirmation.

Ainsi, cette utilisation d’armes nucléaires s’est banalisée dans l’indifférence générale.

L’uranium métal inclus dans le pénétrateur de ces armes est, si l’on peut dire, l’arbalète des temps modernes.

L’uranium « appauvri » est plus dense que le plomb et, de ce fait, au lieu de traverser un char en traverse deux ou pénètre dans des bâtiments en béton à des profondeurs encore plus importantes.

Après le lancement de l’obus, le sabot s’ouvre en libérant le pénétrateur à une vitesse supersonique de 1700 mètres par seconde.

A cette vitesse, l’impact est celui d’un caillou dans l’eau, le blindage de l’objectif visé jouant le rôle de l’eau et la flèche de l’arme celui du caillou.

Environ 50 pays (dont la France) détiennent ou fabriquent (et peuvent donc utiliser) des munitions contenant de l’uranium « appauvri ».

Ces pays affirment que « l’utilisation de ces munitions se justifie sur un plan militaire car elles sont plus « efficaces » que celles au tungstène (l’autre option principale) pour pénétrer dans les blindages ou le béton » (Ministère de la Défense 2001, Memorandum : Gulf War Illnesses, présenté au Defence Select Committee de la Chambre des Communes, le 26 avril 2001, Londres, HMSO, P.37. Department of the Air Force, Headquarters United States Air Force).

Ajoutons que l’uranium “appauvri” coûte moins cher que le tungstène et qu’il est plus largement disponible.

En outre, la densité et la vitesse de ces armes permettent aux pilotes qui les lancent de se trouver plus loin de la cible lorsqu’ils tirent, ce qui accroît leur sécurité (Pour une étude de l’intérêt militaire de l’uranium appauvri, voir Carnaham, 2008).

Mais ces armes possèdent d’autres effets, ceux-là, plus dévastateurs et à très longs termes.

L’entrée brutale dans la cible entraîne une surpression terrible capable de faire sauter une tourelle de char comme un bouchon de champagne. De plus, la vitesse et le contact entre les deux matériaux (celui de l’arme et de la cible) dégagent une énorme chaleur de rayonnement dont l’effet destructeur s’ajoute aux précédents.

Enfin, l’uranium est un matériau pyrophorique, c’est-à-dire qu’il prend feu dans l’air. L’uranium s’oxyde si vite qu’il prend feu en libérant in situ différentes particules radioactives ET chimiques.

Je tire ces informations d’un document de l’OTAN en date du 25 août 1992 (Document AC/258-D/425).

L’on peut lire dans ce même document :

« Un dépôt important de poussière d’uranium, de l’ordre de quelques g/m2, peut avoir un effet toxique sur les plantes et sur le bétail en pâture. Le dépôt d’uranium ’appauvri’ pourrait alors finir par être ingéré par l’homme, si la contamination se met dans la chaîne alimentaire.

Le taux de conversion de l’uranium ’appauvri’ métallique en oxyde, sous la forme de particules d’un format potentiellement respirable (très petites), est bien plus important (de 10 à 1000 fois) en cas d’explosion qu’en cas d’incendie. En outre, des éclats d’uranium ’appauvri’ en feu peuvent être projetés à des distances considérables, créant des sources secondaires de fumée d’uranium ’appauvri’ et de contamination de la surface. »

Les pays voisins des régions bombardées n’ont pas été épargnés par les retombées de particules radioactives et chimiques… comme le Koweït, l’Arabie Saoudite, l’Iran, des régions d’Albanie, de Macédoine, de Grèce, du Pakistan, pour ne citer qu’eux.

Il y a donc une pollution des sols, des eaux et de l’air pour plusieurs milliards d’années et cela provoque des problèmes importants de morbidité (nombreuses maladies induites), de mortalité et d’apparition de malformations congénitales monstrueuses puisque l’ADN est touché… il y a, de ce fait, une transmission aux générations suivantes.

Une arme radioactive

L’uranium « appauvri » est un déchet nucléaire « recyclé » par les pays utilisateurs comme une munition classique.

C’est un déchet radioactif issu de l’enrichissement de l’uranium destiné aux réacteurs nucléaires civils et militaires.

Il contient environ 0,2% d’uranium 235 et 99,75% d’uranium 238 dont la demie vie (période) est de 4,5 milliards d’années (l’âge de la terre !). On l’appelle « appauvri » parce que son activité est de 40% inférieure à celle de l’uranium naturel…ce qui ne signifie nullement qu’il est moins dangereux !

