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Areva projette une mégacentrale nucléaire en Inde

Propos recueillis pat Philippe Bach

Le Courrier, Genève, 6 mai 2015

 

La population s’est mobilisée. Les manifestations ont été réprimées faisant dans un cas, en avril 2011, un mort et trente-cinq blessés par balles, relève Pradeep Indulkar (en médaillon), l’auteur du documentaire sur la centrale de Jaitapur. Source : Pradeep Indulkar/LDD

 

Un film contre le projet d’Areva d’une mégacentrale nucléaire à Jaitapur.

Pradeep Indulkar projette son documentaire sur le projet de centrale de Jaitapur (Inde). Ce soir au Grütli. Bientôt dans plusieurs villes romandes.

 

Le plus gros projet électronucléaire mondial est… indien. Il est en effet prévu d’ériger, sur le site de Jaitapur (Etat du Maharashtra), à mi-chemin entre Bombay et Goa, sur la côte indienne de la mer d’Oman, pas moins de six unités de 1650 MW (mégawatts) de puissance électrique. Des centrales de type EPR (réacteur pressurisé européen) – la nouvelle génération de centrales –, livrées clés en main par Areva. Ce soir, Pradeep Indulkar, ancien ingénieur actif dans le programme nucléaire indien et devenu depuis un lanceur d’alerte, présente au Grütli son dernier documentaire: Jaitapur Live ! Interview.

 

Ph.B.

Quelle est la taille du parc électronucléaire indien?
Pradeep Indulkar:

L’Inde compte officiellement environ vingt-deux réacteurs en service. Cela représente environ

3,5% de la production électrique de mon pays. Ce faible pourcentage est aussi lié au fait qu’il s’agit de centrales de petites tailles car anciennes.

Ph.B.

Le projet que vous combattez signifie donc une montée
en puissance?
Pradeep Indulkar:

Oui. C’est un projet gigantesque qui représente une puissance électrique installée de 9900 MW (plus de huit fois le projet de Superphenix, le surgénérateur qu’il était prévu d’implanter à Creys-Malville, ndlr). Outre les six tranches de la centrale, des indices nous laissent penser que le site accueillera aussi une usine de retraitement des déchets radioactifs. Une installation du type de celle de la Hague, en France. Ce qui présente un risque supplémentaire de pollution radioactive.

Ph. B.

Dans votre documentaire, vous montrez que la population concernée n’en veut pas.
Pradeep Indulkar:

Les habitants de cette région sont très inquiets. Ils suivent attentivement les problèmes à répétition de l’EPR de Flamanville, en France. Ils craignent des atteintes à l’environnement. La pêche est une ressource très importante pour ces populations. Ces six unités relâcheront 20 000 MW de chaleur dans l’eau. La région est aussi très réputée pour ses mangues. Or ce fruit est très sensible aux variations de températures. Enfin, 750 hectares de terres arables ont déjà été soustraits à l’agriculture par la construction d’une muraille de protection autour du site, alors que de nombreux paysans refusent de vendre.

Ph. B.

La proximité de la mer fait-elle craindre le risque d’un tsunami?

Pradeep Indulkar:
Le sous-sol sur lequel il est prévu de construire cette centrale est instable. Donc, il est prévu d’abaisser tout le site de 25 mètres à7 mètres au-dessus du niveau de la mer. Cela le rend plus vulnérable à une vague géante. A cela il faut ajouter que la région est très sensible du point de vue sismologique. Il y a eu nonante-deux épisodes de tremblements de terre en vingt ans.

Ph. B.

Pourquoi avez-vous entamé cette tournée européenne?

Pradeep Indulkar:
Le projet de Jaitapur est un projet d’Areva, une entreprise franco-allemande. Je compte aussi aller dans ces deux pays. Un accord cadre a été conclu entre les autorités indiennes et cette entreprise chargée du nucléaire. Si cette déclaration d’intention débouche sur une commande en bonne et due forme, cela signifie qu’Areva livrera cette centrale clés en main. Ce qui pose des problèmes en matière de contrôle démocratique, voire de sécurité. J’essaie de sensibiliser la société civile au fait que de nombreuses entreprises sont impliquées en tant que sous-traitants ou comme financiers, comme HSBC et Paribas. En Suisse, Sulzer est un des contractants. Le but est aussi de faire pression sur cette entreprise qui a des comptes à rendre à ses actionnaires. Sept autres projets du même type existent en Inde, impliquant à chaque fois un autre acteur mondial du nucléaire, comme par exemple l’étasunien Westinghouse ou le russe Rosatom.

 

DOCUMENTAIRE

Jaitapur Live,

Un documentaire de Pradeep Indulkar, soustitré en français, trente-trois minutes.

Les projections prévues en Suisse romande:

> Genève: mercredi 6 mai, 19h30, Grütli (fonction: cinéma), rue du Général-Dufour 16.

> Martigny: Vendredi 8 mai, 19h30, salle du Vampire, rue des Petits-Epiney 7.

> Morges: mercredi 13 mai, 20h. Foyer Beausobre, av. de Vertou 2.

> Neuchâtel: lundi 18 mai, 20h., Muséum d’histoire naturelle, rue des Terreaux 14.

 

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Ce qu’il faut penser de la fausse «sortie du nucléaire»

Walter Wildi,

Géologue

Professeur honoraire

Université de Genève

(Article paru dans Le Temps du 12 mai 2015, Genève, repris de la publication trimestrielle suisse Sortir du nucléaire.)

 

En annonçant la «sortie», mais en ne la pratiquant pas, gouvernement et parlement ont trouvé un chemin politique permettant de bercer la population d’illusions et de continuer à exploiter ces centrales amorties, profitables et de plus en plus dangereuses, estime Walter Wildi

 

La «sortie du nucléaire» annoncée après Fukushima (mars 2011) n’avait pas ses origines dans cet accident, mais ce dernier a fourni l’émotion publique nécessaire pour annoncer ce qui était devenu inéluctable. Les causes 
de cette «sortie» sont plus profondes et précèdent la catastrophe japonaise.

Cantons, villes et communes suisses ont entamé le développement de leur industrie hydroélectrique dès la fin du XIXe siècle. L’après-Deuxième Guerre mondiale les a poussés dans les bras de la nouvelle industrie nucléaire quand ont été achetées des centrales nucléaires étasuniennes de série et bon marché chez Westinghouse (Beznau) et General Electric (Mühleberg).

Avec un investissement limité, en un court laps de temps et en utilisant à cette fin les grandes sociétés électriques suisses appartenant aux principales villes et cantons, on a construit un monopole d’approvisionnement en électricité, centralisé, protégé lors de votations fédérales par une liberté totale de dépenses publicitaires, assurant un déploiement de propagande très largement en faveur des sociétés électriques. Ce système d’approvisionnement électrique à crédit 
(les générations suivantes paieront) a assuré un demi-siècle de dividendes aux cantons 
et villes actionnaires principaux des grandes compagnies d’électricité.

La fin de la «rente nucléaire» des cantons s’explique par différentes raisons: l’ouverture du marché européen (fin des prix imposés) avec une baisse du prix de l’énergie, le 
développement massif des renouvelables en Allemagne, la chute du prix des renouvelables, les nouvelles centrales nucléaires de 
plus en plus chères (au moins 10 milliards 
de francs d’investissement et plus de deux décennies pour la construction d’une nouvelle centrale) rendant les énergies renouvelables compétitives.

A l’échelle de la Suisse, on ne gagne plus d’argent en produisant de l’électricité provenant de grandes installations et en vendant 
le courant sur le marché libre. Et les conséquences se font sentir de plus en plus, notamment avec la chute des sociétés électriques qui vont d’année de déficit en année de perte, ou alors qui vendent leurs bijoux de famille sous la forme de participations dans des barrages hydroélectriques. A titre d’exemple, le cours boursier de l’action Alpiq (qui intéresse particulièrement les cantons de Suisse romande) a perdu 90% de sa valeur depuis ses sommets en 2007-2008 et 50% depuis une année.

Et la réponse à cette descente ne s’est pas fait attendre, comme Peter Bodenmann 
l’a bien posé dans sa récente tribune dans L’Hebdo: pour les propriétaires des centrales (cantons et villes), il s’agit de retarder au maximum les dépenses réelles et énormes liées au démantèlement des installations 
et au ­stockage des déchets. La Confédération accorde donc aux centrales nucléaires des rallonges d’exploitation et à la Nagra [société coopérative nationale pour le stockage des déchets radioactifs, ndlr] une autre trentaine d’années pour trouver une solution à «l’élimination» des déchets. En annonçant la «sortie», mais en ne la pratiquant pas, gouvernement et parlement ont trouvé un chemin politique permettant de bercer la population d’illusions et de continuer à exploiter ces centrales amorties, profitables et de plus en plus dangereuses. Les coûts du démantèlement et de la gestion des déchets augmentent, mais la facture n’arrivera que plus tard.

Lorsque finalement les centrales seront démantelées (avant l’accident?), si les cantons et villes se déclarent insolvables, la 
Confédération et ses contribuables seront appelés à payer: l’article 80 de la loi sur 
l’énergie nucléaire stipule à l’alinéa 4: «[…] l’Assemblée fédérale décide si la Confédération participe aux frais non couverts et si oui, dans quelle mesure.» Reste la question des centrales hydroélectriques dans lesquelles 
les grandes sociétés d’électricité détiennent des parts. A voir les ambitions des cantons 
du Valais et des Grisons, ces ouvrages seront repris par les cantons alpins et leurs communes. Ce sera la fin d’un modèle économique nucléaire qui aura duré un bon demi-siècle au bénéfice financier notamment de cantons antinucléaires mais bel et bien propriétaires de ces centrales.

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OBSTINATION NUCLEAIRE FRANÇAISE

Par
Philippe Bach
Editorial du journal Le Courrier,
Genève, du vendredi 17 avril 2015.