Il faut, en effet, rappeler que l’uranium « appauvri » utilisé dans l’armement est mélangé à de l’uranium issu des usines de retraitement qui contient des produits de fission hautement radioactifs comme l’uranium 236, le plutonium 238 et 239, le technétium 99 ou le ruthénium 106 qui potentialisent de fait sa nocivité.

Le mythe de la « guerre propre » a fait long feu… si je puis dire !… pour les peuples autochtones comme pour les militaires et journalistes ayant approché de trop près les pollutions de ces armes.

L’Agence Internationale de l’Energie Atomique prévoit d’ailleurs un excès d’un demi million de morts rien que pour l’Irak !

Il y a une violation des règles internationales de radioprotection.

Selon le Droit International sur le contrôle des armements, les armes à l’uranium « appauvri » sont illégales (Convention de LA HAYE de 1899 et 1907, de GENEVE de 1925 et 1949, Charte de NUREMBERG de 1945, Convention des Nations Unies du 10 octobre 1980 dite « Convention des armes inhumaines ») pour les raisons citées précédemment.

« Dans la plupart des rapports officiels, la question du respect de la réglementation et des normes de radioprotection est totalement éludée. Pareillement, le terme de « déchets radioactifs » et les prescriptions qui s’y rapportent sont tabous. C’est pourtant la terminologie appropriée pour décrire les obus et munitions à l’uranium appauvri dispersés dans l’environnement. » (Document CRIIRAD Corinne Castanier et Bruno Chareyron).

La désinformation, qui présente l’uranium « appauvri » comme un produit anodin, permet aux pays comme la France de se défausser de la prise en charge des coûts de décontamination mais surtout de banaliser dans l’indifférence générale l’usage de telles armes dans les conflits en condamnant pour « l’éternité » des populations civiles innocentes.

Arrêtons ce massacre sous couvert de l’OMS et de l’ONU !

L’utilisation de ces armes à l’uranium « appauvri » est un CRIME CONTRE L’HUMANITE !

Il y a, malheureusement, pire que la folie fanatique d’un individu comme celle, par exemple, de Mohamed MERAH… il y a la folie meurtrière des Etats comme la France et bien d’autres.

Les efforts de désarmement ont enregistré, au fil des années, des succès remarquables… même si toutes les armes devraient être interdites !

Ces initiatives n’étaient pas complètement aléatoires ; elles visaient généralement à neutraliser et à retirer de la circulation des armes pouvant enfreindre le droit des conflits armés.

Les Etats ont interdit les armes chimiques en 1993, puis les armes à laser aveuglantes en 1995 et les mines antipersonnel en 1997.

La campagne de désarmement la plus récente a conduit à l’interdiction des armes à sous-munitions (pour les pays qui adhèrent à la Convention sur les armes à sous-munitions de 2008).

Quelles armes « nouvelles » devraient faire l’objet d’un prochain traité d’interdiction ?

Nombre de personnes pensent que ce devrait être les armes à l’uranium « appauvri » !

Vous êtes le Président de la République française.

Vous avez décidé d’engager les forces françaises dans un conflit au Mali en utilisant des aéronefs qui « consomment » des munitions flèches à l’uranium « appauvri ».

Je souhaiterais donc connaître votre engagement concernant ce grave problème… bien plus important que celui d’un individu fanatique puisqu’il concerne l’engagement moral de notre Nation vis-à-vis du peuple français et des Nations de la planète comme au Mali.

Vous engagez-vous à arrêter, détruire et interdire l’usage des armes à l’uranium « appauvri » et à œuvrer sans relâche auprès des instances internationales comme l’ONU pour que ces munitions soient définitivement interdites dans tous les conflits sur la planète ?

Vous exprimant par avance ma très vive gratitude, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’hommage de mon profond respect.

 

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Rapport sur la vulnérabilité de la Suisse

Source : Sortir du nucléaire (sortirdunucleaire.ch) octobre-novembre 2015 No 104.

 

Il s’agit, avec cette étude réalisée entre janvier et aout 2015 par Frédéric-Paul Piguet, Docteur en Géosciences et environnement, de dire ce que le mouvement antinucléaire

clame depuis ses débuts, mais sous un angle nouveau. Le rapport classe les centrales nucléaires (CN) selon la vulnérabilité qu’elles sont susceptibles de créer dans le pays qui les abrite, en cas d’accident nucléaire majeur. L’étude relève l’existence d’un standard international et coutumier menant à la localisation des centrales loin des principales villes, standard observé par 156 des 194 CN dans le monde (80%). D’après les classements comparatifs, même des petits Etats comme les Pays-Bas ont réussi à éloigner les centrales des principales villes.