L’EPR (réacteur européen pressurisé) de Flamanville (département de la Manche) de nouveau sur la sellette. Mercredi – mais la nouvelle est restée plutôt discrète –, l’autorité de sûreté nucléaire française (ASN, le gendarme du nucléaire) a sifflé le hors-jeu de cette centrale en construction et qui incarne l’avenir du parc électro-nucléaire hexagonal.
Des «anomalies de fabrication» ont été découvertes sur la cuve de l’installation. C’est-à- dire là même où se produit la réaction nucléaire dégageant l’énergie qui est ensuite turbinée. Le président de l’ASN a enfoncé le clou en ne présageant «d’aucune manière de la décision qui sera prise, compte tenu de l’im- portance de l’anomalie que je qualifie de sérieuse, voire de très sérieuse1». En clair: la cuve – 425 tonnes tout de même – déjà installée se révèle moins résistante que prévue. Ce qui est évidemment gravissime pour un équipement qui sera soumis à des chocs thermiques importants.
Une nouvelle tuile pour EDF et Areva, qui chapeautent le nucléaire français. Le chantier de Flamanville accumule les retards. Alors que la centrale devait entrer en fonction en 2012,
elle est loin d’être achevée. Et la facture est déjà passée de 3,3 à 8,5 milliards d’euros!
Bref, on assiste à une nouvelle fuite en avant organisée par le tout-puissant lobby de l’atome français. Et François Hollande a beau promettre une réduction de la part du nucléaire dans la production électrique française de 75% à 50% à l’horizon 2025, on sait que l’inconsistant joueur de pipeau qui prend ces jours-ci des bains de foule à Ouchy excelle dans ce genre de promesses qui rendent les fous joyeux. La loi de transition énergétique votée en octobre dernier offre toutes sortes d’échappatoires. Dans la foulée, sa ministre de l’Ecologie conditionne la fermeture des plus vieilles et plus dangereuses centrales, comme celle de Fessenheim, au démarrage de Flamanville. En attendant, les vieilles casseroles sont priées de ne pas présenter de fuites.
Tout cela tient davantage du bricolage que de la politique. Ce qui est sans doute aussi vrai d’autres aspects de l’action gouvernementale française. Mais dans le cas d’espèce, cela concerne également les pays voisins directement menacés dans leur sécurité par cette obstination nucléaire.
1 Voir Le Monde du 15 avril.

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EPR Flamanville: une anomalie pourrait condamner le réacteur

9 avril 2015
L’anomalie signalée mardi par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) sur la cuve du réacteur nucléaire en construction à Flamanville (Manche) risque de condamner ce réacteur ainsi que deux autres EPR en chantier en Chine, affirme jeudi l’organisation écologiste Greenpeace.
« Si les tests en cours confirment l’anomalie –et il y a de fortes probabilités qu’ils la confirment– ces EPR sont condamnés à ne pas démarrer » car les cuves, dont l’acier fait l’objet de doutes, « sont a priori irremplaçables » une fois posées, a déclaré à l’AFP Yannick Rousselet, chargé des questions nucléaires à Greenpeace France.
« Jamais au monde pour le moment on a réextrait une cuve sans détruire tout ce qu’il y a autour », affirme M. Rousselet.
Interrogé par l’AFP, le service de communication d’EDF, maître d’œuvre du chantier de Flamanville, a indiqué ne faire « aucun commentaire ».
« Les enjeux sont considérables », ajoute M. Rousselet, pour qui il s’agit du plus gros problème jamais relevé sur un EPR (réacteur pressurisé européen).
Mardi, l’ASN a annoncé qu’une « anomalie » avait été détectée à Flamanville « dans la composition de l’acier du couvercle de la cuve, et du fond de cuve », deux pièces appelées calottes.
Outre Flamanville, trois réacteurs EPR sont en construction dans le monde, en Chine et en Finlande. Or « certaines calottes des cuves des réacteurs de Taïshan 1 et 2 (Chine) ont été fabriquées par Creusot Forge, filiale d’Areva, selon un procédé similaire à celui de la cuve de l’EPR de Flamanville », a précisé mercredi le gendarme du nucléaire dans un communiqué. Ce n’est pas le cas des calottes de la cuve de l’EPR d’Olkiluoto en Finlande, qui proviennent d’un autre fournisseur.
Areva doit réaliser d’ici octobre des expertises pour confirmer ou infirmer « l’anomalie » apparue au cours de « premières mesures ».

« Un couvercle de cuve, c’est des mois de fabrication, et des coûts astronomiques, donc ça pose un problème, mais c’est remplaçable. Mais les cuves c’est complètement inenvisageable », affirme le militant. Car « quand on pose une cuve, aussitôt on met une quantité d’éléments autour, y compris des éléments bétonnés pour la fixer », selon lui.
La cuve de Flamanville a été posée en janvier 2014 avant le démarrage de la centrale prévu en 2017. Celui de Taïshan 1 est annoncé pour fin 2015.
Selon Greenpeace, « la pièce étalon sur laquelle a été détectée l’anomalie est censée valider l’ensemble des calottes » fabriquées par Creusot Forge pour Flamanville et Taïshan, mais aussi pour des réacteurs qui ne sont pas encore commandés, comme Taïshan 3 et Hinkley Point (sud-ouest de l’Angleterre), pour lequel EDF n’a pas pris de décision définitive d’investissement.
Interrogée par l’AFP, Areva n’a « pas souhaité faire de commentaire ».
Selon Greenpeace, le géant du nucléaire, en difficultés financières, « a pris un risque industriel en décidant de faire une série de calottes » sur la base de ce même étalon.
« Sur le seul chantier EPR où Areva est maître d’œuvre, celui de Finlande, au lieu de faire les calottes en France, Areva les a fait faire par les Japonais et elles n’ont pas de problème », ajoute le militant de Greenpeace.
En 2014, Areva avait indiqué que la cuve de Flamanville avait été forgée à 80% chez Japan Steelworks et à 20% chez Areva au Creusot.
La cuve, qui pèse 425 tonnes et mesure 11 mètres de haut, est une pièce « particulièrement importante pour la sûreté » car elle « contient le combustible » et « participe à la seconde barrière de confinement de la radioactivité » après la gaine du combustible, selon l’ASN.

AFP

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Ecologie et libertés

par Philippe Bach
Editorial du quotidien Le Courrier, Genève, 12 mars 2015.

Un anniversaire dont on se passerait bien. Il y a quatre ans, la centrale nucléaire de Fukushima était le siège d’une catastrophe majeure, avec la fusion partielle du cœur de trois réacteurs. D’énormes quantités de radioactivité ont été et continuent d’être relâchées dans la biosphère. Hier, les milieux antinucléaires ont rappelé en plusieurs endroits du monde et en Suisse les dangers que cette industrie fait courir à la planète.
On relèvera que pour une catastrophe de cette importance –certains calculs épidémiologiques laissent envisager 1 million de cancers supplémentaires –, on en sait finalement très peu. Une nouvelle illustration du fait que nucléaire et démocratie ne font pas bon ménage. Cette technologie est si dangereuse qu’elle implique le risque d’une dérive policière de l’Etat. Et elle ne s’accommode pas de la transparence inhérente à l’Etat de droit. Une omerta qui va jusqu’à contaminer le monde scientifique. On l’a vu avec la catastrophe de Tchernobyl, où l’Organisation mondiale de la santé défend des positions si éloignées de la réalité que cela en devient risible. Explication: cette organisation onusienne est en fait soumise à la toute puissante Agence internationale pour l’énergie atomique. Elle a fait sienne pendant des années la grotesque affirmation que Tchernobyl aurait fait quelques dizaines de morts, là où sur la durée on s’approche doucement du demi-million.
Ce phénomène se vérifie aussi au Japon où le gouvernement a même fait passer une loi ad hoc qui verrouille l’information et permet de poursuivre les journalistes qui auraient la mauvaise idée de contester le discours officiel ou de poser des questions dérangeantes.
Et en Suisse, hier, l’Alliance Non au nucléaire, qui regroupe l’entier des organisations opposées à l’atome, a rappelé que la vigie qu’elle a installée devant l’IFSN (Institut fédéral de sûreté nucléaire) pour protester contre la centrale de Beznau se heurte à l’intransigeance des autorités de la commune de Brugg. Celles-ci interdisent toute manifestation de plus de six personnes et tolèrent un maximum de deux drapeaux. Une décision bureaucratique qui n’aurait pas dépareillé dans feu l’URSS. Quelque 800 recours ont été déposés contre cette entrave à la liberté de manifester et d’expression.
Au-delà de nos vies et de la préservation de la biosphère, ce sont donc aussi les fondements de la démocratie qui sont en jeu. La lutte antinucléaire est aussi un combat pour les libertés fondamentales. Elle nous concerne donc à double titre.

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Pertes record pour le géant du nucléaire français Areva

La firme annoncera le 4 mars un trou de 4,9 milliards d’euros

Richard Werly, Paris,

Article publié dans

Le Temps, Genève, 24 février 2015

 

La filière nucléaire française doit-elle être auditée et repensée de fond en comble ? Sur le plan comptable en tout cas, l’avertissement lancé lundi par Areva d’une perte de 4,9 milliards d’euros pour 2014 semble assuré de relancer les appels au grand ménage dans ce secteur éminemment stratégique.

Contrôlé par l’Etat à 85,6%, le géant français, fort de plus de 45 000 employés et d’environ 250 filiales dans une quarantaine de pays, devrait confirmer le 4 mars ces pertes nettes, supérieures à sa capitalisation boursière et légèrement inférieures à son chiffre d’affaires 2014 de 5,5 milliards d’euros. Cette bombe financière intervient après des années d’accusations portées contre la gestion d’Anne Lauvergeon, l’ancienne conseillère diplomatique de François Mitterrand, qui dirigea l’entreprise de 1999 (Areva a remplacé la Cogema en 2001) à 2011. Cette dernière, qui exerça jusqu’en février 2014 la présidence du Conseil de surveillance du quotidien Libération, avait été remplacée par Luc Oursel, décédé le 3 décembre 2014. Ses deux principaux dirigeants, le président du conseil d’administration, Philippe Varin, et le directeur général, Philippe Knoche, semblent donc avoir opté, dès leur entrée en fonction, pour une très douloureuse opération vérité. Il s’agit de la quatrième perte consécutive pour Areva.

Dérapages des chantiers

L’origine des pertes colossales d’Areva, héritière du fameux Commissariat à l’énergie atomique, est essentiellement liée aux dérapages des principaux chantiers dans lesquels ce constructeur de centrales nucléaires est engagé en France (Flamanville), en Finlande (où elle construit un réacteur de troisième génération qui coûtera 6 milliards au lieu des 3 milliards prévus) et au Japon, où l’accident nucléaire de Fukushima a «tué» son juteux marché. La firme française avait aussi raté, en 2006, le «contrat du siècle en Chine», où la construction de quatre réacteurs de troisième génération avait été remportée par l’américain Westinghouse. Autre boulet, de loin le plus explosif: le fameux rachat pour près de 2 milliards d’euros de la société canadienne Uramin en 2007, dont les gisements d’uranium au Niger étaient un mirage.

Cet exercice désastreux devrait relancer les spéculations sur un possible rapprochement entre EDF (contrôlé par l’Etat français à hauteur de 84%) et Areva. La nécessité de regrouper les deux structures est jugée incontournable par les experts, dans un contexte de pétrole à bas prix et de contraintes réglementaires croissantes en faveur des renouvelables. Hier, l’action a perdu 2,09%.

 

 

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Sortir du nucléaire: Accorder la priorité à la baisse de consommation d’électricité

Jean-Philippe Scalbert, Ing.Dipl. Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich

 

La sortie du nucléaire : oui mais quand ?

Une grande partie de la population Suisse se sent menacée par un danger imminent, car elle estime que l’accident nucléaire peut arriver demain, aussi bien en Suisse qu’en Ukraine ou au Japon. L’autre partie de la population ne ressent pas cette angoisse, car elle a confiance dans la capacité des responsables Suisses (et Français ?) à éliminer totalement le risque d’un accident nucléaire majeur sur notre territoire. Le conflit autour des centrales nucléaires est celui de deux croyances opposées donc à la base, presque une guerre de religions.

Actuellement les défenseurs du nucléaire imposent leur «religion» et soumettent leurs adversaires à un sentiment d’insécurité latent.

Et pourtant le peuple a décidé de préserver sa propre sécurité en votant pour la sortie du nucléaire en 2012. Mais les défenseurs du nucléaire ont repris les rennes en main :l’effet Fukushima s’estompe déjà, et autour du débat sur la Stratégie Energétique 2050, le gouvernement et les chambres fédérales semblent plus soucieux de prolonger la vie des centrales vieillissantes, de soutenir les modes de productions d’énergie renouvelables et même de promouvoir des produits très gourmands en électricité comme la pompe à chaleur ou la voiture électrique rechargeable (plug-in) que de se focaliser sur ce qui est vraiment l’essentiel : réduire la consommation.

 

La population se trouve dans la situation du fumeur qui sait qu’il se fait du mal, mais n’est pas en mesure d’arrêter de consommer. Si de nouveaux produits électriques s’imposent dans notre vie courante, la dépendance à l’électricité actuelle et celle du futur, sont telles qu’il ne sera pas possible de renoncer au nucléaire dans les délais fixés. Donc le peuple qui souhaite en majorité se libérer de son angoisse, n’arrive pas à agir en conséquence, tel le fumeur qui, en continuant à fumer, ne peut se départir de son angoisse de cancer du poumon.

Il faut donc définir une stratégie efficace, pour réduire la consommation dans les délais les plus courts et il faut expliquer cette stratégie de façon transparente et crédible jusqu’à ce que le peuple et ses représentants politiques soient prêts à se doter des moyens nécessaires.

 

Conflit d’intérêt entre la sortie du nucléaire et le CO2

Il est un fait indéniable que certaines stratégies de sortie du nucléaire (par exemple les centrales à gaz ou le couplage chaleur force) ont pour conséquence une augmentation de la production de CO2. D’autre part certaines stratégies de diminution des émissions de CO2 (par exemple pompes à chaleur et voitures électriques rechargeables) ont pour effet de retarder la sortie du nucléaire. Que faire face à ce conflit d’intérêt?

Les centrales nucléaires suisses étant situées sur notre territoire et l’accident nucléaire pouvant arriver demain, sortir du nucléaire est une décision souveraine, destinée à nous protéger d’un danger peut-être imminent. Par contre la production de CO2, elle, est globale, elle évolue lentement, et surtout, sa réduction ne dépend pas seulement de nous. Même des efforts drastiques en Suisse n’empêcheront pas les autres Etats de continuer ou non à produire leur quote-part de CO2 et l’effet de serre ne sera que très peu ralenti par nos efforts. Cette analyse montre donc clairement que la priorité est à accorder à la sortie du nucléaire, sans pour autant négliger les efforts de réduction des émissions de CO2. Et les solutions qui sont en mesure de contourner ou d’éviter le conflit d’intérêt entre sortie du nucléaire et réduction du CO2 sont, bien sûr, à favoriser.

 

Chercher une alternative à la production nucléaire, oui mais…

Lorsque le soleil ne brille pas et en l’absence de vent la production de courant solaire et éolien est quasiment nulle. S’il fait froid et sombre, il faut pourtant du courant électrique pour alimenter les chauffages électriques, y compris les pompes à chaleur, et également pour l’éclairage. Si les conditions climatiques sont défavorables, il n’est donc pas possible de renoncer au nucléaire pour couvrir les pointes de consommation! L’opinion publique n’est absolument pas consciente de ce fait.

Le stockage de l’énergie solaire et de l’éolien, est une condition incontournable pour assurer que ces techniques dépendantes des conditions climatiques contribuent vraiment à la diminution de la puissance de production nécessaire pour couvrir les pointes de consommation, Ce stockage doit donc être l’objet d’une recherche intense et centralisée et non pas d’initiatives plus ou moins isolées, comme à l’heure actuelle.

Et dans l’immédiat, il faut faire comprendre à la population que la photovoltaïque et l’éolien ne contribuent pour l’instant que très peu à la sortie du nucléaire et qu’il faut donc se focaliser de façon urgentissime sur les économies de courant. Chaque kWh non consommé est un risque de moins, échappe au conflit d’intérêt avec le réchauffement climatique, et rendra effectivement le nucléaire obsolète.

 

 

 

Réduction de la consommation : des paroles mais peu d’actes

Même la Confédération est ambiguë : il y a trente ans, elle a lancé le programme « RAVEL » (Rationelle Verwendung der Elektrizität) qui se concentrait sur les méthodes de réduction de la consommation électrique. Ce programme est plus ou moins retourné dans les tiroirs et le gouvernement et le parlement semblent se concentrer maintenant plutôt sur les problèmes de la production électrique que sur ceux de la consommation.

On se demande comment les objectifs d’économie de courant confirmés à la suite des débats du Conseils National sur la Stratégie Energétique 2050 de 3% jusqu’en 2020 et de 13% jusqu’en 2035 nous mènerons à substituer les 37% d’énergie électrique fournie actuellement par les centrales nucléaires ! Et le Conseil Fédéral délègue la responsabilité de ces économies non seulement aux Cantons mais en plus aux distributeurs de courant qui doivent baisser leur chiffre d’affaire pour bénéficier d’un bonus…

Le chauffage à résistance est remis en question à l’échelon cantonal, mais avec « des pincettes ». Par contre, personne ne met le doigt sur le gros consommateurs de courant électrique que sont les pompes à chaleur, déjà très répandues, et les voitures électriques, en passe de s’imposer sur nos routes.

Certaines industries extrêmement gourmandes en électricité passent au travers de mesures d’assainissement pour des raisons économiques. C’est le cas par exemple de l’industrie du ciment.

Le commerce en grandes surfaces n’est que rarement montré du doigt: Coop, Migros, Manor, Jumbo, Aldi et les autres s’équipent d’enseignes lumineuses rutilantes qui éclairent la lanterne des insomniaques. En été il règne dans les magasins des températures si basses qu’il faut prendre une veste pour y faire ses emplettes.

Les pouvoirs publics n’investissent que très peu dans les mesures de réduction de consommation électrique des bâtiments, de l’éclairage et des transports publics. Les statistiques cantonales, lorsqu’elles existent, le prouvent.

 

Le financement des mesures d’économie

On voit à quel point il est difficile à l’échelon cantonal de faire interdire les chauffages électriques à résistance. Tout ce qui tend à mettre un frein à la liberté individuelle et au commerce de produits utiles mais gourmands en électricité est mal accepté.

Mais l’Etat, tout libéral qu’il soit, sait parfois prendre ses responsabilités et devenir très dirigiste : il engage sur le dos du contribuable des sommes faramineuses pour des financements, dont on se demande s’ils seraient approuvés par le peuple, si le gouvernement et les chambres n’en avaient pas les compétences nécessaires.

C’est le cas notamment du nucléaire, par exemple pour distribuer des pastilles d’iode, pour les recherches sur le démantèlement des centrales, sur la prolongation de leur durée de vie, sur l’enfouissement des déchets. C’est aussi le cas pour d’autres domaines comme celui de la politique monétaire et financière de la Confédération. Citons-là le sauvetage des banques « too big to fail » ou le maintien de la parité du franc suisse. Dans le domaine de la santé également, de grosses sommes sont allouées aux subsides pour les primes d’assurance maladie ou pour distribuer des vaccins à la population. Toutes ces « mannes » sont distribuées dans un consensus à peu près général.

Et finalement, dans le domaine de l’approvisionnement en électricité, la production d’énergie renouvelable bénéficie de la rétribution à prix coûtant (RPC).