A l’oppose, les 4 CN suisses sont parmi les 8 premières au monde en termes de mise en danger de la population. Bâle est à l’intérieur d’un rayon de 50km de trois CN suisses, Zurich de deux CN et Berne d’une CN (à 15 km !). Cette situation de vulnérabilité exceptionnelle est doublée par des normes laxistes de sécurité, en dessous des normes auxquelles doivent répondre les centrales nucléaires neuves, pourtant interdites de construction depuis mai 2011 en raison de leur dangerosité. «L’étude sur la vulnérabilité de la Suisse en cas d’accident nucléaire majeur sur le territoire national» (70 p.) sera rendue publique lors d’une conférence de presse à Berne en octobre.

PDR

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Double faiblesse de l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) et de Beznau

par Christian van Singer

Source : Sortir du nucléaire (sortirdunucleaire.ch) octobre-novembre 2015 No 104.

 

A Beznau, le long de l’Aar, près de la frontière allemande, Axpo, groupe électrique appartenant à 9 cantons alémaniques, a construit deux réacteurs nucléaires. D’une puissance de 365 mégawatts chacun, entrés en service en 1969 et 1971 ; ils sont aujourd’hui les plus vieux au monde. Bien qu’ils soient ripolinés à la Suisse et que le propriétaire vienne d’investir 700 millions pour ce qui pouvait encore être entretenu, ils ne répondent pas aux normes de sécurité adoptées à l’échelle internationale pour les nouvelles centrales. Ils constituent de véritables bombes à retardement qui menacent la Suisse et les pays voisins.

Les antinucléaires en Suisse et à l’étranger dénoncent depuis longtemps leurs principaux défauts :

– Alimentation électrique de secours et système de refroidissement d’urgence insuffisants malgré des améliorations apportées.
– Risque en cas d’attaque terroriste aérienne, l’enveloppe extérieure et le couvercle étant trop fins.
– Protection contre les tremblements de terre et les inondations insuffisantes.
– Acier inapproprié utilisé dans les cuves des réacteurs…

De récentes révélations montrent que les réacteurs de Beznau sont encore plus dangereux qu’on ne le craignait jusqu’ici, et jettent une lumière inquiétante sur les contrôles insuffisants et la complaisance de l’IFSN, institut censé contrôler la sécurité des centrales nucléaires suisses.

Selon l’exploitant Axpo, les défauts de la cuve de Beznau 1 existaient déjà à l’époque de la construction de la centrale. Elles n’ont cependant été découvertes que maintenant vu l’amélioration des méthodes de contrôle. Mais bizarrement les documents qui permettraient de voir quelles faiblesses avaient déjà été constatées ont été déclarés égarés par Axpo. Lorsqu’on sait que l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) a déjà modifié ses rapports sur demande des exploitants des centrales (!!), il y a de quoi être inquiets… Sans compter qu’avec l’âge, les variations de température et le bombardement neutronique depuis l’intérieur des 2 cuves, les métaux deviennent plus cassants, tout comme une feuille de papier jaunit et craquelle si on l’expose aux intempéries. En cas de refroidissement d’urgence du réacteur, le choc thermique risque de provoquer la rupture de la cuve affaiblie. Un accident nucléaire majeur pourrait s’en suivre rendant inhabitable une bonne partie du plateau suisse.

En outre les centrales nucléaires de Beznau ne résisteraient pas à un séisme puissant. Mais elles ne risquent pas d’être arrêtées puisque l’IFSN applique des normes complaisantes en matière de radioprotection. Ce sont l’Association Trinationale de Protection Nucléaire (ATPN), Greenpeace et la Fondation Suisse de l’énergie (SES) qui ont mis en lumière ce grave défaut de sécurité. Le 20 août elles ont lance une procédure judiciaire, conjointement avec des riverains de la centrale exigeant une mise hors service définitive de l’installation. En ce qui concerne les dangers représentés par des inondations majeures, les calculs théoriques sur lesquels se base l’IFSN ignorent les faits historiques avérés et ne tiennent pas compte des quantités énormes de matériaux qui pourraient être charriés dans de tels cas.

Si elle était indépendante, l’autorité de surveillance IFSN, sur laquelle le Conseil fédéral se repose, devrait interdire immédiatement la poursuite de l’exploitation de Beznau 1 et 2.

 

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