La Confédération ne devrait-elle pas pouvoir investir des sommes équivalentes dans le financement de mesures de réduction de consommation d’électricité sur l’ensemble du territoire et pour l’ensemble des usagers? Une baisse substantielle de la demande en électricité est la condition nécessaire et le chemin le plus rapide pour la sortie du nucléaire qui, rappelons-le, a été décidée pour protéger le peuple suisse contre un accident nucléaire. Or la protection de la population contre les catastrophes est une responsabilité nationale et ne doit pas être déléguée aux cantons et encore moins à des fournisseurs d’électricité.

 

Quelques propositions concrètes :

 

Remplacer les chauffages électriques et les pompes à chaleur par des chaudières à pellets

C’est bien ne dire que la moitié de la vérité que de taire que la pompe à chaleur est un chauffage électrique. Il suffit de faire le calcul suivant : un ménage de 2 personnes consomme par an en moyenne de 3 à 4000 kWh de courant électrique. Pour le chauffage d’une maison de 150 m2 aux normes actuelles, il faut 10 à 12000 kWh par an. Si le chauffage s’effectue avec une pompe à chaleur qui « pompe » 2/3 de cette énergie à l’environnement, elle aura besoin de 3 à 4000 kWh supplémentaires pour entraîner le compresseur électrique de la pompe à chaleur. Donc la consommation du ménage sera doublée… Même en admettant qu’elle soit alimentée uniquement par du solaire on aura un statu quo, et non une diminution. Si ce ménage prend sur lui l’équipement de panneaux solaire, c’est à l’éclairage et aux appareils ménagers et multimédias qu’il doit le consacrer, pas à une pompe à chaleur, si l’on veut diminuer vraiment la consommation. De manière générale l’électricité doit être réservée à l’alimentation d’installations qui ne peuvent fonctionner autrement qu’avec du courant électrique. Il faut donc le plus rapidement possible réduire le parc de pompes à chaleur, et décréter un moratoire pour leur installation dans des centrales de chauffages neuves, ou leur remplacement lorsqu’elles ont atteint leur durée de vie.

Il existe pour cela une solution de substitution vraiment efficace et neutre sur le plan de l’effet de serre : le chauffage au bois. Les chaudières à pellets ont atteint aujourd’hui un degré de maturité équivalent à celui des chaudières à combustibles fossiles et n’émettent pratiquement plus de poussières, contrairement à l’idée reçue. De plus le bois étant un combustible neutre quant à l’effet de serre, il permet de contourner le conflit d’intérêt cité plus haut.

 

Reprendre, actualiser et forcer le programme RAVEL et en subventionner les mesures

Pour les particuliers propriétaires de maison existantes, les mesures à appliquer et à subventionner seraient par exemple :

  • Remplacement de toutes les lampes à incandescences et halogènes par du LED ou de la basse consommation.
  • Redimensionnement des pompes de circulation de l’eau de chauffage
  • Remplacement accéléré de tous les appareils ménagers anciens par des produits économes

 

Pour le commerce, en plus:

  • Elever les températures dans les grandes surfaces et les centres commerciaux en été. Se limiter aux produits frais et ne pas descendre à plus de 6° en dessous de la température extérieure
  • Repenser les durées et les quantités d’air de ventilation
  • Equiper les enseignes lumineuses de lampes LED ou à basse consommation, rester un peu modeste dans les dimensions et les éteindre la nuit

 

Ce genre de mesures s’applique bien sûr à l’ensemble des bâtiments publics.

Le potentiel technique d’économies doit être exploité dans les installations techniques gérées par les pouvoirs publics, dans les transports publics ainsi que dans les entreprises du tertiaire, de l’artisanat et de l’industrie. Pour cela des études spécifiques et ciblées sont à initier dans les plus brefs délais et la réalisation des mesures techniques à mettre en œuvre en première priorité.

 

Il est indispensable et urgent de réfléchir sur la dimension du chantier, donc sur les besoins en ressources humaines et en financement, que représenterait la réalisation exhaustive et rapide de telles mesures d’économie d’électricité ! En ce qui concerne le financement, pourquoi ne pas étendre le RPC aux mesures d’économie qui mènent à une « non consommation de courant » (ce qui revient à une production renouvelable) ? C’est à dire subventionner le remplacement prématuré d’un réfrigérateur gourmand par un appareil AA+++, de lampes halogènes ou à incandescence par des LED ou des lampes économiques, ou celui d’une pompe à chaleur par une chaudière à bois, de la même manière que l’isolation de façades ou les fenêtres à triple vitrage sont aujourd’hui subventionnées?

 

Stopper la promotion de la voiture électrique

Tant que la question du stockage n’est pas résolue, il faut s’abstenir de promouvoir la voiture électrique. Les quantités de courant que celle-ci sollicitera sont énormes et enrayeront tout effort de sortir du nucléaire. La aussi un petit calcul montrerait que notre ménage triplerait sa consommation avec une voiture électrique même en ne l’utilisant que 6000 km par an ! La voiture électrique comme la pompe à chaleur ne sont admissibles que si le courant qui l’alimente est solaire ou éolien, et si les économies ont déjà conduit à la sortie du nucléaire.

 

Repenser les techniques de climatisation

La climatisation est un « gouffre » d’électricité. Avec une gestion parcimonieuse des systèmes de ventilation et des seuils de températures il y a un énorme potentiel de réduction à exploiter. Dans bien des cas il est possible de rafraichir des bâtiments en été et de préchauffer l’air dans des systèmes d’échangeurs thermiques sol/air du type puits canadien ou apparentés et de faire 90% d’économie de courant par rapport à la climatisation avec compresseurs électriques.

 

Promouvoir les systèmes domotiques

La domotique est au goût du jour. Et elle permet de gérer le chauffage, l’éclairage et la climatisation de manière optimale et d’adapter la consommation aux besoins réels. Il est donc opportun de promouvoir cette branche qui dispose encore de très peu de capacités en ressources humaines.

 

Stratégie à court terme

Faire des mesures pour sortir du nucléaire un immense moteur économique

Sortir du nucléaire implique des abandons d’activités donc d’emplois en certains domaines (industrie nucléaire, commerce de pompes à chaleur et de voitures électrique), mais pour atteindre cet objectif il faut mobiliser une multitude de corps de métiers. Il est vraisemblable que le bilan quant à l’emploi et les retombées économique soit positif.

 

Promouvoir les métiers de la branche

Malheureusement nos jeunes boudent souvent la carrière d’ingénieur et les métiers de la technique du bâtiment. Les grands défis technologiques n’ont à leurs yeux plus d’attractivité.

Sur ce plan il y a à mener un travail pédagogique et médiatique visant à donner auprès des jeunes l’image d’un désengagement nucléaire qui ne se contente pas de dénoncer et de protester mais qui inclue la dimension d’une profession d’avenir et pleine de sens.

 

Lancer des campagnes nationales de sensibilisation

L’objectif d’économiser suffisamment d’électricité pour pouvoir vraiment se passer de centrales nucléaires est une entreprise nationale ! Avec des campagnes nationales de la dimension de la campagne contre le SIDA il serait possible de faire changer l’opinion publique et les choix politiques. L’heure n’est plus à la mesure et au compromis helvétique, il faut des coups de gueule et des coups de poings médiatiques !

Dans ces campagnes, il faut aussi être clair sur la moitié de la vérité qui n’est pas dite concernant le prix réel des centrales nucléaires en tenant compte de leur démantèlement, de l’enfouissement des déchets et de montrer que les mesures décrites ci-dessus ne seront pas plus chères que l’absurde prolongement de la vie des centrales vieillissantes.

Le désengagement nucléaire est souvent associé à l’idée d’un mode de vie alternatif, voire marginal. Les messages anti-nucléaires s’adressent quant à eux trop souvent à des groupes de personnes déjà convaincues et manquent de crédibilité auprès de la majorité de la population, qui craint que la sortie du nucléaire ne signifie un renoncement au confort que l’électricité lui procure. Le message sur la sortie du nucléaire doit donc être crédible et rassurant sur ce point.

 

Créer un mouvement politique massif

Les campagnes de sensibilisation sont nécessaires pour forger l’opinion publique, mais sans un profond mouvement politique rien ne sera possible. Les décisions à prendre sont tellement difficiles à accepter, qu’il faudra aller même jusqu’à choquer dans un premier temps, mais sans omettre de faire simultanément les propositions qui permettront d’atténuer l’impact du choc et de le transformer en un mouvement constructif et dynamique vers l’avenir.

Les phases suivantes sont à envisager :

  • Créer un noyau fort, reconnu et crédible
  • Former des multiplicateurs qui répandront la volonté politique d’agir rapidement
  • Utiliser les réseaux sociaux
  • S’associer à d’autres associations, entre autres l’observatoire du nucléaire (Stéphane Lhomme), Greenpeace, WWF, etc.
  • Lancer une campagne couvrant la Suisse de slogans clairs et crédibles

 

Se doter des lois et ordonnances nécessaires

Sans interventionnisme il sera impossible d’accélérer la sortie du nucléaire, ni même de l’atteindre. Par exemple :

  • Il faut non seulement interdire les chauffages à résistance mais aussi décréter un moratoire sur les pompes à chaleur et les autres produits pouvant être alimentés autrement qu’avec de l’électricité
  • Il faut stopper pour le moment l’introduction à grande échelle de la voiture électrique

 

Ce genre de mesures absolument discriminatoires du point de vue de la liberté du marché n’est applicable qu’avec un consensus politique. Est-ce une utopie ?

 

Assurer le financement des mesures à court terme

Si le législateur oblige l’utilisateur à remplacer des installations à très court terme, il doit en assurer pratiquement la totalité de l’investissement. Il doit également soutenir les branches économiques lésées par de telles mesures, et assurer l’étude de mesures de réduction de consommation dans l’industrie et le commerce. Et il lui faut aussi trouver des accords financiers pour leur réalisation à court terme. Il doit donc être muni des compétences et des ressources humaines qui lui permettront d’agir rapidement.

 

Là aussi, on peut se demander si on se trouve dans le domaine de l’utopie mais il n’y a pas d’autres voie pour aller vite, et – rappelons le – il s’agit ici de se donner les moyens non seulement de respecter mais d’accélérer les délais fixés pour une sortie du nucléaire, qui sur le principe est déjà décidée.

 

Conclusion

Ce n’est pas avec des demi-mesures et des bonnes paroles que l’objectif de sortir du nucléaire rapidement est atteignable. Dénoncer les dangers et les coûts liés aux centrales vieillissantes ne suffit pas non plus. Les réflexions et les mesures proposées ici peuvent paraître démesurées mais face à la débauche de moyens engagés pour promouvoir le nucléaire, et à faire oublier Fukushima et les problèmes liés à l’enfouissement de déchets radioactifs, il n’est pas suffisant d’opposer un compromis helvétique !

 

 

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L’âge des réacteurs en Europe

Nuclear power stations in the EU – operating reactors       
source: IAEA PRIS database – http://www.iaea.org/pris

Greenpeace / Jan Haverkamp
06/11/2014

Color code:
————————————————–

X = less than three years from its original technical design life-time
X = older than its original technical design life-time

Age  on 6 November 2014:

  > 40 years
  35 – 40 years
  30 – 35 years

—————————————————

country power station type reactor reference unit power starting date age (years)   average age per country (years)
BE Doel 1 PWR 433 28/08/1974 40 X 34
  Doel 2 PWR 433 21/08/1975 39 X  
  Doel 3 PWR 1006 23/06/1982 32    
  Doel 4 PWR 1039 08/04/1985 29    
  Tihange 1 PWR 962 07/03/1975 39 X  
  Tihange 2 PWR 1008 13/10/1982 32    
  Tihange 3 PWR 1046 15/06/1985 29    
BG Kozloduy 5 PWR 953 29/11/1987 26 X 25
  Kozloduy 6 PWR 953 02/08/1991 23    
CZ Dukovany 1 PWR 471 24/02/1985 29 X 23
  Dukovany 2 PWR 427 30/01/1986 28 X  
  Dukovany 3 PWR 471 14/11/1986 27 X  
  Dukovany 4 PWR 471 11/06/1987 27 X  
  Temelín 1 PWR 963 21/12/2000 13    
  Temelín 2 PWR 963 29/12/2002 11    
FI Loviisa 1 PWR 495 08/02/1977 37 X 35
  Loviisa 2 PWR 495 04/11/1980 34    
  Olkiluoto 1 BWR 880 02/09/1978 36 X  
  Olkiluoto 2 BWR 880 18/02/1980 34    
FR Belleville 1 PWR 1310 14/10/1987 27 X 29
  Belleville 2 PWR 1310 06/07/1988 26    
  Blayais 1 PWR 910 12/06/1981 33    
  Blayais 2 PWR 910 17/07/1982 32    
  Blayais 3 PWR 910 17/08/1983 31    
  Blayais 4 PWR 910 16/05/1983 31    
  Bugey 2 PWR 910 10/05/1978 36    
  Bugey 3 PWR 910 21/09/1978 36    
  Bugey 4 PWR 880 08/03/1979 35    
  Bugey 5 PWR 880 31/07/1979 35    
  Cattenom 1 PWR 1300 13/11/1986 27 X  
  Cattenom 2 PWR 1300 17/09/1987 27 X  
  Cattenom 3 PWR 1300 06/07/1990 24    
  Cattenom 4 PWR 1300 27/05/1991 23    
  Chinon B1 PWR 905 30/11/1982 31    
  Chinon B2 PWR 905 29/11/1983 30    
  Chinon B3 PWR 905 20/10/1986 28 X  
  Chinon B4 PWR 905 14/11/1987 26 X  
  Chooz B1 PWR 1500 30/08/1996 18    
  Chooz B2 PWR 1500 10/04/1997 17    
  Civaux 1 PWR 1495 24/12/1997 16    
  Civaux 2 PWR 1495 24/12/1999 14    
  Cruas 1 PWR 915 29/04/1983 31    
  Cruas 2 PWR 915 06/09/1984 30 X  
  Cruas 3 PWR 915 14/05/1984 30 X  
  Cruas 4 PWR 915 27/10/1984 30 X  
  Dampierre 1 PWR 890 23/03/1980 34    
  Dampierre 2 PWR 890 10/12/1980 33    
  Dampierre 3 PWR 890 30/01/1981 33    
  Dampierre 4 PWR 890 18/08/1981 33    
  Fessenheim 1 PWR 880 06/04/1977 37 X  
  Fessenheim 2 PWR 880 07/10/1977 37 X  
  Flamanville 1 PWR 1330 04/12/1985 28 X  
  Flamanville 2 PWR 1330 08/08/1986 28 X  
  Golfech 1 PWR 1310 07/06/1990 24    
  Golfech 2 PWR 1310 18/06/1993 21    
  Gravelines 1 PWR 910 13/03/1980 34    
  Gravelines 2 PWR 910 26/08/1980 34    
  Gravelines 3 PWR 910 12/12/1980 33    
  Gravelines 4 PWR 910 14/06/1981 33    
  Gravelines 5 PWR 910 28/08/1984 30 X  
  Gravelines 6 PWR 910 01/08/1985 29 X  
  Nogent 1 PWR 1310 21/10/1987 27 X  
  Nogent 2 PWR 1310 14/12/1988 25 X  
  Paluel 1 PWR 1330 22/06/1984 30 X  
  Paluel 2 PWR 1330 14/09/1984 30 X  
  Paluel 3 PWR 1330 30/09/1985 29 X  
  Paluel 4 PWR 1330 11/04/1986 28 X  
  Penly 1 PWR 1330 04/05/1990 24    
  Penly 2 PWR 1330 04/02/1992 22    
  St. Alban 1 PWR 1335 30/08/1985 29 X  
  St. Alban 2 PWR 1335 03/07/1986 28 X  
  St. Laurent B1 PWR 915 21/01/1981 33    
  St. Laurent B2 PWR 915 01/06/1981 33    
  Tricastin 1 PWR 915 31/05/1980 34    
  Tricastin 2 PWR 915 07/08/1980 34    
  Tricastin 3 PWR 915 10/02/1981 33    
  Tricastin 4 PWR 915 12/06/1981 33    
DE Brockdorf PWR 1410 14/10/1986 28 X 28
  Emsland PWR 1329 09/04/1988 26    
  Grafenrheinfeld PWR 1275 30/12/1981 32 X  
  Grohnde PWR 1360 05/09/1984 30 X  
  Grundremmingen B BWR 1284 16/03/1984 30 X  
  Grundremmingen C BWR 1288 02/11/1984 30 X  
  Isar 2 PWR 1410 22/01/1988 26    
  Neckarwestheim 2 PWR 1310 03/01/1989 25    
  Phillipsburg 2 PWR 1402 17/12/1984 29 X  
ES Almaraz 1 PWR 1004 01/05/1981 33   31
  Almaraz 2 PWR 1006 08/10/1983 31    
  Asco 1 PWR 995 13/08/1983 31    
  Asco 2 PWR 997 23/10/1985 29 X  
  Cofrentes BWR 1064 14/10/1984 30 X  
  Santa Maria de Garona BWR 446 02/03/1971 43 X  
  Trillo 1 PWR 1003 23/05/1988 26    
  Vandellos 2 PWR 1045 12/12/1987 26 X  
HU Paks 1 PWR 470 28/12/1982 31 X 29
  Paks 2 PWR 473 06/09/1984 30 X  
  Paks 3 PWR 473 28/09/1986 28 X  
  Paks 4 PWR 473 16/08/1987 27 X  
NL Borssele PWR 482 04/07/1973 41 X 41
RO Cernavoda 1 PHWR 650 11/07/1996 18   13
  Cernavoda 2 PHWR 650 07/08/2007 7    
SK Bohunice 3 PWR 472 20/08/1984 30 X 22
  Bohunice 4 PWR 472 09/08/1985 29 X  
  Mochovce 1 PWR 436 04/07/1998 16    
  Mochovce 2 PWR 436 20/12/1999 14    
SI Krsko PWR 688 02/10/1981 33   33
SE Forsmark 1 BWR 984 06/06/1980 34   35
  Forsmark 2 BWR 996 26/01/1981 33    
  Forsmark 3 BWR 1170 05/03/1985 29 X  
  Oskarshamn 1 BWR 473 19/08/1971 43 X  
  Oskarshamn 2 BWR 638 02/10/1974 40 X  
  Oskarshamn 3 BWR 1400 03/03/1985 29 X  
  Ringhals 1 BWR 865 14/10/1974 40 X  
  Ringhals 2 PWR 865 17/08/1974 40 X  
  Ringhals 3 PWR 1064 07/09/1980 34    
  Ringhals 4 PWR 940 23/06/1982 32    
UK Dungeness B1 GCR 520 03/04/1983 31 X 31
  Dungeness B2 GCR 520 29/12/1985 28 X  
  Hartlepool A1 GCR 595 01/08/1983 31 X  
  Hartlepool A2 GCR 595 31/10/1984 30 X  
  Heysham A1 GCR 585 09/07/1983 31 X  
  Heysham A2 GCR 575 11/10/1984 30 X  
  Heysham B1 GCR 620 12/07/1988 26    
  Heysham B2 GCR 620 11/11/1988 25    
  Hinkley Point B1 GCR 435 30/10/1976 38 X  
  Hinkley Point B2 GCR 435 05/02/1976 38 X  
  Hunterston B1 GCR 430 06/02/1976 38 X  
  Hunterston B2 GCR 430 31/03/1977 37 X  
  Sizewell B PWR 1188 14/02/1995 19    
  Torness 1 GCR 600 25/05/1988 26    
  Torness 2 GCR 605 03/02/1989 25    
  Wylfa 1 GCR 490 24/01/1971 43 X  
             

Near EU countries participating in the stress tests:

CH Beznau 1 PWR 365 17/07/1969 45 X 39
  Beznau 2 PWR 265 23/10/1971 43 X  
  Goesgen PWR 970 02/02/1979 35    
  Leibstadt BWR 1190 24/05/1984 30 X  
  Muehleberg BWR 373 01/07/1971 43 X  
             
UA Khmelnitski 1 PWR 950 31/12/1987 26 X 25
  Khmelnitski 2 PWR 950 07/08/2004 10    
  Rovno 1 PWR 381 31/12/1980 33 X  
  Rovno 2 PWR 376 30/12/1981 32 X  
  Rovno 3 PWR 950 21/12/1986 27 X  
  Rovno 4 PWR 950 10/10/2004 10    
  South Ukraine 1 PWR 950 31/12/1982 31 X  
  South Ukraine 2 PWR 950 06/01/1985 29 X  
  South Ukraine 3 PWR 950 20/09/1989 25    
  Zaporozhe 1 PWR 950 10/12/1984 29 X  
  Zaporozhe 2 PWR 950 22/07/1985 29 X  
  Zaporozhe 3 PWR 950 10/12/1986 27 X  
  Zaporozhe 4 PWR 950 18/12/1987 26 X  
  Zaporozhe 5 PWR 950 14/08/1989 25    
  Zaporozhe 6 PWR 950 19/10/1995 19    
             

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L’Espagne, bastion du Lobby nucléaire

Santiago Vilanova *
Traduit d’espagnol en français par
Ivo Rens

 Prisonnier d’UNESA, l’association patronale des compagnies d’électricité, le Gouvernement du Premier ministre Rajoy prétend étendre jusqu’à 60 ans la vie utile des six centrales nucléaires.

Le général Franco, dictateur, et la Junte de l’Energie Nucléaire (JEN) créée en 1951 et contrôlée par des généraux putschistes, avaient prévu de construire 38 reéacteurs sur tout le territoire national. Leur objectif était de faire de l’Espagne l’une des grandes puissances nucléaires de la planète, de disposer de grandes quantités de plutonium militaire et d’entrer dans le club atomique (avec la permission du Pentagone). Pour le Etatsuniens, c’était là une bonne affaire : on vendait la technologie PWR (Pressurized Water Reactor) de la Westinghouse et la technologie BWR (Boiling Water Reactor) de la General Electric, on plaçait des crédits en dollars de la Chase Manhattan Bank et de la Eximbank et on offrait la maintenace scientifique et technologique. Au surplus, la Chevron se chargerait d’exploiter les gisements d’uranium localisés dans différentes régions d’Espagne (objectif entrepreneurial qui ne put aboutir grâce à l’opposition populaire et à celle des municipalités visées). Cette ambition du franquisme comportait, dans une certaine mesure, une cession de souveraineté au travers d’accords bilatéraux, du Traité d’amitié et de coopération et de l’installation de bases étatsuniennes sur le territoire espagnol.

Le Lobby nucléaire, héritier du franquisme.

 En dépit de la forte répression des antinucléaires et de la censure exercée sur les moyens de communication, ce plan nucléaire pharaonique – bien cararctéristique du mégalomane qu’était Franco, fasciné par l’impact des bombes atomiques sur Hisroshima et Nagasaki – ne put être mené à bien dans sa totalité. Au Pays basque (Euzkadi), la mobilisation des associations telles le Comité de défense d’une côte basque non nucléaire et l’action du groupe armé ETA empêchèrent l’entreprise électrique Iberduera de construire les centrales de Lemoniz, de Ea et de Deva. En Catalogne, les confréries de pêcheurs et d’agriculteurs parvinrent à freiner l’installation de deux réateurs à Ametlla de Mar, un des villages de pêcheurs les plus florissants du littoral de Tarragone, mais elles ne purent éviter la construction, à peu de distance de là, de la Centrale de Vandellos dans le golfe de San Jordi et de celle d’Ascó, sur l’abondant fleuve Ebro. Il y eut aussi une opposition aux projets nucléaires en Estrémadure, en Andalousie, en Navarre, en Galice et en Cantabrique. La lutte antinucléaire compta une victime, l’écopacifiste basque Galdys del Estal abattue par les tirs d’un garde civil le 3 juin 1979, lors d’une journée consacrée à la dénucléarisation d’Euskadi qui avait été organisée à Tudela, en Navarre.

La Junte de l’Energie Nucléaire et le Gouvernement de Carrero Blanco, dominée pendant les années 1960 par les technocrates de l’Opus Dei, se contentèrent d’imposer sept centrales nucléaires et un total de dix réacteurs : la Centrale de José Cabrera, à Zorita, province de Guadalajara, avec un PWR d’une puissance de 150 MW (le premier à être inauguré par Franco le 12 décembre 1968, et qui fut arrêté en 2006) ; la Centrale de Santa María de Garoña, dans la province de Burgos, avec un BWR de 466 MW, arrêté en 2013, mais qui pourrait être réactivé en 2015 ; la Centrale d’Almaraz, dans la province de Cáceres, avec deux réacteurs PWR de 980 et 984 MW ; la Centrale d’Ascó, dans la province de Tarragone, avec deux réacteurs PWR, respectivement de 1’032 et 1’027 MW, la Centrale de Cofrentes, dans la province de Valence, avec un réacteur BWR de 1’092 MW ; la Centrale de Vandellós, dans la province de Tarragone, avec un réacteur graphite-gaz de 450 MW, le seul représentant de la technologie française (arrêté en 1989 à la suite d’un grave incendie) et un PWR de 1’087 MW ; enfin, la Centrale de Trillo, dans la province de Guadalajara, avec un PWR de 1’066 MW.

Le coût financier brutal du plan énergétique initial et les grands besoins en uranium freinèrent les délires atomiques de l’Amiral Carrero Blanco. Néanmoins, le Lieutenant général Juan Vigón, directeur de l’Ecole supérieure de l’Armée et ministre de l’air des troisième et quatrième gouvernements de Franco, ainsi que le Général de division Eduardo Hernández Vidal et le Contramiral José María Otero Navascués (lequel présida la JEN de 1958 à 1974) considérèrent que le parc nucléaire civil était suffisamment important pour pouvoir disposer d’uranium enrichi et de plutonium dans les laboratoires spéciaux prévus dans un grand complexe qui serait construit à Cubo de la Solana (province de Soria). Pour camoufler le développement de l’arme nucléaire, on créa le Comité de recherches atomiques et la société secrète intitulée Etudes et patentes d’alliages spéciaux (EPALE). Au premiers rangs des scientifiques qui conseillèrent les militaires franquistes pour obtenir du plutonium figurèrent le professeur Paul Scherer, de l’Institut de physique de l’Université de Zurich (qui sera l’un des créateurs du CERN), Werner Heisenberg et Karl Wirtz de l’Institut Max Planck de Göttingen. Furent également en contact avec ces militaires, Samuel K. Allison, de l’Université de Chicago, et Bertrand Goldschmidt auquel le Général avait confié le soin d’isoler les premiers miligrammes de plutonium. (1)

L’ami américain

 La stratégie énergétique du franquisme pour contrer l’isolement international de la dictature fut d’ouvrir l’Espagne au marché nucléaire nord-américain en créant des entreprises électriques et des banques (Central, Banesto, Urquijo, Hispano-Americano…) dont les conseils d’administration étaient dans les mains de financiers qui avaient appuyé le coup d’Etat fasciste contre la République (comme le magnat Juan March qui domina la compagnie électrique FECSA – Forces Electriques de Catalogne – ou José María Oriol y Urquijo qui présida les sociétés Hidroelectrica Española et UNESA). L’appui du FMI, de la Banque mondiale et du Groupe Rockefeller à l’admission de l’Espagne au Nations Unies, le 14 décembre 1955, avait comme contrepartie une colonisation sans précédent (Accords hispano-nordaméricains ou Pacte de Madrid en 1953 et 1955 ; installations de bases étatsuniennes à Rota, Morón et Torrejón de Ardoz ; crédits pour la construction de centrales nucléaires et achat d’armements ; domination des secteurs énergétique et agricole par des succursales bancaires et des multinationales nordaméricaines)

Néanmoins, quand fut venue l’heure de la vérité, le Pentagone s’opposa brutalement à ce que l’Espagne accède au “Club atomique“ bien qu’elle eût investi des millions de dollars pour obtenir du plutonium. L’Amiral Luis Carrero Blanco, qui était destiné à succéder à Franco, aspirait à construire des sous-marins atomiques et, par conséquent, il se refusait à signer le Traité de non-prolifétaion nucléaire (TNP). La chose fut rapportée à Henry Kissinger, lors de la visite qu’il fit à Madrid le 19 décembre 1973, le jour précédant celui du décès de l’Amiral dans un attentat perpétré par l’ETA, attentat dans lequel certains analystes virent la main noire de la CIA. Se refusa également à signer le TNP le Président du Gouvernement dit “de transition démocratique“ (1976-1981) Adolfo Suárez qui, jusqu’en 1981, souhaitait doter la Force aérienne espagnole de bombes atomiques tactiques. (2)

Les pressions du Pentagone sur le Gouvernement socialiste de Felipe Gonzalez (qui opta pour l’adhésion à l’OTAN) aboutirent finalement, le 10 avril 1987, à ce que l’Espagne souscrive au TNP et renonce à son rêve atomique.

A l’époque, le modèle énergétique espagnol était déjà profondément dépendant de l’énergie nucléaire, surtout la Catalogne qui génère 17% du PIB espagnol et qui consomme 50% de l’énergie électrique produite dans les Centrales de Ascó et Vandellós.

La frauduleuse “transition démocratique“

 Les Pactes de la Moncloa, signés à Madrid le 25 octobre 1977 entre le Gouvernement d’Adolfo Suárez et les principaux partis politiques, dont le Parti communiste (qui ne s’opposa pas au contrat de fourniture à l’Espagne d’uranium enrichi passé entre la multinationale soviétique Techsnabexport et l’Entreprise nationale de l’uranium ENUSA) (3), ne modifièrent en rien les structures énergétiques héritées du franquisme et consolidèrent l’énergie nucléaire. On fit la sourde oreille aux exigences des organisations antinucléaires et écologistes qui demandaient un audit du secteur et un moratoire. Par ailleurs, la banque nordaméricaine voulait rentrer dans ses fonds en ce qui concerne les crédits qu’elle avait accordés pour la construction des centrales nucléaires et elle souhaitait continuer à dominer de l’extérieur ce secteur éminemment stratégique. (Les Etats-Unis aussi fournissaient de l’uranium enrichi à l’Espagne.)

Au fil des années, l’Entreprise nationale de l’uranium (ENUSA), créée en 1972, ainsi que Tecnatom, créée en 1957, s’étaient renforcées en intervenant dans les transactions internationales sur le nucléaire, tant dans la gestion et l’achat d’uranium enrichi que dans la fabrication de combustible et la prestation de services à divers pays, surtout latinoaméricains, allant jusqu’à exporter 65% de la production des assemblages de combustibles issus de son usine de Juzbado, dans la province de Salamanque.

Tels sont les antécédents du secteur énergétique espagnol, dirigé aujourd’hui par une oligarchie électrique qui, grâce à la complicité du Gouvernement Rajoy, a réussi à freiner le développement des énergies du soleil, surtout les centrales solaires et les parcs éoliens, de peur de perdre, avec ses ses privilèges, le négoce dérivé de l’électricité nucléaire (dominé par Endesa et Iberdrola) ainsi que celui du gaz naturel (monopolisé par Gas Natural-Fenosa).

Après l’arrivée au pouvoir du PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol) en 1982, les programmes nucléaires ambitieux furent suspendus du fait de la pression des écologistes mobilisés par l’accident survenu dans la Centrale de Three Mile Island le 28 mars 1979 et du fait aussi de leurs coûts colossaux. Le Gouvernement de Felipe Gonzalez approuva un moratoire en 1984 puis, en 1991, le fonctionnement de sept Centrales fut paralysé. Il s’agissait des Centrales Lemoniz I et II, dans la province de Biscaye, Valdecaballeros I et II dans la povince de Badajoz, de Trillo I et II dans la province de Guadalajara, de Regodela I dans la province de Lugo et de Sáyago I dans la province de Zamora. Les pertes atteignirent 729’000 millions de pesetas de l’époque. Afin de compenser le lobby nucléaire, l’Etat introduisit en 1997, dans le cadre de son moratoire, une disposition qui permettait aux entreprises fournissant de l’électricité de répercuter sur les consommateurs les investissements consentis en prélevant, jusqu’en 2020, un pourcentage des factures d’électricité. En raison de la baisse des taux d’intérêt et du fort accroissement de la demande d’électricité qui se traduisit par l’amortissement anticipé de la dette contractée, ces prélèvements varièrent. Le pourcentage des factures d’électricité ainsi prélevé est passé de 1,72% à 0,33%, cependant que le délai d’amortissement était ramené à 2015.

Avec son moratoire, le PSOE a servi les intérêts stratégiques du lobby nucléaire ployant sous les coûts élevés que les nouvelles normes de sécurité de l’AIEA avaient imposées aux gérants des réacteurs et il a même sauvé quelques compagnies électriques qui se trouvaient au bord du gouffre.

La fermeture de la Centrale de Garoña

 Le syndrome de l’accident de Fukushima qui entraîna une réaction critique contre les centrales nucléaires dans quelques pays, comme l’Allemagne (qui décida une fermeture progressive de ses 17 centrales nucléaires jusqu’en 2022), ou comme l’Italie qui finit par tenir un referendum sur le nucléaire, sans oublier le combat écologiste des Suisses qui obtinrent la fermeture progressive de leurs réacteurs d’ici à 2034, ce syndrome donc n’eut aucun impact sur la politique énergétique de l’Espagne. L’ex-Président du Gouvernement, Felipe Gonzalez, embauché par Gas natural-Fenosa, déclara en 2006 au sujet du moratoire décrété par son Gouvernement, qu’il avait été décidé en raison des difficultés relatives au problème du stockage des déchets radioactifs ; mais, comme depuis lors, selon lui, ce stockage avait enregistré des améliorations technologique ( ?) il conclut : “Il faut reconsidérer le moratoire“. Bien que la libéralisation du secteur énergétique ne s’oppose pas à ce que les compagnies électriques puissent construire de nouvelles centrales en Espagne, ces compagnies s’en sont abstenues en raison de l’hostilité de l’opinion publique et de l’absence des incitations fiscales dont elles bénéficièrent dans le passé. Le patronat des électriciens espagnols, qui paraît réticent à appliquer à la lettre les mesures de sécurité exigées par l’Union européenne (les fameux “stress tests“) en vue de prévenir les accidents avec fusion du cœur du réacteur, comme ceux qui se sont produits à Fukushima, ce patronat donc a proposé au Gouvernement Rajoy de prolonger la vie des centrales en fonctionnement jusqu’à 60 ans, conformément aux instructions du lobby nucléaire nordaméricain et des multinationales Westinghouse et General Electric. Citons en exemple la société Nucleonor, à laquelle participent Endesa-Enel et Iberdrola, propriétaire de la Centrale de Garoña : elle a demandé au Ministère de l’industrie l’autorisation de remettre en route cette installation qui a été inaugurée il y a 43 ans et qui a cessé de produire de l’électricité fin décembre 2012. Cette société électrique souhaite prolonger la vie utile de sa Centrale jusqu’au 2 mars 2031, soit 17 ans de plus, moyennant le remplacement de son système de réfrigération.

Contrôlé par les nucléocrates, le Conseil de sécurité nucléaire est disposé à le lui permettre. Greenpeace et les organisations d’agriculteurs appréhendent les effets d’un accident grave qui contaminerait tout le bassin de l’Ebre et détruirait leurs productions vivrières. 140’000 hectares de terres irriguées seraient impactées ! Nucleonor rétorque qu’il y a, aux Etats-Unis, 23 centrales BWR semblables à celle de Garoña qui ont été autorisées à poursuivre leur production jusqu’à leur 6oe année. Si le Conseil de sécurité nucléaire espagnol suivait cet exemple, les bénéfices des sociétés électriques espagnoles dépasseraient 40’000 millions d’euros et l’Etat encaisserait 1’200 millions d’euros au titre de la taxe nucléaire.

Les pionniers du mouvement antinucléaire espagnol ont réagi en lançant un manifeste visant à fermer définitivement la Centrale de Garoña et à dénucléariser l’Espagne et l’Europe. Les signataires, dont Mario Gaviria (Navarre), José Allende (Pays basque), Pedro Costa Morata (Murcia), José Manuel Naredo (Madrid), Juan Serna (Extremadura), Josep Puig, Xavier Garcia et Santiago Vilanova (Catalogne), y font valoir, entre autres arguments, que le Consortium d’assureurs espagnols, un des plus anciens au monde, couvre certains risques nucléaires mais non point le risque d’une catastrophe nucléaire. Ils proposent aussi que l’Union Européenne suive “le modèle germano-danois fondé sur les énergies renouvelables en lieu et place du modèle nucléaire français qui est dans l’impasse.“

En Espagne, les dirigeants tant socialistes que membres de l’Alliance populaire restent attachés au lobby nucléaire. Dans l’Union Européenne, le parc nucléaire espagnol est celui qui enregistre le plus d’incidents et d’arrêts techniques, du fait surtout des Centrales d’Ascó et de Vandellos en Catalogne, responsables de 43% de tous les incidents du parc nucléaire espagnol. Le 19 octobre 1989, un grave incendie se déclara dans la Centrale de Vandellos I exploitée par la société hispano-française Hifrensa. Les combustibles usés de cette Centrale étaient envoyés en train à l’usine militaire de Marcoule (France) qui en extrayait de l’uranium hautement enrichi et du plutonium. Cet incendie aurait pu dégénérer en une catastrophe comparable à celle de Tchernobyl. Mais le cœur du réacteur ne fut pas atteint, de sorte que seule se produisit une pollution chimique due à la combustion de quinze tonnes d’huiles avec le PCB des transformateurs. En son temps, la Junte de l’Energie Nucléaire franquiste avait opté pour la filière française graphite-gaz dans le but évident de consacrer ses déchets aux applications militaires. Pere Duran Farell, l’industriel catalan qui construisit cette installation, d’entente avec le général de Gaulle, en retira pour son entreprise Hidroelectrica de Cataluña d’énormes bénéfices dus à des avantages fiscaux et à des crédits à taux très réduits. A présent, le démantèlement du réacteur est à la charge des consommateurs qui le paient sur leurs factures d’électricité et, en l’absence d’un Entrepôt Temporaire Centralisé de déchets nucléaires de haute radioactivité projeté à Villar de Cañas, dans la province de Cuenca, les déchets de Vandellos restent entreposés en France et ils coûtent à la ENRESA, l’entreprise étatique des déchets radioactifs, la somme de 65’000 euros par jour. Un incroyable gaspillage des deniers publics.

Les nucléocrates espagnols

Comme à l’époque franquiste, les media gardent le science sur les problèmes environnementaux et de sécurité du parc nucléaire espagnol. Les sociétés fournissant de l’électricité sont représentées dans les conseils d’administration des journaux les plus lus, comme La Vanguardia et El País, et elles investissent de grandes sommes dans la publicité. Il en va de même pour les télévisions publiques et privées où le débat sur le nucléaire brille par son absence. La plupart des déclarations des dirigeants antinucléaires ou écologistes sont censurées et, lorsqu’il leur arrive de publier un livre ou un essai critiquant l’énergie nucléaire, ce livre ou cet essai peine à se diffuser. Le Forum Atomique Espagnol, association financée par le patronat des sociétés fournissant de l’électricité, étend ses tentatcules dans tout l’espace médiatique. Les organisations antinucléaires n’ont d’autre choix que de recourir à Internet. Grâce à Internet, on a pu dénoncer sur les réseaux la connivence entre les grands partis politiques et l’oligarchie électrique : l’ex-Président du Gouvernement, Aznar, a été embauché par Endesa et l’ex-Président Gonzáles par le Gas naturel-Fendosa. En Catalogne, la Plateforme civique pour un nouveau modèle énergétique, coordination inter-organisations, a saisi le Ministère public anticorruption d’une dénonciation, munie de 40’000 signatures, demandant qu’une enquête soit menée sur la connivence entre les partis politiques et les principales entreprises énergétiques du pays. Quelque chose de semblable se produit au Japon depuis l’accident de Fukushima pour que l’opinion publique s’oppose au redémarrage des 48 centrales nucléaires mises à l’arrêt. Tout comme le Conseil de sécurité nucléaire espagnol, l’Autorité nipponne de régulation nucléaire (NRA) est sous le contrôle des compagnies électriques.

J’ai entendu Amory Lovins dire ironiquement : “L’énergie nucléaire est l’énergie du futur dont le temps est passé.“ Mais ni Three Mile Island, ni Tchernobyl, ni Fukushima n’ont suffi à changer le cours et l’inertie du lobby atomique mondial, étroitement lié au nucléaire militaire. L’opinion publique est clairement opposée à ce que l’on continue à utiliser la fission pour produire de l’électricité, en raison de la dimension centralisée, policière et autoritaire de l’électronucléaire et surtout en raison des risques qui lui sont inhérents, nonobstant les rapports manipulés de l’OMS sur l’impact sanitaire de Tchernobyl et de Fukushima. Mais, paradoxalement, les structures politiques des Etats nucléaires sont corrompues et difficiles à renverser. Peut-être la création de nouveaux Etats dotés de constitutions écologiques fondées sur une démocratie participative pourra-t-elle déboucher sur une politique énergétique plus raisonnable axée sur le solaire. Les écologistes espagnols ont l’habitude de revendiquer le recours à des consultations populaires, comme le font la Suisse et la Suède, sur des questions aussi fondamentales que celle du modèle énergétique. C’est aussi ce que proposent les organisations écologistes indépendantes d’Ecosse et de Catalogne, nations qui ont entamé un processus sécessionniste de nature populaire et démocratique.

Au niveau mondial, les subventions annuelles aux énergies fossiles dépassent les 400’000 millions d’euros, tandis que les énergies renouvelables ne reçoivent que 70’000 millions d’euros. L’Espagne est un pays fort ensoleillé, mais l’Allemagne la dépasse par le nombre de mètres carrés de capteurs solaires thermiques pour les habitations. En 2010, les installations éoliennes et solaires espagnoles ont épargné 45’000 millions d’euros d’importation de combustibles fossiles ! Le négoce énergétique espagnol, qui brasse annuellement de 120 à 130’000 millions d’euros, commençait à chanceler. Aussi le Gouvernement Rajoy servit-il sur un plateau aux compagnies électriques un décret qui a réduit les subventions aux énergies solaires et lourdement imposé fiscalement l’autonomie énergétique. Des milliers d’investisseurs y ont perdu leur épargne tandis que les énergies éolienne et solaire enregistrèrent un grave recul. Le gaz naturel en a été le principal bénéficiaire. Il en est résulté que la surcapacité industrielle fondée sur l’électricité et le gaz naturel permet à Endesa et à Gas Natural-Fenosa de procéder à des investissements et à des exportations de gaz excédentaire vers le Japon, la Corée du sud et l’Argentine.

En Espagne, le débat sur le nucléaire se trouve marginalisé en raison du manque de volonté politique du Gouvernement Rajoy qui masque la gravité de la situation économique et la corruption politique, problèmes aux grandes résonances médiatiques, auxquels s’ajoutent le chômage alarmant, la pénurie énergétique qui affecte des milliers de familles et le conflit relatif à la consultation sur l’indépendance de la Catalogne. A moins qu’un grave accident ne se produise dans l’une des centrales nucléaires en fonctionnement – ce que personne ne souhaite – il faut espérer que s’impose un modèle énergétique unifié à l’échelle européenne qui mise sur les énergies renouvelables et la fermeture progressive des centrales nucléaires. Toutefois, la nomination de Miguel Arias Cañete, ancien ministre du Gouvernement Rajoy, comme Commissaire européen chargé de l’énergie et du changement climatique, n’augure rien de bon car il paraît disposé à défendre l’énergie nucléaire sous le faux prétexte de freiner la dérive climatique.

Abstraction faite des circonstances politiques partisanes, l’Espagne aurait pu prendre la tête de la révolution solaire, mais elle est restée vassalisée au lobby nucléaire mondial. C’est le dictateur Franco qui l’y a attachée et bien attachée. Mais les antinucléaires, dont je suis, ne perdent pas l’espoir et nous poursuivrons notre combat pacifique pour une Europe dénucléarisée.

(*)            Journaliste et écrivain.
Président de l’Association “Una Sola Terra“.
Co-fondateur de “Els Verde-Alternativa Verda de Catalunya“.
Seul écrivain européen à avoir consacré un ouvrage à chacun des trois accidents majeurs de l’industrie électronucléaire :

El sindrome de Harrisburg, Chernóbil, el fin del mito nuclear, et Fukushima, el declive nuclear.

  • Santiago Vilanova, “La bomba atómica de Franco. Los objetivos militares de la energía nuclear en España“, Libres de l’Index, Barcelona, 2011.
  • “Espagne. Le gouvrenement sohaiterait disposer de la bombe atomique“, Le Monde, 24.08.1979.
  • L’accord entre l’Entreprise nationale de l’uranium (ENUSA) et Techsnabexport fut négocié par le président de ENUSA, Juan Basabe, et le président de la multinationale soviétique, Yeugeni Zahkov, il a été approuvé par le président de la Junte de l’énergie nucléaire espagnole, le lieutenant général Jesús Olivares Baqué. Le contrat, qui dépassait les 400 millions de dollars, fut ratifié en 1979 par le Gouvernement d’Adolfo Suárez. Il prévoyait que pour chaque 450 tonnes d’uranium naturel qu’ENDESA enverrait en URSS, la société Techsnabexport lui rendrait 75 tonnes d’uranium enrichi. C’est un article du directeur du département des pays occidentaux du Ministère du commerce extérieur de l’URSS, Vladimir Simakov, rapporté par la délégation à Moscou de l’agence EFE, qui dévoila ce contrat.
  • “J’ai pris la responsabilité du moratoire nucléaire il y a vingt et quelques années pour deux raisons : la sécurité et l’accablante responsabilité inhérente à l’impossibilité d’éliminer les déchets radioactifs. Mais les circonstances ont changé grâce à la sécurité due au perfectionnement technologique des installations et aux avancées substantielles dans la gestion des déchets. C’est pourquoi nous devons reconsidérer le moratoire.“ (El País, 21.10.2006. Déclaration de l’ancien Président du Gouvernement Felipe Gonzáles à l’Assemblée générale du Club de Madrid du 20 octobre 2006.

 

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Arrêtez Fessenheim !

  • C.S.F.R. (Comité pour la Sauvegarde de Fessenheim et de la plaine du Rhin)
  • STOP FESSENHEIM
  • Alsace Nature
  • STOP TRANSPORTS – HALTE AU NUCLEAIRE
  • ALTER ALSACE ENERGIES

 

Communiqué de presse de vendredi 10 octobre 2014

 

Les deux réacteurs de la centrale nucléaire de Fessenheim sont à nouveau arrêtés simultanément !

Ne les redémarrons plus !

 

Alors que depuis le 27 septembre le réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Fessenheim est en arrêt prolongé pour rechargement de combustible, jeudi 2 octobre, le directeur de la centrale nucléaire annonçait en fin de CLIS un «arrêt programmé» très bref pour le week-end du réacteur n°2 pour une banale opération de maintenance suite à une « légère surconsommation d’eau ».  Un nouveau coup de « com » du directeur nous faisant croire à de la transparence, après avoir – lors de la CLIS du 2 octobre – débité de longues phrases «calculées et préparées» pour nous faire croire que lors de l’incident du 9 avril 2014 sur le réacteur n°1 il n’y avait eu aucune négligence humaine !

Comment une opération de remplissage d’un réservoir menée par l’équipe de conduite à un rythme bihebdomadaire peut se réaliser pendant 37 ans sans anomalie et que le 9 avril dernier, la même opération entraine une inondation interne et la nécessité d’arrêter en urgence le réacteur sans qu’il puisse y avoir une défaillance humaine ?

Toujours est-il que le très bref «arrêt programmé» sur le réacteur 2 se prolonge et qu’il n’est pas prévu un redémarrage avant le 15 octobre prochain …

Il est grand temps d’arrêter cet acharnement sur ces vieilles chaudières atomiques à bout de souffle et de plus en plus dangereuses.

De telles négligences successives dans la conduite de la centrale nous amènent à de grandes inquiétudes, car derrière tout cela « se cache le diable » qui se nourrit de l’erreur humaine, de la vétusté de l’installation et de l’enchaînement des événements non prévisibles.

Ces derniers incidents sur les très vieux réacteurs atomiques de Fessenheim, toujours sous perfusions techniques et financières, toujours inondables et vulnérables aux séismes puissants et rapprochés, rappellent, même aux incrédules et inconscients, que cette installation est toujours une source de dangers inacceptables pour tous les habitants de la région du Rhin supérieur.

Continuer à investir dans cette centrale, pour satisfaire l’orgueil et la « doctrine » de l’industrie nucléaire française et de quelques élus-marionnettes locaux, c’est jeter l’argent des Français par les fenêtres, qu’il serait bien plus judicieux d’investir dans la maîtrise de nos consommations et de l’efficacité énergétique.

En France, commencer par ne plus redémarrer les deux « très vieux » réacteurs de Fessenheim est la seule voie responsable à l’égard des générations futures.

 

Le CSFR, Stop Fessenheim, Stop Transports – Halte au Nucléaire, Alsace Nature et Alter Alsace Energies demandent que cet énième arrêt simultané des réacteurs soit enfin transformé en arrêt définitif.

 

 

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